Pas si Forte: Révélation - podcast episode cover
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Episode description

 "Alors qu’une fois la surprise de l’annonce passée, sans le savoir il avait planté la graine de ma reconstruction. En toute sincérité pas sure au final que sans son intervention j’aurai eu le cran de faire cette révélation."


Pendant des années, j’ai porté un poids en silence.
L’inceste a bouleversé ma vie, détruit ma famille, et longtemps je me suis crue forte parce que je me taisais.

Aujourd’hui, je choisis de parler.
De dire ce qui ne se dit pas.
De transformer ma douleur en voix, et peut-être en espoir pour d’autres.

🎙️ Pas si forte est une série de podcasts de témoignages, de vérité et de reconstruction.
Un espace où la vulnérabilité devient une forme de courage.

Parce que nous ne sommes jamais seuls, même dans le silence. 🌿

#modeReconstructionEnclenché


🌿Partage d’expérience et surtout libération de la parole. Telle une confidente , j’accompagne les personnes qui souhaitent se libérer de ce qu’elles ont subi.

Besoin d’écoute et de conseils. Libérez vous de ce qui vous pèse!

📧pas.si.forte@gmail.com

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Transcript

Suite à cet été chaotique, les petits allaient entrer dans une crise d'adolescence. Je n'avais pas fait le lien à l'époque avec le fait que ma mère aussi avait perdu sa figure paternelle, son repère masculin et d'autorité. Pas étonnant, avec le recul, qu'elle ait excusé et pardonné tant de choses, puisqu'elle comprenait ou pensait comprendre ce que traversaient ses adolescents. Ma petite sœur, en quête de je ne sais quelle reconnaissance.

avec un besoin avide d'appartenir à un groupe, voire même d'en être leur leader. Mon petit frère, tentant d'exister, l'a suivi partout, sous totale influence. Ce manque de cadre les concernant, notamment les premières années après le décès de leur père, laissera des traces, place aux crises, aux conflits et à une rébellion permanente. Mauvaise fréquentation, rejet de tout ce qui pouvait venir, de ma mère ou de moi-même. Pourtant, j'ai vu ma mère les suivre.

les récupérer, essuyer leurs larmes, avaler leurs couleuvres aussi, mais elle était dépassée. Puis avec ses ménages et ses ventes pour remplir la marmite, pas évident d'être là. Je l'ai vu enchaîner des heures de travail entre deux crises. Moi, j'ai tenté un temps, l'université, mon histoire de l'art. Soi-disant avec la prépa je pouvais intégrer la deuxième année, en DUT. Foutaise, mon dossier n'a jamais été validé. J'ai donc commencé les petits jobs.

nourrice, trouvée grâce à l'association pour laquelle ma mère travaillait déjà. Je me suis occupée quelques semaines d'une petite fille dont le père était bouché et qui avait une nouvelle compagne. Leur situation était bien étrange et la petite fille commençait un peu trop s'attacher à moi alors j'ai préféré arrêter. Par la suite j'ai fait l'expérience d'agent immobilier. On peut dire que c'était ma première vraie expérience professionnelle. J'en ai appris sur moi.

Et sur ce domaine de requin, la prospection, c'est définitivement pas mon truc. Hormis l'apprentissage que cela m'a valu, je me souviens surtout d'un épisode avec ma mère. Pour ce travail, j'avais besoin d'un nouveau téléphone, étant donné que j'étais souvent en déplacement. Non, nous allons dans une boutique dédiée. A l'époque, pour souscrire un forfait, il fallait fournir un tas de documents.

Ma mère était de bonne volonté, sauf que sa situation ne me permettait pas d'avoir le forfait en question. Jusque là, je n'avais rien dit. Mais ce samedi, en sortant de la boutique, j'ai craqué. Je lui ai dit que j'en avais marre de l'avoir galéré pour rien. Qu'elle devait arrêter de se bercer d'illusions. Que la seule chose qu'elle savait qu'elle aimait faire, c'était son métier d'aide-soignante. Alors, ni une ni deux, je l'ai amenée à la maison de retraite la plus proche.

Elle a eu rendez-vous pour le mardi qui suivait. Et a été embauchée dix jours plus tard. J'avoue que sur ce coup-là, j'étais pas peu fière. Une nouvelle page professionnelle. allait être entamée pour elle. Elle reprenait confiance. Et malgré les complications à la maison, au bout de tant d'années de galère, elle avait enfin retrouvé le statut social qui lui manquait. J'étais soulagée d'avoir qu'elle trouve enfin une stabilité. Ça donnait de nouveaux objectifs.

Moi, j'ai tenu six mois comme agent immobilier. Naturellement, je n'avais pas les codes de rabat. J'en ai fait les frais, mais l'expérience fut. tout de même très enrichissante. C'est là que j'ai connu des mois de vie totale. J'étais perdue, je ne savais pas quoi faire. Alors oui, j'ai fait tout le nécessaire administratif, au niveau orientation, proposition, c'était néant. Aussi à l'époque, ça vous paraîtrasse bien, mais les réseaux sociaux, ça n'existait pas, début 2020.

Alors heureusement, avec O, le dimanche soir, on s'appelait pendant des heures sur le téléphone fixe, pour ne pas avoir des factures de malade. Mais les interactions sociales étaient plus que limitées. Pour la première fois, j'ai ressenti l'impact de cette vie nomade. Hormis ma mère, les petits et haut, j'avais personne. Bon, si, ma grand-mère qui m'appelait pour me supplier de rester avec ma mère, pour garder le cap et la soutenir.

Durant cette période, je me suis renfermée, plus que je ne l'étais déjà. Pourtant, en moi, il se sommeillait une colère. Ma mère me disait en croirait un lion en cage. Je veillais sur... tout ce qui concernait la gestion du foyer. La maison était nickel, les repas faisaient maison, mes seules sorties étaient d'aller chercher le courrier et d'aller faire les courses sur la base d'anciens tickets de caisse pour ne pas dépasser le budget. C'était mon quotidien mes 20 ans.

Ma chance a été d'avoir postulé pour un travail dans une entreprise d'hybridation de graines. Ce poste, un vrai challenge. Je me souviens que la secrétaire en charge du recrutement, voyant ma corpulence, m'avait véritablement toisé. en me demandant si je me pensais réellement capable de tenir le choc. Car travailler, sous serre, debout, garder le rythme, malgré la chaleur, n'était pas donné à tout le monde. Alors même si j'étais totalement effrayée par le challenge, j'ai accepté.

Cinq mois de travail, ça se refuse pas. Après ça, on reprenait un rythme de croisière à la maison et on tentait de s'en sortir malgré tout. Dans cet équilibre fragile, mon frère aîné venait de temps en temps nous rendre visite. Il avait rencontré une femme, un peu plus âgée que lui. Avec le recul, je pense qu'elle devait être à l'initiative de ce renouement familial. Il s'en met un peu plus apaisé avec elle.

A son contact avec cette belle-sœur, je retrouvais de courts moments mon statut de cadet de la famille. Les deux venaient certains week-ends. C'est pendant l'un de ces week-ends, après une soirée, qu'il a lâché le morceau. Il a lâché tout ce qui lui pesait sur le cœur. Je revois sa colère, sa détresse, en lâchant ses mots. « Votre père est un violeur ! Il nous a violés, elle ! » En me désignant. « Et moi ? Voilà la vérité !

Nous étions que des enfants ! » Les mots, avec cette violence, ce qu'il venait de dire. Durant toutes ces années, j'avais été comme anesthésié ou lobotomisé. J'avais été un bon petit soldat, à tenter de faire en sorte que cette famille traverse ses épreuves. de la préserver. Les agressions, je ne me suis baissée plus. Oui, elle m'avait transformée, c'est certain. Mais je n'avais jamais accusé leur père devant les petits. Ils n'y étaient pour rien. Alors oui, ils portaient leur père en héros.

Même si franchement, on ne parlait quasiment jamais de lui. On n'allait même pas se recueillir sur sa tombe. Donc je ne comprenais pas pourquoi venir les accabler eux. C'est étrange, mais à cet instant précis... Non, je n'étais libérée de rien. Lui assurément que oui, mais je ne savais pas quelle réaction il attendait. Je revois ma mère ne plus savoir quoi dire, quoi faire. Les petits, ne comprenant pas ce qui se passait vraiment, à 14 et 15 ans, normal.

Et il s'attendait à ce que je crache le morceau. Ben loupé, je n'ai pas su quoi faire, quoi dire. Mise devant ce fait accompli, avec une telle violence. Non pas qu'on faisait bloc pour défendre mon beau-père, absolument pas. Mais avec le temps, il fallait assimiler l'information. Et le cerveau s'était blindé. Je revois ma belle-sœur et ma mère prendre mon frère aîné dans leurs bras pour tenter de le calmer. D'ailleurs, je n'ai jamais su ce que ma mère lui avait dit ce soir-là.

Le lendemain, ils sont rentrés chez eux. Il avait lâché sa grenade et c'était à nous de ramasser les morceaux. À cet instant, est-ce que j'ai pensé ce que mon frère aîné avait porté toutes ces années ? Par quoi il était passé ? Pas du tout. Moi, durant ce temps-là, je portais ma mère à bout de bras. J'avais grandi avec les petits, alors lui, je le considérais comme un étranger. Ça me fend le cœur de dire, mais à l'époque, c'était exactement ce que je ressentais.

Alors, quelques jours après qu'il soit rentré chez lui, je l'ai appelé. J'ai profité d'être au travail pour que personne ne puisse entendre cet appel. Adieu statut de petite sœur docile. La conversation n'a pas du tout été agréable, mais je lui ai dit... tout ce que je pensais. J'avais une telle rage lors de cet appel. Je lui avais dit que c'était facile de venir, de balancer sa merde et de repartir. J'étais même sûre de l'avoir insulté. Il ne l'avait pas vu venir.

Il ne m'avait pas entendu en colère depuis très longtemps. Plus que l'annonce elle-même, c'était le fait de me retrouver seule face à ma mère et les petits. Encore une fois, j'avais été piégée. On pourrait croire que partir aurait été simple, sans doute. Mais pas pour moi. Pas là, pas maintenant. En plus, partir signifiait que j'étais coupable ou complice. J'avais l'habitude d'être la méchante dans la famille, puisque je faisais preuve d'autorité.

Mais là, c'était trop difficile pour moi de partir. Sans objectif précis de vie, on reste dans ce qu'on connaît, même si c'est mauvais pour nous. Cette situation était devenue ma zone de confort, aussi dingue que cela puisse paraître. Alors qu'une fois la surprise de l'annonce passée... Sans le savoir, il avait planté la graine de ma reconstruction. En toute sincérité, pas sûr au final que sans son intervention, j'aurais eu le cran de faire cette révélation.

Donc même si à l'instant T, elle n'avait pas germé, elle le ferait tôt ou tard grâce à lui.

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