Bonjour à tous, ce podcast me tenait particulièrement à cœur, comme les autres, mais celui-ci a une saveur particulière, car jusque-là, je ne m'étais jamais attardé réellement sur le sujet, de cette façon. Mon corps, enveloppe charnelle, et bien plus encore, que j'ai malmené à ses dépens, je l'ai fait inconsciemment, le pensant solide à endurer toutes les épreuves que la vie a mis sur ma route, je l'ai malmené. J'ai pas su te gérer, te préserver.
Du fait qu'il ait été souillé, oui, par les agressions, mais également par le jeu de yo-yo infligé par mes parents très tôt. Il a été l'objet entre les mains d'adultes qui ont voulu le façonner à leur convenance. Mon côté rebelle a vite pris le pas sur ses injonctions externes. Il y a une phrase que j'ai longtemps rejetée. Un esprit sain dans un corps sain. Alors attention, rien de biblique là-dedans, pas du tout.
Non pas parce que j'y croyais, enfin j'y croyais pas, mais c'est surtout que j'en avais pas conscience. Mon corps et mon esprit ont longtemps été en guerre. Je l'ai pas vu venir. Je l'ai malmené, surchargé, épuisé. Je le croyais solide, inébranlable. Je pensais qu'il pouvait tout encaisser. Les agressions, les remarques, les régimes à répétition, et même l'indifférence. Mon corps, je l'ai traité comme une machine. Un objet à corriger, à maîtriser.
Voir même à contrôler, ou à tenter de contrôler, un truc encombrant, parfois même honteux. Je ne l'ai pas protégé, je ne l'ai surtout pas écouté. Dès l'enfance, on a modelé mon corps à ma place. Mon corps est devenu un champ de bataille. Un terrain d'injonction contradictoire, soit mince, soit forte, soit conforme, en laissant de côté les raisons qui me faisaient réellement grossir. L'important, à ce moment-là, était juste ce que je mettais dans mon assiette. Le reste, on s'en foutait.
Alors j'ai compensé. L'ambiguïté me concernant, c'est que même des efforts étaient faits pour m'inscrire. Et ma programmation cérébrale disait à mon corps de rester gros pour se protéger. D'où ce conflit interne que je mène toujours aujourd'hui. J'ai mis en place des stratégies de survie, et elle a été efficace. Ça a été la déconnectée, la déconnexion. Séparer l'esprit et le corps. Avancer coûte que coûte. Mais cette séparation a un prix.
Dès les premières années, on ne m'a prêté attention qu'à son aspect esthétique. Le cumul de régime, le cours à la perte de poids. Et en même temps, il y avait ce paradoxe croquage. C'est que mes rondeurs ont souvent attiré les confidences. D'étrangers, les gens viennent nous parler librement de leurs problèmes de poids. Comme si nous étions dans la même équipe. Comme si notre corps parlait pour nous. Comme si nos blessures étaient lisibles. Cela m'a souvent fait sourire.
On ne juge que par l'apparence. Sans connaître les batailles personnelles intrinsèques et la répercussion que cela implique, j'ai eu droit à des tas de remarques. Du genre, franchement, tu serais mince, tu serais vraiment canon. Ou encore, en fait, dès qu'on parle, on oublie que t'es grosse. Ou sinon, l'une des dernières, ça a été, franchement, maigris pas trop parce que ça sera plus vraiment toi. Je sais pas pourquoi je vous évoque ça, parce qu'elles ont été dans un espace de temps.
Même en marquée, les gens s'autorisent à vous parler de vous, de votre aspect corporel, sans vous demander. C'est comme ça. Alors oui, je me suis pliée au diktat de la société, pour cette fameuse course insensée après la taille 38. Alors même que mes hanches de jument font un minimum d'un 42. Et si vous souhaitez des recettes, j'en ai à la pelle. Mais une fois cette réalité acceptée, et la frustration de ne pas être comme tout le monde passé, deux options se présentent.
Soit j'inflige à mon corps un régime que de toute manière je ne sais que j'arriverai pas à tenir, soit je me rends compte qu'avoir des kilos en trop cela ne signifie pas être malade, et qu'en plus ça ne me limite pas les interactions sociales, et ça ne m'empêche pas d'avoir une vie tout à fait normale. En fait, mon corps c'est un sanctuaire, alors oui j'y mets énormément de temps à m'en apercevoir. Soit on lui loue une adoration et on le teste.
soit on le teste, ou on le bouscule selon les aléas de la vie. Personnellement, enfermé dans une routine, où la reconnaissance matérielle et financière a beaucoup compté pour moi, et qu'au niveau santé tout allait bien, pourquoi j'allais m'en soucier ? J'en ai fait ma carapace, ma protection, mon armure, contre le monde extérieur. Mon cerveau dans ma logique a suivi. Alors même que mon corps émettait des signaux d'alarme, j'ai absolument pas vu ou compris.
En même temps, il n'était pas très Alors, je suis indépendante, ambitieuse, avec des projets bien précis. Je tente de m'en donner les moyens. Et jusqu'à présent, tout allait bien. Tout allait bien, jusqu'au point de bascule. Pour recontextualiser, j'étais salariée. Et avec le Covid, ça faisait des mois que j'étais en télétravail. Avec en plus, de belles opportunités professionnelles. Alors j'ai tout donné, littéralement. J'ai poussé mon corps dans ses retranchements.
A la fois physique, et psychologique. Je me suis entêtée, et la vie a testé mes dernières limites. Alors il a tenu le choc, jusqu'au dernier coup de la vie, où il n'a pas plu. Le décès de mon petit frère en 2020 a été le point de rupture. Alors oui, j'ai géré l'annonce, le choc, le sentiment profond d'injustice, les obsèques. En apparence, j'ai tout géré. Mais dans l'ombre, quelque chose s'est fissuré. Pas après, mon dos a commencé à me lâcher en premier.
Alors jusque-là, je n'avais jamais eu de problème au niveau du dos. Mais là, un poids, une barre, un blocage. Comme si un fardouin invisible que je n'arrivais plus à dissimuler. Puis, deux, trois semaines après le décès, j'ai eu une intervention chirurgicale. Totalement banale en ambulatoire. Tout devait bien se passer. Et pourtant, à ma grande surprise... et à celle du chirurgien, l'appeler « refuser de se refermer » . « Votre sang ne coagule pas » , dit-il.
Et moi interloqué, je ne comprenais pas. Alors, de cette intervention, on questionne. « Avez-vous eu un choc émotionnel il y a peu de temps ? » On m'explique alors qu'un choc psychique, un stress prolongé, peut perturber la circulation sanguine. Quoi ? Ce jour-là, j'ai compris. Ce que je refusais de ressentir. mon corps le vivait pour moi ce que je bloquais dans ma tête Il le déversait dans mes tissus. Le lien corps-esprit. Là, je l'ai reçu. Un hypercute. Une grosse baffe.
On n'était plus dans l'abstrait. C'est mon sang. Ma peau, ma douleur. Mon corps me criait ce que je refusais d'entendre. Tu as encaissé pendant trop longtemps. Mon esprit refusait de ressentir mon corps l'exprimer. Ce que je bloquais mentalement, il écrivait dans la douleur. On n'était plus dans la métaphore, c'était physique. Alors plus le choix. On arrête de se voiler la face. Encore, j'en ai qu'un seul. Alors oui, j'ai dû agir. Alors ça a absolument pas été simple.
Même si on comprend, les habitudes sont lourdes. À va-balayer à 40 ans de formatage, d'habitude de conditionnement mental, mon corps a lâché, non pas sous le poids des kilos, en trop, mais par celui de la surcharge mentale. On recommence à décrypter les raisons qui te font grossir. Ta mauvaise gestion du stress, surtout.
mais plutôt ta méconnaissance de comment te gérer et le tout mixé avec les autres émotions il m'a fallu des années pour comprendre que ce corps loin d'être un fardeau et d'être un sanctuaire et que je devais en prendre soin non pas par esthétisme conformiste mais par amour et ça et sans doute cela a été la vraie requête s'autoriser à habiter un corps sans peur ni mépris alors j'ai commencé le sport que je pratique régulièrement aujourd'hui Alors, c'est un défouloir,
mais surtout une pause vitale pour mes déambulations mentales. Un moment de répit, ou l'agitation de mes pensées, mais aussi un véritable challenge. Chaque séance est un dépassement de soi. Oui, c'est douloureux. Les courbatures sont bien réelles, mais quelle fierté de les ressentir. Elles sont la preuve tangible que j'étais au bout de moi, que je me suis engagée, je n'ai pas fui. Un petit combat rapporté chaque fois. Ce qui a changé, ce n'est pas mon poids, c'est mon regard.
Aussi, le décryptage alimentaire. On m'a aidé à comprendre les raisons de certains de mes comportements. Également aussi, j'ai appris à lui foutre la paix. Je ne gère pas mes prises de poids. Quand je stresse, ce n'est pas grave. Reconstruire, ce n'est pas effacer le passé. C'est habiter autrement. C'est comprendre que ce corps n'est pas un ennemi.
c'est un alie, une boussole, un sanctuaire ma vie a été un combat, une lutte permanente pour garder la tête hors de l'eau et obtenir ma sacre sainte sérénité, qui est ma quête de vie personnelle. La vérité, c'est que j'ai mis des années à comprendre comment mon corps n'est ni un poids, ni une punition. Il est le seul endroit où je vis vraiment. Il est le vrai témoin de tout ce que j'ai traversé. Et malgré tout, il est encore là. Et il est temps pour moi que je sois là pour lui aussi.
Il a été normal qu'il me fasse payer mes choix, de ne pas l'avoir écouté ou entendu. Physiquement, je ne serai jamais mince, alors pas par faiblesse. pas par manque de volonté, mais par choix. Et celle-là ne m'empêche absolument pas d'être bien dans ma peau, et surtout dans ma tête. Et après tout, c'est bien là l'essentiel. Pour ceux qui m'écoutent, ce que je veux que vous retenez, aujourd'hui, ce n'est pas ton poids qui définit ta valeur. Ce n'est pas ton apparence qui mesure ton courage.
Ce n'est pas ta douleur qui t'empêche de vivre. C'est ton silence ou ton inaction face à cette douleur. écoute ton corps qui parle. Il a peut-être déjà crié. Ne le laisse pas tomber. Ce que je viens de te raconter, c'est un peu mon histoire. C'est peut-être un peu aussi la tienne. Toi qui m'écoutes. Toi qui as traversé des choses dures dans ton corps, dans ton cœur, dans ta tête. Toi qui te sens parfois déconnecté, incompris ou épuisé. Ce que je veux dire, c'est que tu n'es pas seul.
On est bien plus nombreux. Tu le crois dans cette guerre silencieuse. À portée double de l'heure, qu'on n'a jamais voulu mettre des mots. Faire semblant d'aller bien, alors qu'à l'intérieur ça hurle. C'est peut-être que ce podcast, c'est le début d'un apaisement. Alors attention, c'est absolument pas une solution miracle. Juste une petite lumière dans le brouillard intérieur. Moi personnellement, j'ai mis beaucoup de temps à comprendre comment mon corps n'était pas un fardeau.
Oui, il a été abîmé. D'accord ? Je le réhabite pour moi, tout simplement pour moi. Et malgré tout ce qu'on m'a fait subir, je continue. Il continue à me porter. Donc, mon but là, c'est de l'écouter. Pas pour devenir parfaite, mais tout simplement pour rester ou devenir complètement entière. Merci de votre écoute. Merci de votre soutien. Prenez soin de vous. A très bientôt.
