Pas si forte : Isolement-Attouchements - podcast episode cover
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Episode description

La mutation en Guyane, a parmi à mon beau-père de resserrer son emprise sur le cercle familial.

Le déni ou l'inaction de ma mère qui n'a pas voulu voir.

Mon frère et ma grand- mère qui ont tenté de lancer l'alerte.

Chaque acte et décision auront des répercussions.


Merci de votre écoute 🙏


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Transcript

L'année de mon CP, nous sommes partis en Guyane. Nous y sommes restés deux ans. Rien de mieux au final pour installer un isolement malsain. Ma mère, à peine arrivée sur place, y retombait enceinte. Je me souviens que mon frère aîné rentrait au collège. Il a rencontré quelques difficultés avec certains de ses camarades. Mon beau-père prenait ça pour une faiblesse. Je l'ai vu le malmener, on va pas se cacher. Il avait la maleste, soi-disant pour l'endurcir.

Cela n'a pas vraiment fonctionné, bien au contraire. Je me sentais perdue dans ce monde d'adultes. Je me souviens que par moments, je me cachais, pour voir si on me cherchait. Ma mère qui parlait de mon père, l'autre, ou le connard, et mon père qui versait sa rancœur de la séparation sur moi. Les seuls lieux où je me sentais enfant protégé étaient chez mes grands-mères. Pendant le mois de vacances avec mon père, on allait chez mamie Louise, la douceur incarnée.

Mon père étant né avec un handicap, en prime durant la guerre, elle avait tellement culpabilisé qu'elle en avait fait un enfant à tirant avec son entourage. Il ne pouvait donc pas s'occuper de moi durant tout le mois de vacances, donc on allait chez elle. Aussi, mes parents se vouaient une telle haine que cela se reportait sur ma prise de poids. Ma mère avec ses troubles alimentaires me mettait au régime, mon père, quant à lui, me faisait grossir estimant que j'étais trop mince.

Il n'était pas rare que le retour de chez lui, j'avais pris une bonne taille en plus, au grand désespoir de ma mère. Ce qui accentuait encore plus le ressenti. Et moi, tel un ballon que l'on se renvoie, j'en faisais les frais. Cette course à la perte de kilos sera par la suite l'un des fardeaux de ma vie. Une chance que j'avais l'école, où d'ailleurs je me sentais bien. Je m'en sortais d'ailleurs pas mal. Deuxième ou première. Avec en contrepartie l'exigence de ma mère.

Peu importe le classement, tu peux toujours mieux faire, n'est-ce pas ? J'ai passé d'excellents moments en Guyane, en découvrant de nouvelles cultures, de nouvelles choses. Les festivités du carnaval, les îles du salut, avec la découverte du bagne qui m'avait beaucoup marqué. Avec mon frère aîné, nous avions même eu la chance de partir en colonie. Trois semaines en Martinique, au top. Quand nous sommes en rentrée, surprise, il s'était marié.

Durant notre absence, soi-disant pour des raisons financières, pour que les voies de retour soient prises en charge, quoi qu'il en soit, nous étions officiellement liés pour le meilleur et aussi pour le pire. Vous dire si les attouchements ont commencé avant ou après ce mariage, je ne m'en souviens plus. J'ai des flèches de certains actes où je nous vois, mon frère aîné, et moi, nu, à genoux, devant lui, qui nous demandait de nous toucher, de nous masturber.

Nous avions alors 6 ou 7 ans, et lui, 11 ou 12 ans. Je me souviens de la peur, de l'incompréhension, mais surtout de comprendre que rien ici n'était normal. Par contre, je me souviens parfaitement de Polaroid. Il en avait fait, et que ma mère avait fini par trouver. Je la vois nous regarder avec dégoût, et partir. Lui le cumère d'eux, s'excusant et lui promettant que plus jamais il ne recommencerait. Alors elle est partie. Il en a profité pour tous les brûler.

Genre, une fois détruit, tout rentrerait dans l'ordre. Preuve qu'il avait raison, puisqu'il allait rentrer. Nous n'en avons plus jamais parlé. De retour en métropole, mon frère aîné s'est installé chez ma grand-mère maternelle. Nous y avons passé quelques jours, avant d'aménager dans le nouvel adresse. Lors de ce séjour, ma grand-mère m'a prise à part. Elle m'a posé des questions. mon grand frère avait parlé J'étais prise au dépourvu, je ne l'explique pas, j'ai nié.

De mémoire, elle me posait énormément de questions concernant ma mère. Je devais donc la protéger, même si je savais que ce n'était pas normal. Bizarrement, après ça, nous ne lui avons plus rendu visite pendant des années. Nous avons passé un an à Marseille, le temps de mon CO2, et l'année suivante, nous avons aménagé à Aubagne, dans une résidence militaire. À Marseille, je ne me souviens pas d'attouchement. Sans doute du fait que sa mère à lui nous rendait visite.

Ma mère ayant trouvé un emploi de vendeuse en boulangerie, je me souviens d'une raclée reçue par ma mère, puisqu'elle avait reçu des plaintes de mon comportement de la part de sa belle-mère. Désolée, je n'avais pas aimé les vêtements préparés la veille pour aller à l'école. Le ceinturon ça fait mal, mes fesses en souviennent encore. Je me souviens de m'être renfermée encore plus, et de remarques de ma mère. Tu fais toujours la gueule, je leur parlais que si c'était nécessaire.

Plus, je ne sais pas pourquoi, une fois arrivé à Aubagne, sa mère a arrêté de nous rendre visite. D'ailleurs, je ne l'ai plus jamais revue. Nous y sommes arrivés quand je rentrais au CMA. J'étais loin d'imaginer que les deux années qui allaient suivre allaient être les pires. Je me souviens de la visite de mon frère aîné, qui d'ailleurs sera la dernière. Je ne sais pas comment mon beau-père a manœuvré pour que l'on se retrouve seul tous les trois.

Cet après-midi-là a été un carnage, pour être cru, parce qu'il n'y a pas d'autre terme. Il nous a sodomisés à tour de rôle. Il a commencé par mon frère, puis je suis passé. Je me souviens clairement de m'être mise à quatre pattes face au miroir de la penderie, à côté du lit. Je me souviens de la brutalité, de la douleur, des cris, des pleurs. Hormis cet acte qui annonçait les autres, je me souviens surtout de la torpore de mon frère.

énervé, perdu, culpabilisant, pétrifié, il me dit « putain t'es cri, j'ai rien pu faire » . Moi, perdu, ayant mal, mon corps sali, à partir de ce moment-là mon corps ne m'appartient plus. Perdu, entre le sentiment de peine que mon frère aîné m'exprime, et le dégoût, sa rage, et de son inaction, de ce qu'il venait de se passer. Mon grand frère reste quelques jours, pour rappel. À ce moment-là, il est adolescent. Il a 14 ans. Il m'agresse, lui aussi m'imposant une fellation.

Vous dire ce que je ressens ? Je suis trahi, sali. Même si je l'excuse. Je ne sais pas, je ne sais plus. J'ai déjà perdu mon enfance depuis longtemps. J'étais piégé dans un engrenage pervers et répugnant. Mon beau-père m'avait expliqué que si j'en parlais, ma mère allait en prison. À cette époque, ma mère était mon seul repère. Et si elle allait en prison ? Où j'allais finir ? Et les petits ? Qu'est-ce qu'ils allaient devenir si j'ouvrais ma bouche ?

Vu que mes relations avec mon père n'étaient pas au beau fixe, et que j'avais menti à ma grand-mère, j'étais piégée. Et ils le savaient parfaitement. A cette époque-là, ma mère travaillait comme aide-ménagère chez les personnes âgées. Elle n'était pas très présente, ce qui lui laissait le champ libre. Je peux vous dire qu'il en a bien profité. Une fois rentrée chez ma grand-mère, sans doute assaillie de questions de sa part, mon grand frère a raconté ce qui s'était passé.

Ma grand-mère a de suite appelé ma mère. Je la revois au téléphone avec elle, paniquée et me regardant fixement. A ce moment-là, je ne saurais que dire si c'était de la peur de ce qu'elle entendait ou de l'incompréhension. L'information était trop violente ou choquante pour elle. Je la revois me bombarder de questions. Est-ce vrai ? Presque accusatrice ces questions.

À ce moment-là, allez savoir pourquoi, un sentiment de culpabilité m'envahit, et j'étais littéralement désorientée, comme si j'avais une grenade entre les mains. Reconnaître les faits, c'était l'envoyer en prison, alors prise au dépourvu et paniquée, j'ai accusé mon grand frère, sans connaître les répercussions que ça allait engendrer. Il était loin, et je n'avais pas à le confronter. Qu'elle l'achetait de ma part. C'était comme si un mode de survie s'était enclenché.

Je la revois crier, je ne me souviens pas qu'elle ait pleuré. Elle était en colère, c'était certain. Étrange mélange de déception, de rejet, de je ne sais quoi. Elle avait un aspect fragile malgré la posture qu'elle se donnait, et je sentais qu'une partie d'elle avait vacillé. Je ne me souviens pas vraiment de l'attitude de mon père. Je sais juste que c'était comme si j'avais passé un test de confiance et de loyauté. à sa perversité, à mes dépens.

Je venais de passer un pacte de mensonges et de silence avec le diable. À la suite de cette pseudo-révélation, ma mère m'amène chez le médecin. Il m'ausculte, il me pose des questions. Je m'en tiens exclusivement à la version que j'ai donnée à ma mère, ni plus ni moins. À la suite de cela, on n'en a plus jamais entendu parler. Pour elle, l'incident était clos. On ne reverra pas mon grand frère pendant quasi... les 18 ans qui allaient suivre.

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