Bonjour à tous, je ne m'attendais absolument pas à ce que l'évocation de son post-suicide soit si difficile à accoucher. Au forceps même, à un moment j'ai eu comme un blocage. Limite le syndrome de la page blanche, blackout total. Cette partie consacrée à ma mère m'a totalement figée, en me laissant des aigreurs d'estomac terribles. des grattements dans la gorge et des maux de tête.
Comme quoi l'évocation des agressions était presque entre guillemets plus facile, ou avec des difficultés bien différentes. Jusqu'à ce que j'en comprenne les raisons, il y a les agressions physiques et la manipulation mentale, même involontaire, qui marquent tout autant. La reconstruction est bien plus longue et douloureuse que l'agression elle-même. Contrairement à certaines personnes, j'ai toujours eu conscience de ce qui m'était arrivé. Sauf que mon mode de survie m'avait conditionné.
M'avait fait mettre dans une boîte cette partie-là de ma vie. Cette boîte était jusque-là bien scellée. Nous vivions comme un clan, avec nos codes, nos règles, nos déplacements. J'avais passé un pacte de silence avec lui. Pacte que j'avais... très bien respecté. Par peur des conséquences ? Ou parce qu'au final, les petits n'avaient absolument rien à voir avec tout ça ? Ou parce que c'était pas le moment ? Il n'y a jamais de bon moment. Ce secret était enfoui, bien planqué en moi.
Je m'étais construite autour de lui. Alors même s'il y avait des séquelles non visibles, et que je n'avais aucune attirance pour le sexe opposé, que j'avais des boulimies, que j'avais des sautes d'humeur, j'arrivais tout de même à avancer dans ma vie. Aussi, personne, et surtout pas ma mère, ne me faisait de remarques à ce sujet. J'étais l'aînée, responsable, grosse, focus sur sa réussite, peu importe le temps que ça allait lui prendre, aucun intérêt au final de me poser les questions.
En plus, en restant fixée sur les problèmes de ma famille, je n'avais pas le loisir. Ou même l'envie de m'occuper des miens. On appelle ça faire l'autruche ou fuir. Mais combien de personnes préfèrent avant tout s'occuper des autres avant de s'occuper d'elles-mêmes ? Car d'apparence, c'est plus facile et moins douloureux. Enfin, dans le feu de l'action, c'est ce que l'on pense.
Sauf qu'après la quête de la reconnaissance ou de se rendre indispensable, on s'y perd et on nourrit des peines en plus de celles que l'on porte déjà en soi. Bref. Je n'avais pas compris jusqu'à ces derniers jours que mon cerveau m'avait protégé, en réalité, en me créant ce compartiment. Je n'avais pas pris conscience de son fonctionnement fragile, mais qui m'avait permis de garder la tête de l'eau, toutes ces années.
Donc me replonger dans ce moment précis, c'était pour lui comme faire un bis repetita. Il cherchait maladroitement à me protéger de l'impact inévitable de la révélation de ce secret de famille, de la part de mon frère aîné. Cette annonce fut violente et choquante de la part de son contenu, mais également à qui elle s'adressait. J'avais failli à ma mission de protéger les petits. De par cette révélation, je me rendais complice de cette raison.
Cela paraît totalement absurde, vraiment de penser comme ça. Et pourtant, lors de cette soirée, j'avais le sentiment de complicité, d'être une fois de plus salie par cette vérité, que j'étais alors pas du tout prête à accepter. Sur le coup, non, je ne l'ai pas remercié. Bien au contraire.
J'ai réalisé lors de la création de ce podcast que même si j'étais totalement consciente de ce que j'avais subi, mon cerveau m'avait volontairement mis en pilote automatique et avait totalement cloisonné les effets. Donc je n'ai pas pu réagir immédiatement vis-à-vis des révélations de mon frère. Même s'il n'y a pas de façon type de réagir, sûr qu'il ne s'attendait pas à mon silence. à l'instant T. J'étais, je pense, prise en trop de feu, voire plus.
Ma posture de sauveur était trop présente pour mettre en place la posture de victime. Au lieu de dire si il y avait des circonstances, j'avais même pris la place de chef de famille de par mon autorité et de par mon engagement total pour elle. Je ne sais pas. Si c'était l'emprise malsaine d'amour que j'avais pour ma mère, ou même de la loyauté. qui m'a fait rester. Elle avait cette façon de me dire « pars si tu veux » en me regardant, les yeux chiens battus, comme si je l'abandonnais moi aussi.
Sur le coup, je ne l'ai pas confronté. Pas de suite sur ce sujet, mais bien des années plus tard. Le cerveau a ses raisons, que même la raison ignore. Comme quoi, même si je sais actuellement qui je suis, je saurais... toujours surprise de ce que j'en apprends sur moi. Affaire à suivre. Merci beaucoup de votre écoute. A très bientôt et prenez soin de vous.
