La première, fut une année pleine de bouleversements. Après quasi deux ans en Afrique, la première fois que l'on va faire nos courses dans l'intermarché du coin. 1. J'ai eu froid. 2. Ma mère qui me demande ce que je veux. Il y avait tellement de choix. Je n'ai pas su quoi choisir. Résultat, je n'en ai rien pris. Nous sommes arrivés en fin mai. Il fait beau, il y a beaucoup de monde. Le premier week-end de retrouvailles, on va voir Titanic au cinéma. J'attendais ça depuis des mois.
À la maison, une fois les retrouvailles passées, la coupe du monde 98 vécue, ma mère qui était une grande fan de football, on a dû mater tous les matchs de la compétition. Une tension s'est mise en place dans la maison. En parallèle, mon arrivée dans ce nouveau lycée a été un choc culturel total. J'ai découvert des adolescents qui appelaient leur psy durant leur pause déjeuner. J'ai découvert des gens de mon âge avec des phobies scolaires. Une véritable première pour moi. Une claque.
A Djibouti, les enfants avaient conscience de leur chance d'aller à l'école. Donc tous ces mots-là m'étaient véritablement inconnus. Fini la colo, où tout le monde travaille en s'amusant. Le décalage s'est aussi opéré du fait que durant deux ans, je n'ai pas touché à l'ordinateur. Alors qu'il commençait à s'imposer chez beaucoup de personnes. Alors oui... J'avais fait le choix d'une filière technologique commerce pour éviter les maths, mais je ne m'attendais pas à ce que lors d'un cours,
une professeure me regarde droit dans les yeux et me dit « Mais qu'est-ce que tu fous là ? » Super la considération pour les élèves. Enfin bref, c'était sans compter ma détermination. Après une période d'adaptation bien plus longue que d'habitude, j'ai validé mon AD et réussi mon bac de français. Cette année-là, j'ai aussi les retrouvés avec mon père. Cette santé déclinait. Il avait donc décidé de vendre la maison commune avec ma mère, pour aménager dans une résidence médicalisée.
Nos retrouvailles se sont passées chez le notaire. C'est la première fois en quasi 15 ans que je voyais mes parents dans la même pièce. Alors je vous rassure, rien de chaleureux, poli certes, mais pas plus. Cette signature nous a surtout permis de revoir mes grands-parents maternels. Mon grand-père s'était affaibli. du fait de l'âge et de la vieillesse, mais me retrouver dans cette maison, ma seule adresse fixe de toute ma vie, était un réel plaisir.
Il y a des lieux comme ça, où rien ne bouge, et c'est rassurant, réconfortant même. Dans l'intention que provoquaient les retrouvas avec mon père, revoir mes grands-parents, c'était faire un bond dans le temps de l'enfance. Je ne savais pas encore à ce moment-là, mais c'était la dernière fois que je voyais mon grand-père vivant. Jusqu'à présent, en 13 ans de vie commune, ma mère et mon beau-père, mis à part quelques disputes, n'avaient pas eu de grosses tensions sur la durée.
Là, c'était différent. L'aventure que ma mère avait eue avec B avait laissé des traces. Pour elle, c'était pas juste du sexe. Elle avait eu des sentiments pour lui, c'est sûr. Mon beau-père le savait. Il s'était fait prendre à son propre jeu. Il était de plus en plus violent envers elle. Il la malmenait physiquement et avec des pressions psychologiques. Je me souviens d'un soir, il rentre tard. Elle a peur et elle me le dit. Je ne sais pas ce qu'elle attendait de moi à ce moment-là.
Il n'accepte pas qu'elle lui échappe, mais pour la première fois, elle parle de le quitter. Je me souviens d'avoir confronté ma mère sur les tensions, de lui avoir écrit une lettre dans laquelle je l'ai accusé de l'avoir trompé. et d'avoir eu par écoché d'être responsable de la situation. Naturellement, elle a brûlé. Dans cette lèche, je lui demandais tout simplement d'assumer. Vu que cela se passait mal avec ma mère, il n'était plus rassasié, ou au sexe. Il s'est donc rabattu sur moi.
Il a tenté un soir. Je ne sais pas où était ma mère. C'était la première fois qu'il venait salir ma chambre de ses agressions sexuelles. Je n'étais plus une enfant. Il a commencé à me toucher, me caresser. Mais j'ai réussi à le rejeter. J'avais grandi et j'avais percé son manège de manipulation. Et puis ma mère pensait le quitter. Tout cela m'a permis sans doute de trouver la force, de ne pas me laisser faire cette fois. Ce refuge allait le payer d'une manière ou d'une autre.
Mais passer au second plan. A 17 ans, j'avais réussi à clairement lui dire non. Il en a donc profité de la visite de la famille d'eau. Les adultes sont partis au restaurant et nous les enfants sommes restés à la maison entre nous. Tout se passait bien. A leur retour, mon beau-père m'a hurlé dessus. Vous expliquez l'origine de sa crise, je ne m'en souviens pas. Je me souviens de l'humiliation. Ni ma mère, ni celle d'eau ne comprennent non plus cette rage pour une broutille.
A la fin, c'est la mère à eau qui vient me consoler, qui m'explique que ce n'est pas grave que mon beau-père était tendu, qu'il avait sûrement trop bu, que si besoin elle était là. Il savait que mes amis étaient précieux et importants pour moi. Il fallait qu'il tente de me salir devant eux pour garder son emprise. C'est surtout sa manière à lui de montrer sa toute puissance. Alors oui, j'imaginais clairement l'avenir.
Je n'imaginais pas les présentations avec mon mec imaginaire, avec mon beau-père, lui qui lui raconte comment s'y prendre avec moi, ou ses remarques déplacées bien lourdingues, mais jamais je n'aurais souhaité sa mort. Je me souviens de cette soirée. Elle est gravée dans ma mémoire. Les épreuves du bac blanc, et du bac du français, pardon, étaient passées. Veille de vacances scolaires. Les petits doivent partir en colo le lendemain. Ma mère est donc partie repérer le lieu de départ.
Moi, je suis dans le salon pour finir de coudre les prénoms sur leur trousseau. Le tout devant la télé. Le revoir, mon beau-père, en uniforme, venir chercher une cigarette. Je ne sais pas pourquoi. Mais instinctivement, j'ai pensé. La cigarette du condamné. Cette pensée me hantera longtemps. Ma mère rentre de son repéage. Et là, il crie. Je me lève surprise. Je vais à sa rencontre et je le vois. Il s'est pendu au niveau de l'escalier. Un mur nous séparait.
Et un pendu, ça fait pas de bruit en mourant. La cigarette entame et on lève. Je me revois reprendre le couteau de cuisine. Elle le tient et je coupe la corde. Il ne bouge pas. Ma mère appelle les secours. Puis tout s'enchaîne. Les pompiers, les flics, le petit qui vient. On le renvoie. Il ne doit pas voir son père comme ça. Le pompier le déclare mort. Les policiers sont là. Ils nous interrogent. Puis ils partent. Nous voilà seuls. On sait, mais on ne réalise pas. Littéralement choqués.
Si vous pensiez que le fait qu'il soit mort, l'affaire était bouclée, vous vous trompez. Une nouvelle étape allait s'enclencher. Je vous en parlerai très prochainement. En attendant, je vous laisse découvrir, si vous le souhaitez, l'envers du décor de la réalisation de ces podcasts. Quoi qu'il en soit, merci de m'avoir écouté. Et si vous souhaitez ou ressentez le besoin d'échanger avec moi, vous retrouverez mon mail à la fin du podcast. Merci.
