Bonjour à toutes et à tous. La plus grande révolution qui a eu lieu dans l'histoire de l'humanité c'est peut-être le néolithique. Car ça a été la fin de l'après-histoire, la formation de sociétés modernes, l'entrée dans l'histoire. Mais le néolithique a pu avoir aussi été le grand malheur de l'humanité. Pourquoi ? Comment ? Décryptage.
A l'origine, le terme de néolithique désignait l'époque du passage à la pierre polie, en opposition à la période précédente, le paléolithique, époque de la pierre taillée. Maintenant qu'on parle de néolithique, on pense plutôt au passage de société, de chasseurs-cueilleurs nomades à celle d'agriculteurs, éleveurs sédentaires.
Une révolution donc, mais une révolution qui a quand même duré, grosso modo, de 10 000 avant Jésus-Christ à 5 000 avant Jésus-Christ, et parfois même plus tard dans certaines régions du monde. Alors oui, long et ancien par rapport à l'échelle de temps d'une vie humaine, mais court et récent qu'on sait que le genre homo sapiens est apparu il y a 300 000 ans. Oui, qu'on parle de préhistoire, n'oubliez pas, n'oubliez jamais qu'on est vraiment, vraiment sur du temps long.
Le néolithique a été quand même une révolution. Car la sédentarité, l'agriculture, l'élevage ont entraîné une très forte hausse de la population, la formation de groupes humains de plus en plus nombreux, complexes, hiérarchisés, la création de cités, d'états, d'empires, l'entrée dans l'histoire avec un grand H. Mais le néolithique a aussi été l'époque d'une très forte hausse des conflits.
C'est pas un hasard si les premières armes destinées à la guerre, hache ou poignard sont apparues à cette époque. C'était peut-être tout simplement dû à l'hausse démographique. Plus de monde veut dire plus de groupes humains susceptibles de se rencontrer et de s'affronter. Mais c'était peut-être dû aussi à la vie sédentaire, à l'élevage, à l'agriculture.
Parce que la formation d'habitats fixes et de territoires bien identifiés, ça a pu entraîner des envies et des jalousies pour la possession des richesses. Après, rappelons quand même que les sociétés de chasseurs-cueilleurs paléolithiques n'étaient pas forcément des havres de paix et d'harmonie. D'abord, on y faisait déjà la guerre, et le statut des femmes n'était pas toujours idéal. Déjà le mythe des anciennes sociétés matriarcales est a priori un mythe justement.
Dans certaines sociétés de chasseurs-cueilleurs qui se sont maintenues jusqu'à l'époque récente, on a constaté que les femmes pouvaient avoir tous les statuts possibles, d'une très nette égalité jusqu'à être complètement dominées pour ne pas dire maltraitées. On peut prendre l'exemple des Vénus paléolithiques, ces représentations allégoriques de figures féminines qui sont apparues en Europe à la fin du paléolithique. On y a parfois vu une allégorie de la femme, du genre féminin.
Mais ça pourrait être très bien une façon de ramener les femmes à leur fonction de reproduction, à leurs attributs sexuels. Ce qui était le signe très net de sociétés dominées par les hommes. Tout ça pour dire qu'il s'agit de noncer tous les progrès qui ont pu te ramener au néolithique sans pour autant faire du paléolithique un âge d'or perdu.
Et puis au-delà de toutes ces considérations éthiques ou politiques sur la guerre, sur le statut des femmes, il faut rappeler qu'en histoire on doit rester neutre, regarder les faits objectivement sans jugement de valeur. Et justement. Quand on regarde les choses objectivement, le néolithique a été quand même l'apparition de l'élevage, de l'agriculture, donc une meilleure alimentation, donc de meilleures conditions de vie non ?
Et bien justement d'après des découvertes récentes non, ça sera même le contraire. Par exemple on s'est rendu compte que les premiers agriculteurs européens avaient des porosités osseuses au niveau de la voûte crânienne et des orbites, le signe de carence alimentaire. La taille moyenne de ces premiers agriculteurs européens a diminué en moyenne de 4 cm, signe là aussi de carence alimentaire.
Même chose au Proche-Orient, on a constaté chez les populations néolithiques des interruptions dans la croissance des dents et la multiplication des caries 3 fois plus nombreuses qu'avant, signe là aussi clair et net de carence alimentaire. Ca peut étonner mais en fait c'est très logique, parce que la prédominance dans la production agricole de céréales comme le blé, l'orge, le millet, le riz a amené un manque de minéraux, de vitamines et par contre un excès de glucides et d'amidon.
L'archéologie a aussi montré Chez les peuples néolithiques, l'apparition de troubles musculo-squelettiques, signe que les travaux agricoles étaient plus pénibles que la chasse, la pêche ou la cueillette. En plus, la forte hausse démographique, l'engroupement de populations dans des villages, voulait dire plus de promiscuité et donc plus d'épidémie. Et puis l'élevage voulait dire aussi proximité avec les animaux, donc transmission de maladies par ces animaux.
Et pourtant, malgré tous ces problèmes sanitaires, le néolithique a été l'époque d'une très forte hausse de la démographie. Les causes profondes ne sont pas très bien connues. On peut supposer que par exemple, la production de céréales permettait quand même de faire des bouillies, donc de mieux nourrir les enfants. En plus, avec la sédentarité, le temps entre les grossesses était diminué, ce qui entraînait mathématiquement une forte hausse des naissances.
Et puis surtout, les problèmes de santé, les carences alimentaires provoquées par la sédentarité, par l'agriculture, Par l'élevage, tout ça n'est pas paru tout de suite. Ça a pris des années pour ne pas dire des générations. Donc les gens de l'époque n'ont pas forcément fait le lien de cause à effet.
Par contre, la possession de terre, de bêtes, le fait de produire sa nourriture, donc de la contrôler, ça a pu donner une impression de confort, de stabilité, de maîtrise de l'environnement, d'optimisme pour l'avenir, d'où la forte hausse des naissances. Et c'est peut-être ça justement qui a été au néolithique le grand malheur de l'humanité, ce qu'on peut appeler sa dénaturisation. Le fait de croire désormais... que la nature était faite pour les humains à leur service.
Alors qu'on peut penser que jusque là, au contraire, les chasseurs-cueilleurs paléolithiques savaient bien qu'ils faisaient partie d'un environnement, qu'ils étaient une espèce parmi d'autres. Bien sûr, il faut être très prudent avec la notion des chasseurs-cueilleurs paléolithiques, comme si on avait affaire à tout homogène. Parce qu'on parle quand même d'une période de temps qui s'est étalée sur des centaines de milliers, pour ne pas dire des millions d'années, sur tous les continents.
Donc, les mentalités. Les rapports sociaux, le rapport avec l'environnement étaient certainement pas les mêmes chez la tribu des Oulam en Europe il y a 50 000 ans, que chez la tribu des Wa en Asie il y a 300 000 ans, que chez la tribu des Gsam en Afrique il y a 800 000 ans, que chez la tribu des Nars Rouges en Indonésie il y a 80 000 ans. Mais si on s'en tient aux européens d'il y a entre 20 000 et 30 000 ans.
Ces hommes et ces femmes qui ont peint Lascaux et la grotte Chauvet, où les animaux sont surreprésentés et les humains à peine présents, et bien on peut penser que ces peintures montraient la conscience qu'avaient ces ancêtres de faire partie de la nature. Alors que avec l'apparition au néolithique de l'agriculture, de l'élevage, là au contraire, croyance en l'institut privilégié des humains, en l'idée que la nature est faite pour eux, à leur service.
Regardez la notion de production, elle en fait partie. Tout à l'heure, je vous parlais de production agricole. Quand on produit, on crée. En fait, on croit créer, parce qu'on sait maintenant que toute production, qu'elle soit agricole ou industrielle, c'est la transformation de quelque chose qui existe déjà. Donc une prédation, une destruction du milieu naturel. Une prédation qui n'a pas raté d'augmenter depuis le néolithique.
Et donc actuellement, la surconsommation des ressources en énergie, en matière première, la pollution de l'air, des eaux, des sols, en bref la crise écologique que connaît le monde et dont le changement climatique n'est qu'un aspect, tout ça c'est une conséquence de la révolution néolithique. Mais l'humanité a déjà montré qu'elle pouvait s'adapter. Donc on peut s'adapter. Alors bien sûr, il ne s'agit pas de revenir à la vie quotidienne d'il y a 100 000 ans.
Mais au moins qu'on pense d'abord à nous adapter nous. Pas à toujours adapter l'environnement à nous. Rappelons-nous que la Terre n'appartient pas à l'homme, que c'est l'homme qui appartient à la Terre. Je vous remercie d'avoir écouté cet épisode. S'il vous a plu, pensez le partager sur vos réseaux sociaux, que ce soit sur Youtube ou sur vos plateformes de podcast. Mettez-lui un like et si le cœur vous en dit, lâchez un petit commentaire. Ça m'a l'air de mieux référencer.
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