Le Japon est un pays à la fois bien et mal connu. Bien connu parce qu'il est associé à pas mal d'images, comme les geisha, les mangas, les samouraïs, la gastronomie, le cinéma d'animation, une tradition militariste d'extrême droite, etc. Et mal connu parce que certaines de ces images sont parfois aussi populaires que fausses.
Si on veut y voir plus clair dans la culture et dans la société japonaise, mieux vaut savoir quand et comment cette culture, cette société se sont formées, ont évolué et évoluent encore. Donc je vous propose qu'on parte aujourd'hui à la découverte de l'histoire résumée du pays du soleil levant. Les premières traces d'occupation humaine au Japon ne remontent pas avant 50 000 avant Jésus-Christ. Comme les Amériques, comme l'Australie, comme Madagascar, le Japon était peuplé assez tardivement.
Ses premiers habitants de l'archipel étaient des homo sapiens chasseurs-cueilleurs. A partir de 12 000-11 000 avant Jésus-Christ, on voit apparaître la culture néolithique dite du Jaumon Ses caractéristiques sont un habitat sédentaire, dans des villages parfois importants, la production de poteries décorées, de masques, de figurines. Les poteries de l'époque Jaumon font d'ailleurs partie des plus anciennes du monde.
Par contre, l'agriculture était assez peu pratiquée, et l'écriture aussi est inconnue. Précisons que cette culture Jomon était loin d'être répandue dans tout le Japon, et que certaines de ses caractéristiques se trouvaient aussi sur le continent. La preuve d'échanges et de déplacements de populations déjà réguliers par la mer. A partir de 400 avant Jésus-Christ, on voit arriver depuis le continent des populations en nombre nettement plus important qu'avant.
D'où fin de l'époque Jaumon et début de l'époque dite Yayoi. L'agriculture se développe, le travail des métois paraît, mais l'écriture reste inconnue. Donc les premières sources écrites qu'on a sur le Japon sont chinoises et ne datent pas avant le IIIe siècle après Jésus-Christ. Et les chinois sont plutôt sévères avec leurs voisins. Ils en parlent comme des gens qui marchent pieds nus, qui mangent avec leurs mains, qui se couvrent le corps de tatouage.
Mais les textes chinois parlent aussi dans le Japon du 3ème siècle d'un royaume assez puissant appelé le Yamatai. Yamatai qui faisait du commerce avec le royaume chinois de Wei. A sa tête une reine appelée Himiko. On ne sait pas encore où se trouvait le Yamatai, peut-être l'île de Kyushu, peut-être la région du Kansai, mais il montre en tout cas qu'il existait déjà des organisations territoriales qui avaient largement dépassé le cadre de la tribu repliée sur elle-même.
A partir de la fin du IIIe siècle commence une période de construction de grands tombeaux appelés les cofaunes. Ces cofaunes étaient destinés à accueillir les dépôts des chefs des grands clans aristocratiques, ce qui était le signe d'une société de plus en plus complexe et hiérarchisée. Le plus grand écofoun a été construit dans la région de Osaka au IVe siècle.
Il montre la puissance des grands clans aristocratiques de cette région, autour de qui va se mettre en place un mouvement d'unification politique qui va progressivement aboutir à la mise en place, vers le VIe siècle, d'un premier état japonais qui au début s'appelle le Yamato et dont les souverains ont le titre de Okimi. Mais au début, ils ne couvrent qu'une partie du territoire japonais actuel.
N'en font partie ni l'île de Rokkaido au nord, ni la partie nord de l'île de Ronshu, ni l'archipel des Ryukyu au sud. Rokkaido sera progressivement colonisé et annexé à partir du XVIIe siècle. Les îles Ryukyu, elles, formeront un royaume indépendant qui ne sera pas annexé avant 1879. On peut retenir la date de 587 comme celle du début de la période de ce qu'on peut appeler la construction d'un état.
Car c'est cette année-là que le clan Soga, après avoir éliminé ses rivaux par la force, arrive à la tête du pays. Le clan Nakatomi l'évince dès 645, mais il continue et renforce une politique de construction d'un état et d'une administration sur le modèle des voisins chinois et coréens. Ainsi, la Constitution en 17 articles de 604 fait du bouddhisme et du confucianisme les éléments centraux de la culture politique.
La réforme de Taika en 646 et le Code Taiho en 701 organisent, eux, les taxes et administrations sur le modèle de la Chine. La nouvelle capitale Nala, fondée en 710, s'inspire, elle, de l'architecture des capitales chinoises. Et l'écriture se met enfin en place par l'importation et la réutilisation du système d'idogramme chinois. Le but de ces réformes, c'est bien sûr d'affirmer la puissance et l'identité japonaise.
Par exemple, une des appellations pour désigner l'empereur du Japon, Tenno, appellation utilisée à partir de 674, cette appellation donc s'inspire directement du titre d'empereur chinois pour bien montrer l'égalité de statut. Sont écrites aussi les chroniques officielles du Kojiki en 712 et du Nihon Choki en 720 qui fondent une histoire mythologique officielle du pays. C'est aussi à cette époque que le pays prend le nom de Japon, prononcé Nihon ou Nippon en japonais.
Les deux caractères qui forment ce mot signifient littéralement soleil origine soit pays de l'Est ce qui était sa position géographique par rapport à la Chine et à la Corée, et de là vient le nom de pays du soleil le haut. En même temps, le bouddhisme devient religion officielle. Alors attention, officielle ne veut pas dire exclusive et unique.
Au Japon, il y avait alors une religion appelée le Shinto, un culte polythéiste populaire qu'on peut comparer aux religions traditionnelles des anciens grecs et des gaulois. Les japonais ont continué à pratiquer ces deux religions ensemble et les pratiquent toujours. Et quand je dis ensemble, je ne veux pas dire que ces deux cultes cohabitent séparés, chacun avec son clergé et ses fidèles, non. La majorité des japonais pratiquent ces deux religions en même temps.
Ils vont au temple Shinto et au temple bouddhiste. L'époque de Heian débute en 794 avec le déplacement de la capitale dans la nouvelle ville de Kyoto. Le Japon connaît alors un âge d'or au niveau culturel. C'est à cette époque qu'est inventé le système alphabétique dit Dekana, lesquels vont dorénavant être utilisés avec les idéogrammes d'origine chinoise. On voit aussi un nouveau développement du bouddhisme avec la fondation de courants typiquement japonais comme le Shingon.
Et c'est aussi à l'époque de Heian, au XIe siècle exactement, qu'est écrit le Genjimono Gateli, considéré parfois comme un des premiers romans du monde. Le Japon est alors un des grands foyers culturels de la planète. Seulement, cette époque est aussi celle de la montée en puissance dans les régions de grands aristocrates appelés les Daimyo. Ces Daimyo deviennent de plus en plus puissants, de plus en plus indépendants du pouvoir central.
Ils appuient leur pouvoir sur tout un réseau de fidélités privées de vassaux qui ont eux-mêmes d'autres vassaux. La feudalité de l'Europe du Moyen-Âge se rapproche pas mal de ce système de dépendance personnelle. Les armées privées de ces Daimyo forment les premiers samouraïs. Résultat, le pouvoir impérial s'affaiblit de plus en plus.
Les révoltes s'accroissent jusqu'à aboutir en 1180 à une vraie guerre civile appelée la guerre de Genpei, qui va opposer le clan des Taila, opposer à l'empereur, au Minamoto fidèle à la couronne, et qui va s'achever en 1185 par la victoire des Minamoto.
En 1192, le chef du clan Minamoto, Minamoto Noyolitomo, est nommé par l'empereur Shogun, un nouveau titre qui veut dire littéralement Général en chef chargé de la pacification des barbares un genre de généralissime de chef d'état-major qui est dorénavant le vrai numéro 1 de l'État. L'empereur n'a plus de pouvoir réel. C'est le clan Minamoto qui, dans les fêtes, dirige le pays. Il installe son propre gouvernement militaire et sa propre dynastie à Kamakura, au sud de l'actuel Tokyo.
Les Chogouns de Minamoto doivent affronter en 1274 et en 1280 les tentatives d'invasion mongole. Mais pas de chance pour ces fameux guerriers qui avaient conquis toute l'Eurasie, de la Corée à la Pologne. La majorité de leur flotte est à chaque fois détruite par les typhons. Et le peu de soldats mongols qui débarquent sont vaincus par les armées des Chogouns. On a donné à ces typhons providentiels le nom de Kamikaze.
Kamikaze, ce qui veut dire vent des lieux Par la suite, ce nom a bien sûr pris un sens assez différent. Les dieux ont peut-être raté le Japon, mais ils ne favorisent pas le plan Minamoto. Car ces campagnes contre les Mongols leur ont coûté tellement cher qu'ils n'ont plus les moyens de rémunérer leurs vassaux qui mécontents sur eubiff obéissent de moins en moins, ce qui affaiblit progressivement leur autorité.
L'empereur Godago en profite pour évincer les Minamoto en 1333 et restaurer un pouvoir impayable direct. Mais dès 1336, il doit à nouveau céder la réalité du pouvoir à un autre daimyo, Ashikaga Takahuchi. Ashikaga se fait nommer shogun et va jusqu'à nommer un nouvel empereur rival de la dynastie impériale traditionnelle. Une nouvelle dynastie de shogun s'installe.
A partir de 1477, le Japon entre dans une période d'anarchie politique généralisée appelée l'époque Sengoku, qui veut dire province en guerre Les shogunats de Chicago perdent leur autorité devant leurs vassaux, qui eux-mêmes ne sont plus respectés par leur propre vassaux, etc. Les seigneurs locaux se livrent entre eux à des guerres sans fin. Des samouraïs, soldats au service de ces seigneurs locaux, changent facilement de camp au gré des combats.
Des villes en viennent à se gérer elles-mêmes en quasi-indépendance, et dans les campagnes, les paysans s'organisent en ligue pour se défendre contre les pillages et les violences. Autant pour le stéréotype des Japonais qui serait par tradition, par culture, discipliné et soumis à l'autorité. Alors ne croyez quand même pas à un pays qui serait à feu et à sang. Le commerce avec le continent se maintient et même se développe.
Et c'est à cette époque qu'on va paraître le théâtre Nô, l'art floral appelé Ikebana et la cérémonie du thé. Rivalité politico-militaire en même temps que croissance économique et culturelle, Le nord de l'Italie connaissait à la même époque un peu la même chose. C'est dans ce contexte que les premiers Européens, des marins portugais, débarquent au Japon en 1542.
Ils vont être suivis par des explorateurs, commerçants et missionnaires qui vont répandre au Japon le christianisme, les armes à feu et même la cuisine portugaise. Oui, un plat japonais typique comme la tempura était au départ une adaptation de beignets frits portugais. En même temps, le Japon se réunifie sous l'autorité de trois chefs de guerre.
C'est d'abord Oda Nobunaga, un daimyo de la région de Nagoya, qui à force de combat arrête de réunifier sous son pouvoir la plus grande partie du pays avant d'être assassiné en 1582. Un de ses vassaux, Tôtomi Hideyoshi, établit à son tour en 1590 son autorité sur le pays. Taotomi se sent assez fort pour lancer en 1592 et en 1597 deux campagnes d'invasion de la Corée qui échouent.
Il meurt en 1598, ce qui amène de nouvelles rivalités pour le pouvoir et finalement en 1600 Tokugawa Ieyasu, autre daimyo, bat ses rivaux à la bataille de Sekigala. Le pays est définitivement réunifié. Une nouvelle période de son histoire va s'ouvrir, l'époque de Edo. Et Doei à cette époque, le nom de la ville qui sera plus tard appelée Tokyo, est où Tokugawa, nommé Shogun par l'empereur, installe son propre gouvernement. Comme avant, l'empereur Isakur à Kyoto reste sans pouvoir réel.
C'est Tokugawa et ses descendants, Shogun à l'octour, qui seront les maîtres du pays jusqu'au 19ème siècle. Pour mettre fin à l'instabilité politique que le pays a connue et du coup asseoir son pouvoir, Tokugawa va mettre en place une hiérarchisation très stricte de la société. La population japonaise est dorénavant divisée en trois groupes principaux.
Les guerriers appelés bukés, plus connus sous le nom de samouraïs, les retourniers des campagnes appelés yakusho, et les retourniers des villes appelés chonin. Mais ne croyez pas pour autant à des statuts régimes et homogènes. A l'intérieur du groupe des retourniers des campagnes, par exemple, on trouve aussi bien des journaliers, des ouvriers agricoles pauvres que des artisans ou commerçants aisés.
Les guerriers eux forment un peu comme une noblesse guerrière qui a des privilèges, comme le droit exclusif de porter le sabre ou de tuer sur le champ toute personne qui leur manque de respect. Mais, tandis que certains de ces guerriers sont placés en haut de l'échelle sociale, très et financièrement, et bien d'autres se retrouvent sans revenus et vivent, pour ne pas dire survivent, de vols ou de mendicités.
Les daïno les plus importants, l'assaut direct du shogun, doivent résider à Edo la moitié de l'année et l'autre moitié y laisser leur famille. Une méthode simple et efficace pour les surveiller en permanence. En même temps, Tokugawa va mettre en place dès la première moitié du XVIIe siècle une politique de fermeture du Japon à l'étranger. Les commerçants et missionnaires européens sont expulsés. Les japonais n'ont plus le droit de quitter le pays. Les étrangers plus celui d'y entrer.
Le christianisme est interdit, les chrétiens japonais persécutés. Cette politique va durer jusqu'au 19e siècle, mais il faut quand même noncer l'image d'un pays qui aurait été totalement fermé. Cette fermeture a été partielle parce que les échanges commerciaux ont continué avec la Corée, la Chine et le royaume des îles Yoku. Et même la fermeture aux étrangers n'a pas été totale, car les commerçants hollandais sont restés tolérés sur l'île ou artificielle de Dejima au large de Nagasaki.
Et c'est par leur intermédiaire qu'il y aura jusqu'au XIXe siècle un mouvement assez important d'importation et de réutilisation des technologies occidentales, mouvement appelé l'angaku. On traduit des livres de médecine, des livres de physique, on ouvre des centres de formation au commerce. A l'électricité, ça a pu être un facteur assez important de la forte croissance économique que connaît le Japon de cette époque.
En 1673, un premier grand magasin de kimono est ouvert à Edo, et vers les années 1820-1830, on voit apparaître les premières manufactures ouvrières dans les régions de Osaka et de Nara. En même temps, la population des villes augmente, et dans ces villes, on voit apparaître une classe aisée de commerçants et d'artisans. C'est aussi à l'époque de Edo qu'on voit apparaître l'art de vivre à la japonaise dite traditionnelle appelée Wafu, ainsi que le métier de geisha.
Et profitons-en pour préciser que les geishas ne sont pas et n'ont jamais été des prostituées. C'est une idée reçue qui peut encore avoir cours, mais les geishas sont des professions libérales, des artistes qui pratiquent différents arts traditionnels pour animer des soirées de clients. Le terme même de Geisha peut se traduire par artiste.
C'est le sens des deux caractères qui le forment à personne Si une partie de la population des villes s'enrichit, les paysans eux voient leur niveau de vie stagné voire régresser à partir du XVIIIe siècle. En cause, une fiscalité très dure et des mauvaises récoltes. Des famines touchent les campagnes, avec pour résultat des mouvements de révolte qui à partir des années 1830 vont s'étendre à certaines villes, toucher des régions entières dans une ambiance de vraie lutte des classes.
Là encore, autant pour le stéréotype des japonais, qui seraient par tradition, par culture, toujours disciplinés et soumis à l'autorité. On a pu parler de crise sociale pour le régime des shoguns Tokugawa. La confrontation brutale avec les puissances occidentales va lui donner le coup de grâce. En juillet 1853, quatre navires de guerre américains débarquent en baie de Edo.
Cette flotte est commandée par l'amiral Perry qui demande, au nom de son gouvernement, l'ouverture de relations politiques et commerciales entre le Japon et les États-Unis. La demande est courtoise, mais la puissance militaire déployée fait peur au shogun qui accepte. Dès 1854, le traité d'amitié Japon-États-Unis est signé. Et quatre ans plus tard, en 1858, c'est un traité commercial complet qui est conclu. Les Américains en sont bien sûr les principaux bénéficiaires.
Ils obtiennent des taxes très faibles à l'exportation et à l'importation, ainsi que la liberté pour leurs ressortissants de vivre dans certains ports et d'y être jugés selon les lois américaines devant des tribunaux spécifiques. D'autres grandes puissances occidentales, France, Grande-Bretagne, Russie, obtiennent rapidement la signature d'autres traités similaires. De fait, le Japon passe sous la tutelle des puissances occidentales. Les shoguns sont vite discrédités pour leur faiblesse.
En même temps, l'ouverture brutale et rapide au commerce international va entraîner une très forte hausse de la circulation monétaire, d'où une forte inflation. Et cette inflation entraîne appauvrissement, chômage, disette, mouvement de révolte, assassinats de dirigeants politiques, violences contre les étrangers.
Toute cette agitation sociale et politique tourne à partir de 1866 à la quasi-guerre civile, et finalement, sous la pression, le dernier Shogun Tokugawa abandonne le pouvoir en novembre 1867 sans nommer de successeur. L'institution du shogunat vieille de près de 7 siècles est de fait abolie et le pouvoir restitue à l'empereur. Mais malgré ça, les partisans les plus fidèles du shogun refusent de céder.
D'où une vraie guerre civile appelée guerre de Boshin qui va éclater en janvier 1868 et s'achevée en juin 1869 par des faits désinsurgés. Le pays va entrer dans une époque de modernisation et d'industrialisation accélérée appelée époque Meiji qui veut dire gouvernement éclairé.
Le nouvel empereur Mutsuhito déplace la capitale de Kyoto à Edo, qui est à cette occasion rebaptisée Tokyo, nom qui veut dire capitale de l'Est Mutsuhito va mettre en place une politique de modernisation complète du pays sur le modèle occidental. Cette modernisation est d'abord administrative. Les anciens codes et statuts d'époque des Tokugawa sont abolis. L'approprié des privés est légalisé.
Les grands domaines des daimyo et plus importants sont transformés en préfectures à la tête desquelles sont nommés leurs anciens propriétaires. Sont aussi mis en place le hakiandrier grégorien, un nouveau système éducatif à l'américaine, un système judiciaire, un code civil, une nouvelle monnaie, le yen, une banque centrale, etc. Par contre, la constitution d'un régime démocratique ou au moins libéral ne fait pas partie au départ des objectifs de l'empereur.
C'est pourquoi, dans les années 1870, vont se créer des mouvements politiques qui vont réclamer une constitution, voire une république. Ces mouvements vont lancer des pétitions, des manifestations, lesquelles vont parfois évoluer en vrais mouvements de révolte avant d'être réprimées. Mais une constitution est quand même promulguée en 1889, très inspirée de celle de l'empire allemand de l'époque.
Un parlement composé de deux chambres, élus au suffrage masculin restreint, avec un gouvernement nommé par l'empereur et responsable devant lui seul. C'est ce qui permet à l'empereur de ne pas tenir compte des revendications sociales de la majorité des députés de gauche élus aux premières élections de 1890. En même temps, les traités inégaux qui avaient été signés avec les puissances occidentales vont être progressivement abolis. Le pays va connaître une forte industrialisation.
La part de la main d'oeuvre qui travaille en atelier ou en usine passe de 6% en 1880 à 20% en 1920. La production d'acier, elle, passe de 7000 tonnes en 1901 à 70 000 en 1906. On compte 278 km de voies de chemin de fer en 1882, mais plus de 6800 en 1902. Cette puissance économique permet de construire et d'équiper une nouvelle armée à l'européenne et de mener une politique extérieure de guerre et d'invasion.
Deux pays qui, dans les années 1860, courent le risque d'être colonisés, le Japon va rapidement devenir, comme la France, l'Allemagne ou la Grande-Bretagne à la même époque, un pays colonisateur. C'est d'abord le royaume des îles Ryukyu, jusque-là indépendant mais vassal du Japon, qui est annexé sans violence en 1879. En 1894, première guerre contre la Chine qui aboutit à l'invasion de la Corée, de la Manchurie et à l'annexion de Taïwan.
Le problème c'est que les Russes ont eux aussi des envies de conquêtes sur ces régions, de montées des tensions entre le Japon et la Russie qui aboutit en 1904 à une guerre. La Russie, battue en 1905, reconnaît les conquêtes du Japon sur la Chine et lui cède l'île de Sakhalin au nord de Rokkaido. Le Japon en profitera pour annexer la Corée en 1910. Ce n'était pas la première fois qu'une race présumée inférieure battait une race présumée supérieure.
L'Italie avait déjà été vaincue par l'Ethiopie à Hadwa quelques années avant. Mais la guerre russo-japonaise frappe l'opinion occidentale par l'ampleur des combats et par les moyens militaires les plus récents qui sont utilisés. En 1914, quand la première guerre mondiale éclate, le Japon s'engage aux côtés de la France et de la Grande-Bretagne contre l'Allemagne.
Mais la participation japonaise à la première guerre mondiale va se limiter à la conquête des possessions allemandes en Asie-Pacifique, région chinoise du Shandong, ville Caroline, Marshall et Marianne. A l'occasion de la guerre civile russe, le Japon occupe en 1918 Vladivostok et l'est de la Sibérie. Les années 1920 vont être remarquées par un mouvement de démocratisation assez net. Le suffrage universel masculin est mis en place en 1925. La vie politique donne plus importance aux partis.
La politique d'assimilation culturelle forcée jusque-là menée en Corée s'assouplit. Mais la grande crise économique mondiale de 1929 va faire basculer le pays d'une période de folie guerrière. Parce que cette crise, en effet, avec tous les problèmes économiques et sociaux qu'elle engendre, va favoriser la montée d'un nationalisme agressif.
Pourquoi ne pas conquérir de nouveaux territoires en Asie pour y prendre un accès direct à l'énergie, aux matières premières et y placer comme colons les japonais victimes de la crise ? Le 18 septembre 1931, un lieu dans la Manchurie chinoise sous tutelle du Japon depuis 1895, l'incident de Mukden.
L'explosion sur une voie ferrée d'une bombe attribuée à des rebelles chinois, mais en fait un coup monté par les militaires japonais qui sert de prétexte à une occupation complète de la Manchurie chinoise. Cette région est même transformée en 1932 en état indépendant du Mont Choucault, à la tête duquel est nommé comme souverain Puyi, le dernier héritier de la famille impériale chinoise. En réalité, bien sûr, un état fantoche entre les mains du Japon.
Face aux protestations internationales qui ne manquent pas d'arriver, le Japon répond en quittant la SDN, société des nations, équivalent à l'époque de l'ONU et se rapproche de l'Allemagne nazie. Les très nombreux militaires japonais massés alors en Manchurie et donc la frontière soviétique sont peut-être considérés d'un bon œil par Hitler qui voit un moyen de prendre l'URSS à revers en cas de conflit.
D'où rapprochements et tractations entre le Japon et l'Allemagne qui aboutissent en novembre 1936 à la signature du pacte anticommunitarme, en fait anti-URSS. Le 7 juillet 1937, un incident entre soldats chinois et japonais Près de Pékin sert de prétexte à une attaque générale de la Chine. Pékin, Shanghai, Nankin, les régions côtières nord sont envahies par l'armée japonaise qui se livre à de véritables atrocités sur les civils.
Mais la résistance chinoise et la grande taille du territoire à conquérir font progressivement s'essouffler l'agression et s'enliser le conflit à partir de 1938. La Chine est alors soutenue militairement par l'URSS, ce qui explique peut-être pourquoi les militaires japonais tournent leurs obsessions de conquête vers la Sibérie. Mais l'armée japonaise est repoussée par les soviétiques à la bataille de Keklingol en septembre 1939. Donc, nouvelle orientation des obsessions de conquête vers le sud.
Le Japon profite de la défaite française de juin 1940 pour en septembre entrer en Indochine française. Le même mois, ils rejoint officiellement l'alliance avec les grandes puissances fascistes par la constitution de l'axe Tokyo-Rome-Berla. Mais les États-Unis répondent aux agressions japonaises en Asie par un blocus économique en juillet 1941. En réponse, les militaires japonais attaquent et détruisent le 7 décembre 1941 la faute américaine du Pacifique stationnée à Pearl Harbor près de Hawaii.
L'armée japonaise a les mains libres pour, dans les mois qui suivent, occuper Singapour, la Malaisie, la Birmanie, les Philippines, l'Indonésie, elle menace même l'Australie et l'Inde. Mais l'avancée japonaise est stoppée dès juin 1942 à la bataille de Midway. Et les États-Unis mettent vite en marche leur énorme potentiel industriel et militaire et, aidés par les armées britanniques et australiennes, vont progressivement reprendre l'ensemble des territoires envahis.
La résistance japonaise est acharnée comme un Guadalcanal par exemple, mais l'avance américaine est inexorable. Au printemps 1945, quand les américains débarquent à Okinawa, la situation du Japon est catastrophique. Ville ravagée par les bombardements, économie ruinée, forces aériennes et navales presque complètement détruites. Mais les militaires continuent à s'acharner à résister, notamment par l'emploi des avions-suicide kamikaze.
Il faudra en août 1945 les bombardements atomiques de Hiroshima, de Nagasaki et l'invasion soviétique de la Manchurie. Pour que l'empereur Ilohito accepte la capitulation signée en septembre 1945. Massacre de masse de civils, esclavage sexuel, travail forcé, expérience médicale sur des cobayes humains, usage d'armes chimiques. Les horreurs japonaises des années 30 et 40 sont responsables de millions de morts et par certains côtés ont dépassé les horreurs allemandes en Europe.
Les Américains occupent et administrent le Japon de 1945 à 1952. Des grands changements sont alors mis en place. Abandon de tous les territoires conquis depuis l'époque Meiji. Démilitarisation. Démantèlement des grands groupes industriels. Nouvelle constitution qui installe le suffrage universel. Et dans laquelle l'Empereur renonce à tous ses pouvoirs. Dans laquelle le Japon renonce à mener des guerres d'agression. Nouveau code civil. Jugement des criminels de guerre.
Même après 1952, les américains vont maintenir des bases militaires permanentes toujours présentes actuellement et continuer à administrer directement l'archipel des Liuqiu jusqu'en 1972. Cette présence américaine n'est pas forcément bien vue par toute la population et des grosses manifestations anti-américaines auront lieu dans les années 50 et 60.
En même temps, guerre froide oblige, l'oncle Sam veut faire de l'ancien ennemi un allié face à l'URSS, la Chine et la Corée du Nord, d'où la signature en 1951 du traité de San Francisco. des criminels de guerre présumés échappent à la justice, et des hétiches frontaliers avec certains pays voisins du Japon ne sont pas réglés. Le Japon va se reconstruire et connaître une croissance économique de plus en plus soutenue à partir des années 50.
Une croissance qui n'a rien de miraculeux ou d'artificiel, comme on a pu parfois l'écrire, même si l'aide américaine a joué. Avant la seconde guerre mondiale, le Japon était déjà une grosse puissance économique. Donc, tout le savoir-faire et les capitaux utilisés jusqu'à maintenant dans le secteur militaire sont dorénavant investis dans l'industrie civile.
Le pays va vite devenir un leader mondial dans des domaines comme l'automobile, l'électronique grand public et son PIB devient le deuxième du monde en 1968. La croissance économique se maintient même après les chocs pétroliers des années 70. Japon investit en masse dans les hautes technologies et donne l'impression de pouvoir dépasser un jour la puissance américaine.
Résultat d'une partie de l'opinion occidentale, une peur du Japon à l'origine de titres de journaux et de déclarations de politiciens, limite pour ne pas dire ouvertement racistes. On peut citer par exemple la première ministre française socialiste. Edith Cresson qui qualifiait en 1991 les japonais de peuple de fourmis C'est justement en 1991 qu'une nouvelle période d'histoire du Japon va s'ouvrir avec une forte récession, suivie depuis par des difficultés économiques persistantes.
Croissance faible, endettement public énorme, rétrogradation du PIB japonais de la 2ème à la 3ème place mondiale en 2010, l'appauvrissement d'une grande partie des japonais, la faible fécondité, le vieillissement de la population, la concurrence d'autres pays comme la Corée du Sud, bref. Tout ça fait planer pas mal d'inquiétudes sur l'avenir du pays et a pu faire parler de déclin irrémédiable, voire de décomposition du Japon. Ce qui est un peu confondre ces désirs avec la réalité.
Parce que le pays reste une des premières puissances économiques et technologiques mondiales. Il garde et renforce même des gros atouts économiques. Et puis les problèmes sociaux qu'il rencontre sont communs à beaucoup d'autres pays développés. En même temps, on a l'impression que le pays redevient progressivement ou en tout cas veut redevenir une puissance géopolitique. Le budget militaire augmente. Des traités bilatéraux de coopération militaire sont signés avec l'Inde, la Grande-Bretagne.
Une base militaire permanente est ouverte à l'étranger. Seulement, en même temps, avec la Chine et la Corée du Sud, les litiges sur des questions de territoires contestés persistent, voire s'aggravent. En parallèle, depuis les décennies 2000 et 2010, le Japon exerce un attrait croissant dans le monde par l'export de sa culture populaire.
Manga, gastronomie, films d'animation, culture des kawaii, avec pour conséquence un tourisme de plus en plus important et une image du pays à l'international qui est une des meilleures du monde. Aujourd'hui, comme par le passé, comme depuis toujours en fait, le Japon est un pays qui bouge, qui évolue, qui se transforme. Voilà, je vous remercie d'avoir écouté cet épisode.
S'il vous a plu, pensez à le partager sur vos réseaux sociaux, que ce soit sur YouTube, sur Audible, sur Apple Podcasts ou sur vos autres plateformes de podcasts préférés, mettez-lui un like. Si le cœur vous en dit, lâchez un petit commentaire, ça m'aide à être mieux référencé. Vous pouvez aussi me laisser un pourboire sur Tipeee, pour ça le lien est dans la description, et vous êtes aussi bien sûr invité à vous abonner au podcast.
Très bonne journée ou très bonne soirée, ça dépend de quand vous m'écoutez, et à très bientôt.
