Le 24 avril 1915, des centaines d'attectuels arméniens de Constantinople sont arrêtés sur ordre du gouvernement ottoman avant d'être exécutés. Cette date marque le début du génocide arménien, le premier grand génocide de masse du XXe siècle. Comment en est-on arrivé là ? Alors, il faut savoir que depuis le début du XIXe siècle, l'Empire ottoman est un état en recul territorial constant.
Il doit abandonner des territoires comme la Serbie, la Grèce, la Bulgarie, la Macédoine, la Bosnie, la Roumanie, l'Algérie, la Libye, l'Égypte. En 1878, le traité de Berlin confirme que c'est une puissance secondaire qui dépend de la bonne volonté des autres puissances européennes.
Cette époque est aussi celle de la montée en puissance en Europe des sentiments nationaux, dans lequel l'Empire Ottoman, ce sont les Arméniens qui réclament plus de droits, plus d'autonomie et qui vont jusqu'à se révolter. Dans ce contexte, le sultan Abdou Hamid II a pu avoir l'impression que c'était l'existence même d'Empire Ottoman qui était en danger. Et il choisit donc la répression, brutale, sanglante même.
Des centaines de milliers d'Arméniens sont tués dans des massacres, perpétrés de 1894 à 1896. En 1908, l'arrivée au pouvoir de ce qu'on appelle les jeunes turcs laisse d'abord espérer une politique démocratique et favorable aux minorités. Mais les jeunes turcs se révèlent vite être des ultranationalistes qui veulent mettre en place un état de culture exclusivement turc. Dans cette logique, les Arméniens sont vus comme des étrangers, des ennemis intérieurs même.
D'où des nouveaux massacres d'Arméniens perpétrés à Adana en 1909. Avec l'entrée en guerre de l'Empire Ottoman fin 1914, les Arméniens vont cette fois être accusés d'être des traîtres responsables des défaites militaires face aux Russes. Et le gouvernement ottoman décide en avril 1915 l'élimination de tous les Arméniens vivant dans l'Empire. Les villages arméniens sont vidés de leurs habitants. Les Arméniens expulsés meurent de faim, de soif, d'épuisement dans les marches de la mort.
D'autres sont transportés dans les vagouins bestiaux. Les femmes de tout âge sont violées en Syrie. Les hommes, les femmes, les enfants, les vieillards sont tués à l'arme blanche, aussi bien par des soldats que par des civils. Bref, en un an, de 1915 à 1916, un million et demi d'Arméniens vont être massacrés d'une façon planifiée, systématique, organisée. Il faut savoir que les chrétiens et les grecs de l'Empire seront eux aussi des cibles de massacres et de déportations.
Les puissances alliées comme la France et la Grande-Bretagne sont au courant de ces massacres. Elles les dénoncent, mais elles ne peuvent pas les empêcher. La marine française réussit quand même en 1915 à sauver des Arméniens réfugiés au mont Moussadag. L'empire allemand, allié de l'empire ottoman, lui, ferme les yeux. Après la défaite de 1918, les dirigeants jeunes turcs responsables du génocide arménien vont fuir la Turquie.
Ils vont être par la suite recherchés et exécutés par la Fédération révolutionnaire arménienne. C'est ce qu'on a appelé l'opération Nemesis. Bon, je parle d'exécution, mais c'était des assassinats. Au sens juridique, parmi ces personnes ciblées par l'opération Nemesis, on peut citer Taalat Pacha, abattu à Berlin le 15 mars 1921 par Sogomont et Lirian. second montiel lyriant qui sera plus tard acquitté par la justice allemande.
J'en profite pour préciser ce que c'est qu'un génocide, parce que c'est un terme très chargé émotionnellement, parfois utilisé un peu à tort et à travers. Un génocide, ça n'est pas un massacre de masse. Un génocide, c'est l'élimination physique, volontaire, totale ou partielle, d'un groupe ethnique, religieux ou national, ciblé en tant que tel, quelle que soit sa taille.
