¶ Intro / Opening
Cet épisode de transfert vous est présenté par Bouygues Télécom, engagé avec ses clients contre l'exclusion numérique grâce à l'opération Don de Giga. Chaque mois, les clients Bouygues Télécom peuvent offrir des gigas symboliques à l'association de leur choix. Quatre partenaires participent à cette initiative. Les petits frères des pauvres, le Secours populaire, la Fondation des femmes et l'APF France Handicap.
Ces gigas sont ensuite transformés en forfaits et smartphones pour des personnes en situation d'exclusion numérique. Cette année, plus de 925 000 gigas ont déjà permis à des milliers de bénéficiaires de se reconnecter et ainsi de rester en lien avec leurs proches et la société. Pour découvrir l'histoire de ce beau projet et l'impact concret de vos dons, n'hésitez pas à aller voir la vidéo Giga Merci sur la chaîne YouTube ou le site de Bouygues Télécom.
Dans une lettre adressée à son frère, Fyodor Dostoevsky résume ainsi l'intrigue de crimes et châtiments. Un jeune homme, exclu de l'université, de modeste origine et vivant dans une extrême pauvreté, par légèreté, par manque de fermeté dans les principes et sous l'influence de ses idées mal digérées, bizarres, qui sont dans l'air, a résolu de sortir d'un coup de sa triste situation. Il a décidé de tuer une vieille femme et de la dévaliser. Fin de la citation
Mais cet acte, loin de libérer le dit jeune homme, ne fera que le plonger dans une profonde angoisse aux confins d'une folie intérieure. Près d'un siècle et demi plus tard, c'est le jeune William qui décide de tuer l'image que les autres ont de lui. pour enfin se faire accepter par eux. Vous écoutez Transfer, épisode 191, un témoignage recueilli par Grégory Curot.
¶ Le Harcèlement à l'école et la Vengeance
Mon premier souvenir d'enfance, il est assez simple. Je me vois dans un complexe de jeux qu'il peut y avoir dans les cours. Il y avait plein de jeux, des toboggans, des balançoires. D'ailleurs, un tunnel dedans, une espèce de tonneau. Je rentre dans ce tonneau et les gens qui étaient déjà présents me disent non, toi, tu ne rentres pas. Ça, c'est mon premier souvenir de harcèlement. Ça date de la maternelle. Je rentre en primaire et un jour, ça s'amplifie.
Parce que ces enfants me disent « me surnomment plus de la gueule ». Et ça devient mon surnom pendant des années. Et les enfants trouvent assez intéressant, en fin de compte, de prendre des fioles de parfum, d'échantillons qu'on peut trouver en grande surface, pour me les jeter dessus.
en me traitant plus de la gueule, plus de la gueule. Tous les jours, j'ai peur d'aller à l'école, en fait, parce que tous les jours, je sais ce qui m'attend. Alors, forcément, j'ai le réflexe d'aller à l'infirmerie parce que je ne me sens pas bien, parce que j'ai envie de vomir, parce que...
Je veux échapper à mes harceleurs. Un jour, ça s'aggrave parce que l'un de mes harceleurs dans les escaliers me pousse, probablement pour jouer ou pour bousculer. Sauf que je tombe à l'heure envers et en fin de compte, je me casse le bras. Mes parents ne voient pas à ce moment-là que je suis harcelé. Ils ne le voient pas du tout. Ils s'imaginent que ce sont des jeux d'enfants. Au réunion parents-prof, à chaque fois, les professeurs disent « il faut que William s'endurcisse ».
Il faut qu'il devienne plus fort. C'est du chahutage. C'est rien de grave. C'est ce qui se passe dans les cours d'école. C'est une enfance qui est compliquée. Je le sens et je me dis que c'est un problème. Je pense qu'au moment où on me casse le bras, où on me jette des fioles de parfum, où à mon dernier jour de CM2, on m'attend à la sortie de l'école et on me jette des cailloux.
Parce que je change de cursus, je quitte le privé. À ce moment-là, j'ai une véritable haine de ces personnes. Parce que ce n'est pas une personne, ce n'est pas deux personnes, c'est totalement la classe entière. Et à ce moment-là... Je me dis même que la Terre entière m'en veut. Je ne me dis plus que ce sont simplement des élèves en cours. Je me dis que c'est tout le monde, que ce soit à l'école ou avec des camarades que je peux avoir via les amis de mes parents. Donc vraiment, cette haine...
de jour en jour, mais je ne suis pas bagarreur. Je ne peux pas leur redonner la monnaie de leur pièce. Je ne peux pas casser le bras d'un élève. Je ne peux même pas les insulter. Je n'y arrive pas. Je me dis qu'à ce moment-là, je suis un poisson dans un océan de requins. C'est super compliqué. Je laisse faire, mais il y a une haine en moi qui grimpe, qui grimpe. Et quand je vois tous ces gens devant moi, je me dis une chose. Un jour, quand je serai grand, je prendrai ma revanche.
Un jour, quand je serai grand, ils me regarderont. Et ils se diront, mince, on a été super dur avec lui, mais aujourd'hui, il a réussi. C'est vraiment ma motivation. Donc c'est une haine qui, en même temps, va devenir mon moteur.
¶ Le Collège, le Théâtre et un Bras Cassé
Je vais donc aller dans un collège qui se trouve dans la même ville. Je me dis que ça va s'arranger, que je vais pouvoir repartir à zéro, que je vais avoir deux nouveaux amis, des gens qui ne me connaissent pas. Et là, je vais vraiment être moi-même. Jusqu'au moment... où quelques des élèves de ce collège viennent me voir et me font « C'est toi qui étais dans l'école privée avant ? Ah oui, d'accord. Donc personne ne t'aimait là-bas. » Et là, je percute qu'ils sont au courant de tout.
de toute mon enfance, que de par la taille de cette ville, ils jouaient tous au foot ensemble, ils faisaient des activités ensemble, et donc du coup, ils parlaient entre eux. Normalement, on arrive dans le collège public. Et on vient d'une école publique. Moi, ce n'était pas le cas. Et donc forcément, comme tout le monde se connaît, tout le monde savait qui j'étais. Et là, commence un moment assez difficile où pareil, je ne me sens pas bien, où je n'ai pas beaucoup d'amis.
J'en ai un peu plus, mais il se compte sur les doigts d'une main, évidemment. Et à un moment, il y a un des populaires du collège qui aime bien un petit peu me titiller. et qui un jour veut, à la bonne idée, de faire une démonstration de clé de bras à ses copains sur moi. Et à ce moment-là, on me recasse le bras. Et là, ça ne va pas du tout. Là, je me dis, en fait, je ne peux pas m'en sortir. Je fais ma sixième, ma cinquième.
Et ça ne va vraiment pas. Mes parents le voient bien. Mes récits sont toujours les mêmes. Il y a toujours ce même problème de harcèlement, d'élèves qui ne l'acceptent pas. Et pourtant, je ne suis pas un garçon différent des autres. Mais ils ne m'acceptent pas. Décision est prise avec mes parents de changer d'établissement et de ville pour ma quatrième. Je suis en quatrième, je me sens bien, je me sens grand. Et je me rends compte que personne ne s'occupe de personne, que...
tout le monde s'occupe de lui-même et de sa bande d'amis, et qu'en fait je passe inaperçu. Donc je suis plutôt content. Il y a option théâtre. C'est quelque chose que mes parents ont voulu développer en moi. J'adorais à chaque fois qu'il y avait des invités à la maison, chanter, danser. J'aimais beaucoup ça. Alors en CP, mes parents m'ont inscrit à un club de théâtre dans lequel...
Je me suis vraiment épanoui. Et dans ce milieu-là, je me sens bien. Je monte sur les planches, j'ai pas de stress. Au contraire, moi, ça me galvanise. Je deviens meilleur, je pense. Et sur les planches, avec les projecteurs, on voit pas le public.
on se sent bien, on se sent quasiment tout seul. Et en fait, je me sens bien au théâtre parce que je me dis que sur les planches, il ne peut rien m'arriver. Je me dis que c'est un moment où les gens me regardent, où les gens sont venus pour moi. Alors...
Je fais une année, puis deux, puis trois. Je finis par faire huit ans de théâtre. Ça développe ma confiance en moi. Et surtout, je me sens intouchable. Je voulais que les gens me voient. Je voulais que les gens me respectent. Et dans cette nouvelle école...
¶ Changer d'Image, s'Affirmer et s'Accepter
Je veux vraiment recommencer les choses à zéro. Je ne veux pas que les autres élèves aient vent de ce que j'avais fait avant. Je ne veux pas que les autres élèves aient une image de moi différente. La première année, j'essaye de m'intégrer, tant bien que mal. Parce qu'en fait, quand j'arrive dans ce collège, j'ai fait le constat que soit on était mangé, soit on mangeait les autres. C'est ça la loi de la récré. Et je ne veux pas être mangé, je ne veux plus être mangé. Alors je me dis...
Il faut que je change. Donc là, je vais faire un travail sur moi-même où je vais me dire les autres ont été durs avec toi et c'est comme ça qu'ils étaient populaires dans le lycée. Alors, je commence à être moins sympathique, moins bonne poire. Je me moque même des autres.
Et je vois que ça marche. Je vois que les autres sont réceptifs, que personne ne se moque de moi parce que je me moque des autres. Et on me dit que j'ai peut-être trouvé quelque chose. Je me pose aussi beaucoup de questions sur ma sexualité. Je pense être homosexuel et donc je réfléchis beaucoup et je ne veux pas le montrer. Je le pense, mais je ne le dis à personne. En même temps, mon style vestimentaire va changer. Si le théâtre m'a appris quelque chose, c'était que l'habit fait le moine.
Je décide donc un peu tous les jours de m'habiller avec des chaussures de ville, avec un manteau trois quarts. Ça m'arrive même de mettre des cravates. Alors forcément, ça fait sourire les autres, mais ils ne se moquent pas de moi. Évidemment, ce style vestimentaire va un petit peu avec mon coming out qui arrive. Je m'assume un peu plus, je dis plus qui je suis, je m'exprime mieux, je commence à avoir de vrais amis.
Évidemment, le fait de s'habiller de manière différente soulève quelques questions chez mes camarades. Un jour, je suis derrière un centre commercial et trois de mes copines me disent « Allez, tu peux nous le dire, t'es homo ». Non, non, non, je ne vois pas ce qui vous fait dire ça. Non, je ne suis pas homo. Allez, dis-le, t'es gay. Non, je ne le suis pas. À force d'insister, finalement, je lâche l'affaire. Oui, je suis gay. Et leur réaction ?
j'ai appréhendé un espèce de dégoût, a été plutôt une jubilation de leur côté de savoir qu'elles avaient raison. Et voilà, en fait, j'ai fait mon coming out. Sauf que ce n'était pas vraiment des super copines, étant donné que quelques semaines plus tard, tout le monde était au courant.
Et à ma grande surprise, je n'ai pas eu de problème. C'est-à-dire qu'à ce moment-là, tout le monde commence à le savoir et personne ne me dit rien. Je n'ai pas de réflexion. Il y a même quelque chose qui me fait me poser des questions, c'est que...
D'un coup, plein de filles viennent me voir en me disant « Est-ce que tu veux devenir mon copain ? » Je suis dans une école où les gens me respectent, les gens m'acceptent, je peux m'habiller différemment et il n'y a pas de problème. Et personne ne m'embête. J'ai même des amis. J'adore ça. Et je me dis, vu que ça a marché, je vais faire ça tout le temps maintenant. Je vais m'habiller différemment. Je vais vraiment m'épanouir dans ce collège-lycée. Une affiche sur le...
¶ Radio, Tech et Premiers Projets
sur le mur du self, propose aux collégiens de faire un atelier web radio. Alors je me dis, ça tombe bien, j'aime bien parler, j'aime bien me montrer avec le théâtre, je vais y participer. On fait un premier atelier, c'est quelque chose de très simple. C'est vraiment un moment que j'apprécie et je m'y sens tellement bien que la personne qui s'occupe de nous va me proposer, avec quelques collègues de la Web Radio, de fonder une junior association.
C'est une association que les jeunes mineurs peuvent avoir avec la supervision d'un adulte. Et ça se passe plutôt bien. On fait des fêtes nautiques, on fait des interviews, les fêtes de la musique, évidemment. Et je me dis, mais en fait, faire de la radio, c'est un métier. Il y a des gens qui le font toute la journée. Et c'est là qu'on rêve d'enfant d'être acteur à cesser d'être, parce que je me suis dit qu'il existait d'autres métiers pour être connu, pour être célèbre, ou bien pour exceller.
Alors je me dis, mais c'est ça que je veux faire dans la vie. Je veux travailler dans les médias. Donc là, junior association se passe bien. On fait deux, trois ans. Et je rencontre un jeune qui vient un jour participer à la web radio et qui est féru d'informatique.
Il m'apprend à créer un site internet pour la web radio. Et j'adore ça parce que je trouve ça assez artistique de faire des images, de faire du graphisme. Et je m'entends super bien avec cette personne. On est meilleur ami. Et un jour, il...
Il a pour idée de monter un data center. Je ne savais pas bien ce que c'était, mais lui, il me disait qu'il avait déjà loué des espaces de stockage pour des gens et que ça marchait bien. On se dit que ça pourrait être super sympa de monter un petit data center local.
et de vendre un peu nos offres. J'ai toujours voulu montrer à ces jeunes que je pouvais réussir professionnellement pour prendre ma revanche. Et là, je venais de découvrir un moyen de le faire, que c'était possible de travailler, même jeune, et...
¶ La Poursuite de la Réussite Professionnelle
d'avoir des résultats, que les gens voient ce que je fais. Et là, je me dis, mais c'est comme ça que je vais pouvoir leur montrer que j'ai réussi. Je me mets donc en tête absolument à tout prix de réussir dans ma vie professionnellement pour prendre ma revanche.
Tous les jours, j'y pense. Comment on me verra le mieux ? Pourquoi je veux être le président de la Junior Association ? C'est évidemment pour avoir un titre. Dès qu'il y a un article dans le journal, évidemment, je suis le premier sur la photo. parce que je veux qu'il me voit, je veux vraiment qu'il se dise, c'est lui, pas un autre, et il réussit. Finalement, ça s'avère beaucoup plus compliqué que prévu. Finalement, donc, le projet de data center tombe à l'eau.
Avant que la 4G et la 3G se répandent comme on a aujourd'hui, j'ai une idée, c'est de rendre Internet accessible partout, pour tous, gratuitement, dans la ville où je suis. Mais différemment de ce qui se trouve déjà des bornes, des codes Wi-Fi qu'on a dans les restaurants. Parce que l'idée, c'est vraiment d'avoir un réseau Internet avec des bornes qui sont connectées entre elles et qui permettent de se connecter dans un bar. Et quand on va dans un restaurant après...
on est toujours connecté parce que les bandes se communiquent entre elles. On commence à faire une publicité, à faire de la vidéo. Évidemment, je me mets en avant. J'explique le projet. Je me titre évidemment comme fondateur à chaque fois. On travaille assez dur.
On installe des bornes, les gens l'utilisent. Je pars dans une beaucoup plus grande ville, en Bretagne, pour faire des études supérieures de graphiste, webdesigner. Et j'ai toujours ce projet dans un coin de ma tête. Mais mine de rien, la vie étudiante me rappelle à l'ordre.
Et je n'ai plus le temps pour gérer les bornes Wi-Fi partout. Je suis plutôt concentré d'ailleurs à me faire des nouveaux amis. Dans cette nouvelle ville, il n'y a plus les parents. Il y a mon premier appartement. Et là, en fait, ma vie commence.
Alors j'ai toujours cet esprit de représentation. Je m'habite tous les jours en chemise, cravate, costume, chaussure de ville. Tous les jours. Dans cette école, tout le monde m'identifie tout de suite comme un leader, comme un meneur. Je me sens super bien.
¶ L'entrée dans le Monde de la Télévision
Une très bonne bande d'amis. Vraiment, c'est l'éclate. Malheureusement, le projet de born wifi partout tombe à l'eau. Au même moment, je décide de me mettre à mon compte. pour réaliser des sites internet et du graphisme pour des clients, pour des PME, des TPE. Et là, je travaille. Je travaille super dur pour gagner de l'argent. Parce que, évidemment, pour payer mon rythme de vie, les costards...
les nouveaux téléphones, évidemment, il faut un peu de sous. Parce que tout de suite, je veux montrer que j'ai toujours le dernier téléphone. Je veux montrer que j'ai toujours les dernières chaussures, que j'ai une jolie voiture. Je veux vraiment tout le temps avoir le meilleur. Je veux toujours avoir... le dernier mot et la dernière technologie. Pour valider la fin d'année de ma deuxième année en tant que webdesigner, je dois faire un stage et je décide de le faire en télévision.
Donc tous les jours, je m'occupe de faire les widgets du site internet, le graphisme de ce site internet. Et plus ça va, plus il me donne de projets. Donc j'ai 21 ans, je monte à la capitale. Je me sens super bien. Je me dis, l'avenir s'ouvre à moi.
J'arrive donc à Paris et je fais trois semaines de stage qui se passent très très bien. Ces trois semaines se terminent. Il me reste encore six mois d'école. Et je dis à mon maître de stage que je suis à mon compte et qu'évidemment, s'il le souhaitait... Je pouvais venir chaque semaine faire l'aller-retour entre la Bretagne et Paris pour travailler, étant donné que je n'ai que trois jours d'école par semaine. Il accepte.
Qu'est-ce que je suis fier en Bretagne de dire, oui, je vais aller à Disneyland ce week-end, oui, je vais aller voir une expo, je vais aller dans un bar à Paris. Je trouve ça classe, en fait. Je termine mes études pour qu'au final...
ils me proposent de rester un peu plus longtemps. Et donc, plus ça va aller, plus ils vont confier des tâches, comme la nouvelle application mobile, jusqu'au nouvel habillage graphique de l'émission. Et quand je conçois ce nouvel habillage graphique d'émission, je rentre pour la première fois dans une régie de télévision. Et là, je...
Je suis subjugué. Il y a des boutons partout, il y a des écrans partout. Tout le monde parle, tout le monde connaît les codes. C'est incroyable comme ambiance. Je tombe amoureux de la télévision. Un jour, je rentre en Bretagne pour aller voir mes parents.
Ça fait déjà un an que je travaille pour cette émission. Et malheureusement, mes parents ne peuvent pas venir me chercher à la gare ce jour-là. Ils ont un emploi du temps bien chargé. Je leur dis, c'est pas grave, je vais prendre le bus. Et dans le bus, je croise l'un de mes harceleurs de l'époque.
Et là, une crise d'angoisse monstrueuse me prend. Je palpite, j'ai chaud et j'essaie de me cacher un peu parce que j'ai peur que la personne me reconnaisse et qu'en fait, il recommence comme avant. Tout de suite, ça me renvoie à mes années beaucoup plus jeunes où... où en fait, j'étais rien et j'étais personne. Je rentre à Paris et je continue mon bout de chemin.
jusqu'au jour où on me propose d'aller couvrir un événement en direct pour les réseaux sociaux, mais qu'il n'y a pas de moyens télé, que l'idée, c'est vraiment de faire ça light avec les moyens du bord. Donc, je conçois une petite solution technique.
On part donc une semaine en tournage et ça marche plutôt bien. La production est contente, je suis content et cet événement me fait vraiment dire que j'ai ma place dans ce monde-là. Et au bout d'un an, on me fait comprendre qu'on ne va plus avoir besoin de mes services, que j'ai déjà beaucoup donné et qu'aujourd'hui...
¶ Dépression, Innovation et Création du Studio
Je ne vais plus trop avoir ma place. C'est un moment assez compliqué pour moi parce que je me dis ça y est, je gagnais bien ma vie. J'étais arrivé à Paris. Les gens m'appréciaient. Tout allait bien dans ma vie. Et à ce moment-là, tout s'arrête. Pendant un mois, je déprime.
Je déprime totalement. Je me dis mais qu'est-ce que j'ai fait ? Pourquoi je suis monté à Paris ? Comment je vais retrouver un boulot ? C'est très compliqué pour moi. Et je marque un temps d'arrêt pour me demander qu'est-ce qui m'a plu dans ce métier ? Qu'est-ce qui m'a plu dans ce monde-là ?
Un samedi matin, je suis dans ma douche et j'ai une vision très claire d'une machine qui ferait tout. Une machine pour streamer, une machine pour faire de la réalisation vidéo, une machine qui servirait à faire de la télé, mais dans sa chambre. avec des petits moyens, mais vraiment une super production. Alors, je commence à dessiner. Je dessine des coques, je dessine des cartes mères, je dessine des assemblages. Et au bout de deux mois, j'ai un prototype sur papier.
Et je me mets à construire cette machine. Alors, mon appartement ressemble à un atelier géant. Je pousse des composants électroniques pour dormir sur mon lit, mon chien aussi. Ça, ça dure trois mois. Et je me dis, maintenant, il faut que je présente cette machine. Donc j'organise un événement avec quelques directeurs techniques. Je représente une machine qui n'est pas plus grosse qu'un frigo d'appartement.
et qui est capable de tout faire, de streamer, de mélanger des caméras vidéo, de connecter des téléphones, de connecter des caméras conventionnelles. Vraiment, une vraie régie de télévision dans un frigo d'appartement. La réaction des directeurs techniques qui sont là...
c'est de me dire que j'ai inventé un jouet sympathique. Le directeur commercial de l'agence marketing qui possédait l'espace de coworking vient me voir, dit « J'adore ton projet, ta manière de voir les choses. Vraiment, je crois en toi. »
Il me dit, en fait, j'ai quelque chose à te dire. J'aimerais que toi et moi, on s'associe. Et un jour, on a un coup de téléphone d'une grosse société française qui nous propose un événement au Stade de France. Alors, on part au Stade de France et l'opération est un succès.
Je reçois un coup de téléphone. Il s'avère que c'est un grand réalisateur de la télévision française. Je lui fais la démonstration de la machine et là, je l'entends qu'il dit « putain, ça fait dix ans que j'en rêve ». Et en fait, il nous propose de travailler ensemble. Et en fait, une semaine plus tard, le Covid arrive.
Et là, je me dis mince, ça y est, tous nos efforts viennent de s'écrouler. Et j'entends dire que l'émission Vox Pop sur Arte a un problème, c'est que chaque journaliste va en Europe rencontrer des intervenants et que là, c'est plus possible avec le Covid.
Alors on nous appelle pour venir installer la machine et faire en sorte de faire fonctionner Voxpop à distance. Au même moment, d'autres émissions, d'autres chaînes vont nous appeler et vont nous demander de les aider à effectuer des duplex en plein Covid.
¶ Le Succès sans la Satisfaction Attendue
Au bout d'un an, les gens ont vu ma machine fonctionner. Les gens ont vu de quoi elle était capable et sont maintenant convaincus. C'était très naturel qu'il fallait ouvrir un studio de télévision. Aujourd'hui, la société, elle marche très très bien. Elle me permet de m'épanouir.
Au bout de quelques années, je me dis qu'il y a quelque chose qui ne va pas. J'ai l'impression de ne plus être très motivé. Je n'arrive plus à me lever le matin. Je ne me sens pas très bien. J'ai souvent de la famille qui m'appelle pour me féliciter des nouvelles avancées. Mais au fond de moi, il y a quelque chose qui ne va pas.
Et en fait, je fais le constat que ce qui m'a motivé toute ma vie, cette revanche à prendre sur ma jeunesse, à prendre sur les gens qui m'ont harcelé, en fait, je ne l'apprends pas. J'étais censé me dire qu'ayant réussi professionnellement, ça y est.
c'était gagné. J'avais pris ma revanche. Sauf qu'en fait, cette revanche, elle n'avait pas du tout le goût que j'espérais. J'imaginais ça un peu comme dans les grands films américains avec la réunion des anciens élèves où on se rencontre tous et on fait « Hey, toi, tu fais quoi dans la vie ? »
Moi, j'ai monté une société d'audiovisuel, j'ai un plateau de télévision, j'ai 25 ans. Et toi ? Évidemment, ça n'arrivera jamais. Cette revanche n'aura jamais le goût que j'aurais espéré. Et je me dis mince, toute ma vie, j'ai travaillé super dur.
pour que les gens reconnaissent mes capacités, mon professionnalisme, reconnaissent que je suis quelqu'un de bien et qu'en fin de compte, c'est comme si c'était rien passé. Je l'ai fait pour moi, mais je l'ai surtout fait pour prendre une revanche. Et comme cette revanche n'aura pas lieu, je commence à déprimer.
je commence à me dire mince, qu'est-ce que j'ai fait ? Je commence à regretter, je commence à me dire mais est-ce que toute ma vie n'a pas été basée sur une erreur ? Est-ce que j'aurais mieux fait de ne pas travailler autant et de profiter de ma jeunesse ?
D'un coup, je remets tout en cause, à savoir si je n'ai pas fait la plus grosse erreur de ma vie, qui est de sacrifier mon adolescence. Je n'ai pas vraiment de réponse. Je ne sais pas si je vais retrouver un nouveau moteur. Et ça me fait peur, parce qu'aujourd'hui, j'ai des responsabilités.
¶ L'Anxiété et la Quête d'un Nouveau Moteur
Mais c'est de plus en plus dur tous les jours, parce que j'ai plus de motivation. J'ai plus de revanche à prendre, et aujourd'hui, je sais pas ce qui peut me motiver. Ma première crise d'angoisse, je la fais en 2018. Pourquoi j'angoisse, je sais pas du tout. Je me demande vraiment, quelle est la raison ?
Et plus ça va, plus j'angoisse dans des moments où je ne contrôle pas. Dans le métro ou dans un train ou dans un avion. Par exemple, dans le train, j'ai peur, quand je fais une crise d'angoisse, d'avoir un arrêt cardiaque et que personne ne s'en aperçoive, en fait. monter dans un ascenseur me fait peur. J'ai peur que, pareil, dans cet ascenseur, je m'évanouise, personne ne me retrouve. Je me rends compte d'une chose aussi.
C'est que quand j'angoisse, c'est parce que je m'en veux. J'angoisse parce que j'ai pris du bon temps, parce que j'ai été à Disneyland. J'angoisse parce que je prends le train pour aller fumer par an. Je prends l'avion pour aller en vacances. Et en fait, j'angoisse parce que je ne maîtrise plus rien. Et surtout...
je laisse mon bébé, je laisse ma société toute seule, je m'en occupe plus. Comme si cette pression de me dire je ne peux pas rater avait un impact sur moi, de me dire si je rate, tout le monde va se foutre de toi et j'ai beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup encouessé.
Ça a été un moment très compliqué. Aujourd'hui, je suis sous traitement pour limiter les crises d'angoisse, mais c'est pas parti encore. Et je pense que ça partira pas de si tôt. Finalement, aujourd'hui, j'ai plus rien à prouver à personne. Aujourd'hui, mes parents sont fiers de moi, ils me l'ont dit. Ma famille est fière et je sais que les personnes qui m'ont harcelé étant plus jeune sont au courant de ma situation aujourd'hui. Je le sais. Mais pour moi, c'est pas une revanche.
Sous-titrage Société Radio-Canada Production éditoriale, Sarah Koskiewicz. Prise de son, montage et réalisation, Victor Benhamou. Retrouvez tous les épisodes de transfert sur slate.fr ou sur votre application de podcast préférée. Pour proposer une histoire,
