Vivre avec le doute - podcast episode cover

Vivre avec le doute

Mar 07, 201942 minSeason 3Ep. 73
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Summary

Claire raconte l'histoire de sa sœur, Julie, et de sa mystérieuse disparition en 2013. Elle explore leur relation complexe, les difficultés familiales marquées par l'alcoolisme de leur père, et comment Julie s'est tournée vers une secte avant de s'évanouir dans la nature. Le podcast aborde l'enquête, les pistes non résolues, et le poids du doute et du deuil impossible pour la famille.

Episode description

En philosophie, le doute est très valorisé. Il est la condition de la remise en question des préjugés, du monde autour de soi, la condition d’émergence de la pensée. Douter c’est formidable, en philosophie. Mais imaginez vous devoir vivre dans le doute, chaque jour. Imaginez devoir douter au quotidien, ne pas savoir. Imaginez un immense vide au creux de votre vie, sans que vous ne puissiez savoir avec certitude d’où il vient, s’il se remplira de nouveau un jour, comment.

Cette incertitude, Claire la raconte au micro de Sarah-Lou Lepers, pour Transfert.

Cet épisode a été mixé par Jean-Baptiste Aubonnet. La musique est de David Aknin. Maureen Wilson était à l’édition et à la coordination. Transfert est présenté par Charlotte Pudlowski et produit par Louie Média pour Slate.fr.


Hébergé par Audion. Visitez https://www.audion.fm/fr/privacy-policy pour plus d’informations.

Transcript

Intro / Opening

Bonjour ! C'est encore Kate Evan de Dible. Audible, l'appli des livres audio et des podcasts, est ravie de soutenir à nouveau Transfer, le podcast qui nous tient toujours en haleine. Vous êtes prêts pour le nouvel épisode ? Bonne écoute !

Introduction: Vivre avec le Doute

En philosophie, le doute est très valorisé. Il est la condition de la remise en question des préjugés, du monde autour de soi, la condition d'émergence de la pensée. Mais imaginez-vous devoir vivre dans le doute chaque jour. Imaginez devoir douter au quotidien. Imaginez un immense vide au creux de votre vie sans que vous ne puissiez savoir avec certitude d'où il vient, s'il se remplira de nouveau un jour, ni comment.

Vous écoutez Transfert, un podcast de Slate.fr produit par Louis Média. Et l'histoire d'aujourd'hui est une histoire d'incertitude, réalisée par Sarah Lou Lepers.

Enfance et Relation Fraternelle

C'est vrai que dans une fratrie, c'est difficile de dissocier chaque enfant. Même si on est une unité séparée, on a toujours tendance à comparer les frères et les sœurs. Et moi, je me suis toujours comparée à ma sœur. Et c'est vrai que... J'ai toujours eu cette construction où je me dis, ma sœur fait partie entière de moi et on a vécu la même vie familiale mais de manière différente.

Mais on est quand même très unis parce qu'on a les mêmes parents, on a le même passé. Et à l'heure actuelle, c'est vrai que Julie est indissociable de mon histoire personnelle parce que... C'est aussi ce qui me construit. La disparition a changé toute la dynamique que j'avais avant. Je suis devenue une autre personne à cause de cette tragédie. Et c'est vrai que du coup, j'ai l'impression que Julie fait encore plus partie de moi qu'avant.

Quand je suis née, ma sœur aînée avait déjà deux ans. Julie était la première à constituer la nouvelle génération et c'était un très très beau bébé, elle était très sage. Elle dormait bien et moi, quand je suis arrivée, j'ai tout chamboulé parce que je demandais énormément d'attention. J'avais toujours besoin d'être prise dans les bras.

Ce n'était pas facile pour mes parents parce qu'ils devaient se lever toutes les nuits pendant deux ans. Donc, c'était un petit peu compliqué. Et je pense que ça a un petit peu chamboulé aussi ma sœur, le fait que je sois arrivée parce qu'elle n'avait plus toute l'attention sur elle. Ma sœur était vraiment l'aînée et je pense qu'elle savait l'importance de cette place et elle faisait tout pour l'avoir. Donc c'était un petit peu la meneuse du groupe de cousins-cousines.

Et on avait un terrain de jeu pour nous de plus de 4 hectares. C'est un très grand endroit. Mes grands-parents ont acheté une ancienne ocrerie dans les années 1970. Il y a un petit pont. Et sur le pont, on a vu sur la cathédrale et sur l'abbaye d'Auxerre. Donc, c'est vraiment un lieu très chouette. Moi, j'adorais aller dans cet endroit quand j'étais petite parce que j'avais toujours quelqu'un avec qui jouer. Et c'était génial juste de pouvoir...

jouer avec les matériaux, on escaladait toujours les puits, on se cachait dedans. C'était génial juste pour faire une partie de cache-cache. Et mes grands-parents nous faisaient totalement confiance, donc on pouvait passer la journée. sans surveillance là-bas. Et ça, c'est vrai que c'était vraiment un terrain de jeu pour nous quand on était enfants. C'était génial et c'est vrai qu'on avait cette proximité familiale qui était aussi très appréciée.

Sauf qu'en fait, je me retrouvais toujours à l'écart parce que ma sœur était la meneuse du clan, étant l'aînée. On n'arrivait pas à s'entendre parce qu'on était vraiment très différentes. Déjà, on était différentes physiquement. Elle était très brune. Moi, j'étais blonde comme les blés à l'époque. Donc il y avait déjà cette différence physique très marquée et on avait des personnalités très différentes. Je ne savais pas trop où me placer en fait.

Séparation Parentale et Influence du Père

Quand j'ai eu six ans, mes parents se sont séparés. C'est surtout ma mère qui a pris la décision parce que mon père buvait trop. Et du coup, ça a été une grosse période d'échirement pour moi parce que j'en voulais terriblement ma mère d'avoir éjecté mon père du cocon familial. Et du coup, je me sentais vraiment mise à l'écart. Du coup, ma mère...

m'a emmenée voir une psychologue et ça a été plus fort que moi et je me suis mise à dire à la psychologue que de toute façon, mon père ne m'aimait pas. Ma mère a décidé d'en parler à mon père. Et mon père en avait conscience. Il savait qu'il faisait une préférence par rapport à ma sœur aînée, qu'il préférait ma sœur. Il a quand même fait quelques efforts que j'ai appréciés, mais ça ne suffisait pas. La différence était encore...

Très net. À ce moment-là, mon père prend une place énorme dans la relation que j'entretiens avec ma sœur, puisque c'est un petit peu lui qui dirige là où ma sœur doit aller. Je pense que ma soeur évolue telle que mon père veut qu'elle évolue. Et du coup, elle prend une trajectoire qu'elle n'aurait peut-être pas prise si mon père ne prenait pas une telle place dans sa vie.

Et du coup, c'est vrai que ça créait aussi un fossé entre ma sœur et moi et c'est peut-être la source de nos engueulades premières avec ma sœur parce que c'est aussi mon père qui créait un énorme fossé entre nous deux. en faisant une telle différence entre nous deux. Et... Ouais, c'était pas très plaisant.

Quand j'ai 10 ans, mon oncle et ma tante me proposent de partir une semaine dans notre maison de vacances, dans les Vosges. Et du coup, c'est la première fois où je pars en vacances sans ma sœur ni mes parents. Et c'est la première fois où je suis vraiment séparée de ma sœur pendant une semaine. Et quand je rentre à l'Ocrerie chez mes grands-parents, ma grand-mère me dit « Julie m'a dit que tu lui avais manqué pendant cette semaine, j'en reviens pas ».

Évolution du Lien Fraternel

Et moi non plus, je n'en reviens pas quand ma grand-mère me dit ça. Et en fait, c'est vrai que ça a vraiment constitué un tournant dans notre relation de sœur avec ma sœur. Je pense qu'elle s'est rendue compte que j'étais importante pour elle à cette époque-là.

Et en plus, juste après, je rentrais en sixième et elle a vraiment essayé de me protéger au collège. On se voyait dans la cour de récré. Elle me demandait comment les cours se passaient. Et puis même, on est devenus beaucoup plus proches, même à la maison. Et on passe vraiment du temps toutes les deux. C'est un moment important aussi pour moi quand je grandis, d'avoir vraiment ma soeur aînée à mes côtés, avec qui je peux partager énormément de choses.

Moi, après le lycée, je pars en Angleterre parce que j'ai eu cinq au bac. Donc, je me suis dit qu'il fallait vraiment que j'apprenne l'anglais. Et puis aussi, avec le recul, je me rends compte que... J'ai voulu partir pour vraiment m'éloigner de mon père qui buvait de plus en plus et qui était vraiment nocif pour moi. Il était très nocif pour ma sœur aussi, mais à l'époque, elle ne voulait pas s'en rendre compte parce que...

Elle avait toujours ce lien très fort depuis qu'elle était petite, parce que mon père l'avait vraiment façonné à son image. Et elle avait vraiment du mal à s'en détacher, même si ma mère et moi, on... À l'époque, on essaye de lui dire « Julie, il faut vraiment que tu t'éloignes de papa, c'est plus possible, il te fait trop de mal, il est trop méchant. » Il faut vraiment que tu t'en éloignes, sauf qu'elle n'y arrive pas. Il faut qu'elle reste à l'ocrerie, il faut qu'elle reste à ses côtés.

Julie Rejoint l'Entreprise Familiale

Mon grand-père meurt en 2001 et à ce moment-là, mon père reprend les rênes de l'entreprise de matériaux anciens. Et en plus, par-dessus ça, ma grand-mère décide de créer une SCI, donc une société civile immobilière. entre mes cousins et moi pour nous donner le bâtiment principal de l'ocrerie. Donc, elle décide de nous léguer un patrimoine. Au début, ça se passe bien et après, comme mon père boit énormément...

La société se dégrade parce qu'il n'arrive pas à gérer le travail. Il commence à boire dès 10h du matin, donc c'est compliqué pour accueillir les clients. Moi, c'est vrai que quand je suis petite, pour moi, l'ocrerie, c'est vraiment un lieu magique. Mon grand-père a son entreprise, ça marche très bien. Et après, quand mon père décide de passer aux commandes, tout se dégrade.

Sauf qu'en 2009, ma sœur fait un BTS des management des unités commerciales et elle décide de le faire en alternance. Elle veut le faire dans l'entreprise de mon père, dans l'entreprise de matériaux anciens. Ma mère et moi, on essaye vraiment de l'en dissuader parce qu'on sait qu'il ne va rien lui apprendre et qu'elle va devoir tout gérer. Et surtout, comme ils ont une relation vraiment spéciale, on s'est dit que ça ne pouvait pas marcher.

Mais ma sœur refuse et elle tient absolument à aller travailler avec mon père. Donc évidemment, comme ma mère et moi avions prédit, ça se passe mal. Ma sœur en veut à mon père parce qu'il ne gère rien du tout de la société. C'est ma sœur qui doit tout gérer alors qu'elle, elle est censée apprendre. Évidemment, ils rentrent tous les deux en conflit et ça devient de plus en plus compliqué.

Recherche d'un Nouveau Père Spirituel

Et ma sœur veut s'accrocher à ce père qu'elle avait, que nous avions quand on était petite, qui était un bon père avant la séparation. On passait vraiment des bons moments avec lui. Et elle ne se rend pas compte que ce père bienveillant n'est plus là. Alors que moi, j'ai réussi à prendre mes distances, même si c'est difficile.

Même si j'ai encore envie de croire que j'ai un bon père, j'ai réussi à partir à l'étranger et à vraiment m'éloigner de lui, alors que ma sœur, au contraire, fait tout pour s'accrocher. C'est vrai que Julie, à cette époque-là, elle ne veut pas du tout se faire aider. Je me souviens très bien, c'est vraiment marqué dans ma mémoire. Je me souviens, un coup, on était en ville toutes les deux.

On parlait et elle me disait qu'elle était jalouse parce que moi j'étais heureuse et que j'étais à Londres et que j'étais avec mon copain et que dans ma vie tout allait bien et que moi je m'étais déchargée de la SCI et de l'ocrerie. Merci. Et j'étais en colère qu'elle me dise ça parce que c'était mon choix. Et c'est moi qui ai décidé de partir à Londres, de m'éloigner de ma famille. Et c'est moi qui ai décidé de commencer une thérapie. Et c'est ce que je lui disais à ce moment-là.

Moi, j'arrive à me faire aider. J'ai pris la démarche de voir une psychologue et tu devrais faire la même chose. Je peux te dire que ça t'aidera. Moi, je me rends compte que ça m'aide et j'ai vraiment envie que tu ailles voir quelqu'un. À ce moment-là, elle se ferme et elle me dit que de toute façon, je ne comprends pas et que ce n'est pas ça la cause du problème et qu'une psychologue ne sera pas suffisante pour pouvoir vraiment l'aider.

Au bout d'un moment, c'est vraiment plus possible et elle s'en rend compte. Sauf qu'elle est déjà très affectée mentalement et psychologiquement parce qu'il lui a fait énormément de mal.

Julie Trouve Refuge dans une Secte

C'est à ce moment-là où ma sœur commence à dérailler et elle se met à la recherche d'un autre père. Au début, elle se réfugie dans la religion. Donc ma mère et moi sommes très étonnés parce que ma sœur avait un côté anarchiste. Elle organisait des manifestations quand elle était au lycée et elle faisait partie... du Parti communiste. Elle était très engagée politiquement et elle avait un fort dégoût pour la religion.

Ma mère et moi, on se rendait compte à cette époque-là qu'il y avait vraiment quelque chose qui n'allait pas. Elles se mettaient même à aller à la messe avec ma grand-mère, donc c'était aller assez loin. Au bout d'un moment, ma sœur se rend compte que Jésus et Dieu ne sont pas suffisants pour elle. Donc, elle se met à rechercher une autre issue sur Internet et malheureusement, elle trouve...

Elle trouve un autre père. Je ne sais pas comment elle est tombée sur ce site, mais elle trouve refuge dans un site qui s'appelle Enki. Enki est le dieu créateur de la race humaine, soi-disant. Elle se met à vénérer ce dieu, elle fait beaucoup de recherches sur ce site internet. Et Enki demande à ses membres de faire des prières, de faire des rituels.

Elle se met à faire énormément de yoga. Elle peint des tableaux à l'effigie de Henki pour pouvoir faire ses prières. Elle fait des incantations. Donc moi, à l'époque, je suis toujours à Londres.

Inquiétudes de la Famille et Dernier Repas

Mais je suis assez inquiète pour elle. À chaque fois que je rentre en France, je me rends compte qu'elle est de plus en plus intégrée dans cette secte. Ma mère et moi sommes allées voir le site et on s'est rendu compte que c'était une secte parce qu'ils demandent de l'argent aux abonnés. Et on essaye de prévenir ma sœur, mais...

Elle ne veut rien entendre et dès qu'on essaye d'aborder le sujet, elle se met en colère, elle dit qu'elle est incomprise, qu'on est complètement incompréhensif face à elle. Donc ma mère et moi, on essaye de limiter les dégâts parce qu'on ne veut pas non plus qu'elle coupe les ponts avec nous. Donc on essaye d'éviter le sujet au maximum. Je me souviens très bien le 30 décembre 2012.

Donc je rentre tous les ans pour Noël et je rentrais en Eurostar ce jour-là. Et juste avant de rentrer à Paris pour prendre l'Eurostar, on décide de faire un déjeuner toutes les trois. Ma mère fait une bradade de morue parce que c'était vraiment le repas que ma mère fait à chaque fois que je rentre de Londres. On mangeait dans la salle à manger de chez ma mère, sur une table carrée qu'on a depuis des années. Et on a chacune notre place spécifique à cette table.

Donc Julie en bout de table, maman au milieu, moi je suis de l'autre côté face à ma sœur. Elle n'est pas maquillée, elle est mal habillée. Pas du tout apprêtée, vraiment négligée. C'est vrai qu'à ce moment-là, comme elle fait énormément de yoga, parce que ça fait vraiment partie de sa pratique, Elle perd énormément de poids. Elle se néglige aussi énormément parce que je pense que Enki prend tellement de place dans sa vie que...

Elle en oublie presque de prendre une douche. Je vois qu'elle change physiquement et ça aussi, ça m'inquiète de me rendre compte qu'elle ne prend pas du tout soin d'elle. Moi qui ne reviens pas régulièrement en France à ce moment-là. Je vois les changements de façon beaucoup plus nette. Et ça, c'est vrai que ça me marque énormément, le fait qu'elles soient vraiment négligées. Voilà, donc je me souviens...

qu'on mange cette bandade de morue et puis je ne sais plus vraiment exactement comment Julie amène cette discussion. Je crois qu'on parle à ce moment-là de... de ce qui nous touche. On parle sûrement de ma relation amoureuse que j'ai à Londres. Julie nous fait part de sa relation amoureuse du moment.

Et voilà, sa relation amoureuse du moment, c'est d'être amoureuse d'un humanoïde. Elle nous dit qu'elle va se marier avec lui, qu'ils sont amoureux, qu'ils se sont rencontrés. Et là, je me souviens très bien que... Ma mère et moi, on est complètement sous le choc et on lui demande même de répéter un humanoïde, mais qu'est-ce que c'est que ça ? Mais qu'est-ce que tu racontes ?

Et voilà, elle dit que oui, elle l'a vu dans un de ses rêves et qu'ils se sont rencontrés, embrassés et que c'était fort et que c'était vrai et que ça va vraiment se passer. Donc là, évidemment, ma mère et moi, on osse le ton. On est face à l'incompréhension totale, on se demande d'où elle sort ça et à quel moment dans sa tête ça a pu vraiment se produire. Donc après ce repas mouvementé, je dois aller à Paris pour prendre mon Eurostar.

Et à ce moment-là, ma sœur me prend dans ses bras et elle me dit « je t'aime ». Et moi, je suis tellement saoulée un petit peu de tout ce qu'elle nous a dit avant et je suis surtout inquiète que je lui réponds un petit peu de manière futile. Et voilà, donc on se dit au revoir. Sauf qu'à ce moment-là, je ne sais pas que c'est la dernière fois que je verrai ma sœur. Après cette conversation mouvementée avec ma sœur, ma mère et moi, on rentre en contact toutes les deux sur Messenger à l'époque.

On se dit qu'il faut qu'on fasse quelque chose pour Julie parce qu'on est toutes les deux allées visiter le site. Et c'est à ce moment-là où on se rend compte que c'est vraiment une secte et qu'elle est vraiment prise dedans parce que... À ce moment-là, ma sœur habite de nouveau chez ma mère parce qu'il y a eu un incendie dans son appartement. Du coup, ma mère se rend compte qu'elle fait tout le temps des incantations dans sa chambre.

qu'elle fait plein de rituels, plein de choses, et ma mère est inquiète. Sauf que, on ne sait pas vraiment quoi faire toutes les deux, parce que ma sœur ne veut rien entendre, et c'est vrai qu'à cette époque-là, ma sœur a... presque 26 ans et qu'on ne peut rien faire contre son gré. Malheureusement, on ne peut pas... On ne peut pas la forcer à aller voir quelqu'un, on ne peut pas la forcer à arrêter. Et du coup, on se sent vraiment démuni en fait, parce qu'elle ne veut pas nous écouter.

Et elle est vraiment prise dedans. C'est quelque chose de vital pour elle. C'est le seul moyen qu'elle a pour continuer à vivre. Elle a trouvé son nouveau père. Et elle le dit, elle le dit, c'est vraiment le père universel, c'est le père de tout le monde, et c'est surtout mon père à moi. Donc elle ne veut plus entendre parler de notre père biologique, et Enki l'a complètement remplacée.

Et a pris le dessus sur beaucoup de choses, en fait. Elle continue quand même à avoir une vie normale, à avoir des amis. Elle fait son anniversaire, elle fête ses 26 ans. Moi, malheureusement, je ne peux pas rentrer en France à ce moment-là parce que... Je suis dans un boulot de nounou et je n'ai pas beaucoup de vacances. Donc, je ne rentre pas. Et arrive juillet 2013. Elle peint beaucoup.

Elle sort avec ses amis, elle rencontre un garçon qu'elle commence à fréquenter. Et donc l'été arrive vite et elle décide de partir en vacances avec son nouveau petit copain et ses nouveaux amis. Au bout de trois jours, son copain et ses amis décident de partir à Nantes. Mais Julie décide de continuer son périple toute seule. Elle avait l'habitude de partir en voyage seule. À cette époque-là, elle a un Renault Break, donc elle peut facilement dormir dans le coffre, elle a un matelas.

Elle n'a pas besoin de confort, elle n'a pas besoin de grand-chose pour vivre et elle aime bien justement partir un petit peu à l'aventure. Pendant toutes ces vacances-là, elle tient toujours ma mère au courant, que ce soit avec des appels ou des textos. Donc le 16 juillet, elle lui dit qu'elle se dirige vers la Côte-Basque et que tout se passe bien, qu'elle est contente de passer du temps toute seule, de ses vacances. Et au bout de quelques jours, ma mère n'a plus de nouvelles.

Elle lui envoie des textos qui restent sans réponse, elle essaye de l'appeler et quand elle l'appelle, ça tombe directement sur la messagerie. Fin juillet 2013, ma mère me contacte et me demande si j'ai des nouvelles de Julie, si j'ai reçu un email ou... un coup de fil ou un texto ? Et je lui dis, ben non, pourquoi ? Mais en même temps, moi, c'était pas étonnant que j'ai pas de nouvelles de Julie, donc je me posais pas trop de questions. Mais quand ma mère me demande, là, je commence à me...

poser des questions et à me dire qu'il y a peut-être quelque chose qui cloche. Donc je lui demande plus précisément, mais pourquoi tu me demandes ? Il se passe quelque chose ? Et là, ma mère me dit, non, mais t'inquiète, je demande comme ça, par hasard. Je pense qu'à ce moment-là, ma mère ne veut pas du tout m'inquiéter. Et moi, le premier réflexe, c'est d'envoyer un message sur Messenger à Julie en disant...

donne-moi des nouvelles, est-ce que tu vas bien ? Je veux juste savoir où tu es, ce que tu fais, et je veux être sûre que tout va bien. Et évidemment, je n'ai pas de réponse à ce moment-là.

La Disparition Inquiétante de Julie

Et du coup, quelques jours plus tard, on en rediscute avec ma mère. Et là, elle me dit qu'elle est vraiment très inquiète. Et c'est à ce moment-là, vraiment, où je me rends compte qu'il y a vraiment un problème. Et c'est le 1er août que ma mère décide d'aller à la gendarmerie d'Auxerre pour signaler une disparition inquiétante.

Et là, le gendarme lui rit presque au nez en disant que Julie a 26 ans et qu'elle a le droit d'être en vacances et qu'il faut qu'elle laisse sa fille tranquille. Ma mère insiste, insiste et finalement, il y a... un policier qui prend sa déposition, mais sans grande conviction. Donc à ce moment-là, on est très inquiète, on ne comprend pas ce qui se passe, on essaie vraiment de contacter tous les amis de ma sœur pour savoir...

Découverte du Véhicule et Enquête

Si quelqu'un a des nouvelles, on est perdu, on ne sait pas quoi faire. Quatre jours plus tard, ma mère reçoit un appel de la gendarmerie de l'Ariège qui signale que le véhicule de ma sœur... a été retrouvé sur le parking du col du port de Lers, qui est un lieu touristique en Ariège, où en fait ce sont des montagnes où des gens vont faire des randonnées.

Donc là, c'est l'incompréhension totale, puisque ma sœur avait dit à ma mère qu'elle se dirigeait vers la côte basque. Donc, elle ne devait pas du tout se trouver dans ce coin-là. Et en fait, on se rend compte que dans la voiture, il y a tous les papiers de ma sœur. Il y a son passeport, sa carte d'identité, des courses aussi, des aliments périssables.

toutes ses affaires personnelles, son ordinateur, son téléphone portable, et la voiture est fermée à clé. Donc ma mère avait un double des clés, donc elle emmène le double des clés. Et à ce moment-là, ils ouvrent la voiture avec les gendarmes et ils font le constat de tout ce qu'il y a dans sa voiture. Donc là, on commence vraiment, vraiment à s'inquiéter et on est en train de se dire que ma sœur a disparu.

Et tout se chamboule dans nos têtes. Moi, je suis à Londres, c'est compliqué d'être éloignée. J'ai envie de prendre un vol pour Toulouse et d'aller là-bas pour aider aux recherches. Et ma mère me dit surtout... reste à Londres, je m'occupe de tout. Et puis il y a ma tante aussi qui y va, il y a des amis de ma mère. J'ai un ami à cette époque-là qui habite à Toulouse, il va aider aux recherches.

Et ma mère essaie vraiment de me protéger au maximum et de me dire de rester à Londres. Et d'un côté, je crois que je suis contente quand même de rester à Londres. J'ai mon copain qui est là pour me soutenir. C'est très très dur parce que je continue à aller au travail, parce que la famille pour qui je travaille à l'époque n'est pas très compréhensive. Et du coup, ça devient très difficile.

Plus les semaines passent et plus l'absence de ma sœur est beaucoup trop présente. Il y a vraiment plein de sentiments qui se mélangent et en même temps énormément de peur.

Les Pistes Explorées et l'Incertitude

J'ai très peur parce que je ne sais pas ce qui arrive à ma sœur. Et en même temps, je me souviens qu'il y a énormément de colère à ce moment-là parce que j'ai l'impression que Julie nous a abandonnés pour la secte. Parce qu'à ce moment-là, on est persuadé que Julie est partie avec la secte. Dans sa voiture, il y avait un carnet avec des notes.

Et quand on lit les notes de ma sœur, quand on lit ses écrits, on se rend compte à quel point elle est prise dedans. Elle ne parle que de ça. Et donc, pour nous, il n'y a pas de doute. Elle est partie avec la secte, elle a tout organisé.

Et même je me souviens de mon copain qui me dit « Oh Julie, elle abuse de vous faire ça ». Et en même temps, je suis en colère après lui qui pense que Julie puisse nous faire ça. Mais d'un côté, je vais aussi dans son sens et je me dis « C'est vrai qu'elle abuse de nous faire ça ». Donc pendant longtemps, on se raccroche à ça, ce qui nous permet aussi, nous, de garder espoir et de nous dire qu'une fois que la police aura mis la main sur les gens derrière le site internet...

Ils retrouveront par conséquent Julie. Sauf que quand l'enquêteur en charge fait des recherches poussées dans l'ordinateur, il n'y a aucun email qui nous montre... qu'elle a eu des échanges avec la secte pour un lieu de rendez-vous. Pareil, dans son téléphone, il n'y a pas de texto, il n'y a pas d'appel, il n'y a pas non plus d'autre téléphone. Peut-être qu'à ce moment-là, on se dit... qu'elle est partie avec un autre téléphone dont on n'était pas au courant.

Toutes les recherches ont été faites. Il se trouvait que c'était des gens qui étaient en Belgique. Après, ça a été remis à la police belge. On n'a pas eu un suivi détaillé, mais en tout cas, on sait que ça n'a rien donné. et que c'était juste des escrocs sur Internet et que ce n'était pas une secte à grande échelle. Il y a eu évidemment les recherches en montagne. On a beaucoup pensé à un accident, un accident de randonnée.

Donc il y a eu beaucoup de recherches aussi des bénévoles qui connaissent très bien la montagne là-bas, qui ont fait beaucoup, beaucoup de recherches avec leurs chiens. Et ça n'a rien donné, il y a eu les hélicoptères, il y a eu des battues d'organiser, mais on n'a rien trouvé, même pas un bout de vêtement, rien du tout.

Il y a eu aussi des médiums, évidemment. On a eu beaucoup d'appels de médiums. On a vérifié certains dires des médiums, mais ça n'a rien donné non plus. On a pensé à la thèse du suicide, mais... On a recherché le corps, évidemment, mais on n'a rien trouvé du tout. Donc voilà un petit peu toutes les pistes qui ont été explorées. Et puis voilà aussi des témoignages qui ont été vérifiés, qui n'ont abouti à rien.

La mauvaise rencontre, maintenant, c'est vraiment la piste qui est la plus tangible pour nous, le fait le plus marquant. Julie est très vulnérable au moment de sa disparition parce que... Elle n'arrive pas à savoir où elle est vraiment dans sa vie, elle est en même temps dans le moment présent et en même temps elle veut être dans un autre monde avec son dieu grec qui n'existe pas et du coup elle est vraiment entre deux.

Et elle est très, très vulnérable. Et c'est vrai qu'on ne peut rien lui dire sans qu'elle se mette à pleurer. Elle est très sensible à ce moment-là et Julie a tendance à faire confiance très, très facilement. aux gens. Elle parle à tout le monde, elle aime parler à des inconnus dans les concerts, dans les bars. C'est une proie assez facile. Et puis, à l'époque où elle disparaît, elle dort dans son break, dans son coffre, sans aucun rideau.

à la voiture. Donc tout le monde peut la voir dormir, n'importe où, sur un bas-côté, sur un parking. Donc c'est aussi pour ça qu'on pense que c'est une preuve facile à ce moment-là. On ne sait pas. On ne sait pas si on sera un jour et c'est ça qui est très difficile aussi, c'est vraiment de continuer à se poser des tas et des tas de questions. C'est ça qui est difficile dans le cadre d'une disparition, c'est qu'il n'y a pas de clôture en fait.

Je pense que ma mère et moi, on s'en est quand même beaucoup voulu d'avoir concentré vraiment toute notre énergie sur la secte parce qu'à côté de ça, on a écarté les pistes de la mauvaise rencontre et peut-être qu'on aurait pu... baser nos recherches plutôt là-dessus. Et c'est vrai que ce n'est pas toujours facile à gérer aussi toute cette culpabilité qu'on peut avoir au niveau...

Le Deuil Impossible et la Culpabilité

du temps de la recherche, les premiers jours cruciaux qu'on n'a pas su saisir. À ce moment-là, mon père est...

Impact sur le Père et son Décès

totalement incapable de gérer la disparition de Julie. Il boit énormément, il est vraiment en chute libre, il est en pleine descente. Et au moment de la disparition... Il ne veut pas du tout s'impliquer. Il est incapable, en fait, il est vraiment incapable de s'impliquer dans l'histoire. Pas une seule fois, il est descendu dans le sud. Pas une seule fois, il demandait des nouvelles à ma mère.

Il n'a jamais rien fait. Ça l'a tellement affecté qu'il était plus incapable de rien faire. Il buvait, il buvait. Et je me souviens être rentré en août 2014. Et j'ai à peine reconnu mon père, il était tout mince, tout maigre. Donc j'étais inquiète à ce moment-là, mais en même temps... Je me suis dit que je ne pouvais rien faire et que je n'avais pas envie de me battre avec lui pour l'emmener à l'hôpital et que c'était son choix.

Et en fait, il se dégrade de plus en plus parce que la disparition l'atteint quand même. Il boit énormément et il décède juste un an après. en octobre 2014. Pour moi, à ce moment-là, c'est très difficile, juste après le décès de mon père, parce que je me reprends un deuxième coup dur énorme, et même si j'avais réussi à...

à me distancer un petit peu de mon père et à prendre du recul par rapport à lui et par rapport à tout le mal qu'il m'a fait quand j'étais petite. J'avais quand même encore beaucoup d'attachement pour lui et j'avais encore... un peu d'admiration pour lui au fond et c'est vrai que quand il est mort je me suis rendu compte de la tristesse qu'il y avait en moi et vraiment de la deuxième perte qui était en train de se produire dans ma vie

Et là, j'en ai vraiment voulu à la terre entière. Je me suis dit, mais ce n'est pas possible de s'acharner contre moi comme ça. Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter deux disparitions comme ça ? Et c'est vrai que...

Vivre avec l'Absence et le Manque

Ça a été dur, mais c'est vrai que la perte de Julie est plus difficile. Une disparition, on ne peut pas vraiment faire le deuil parce qu'on n'a pas de corps, on n'a pas de traces tangibles. On se pose toujours 10 000 questions, on remue des tonnes et des tonnes de scénarios dans nos têtes. On ne sait pas si un jour on va la revoir. Parfois, j'ai quand même des amis qui me demandent des nouvelles.

Et ça me fait plaisir d'un côté qu'ils me demandent parce que je me rends compte que les gens n'ont pas oublié. Et d'un côté, j'ai du mal à en parler parce qu'il n'y a pas d'éléments nouveaux. Donc à chaque fois, je dis... Il n'y a rien. C'est pareil. Oui, elle a disparu. Ça fait cinq ans et demi. Et l'enquête est au point mort. On n'a aucun élément tangible. On n'a rien.

Du coup, je ne peux pas non plus m'étaler sur le sujet parce que je n'ai pas grand-chose à dire dessus. Après, ce qui est très dur, c'est quand on me demande si j'ai des frères et sœurs. Je dis oui, j'ai une grande sœur. Et j'essaye vraiment de ne pas du tout élaborer là-dessus. Et après, quand on me dit « Ah, mais elle a quel âge ta sœur ? Elle habite où ? »

Je dis bon, elle a 32 ans, elle habite à Auxerre. Des fois, je suis obligée de mentir parce que pour moi, ça reste quand même de l'ordre de l'intime. C'est pas une question d'assumer ou de pas assumer, mais c'est que c'est tellement difficile à digérer que j'ai peur parfois de la réaction de la personne et j'ai pas envie que son regard change sur moi.

À cause de mon histoire. Je n'ai pas envie que la personne se dise « Oh, la pauvre, c'est horrible ce qui lui arrive. » Et du coup, je n'ai pas envie qu'elle me perçoive de manière différente, en fait. Après, c'est vrai que je me rends compte que je me suis aussi beaucoup protégée en ne participant pas vraiment aux recherches. Je ne suis jamais allée au col du port de Lers, là où Julie a été vue pour la dernière fois.

Pour l'instant, je n'en ressens pas du tout le besoin. Il n'y a qu'en avril dernier que j'ai aidé aux recherches. On a eu un faux témoignage d'une personne qui avait dit... voir Julie au carnaval de Toulouse en 2014, donc juste un an après sa disparition. Il était très clair dans son témoignage, donc ma mère, sa sœur et la sœur de mon père, donc ma tante...

Ainsi que ma cousine et moi, on a décidé d'aller à Toulouse pour rencontrer cette personne au moment du carnaval. Et comme ça, on s'est dit, on va faire un tour au carnaval, on ne sait jamais. Personnellement, je n'y croyais pas du tout, mais c'était important pour moi que je participe à des recherches. J'en sentais finalement le besoin et je me suis dit que c'était le moment de le faire.

Sauf qu'en fait, ce week-end a été très, très éprouvant parce qu'on était toutes à cran, on avait toutes envie de trouver des réponses, mais on ne les trouvait pas, donc c'était très, très compliqué. Il y avait quelque chose qui clochait chez lui. Il avait le regard fuyant. Il n'était pas non plus très clair dans ses propos. On y croyait sans y croire. Du coup, c'était très dur.

Puis même au moment de quitter notre Airbnb, on s'est fait voler toutes nos affaires. Enfin, c'était vraiment le week-end un petit peu catastrophique et ça a été vraiment très, très, très, très dur à gérer. Et pourtant, ça fait plus de cinq ans que Julie a disparu. Maintenant, vu que ça fait 5 ans et demi, je me rends compte que l'espoir de la revoir diminue de plus en plus. Et ça, c'est pas facile à accepter. Mais...

J'essaye de l'intégrer parce que c'est plus simple pour moi de continuer à avancer, de me dire que c'est comme ça et qu'il faut arrêter de chercher, de chercher continuellement et de s'user la vie à chercher. Ma mère s'est vraiment battue auprès de la justice. Elle a tout remué auprès des juges d'instruction qui voulaient fermer l'enquête. Elle a écrit des courriers.

Finalement, l'enquête est fermée depuis peu, mais elle n'est pas clôturée. Donc, s'il y a un nouvel élément, on peut la rouvrir. C'est vrai que d'avoir participé aux recherches en avril dernier, je me suis rendue compte que... Finalement, on avait déjà parcouru toutes les pistes possibles et inimaginables et qu'à l'heure actuelle, après cinq ans et demi de disparition, pour moi, ma...

Ma perspective, c'est de prendre du recul et d'arrêter un petit peu les recherches, puisqu'on a exploré plein de pistes. Et maintenant, si Julie, elle doit réapparaître un jour... Si elle décide de revenir parce que c'était son choix de disparaître, elle réapparaîtra et ce sera le plus beau jour de notre vie, évidemment. Et si ce n'est pas le cas, Il faut qu'on apprenne à vivre avec le manque et c'est comme ça, voilà. Mais bon, malgré tout...

C'est comme ça et puis c'est vrai que finalement je me rends compte aussi que ça m'apprend beaucoup de choses et que j'ai une expérience de vie différente. Et je me rends compte également que j'ai vraiment cette force en moi. que je tiens de ma mère, certainement pas de mon père, ça c'est sûr. Et je pense que ma sœur avait plutôt ce côté-là de mon père, ce côté très sensible, très... très faible en fait.

Force, Résilience et Partage par l'Art

Alors que ma mère, c'est vraiment l'opposé, c'est plutôt une battante. Elle a vraiment une résilience et je me rends compte que j'ai aussi ce côté-là d'elle. Cette histoire me permet vraiment de me rendre compte que j'arrive à continuer à avancer malgré tout et je pense que ça m'a fait aussi prendre en maturité parce que...

C'est des expériences de vie qui nous font grandir quoi qu'il arrive, si on arrive à les gérer. Et ça, c'est vrai que par rapport à ça, je me sens vraiment grandie. Et je me rends compte aussi que... que c'est important pour moi de le partager, d'expliquer un petit peu tout ça, parce que ça me permet aussi, moi personnellement, de voir le chemin que j'ai parcouru. Cette histoire, elle fait partie de moi.

Et il faut que j'accepte que cette histoire fasse partie de moi. Et je veux continuer vraiment à avoir ce contrôle sur ma vie et à avoir une vie épanouie. Je ne veux pas que cette histoire m'enlève ça, au contraire. La disparition de Julie est apparue pile au moment où je décidais de faire enfin des études d'art, ce que j'avais toujours voulu faire mais que je n'osais pas entreprendre. Finalement...

C'est vrai que j'ai concentré vraiment mes sujets d'art plastique sur la disparition de Julie. Et plus tard aussi, j'ai fait des travaux par rapport à mon père et par rapport à son décès. Et tout ce qui rejoint un petit peu la dynamique fille-père et aussi sœur-sœur pour en refaire une autre histoire et refaire quelque chose de nouveau avec.

Pour moi, ça me permet un petit peu d'évacuer tout mon mal-être et mes ressentis et aussi de pouvoir le partager aux gens qui peut-être ne comprennent pas ce que c'est que de vivre une disparition et peut-être que les gens peuvent le comprendre à travers... mon travail artistique et c'est aussi une manière pour moi d'exorciser un petit peu tout ça et d'aller mieux en fait. Et ça c'est important aussi d'en prendre la mesure. Donc oui, je pense que j'ai le droit au bonheur.

Cet épisode de Transfer a été réalisé par Sarah Lou Lepers. Il a été mixé par Jean-Baptiste Aubonnet. Maureen Wilson était à l'édition et à la coordination. Et je suis Charlotte Pudlevski. Transfer est un podcast de Slate produit par Louis Média. Suivez-nous sur tous les réseaux sociaux, de Slate, de Transfer et sur toutes les plateformes de podcast. A très vite. Alors venez découvrir notre catalogue sur audipe.fr. Essayez, le premier livre audio est offert.

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