Vingt-cinq ans plus tard - podcast episode cover

Vingt-cinq ans plus tard

Feb 17, 20221 hr 1 minSeason 6Ep. 177
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Summary

Roman raconte 25 ans d'une vie rythmée par l'addiction aux drogues, débutant avec l'héroïne à l'adolescence. Il décrit la descente progressive, les dangers du trafic, les relations impactées, les échecs des tentatives de sevrage. Son récit couvre ses luttes pour concilier addiction et vie de famille, sa recherche de la "drogue ultime", jusqu'à un message inattendu d'une ancienne flamme qui devient un catalyseur pour un long processus de rétablissement.

Episode description

Dans les années 1990 imaginées par l'écrivain de science-fiction Philip K. Dick, il existe un produit miracle, Ubik. Un aérosol qui permet aux hommes et aux femmes bloqués dans un genre de futur antérieur de vivre en phase avec leur époque. Un pschitt, et voilà ces êtres inadaptés enfin en harmonie avec leur temps. Mais ce produit est aussi miraculeux qu'aliénant.

Après la disparition de son père, le jeune Roman trouve lui aussi un produit qui va l'aider à surmonter ce douloureux épisode. Et l'entraîner dans une course sans fin.

L'histoire de Roman racontée au micro de Grégory Curot.

Transfert est un podcast produit et réalisé par Slate.fr, sous la direction de Christophe Carron et Benjamin Saeptem Hours.
Production éditoriale: Sarah Koskievic
Prise de son et montage: Victor Benhamou
Musique: Thomas Loupias

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Transcript

Intro et Enfance Classique

Slate Podcast Dans les années 1990 imaginées par l'écrivain de science-fiction Philippe Dick, il existe un produit miracle, Ubik. Un aérosol qui permet aux hommes et aux femmes bloqués dans un genre de futur antérieur de vivre en phase avec leur époque. Un pchit, et voilà ces êtres inadaptés enfin en phase avec leur temps. Mais ce produit est aussi miraculeux qu'aliénant.

Après la disparition de son père, le jeune Romane trouve lui aussi un produit qui va l'aider à surmonter ce douloureux épisode. Vous écoutez Transfer, épisode 177, un témoignage recueilli par Grégory Curot. Moi, je suis né dans le nord de la France, à côté de l'île, d'une famille avec un père ou des parents fonctionnaires. Et puis, une enfant, j'allais dire assez...

Premières Expériences de Modification

assez classique, quoi. Mon père est tombé malade quand j'avais 12-13 ans d'un cancer. Il est décédé quand j'avais une quinzaine d'années. Mais bon, au-delà de ça, moi, j'ai toujours eu une appétence pour les produits, c'est-à-dire que je... Je me souviens à 8-9 ans déjà, prendre les gauloises de ma grand-mère et tirer un peu sur les goldos de mamie. Boire en sortie de collège à 12-13 ans. Et puis le cannabis très vite.

Pareil, au même âge, en fin de collège, vers 13-14 ans. Mon père décède en seconde. Donc son médecin, la nuit de son décès, me met sous benzodiazépine, sous Temesta exactement, avec le dosage le plus élevé, je crois, à l'époque. Sans contrôle, puisque ma mère ne sait pas qu'il y a lieu de contrôler ces médicaments-là. Donc en gros, moi, c'est le tiroir à bonbons. Je les prends sans trop contrôler. Tout ce que je sais, c'est que j'adore déjà les effets que...

que me font ces médicaments. Et donc, ça dure comme ça pendant plusieurs mois où j'en consomme tous les jours. En fait, je me sens connecté. C'est-à-dire que je me sens dans la réalité. Et en même temps, la réalité, c'est que je suis totalement hors de la réalité. C'est-à-dire que je n'ai pas vraiment conscience que je suis vu de l'extérieur bien à la chaise. Et moi...

De l'intérieur, j'ai l'impression que tout se passe bien, que je suis en interaction avec l'école, avec les profs, avec mes potes de classe. Et donc, j'adore. Moi, je me sens habituellement assez... timide, pas forcément à l'aise, pas forcément bien dans ma peau, et ce médicament répond parfaitement à ce mal-être. Donc ça dure pendant plusieurs mois comme ça, toute mon année de seconde, jusqu'au jour où je me retrouve sans médicament.

Et là, je me mets à convulser en salle de cou, avoir des mouvements incontrôlés sans trop savoir ce qui m'arrive. Je n'ai pas l'impression de faire quelque chose de mal, puisque c'est quelque chose qui m'est prescrit par un médecin. Donc je vais à l'infirmerie de l'école, et l'infirmière me dit gentiment, écoute, tu as un drogué en manque. Donc c'est assez dur à entendre, surtout qu'il n'y avait pas de...

La Quête de l'Évasion

de volonté de se mettre dans cette situation-là. Je prends ces médicaments et au-delà de ça, de l'alcool et du cannabis, surtout parce que j'aime ça. Le décès de mon père me touche, mais... Pas plus que ça non plus. C'est vraiment l'idée de sortir de la réalité et de me mettre dans un état modifié qui me plaît. Et je pense que quelque part...

avec ou sans le décès de mon père, ça aurait été la même chose. Finalement, c'est un déclencheur, le décès de mon père, mais ça n'a pas été la cause, ni son décès, ni la peine que ça a engendré derrière. qui fait que derrière je me mets à avoir cette envie en tout cas de me défoncer. A partir de là, forcément ça vient conditionner un petit peu mes relations, où je me mets à...

fréquenter des gens qui sont un petit peu dans la même dynamique que moi, on va dire, avoir envie de se défoncer. Donc c'est de plus en plus régulièrement, les mercredis après-midi, le soir, les week-ends. Donc les produits qu'ils consomment le plus à ce moment-là, c'est l'alcool, le cannabis. L'alcool, bien évidemment, il n'y a pas de soucis pour s'en procurer. Le cannabis, il n'y a pas beaucoup plus de soucis non plus dans la mesure où...

Le fait d'être dans le nord de la France, avec la proximité des Pays-Bas, des coffee shops, fait que j'ai accès à toute une diversité de haches et d'herbes. La seule difficulté, c'est de choisir. Ce n'est pas vraiment de s'en fournir. Et donc, tout ça fait que ça devient un quotidien assez... Permanent. Les week-ends, c'est ce qu'on fait. Assez vite aussi, les premières soirées.

Les premières soirées, les premières rails vous free party, donc l'ecstasy arrive, le LSD, et donc on mélange à l'agrement tous ces produits pour se mettre bien. Et ça me permet de passer des moments de déconnexion totale. et de ressentir des effets que j'adore, très clairement. Tant l'un que l'autre, différemment, je ne les prends pas au même moment, je ne les prends pas pour les mêmes choses. La différence entre les deux, c'est que le LSD me transporte vraiment dans un voyage.

qui est toujours différent, qui peut aller très loin. L'ecstasy me met dans un état de... de reconnexion avec les autres. C'est-à-dire que ce que je peux sentir au quotidien, quand je suis clean, ou en tout cas quand je n'ai pas consommé de produit, où j'ai toujours cette distance par rapport au... aux gens que je côtoie. Quand je prends des extras, cette sensation-là s'enlève et j'ai la sensation que ça me rapproche des autres et que ça me met vraiment en connexion avec les autres personnes.

La Découverte de l'Héroïne

Je crois que c'est principalement pour ça que je le prends. Et je me souviens de cette journée où je voulais acheter de l'herbe comme d'habitude. Une relation revenait de Hollande avec soi-disant ce qu'il fallait. Sauf que ce jour-là, le mec...

Le mec arrive, il vient me voir et me dit, j'ai pas d'herbe, j'ai de la cam, j'ai pas ta thune, donc si tu veux quelque chose, ce sera de la cam ou rien d'autre. Moi, à ce moment-là, l'héros, je connais pas du tout. Je connais personne qui en prend, de près ou de loin. J'ai aucune information sur ce truc.

Je suis au courant de deux choses sur l'héroïne. C'est qu'on devient accro la première fois qu'on en prend. Et on peut mourir d'overdose. En revanche, je sais que rien que le mot héroïne, tout de suite, ça m'a mis dans un état de me dire « waouh ». C'est quand même un truc de grand. Et donc forcément, j'accepte. Donc je prends ce qu'il n'y a pas, sans trop savoir quelles sont les doses qu'il faut prendre. C'est qu'on pouvait se le mettre en rail, en sniff dans le nez, mais sous quelle quantité ?

Je ne savais pas trop, donc je suis avec mon meilleur pote. On se regarde, lui était dans le même état que moi. Donc on en prend un tout petit peu, une toute petite ligne, qui bien évidemment ne nous fait rien du tout. Donc on recommence un peu après avec une autre ligne un peu plus grosse. Un peu en panique, on ne voulait pas mourir, on voulait juste faire une nouvelle expérience. Et rien non plus. Donc on a fini la dose qu'on avait achetée assez dépitée, sans aucun effet.

Et puis, voilà. Et donc, rien pendant plusieurs mois, jusqu'à ce que je rencontre un autre pote qui se pointe avec de la cam. Donc là, on est 4-5, mes 5 meilleurs amis, dont un ami avec qui on a essayé la première fois.

Sauf que lui et moi, on n'a plus la peur de la première fois. On a passé un petit peu cette barrière-là. Et puis, comme on est devant du monde, on fait un petit peu les gars qui connaissent, qui ont l'expérience. On a juste les doses par rapport à la première. Et là, on charge un peu.

plus, on charge un peu plus les quantités. Et donc je prends cette ligne, et là, contrairement à la première fois, l'effet a été juste phénoménal. Rien à voir avec l'alcool, rien à voir avec le cannabis, et encore moins avec du LSD. Et j'ai su tout de suite que l'effet que je ressens à ce moment-là est celui que je recherche. C'est l'effet que je recherche depuis un moment.

Quelques secondes après avoir sniffé cette ligne, je me sens une chaleur qui part du haut de mon dos, qui monte par mon cou et qui enveloppe toute ma tête, très rapidement tout mon corps. Je sens un sentiment de plénitude et de... C'est-à-dire que je suis parfaitement conscient de ce qui se passe autour de moi, je ne perds pas du tout contrôle de la réalité, et même bien au contraire. Je me sens plus que jamais en interaction avec les gens qui sont autour de moi, mais je sens...

C'est assez difficile à décrire, mais un apaisement absolu. Tout devient beaucoup plus relatif. Et je me sens, pour le coup, connecté vraiment au présent, sans qu'il y ait d'autres... C'est assez difficile à expliquer. On n'est pas dans une... Une montée d'adrénaline, on est enveloppé dans du coton, donc quelque chose de très doux, de très chaud. Les descentes sont tout aussi douces, l'effet s'estompe.

petit à petit, sur l'espace d'une heure, on va dire, une heure ou deux. L'effet secondaire le plus... dur, c'est que ça met en piquage de nez, c'est-à-dire que les paupières se ferment, on ne calcule rien, la tête penche, et on peut s'endormir debout dans le métro, ou assis sur un banc, au volant, enfin n'importe où. Mais au-delà de ça, quand c'est contrôlé, si les doses ne sont pas trop grosses, on reste dans une...

un retour vers la réalité. Je ne peux même pas dire un retour vers la réalité puisqu'on ne la quitte même pas vraiment, la réalité. En tout cas, vers la sensation plus réelle de la réalité. Et c'est tout. Il ne se passe rien d'autre.

L'Addiction S'Installe

Donc à partir de là, quand on renouvelle l'expérience une fois, deux fois, trois fois, cinq fois, et qu'au final, il n'y a pas d'autre effet secondaire, qu'il n'y a pas de crise de manque, qu'il n'y a pas d'overdose ou quoi que ce soit, moi ce que je me dis, c'est qu'on m'a pipoté, qu'il y a une grande arnaque sur l'héroïne, et qu'au final...

Bon, à part le fait que ce soit hyper bon, il n'y a pas vraiment de côté négatif à ce produit-là. Le shit, je peux l'arrêter quand je veux. L'héroïne, je peux l'arrêter quand je veux. Donc, dans la mesure où l'héroïne me procure un effet beaucoup plus...

en tout cas celui que je recherche beaucoup plus que le shit, pourquoi je me priverais de consommer de l'héroïne ? Au-delà de l'aspect qui fait peur aux gens, moi je n'ai pas la mesure de me dire, ni le recul, ni l'information d'ailleurs, de me dire que... que c'est un début qui risque de ne pas s'arrêter tout de suite. J'ai toujours eu du mal à sortir un petit peu de...

C'est-à-dire que j'ai toujours assez peur d'aller vers les autres, surtout à cet âge d'adolescence. Et l'effet, un des effets que m'apporte l'héroïne, c'est aussi de pouvoir être... beaucoup plus facilement en lien avec les autres, c'est-à-dire de pouvoir communiquer avec les autres avec beaucoup moins de peur, de pouvoir aborder les filles de manière beaucoup plus affirmée, d'être plus sûre de moi. Et en plus le... Le deuxième fait qui me va bien dans ce produit, c'est de...

d'acquérir un statut. C'est-à-dire que autant avoir du shit et pouvoir en fournir, ça donne et devient un certain statut. Avoir de l'héroïne et pouvoir en fournir, ça donne un statut supérieur. C'est-à-dire que j'ai une crédibilité. une reconnaissance, pas forcément des meilleures personnes, mais en tout cas de tout un panel assez large de personnes. Et ça, quand on est quelqu'un qui manque d'assurance avec beaucoup de peur et de timidité...

C'est quelque chose qui m'aide bien aussi et qui fait que je continue à kiffer ce produit-là. Je continue. Alors, ce n'est pas tous les jours. C'est le week-end, d'abord tous les 15 jours, puis toutes les semaines. Ça se passe bien, on va dire, pendant quand même...

les six premiers mois où il n'y a pas vraiment d'effet négatif. L'habitude d'être sous l'effet de l'héroïne fait que même s'il n'y a pas d'effet physique à proprement parler, il y a quand même une habitude psychologique à se mettre dans cet état-là. un plaisir et une envie d'y retourner très régulièrement. Un soir, je fais un repas de famille.

Donc là, j'essaie d'être un peu plus... d'être clean, de ne pas être défoncé. Donc, je ne consomme rien. Je finis ce repas de famille, normalement. Je vais me coucher. Le lendemain matin, je me réveille en sueur, douleur dans le dos, atroce, le nez qui coule, transpiration comme jamais.

Donc moi, sur le coup, je ne fais pas le rapprochement. Je me dis, j'ai pris une crève, un coup de froid et voilà, rien de plus. Mais quand même, je sens que ce n'est pas un état, que c'est assez différent quand même d'une crève, même si les symptômes sont les mêmes.

Il y a un petit truc qui cloche. J'avais de la cam dans ma chambre, donc je me dis, je vais prendre un petit peu de cam histoire de calmer tout ça, mais sans trop savoir ce que ça va faire. Donc, je me prends une ligne à ce moment-là et je pense qu'en 45 secondes... Tous les symptômes disparaissent. Et c'est à ce moment-là, je dirais 6-9 mois, un an après ma première prise, c'est seulement à ce moment-là que j'ai réalisé que je venais de vivre ma première crise de manque.

Donc là, je me dis, OK, on fait quoi ? On fait quoi maintenant ? À côté de ça, je vois que je ne suis plus tout seul, c'est-à-dire que la moitié de la ville consomme de la cam. À ce moment-là, c'est totalement épidémique et c'est devenu très, très commun. Donc quelque part, je suis un peu plus au courant et je m'attends à avoir ces effets-là.

En tout cas, je me dis que ce n'est pas grave, on va faire avec, mais qu'en tout cas, la cam restera prioritaire, malgré ce petit coup de froid qui n'était pas bien méchant. Et donc, il faut que je m'en fournisse plus régulièrement, il faut que je m'en fournisse pour... Parce que les quantités, l'accoutumance fait son œuvre aussi. C'est-à-dire que la quantité qui me perchait 4 heures quelques mois avant, il me faut le double, très vite le triple.

pour atteindre les mêmes états. Et donc, c'est là que la coutumance commence. C'est là où les quantités de produits deviennent de plus en plus importantes. À partir de là, moi, je n'ai pas trop le choix et je fais ce qu'on fait tous à ce moment-là, c'est-à-dire que je commence à en vendre. Alors évidemment, on est loin du cliché du gars qui vend ça à la sortie du collège. Ça se vend entre potes. On se dépanne, voilà. On dit qu'on se dépanne. Et je dois admettre que j'aime l'idée d'en vendre.

dans le sens où ça m'apporte toujours cette idée de statut, de confiance en soi. C'est pas pour faire de l'argent, c'est pas pour mettre les autres mal, c'est vraiment pour trouver, alors ça peut paraître bizarre, mais une espèce d'estime et de... et de confiance en moi. Là, c'est assez simple. Pour me fournir, il y a la ville de Rotterdam qui est à 3-4 heures de route. Et c'est à partir de là que je commence mes voyages entre le Nord et Rotterdam pour aller chercher en gros...

des produits de qualité supérieure, on va dire, à prix cassé, et pouvoir assurer ma priorité numéro un, c'est-à-dire assurer ma consommation quotidienne. Donc j'organise mes voyages pour Rotterdam, et c'est de l'organisation, c'est-à-dire que je... Prends ma voiture. Je suis dans un contrôle toujours...

c'est-à-dire que j'essaie d'anticiper tout ce qui peut se passer, et il peut se passer beaucoup de choses, puisque ça peut être de la panne mécanique, ça peut être des contrôles de police, des contrôles de douane, des dealers qui veulent vous braquer, d'autres consommateurs qui peuvent vous braquer. Donc j'essaie d'anticiper au maximum, ma voiture est toujours prête.

Les niveaux sont faits, le plein est fait. En général, j'essaie de partir en fin de journée après les cours. Je suis en BTS à ce moment-là. Je fais mes trois heures de route. Ça fait passer la première frontière France-Belgique. Arrivé en Belgique, je refais mon plein d'essence à la limite de la frontière hollandaise. Et quand je quitte la ville d'Anvers,

Sur l'autoroute, les 150 derniers kilomètres vers Rotterdam, c'est là que tout se passe. C'est-à-dire qu'à l'époque, on a des dealers qui sont dans des voitures assez puissantes, des BMW ou des Mercedes qui sont sur les aires d'autoroute dès la frontière hollandaise passée.

Et quand il voit une voiture de Français passer, qui repère à la plaque, de Français, de Belges, d'Allemands, enfin, toute l'Europe va se fournir à Rotterdam, en fait. Les mecs partent, ils allument, ils vous suivent, coup d'appel de phare. Et après, c'est au choix, soit les gars s'arrêtent sur la bande d'arrêt d'urgence, on s'arrête derrière eux, quelqu'un descend de leur voiture, monte dans la vôtre, ou on suit la voiture jusqu'au Rotterdam, en fonction, c'est selon.

Donc on suit cette bagnole jusque les quartiers sud de Rotterdam. Là, il faut bien se garer, parce que les voisins n'apprécient pas trop voir des voitures de Français qui viennent acheter de la cam. Parce que c'est vraiment une industrie, c'est-à-dire que c'est de suivre le gars. qui vous montrent chez lui. Là, vous rencontrez dans l'appart des gens qui viennent de vous.

de toute l'Europe, de Marseille, d'Espagne, d'un peu partout. Il vous installe très confortablement avec boisson à discrétion sur le canapé du salon, étend une feuille de journal sur la table basse et arrive avec des sachets de 500, 1 kg. de kilos d'héroïne et de cocaïne, la balance électronique, il vous remplit une cuillère à soupe de chacun des produits, des différentes qualités qui vous étalent sur la table.

Et puis après, on fait son marché en fonction. Donc, on peut consommer ça tranquillement, à l'aise. Des produits hyper purs. Et puis après, on prend ce dont on a besoin. On l'emballe. Et c'est parti pour le retour. Donc, en général, moi, je reste... Une heure, une heure et demie, deux heures au grand maximum. L'aller-retour, c'est 800 kilomètres quand même, donc je fais ça dans la nuit pour rentrer le lendemain matin à l'aube et partir reprendre mes cours comme si de rien n'était.

Au début, c'est avant Schengen, donc les douanes physiques sont encore là, pas de GPS. Donc il faut maîtriser les routes, il faut maîtriser les cartes, essayer d'anticiper et de passer par les petites frontières, donc prendre les nationales puis les départementales. voire même les chemins de campagne. Il faut tomber sur les bonnes personnes, il faut éviter le...

le braquage là-haut. Je me souviens de plusieurs fois, notamment une où je suis arrivé chez un dealer que je connaissais avec un de mes potes. On arrive, on s'assoit gentiment dans le canapé. Et là, les deux gars face à moi se lèvent, enlèvent les coussins du... du canapé sur lequel ils étaient assis. Il y en a un qui sent un fusil à pompe et l'autre un calibre.

Je me souviens avoir le canon d'un 9mm sur la tempe et moi je ne suis pas paramétré pour ça. Moi je trafique à la petite semaine, je ne suis pas un truand, je ne suis pas de grand banditisme et je n'ai rien à voir avec ce monde-là. Donc ma réaction quand je vois ça, il n'y a pas de réaction parce que je suis...

figé par, même pas par la peur, par la sidération en fait. Tu sais pas ce qui va se passer, je pense que le temps s'est arrêté pendant les 30 secondes où les gars nous ont braqués, jusqu'à ce que finalement ils lèvent leurs armes et se mettent à éclater de rire en fait, c'était juste...

un petit coup de pression pour dire c'est nous les patrons. J'aurais pu tout arrêter à ce moment-là ou me poser les questions. Honnêtement, je pense que cet épisode-là, ça m'a donné du... de l'adrénaline, et je pense qu'au-delà de l'addiction à l'héros, j'avais une...

grosse addiction à cette sensation-là aussi. L'idée dans mes allers-retours de devoir éviter les douanes, de prendre le risque de les passer, de me faire contrôler, de me faire arrêter, de prendre des années de prison, ça faisait partie aussi du voyage.

Rouler de nuit sur des autoroutes et risquer le contrôle, risquer le braquage, risquer l'accident, c'était, j'ai envie de dire, quasiment aussi addictif que d'aller chercher le produit en lui-même. Et donc, tous ces premiers mois de consommation de produits, ça se passe entre potes.

L'Addiction en Couple avec Marie

entre bandes de jeunes, d'amis, de lycées. On est tous dans des lycées différents, mais dans la même ville. Et donc, c'est à ce moment-là que je rencontre Marie, qui vient de revenir dans notre ville, puisqu'en fait, elle était en internat. dans une ville un peu plus loin, qui s'agrègent très rapidement à notre bande. Moi, ça a été une évidence. Cette nana, c'est...

On sort ensemble très, très vite. C'est le coup de foudre. Marie prend un peu de cam, comme moi, pas plus, pas moins. Elle kiffe ça de la même manière que moi. Elle kiffe sortir. Donc, notre vie de petit couple de post-ado, c'est le lycée, c'est sortir.

sortir en se défonçant et se défoncer. Je fais mes premières montées à Rotterdam avec elle, sauf que très vite, je vois que c'est quand même très dangereux. C'est ma meuf, je ne veux plus qu'elle vienne avec moi. On a vu trop de trucs et donc on rentre dans l'addiction très très vite.

Le plaisir du produit disparaît au fur et à mesure des mois de consommation. Et très vite, on se retrouve dans la réalité de notre vie de couple, c'est-à-dire qu'on est un couple de toxicos. Et un couple de toxicos, il y en a beaucoup autour de moi. La différence avec Marie, c'est que...

Dans les couples que je peux voir, il y a beaucoup de violence, beaucoup de mensonges, de vols, de tromperies. Et nous, ce n'est pas du tout ça. Nous, on est vraiment comme les doigts de la main. C'est-à-dire qu'il faut se rendre compte que c'est des crises de manque passées à deux. C'est des nuits... S'endormir en manque, c'est des moments de perche où on ne sort pas du week-end, où on reste à deux. Enfin, on fait tout à deux, vraiment pour le meilleur et pour le pire.

Je me fais arrêter par les douanes, suffisamment de cam et de coke pour prendre assez cher. Comparution médiate, c'est-à-dire juger dans la foulée, donc ça dure trois jours de garde à vue, le passage au tribunal derrière. Et j'ai beaucoup de chance, du fait d'être encore étudiant, de ne pas avoir d'enquête, de trafic, ce genre de choses, d'être un peu en relation.

avec la police, de prendre que du sursis. Donc je ressors du tribunal par les marches, avec ma mère, ma sœur, l'avocat et Marie. J'ai pris cinq ans quand même de sursis. Donc on a été fêter ma libération avec tout ce petit monde. au Café du Palais. Et je crois que dix minutes après être sorti du tribunal, dix minutes après être rentré dans le café, Marie me faisait une trace dans les toilettes du café et c'était reparti. Il n'y a pas de pause.

Très vite, nos parents ont su qu'il y avait un petit problème d'addiction. À l'époque, il y a très très peu de centres de sevrage, mais il y en a un, donc on entame tous les deux un sevrage en couple. On a fait un premier sevrage tous les deux, donc là c'est pareil, une rude épreuve physique et psychologique. qui a surmonté tous les deux. Je crois qu'on a tenu trois jours avant de repartir à Rotterdam. On a réitéré l'expérience une deuxième fois et même chose, c'était...

plus dur et plus facile que de consommer à deux. Le fait de ne pas être seul face au produit, le fait d'avoir quelqu'un, ça permet d'alléger les difficultés de se subir devant l'addiction à ce produit.

La Glissade vers l'Injection

L'héroïne donne une accoutumance qui est très très rapide. C'est-à-dire que très vite, moi, les doses, il faut les doubler, les tripler et arriver à des quantités qui n'ont plus rien à voir du tout avec celles du début. Et je vois les anciens, ceux qui consomment depuis plus longtemps que moi, depuis plusieurs années, que sont...

passer à la chuteuse. Et bon, moi, forcément, c'est jamais de la vie, quoi. Jamais je toucherai une seringue. Il faut être complètement dingue pour faire ça. Et c'est vraiment le bout du bout de la consommation de drogue. Il n'y a plus rien de festif, il n'y a plus rien de sympa. Et évidemment... hors de question que ni moi, ni Marie, ni même nos potes proches, on passe à la shooteuse. Sauf que quand toi, tu consommes...

30 euros dans ton heure pour un effet qui n'est plus si top top et que le gars en en mettant 10, 10 euros dans sa cuillère et perché pendant beaucoup plus que toi. Au bout d'un moment, il y a une certaine frustration qui se met en place, une certaine curiosité.

Et c'est là que l'idée de se dire, quoi, pas une fois finalement, juste pour voir. Mais après, c'est sûr, on se le promet, on ne recommencera pas. Et en même temps, une espèce aussi de curiosité malsaine et d'envie de, pas de faire les grands, mais d'aller un petit peu plus loin. J'ai essayé une première fois. Je crois que j'ai essayé tout seul, dans mon coin, sans le dire à personne. Avec un gars qui connaissait bien et qui allait m'initier. Là, la différence, c'est que c'est très ritualisé.

Il faut les produits pour. Il y a tout un pseudo-cérémonial, tout un rituel pour se préparer la seringue. Et oui, j'en ai eu pour mon argent. C'est-à-dire que là, je retrouvais les effets que j'avais eus au tout début. Honnêtement, pas beaucoup plus.

c'était pas non plus hyper sidérant par rapport à la première fois, mais l'effet est quand même beaucoup plus intense. Dans la foulée, j'apprends que Marie avait fait pareil de son côté, que mes potes aussi, et voilà, donc cette première fois a été faite, mais bon, deux mois après, on a vite oublié. Puis c'était il y a deux mois. Donc on réessaye une deuxième fois, ce coup-ci avec Marie. Et puis une troisième.

15 jours après, une quatrième, une semaine après. Et puis, je pense qu'en trois mois, j'étais passé de une fois juste pour essayer et juste voir ce que ça fait. Trois mois après, à passer tout un week-end à me fixer parce que c'était bon.

on mélange l'héros avec de la coque, ce qu'on appelle un speedball, où là, les effets de la cocaïne et de l'héroïne se potentialisent et ça met dans un état qui est juste indescriptible d'apaisement, de force. Et là, pour le coup, il n'y a que via ce mode d'administration.

il n'y a que par la souteuse où on peut atteindre ces effets-là. Je suis tombé accro à ce moyen-là, c'est-à-dire que je ne voyais plus l'intérêt après de reconsommer en sniff. Et au final, ce n'est pas si différent. Il suffit de se préparer un peu avant, de se retrouver un coin, alors c'est un peu plus contraignant que de se prendre une lit. mais si on s'y prend bien avec un petit peu d'organisation...

dans les chiottes du bahut, et après dans les toilettes du boulot, ça se fait. Et puis quand on a de bonnes veines, c'est vite fait, on plante, on injecte, on retire la seringue, et puis c'est tout. Donc au final, on s'est retrouvés, Marie et moi, se fixer de plus en plus. Sauf qu'au bout d'un moment,

Le corps ne suit plus, les veines ne suivent plus. Et là, c'est là que ça commence à devenir compliqué. C'est-à-dire qu'il faut de plus en plus de temps et de plus en plus de galères pour réussir à trouver une veine. Mais là, il est trop tard. C'est-à-dire qu'on ne peut plus revenir en arrière. Il y a l'addiction au produit qui est là. Une addiction aussi au fait...

de le consommer de cette manière-là. Ça peut paraître très bizarre pour quelqu'un qui n'en a jamais pris, mais il y a un plaisir au fait de se l'infecter. Comme c'est au quotidien, c'est petit à petit. Comme la consommation de cam se fait...

D'abord, on sniffe. Le bouleversement est très sournois dans le sens où ce n'est pas il y a un jour avant et un jour après. En fait, c'est une petite glissade qui se fait petit à petit. C'est comme charger un sac avec une petite cuillère de sable tous les jours. Sauf qu'au bout de deux ans, le sac commence à être dur à porter. Et malheureusement, il n'y a plus vraiment d'issue pour l'arrêter. Donc avec Marie, on...

On a fait plusieurs sevrages ensemble qui n'ont jamais marché. Bien évidemment, au bout d'un moment, les parents... sont au courant, sont face à l'impuissance. Il n'y a rien à faire. Je veux dire, on ne peut pas lutter contre un gamin qui va utiliser tous les moyens possibles pour se fournir en produit. Il n'y a pas d'autre choix possible. Donc Marie se trouve une fois en ce... Sous-titrage Société Radio-Canada

Évidemment, je vois que malgré l'amour réciproque qu'on a l'un pour l'autre, ça ne va pas pouvoir durer. Moi, je suis toujours aussi accro. Elle ne l'est plus, mais elle a toujours cette envie et le plaisir de la carme. Ça ne part pas non plus comme ça. Donc, elle tient quand même une semaine, deux semaines, trois semaines. Elle finit par reconsommer avec moi.

donc Marie reprend de la cam. Ses parents s'en sont aperçus assez vite et ne lui ont pas laissé le choix. Il lui trouve une école à l'autre bout de la France. Marie sait que c'est un mal pour un bien et que quelque part, soit on continue notre relation. comme ça et on continue à consommer tous les deux et vu ce qui s'est passé dans les deux dernières années, tant au niveau de la justice mais les overdoses.

les crises de manque, que ce n'est pas une vie, et donc accepte de partir tout en sachant que ce sera la fin de notre relation. Et à partir de là, je n'ai plus du tout de nouvelles de Marie. J'ai 22 ans, donc je me retrouve tout seul. Face à mon addiction, ça ne m'est jamais arrivé.

La Vie Normale Sous Addiction

Donc je suis complètement démuni, c'est-à-dire que jusqu'à présent, toutes ces difficultés, on les traverse tous les deux. Et là, pour la première fois, je suis tout seul face à ça. Je viens m'installer à Paris, et c'est à ce moment-là que sort le Subutex, qui est un... médicaments de substitution qui vient de sortir.

et qui se prend par voie sublinguale, ce qui se fait fondre sous la langue. Et donc, moi, je suis sous subutex. Très vite, mon addiction à l'injection fait que je le prends sous la langue deux fois, je le sniff cinq fois, et après, je me l'injecte. Sauf que le médicament n'est pas du tout fait.

pour être injecté. Là encore, on arrive à des complications sur le corps puisque ça fait gonfler les veines, ça éclate le réseau veineux et lymphatique. Je bosse tant bien que mal à raison de 8 heures de boulot par jour. tuer de 5 injections par jour. On fait comme on peut, mais bon, c'est pas... Ça se fait. Et donc, je rencontre Celia, qui est une amie d'amis, qui est l'ex d'un ami, et où je me laisse faire. Elle cherche un peu un bad boy. Je vois pas trop ce qu'il y a de bad boy là-dedans.

mais en tout cas, ça avait l'air de lui plaire. De toute façon, elle connaît ma vie, elle sait qui je suis, et donc elle ne tombe pas des nues. Elle ne consomme pas. Elle picole modérément, comme tout à chacun, mais pas plus que ça. Et donc on passe quelques mois ensemble sur Paris, puis je reviens habiter avec elle sur l'île. Très vite, elle tombe enceinte. Donc mon fils naît, on se marie, on achète une maison, et puis on...

J'allais dire, on prend une vie normale, lambda, sauf que moi, j'ai beaucoup de mal à m'intégrer dans ce genre de vie. J'ai toujours eu du mal. Déjà, je n'arrive pas parce que je n'ai pas envie d'arrêter, très clairement. Je n'en suis pas capable de toute façon. Donc, j'ai envie d'avoir envie d'arrêter. Mais la réalité, c'est que j'ai l'impression que ce ne sera pas possible et que vivre sans la cam, ça ne va pas être possible. Donc, on s'installe dans une vie...

Pour elle, parfaite. Une vie de couple avec son bébé. Et moi, je me trouve un boulot à Lille. Sauf que je me fixe cinq fois par jour. Et c'est là que ça commence à être compliqué. Ma vie est... est très rythmée par une organisation. C'est une horloge suisse, très clairement. Je pars plus tôt le matin, je me fais mon premier fixe en arrivant une demi-heure au...

Avant au boulot. Toilette du boulot, puisqu'à la maison, c'est pas possible. Le midi, pareil. En général, le midi, c'est le moment où je vais me refournir. Je quitte le boulot à midi. Je fonce. dans la première cité ou là où je connais pour choper de la cam. Mais la réalité, c'est que tu as une pause qui va de midi à 13h30 ou midi 30 à 14h. Quand on voit un texto à un dealer qui dit oui, oui, je suis là. OK, le gars arrive et deux fois sur trois.

le mec est en retard mais lui n'a pas les mêmes contraintes que toi donc moi je vois l'heure qui tourne midi 15 13h15 je sais que je dois être au boulot dans 15 minutes le mec est toujours pas là 13h20 je sais qu'il est en retard

Donc, la première fois, ça passe, mais il n'y a pas moyen. Je ne peux pas repartir si je n'ai pas mon produit. 13h30, 13h40. Le seul enjeu, c'est de trouver le pipo qui va bien pour trouver l'excuse quand tu rentres au boulot. Et dans le pire des cas, le soir, si on recommence, si ça n'a pas suffi, trouver...

Le pipo qui va bien pour ma femme quand je vais rentrer entre mon heure, a priori, de sortie du taf et l'heure à laquelle je vais rentrer. Donc, ma grand-mère est morte 50 fois. J'ai eu je ne sais pas combien de panne mécanique. Enfin, la crédibilité devient...

aura des pâquerettes. Je pense que je suis un vrai boulet pour mes employeurs puisque forcément avec le produit, je ne suis pas très opérationnel. J'ai une fameuse tendance à piquer du nez, à m'endormir sur mon clavier. Donc en général, je ne reste pas très longtemps dans mon...

dans les entreprises pour lesquelles je travaille. Mais je travaille quand même. C'est-à-dire que tous les jours, je vais bosser. Tous les jours, je m'organise pour aller en pharmacie et aller chercher des Steribox par... paquet de 5, donc un starybox, une boîte avec deux seringues dedans et un peu d'eau distillée pour pouvoir se shooter propre. Et à un moment, il y a quand même...

L'argent qui rentre en ligne de compte, c'est-à-dire que je ne vends plus, donc je dépense beaucoup d'argent. Et c'est là que le deuxième enfer commence, c'est-à-dire que c'est les mensonges à la maison. faire des crédits en essayant de rerouter les courriers pour pas que les soldes des crédits arrivent à la maison. Donc moi, j'essaie de les intercepter, de les numériser, de les modifier, de les remettre dans l'enveloppe. Mis bout à bout, ça demande une organisation.

qui est juste épuisante. Ma femme me coupe ma carte bleue, donc plus de carte bleue, me laisse un chéquier en disant, bon, il ne va peut-être pas aller, j'ai de la cam avec son chéquier. Donc moi, je mets tout en place, un stratagème, aller dans des grandes surfaces, payer par chèque.

des articles à peu plus de 100 euros, retourner dans un autre magasin de la même chaîne en me faisant rembourser un des deux articles pour qu'on me rembourse en espèces l'article le plus cher, pour pouvoir avoir de l'espèce, pour ensuite filer au four pour aller... pour aller chercher mon...

pour ensuite aller me faire mon fixe, ce qui me prend de plus en plus de temps. Là où ça me mettait 10, 15 minutes au tout début, ça peut me prendre 30, 45 minutes pour trouver une veine et trouver une voie d'injection, puisque au fur et à mesure, c'est de plus en plus compliqué et ça devient...

vraiment de plus en plus sales. Et ensuite, retourner au boulot, et ainsi de suite, tous les jours. Ce qui fait qu'au final, ma vie de mari, ma vie de père, ma vie de... de salarié, ça devient juste une vie secondaire par rapport à ma vie principale qui est celle de me défoncer.

Ma vie à ce moment-là, c'est juste un planning à tenir. Je peux arrêter, je peux aller dans un centre de sevrage, je peux me sevrer à la maison, arrêter de me défoncer, morfler 4, 5, 6 jours, une semaine et reprendre une vie normale. C'est que je me sens tellement mal dans une vie lambda s'il n'y a pas de produit derrière, s'il n'y a pas cette sensation d'apaisement que me fournit la cam, que je n'ai pas l'envie d'arrêter. Et là où je me sens le plus vivant...

c'est quand je sors du boulot que je sais que j'ai une fenêtre de deux heures que je trace dans les cités les plus pourries de Roubaix et où je peux pouvoir passer deux heures avec dealers, autres consommateurs à me foncer dans une cave pourrie. Donc les gars me voient arriver. chemise, veste. Mais bon, très vite, tout le monde s'en fout puisqu'il y en a quand même pas mal qui sont un peu dans cette situation-là. Mais c'est vrai que ça fait un espèce de...

de décalage entre la manière dont on me perçoit et la réalité de ce que je vis et surtout la réalité de ce qui me fait kiffer. C'est-à-dire que moi, quand je suis dans ces endroits-là, c'est là où vraiment je me sens vivant, c'est là où vraiment je me sens à ma place. C'est là où vraiment je me sens à ma place. bien plus que quand je suis en j'ai envie de dire en représentation à une table classique un repas avec des amis ou des relations quoi et c'est là où je sais qu'il ya un problème et que

L'Échec et le Départ au Maroc

Je ne sais pas trop ce que ça peut donner. Je ne sais pas trop comment je peux ressentir autre chose et ressentir différemment ces sensations-là. Quelques mois après ma séparation avec Celia, je rencontre Léa. On entame une relation. début de relation classique, j'ai envie de dire. Moi, à ce moment-là, j'essaie autant que possible de ralentir. Je m'injecte...

beaucoup moins. Je consomme toujours quotidiennement, mais en tout cas, tu gardes une espèce de façade. Ça se voit un peu moins et le temps de cerveau consacré à me défoncer et... Et un peu moins important. Et donc, avec Léa, Dieu vend la maison. On finit par habiter ensemble. Et puis, bon an, mal an, on s'installe ensemble. Elle, elle est au courant de mes soucis d'addiction. En tout cas, que j'en avais.

Moi, évidemment, sur le coup, je lui dis que tout va bien, que c'est derrière, tout est du passé. Je profite un petit peu de cette accalmie, mais forcément, très vite, très vite, ça revient. Je reprends l'injection, je reprends la cam. J'avais levé le pied en prenant plus de produits de substitution.

Mais ça tient. Ça tient quand même. Le boulot, de la même manière, ça... Ça tient jusqu'à ce qu'on ait vraiment une relation et où on se marie pour la deuxième fois, jusqu'à ce que forcément mes démons me rattrapent et où ça recapote, c'est-à-dire que je repars dans les mêmes schémas, je refais des allers-retours en Hollande, mais ceci pour ma propre consommation.

je reviens exactement dans les mêmes travers qu'avant. C'est-à-dire qu'en gros, là, il se passe dix ans, grosso modo, depuis le début de ma rencontre avec la CAM, et rien n'a changé, en fait. Rien n'a changé, c'est même bien pire. Sauf que ça devient de plus... de plus en plus compliqué avec le boulot, ça devient assez épuisant. Léa veut un enfant, qu'on a beaucoup de mal à avoir.

Je pense que les produits n'ont pas franchement aidé à la situation. Finalement, elle tombe enceinte et notre fils né en 2011. Beaucoup de questions. C'est-à-dire que moi, j'ai toujours eu envie de vivre à l'étranger. J'ai toujours eu envie de vivre au soleil. Léa a une promotion à ce moment-là. Son boulot mais qui finalement ne lui plaît pas du tout. Et on a des amis au Maroc et on se disait pourquoi pas. Au-delà de ça, moi je sais pertinemment qu'elle va protéger son...

son enfant, et que si je n'arrête pas de me défoncer très très vite, ça va collapser, elle va partir, et ça, il n'en est pas question. Donc on regarde, on a des amis au Maroc, qui vivent au Maroc, qui vivent plutôt pas mal, donc je pars, et on prend la décision de partir s'installer là-bas, sous le soleil.

convaincu que je vais changer de vie, que tout va s'arrêter, que je vais prendre sur moi, que c'est juste un peu de volonté. En tout cas, j'ai vraiment le désir pour la première fois d'essayer de faire autrement. J'arrive à limiter à une dose.

homéopathique, mes produits de substitution. Évidemment, je continue à boire, à fumer du H, mais pour moi, c'était pas le problème. Sauf que là, je me retrouve dans un état de débordement émotionnel, c'est-à-dire que je suis pris dans... dans une espèce de prise directe avec mes émotions.

où tout est démultiplié. C'est-à-dire que je kiffe réécouter de la musique, ce que je ne faisais plus depuis bien longtemps. Je ris beaucoup, je pleure beaucoup, je ne comprends pas pourquoi. Des coups de colère aussi qui sortent de nulle part. Enfin, je ne comprends pas trop ce qui m'arrive. Je suis tout seul, il n'y a pas de médecin.

Je ne suis pas encadré, donc ça me fait un peu peur. Et c'est assez compliqué à vivre. Tellement soudain, c'est tellement violent, c'est tellement intense, que je reprends... J'étais parti quand même avec un stock de traitements. Je reprends un peu de traitements, je reprends un peu de méthadone. Et très très vite...

je repars aux mêmes quantités que celles que je prenais quand j'étais en France. Et donc, le stock s'épuise. Et la course que je menais quand j'étais en France pour me trouver le produit vient à devoir se renouveler au Maroc. C'est-à-dire que moi, je suis dans le sud du pays.

il y a un centre de traitement qui est dans le nord. C'est le seul qui accepte de me prendre. Et là-bas, il y en a quand même très, très peu. Et du coup, je me retrouve à faire tous les 14 jours une journée complète de train pour aller chercher 14 jours de traitement de méta avant de rentrer à Marrakech. Je peux prendre ce traitement au quotidien.

mais moi, ce n'est pas ce qui m'intéresse. Moi, ce qui m'intéresse, c'est de me défoncer. Donc, la méthode que j'emploie, c'est de me mettre en sevrage, de rien prendre pendant deux jours et le troisième jour, de prendre une triple dose, d'une dose qui était déjà quand même assez consistante, de m'éclater du coup un jour sur trois en étant dans un état plutôt...

La Quête Chimique et la Chute

plutôt pitoyable. Au Maroc, je suis dans le réseau des expatriés puisqu'en fait on est... On est arrivé là-bas grâce à des amis qui, eux, étaient déjà bien installés depuis pas mal d'années. Donc pour créer un tissu de relation, ça a été quand même assez vite. C'est assez difficile de rentrer dans la vie des Marocains. Donc globalement, on est beaucoup...

dans un entre-soi d'expats ou de Marocains qui sont nés et grandis en France, qui sont rentrés au pays, donc il y a un peu plus de notre culture. Le Maroc est le premier producteur mondial de shit. Sauf que le Maroc ne vend pas d'herbe. Moi, je consomme du shit pas mal. Les autres produits, c'est assez compliqué à trouver. Il y a beaucoup d'héroïne.

mais dans le côté méditerranéen. C'est-à-dire que pour moi, ça représente 1200 kilomètres, donc autant dire que ce n'est pas jouable pour en trouver. Donc, à ce moment-là, il y a beaucoup, beaucoup de frustration du fait de pouvoir me défoncer 15 jours sur 3. Certes, beaucoup plus fort, mais quand même un jour sur trois. Les méthodes que je trouve à ce moment-là, c'est par exemple aller au fond de la Médina, dans des vieux fondouques, les vieilles herboristeries, et trouver des boules de pavots.

que j'achète par quantité industrielle. C'est-à-dire que les mamans marocaines en éclatent quelques boules pour en faire une petite lotion, pour mettre sur les dents de leurs enfants, pour calmer les douleurs de pouces dentaires. Moi, j'en prends 200 grammes que je concentre et que je fais bouillir. Je commence à faire mon petit chimiste avec ça pour pallier le manque et en consommer des quantités assez industrielles.

Parallèlement à ça, je fume. J'étais devenu expert en fausses ordonnances de médicaments en France. Sauf qu'au Maroc, ça ne marche pas bien. Et donc, je me retrouve blacklisté très vite de toutes les pharmacies de la ville. Où très gentiment me disent non, mais si on ne peut plus. Et donc, un peu acculé.

Parallèlement à ça, mon job dans l'informatique fait que j'essaie de trouver des gens avec qui communiquer sur les produits et donc je communique beaucoup avec d'autres personnes sur des forums. Il y a de nouveaux produits qui sortent. Et c'est à ce moment-là que je commence à... essayer tout un panel de produits qu'on peut retrouver sur le ClearWeb et le DarkNet qui sont en gros des produits interdits dont on modifie une molécule de manière à les rendre non plus interdits.

Pas Lego non plus, mais grosso modo dans une zone grise où il n'y a pas vraiment de législation dessus. On l'achète en bitcoin ou par carte bleue. C'est vendu comme étant des produits de test pour laboratoire. Donc c'est bien écrit sur tous les sites où on peut les acheter.

Not for human consumption. Interdit à la consommation humaine. Alors qu'en réalité, c'est un sketch énorme puisque c'est juste une protection légale. La vie là-bas, elle est très sympa. C'est une vie sous le soleil avec beaucoup moins de stress qu'en France. Mais j'en reste toujours au même point. C'est-à-dire que moi, j'ai la frustration de ne plus avoir d'héroïne, de rentrer dans une vie classique.

Clairement, on ne me va pas des masses. Donc, quand je rencontre ces sites qui vendent ces produits sur lesquels on n'a aucun recul, moi, je me suis engouffré là-dedans dans le sens où ça a été... Ça a été ma voie. C'est ce que je voulais faire. Essayer toute cette multitude de produits. Pour moi, c'était la caverne d'Alibaba. Mon but, à ce moment-là, c'est de trouver la drogue ultime. C'est de trouver la drogue qui me permette de me défoncer, d'être dans un état qui me convient.

que ça ne se voit pas trop, que je puisse continuer à travailler, que je puisse continuer à faire l'amour, continuer à manger, que je ne puisse pas me faire griller au niveau de mes yeux ou de mon comportement.

Donc, je fais des mélanges de produits, je fais des dosages avec une balance au millième de gramme et je fais des expériences sur moi. Et ces expériences, d'autres les font aussi avec d'autres produits. Et puis, pour acquérir une connaissance un peu plus fine de ces produits que peu de monde connaît. qui viennent de laboratoires d'inde ou de chine on fait ce qu'on appelle des dr donc un drug report c'est je note mon âge mon sexe mon poids

l'heure à laquelle je commence à consommer telle quantité ou milligramme de produits, par quelle voie je le consomme, dans le nez, en parachute, en intraveineux. Et puis au fur et à mesure du temps, au bout de dix minutes, je note les premiers effets. Et je décris comme ça mon trip. Donc je me fais des potes virtuels avec qui on échange les dernières molécules qui viennent de sortir. Je me fais livrer dans des immeubles vides au Maroc.

où je peux backficher les gardiens et qu'ils veillent sur mes produits. Parallèlement à ces produits que je prends à côté, qu'on appelle NPS, pour Nouveaux Produits de Synthèse, ou Research Chemical. Je fais des commandes aussi sur le Darknet de produits plus institutionnels, d'héroïne, de cocaïne, mais qui ont la qualité se dégradant au fur et à mesure des années. Moi, ils ont des gros problèmes pour me fournir. Je me fais livrer ces produits-là, un peu au Maroc, beaucoup plus qu'en jour.

rentre en France. Je m'occupe de mes pieds de bœuf aussi sur mon toit de terrasse. Et voilà, du coup, je me retrouve avec des quantités assez industrielles d'herbes que je revends allègrement aux expatriés qui adorent l'herbe. Et donc, j'ai un marché assez sympa. Donc là encore, je me retrouve dans les mêmes travers que...

Retour en France et Capitulation

15-20 ans avant sauf que ça dérape j'ai eu la bonne idée de vouloir envoyer un petit morceau de shit à un de mes potes resté en France et qui lui ne m'avait rien demandé donc je prépare un petit morceau que je cache bien comme il faut dans une enveloppe Malheureusement, je n'ai pas trouvé de timbre. J'ai utilisé mon lieu de travail pour envoyer cette enveloppe et je me suis fait griller sur mon lieu de travail.

Fin du jeu. Les autorités françaises prévenues. Situation très compliquée. Ma femme, qui m'en veut à mort d'avoir encore merdé, qui déjà avait beaucoup de mal à supporter mes états qui devenaient de pire en pire. Cet épisode où je me fais gauler pour 5 pauvres grammes de shit, je me fais virer déjà. Je me sens tellement humilié, tellement triste, tellement une merde en fait. Je décide de rentrer en France.

pour faire une pause de quelques mois et essayer de m'éclaircir les idées. À ce moment-là, ça fait déjà pas mal de temps que j'ai accepté l'idée que de toute façon, ça ne changerait pas. C'est-à-dire que je suis toxico depuis tellement longtemps, depuis que j'ai 15-16 ans. Il faut accepter. C'est comme ça. Arrêter, ce n'est pas possible. Faire autrement, ce n'est pas possible. Donc, j'arrête d'essayer d'arrêter. J'arrête même d'avoir l'idée d'arrêter.

Et c'est bien plus simple, en fait, quelque part. C'est bien plus simple. C'est une espèce de capitulation et ça me va bien. Donc moi, je décide de rentrer en France. On est au mois de mai. Très honnêtement, j'ai envie de reconsommer. J'ai envie de reprendre de la cam et de la coke. J'ai envie qu'on me laisse tranquille. J'ai envie de m'isoler et j'ai envie de me finir. Je ne suis pas suicidaire. Je n'ai jamais eu envie de mourir.

J'ai toujours eu beaucoup de mal à vivre, mais en tout cas, jamais eu envie de mourir. Et donc, je rentre à Lille. Je vais m'installer à Lille avec l'idée sur le papier de faire une pause de quelques mois, de reprendre un boulot et puis de revenir m'installer au Maroc. Ce que je n'avais pas calculé, c'est que...

Ma femme, qui était avec moi depuis une quinzaine d'années, a trouvé quand même plus simple, finalement, de vivre sans moi qu'avec moi. Et donc, je n'ai jamais considéré que j'allais prendre de la cam toute ma vie. Je me suis toujours dit à 20 ans, à 25, à 30 ans, je me suis toujours dit, mec, ça ne peut pas finir comme ça, ce n'est pas possible. Sauf que je n'ai jamais trouvé une autre voie. Je n'ai jamais su quoi faire. J'ai toujours eu cette idée au fond de moi de me dire que tu ne peux pas.

Tu peux pas crever de cette manière-là, c'est tellement triste. Et là, pour la première fois de ma vie, je sentais que ça allait être vraiment, vraiment compliqué, que j'allais encore me retrouver tout seul. Sauf que là, j'avais plus l'âge, plus l'envie, plus la force. J'avais juste envie d'en finir, quoi. Et c'est pendant ces semaines-là où...

Le Tournant Déterminant avec Marie

Un soir, par les aléas de Facebook, je reçois un message sur mon compte. Salut, c'est Marie. Moi, je me souviens, ce soir-là, j'avais deux bouteilles de bière, j'avais ma boîte de médoc, de l'héro, de la coque, du shit. C'était une soirée normale. Fin de journée de boulot, avant de rebosser le lendemain. Et où je ne m'y attendais pas. J'ai recherché Marie pendant plusieurs années.

Avant les réseaux sociaux, après les réseaux sociaux, je n'ai jamais rien retrouvé. Je ne savais pas si elle était mariée, je ne savais pas si elle était morte, je ne savais pas ce qui lui était arrivé. Et quand même, c'est une personne importante dans ma vie.

C'était pas tous les 15 jours, mais c'était tous les 2, 3, 4 ans. Et donc, trouver ce message-là, à ce moment-là, ça m'a un peu scotché. J'ai revu Marie quelques semaines après, là où on s'était vus la première fois, l'endroit où on était... sortis ensemble 25 ans avant, puisque nos parents habitent toujours la région. Et donc je retrouve cette femme 25 ans après.

Après les banalités d'usage qui durent à peine quelques minutes, elle me parle un peu d'elle et elle m'explique qu'effectivement, après son départ pour les Alpes, l'addiction l'a rattrapée comme moi, en fait, et donc elle a continué à shooter. continuer à mener sa vie un peu comme la mienne, c'est-à-dire à se marier, à faire des enfants, et parallèlement à se défoncer avec la même violence que moi, prise dans les mêmes tracas d'acceptation.

ou de non-acceptation d'une vie de toxe, mais sans avoir la capacité de faire autrement, et avec les mêmes difficultés à rentrer dans une vie de... dans une vie de couple et de maman. À la différence que Marie est clean depuis 5 ans, au moment où on se voit. Donc, elle me raconte tout ça. Elle me dit qu'elle a essayé, comme moi, pas mal de centres de sevrage, qui, comme moi, aucun n'a fonctionné. Comme moi, elle se redéfonce au mieux.

quelques semaines après être sortie, au pire, quelques heures, jusqu'au moment où elle passe dans un centre un peu différent, en Picardie, une espèce de vieux château. pas médicalisé, c'est-à-dire que là, pour le coup, il n'y a pas de traitement. Donc, elle me raconte ce passage dans ce centre-là. Elle me raconte qu'elle commence à être clean à ce moment-là. Elle me raconte qu'elle reprend une vie à Paris. Et moi, je vois cette meuf avec ce qui m'a le plus...

choquée, c'est ses yeux. Elle avait les mêmes yeux qu'à l'époque. Les yeux, la voix, ça change pas trop. Elle avait les mêmes yeux, le même pétillement, la même liberté dans son regard, la même pêche. Et du coup, moi, je me livre à elle et je lui raconte un petit peu. qui m'arrive. Je pense que c'est la seule fois de ma vie où il y a eu une petite flamme, une petite lueur d'espoir qui s'est rallumée. Là où avant, je savais que ça n'allait pas donner grand-chose. Moi, à ce moment-là, ma femme...

me demande de faire un sevrage si je veux rentrer au Maroc. Un sevrage, c'est pas possible parce que la quantité que je prends de méta... Ça tue 3 gars de 80 kilos, tellement l'accoutumance est forte. La méthadone à sevrer, c'est beaucoup plus fort que l'héroïne, c'est beaucoup plus long, c'est plusieurs semaines.

On fait un sevrage quand on arrive vraiment en toute fin de traitement. Des deux âges infimes. Et moi, j'en suis loin, loin, loin, loin, loin. Et je n'ai jamais réussi. Donc, pourquoi je réussirais cette fois-là ? La différence, c'est que Marie m'explique tout ça, qu'elle est passée par les mêmes choses. Et je me dis...

Le Long Chemin du Rétablissement

pourquoi pas le tenter ? Donc, rendez-vous à l'hôpital, on recommence pour être sevrés. Hôpital qui me connaît un peu, puisque j'avais déjà fait quelques sevrages qui ne s'étaient pas trop bien passés quelques années avant, qui ne veut pas me prendre, qui finalement accepte de me faire une fleur en me prenant, à la condition de faire un sevrage à sec, c'est-à-dire d'arrêter les traitements du jour au lendemain. Donc, sevrage à sec. Ça veut dire sevrage sans aucune béquille médicamenteuse.

Aucun antidouleur. Et en même temps, donner des antidouleurs à quelqu'un qui prend des opiacés et des morphiniques, c'est très compliqué parce qu'il n'y a pas tant de molécules que ça. Mais c'est surtout des douleurs qui sont atroces. C'est des douleurs de manque qui deviennent de plus en plus pénibles, qui sont pénibles et qui avec l'as de...

deviennent hyper violentes, c'est-à-dire c'est dormir deux heures par nuit, c'est des douleurs dans les os, dans les muscles, perdre des litres, perdre des kilos, ne plus pouvoir manger, ne plus pouvoir dormir. On ne peut pas souhaiter ça même à son pire ennemi. Et la différence avec l'héroïne, c'est que la méthadone, l'héroïne, ça va être cinq jours, une petite semaine.

Avec la méthadone, on part pour plusieurs semaines. Donc, c'est un marathon. La chef de service, la dicto, me dit ça. Moi, j'avais prévu mon petit programme de sevrage, évidemment, le marionné en disant non, c'est ça ou rien. Et je me suis dit, bah, allons-y. Je suis tellement fatigué.

J'en ai tellement ras-le-bol, j'ai tellement pas d'issue, qu'au final, qu'est-ce que je risque ? Je crois que c'est la fatigue, j'en peux plus en fait à ce moment-là. Et puis je me dis, bah allez, on va se battre un coup avec soi-même, il y a longtemps que ça ne m'est pas arrivé, on va essayer, ça fait longtemps que ça devait se passer, de toute façon, et donc...

Je fais cinq semaines dans cet hôpital qui ont été très violentes au niveau des douleurs physiques, surtout psychologiques. Donc les douleurs physiques sont quand même intenses. Moi, la seule méthode que j'ai trouvée pour atténuer les douleurs, c'est de prendre des bains. des bains brûlants, des bains super chauds. Donc j'en prends 4 par jour. Donc les infirmières deviennent dingues à me voir déambuler.

La salle de bain du service. Et les semaines se passent et il se repasse la même chose qu'au Maroc. C'est-à-dire que je me retrouve à nouveau en débordement émotionnel. C'est-à-dire que tout est dix mille fois plus intense. Toujours est-il que je passe ces cinq semaines.

Et c'est mes cinq premières semaines clean, en fait. Jusqu'à envoyer ce dossier là où Marie a été, où il faut faire l'état des lieux de toutes les drogues qu'on a prises pendant combien de temps, en quelle quantité. C'est là que je commence à me dire, wow, quand même. Donc j'envoie ce dossier, j'appelle pour savoir si ça va, et en me disant qu'ils ne vont jamais me prendre. L'infirmière me dit, monsieur, vous êtes le profil idéal.

J'embreille, je prends ma valise et je pars dans ce centre que je ne connais pas, je ne connais personne. Je fais juste confiance à Marie, qui elle était là quasiment tous les jours, au moins par message ou par coup de fil.

Ça va le faire. Je suis passé par là. Je sais ce que tu ressens. Je sais que c'est dur. Mais c'est ta meilleure chance. Donc saisis-la. Et je crois que pour la première fois, j'avais envie de la saisir. Et pour la première fois, j'avais envie d'essayer. Pourquoi cette fois-là et pas avant ? Ça, je sais pas. Et donc, j'arrive au centre. Moi, tout ce que je sais de...

De ce centre, c'est qu'il n'y a pas de télé, il n'y a pas de téléphone, il n'y a pas de radio, il n'y a pas de presse, pas d'activité. Donc c'est flippant. J'arrive dans ce centre, on me fouille. partout, les sacs, les vringues. Et on me dit, tiens, va t'asseoir dans un coin. Et donc, j'arrive à cette table où je vois cette nana, une jolie nana de mon âge. Et en fait, au-delà qu'elle soit jolie, je vois que cette nana a les mêmes mains que moi.

de mes injections, qui ont duré pratiquement 15 ans quand même au quotidien, font que j'ai les doigts un peu... Enfin, ça se voit. Et elle avait les mêmes mains que moi. Et je crois que c'était la... Première fois que je voyais quelqu'un comme moi. Et on discute. Cette fille a le même parcours que moi. C'est une mère de famille qui a deux gamins travaillés. Enfin, une vie lambda. Et qui, derrière...

Dès que son mec allait le dos de tourner, partait, s'affierait des pompes et se foutait des taquets d'héros dans les veines. Qu'est-ce que ça m'a apaisé de savoir que je n'étais pas tout seul et que finalement, il y en avait d'autres comme moi. Et donc, les gens que je vois là... basse ou...

ont tous plus ou moins le même profil, c'est-à-dire qu'on entre de 25 à 50-60 ans, ils ont tous un métier, ils ont tous une vie, en général des conjoints, et la particularité d'avoir une consommation de produits frénétiques depuis des années. années et d'avoir perdu la maîtrise de leur vie à cause de ça. Et donc je crois que c'est la première fois où je me sens arrivé chez moi. Et donc je passe trois mois dans ce centre.

où les seules activités, c'est de parler entre nous, dans des groupes de parole. Et moi, j'enchaîne les semaines de clean. J'ai juste l'impression, en fait, du haut de mes quarante ans passés, d'atterrir de... de Mars et d'avoir été propulsé sur la planète Terre. De ne pas avoir les codes, de ne pas savoir qui je suis, d'avoir tout à réapprendre.

Donc là, j'enchaîne les semaines, le premier mois, le deuxième mois. J'envisage tout content de retourner auprès de ma femme et de mon fils. Visiblement, elle en a décidé autrement puisqu'elle a rencontré quelqu'un. Et donc, on me propose dans la continuité de partir dans une autre structure, dans la banlieue nord de Paris. Et très clairement, je me dis...

Si j'avais eu la solution à mes soucis, je l'aurais certainement déjà trouvé. Donc pour une fois, fais ce qu'on te dit et voilà quoi. Donc je pars dans cette maison où là, beaucoup plus libre. Télé, téléphone, dix minutes de horreur de Paris. Je n'ai plus trop de douleurs physiques. Je reprends une vie de bonus, en fait, puisque moins de six mois avant, il n'y avait plus vraiment d'espoir. Et je me dis que...

que c'est jouable et en tout cas que je peux essayer de faire autrement, que je vais essayer de faire autrement. Et le maximum qu'on me demande finalement n'est pas très compliqué, c'est juste d'être clean, de ne pas prendre de produits, de ne pas prendre d'alcool. On me dit que très clairement... C'est pas tant le produit, mais c'est juste le fait d'être modifié qui fait la différence. Et que pour espérer une vie plus posée, une vie plus cool, D, c'est d'éviter tout produit qui modifie.

alcool compris, que ce soit légal ou illégal, tout produit qui va modifier le comportement. Et quelque part, ça me va bien, ça me parle, puisque moi j'ai fait ça toute ma vie, que de passer de médoc, de substitution à produit interdit. Produits légaux, illégaux, pharmaceutiques, naturels. Donc j'adhère à ça. Et très vite, il faut que je reprenne un but. C'est-à-dire que, ok, j'enchaîne les semaines, les mois de clean.

J'arrive à 6 mois, 9 mois. Qu'est-ce que je vais faire de ma vie ? Qu'est-ce que je fais avec ça ? Et comment je peux essayer aussi d'être différent de celui que j'étais ? Et moi, ma passion, ça a toujours été l'informatique. Il faut que je fasse quelque chose. Il ne faut pas que je travaille tout de suite. Pas non plus que ce soit trop... Donc voilà.

dans une formation où il n'y avait pas trop d'enjeux, c'était l'option idéale. Je me jette à corps perdu dans cette formation, beaucoup de travail, mais moi, ça m'occupe et ça me redonne un but et un objectif. Et donc, je reste 18 mois dans cette maison. Et je repars par une autre asso, encore, qui gère ce qu'on appelle des appartements thérapeutiques, qui vous prête un appartement.

contre un loyer assez modique, en contrepartie d'un suivi psy, d'un suivi social, ce genre de choses. Moi, je n'ai pas trop besoin de... suivi administratif ou social, mais c'est surtout l'idée de ne pas être tout seul et d'être backupé, d'avoir du monde derrière, d'avoir une asso qui vous tient. C'est hyper assurant. Et puis, à un moment, il faut que je recommence à bosser. Donc, j'ai la chance d'avoir eu ces certifs.

dans lesquels je me suis mis pendant une bonne année. Et puis après, je me remets au travail, en autonomie, dans le sens où j'apprends à vivre seul, sans produit. Sans nana, sans vie de couple, en tout cas sans vie maritale. Et je réapprends à peu près tout en fait. Les relations avec Dieu, avec eux. avec des nanas, des relations au boulot, d'essayer d'être fiable et responsable et efficace, ce qui était pour moi à l'époque à des kilomètres. Donc voilà, j'essaie de changer de...

tout cet état d'esprit. Et ça fonctionne plutôt pas mal. Je crois que là, la différence par rapport au centre d'addicto classique où on est pris en main et une fois qu'on a passé le manque physique et saupoudré d'un peu de psy ou même des psys... remis dans son quotidien la nuance, et qu'aujourd'hui, je l'ai fait avec des gens qui ont le même souci que moi, qu'un espèce d'esprit de groupe.

avec des thérapeutes qui sont aussi issus du même milieu que moi, qui avaient pour particularité d'être dépendants et abstinents du coup aussi, et donc d'avoir une écoute, une compréhension et une interaction que je n'ai jamais pu avoir avant dans le système classique.

Et pour moi, c'est vraiment la différence principale. Et le fait aussi d'être encore aujourd'hui entouré par des gens qui sont dans la même dynamique que moi. C'est-à-dire que moi, je sais que tout seul, en six mois, je vais oublier... Même si c'est difficile d'oublier tout ce qui m'est arrivé. Mais en tout cas, je vais facilement oublier. Il va facilement y avoir une occasion pour glisser. Je ne sais pas ce qui peut m'arriver. Moi, si je rebois un verre demain...

de manière très sympa. Je vais peut-être pouvoir prendre un verre ou deux et puis il va rien se passer. Et puis peut-être un autre trois semaines après. Dans le doute, je préfère m'abstenir. Et j'ai besoin d'autres personnes qui sont comme moi pour pouvoir...

leur lâcher tout ce que j'ai parce que je sais qu'eux peuvent le faire avec moi. Moi, je peux le faire avec eux et donc il n'y a plus de filtre, il n'y a plus de superficialité. On est à l'essentiel. Je dirais, je risque ma vie en me redéfonçant. Je suis déjà ravi que ce ne soit pas arrivé. J'ai la chance d'être passé à côté du sida.

des hépatites, des amputations, de peine de prison ferme, de la mort, d'overdose aussi, tout simplement, où ça arrivait quand même beaucoup. Et donc, quand je sors de cette maison, j'ai quasiment...

Quatre Ans de Sobriété

Pas revu Marie, puisqu'aujourd'hui, elle n'habite pas en France. On s'est revu un week-end. Quand j'ai pris mon indépendance dans cet appartement, elle est revenue sur Paris, là encore, pour un gros week-end qu'on a passé tous les deux. Ça a été l'évidence, je veux dire, elle n'est jamais partie.

poil comme pour moi, donc on a repassé un week-end un petit peu de séduction, et moi elle attendait de voir aussi, parce qu'elle ne veut pas se mettre en danger sur sa vie clean non plus, donc elle attendait de voir aussi ce que je donnais, mais à ce moment-là j'ai un peu plus d'un an de clean. Quelques semaines après, on se revoit, on s'est revus avec des amis communs et je l'ai raccompagné un soir à son hôtel et on s'est rembrassé.

au moment de se dire au revoir. Et c'est vrai que s'embrasser, se resserrer dans les bras, 25 ans après avoir vécu l'intensité de la relation qu'on a vécue à l'époque. avec tout ce qui s'est passé pendant, tout ce qui s'est passé après, et surtout... Tout ce qui s'est passé depuis, c'est-à-dire que la chair dans mes bras, une femme qui est clean et qui surtout m'a permis de me montrer le chemin pour l'être aussi moi-même, je crois que c'était un des plus gros chamboulements de ma vie.

On a eu la chance de pouvoir revivre tout ce week-end ensemble et de reprendre une relation tous les deux qui a été une espèce de revanche sur la vie et sur le destin qui nous était... prédestiné à la base. Une belle revanche sur le destin. Et le souci, c'est que cette histoire était très intense, mais le fait de la vivre à distance, ça générait aussi beaucoup de frustration.

dans les peu de moments où on pouvait se voir dans nos vies d'adultes respectives. Donc on a revécu cette histoire pendant quelques mois, avant qu'elle s'arrête. Et donc aujourd'hui, ça fait 4 ans que je suis clean. Ça se fait. C'est pas facile tous les jours. Ce qui est certain, c'est que c'est quand même beaucoup plus facile que ma vie d'avant. Ça peut glisser à n'importe quel moment, ça c'est sûr. Les moments où je m'y attends le moins, en général. Donc j'essaie de pas oublier d'où je viens.

J'essaie de voir ce que j'ai pu acquérir depuis 4 ans. Je bosse comme ingénieur réseau dans une boîte qui me plaît, je fais un boulot qui me passionne. Je sais que j'ai beaucoup à perdre si je reconsomme. Ça, c'est une certitude. J'ai des amis qui comprennent ce que je fais et qui ont vécu la même chose. Et donc, j'essaie de préserver ça avec l'idée que ça peut déraper à n'importe quel moment et que ce n'est pas gagné. Donc, j'essaie de faire en sorte de prendre le moins de risques possible.

pour le faire perdurer le plus longtemps possible. Mais bien sûr, je n'ai aucune idée de si ça va perdurer ou pas. Sous-titrage Société Radio-Canada Production éditoriale, Sarah Koskiewicz. Prise de son, montage et réalisation, Victor Banamou. Musique, Thomas Lupias. Retrouvez tous les épisodes de transfert sur Slate.fr ou sur votre application de podcast préférée. Pour proposer une histoire, vous pouvez nous envoyer un mail

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