¶ De La Rupture À Une Nouvelle Rencontre
Merci à tous. C'est peut-être la chanson d'amour la plus connue du patrimoine francophone. Ne me quitte pas de Jacques Brel chante la douleur de l'amour perdu et la volonté de tout reconstruire malgré la rupture. Il y a une force dans cette chanson, une obstination à ne pas lâcher prise, une volonté de croire qu'on peut encore réparer ce qui est brisé. Jules a connu ces moments où tout bascule. Un divorce, une nouvelle rencontre.
Un bonheur fragile. L'histoire de Jules, c'est l'histoire d'un homme qui cherche à donner un sens à son existence malgré l'absence et malgré les épreuves. Vous écoutez Transfert. Ce témoignage a été recueilli par Théa Giannoli Souffir. À 50 ans, j'ai été dans une espèce de tourmente d'un divorce avec mon ex-femme, avec un enfant au milieu. J'habite à Ivry, un très proche banlieue de Paris, dans une grande maison, avec un jardin, dans un espace assez calme. Mathilde, ma fille, a 8 ans.
Sa mère est partie en Angleterre, donc je m'occupe au quotidien avec une nounou, avec des amis. Je suis tout le temps en train de programmer quelque chose. Si ce n'est pas des ciné, c'est des théâtres, des sorties. Je m'organise pour rentrer à la maison. récupérer la petite un petit peu plus tard.
Donc franchement, je me dis que je n'ai pas à me plaindre parce que ma tiote, elle est super facile à vivre et que c'est ce que font toujours les femmes au quotidien. Donc je suis juste un papa qui s'occupe de son enfant. Je me donne pas mal dans le travail. Je suis vraiment même au top de ce que je fais parce que je vois beaucoup de monde, je circule pas mal en France et ça me permet vraiment de me vider la tête dans ce divorce.
à la noix, alors même que je vienne terminer ma super baraque qui devait être un écrin de bonheur, boum. Un jour, dans mon travail, je rencontre une femme, Carole. Carole a 34 ans, une tignasse de Lyon. Châtain, avec un sourire infini, une perche de 1m70, plutôt mince, habillée de manière très colorée.
Je sens bien son regard assez intense vers moi, que j'ai du mal à soutenir. Et en même temps, elle fait comme si de rien n'était. Donc ça, c'est très très énervant. Pendant quelques mois, on s'écrit beaucoup. Beaucoup de mails, beaucoup de petits mots. C'est assez épistolaire, on va dire, à la fois sur des échanges professionnels, puisqu'on travaille ensemble, et puis à la fois sur des échanges qui sont vraiment dans tous les registres.
Carole est une femme très littéraire, donc on a des joutes de mots et beaucoup de jeux de mots, beaucoup d'humour. C'est vraiment super et je ne suis pas vraiment dans le fait d'exprimer de l'amour, je suis juste dans le fun. mais un fun qui s'immiscie petit à petit entre les mots et qui fait qu'on devient un peu addict à ce genre de jeu quand même. Je suis devenu assez addict à un échange avec elle qui me permet d'attendre la prochaine fois où je vais la voir.
C'est un peu ça. Il y a une espèce d'intensité qui se met en place, comme un millefeuille. L'intensité de mon travail, l'intensité des échanges avec Carole, l'intensité de mon quotidien avec Mathilde. Après toute une période d'échanges, on décide qu'on va se revoir.
¶ Une Relation À Distance Et L'Intégration Familiale
Je lui dis bon allez, on se donne rendez-vous. Je prends le train depuis Paris, elle prend le train depuis Clermont-Ferrand parce qu'elle est basée là-bas pour son boulot à la banque. Je ne sais pas si vraiment je lui plais ou quoi, mais en vérité, avec tous les échanges qu'on a eus, ce n'est pas possible. Là, j'arrive, il doit se passer un truc. Je sors de mon train, elle est en train de m'attendre. Elle est en bas d'un grand escalier avec du monde partout.
Et puis, c'est un peu comme dans certains films où tout d'un coup, il y a un grand angle, on voit plein de monde, il y a du bruit, c'est infernal. Je marche un peu dans ce brouhaha. J'ai l'impression que je la cherche, mais je pense que mes yeux, ils l'ont déjà vu. Et puis je m'avance, je m'avance et je m'approche et puis je l'embrasse. Et puis c'est parti comme ça.
Sortant d'une histoire compliquée avec mon ex-femme brésilienne, je suis assez satisfait à ce moment-là d'avoir une relation à distance. Moi, je suis quand même assez perturbé. J'ai toujours mes histoires de divorce. Il y a une espèce de pression qui monte parce que les sentiments sont là, la distance aussi. Il y a un pari Clermont à faire régulièrement, un Clermont-Paris.
Il y a une organisation avec ou sans ma fille. C'est vraiment un agenda complètement dingue. Ça fait partie du jeu qu'elle accepte et que j'accepte à ce moment-là très fort. C'est pour ça que la rencontre avec Mathilde, elle va se faire par petites touches.
Moi, je ne suis pas un grand blablateur avec ma fille. Par contre, je vois qu'elle discute à fond les ballons. C'est des grandes discussions. C'est pour ça que je suis un peu rattrapé par la relation et la qualité de la relation entre Carole et Mathilde. Et quand je vois qu'elle existe et que ça apporte beaucoup plus à Mathilde que ce que moi je pouvais lui apporter en direct, je trouve ça juste superbe. Et je deviens petit à petit amoureux.
Quelques mois après, elle est mutée dans la même banque à Marseille, où là, véritablement, elle prend un plaisir fabuleux dans cette ville. La mer, l'ambiance, les gens, les sorties, elle redécouvre une autre manière de vivre qu'en Auvergne. Et quelques années plus tard, après avoir acheté un appartement, elle quitte Marseille, elle laisse l'appartement qu'elle a acheté, elle monte à Paris en changeant de l'employeur.
¶ Emmenagement, Défis Et Désir D'Enfant
Et elle se pose des questions. Et on se pose ensemble des questions. Et je lui dis, et si tu prenais un appartement à part ? Et elle me dit, et si je venais dans ta maison ? J'ai la phrase malheureuse qui consiste à dire « Oui, mais si tu montes, ce n'est pas pour moi, c'est pour ton projet personnel. » Et ça, ça me fait peur. Je me fais bien remonter les bretelles par les potes parce qu'ils me disent « Tu vois... »
Elle monte à Paris. Si tu l'acceptes et tu l'acceptes chez toi, c'est que tu vas bien devoir accepter, compte tenu de votre différence d'âge, que tu lui donnes ce qu'elle attend à l'âge qu'elle a, c'est-à-dire un enfant. Donc, elle monte finalement à Paris. Elle vient à la maison. Et puis là, on a tout un cycle de petits bonheurs et de disputes. C'est la première fois qu'elle s'insale avec un homme. Donc, il y a un truc emblématique. C'est ce canapé. J'ai un gros canapé en cuir.
qui n'est pas vraiment le top du top, mais c'est mon canapé. J'aime bien me vautrer dedans. Et elle me dit, on va dégager ça, ce serait bien qu'on se retrouve tranquille dans notre canapé. Et puis moi, comme un abruti, je m'accroche au rideau et je lui explique que non, si tu veux, tu peux changer des coussins, tu peux mettre des plaides. Erreur. On part en week-end à Bruxelles pour se balader, pour découvrir.
On se retrouve dans une boutique de gaufres et elle me dit qu'elle a envie de partir en fait, qu'elle ne le sent pas. Elle ne se sent pas accueillie. Et elle veut vraiment que je lui dise, oui, je veux aussi un enfant avec toi. Ça ne me vient pas, ça ne m'est jamais venu. Je lui dis, oui, mais on a le temps, ça va. Moi, j'ai le temps parce que j'ai déjà une fille, mais elle, elle n'a pas le temps. Elle me reproche.
Tu comprends, j'ai quitté ma vie, j'ai quitté mon job à Marseille, je monte à Paris, je me sens juste hébergé, je ne me sens pas partager une vie. Toi, tu as ta fille, on parle de ton ex-femme, de ton divorce, etc. Et moi, je n'ai pas ma place, je n'ai pas mon espace. Et c'est ô combien légitime tout ce qu'elle exprime. On rentre, et là, il y a une phase où elle décide de partir. Elle décide de partir habiter dans le 17e.
Et elle prend un appartement dans le 17ème. Moi, je me sens complètement vide. Je prends ça comme une suite de sa part. Et puis finalement, deux semaines plus tard, elle dans son appartement et moi dans ma maison, finalement, on se remet ensemble, en fait.
¶ La Naissance De Romane Et Un Doute
Elle revient à la maison et puis là, ça s'enclenche. Cet enfant, on le fait à ce moment-là. On sait assez rapidement que ce serait une petite fille, donc j'ai l'impression que c'est un redémarrage complet. Et puis qu'on est en phase, c'est bon, on a trouvé une espèce de courbe de balistique sentimentale là. On arrive sur la dernière ligne droite avant la naissance de notre fille.
Et dans les 2-3 mois avant l'accouchement, Carole a un très très fort besoin. Elle veut être et considérée aussi là qu'elle est chez elle et c'est tout à fait normal et légitime. Et elle veut créer la chambre de sa fille. Donc elle veut quelque chose de rose pâle. Elle aime bien tous ces tons-là. Mais il y a un souci, c'est qu'elle part du principe, elle me l'exprime plusieurs fois, de manière assez raide.
qu'un enfant qui naît, ça doit dormir et être installé dans la chambre à côté de celle des parents. Ok, je lui dis oui, mais c'est pas grave, il y a une autre chambre, c'est un luxe, on a de l'espace. Non, non, non, il faut pousser cette chambre-là qui est à ce moment-là celle de Mathilde. Et puis comme elles ont une relation... qui est très riche en fait. Mathilde et Carole, je dis à Carole, mais échange avec elle, vas-y par petite touche, vend-lui l'idée d'une certaine manière.
Et donc, elle le fait et puis, en fait, ça se passe beaucoup mieux que ce que j'imaginais. Et puis, Mathilde est heureuse aussi parce qu'elle adore voir Carole enceinte. Elle adore venir comme ça après le lycée. Elle adore venir toucher le ventre, discutailler, savoir comment ça se passe. Et je jalouse les grandes discussions qu'elles ont, en fait. Je jalouse énormément tous ces échanges très doux, très tentes qu'elles ont.
On est ensemble à ce moment-là depuis de nombreuses années, 8 ans. Romane naît le 31 janvier 2017 exactement. C'est une petite boule blonde, pleine de cheveux, toute frisouillette, avec des grands yeux bleus. Et là, je suis scotché, en fait. Je suis scotché par mon bébé, mais je suis scotché aussi par un truc très difficile qui me vient derrière les oreilles.
C'est de me dire, mais comment j'ai fait pour avoir avec une femme châtain, aux yeux marrons, une petite blondinette avec des grands yeux bleus ? Et là, je ne sais pas, j'ai un doute existentiel. Il y a un truc qui me taraude. C'est de me dire, mais est-ce que c'est mon enfant ? C'est vraiment très très bête à dire. Me dire, mais ça sort d'où une petite boule blonde ? Carole étant toujours secrète dans ses vies antérieures, je me dis, mais comment c'est possible ?
Elle est tellement secrète qu'elle m'aurait peut-être caché quelque chose. La plupart du temps, je me dis que je raconte des bêtises, que je suis en train de me fourvoyer, me faire des scénarios complotistes, etc. Et puis après, ça me revient régulièrement. Puis j'ose même une fois le lui dire, avec le risque de me prendre une véritable torgnole. Elle me dit que c'est absolument inacceptable que j'ai ce genre de propos, que je me fais plein de films.
Et qu'au lieu de profiter de l'instant présent avec mon bébé, elle ne comprend pas que je puisse avoir eu l'idée de faire un test génétique. Elle ne comprend pas ça. Elle ne comprend pas que je puisse lui dire « Mais tu l'as fait avec qui, cet enfant-là ? » Parce que j'essaye d'exprimer le doute qui me prend dans les tripes et je veux en profiter pour qu'elle me raconte des choses de son histoire personnelle. En fait, non. Pour elle, il n'y a pas de souci.
Sinon, en dehors de cette pensée un petit peu tordue, le démarrage et le premier mois, c'est extra, parce qu'il y a la famille qui vient, on part à Clermont avec bébé, Noël, etc., toute la famille. Franchement, c'est vraiment super agréable. C'est un état d'esprit à la fois de bonheur, parce que c'est génial de faire que cette maison vive comme ça, avec bébé, etc. Il y a beaucoup de va-et-vient. Je bosse pas mal.
J'ai un peu une saturation et puis je sens que je suis un peu à côté de la plaque, quelque part. Elle m'échappe, ma carole.
¶ La Décision De Partir Et La Surprise
Je me mets à faire du sport, je vais faire de la plongée en piscine tous les jeudis, je rentre à 23h après deux semaines de boulot et de déplacement. Quelques mois après, elle me dit... Je pense que je vais réussir à m'en sortir toute seule. Je décide qu'il faut qu'on arrête parce que ça ne va pas. Je ne me sens toujours pas chez moi avec bébé et que...
Il va falloir que je bouge. Donc, elle est en train de me raconter ça. Moi, je commence un petit peu à m'effondrer quand même. Et en même temps, à avoir tous mes doutes et mon petit complotisme. et je me dis non mais qu'est-ce qui se passe c'est une traîtrise c'est bon ça y est t'as eu ce que t'as voulu tu as fait ton bébé toute seule comme on dit dans la chanson et maintenant tu te barres et puis quelques jours plus tard elle me vient
Un samedi après-midi, très ensoleillé, et Romane fait sa sieste. Et là, elle me dit, il faut qu'on parle. Elle m'annonce de manière assez simple. Je suis encore enceinte, c'est vraiment n'importe quoi. Je lui dis... Pardon ? N'importe quoi. Mais c'est un signe du destin. C'est juste qu'on en avait envie. C'est notre inconscient qui a parlé. On s'est jeté dedans. Et puis voilà. C'est la grande effusion.
Évidemment, pour moi, on abandonne l'idée qu'elle parte. Je me dis même, puisque c'est un signe du destin, on va l'aider. Tu sais quoi ? On va mettre cette maison en location. On va se barrer. On va prendre un appartement et on va profiter de cette occasion-là. Et comme ça, on va tout nettoyer. Et elle me dit, non, c'est trop compliqué. Tu ne l'as pas fait jusqu'à maintenant. Ce n'est pas maintenant que tu vas le faire avec tes tripes. Non, je pense que c'est trop stupide.
Je ne vais pas le garder. Je ne vais pas le garder parce que ce n'est pas logique. Là, ça a été très, très dur. La manière dont elle me le dit à ce moment-là, je n'ai rien à dire. C'est son corps, c'est sa vie, c'est son destin, c'est sa manière. Et là, on part donc sur son déménagement. Je me suis vraiment effondré de voir ma maison se vider littéralement, se vider des meubles de ma bibiche dans sa chambre.
Et puis se vider de Carole, se vider de toute cette histoire, au dernier moment, à la dernière minute, Carole avec Romane dans les bras, je lui dis mais pourquoi ? Pourquoi tu fais ça ? Elle me dit je n'en sais rien. Et elle part dans le 15e.
¶ La Maladie De Carole Et Les Adieux
À partir de là, elle partit. Paradoxalement, avec Carole, on a des échanges, beaucoup d'échanges de SMS, mais vraiment des échanges qui progressivement reviennent dans des registres. qui relèvent de ce qu'on a échangé au tout départ de notre histoire. C'est ça qui est étonnant. Des échanges amoureux. Et c'est étonnant et tellement frustrant. Et je me dis, bon, si c'est ça, c'est pas grave. Peut-être qu'on est bien comme ça à distance.
mais qu'on reste amoureux et qu'on se voit. Et puis l'été arrive. C'est un moment René qui m'appelle pour me dire que Carole a très mal à la tête. Et donc, si je voulais bien venir récupérer Romane, parce qu'elle devait aller chez le médecin. Je m'inquiète, mais sans plus. Juste content de récupérer ma tiote et puis peut-être le plaisir de croiser Carole. En fait, non, je récupère la petite en bas de l'immeuble.
On part et puis quelques heures plus tard, sa maman, Renée, me rappelle en m'expliquant que le médecin a immédiatement demandé à ce qu'elle aille faire des examens plus approfondis et que c'était... un diagnostic de cancer du cerveau. Et ça, c'est un truc qui m'a abasourdi. Abasourdi ? Je pense que je n'ai jamais écrit autant à...
à Carole en SMS, à cette période-là, pour lui expliquer que j'étais là, j'étais là, j'étais là, j'étais là, voilà. Je ne comprends pas bien tout ce qui se passe, en fait. Et je sens que Carole est de plus en plus... insistante. Elle me dit je veux vraiment que tu sois proche de Romane. Il faut que tu t'en occupes le plus possible. Elle a besoin de son papa. Elle l'exprime. Et moi, en fait, à ce moment-là, je ne fais pas le lien avec la maladie.
Et là, on enclenche toute une série de semaines et de mois d'allers-retours. Moi, je vois Carole tous les week-ends, le samedi matin, pour récupérer Romane. Et il est vrai que je la vois progressivement, mais vraiment. à chaque fois, de plus en plus faible. Progressivement avec un foulard sur les cheveux, progressivement avec le visage émacié, progressivement à s'habiller différemment, très large.
Romane dans les bras, descendant de son imbeuble, me rejoignant dans la brasserie d'en face. Pour autant, c'est dingue, mais son visage, il est radieux à cette époque-là. Je tente toujours de lui dire, bon... J'espère que ça va aller mieux et puis on va partir en voyage.
Je lui raconte, moi j'aime bien raconter les voyages, tu vas voir, on m'y remanie, le lac Ilné, on va refaire un circuit que j'ai adoré, avec les Intas, on va aller se balader sur le lac, on ira faire des marchés flottants, enfin vraiment, on y est. On y est, et elle y est. Parce que je la vois, je le vois dans son regard. Puis là, son œil change de focus, elle me regarde autrement, toujours aussi belle, fixement.
Ce n'est pas d'actualité. Il a vraiment ça arbre. On ne sait plus quoi dire. Et puis ensuite, Carole est à l'hôpital. Donc, sa maman fait des allers-retours entre l'appartement et l'hôpital. Moi, j'essaie de la voir tous les deux, trois jours. Je suis un peu gêné parce qu'il y a la famille.
Franchement, je me sens presque, non pas une pièce rapportée, mais j'ai un sentiment de déranger ou de ne pas être à ma place. Je suis là pour m'occuper de Romane. C'est mon seul sujet. Et puis de voir Carole. Mais pour autant, quand je m'assois à côté d'elle pour l'aider à déglutir des produits divers et variés, en fait, c'est marrant, mais je sors des conneries.
des blagues, des jeux de mots. Je ne supporte pas ce moment de tension-là. Donc je raconte des trucs et je la sens même sourire. Donc voilà, un joli moment, c'est quand Mathilde est venue la voir. Un joli moment aussi, c'est quand Romane est venue la voir, allongée sur le lit, évidemment, ne comprenant pas grand-chose, embrassant sa maman avec son foulard sur la tête. Et puis voilà, on a appris.
le départ de Carole. On me dit que c'est fini, donc je m'assois. Et je me liquéfie. Je me liquéfie parce que on a toujours secrètement un espoir. On a toujours, je repensais au guide de la Birmanie qu'elle avait sur son lit. On a toujours un moment où on se dit, tiens, ça va, c'est un moment à passer. Et puis on ne conçoit pas.
On n'imagine pas ce que ça veut dire, en fait. On ne pense même pas aux conséquences, bien sûr, mais on n'imagine pas ce que ça veut dire. Quand Carole part, oui, c'est sûr que la première chose que je me dis, c'est que le plus beau cadeau qu'elle m'a fait, c'est ça. Elle me laisse notre petite fille et je pense qu'elle m'a bien préparé mentalement à l'accepter quelque part.
¶ Reconstruire La Vie Avec Romane
Aujourd'hui, Romane, elle a presque une double vie. Elle a la vie avec sa mamie adorée en Auvergne. des moments où il est toute seule avec moi, des moments où on est tous les trois avec Mathilde, sa grande sœur, qui entre-temps a fait une transition de genre, donc c'est devenu un garçon, Léo. Et je dois dire que... Il y a un truc qui s'est passé, c'est une mise en symbiose avec René autour de Romane parce qu'elle a compris ce qui s'était passé avec Carole depuis le départ.
En dépit de tous les aléas, les galères qu'elle-même a subies avec différents déménagements pour aider sa fille, on est sur le même bateau. On l'est toujours d'ailleurs sur le même bateau. Il a fallu construire une manière. un propos, un quotidien, et ça, je trouve que c'est réussi. Romane, elle a 8 ans, elle a une super pêche, il y a une fluidité dans la manière dont Romane parle de sa maman.
Elle en parle spontanément. Elle en parle parce qu'elle pose des questions sans pathos. Elle en parle parce qu'elle dit « Maman, maman, maman, j'aimerais bien qu'elle soit là maintenant, tout de suite. Je suis triste. » Eh bien, nous aussi, on est tristes avec toi et nous aussi, on aimerait bien. Et ce n'est pas possible. C'est la vie qui est à la fois cruelle et brutale et complètement stupide et qu'il faut l'accepter comme ça, que personne n'est responsable.
que tout le monde est triste, et que parce que tout le monde est triste, tout le monde doit être joyeux. Pour être joyeux, bouger, voyager, faire des choses, tout ça, c'est la vie. Et qu'il n'y en a pas une autre meilleure. Et que c'est celle-là qu'on doit remplir le mieux possible. Sa maman était géniale. Sa maman était belle. Et c'est encore aujourd'hui ça que je ressens.
C'est-à-dire que Romane, quand je la vois, voilà, c'est elle. C'est elle, pas simplement parce qu'elle lui ressemble un peu. C'est elle parce que c'est la synthèse de cette histoire. Je retrouve presque des mouvements quand Maromane met sa main à l'arrière, des petites postures. Je me dis que Carole est là, et elle me fait un clin d'œil. Ce canapé-là, que Carole détestait absolument, il ne bougera pas, parce qu'elle voulait le dévisser.
Et moi je le garde parce que c'est un peu elle, c'est mon souvenir pour elle en fait. Il est très chargé ce canapé, donc je le garde.
¶ Crédits Et Outro
Vous venez d'écouter Transfer. Ce témoignage a été recueilli par Théa Giannoli Soufir. Cet épisode a été produit par Slate Podcast. Direction de la production, Sarah Koskiewicz. Direction artistique Benjamin Septemours. Production éditoriale Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours. Chargée de pré-production Astrid Verdun. Prise de son, montage et habillage musical, Mona Delahaye. L'introduction a été écrite par Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours. Elle est lue par Aurélie Rodriguez.
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