¶ Intro / Opening
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¶ Enfance dans l'Ombre et Quête d'Amour
Comme on va bientôt fêter les 10 ans du podcast, on a voulu remettre certaines histoires à l'honneur. Elles vous ont ému, fait rire, pleurer, questionné et toujours passionné. Mais c'est quoi votre transfert préféré ? On vous a demandé à vous de choisir votre épisode favori. Voici le choix d'Aurore. Bonjour, je m'appelle Aurore et mon épisode préféré de transfert, c'est...
Une recherche d'amour effrénée, le numéro 32 de la saison 2. Ça raconte l'histoire de Didier, un homme qui grandit dans l'ombre de son frère jumeau, avec un manque d'amour qui le suit finalement toute sa vie. Mais... Ce même manque d'amour le pousse à vivre plusieurs vies, plusieurs destins et à suivre plusieurs chemins. Et cet épisode, il m'a vraiment bouleversée parce qu'à travers tout ce qu'il traverse, il finit quand même par trouver.
son chemin, le sien et surtout par trouver la paix et il était magnifique. On est en 1980, à Clermont-Ferrand, la ville du pneu en Auvergne. Et mon père est bib, c'est-à-dire ingénieur chez Michelin, depuis des dizaines d'années. Et j'ai... deux frères, un qui est plus petit que moi, et mon frère jumeau Olivier. Et en Corse, l'Olivier, c'est l'arbre qui ne meurt jamais. C'est le roi de la Méditerranée. Quelque part, ma mère a choisi...
mon frère comme celui qui allait réussir. Et moi, on verrait bien. Voilà. Olivier réussit en classe. Et moi, je réussis pas en classe. Olivier fait des choses brillantes, on l'écoute. Et moi, on m'écoute pas. Je vis dans un monde qui est celui du vol des mobilettes et de démonter des carburateurs. Et Olivier vit dans un monde littéraire. Je me rappelle d'une fois, j'ai 12 ans, je suis à table.
Et en fait, ma mère m'appelle Olivier, sur le nom de mon frère jumeau. Et c'est souvent qu'elle m'appelle par le nom de mon frère. Et là, je me suis demandé, mais est-ce que j'existe au fond ? Est-ce que Didier existe ? Quand je ne suis pas reconnu comme ça, je ne réagis pas, mais j'accumule au fond de moi une espèce de rage qui, à un moment, va sortir. J'ai 15 ans.
Et mon ancienne école primaire est juste à côté d'une immense cité. Et tous ces gens que j'ai rencontrés, enfants, je les retrouve le mercredi. après-midi, en fait, où je suis libre, et pendant ce mercredi après-midi où je suis libre, je les retrouve sur un terrain de crosse. On est dans les années 80, Mitterrand va arriver bientôt au pouvoir, on est dans la société de consommation, et nous, on se dit, mais on voudrait avoir des mobilettes.
Donc on s'envoie et on vole des mobilettes, des motos, dont moi je démonte les carburateurs, je suis devenu le spécialiste. Ma mère passe sa vie à écouter France Culture, elle écoute Dolto le matin. Et à midi, on se met à table. Et on se met à table et Olivier parle à perte de vue avec ma mère de Hegel, de Marx, de psychanalyse.
Et moi, je suis complètement paumé parce que j'en fais aucune culture. Je suis simplement un type qui vit dans un atelier et j'ai l'impression d'être complètement pissed out, d'être complètement en dehors du décor, que je ne fais plus partie du décor. et je vis une espèce de tension de plus en plus grande, qui va grandir, qui va augmenter, et mes parents ne le voient pas, ma famille ne le voit pas, et quelque part je ne suis plus dans ma famille, je l'ai quitté depuis un moment.
¶ Première Passion et Tentative de Suicide
Finalement, ce qui me permet de me retrouver, c'est la guitare électrique. Et je joue, par exemple, Stairway to Heaven de Led Zeppelin. Et pour moi, la musique devient une espèce d'expression. de retournement sur moi-même, de lieu de méditation et de compréhension de moi-même, comme si la musique se mettait à distance de moi pour m'aider à me comprendre moi-même.
À l'époque, il y a un groupe qui s'appelle Les Scorpions et qui passe à Clermont-Ferrand, au Palais des Sports. J'arrive au Palais des Sports avec un de mes amis, qui est guitariste électrique dans le même groupe que moi, et là, il me présente sa cousine. Et on se retrouve devant les baffles, c'est-à-dire à un mètre d'une sono qui crache des millions de décibels. Et elle est jolie, elle a 14 ans, j'en ai 16, elle est rousse, elle a les cheveux frisés.
Elle est pulpeuse. Et d'un coup, on s'embrasse et commence une espèce de passion qui va durer neuf mois. Et Anne, je l'embrasse et on va commencer à vivre une vie. On commence dans le silence, puisqu'il y a du son, il y a du gros son très fort, et on ne se parle même pas. Et c'est bien toute notre aventure, ça va être...
Les corps parlent fort parce qu'on n'arrive pas à se dire des choses très simples et qui seraient tellement importantes. On fait l'amour partout, partout on passe. On sait que faire l'amour... Finalement, à l'époque, comme je n'ai pas de mots, je sais que faire l'amour ou taper, au fond. Et donc, je me retrouve dans cette espèce d'histoire où on est embarqués tous les deux, qui est une histoire merveilleuse et magnifique, et en même temps terriblement désespérée.
Et puis je la vois, elle est allongée, et je vois que son dos se soulève par petits à coups. En fait, je me perçois qu'elle sanglote. Et là, je me sens bête. Je me dis, mais qu'est-ce qu'on fait là ? Et du coup, je comprends que j'ai loupé quelque chose, que je suis passé à côté d'elle quelque part. Et elle me dit, écoute, on arrête, c'est fini. Et là, je ressens un immense vide.
Je me dis que je n'arriverai plus à continuer à vivre cette vie-là. Et je me dis, maintenant, je vais arrêter. Et un lundi matin, je décide d'avaler des médicaments en nombre assez important. parce que j'ai entendu qu'un de mes amis était mort comme ça. Et là, je me retrouve au centre jaude. Je suis en train d'errer dans le centre jaude à Clermont-Ferrand. Et au dernier moment, je me dis, mais en fait, non, je ne veux pas mourir.
Je rentre dans une pharmacie. J'ai un visage qui est suffisamment détruit, je pense, pour que la personne en face de moi, il me regarde et en fait, il a peur. Et face à cette peur, je lui dis, j'ai tenté de me suicider, je ne veux pas mourir.
¶ Renaissance Spirituelle et Vocation Monastique
Et je tombe par terre et je me vanouis, et là c'est le blanc. Après ma tentative de suicide, je me sens extrêmement seul, et j'ai encore plus de mal à communiquer avec les gens, parce que j'ai l'impression d'avoir vécu, d'avoir... de m'être approché très près de la mort et qu'il y a très peu de gens autour de moi qui ont vécu ça. Et face à cette solitude, je cherche en fait l'apaisement. Je n'ai pas d'éducation chrétienne.
Mais je vais aller dans les églises et je rentre un jour dans une église qui s'appelle Notre-Dame-du-Port. Donc au lieu d'aller manger à midi, je grignote et je monte et je me recueille en fait dans cette église. Je suis assis, je suis seul. Et là, c'est comme s'il y avait d'autres voix autour de moi, c'est comme s'il y avait toute l'humanité qui était là, qui était réunie. Et un jour, dans l'ombre, j'entends une voix qui me dit « Didier ».
Sors de ton tombeau. À ce moment-là, ça crée comme une espèce de déclic en moi et quand je sors, c'est comme si on m'avait enlevé un immense poids qui pesait sur mes épaules et je me sens léger. J'ai l'impression que les choses autour de moi sont lumineuses. J'ai l'impression que les gens, d'un coup, qui me semblaient toujours des ennemis, sont devenus comme des frères. C'était comme si Dieu s'adressait à moi. Et au fur et à mesure...
Des jours qui passent, cette émotion ne va pas s'en aller. C'est comme si la vie était revenue en moi et que tout devenait vivant autour de moi. Et c'est lumineux. Je n'ai pas d'autres mots. C'est lumineux. C'est comme si il y avait de l'amour. Il n'y avait aucun doute pour moi que cette voix ne venait pas de moi et qu'elle m'était adressée par un chemin mystérieux et que je devais sortir de mon tombeau, devenir vivant.
J'ai un ami qui s'appelle Jean-Yves, qui joue de la guitare électrique dans le même groupe que moi. Et son père habite dans une ferme au pied du Sancy, qui est une montagne qui est au-dessus de Clermont-Ferrand, dans la chaîne des puits. Il s'appelle Yves. Il est prof de philosophie à la fac de culte et de Clermont-Ferrand. Il est spécialiste du Moyen-Âge. Et cet homme-là, il va commencer à m'écouter. Et quand il m'écoute, Yves allume une bougie. Et entre-temps, il lit la Bible.
Un soir, je prends sa Bible, et je commence à lire, et je commence à découvrir tous ces personnages. Amos, qui est jeune, qui est derrière le troupeau, le prophète Jérémie, à qui Dieu dit, va, tu vas aller leur parler. Il ne sait pas parler. Et moi, je n'ai pas de mots et je me retrouve dans tous ces gens-là. Parce que finalement, c'est des espèces d'oubliés de l'histoire. Ils sont oubliés pour tout le monde, mais ils ne sont pas oubliés pour Dieu.
Et je me dis, mais c'est ça en fait le mode d'emploi de l'existence. Et je lis ce texte où Dieu dit à Abraham, pars, quitte la maison de ton père, le pays de tes ancêtres, et va vers le pays que je t'indiquerai. Et finalement, à ce moment-là, naît une conviction, puisqu'il y a un Dieu et qu'il m'a donné ma vie, la moindre des choses, c'est un peu que je lui donne la mienne. Et comme Yves va chaque année dans un monastère, il me l'a raconté, je me dis, je vais aller dans ce monastère.
Au début, je n'ose pas en parler. Et un jour, je me prépare, j'attends, on a notre fameux repas de midi ou du soir, à table. Et il y a mes parents qui parlent à perte de vue, avec Olivier, de psychanalyse, de Marx, de la Révolution, de je ne sais trop quoi, de tout ce que ma mère entendait le matin sur France Culture. Et là, je dis, je voudrais vous dire quelque chose.
Je veux devenir moine. Et ma mère, il y a un immense silence, elle porte sa main devant sa bouche, comme si elle criait, mais sans crier, sans bruit. Et elle a les yeux exorbités. Et là je comprends que pour elle c'est un drame terrible qu'elle ne comprend pas. Et donc je deviens une espèce d'étrangeté, ce que j'étais déjà, une étrangeté en fait dans la famille, je deviens un étranger tout court.
¶ La Vie de Frère Marc
Quand j'arrive au monastère, je frappe à une espèce d'immense porte en bois. Et là, il y a un frère qui est dans une petite lucarne, derrière une petite lucarne, et qui me dit, le frère Bernard va venir vous chercher. Et j'apprends petit à petit que le frère Bernard est le maître des novices. Il arrive, il marche, je le vois arriver, en silence. Il me fait un baiser monastique, c'est-à-dire un...
sa tempe contre ma tempe sur chacune des deux tempes, et me dit « Je suis frère Bernard. C'est moi qui vais guider ta vie, monastique, pendant les cinq prochaines années. » On sent un homme bon, généreux, très calme, très paisible. Six mois plus tard, je serai devenu frère Marc. Je suis rasé, je fais 50 kilos. Et il y a le frère Jean-Louis, qui était médecin en Belgique. Il y a le frère Luc, qui est un fils de paysan. Il y a Xavier, qui est un ancien livreur au Louvre.
Il y a Benoît Joseph, qui est un ancien routard, qui a fait le tour du monde en étant routard. Il y a Maximilien. qui est un ancien médecin de campagne suédois qui exerçait en fait dans le mouroir de Mère Thérésa à Calcutta et partout en Afrique. Il y a une bonté chez ces gens-là. Et je vis dans ce monde-là où il n'y a pas de méchanceté au fond.
Et c'est rassurant sur l'espèce humaine. Finalement, je suis devenu moine parce que je suis comme si j'étais tombé amoureux de Dieu. Je cherche au fond son amour. Et tous les frères qui sont là... sont dans cette même démarche où ils cherchent Dieu. Donc on est comme une espèce d'armée. C'est comme ça que définit la règle de Benoît de Nursi au IVe siècle définie la vie monastique.
pèse d'armée au service du Seigneur. Et ces gens vont me faire faire des études que je n'avais jamais faites. Pendant dix ans, je vais vivre avec les plus grands intellectuels que j'ai rencontrés jusque-là, qui sont des spécialistes. de la Bible, qui sont des spécialistes de l'hébreu, qui sont des spécialistes de philosophie. Un jour, le Père Abbé m'appelle et me dit « Maintenant, il faut que tu deviennes éditeur aux éditions Zodiac. »
Donc, un moine obéit, donc je deviens éditeur. Et là, je vais être aidé par un frère qui s'appelle le frère Angélico-sur-Champ, qui a créé les éditions Sodiaque, grandes éditions d'un roman. Et ce type y peint. Et je me dis, mais tiens, je pourrais moi aussi faire de la sculpture. Donc j'ai commencé à faire de la sculpture. Et à ce moment-là, on a décidé de refaire le monastère. Je vais travailler avec un architecte belge qui s'appelle Jean Coss. Et Jean Coss me dit, mais...
Au fond, tu pourrais faire un tympan, tu pourrais dessiner. Un tympan, c'est une grande sculpture, donc je vais faire une grande sculpture de la création. Au bout de quelques années de vie monastique, On me demande d'accompagner des hôtes à l'hôtellerie. Le monastère est une petite ville fermée par une clôture et il a une hôtellerie où nous accueillons tous les gens qui veulent venir.
qu'ils soient chrétiens ou non chrétiens. D'ailleurs, ça peut être des bouddhistes, ça peut être des clochards, ça peut être des ministres. Et en fait, je vois tout un tas d'hommes, de femmes, de couples, qui me parlent de leur vie, qui me parlent de leur vie intime. Et je m'aperçois que c'est super dur de vivre en couple. Et tout ce que je vois, ça ne me donne absolument pas envie d'être à leur place. Ça fait donc dix ans que je suis moine. Je suis devenu une espèce de fonctionnaire de Dieu.
¶ L'Amour Inattendu
Je suis patron de la maison d'édition Zodiac. Je suis passé à la Biennale de Venise en architecture. Je commence à être un artiste un peu reconnu. Je suis responsable de la formation permanente des frères. Et le père Abbé me dit... Pour Zodiac, vous avez fait un CD-ROM sur l'art roman. Il y a une journaliste qui veut vous interviewer. Il faut que tu l'écoutes et que tu répondes à ces questions. Une semaine après que le père abbé m'ait annoncé cet événement,
Je l'attends dans mon bureau et je suis un peu énervé parce qu'elle arrive en retard. Et elle rentre dans mon bureau avec son équipe de télé. Et là, je suis comme si j'étais désarmé. Je ne m'attendais pas du tout à ça. Et je me dis, en fait, c'est la femme de ma vie. Et c'est Dieu qui me l'envoie. Et c'est bizarre.
De se dire ça comme ça, quand on est moine, et qu'on est moine depuis 10 ans, et qu'on sait qu'on ne retournera plus jamais dans le monde, et qu'on sait qu'on s'appellera toujours Frère Marc, et qu'on ne mangera plus jamais de viande et plus jamais de vin, et qu'on sait qu'on jeûnera pendant le carême, et qu'on sait que...
on se lèvera la nuit mais ce sentiment monte en moi et c'est un sentiment qui m'inconnu il y a quelque chose qui se passe en moi et qui se transforme et qui se transforme en réalité assez vite Et on marche sur la place et elle me parle. Et je lui dis, mais est-ce que, comme je suis Corse, je lui dis, est-ce que vous êtes Corse ? Elle me dit, ah non, pas du tout.
Et je me demande qu'est-ce que c'est qui me relie à cette personne. Parce que j'ai écouté plein de femmes et je ne suis jamais tombé amoureux. J'ai aidé plein de gens et je ne suis jamais tombé amoureux. Et là, c'est comme si je retrouvais un bout de moi-même. C'est comme si j'étais une demi-âme. Alors c'est vrai que je suis un jumeau, mais ce n'est pas comme mon jumeau. C'est comme si je retrouvais une autre partie de mon âme.
Et je ne comprends pas pourquoi je rentre en résonance avec elle. Je ne comprends pas pourquoi c'est comme si on s'était toujours connu. Donc évidemment, je ne dis absolument rien. Elle est arrivée à 17h. La veille, le lendemain à 13h, elle part, la télé l'appelle, les reportages l'appellent.
Elle a été embauchée par un monsieur qui s'appelle Jean-Pierre Elkabache, qui est un oranais comme elle. Et ils vivent tous ces gens-là à toute vitesse, dans un temps qui n'est pas du tout le temps que je vis, moi, dans mon monastère. qui est rythmée par la cloche, qui n'est pas rythmée par les tâches et la to-do liste. Et je me retrouve à nouveau seul, quelque part. Et en moi... En fait, son souvenir commence à me travailler petit à petit dans la prière
Et je lis les psaumes, et quand je lis les psaumes, je lis « Ta femme dans ta maison comme une vignée généreuse et tes enfants autour de la table comme des plants d'olivier. Voilà comment sera béni l'homme qui craint le Seigneur. » Et quand je lis ça, je me dis « Mais c'est moi ça ! » On parle de moi, là. Et petit à petit, je m'aperçois que je lis complètement différemment les théélimes, les psaumes. Et ils parlent de ma vie. Et je me suis dit, en fait, j'ai mal lu le mode d'emploi.
¶ Le Doute Grandissant et le Départ
C'est pas ça qui se passe. Et j'ai envie d'avoir une femme, j'ai envie d'avoir des enfants et un beau jour. Il y a une cassette qui arrive au monastère, c'est le reportage, elle m'envoie une VHS, à l'époque c'est des grosses bandes vidéo qu'on lit sur des magnétoscopes, une VHS avec une toute petite carte, avec un grand 2.
À l'époque, ça s'appelle la 2. Maintenant, c'est France 2. Et derrière, au dos, c'est marqué « Cher frère Marc, tu trouveras 6 juin le reportage. J'espère qu'il te plaira. Il fait vraiment très froid dans ton monastère la nuit. » signé Marie-Pierre. Quand je reçois cette vidéo, évidemment, je danse de joie dans mon bureau et je me dis mais elle pense à moi, elle a une... Et en même temps, quand je réfléchis, au bout de quelques jours, je me dis mais...
En fait, non, elle m'a juste envoyé un petit mot. Et à ce moment-là, il se passe qu'une copine qui est journaliste vient me voir et elle me raconte qu'elle est en train de faire un bateau avec son mari pour refaire leur couple. Et là, je lui dis, mais Dominique, ça fait quoi d'être amoureux ? Elle me dit, écoute Didier, quand on est amoureux, on sait que c'est la bonne personne.
Je vis une tension, c'est-à-dire qu'est-ce que c'est bien, est-ce que c'est pas bien, est-ce que c'est pas bien de partir, mais en même temps, en fait, c'est des vœux, c'est que des vœux. Et en même temps, je me vois pas vivre, je me vois plus du tout vivre là toute ma vie. C'est-à-dire que j'ai l'impression d'être à cause...
complètement en dehors de tout ça. Comme si je revenais dans la réalité. En même temps, je suis assez joyeux. À ce moment-là, je vais voir mon père-abbé et je lui dis écoute, je suis tombé amoureux d'une femme. Alors il me dit, mais attends Didier, il y a des techniques, donc il y a des techniques en fait dans la vie monastique pour détomber amoureux, c'est-à-dire qui est la prière, qui est la mise à distance, qui est le fait d'attendre. Il me dit, prends un an.
Il se dit, tout sera évanoui au bout d'un an. Et je dis, non, je te donne trois mois, je m'en vais. Je signe des contrats pendant trois mois pour la maison d'édition, pour que le monastère vive, pour qu'ils aient sept ans de travail. Et je décide de partir.
¶ Retrouvailles et Nouvelle Vie
Et un beau jour, il y a un coup de fil de la porterie, parce qu'on n'a pas des coups de fil directement, on n'a pas le droit de communiquer avec l'extérieur. Et on me dit, frère Marc, il y a une dame qui voudrait te parler, elle a l'air de te connaître. Est-ce que tu peux la prendre ? Je prends le coup de fil. Et là, j'entends une voix au bout du fil qui me dit. Allô ? Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi. Je suis Marie-Pierre.
La dame qui est venue faire le reportage sur vous, de France 2. Je ne sais pas si vous avez reçu mon courrier. Vous ne m'avez pas répondu. J'ai dit, ah oui, oui. Non, je me souviens très très bien de vous. Elle me dit, voilà, il faudrait que je vous parle. Parce que j'ai vraiment des ennuis. Il faut vraiment que je parle à quelqu'un. Est-ce que je peux venir ? J'ai dit, oui, mais quand ? Dans une semaine, deux semaines ? Non, ce soir. Je vais venir à 17h. Est-ce que c'est possible pour vous ?
Je calculais, je me dis mais elle est à Paris en fait, elle va sauter dans sa voiture et dans 4 heures elle est là. J'ai dit oui bien sûr. 17 heures ? Il reste... Une heure avant l'office des vèpres, elle n'est toujours pas là. 17h15, toujours pas là. 17h20, je commence à m'énerver, je me dis mais qu'est-ce qui se passe, qu'est-ce qui se passe ?
Et à 17h30, avec une demi-heure de retard, il y a une BMW qui arrive sur la place de l'église, qui fait crisser ses pneus et qui fait un tour sur la place de l'église. Et de là... Il descend une femme, avec des petites jambes, avec des tout petits talons en haut, et tic, tic, tic, tic, comme une souris qui traverse la place de l'église avec ses talons qui claquettent sur le granit. Alors...
Elle arrive, donc je la reçois dans un parloir. Et elle me dit, voilà, je voudrais vous parler parce que il faut que je vous raconte, il m'est arrivé des tas de choses. Et moi, je lui dis, mais en fait, je pourrais... Peut-être pas vous écouter. » Elle m'a dit « Pourquoi ? » Et je lui ai dit « Parce que je suis amoureux de vous. » Elle fait un bon en arrière. Elle fait un bon en arrière.
Il dit, mais moi, je ne suis pas amoureuse de vous. Ben, ce n'est pas grave, on va quand même parler. J'ai commencé à l'écouter. Et qu'elle m'a raconté que son mari était parti, qu'elle était seule, avec ses enfants, etc. Et le lendemain, elle est repartie. Le lendemain du départ de Marie-Pierre, je mets un petit billet au père Abbé, au babillard, ce sont des casiers où on met des mots pour pouvoir échanger. Et j'ai dit, voilà, comme je te l'avais dit, je m'en vais. Samedi, je serai parti.
Je vais vivre dans l'appartement de mon petit frère, dans le 12e arrondissement de Paris, et le monde a beaucoup changé depuis que j'ai quitté la vie monastique. Quand je vais dans le supermarché, il y a des espèces de fruits verts. À l'intérieur, c'est un peu comme un citron, mais pas tout à fait. Et en fait, ça n'existait pas quand j'ai quitté le monde en 1985, on est en 1995, et ça s'appelle des kiwis. Il y a une espèce de pâte, il y a des produits.
Partout, une espèce de pâte rose avec des petits points dedans. Et on me dit c'est du tarama. Et alors je me dis mais c'est extraordinaire. Et un beau jour, je suis en train d'écouter la radio. Mon petit frère est en train de faire la cuisine ou la vaisselle, je ne sais plus. Et le téléphone sonne. Il décroche. Et il dit... Il y a quelqu'un qui lui parle au bout du fil ? Il dit... Oui ?
Oui, il est bien là. Je lui dis, mais qui est-ce ? Elle me dit, tu sais, c'est la journaliste, en fait, qui t'a interviewé au monastère. Elle a téléphoné à tous les longs de Paris et là, elle est en ligne. Est-ce que tu veux que je te la passe ? Alors moi, je bondis de joie. Je bondis de joie. Et il me la passe. Et elle me dit, oui, je suis Marie-Pierre Samitié. Je voulais savoir ce que vous devenez. Donc elle est terrorisée.
Et elle me dit, je dis, bah oui, ça va bien, j'ai pas encore de travail, mais ça va bien. Elle me dit, est-ce que je pourrais vous voir ? Et le lendemain soir, je me retrouve au totem à Trocadéro. J'arrive au restaurant. Je demande s'il y a une table réservée au nom de sa amitié. Et je m'assieds. Évidemment, elle est à nouveau en retard. Donc, je suis là, avec ma veste à des espères et billes en cours en cuir noir.
avec ma chemise rouge, dont je pense que c'est du plus bel et flu, puisque tous les Africains portent ça avec des fleurs noires, avec mon pantalon, pas de def, et je l'attends, et je regarde autour de moi tout ce qui se passe.
C'est comme dans un film. Je vois des scènes que je n'ai vues que dans les films, en réalité. Au monastère, on n'a pas la télé, mais on voit un film de temps en temps. Parfois, il y a un restaurant, donc on comprend ce qu'est un restaurant. Au bout d'un moment, elle arrive, elle est habillée, elle est magnifique, elle est jolie.
elle est étrange aussi pour moi, parce que je ne sais pas ce qu'est vraiment, ce qu'est une femme finalement, et il y a toute une liste qui s'appelle le menu, et donc moi je prends un petit peu du menu, de chaque... de chaque aliment du menu en pensant que c'est ça, un restaurant. Mais en fait, on n'est pas au monastère, ce n'est pas comme ça que ça marche. Elle m'explique qu'il faut prendre ça, une entrée, un plat, un dessert, etc. On sort du restaurant.
Et je lui prends la main. Et elle me laisse lui prendre la main. Et on se retrouve, on marche un petit peu. Il fait nuit. Et il y a la tour Eiffel en face de nous. On est dans les jardins du Trocadéro. Et là, je la prends dans mes bras. Elle se laisse prendre dans les bras. Et je l'embrasse. Et depuis, c'est ma femme.
¶ Famille Recomposée et Éloignement de l'Église
Et donc à partir de là, on va commencer à s'aimer, elle a deux enfants, et petit à petit, on va commencer à vivre ensemble. Et cette vie qui me semblait de l'extérieur si difficile, parce qu'évidemment, c'est quand on imagine la vie d'un couple, ou quand un couple se rencontre et qui se dit...
S'il se dit, toutes les fois, on va faire la vaisselle ensemble, mais c'est insupportable. En fait, la réalité, ce n'est pas comme ça que ça se passe. La réalité, c'est qu'on vit des moments successifs et ces moments peuvent être habités par l'amour. Et ces moments d'amour, en fait, sont des moments où on va commencer à se connaître, à se comprendre, à se découvrir. Et petit à petit, je vais décider de vivre avec elle et on va vivre ensemble dans notre maison.
Et je vais récupérer ces enfants, l'un a trois ans et l'autre, la grande, elle a cinq ans. Et petit à petit, je vais me comporter comme si j'étais leur père. Je les vois en détresse. Leur père est parti et leur mère est seule. Et petit à petit, comme je m'appelle Didier, il m'appelle Didou. Je suis le Didou, comme un doudou. Et petit à petit, je vais les élever jusqu'à l'âge de leur 16, 18 ans, et je les prends comme mes enfants. Et au bout de quelques années, il va naître un petit, notre fils.
Pierre-André. Et ça va... solidifier quelque part notre amour, parce qu'on a maintenant un projet. Alors, entre-temps, j'ai trouvé un travail, je suis devenu directeur de production sur des CD-ROM, je fais un CD-ROM sur la Bible pour le groupe Télérama La Vie, j'en ai fait un autre sur le Moyen-Âge, avec Régine Pernoud, qui est une de mes auteurs.
Et je deviens petit à petit un spécialiste, sans le vouloir, un spécialiste de l'informatique et de ce qu'on appelle à l'époque le multimédia, qui va devenir le digital et Internet. Je vais aller à l'église et en fait...
quand je ne suis pas reçu par les chrétiens. Je vais commencer à essayer d'enseigner au catéchisme et on me fait comprendre que je suis un ancien moine et donc je ne peux pas être au catéchisme. On me donne à la messe la possibilité de donner les hosties aux gens et on me retire cette charge.
¶ La Révélation du Judaïsme
Donc au bout de quelques mois, je comprends que je n'ai plus rien à faire en fait dans l'église. Le 1er janvier 2010, j'ai un ami qui s'appelle Jean-Louis Rambeau. On travaille ensemble de temps en temps, mais surtout c'est un ami, son fils est à l'école avec mon fils, on vit dans le même quartier, on va au travail ensemble souvent, et c'est comme un frère pour moi.
Et sa femme me téléphone et me dit Jean-Louis est mort. Et il a quatre enfants. On va ensemble au travail. Moi aussi j'ai quatre enfants. Deux de Marie-Pierre et deux qu'on a fait ensemble. Et là le ciel me tombe sur la tête. Et je prends ma voiture avec Marie-Pierre et je pars aux arcs chercher Jean-Louis qui en fait a été tué par une avalanche avec deux de ses compagnons. Et sa femme Isabelle me dit il faut que tu célèbres l'empêtairement. Je dis mais je ne suis pas prêtre.
Je peux simplement faire l'omélie et je pourrais parler sur sa tombe. Si tu veux, je dirais les psaumes. Quand on est moi, on en dit les psaumes. Je viens à l'église et je fais l'omélie. Et je parle de ceux qui sont montés sur la montagne pour chercher Dieu. Moïse, Elie, le prophète qui est monté sur la montagne. Et quand on arrive au cimetière, il y a plein de monde. Il y a la moitié du CAC 40, il y a 2000 personnes.
Et là, je prends le micro, tout le monde est là, et avant de descendre le cercueil en terre, je vais dire les psaumes. Et au lieu de dire le psaumin qui dit « Heureux l'homme qui n'entre pas au conseil des méchants, qui ne siège pas sur le chemin des pêcheurs », mais qui se plaît dans la loi du Seigneur et qui murmure sa loi jour et nuit. Il est comme un arbre planté près d'un ruisseau qui donne du fruit en son temps. Et jamais son feuillage ne meurt. Tout ce qu'il entreprend réussira.
Mais tel n'est pas le sort des méchants. Ils sont comme la balle balayée par le vent. Au jour du jugement, les méchants ne se lèveront pas. Le Seigneur connaît le chemin du juste, mais le chemin du méchant se perdra. Et là, au lieu de dire ça, je commence. Et je...
C'est pas un miracle. J'ai appris l'hébreu quand j'étais moine, mais ça fait dix ans que je n'ai pas parlé cette langue. Et je me dis, mais qu'est-ce qui m'arrive ? J'ai fait l'expérience de Dieu. Je suis devenu moine. Je suis tombé amoureux. Je suis parti avec cette femme. Et là, c'est comme si quelque chose au fond de moi m'appelait. Très ancien. Et je sais pas ce que c'est. Quelques mois plus tard...
Il neigeait, et je sais qu'il y a une synagogue au bout de ma rue. Et le chant que j'entends quand je rentre dans la synagogue, c'est exactement comme le chant des bergers du plateau du Couchonne, en Corse. C'est exactement les mêmes intonations. Et là, ça me touche...
Très profondément, quoi. Je me dis, mais c'est chez moi. Et je rentre, et le vieil homme leur dit en hébreu, il leur lit un passage de la Torah, dans le Livre des Rois, où il est dit, l'étranger qui vient de loin, tu accueilleras sa prière. Je vais faire des recherches en Corse et je m'aperçois que des tas de marranes, de juifs qui ont été expulsés d'Espagne en 1492, sont arrivés à Gênes et sont arrivés en Corse, à Portovec, la ville qui est près de mon village Moratel.
Je retourne voir ma mère. Je dis, ma maman, à Bastia quand tu étais petite. Il y avait 350 juifs au pied de chez toi. Ils sont arrivés d'Ajaccio, ils étaient 750 en 1915. Il y en a la moitié qui sont arrivés au bas de chez toi, tu les as jamais vus ? Elle me dit ici Didier, il n'y a pas de juifs, il n'y a que des Corses. me regardant droit dans les yeux. Et c'est une manière de me dire je n'accepte pas ce que tu me dis et tu restes dans le cadre corse. Et donc elle refuse cette judéité.
ou ses origines juives très lointaines, et elle considère que ça n'a aucune importance. Et un jour, je vais me retrouver, il va m'arriver un événement assez extraordinaire, c'est que je vais me retrouver dans un... dans un petit village d'Alsace, je viens en fait pour voir si on peut mettre un cuisiniste sur Internet, et j'arrive à 11h du matin, et là, je me dis, il y a une espèce de pressentiment très fort.
Je me dis, je connais des gens ici. Des gens qui sont morts, je les connais. Ils sont ici. Je vais à l'église, je ne vois personne. Je vais au cimetière, je ne reconnais pas les noms. Je reviens le soir, je dis à Marie-Pierre, mais est-ce que tu connais ce village d'Alsace ?
qui s'appelle Lièvre, juste à côté de San Mariamine. Elle me dit, oui, ma famille vient de San Mariamine. En 1870, ils ont quitté San Mariamine parce que les Allemands sont arrivés, qu'ils ont pris la caisse, le comptable allemand a pris la caisse de l'entreprise, ils se sont retrouvés ruinés.
Et ils sont partis en Algérie, à Sidi Belabès. Et ils sont ensuite revenus en 1962. Je regarde dans toute sa généalogie, je m'aperçois en fait que sa généalogie est juive et que c'est des gens qui viennent de Sainte-Marie-aux-Mines et de Lièvre.
Et donc c'est à ce moment-là qu'on va commencer à rentrer dans un processus de guillour, c'est-à-dire de conversion, qui n'est pas une conversion, qui est un retour à ce qu'on est, et on va revenir au judaïsme. Alors d'abord, je vais commencer à mettre en place le Shabbat dans ma vie.
Et donc, mes enfants que j'avais élevés chrétiennement dans un premier temps, je leur dis maintenant non. En fait, on n'est pas chrétien, au fond, on est juif. Et mon petit, Pierre-André, qui à cette époque, à l'âge de 12 ans... Il me dit, mais papa, en fait, t'es comme un arbre qui est revenu vers ta source. C'est lui qui va avoir la meilleure compréhension de ce qui m'arrive. La première fois que j'ai entendu, il m'en sort de ton tombeau à l'église de Notre-Dame-du-Port.
C'était ça, le Dachem. Et c'est une voix qui appelle à la vie. Cet épisode a été réalisé par Hélène Carbonelle avec Alexandre Moniol. La musique a été composée par Pauline Thompson et Jean-Baptiste Aubonnet a fait le mix. S'il vous a plu, venez commenter sur iTunes, faire pleuvoir sur nous des étoiles. Partagez sur Facebook, sur Twitter et vous pouvez nous suivre sur les comptes de Slate ou sur les miens. Je vous souhaite un bel été, où que vous soyez. A très vite.
