¶ Une Famille en Contraste
Dans les années 2000, deux femmes affolaient la presse people. Paris et Nikki Hilton, les héritières de la famille du même nom. Des Nepo Babies dont la vie semblait consister à profiter de la fortune familiale. Pour beaucoup de lecteurs de tabloïdes, elles n'étaient que deux femmes inconséquentes, elles n'étaient pas ce qu'elles sont, elles étaient seulement ce qu'elles ont.
Paris a beau eut tenté de faire carrière dans le divertissement, la chanson et le parfum, seule l'image de l'héritière restait. Dans la famille de Karine, l'argent est une préoccupation majeure. Mais contrairement au Hilton, ici, il manque. On en parle beaucoup, on en manque toujours. Sa mère travaille peu et fait très attention à chaque centime dépensée. Pourtant, elle vive dans un quartier plutôt bourgeois de Paris.
Ce paradoxe, Karine parviendra à se l'expliquer quelques années plus tard. Vous écoutez Transfer, épisode 324, un témoignage recueilli par Oriane Guérito. Je suis élevée par une mère célibataire. Mes parents étaient en couple pendant de nombreuses années. Du jour au lendemain, mon père la quitte. Et malheureusement pour elle, dès le lendemain, elle se retrouve au chômage.
Ma mère travaille dans le milieu du journalisme, ce qui est quand même un milieu assez dur. Et elle se retrouve avec deux enfants, parce que j'ai un frère jumeau. Donc mère célibataire avec deux jumeaux, ce n'est pas forcément évident. Mais on a la chance de grandir dans un quartier parisien. Assez bourgeois. On est dans un grand appartement et je sais qu'on a la chance d'avoir cet appartement parce que mes grands-parents m'ont aidé ma mère à l'acheter quand elle était plus jeune.
¶ Les Réalités Financières de l'Enfance
Mon premier rapport à l'argent, c'est quand j'arrive à l'école et que je vois que je suis autorée de petites filles en col Claudine et en serre-tête brodée. qui sont bien sûr récupérées à la sortie d'école par les grands-mères qui sont très endimanchées, alors que moi j'ai les t-shirts et les pulls troués de mes cousins, ou des enfants, des amis de ma mère. Je ne vais pas avoir les dernières Nike à la mode.
Je rêve d'avoir les chaussures roller, mais je ne peux pas les avoir. Et je vois très bien que les autres enfants font plein d'activités. À chaque rentrée, c'est qui est allé au ski, qui a voyagé. Moi, je suis restée chez ma mère devant ma télévision. J'adore, mais j'aimerais beaucoup aussi voir des éléphants en vrai, aller en vacances et avoir la vie de famille qu'ont tous les autres enfants qui sont avec moi à l'école. En primaire, on a une fiche d'informations à faire à chaque nouvelle année.
Je n'écris pas que ma mère est journaliste, je mets chômeuse. Mon frère aussi écrit chômeuse. Du coup, on va tout le temps notre mère chercher du travail. Et on sait que c'est difficile parce que les autres familles, il y a des parents.
Il y a toute une situation familiale alors que nous, on est les seuls enfants élevés par une mère célibataire et notre mère ne nous cesse de le répéter. Donc je ne peux pas avoir le dernier cartable à la mode, je n'aurai pas les bonnes marques de gâteau pour le goûter et cela va s'étendre au fur et à mesure.
¶ Peur, Rationnement, Rêves d'Enfance
Je ne peux pas me resservir à table, par exemple, si je veux une deuxième ration de pâtes. À chaque fois que je veux me resservir, ma mère me dit « si tu te resserres, on va finir à la rue ». Donc, c'est constant. Avec mon frère, depuis la primaire, tous les soirs, au moment du dîner, on répète comme un mantra, plus tard, on sera riche, plus tard, on sera riche, plus tard, on sera riche. Et on rêve un peu de notre future vie. Quand on rentre de l'école tous les soirs...
On a une espèce de jeu où on guette sur le trottoir et sur la route si on peut trouver la moindre pièce, le moindre centime. Mon frère est plus fort que moi à ce jeu. Une fois, il a trouvé un billet de plusieurs francs. J'étais un peu jalouse, mais en même temps, il était plus fort.
Et cela va un peu sur toutes les notions de loisirs ou de plaisir. Par exemple, il a un jouet dont il ne veut plus, il ne va pas me le donner, il va me le vendre. Donc c'est comme ça que j'ai racheté la Game Boy de mon frère.
Et si je lui demande de me prêter un peu de son argent de poche pour m'offrir une figurine de Pikachu ou un nouveau jouet, il va me prêter un peu de son argent de poche mais il va me réclamer des intérêts. Il aimerait aussi avoir plein de vêtements de sport, plein de choses comme ses copains.
Donc il va souvent chez ses amis où il peut profiter. Quand je vais chez mes cousins, c'est le paradis. Il y a des kinders. La première fois que je croque dans un kinder d'hélice, j'ai le droit d'en prendre un second. Ah, mais ça, c'est incroyable. un peu un moment privilégié pour nous. Et après, on va demander à notre mère, est-ce qu'on peut avoir...
des Chocapi, qu'est-ce qu'on peut avoir du Nutella ? Et sinon, les secoureries pour enfants, c'est ce qui coûte le plus cher. Du coup, il faut se rationner. C'est un seul bol de céréales le matin. C'est censé suffire. Tu n'en auras pas un second. Et pareil, tout ce qui est goûté, c'est compter. Ça m'est renvoyé au quotidien, il suffit que je croise des camarades d'école, je vois comment elles sont habillées, j'écoute leurs différents hobbies, je sais où elles sont parties en week-end.
Alors que moi, si je réclame des cours de harpe à ma mère, elle me dit non, c'est trop cher, on ne pourra pas te payer des cours de harpe. Ça m'est renvoyée au quotidien, mais en même temps, je me dis j'ai de la chance, on est dans un super quartier, on a un toit. J'ai un lit, je n'ai pas à me plaindre, on est privilégié. Et peut-être que plus tard, je travaillerai beaucoup, j'aurai beaucoup d'argent et je pourrai offrir une situation confortable à ma mère.
¶ Les Luttes et Sacrifices de Mère
Ma mère ne cesse de me dire que c'était plus facile avant financièrement quand mes parents étaient ensemble, comme il y avait deux salaires et qu'on a énormément de chance qu'elle ait pu acheter cet appartement plus jeune et que c'est notre seul bien et que c'est pour ça qu'on ne déménage pas. On pourrait déménager et vendre l'appartement. Mais elle me dit, si un jour on perd tout, au moins on l'aura à l'appartement, c'est le seul bien que je pourrais vous léguer.
Ma mère est toujours en train de se remettre du divorce, donc elle nous répète souvent qu'elle est désolée de ne pas nous offrir un vrai Noël, qu'on ne peut pas avoir autant de cadeaux que les autres enfants, mais qu'elle fait ce qu'elle peut. Et je n'ai pas envie de l'embarrasser, je suis déjà contente.
L'histoire de ton grand-père n'avait qu'une orange à Noël. Oui, c'est vrai, mon grand-père n'avait qu'une orange à Noël. Donc, je n'ai pas à me plaindre, je dois m'estimer heureuse de la situation. On ne cesse de me répéter qu'on va finir à la rue. Je suis juste contente d'avoir ma chambre, mes bandes dessinées et mon lit.
Elle arrive quand même à quitter le chômage plusieurs fois, à rejoindre différents médias, mais malheureusement, à chaque fois, ça ne se passe pas comme prévu. Donc on continue de compter l'argent, de faire attention. Par exemple, on n'a pas de gâteau d'anniversaire.
Si j'en ai un, c'est parce que c'est chez mes grands-parents et qu'ils nous l'ont généreusement offert. Mais j'ai déjà eu ma mère qui va à la boulangerie demander au boulanger de nous cuire deux énormes rectangles de pain avec écrit « Bon anniversaire ».
une pour mon frère et une pour moi, c'est immonde, c'est sec, c'est pas bon. Et ma mère retient ses larmes en disant « Désolée, je ne peux pas vous offrir un vrai gâteau, mais au moins j'ai quand même fait une intention pour vous. » Au moins, elle a vraiment fait un effort.
Je me dis qu'on a peu de moyens et malgré ça, elle fait un geste, elle fait des efforts. C'est la mère courage qui soit au maximum. C'est vraiment la mère de Romain Garry qui ne mange pas le steak, mais qui sauce le jus du steak dans la poêle. Et ça, ma mère, là. Plusieurs fois en fait.
¶ Premiers Gains, Début de l'Effort
Le temps passe et j'ai atteint l'âge où on peut enfin faire du babysitting, ce qui n'est pas forcément déclaré, mais au moins je peux me faire un petit billet par-ci par-là. Donc évidemment, je garde des... Des enfants du même arrondissement, donc je suis encore plus confrontée à la différence de classe. Des enfants qui sont prêts à casser leur PlayStation et qui ont les petits trains électriques comme dans les films américains et qui ne se rendent pas compte de leur chance.
Mais en même temps, ça me permet de me faire un peu plus que l'argent de poche que ma mère me donne. Ma mère a des petites astuces pour que je puisse gagner un peu plus d'argent, donc je fais le ménage chez elle, dès le collège. Donc passer l'aspirateur, ça va être 2 à 3 euros. Les civés, des murs ou des portes, c'est plutôt 7 euros. Et le top du top, c'est si je décroche tous les rideaux du salon, que je les lave et que je les raccroche alors que j'ai un énorme vertige. Là, je me fais 15 euros.
C'est parfait parce que je sais que ça l'aide, comme elle travaille beaucoup. Et moi, en même temps, je me fais un petit peu de fric. Donc c'est un peu entre mon frère et moi qui va être le premier à laver la baignoire pour se faire un petit billet. Légalement, en France, on ne peut pas travailler avant.
18 ans, c'est pour cela que je fais pas mal de babysitting. Une fois passé le cap des 18 ans, j'ai enfin le droit à ce qui était mon rêve. Moi, mon rêve, c'était de partir de chez ma mère à 18 ans, d'avoir un vrai travail et de me faire énormément d'argent.
Peu importe le travail, je suis prête à tout faire par de l'argent et m'assurer que ma mère ne manquera de rien, qu'on ne sera jamais à la rue. Je n'ai pas envie qu'elle fasse de sacrifice et ce n'est jamais évoqué de sa part. Elle ne dit jamais qu'elle va devenir caissière ou vendeuse.
moi, je suis prête à faire ces métiers-là tant que j'ai un salaire. Ma mère nous dit à mon frère et à moi, bon, vous avez 18 ans, maintenant, il faut que vous gagnez votre vie et que vous ramenez de l'argent. C'est fini l'argent de poche. Maintenant, vous devez trouver un travail.
J'imprime donc 50 CV, je fais le tour de tous les commerces et en une semaine, je me retrouve vendeuse de glace. Je suis la première de toute ma bande d'amis à avoir un job. Tout le monde vient me voir, c'est marrant, j'ai mon petit tablier avec ma casquette. Et je découvre le monde de l'entreprise, d'être toujours debout, le service à la clientèle, travailler son anglais avec les touristes, alors je suis la dernière de ma classe en anglais. Mais c'est assez marrant.
Je fais ce travail en parallèle de mes études en alternance, c'est-à-dire que la moitié de la semaine, je suis un coup à l'école, un coup dans un travail en entreprise, où je travaille dans le milieu de l'industrie musicale.
Et les soirs et le week-end, je vends des glaces. Je suis toujours un peu jalouse de mes amis, parce que 18 ans, c'est aussi l'âge où on passe le permis, on sauve des grosses vacances avant de rejoindre une école, ou on décide de faire une année sabbatique, ça dépend des enfants.
Moi aussi, j'aimerais beaucoup aller en soirée, rencontrer des garçons, boire de l'alcool. Toutes les premières choses qu'on fait à 18 ans, je ne peux pas trop le faire, mais je sais pour quelle raison je ne peux pas le faire.
Quand on reçoit sa première paie, c'est quand même impressionnant de se dire « Waouh, il y a un chèque avec mon nom et il ne faut pas perdre le chèque avant d'aller à la banque ». C'est un sentiment de grandeur de se dire que c'est pénible d'être debout toute la journée à nettoyer des tables.
Mais au final, ça compte pour quelque chose. Ce temps passé me donne de l'argent. Cet argent peut aller sur mon compte en banque et plus tard payer mes études, voire peut-être me payer des balles-robes ou des super baskets.
L'argent est toujours plus important que le reste. Pour moi, c'est un mantra. L'argent va être plus important qu'aller à l'anniversaire de mes amis, même si ça va être très triste, mais je pourrais leur offrir un cadeau d'anniversaire. Je ne veux pas être virée, je ne veux pas perdre mon emploi.
Je sais que nous n'avons pas d'argent, je ne veux pas que ce soit une situation difficile pour ma mère, donc l'objectif c'est de travailler au maximum. Ma carrière de vendeuse de glace s'arrête au bout de deux mois. Je dois donc trouver un autre travail en plus de mon alternance, car je veux toujours payer seule mes études. L'alternance vient d'arriver en France, très peu de personnes comprennent ce que c'est, donc les salaires ne sont pas mirobolants.
Et une amie de mon père me dit, je connais un super bar. Tu peux y travailler le jour, la nuit ou le week-end, vu les horaires qu'ils ont. Je te recommande d'aller y déposer un CV. Je dépose un CV. On me demande si j'ai déjà été vendeuse. Heureusement !
que sur mon CV, j'ai la première ligne de vendeuse de glace. Du coup, je fais un essai et j'ai le job. Mais c'est un endroit un peu particulier. C'est le type d'endroit qui ferme très, très tard. Le contrat de travail est tel qu'un mi-temps, c'est 35 heures. Un temps plein, c'est 50 heures. Moi, je veux vraiment le job, je dis oui pour un temps plein, en plus de mon alternance. Donc c'est compliqué, car je ferme le bar à 10h du matin, je fais une heure de ménage.
Je rentre chez ma mère, mais c'est compliqué car il n'y a plus de métro. Donc je suis très forte pour voler des vélibes. Je sais rentrer à pied et au moins, je sais que j'ai un très bon salaire. et que je peux me faire de l'argent. Mais je me rends compte aussi que je ne peux pas être en cours à 8h si j'ai dormi 3h. Ce n'est pas un style de vie possible. Au bout de un mois, le manager me demande si je veux rester à temps plein ou si je veux passer à mi-temps. Je lui dis...
Ah, le mi-temps, c'est possible, je veux bien passer à mi-temps. Ça m'arrangerait beaucoup. Et du coup, je passe à mi-temps. C'est-à-dire que la semaine du lundi au vendredi, je suis en alterlance. Le soir, je travaille de 19h à minuit. Et le week-end, je travaille le vendredi et le samedi.
de 19h à 6h du matin. Du coup, ma paye est beaucoup plus conséquente que quand je vendais des glaces, et face à une telle somme qui est un SMIC, je me dis que je peux peut-être virer de l'argent à ma mère sans qu'elle s'en rende compte. Donc tous les mois. Je vais à la banque et je demande à ma banquière de virer 750 euros sur le compte de ma mère. Je lui précise bien, ne le dites surtout pas ma mère quand vous la verrez.
Ma mère ne m'a pas demandé cet argent, c'est moi qui ai essayé de lui donner car je vois qu'elle travaille beaucoup, je sais que la situation est dure pour elle et je me dis j'ai beaucoup d'argent, je ne paye pas le loyer à ma mère.
Je n'ai pas besoin de tout cet argent. Je peux lui donner, peut-être qu'ainsi elle pourra faire des meilleures courses, nous acheter des meilleures choses pour mon frère et moi. Et je ne connais pas sa situation financière, je ne sais pas à quel point elle est dans le rouge. Je me sens un peu...
obligée d'être une bonne fille et de vouloir aider ma mère. Je fais ça pendant plusieurs mois. Un jour, on se retrouve à parler de la situation financière de ma mère pour une histoire de pension alimentaire. Et je lui révèle le poteau rose, je lui dis « Ah, peut-être que des gens vont consulter tes comptes en banque, sache que tous les mois, depuis 9 mois, je te vire 750 euros tous les mois. » Alors là, elle tombe des nues, elle se retient de pleurer, elle me demande de...
Pourquoi ? Je lui ai dit, je me suis fait de l'argent à travailler en bar, je voulais que tout le monde puisse en profiter. Elle me dit que c'est très généreux de ma part, qu'il faut que j'arrête maintenant, car c'est mon argent. Et elle me remercie très fort. Elle ne me rembourse pas l'argent, bien sûr.
¶ Départ Forcé, Recherche d'Appartement
Mon salaire reste pour moi. Et un jour, j'ai 19 ans, ma mère vient me voir. Elle me dit, là, la situation financière de notre famille est vraiment très, très compliquée. Du coup, j'ai pensé à une solution. On va louer ta chambre. Mais comme ta chambre sera louée, le mieux, ce serait que tu dormes dans ma chambre et que moi, je dorme dans le salon.
Ce n'est pas une situation idéale, car le salon, c'est aussi mon bureau. Donc, je vais devoir acheter un canapé lit. Ça va nous faire une dépense. Mais c'est peut-être le plus simple. Mais sinon, le mieux, depuis le temps que tu en rêves. ce serait que tu partes et tu as un mois pour partir. Donc moi, je ne comprends pas trop. Je ne sais pas qu'on peut louer une chambre. Je ne comprends pas pourquoi une personne vivrait chez nous sous le même toit.
Je n'ai aucune envie que ma mère dorme dans un canapé lit, car le salon, c'est aussi son lieu de travail. La personne qui va dormir dans ma chambre va très bien voir que ma mère dort dans le salon. Je trouve ça un petit peu humiliant.
Et du coup, je lui demande pourquoi est-ce qu'on ne loue pas plutôt la chambre de mon frère qui fait le double de la mienne ? Ainsi, mon frère et moi, on pourrait dormir dans la chambre de ma mère comme elle a un lit de place et ma mère dormirait dans ma plus petite chambre. Et elle me dit non, non, le mieux, c'est que tu partes.
C'est un mois pour trouver un appart. L'histoire qu'elle m'a racontée à ma famille, c'est que Karine a toujours voulu partir de la maison et prendre son indépendance, donc Karine cherche un appartement. Ce qui me permet de demander à mon grand-père d'être mon garant, car je découvre ce que c'est de chercher un appartement, surtout... En région parisienne, c'est un peu un escape game.
Et aucune de mes amies n'a d'appartement. Toutes mes amies vivent chez leurs parents, qui ont des lofts. Jamais leurs parents ne leur demandent de payer le loyer. Je suis encore confrontée à une différence. J'étais la première de mon groupe d'amis à avoir un boulot.
Je suis la première de mon groupe d'amis à chercher un appartement. Je me tourne vers mes nouveaux collègues du bar qui sont plus âgés en leur demandant comment on cherche un appartement. Donc ils m'expliquent les différents sites internet, comment monter un dossier. Heureusement, mon grand-père, qui a beaucoup travaillé dans sa vie, qui est passé de petit paysan à...
a désormais une bonne situation financière et me propose d'être mon garant. Il en est très fier car je suis la première des petits-enfants à quitter le foyer familial et à chercher son premier appartement. À 19 ans, je me retrouve à jongler entre... réviser mes cours, travailler en alternance où je gère les relations presse pour un label de musique et vérifier mon téléphone à chaque pause, toilette, verre d'eau.
accompagner les fumeurs, même si je ne fume pas, et déjeuner pour vérifier toutes les annonces en ligne sur tous les sites possibles. J'imprime énormément de dossiers de recherche d'appartements illégalement au travail. Après le travail, je file à des visites d'appartements, mais c'est très dur, on est à Paris, il y a beaucoup de personnes qui cherchent un appartement, donc je découvre ce que c'est d'arriver au pied de l'immeuble et de voir qu'il y a une queue de 50 personnes.
qui démarre du rez-de-chaussée jusqu'au septième étage sans ascenseur, où on attend pendant une heure, marche par marche, à se demander si on va la voir tout en se disant qu'on ne l'aura pas, car il y aura forcément un meilleur dossier que le nôtre. Coup de chance ! Un samedi matin, donc après mon service qui s'est terminé à 7h du matin, j'ai un rendez-vous pour un petit studio en région parisienne. Je suis tellement stressée que je suis en avance.
La personne avant moi ne s'est pas présentée au rendez-vous. Je suis donc la première à visiter l'appartement. Les propriétaires sont un couple de personnes âgées qui veulent très vite se débarrasser de cette tâche administrative. Et c'est bon, j'ai mon premier studio. En moins d'un mois, j'ai réussi. à trouver un appartement et je peux partir de chez ma mère car elle a déjà trouvé quelqu'un à qui louer ma chambre.
¶ Vivre Seule, Stress Financier Constant
Du coup, mon premier appartement fait 20 mètres carrés. J'ai l'énorme privilège d'avoir une petite baignoire sabot. Très pratique pour laver son linge à la main, pour ne pas dépenser d'argent à la laverie. J'ai un évier et deux plaques électriques qui sont cachées dans un placard.
que je dois ouvrir dès que je veux cuisiner. Et énorme chance, le quatrième mur est une énorme fenêtre où j'ai un tout petit balcon avec une fausse pelouse. Donc je peux profiter du soleil quand je rentre de mon service. assez agréable de se dire que c'est mon premier chez-moi. Après, quand on a un appartement, il faut le meubler. Donc ça, c'est une autre histoire. Je me retrouve à prendre un prêt à la banque pour...
M'acheter un lit, je récupère l'ancien canapé de ma mère comme elle s'est acheté quand même un canapé lit au cas où. Et j'ai une table gigantesque qui peut se baisser et se remonter. Ainsi, ça me fait table basse et bureau pour travailler. Comme je ne vis plus chez ma mère, j'ai désormais un loyer à payer. Ce qui est assez ironique, c'est qu'il est aussi de 750 euros. Donc je reviens sur cette même somme. Je découvre aussi comment faire des courses.
comment regarder le prix au kilo, savoir à quel horaire les laveries sont ouvertes et comment maximiser mon budget au maximum. Mon salaire n'est donc plus suffisant. Car aussi pour mes études, j'ai souvent beaucoup de dépenses, d'impressions, de choses à faire pour mes dossiers. Du coup, travailler en barre, ce n'est pas assez de toute façon.
Ce n'est jamais assez. Je ne travaille jamais assez. Je n'ai jamais assez d'argent. J'ai toujours peur de finir à la rue. J'ai toujours peur que mon loyer ne passe pas. C'est extrêmement stressant. Donc en plus de mon alternance, je trouve un autre plan.
Le vendredi soir, je travaille à mon alternance de 10h à 18h. Ensuite, je file au bar où je bosse de 19h à 6h du matin, si je compte l'heure de ménage. Je rentre chez moi, je fais mes seules courses de la semaine, je file à la laverie et ensuite je dors. Le samedi soir, rebelote. Je travaille de 19h à 6h du matin. J'ai le droit à mon verre d'équipe qui est offert d'après la loi française quand on travaille en restauration. Je dors deux heures sur un des canapés du bar.
Et là, j'ai un client qui est adorable, qui a un taxi. Il me récupère et il m'emmène à Anthony, en banlieue parisienne, où je travaille sur un stand de boulangerie sur un marché de 10h à 15h. Et ensuite, je rentre chez moi. Et soit... Je me douche et je dors. Soit je dors 4 heures et après je fais le service de 18h à 2h du matin au bar. Je tiens 3 mois à ce rythme car c'est vraiment dur.
Il y a un jour où je peux rentrer chez moi dormir avant d'aller au marché et en fait je tombe par terre. Je ne peux pas me lever, j'essaye deux fois de me lever mais deux fois je tombe par terre. Donc j'écris au patron du centre de boulanger en lui disant que je ne peux pas en fait. quitter mon appartement. Je me rends compte que c'est peut-être trop pour moi, donc je décide de ne garder que le bar. Après deux ans à ce rythme, je rate mes examens, je redouble, et là je me dis, bon...
t'as trop tiré sur la corde, et je demande au bar si je peux ne bosser que le week-end. Ce qui est dur, car c'est une énorme coupe budgétaire pour moi, mais depuis, l'alternance est un peu plus connue, je suis un peu mieux payée. Et je continue du coup à travailler le week-end. Donc je suis l'unique serveuse à travailler le vendredi et le samedi. Mais apparemment, je travaille très bien. Ils ne veulent pas me perdre. Donc ça, c'est très chouette.
¶ Recherche de Stabilité, Multiple Emplois
Après trois ans dans ce bar, je démarre un master 1. J'arrête le milieu de la musique qui m'a un petit peu dégoûtée. Et je signe enfin un vrai contrat en alternance avec une vraie paye. Je me dis enfin ! Enfin, je vais pouvoir fêter le nouvel an et je ne bosserai pas en bar. Enfin, je vais pouvoir aller aux anniversaires de mes amis sans arriver au petit déj à 9h. Je vais pouvoir avoir la vie que tous mes amis ont. Parce que moi, je bosse.
Le 24 décembre, je bosse au Nouvel An, je bosse à mon anniversaire, je ne fête plus mon anniversaire. Mon anniversaire, c'est un verre trois jours après et le lendemain, j'ai cours. J'imagine une nouvelle vie assez exceptionnelle. Du coup, je quitte le bar, je suis tellement fière.
de quitter ce bar, de me dire « c'est bon, je claque ma lettre de démission et j'ai un vrai salaire ». Pas de chance, moi viens se pioche. Je travaille pour une petite maison d'édition, très mal gérée. On est deux salariés. Et je me retrouve à ne pas être payée pendant deux mois entiers. Donc deux mois sans salaire, c'est dur. Je peux payer mon loyer car je me mets dans le rouge, mais j'ai un montant maximum de découvert.
Et là, je me retrouve à compter le nombre de boîtes de conserve que j'ai dans mes placards. Je sais ce que c'est de s'effondrer en larmes à une caisse de supermarché, car non, je ne peux pas payer cette Granny Smith qui aurait été mon seul repas. Et j'appelle mon école tous les jours, en larmes, en disant « j'ai faim ».
Mon boss ne me paye pas, aidez-moi. Une amie d'enfance me propose de la rejoindre dans le restaurant où elle travaille en me disant que je pourrais avoir un contrat le week-end afin que ce soit moins dur que mes expériences précédentes. Donc grâce à elle... Je me retrouve à vendre des burgers à des touristes ou à toujours des personnes qui ont les moyens à côté de la tour Eiffel. Le cadre est super sympa. Pour moi, il faut un burger végétarien, même si ce n'était pas sur la carte.
Et je peux repartir tous les soirs avec un burger. Je vais sûrement le manger. En réalité, je le dépose au SDF qui dorme dans la station. Et dès qu'ils ont découvert le pot au rose, ils me donnent deux burgers. Un végétarien pour moi et un pour... les SDF de la station de la mode piquet. Donc c'est chouette, ça me change de mon expérience passée en restauration. Je ne sens plus la cigarette et la Guinness quand je rentre chez moi. Et coup de chance, une autre amie.
Mais cette fois-ci, qui est avec moi en cours, me dit que son entreprise recrute en alternance et que cela pourrait être ma porte de sortie pour quitter cette entreprise qui ne me paye pas. J'appelle mon école tous les jours en leur disant...
que j'ai faim, que je ne sais pas quand est-ce que je vais être payée, mais l'école n'a pas de recours et me dit qu'elle va forcément me payer à un moment. Et là, j'appelle l'école en disant, on me propose un autre contrat, je vais passer les entretiens, si je l'ai, est-ce que je peux partir ? L'école me fait comprendre que non, mais que pour moi, ils vont me faire une fleur. Je passe l'entretien. J'ai le job. Dans le doute, je continue quand même à vendre des burgers parce qu'on ne sait jamais.
mais uniquement le week-end. Donc, je peux aller aux anniversaires de mes amis. Je peux aller en date parce que c'est très dur d'avoir une vie sentimentale quand on travaille le jour et la nuit. J'ai eu quelques petites histoires, mais c'est aussi des serveurs ou des barmans. C'est compliqué de trouver un rythme pour avoir un date. Et j'ai un peu le sentiment de pouvoir enfin avoir une vie comme mes amis. Mes amis ne travaillent pas le week-end. Elles vivent toutes encore chez leurs parents.
Mais je peux avoir mes histoires de la semaine où je peux juste réviser et voir des gens et pas uniquement aller servir des pintes. Mon rapport à l'argent n'a toujours pas changé. Je ne cherche plus des pièces dans la rue, je les cherche dans les endroits où je bosse. Donc au restaurant, je regarde si un client a fait...
tomber un centime à la fin du service. Je compte tout ce que je mange et tout ce que je dépense. Si j'ai un dîner avec des amis au restaurant, je dis que je n'ai pas faim. C'est faux. J'ai mangé des nouilles instantanées chez moi juste avant. Mais comme ça, je n'aurais que à payer. une entrée, un dessert ou une boisson. Mes amies comprennent très bien ce petit manège, mais elles vivent chez leurs parents, elles ont toujours de l'argent de poche et elles ont plus de moyens que moi car...
Je les connais depuis l'enfance et elles savent très bien que je suis un peu la pauvre du groupe, la moins privilégiée, car c'est l'histoire que je raconte. C'est l'histoire que ma mère me raconte. J'ai toujours été mise en opposition avec mes amis qui ont grandi dans le même quartier que moi. Donc elles ne sont pas surprises, mais ils peuvent leur arriver de me faire des courses ou de m'inviter.
Je vois encore ma mère. Elle est dans le même quartier que mes grands-parents que j'affectionne beaucoup. Je la croise à des événements familiaux. Elle peut désormais me payer un gâteau d'anniversaire, ce qui est assez chouette. Je peux souffler mes bougies sur un vrai gâteau. On ne parle pas trop d'argent. Je ne lui dis pas combien je gagne. Je me dis que si elle n'a pas à le savoir, je ne sais pas si elle va être envieuse parce qu'elle est toujours au chômage ou si elle va s'inquiéter.
Mon objectif est de ne jamais inquiéter ma famille. Je ne dis pas que je bosse le week-end jusqu'à minuit ou 5h du matin. Je dis que je finis à 22h. Je ne raconte pas toutes les petites choses que je fais pour gagner de l'argent. Personne ne sait que je travaille sur eux. sur un marché et tous les différents jobs que j'accumule car je n'ai pas envie d'inquiéter ma famille comme moi je m'inquiète pour ma mère et comme je m'inquiète pour moi de finir à la rue ou de finir à...
sous un pont, à vendre des marrons. Je pourrais le faire. Je suis prête à faire n'importe quel job. Il n'y a aucun job qui est honteux pour moi tant que j'ai un salaire. Après plusieurs années de galère, j'ai enfin une vraie alternance. Je suis toujours dans mon appartement de 20 mètres carrés et j'ai un travail toujours le week-end où je vends des burgers. J'arrive à avoir mon Master 2. Je suis très fière.
¶ Épuisement Professionnel, Rêve de Voyage
car mon grand-père n'a même pas le bac, donc c'est quand même assez prestigieux pour ma famille. Tout le monde est très fier de moi et je dois chercher mon premier vrai travail. Je rejoins donc ma première agence de publicité. C'est très prenant. Je pensais avoir des horaires du bureau et pouvoir continuer à travailler au restaurant burger le week-end, mais nous sommes en sous-effectif. Je découvre ce que le terme charrette et nuit blanche signifient.
J'ai tellement peur de perdre ce travail et j'aime ce que je fais que je décide de mon propre gré d'arrêter de travailler au restaurant burger le week-end. Car en fait, le week-end, je travaille sur les dossiers des clients dans l'agence de pub où je travaille.
Et je n'ai pas envie de finir à minuit tous les jours au travail. C'est malheureusement ce qui arrive. Je fais du 10h à minuit, du lundi au vendredi. Et je travaille les samedis et les dimanches sur les dossiers pour avancer. C'est mon premier CDD. Il dure neuf mois.
être valorisée dans mon travail, je veux être reconnue dans mon travail, je veux être sûre que je fais du bon travail, que je n'ai aucune envie de finir au chômage comme ma mère. Finalement, je travaille tellement que je me retrouve un jour à essayer de nettoyer mon écran d'ordinateur car il est vraiment flou et je ne me rends pas compte quand je...
En réalité, c'est moi qui pleure et que je pleure sans me rendre compte. Là, je me dis que je ne vais pas rester à cet endroit et qu'à la fin de mon contrat, il faut que je parte. Ça fait plusieurs années que je vois mes amis passer le parmi, partir en week-end, partir en vacances avec leurs amoureux. Là, je me dis cette fois-ci, tu prends soin de toi.
Et tu te casses. Et tu prends deux mois de vacances. Toutes les vacances que tu n'as pas eues, tu les prends maintenant. Et pour payer des vacances, il faut bosser. Je quitte donc ma première agence publicité. Et là... Je bosse en bar sans m'arrêter. Je quitte mon studio. Je trouve une sous-location. Et j'ai un objectif de deux mois pour faire le maximum de fric pour pouvoir me payer deux mois en Asie. Je ne sais pas si j'aurai le droit au chômage. Je sais que je ne...
Je ne vais pas demander d'argent à ma famille, c'est à moi de me débrouiller seule pour faire de l'argent. Je bosse donc du lundi au dimanche dans cinq bars et restaurants différents. Du lundi au vendredi, je fais l'ouverture et le déjeuner dans un restaurant de touristes un peu huppé. De 17h à 2h du matin, je ne suis plus serveuse, je suis désormais chef de rang.
dans un bar pour touristes le long des quais. C'est assez chouette, l'équipe est super sympa, c'est vraiment ma meilleure expérience. Et comme on ne s'arrête pas là, le week-end, le samedi et le dimanche, je bosse en brunch, de 10h à 18h sans pause. Le samedi soir, je fais en plus des extras dans un petit bar où je fais serveuse, barmaid, un peu tout. L'objectif, c'est d'encaisser le max de blé pour pouvoir partir deux mois en Asie sans devoir demander un prêt à la banque.
ou de voir taper dans mon découvert. Surtout que je suis très fière de moi, après tant d'années à travailler en restauration, j'ai pu rembourser le prêt que j'ai pris à la banque pour payer mes études, le prêt que j'ai pris pour meubler mon appartement, toute seule, en deux ans. C'est impressionnant. En deux ans, je peux rembourser 12 000 euros. C'est improbable, mais c'est aussi des années à me nourrir de pâte à l'eau, des années à boire les bières les moins chères et les plus dégueulasses.
aller dans des bars où je ne paye pas mes boissons et ne m'habiller qu'en friperie avec des t-shirts à 4 euros, car non, je ne peux pas avoir les dernières paires de talons à la mode.
¶ Le Voyage Solo Libérateur
Je pars deux mois avec des amis d'école. Le premier mois est assez dur pour moi car elle ne se révèle pas être si sympathique que ça. Et moi, c'est la vraie fois de ma vie que je prends l'avion, que je pars, que je découvre. Je suis un peu...
un peu en retard. J'arrive au Vietnam et tout est différent, mais j'ai envie de pleurer tous les jours. Finalement, j'ai quitté cette agence de publicité pour me retrouver dans le même état, car ça ne se passe pas très bien avec mes amis. Donc, je prends mon courage à deux mains. Et je leur annonce que je vais faire le second mois toute seule. Je leur dis que c'est important pour moi. Je pense que je ne ferai plus jamais d'aussi grandes vacances de toute ma vie. J'ai vu que c'était safe.
d'être trois femmes en Asie, donc je vais faire le Cambodge toute seule. C'est ce que je fais, et là, c'est une libération. Parce que maintenant, j'ai un peu les codes. Je peux aimer un tuktuk, je peux manger dans la rue. Je peux me relaxer, je voyage seule, je peux faire ce que je veux. Je ne dépends pas d'un job, je ne dépends pas de l'argent, car j'en ai comme j'ai mis de côté. Je ne dépends pas des heures de mes amis.
J'ai enfin du temps pour moi, chose que je n'ai jamais eue. J'ai toujours travaillé, j'ai toujours enchaîné les choses. J'ai toujours pensé à l'argent, l'argent, l'argent, l'argent. Et là, si juste je veux me balader pendant trois heures, c'est juste pour moi. Et si je veux faire un trek dans la jungle où j'ai cru que j'allais mourir, je le fais. Et c'est génial. Je rentre en France et je suis super fière de moi. Mais je rentre en France.
¶ Retour au Travail, Nouvelles Chances
Je n'ai pas d'appartement, mes affaires sont disséminées chez plusieurs amis. Je n'ai pas de travail, donc là, il faut se speeder et là, il faut trouver un taf. Je signe un CDI, mais le travail est d'après Chartres, dans la petite ville de la Loupe. J'habite à Clichy, j'ai trouvé une colocation. Donc je me lève tous les matins à 5h. Je prends le train de 6 ou 7h à Montparnasse. J'arrive à 8h à la gare de la Loupe.
Je pars à 17h, j'arrive chez moi, il est 21h. Et je continue, le week-end, à travailler dans un des restaurants de touristes où je travaillais pour me payer mon voyage en Asie. Je tiens ce rythme pendant deux mois. Une semaine après, j'ai un ami qui m'écrit. Il me dit « Karine, avec ma boîte de production, j'ai les moyens de gagner un très, très gros client international dans la cosmétique de luxe. Mais pour ça, il me faut quelqu'un qui bosse en pub. Est-ce que ça t'intéresse ? »
Je lui dis « Ok, je commence quand ? » Donc j'ai 23 ans et à deux, on gagne le contrat d'une énorme marque de cosmétiques. C'est la fierté, mais incroyable. Finalement, on commence à beaucoup trop travailler avec mon ami. Moi, en même temps, je me mets en freelance. Je travaille pour une agence de publicité à côté, une agence pour laquelle j'arrivais de travailler. Donc, je suis très fière de moi. Mais ce n'est pas assez.
Je retourne à ma solution de départ et je retravaille en restauration. Un jour, mon ami me dit, écoute Karine, je suis épuisée, t'es épuisée, on n'en peut plus. Est-ce que ce ne serait pas le temps qu'on arrête, toi et moi ? Je t'adore, j'adore travailler avec toi. C'est rare de trouver quelqu'un avec qui on est amis, avec qui on peut très bien travailler. Il me dit, là, je pense qu'on tire trop sur la corde, toi et moi, et peut-être qu'il faudrait qu'on arrête et qu'on cherche chacun un CDI.
Moi, je rejoins une start-up pour laquelle j'aurais aimé travailler depuis super longtemps et j'arrête. Enfin, la restauration. Je me dis, c'est terminé et je fais un pari sur moi-même. Je me dis, cette fois-ci, Karine, c'est fini. T'arrêtes les deux boulots, trois boulots, quatre boulots, cinq boulots. Maintenant, tu ne fais qu'un seul boulot et c'est tout. Même si la paie n'est pas aussi mirobolante que quand j'accumule les jobs, je dis maintenant que ça suffit. En fait, tu vas...
enfin fêter le nouvel an. Tu vas enfin fêter ton anniversaire et tu vas fêter ton CDI avec tes potes. Et non, le week-end, tu vas faire la grasse mat. Et ça va être incroyable. Donc, j'ai enfin rejoint le job de mes rêves. Je peux enfin me permettre de ne plus travailler en restauration. Du coup, je quitte ma coloc. C'est un petit peu tendu et je prends un autre studio.
C'est un quartier assez mignon et je suis assez contente car j'aime mon boulot. Je suis très amoureuse du garçon avec qui je suis. Je peux partir en week-end. Je découvre ce que c'est de partir en week-end avec son amoureux pendant trois jours.
Comme je suis seule à mon poste, on me fait souvent comprendre que je ne peux pas prendre une ou deux semaines de vacances. Donc je me retrouve à beaucoup poser de vendredi ou de lundi. Et rebelote, depuis mes deux mois en Asie, je n'ai toujours pas eu de... Vraies vacances. Et je me dis qu'il y a tellement pire. Je ne vends plus de burgers. Je ne sens plus la bière quand je rentre chez moi. Pour moi, c'est idyllique. Trois ans passent et j'ai un peu fait le tour de mon poste. Je me dis que...
Une personne plus jeune et plus passionnée pourrait peut-être apprécier ce challenge, donc je décide de quitter cette entreprise. J'ai depuis un extrêmement bon CV. On me contacte toutes les semaines sur LinkedIn pour me démarcher, donc je me dis « prends un mois de repos, repose-toi ».
¶ Le Confinement, Chômage et Faim
Et tu trouveras un nouveau job. On est début 2020. Je me retrouve donc au chômage en attendant de trouver le nouveau job de mes rêves. C'est un petit chômage, comme il est basé sur mon petit salaire. J'en profite aussi pour déménager dans un plus grand appartement car je pense que j'aurai un très très gros salaire. Et là arrive le confinement. J'ai un super appartement avec un très gros loyer, mais un très petit chômage.
Donc j'ai 40 euros pour faire toutes mes courses, tous les mois. Je me dis que ça va passer, que j'ai trouvé un emploi. J'attends, je me demande si peut-être je peux avoir un travail alimentaire comme caissière ou vendeuse. Mais après...
8 ans à travailler en restauration, mon dos est totalement fracassé, j'ai eu une dernière discale. Je ne peux pas rester debout très longtemps, ni assise très longtemps. Ça me semble compliqué. Les bars sont fermés, donc je ne peux pas retravailler en bar ou en restauration. Et si je démarre un nouveau travail... Je serai au SMIC, comme je n'ai pas d'expérience en tant que vendeuse. Et le SMIC, c'est ce que me donne Pôle emploi. Juste la majorité part dans mon loyer. Je vis sur mon découvert.
Je vide mes placards, je cuisine tout ce qui est possible. Je découvre le riz sans sel, les pâtes sans huile. Mettre un bouillon cube dans un verre d'eau, c'est totalement immonde. Et on arrive au stade où ça fait deux mois, j'ai perdu 25 kilos.
Mes repas consistent à me remplir une pinte d'eau et à me dire que ça va être mon repas. C'est très dur, c'est la deuxième fois de ma vie que j'ai faim. Je ne peux pas demander à mes amis de me faire des courses, ils ne vont pas se déplacer, c'est le confinement.
¶ La Cagnotte "J'ai Faim"
Moi, je suis une personne à risque. Je n'ai aucune envie de tomber malade ou de le refiler à une personne en faisant mes courses. Et c'est dur. Et j'ai des très bons amis. Donc, une amie m'appelle et me dit « Karine, c'est plus possible. Il faut que tu demandes de l'aide. »
Elle se m'a mappée tous les jours. Tous les jours, elle me dit, fais une cagnotte en ligne, fais une cagnotte en ligne. Je lui dis, non, les cagnottes en ligne, c'est pour les personnes qui sont virées de chez eux, qui vont à la rue ou qui ont besoin d'une opération type une...
une mammectomie, ce type de choses. J'ai un toit. C'est dur, mais j'ai toujours un toit. Je ne peux pas me permettre le privilège de demander de l'argent. À chaque fois, je me dis que je vais m'en sortir, que je peux juste manger un bol de riz dans la journée, que ça va suffire.
Boire de l'eau, ça va couper ma faim. Tous les jours, je rêve de me faire une pizza. C'est mon obsession. Mais je vois très bien que je commence à mourir à petit feu. Ce n'est pas tenable, mais je suis quelqu'un de très résilient. Et j'espère qu'il y aura vite une issue positive pour moi. Je crée une cagnotte en ligne en me disant « foutu pour foutu, j'ai rien à perdre ». Je la mets en ligne. Le titre, c'est « J'ai faim ».
J'explique la situation, je précise bien sûr que si les gens n'ont pas d'argent, qu'ils gardent leur argent. J'ai très honte de demander de l'argent. Je poste la cadavette en ligne, je sors. faire mes courses de la semaine. Un sachet de riz, je suppose une boîte de pois chiches et peut-être une boîte de sauce tomate si c'est la fête. Mes courses ont duré 15 minutes. Je rentre, j'ouvre l'ordinateur.
en ayant toujours honte de voir la gagnotte. Et là, je vois le montant, 700 euros s'afficher. Je pleure. Je pleure, mais toutes les larmes de mon corps, je suis tellement content. Je me dis, mais je l'ai juste posté sur Twitter.
Je regarde qui a donné, il y a des inconnus, des gens que je ne connais pas. Il y a des amis, je reconnais, qui ont donné 50 euros, 20 euros, qui me mettent un petit mot en disant « bon courage Karine ». Il y a des inconnus qui me donnent 100 euros en disant « je n'ai jamais eu fin de ma vie, je ne sais pas ce que c'est, bon courage ».
Je suis tellement contente. Je ressors faire des courses. C'est trop bien. Je suis trop contente. Je crois que je m'offre une petite bouteille de vin qui coûte 4 balles. Pour fêter, j'appelle mon amie, je lui dis « mais tu te rends compte ? » et elle me dit « attends, regarde, les gens donnent encore » et je suis tellement contente et je pleure de joie. Je me réveille le lendemain. La cagnotte a dépassé les 3000 euros. Je vais me l'acheter, ma pizza.
Alors, j'ai fait maison. Je me fais une sauce tomate maison pendant une heure. Elle est immonde. Et je vais manger ma pizza. Et en trois jours, j'arrête la cagnotte. On m'a donné 7000 euros.
¶ Réactions Familiales, Aide Inattendue
Je ne dis pas à ma famille que j'ai fait une cagnotte, mais le confinement est terminé, je peux enfin revoir mes grands-parents que je voyais tous les dimanches. Ma famille sait très bien que je suis au chômage, et on me demande du coup, comment t'as fait pendant le confinement ?
Et là, je n'ai plus honte tellement j'ai trouvé cette solidarité autour de cette cagnotte incroyable. Je ne dis pas la somme parce qu'on ne parle pas d'argent dans ma famille, c'est sale. On ne dit pas les montants. Les personnes qui savent se tenir ne parlent pas d'argent.
Je dis juste, c'est incroyable, j'ai fait une caillote en ligne que j'ai mise sur Internet, et des gens m'ont donné de l'argent, et du coup, j'ai pu me payer à manger. Là, je vois que personne ne comprend dans ma famille. Je crois que ma mère me regarde incrédule.
Mes grands-parents la regardent, ils baissent les yeux. Je ne crois pas trop, mais moi, je suis dans l'euphorie. Je suis tellement contente. Je dis, oui, j'ai pu me payer à manger. Là, j'ai pu me payer du chocolat. Je suis trop contente. Et on change de sujet avec ce que tout le monde raconte, comment s'est passé son confinement.
La semaine suivante, ma mère m'appelle. Elle me dit « Karine, on est reconfinés. Tu as évoqué ta cagnotte auprès des grands-parents. Quelle est la situation financière actuelle ? » Donc je lui dis que tout est parti en frais médicaux et en reboursement de tous les amis qui m'avaient prêté de l'argent, mais que je suis plus sereine, car je peux de nouveau taper dans mon découvert.
Et j'ai fait des énormes courses, mes placards sont remplis, donc je suis prête cette fois-ci à affronter ce second confinement. Ma mère me dit, écoute, on a discuté avec les grands-parents suite au dimanche dernier, et ils aimeraient t'aider. De combien as-tu besoin ? Je trouve ça très généreux de leur part. Moi, 20 euros, ça m'irait très bien. 20 euros, c'est bien. Même 10 euros, ça me va. Ma mère me dit non, non, il me faut un budget. Réfléchis, regarde tes factures et tu me rappelles.
Donc je réfléchis, je n'ai pas envie de demander de l'argent à mes grands-parents, mais en même temps, j'essaie d'estimer comment demander un peu d'argent sans que je sois trop dans le rouge et que je peux continuer de me permettre un certain style de vie. Ce qui veut dire mâcher de la sauce tomate et de l'huile d'olive.
Je rappelle ma mère et donc je lui dis que je pourrais peut-être avoir 200 ou 300 euros. Et elle me dit, on peut demander 500, je pense. 500, ce serait bien. Et je lui dis, ah oui, 500, ce serait incroyable, 500 euros. Elle me fait un texte au lendemain, elle me dit « c'est bon, ils m'ont viré les 500 euros, je te fais un virement ». Alors là, je suis tellement contente, je les remercie, je les appelle pour les remercier, c'est incroyable.
Trois mois passent. Pendant trois mois, je continue à chercher du boulot. Il n'y en a pas forcément. Et du coup, là, je me dis, bon, ça suffit. Mets-toi en freelance. Et là, je gagne un énorme contrat pour une grande marque dans la mode. J'arrive à négocier. un gros contrat, même si je sais que je vais avoir des horaires très durs. Je suis fière de moi. J'ai réussi en deux semaines à trouver un client.
On est redéconfinés. Je vais voir mes grands-parents, ils me demandent si j'ai trouvé du travail. Et je dis à mon grand-père, oui papy, j'ai trouvé un travail, je commence dans une semaine. Il me dit, mais comment ça va aller, est-ce que tu vas...
bien gagner ta vie ? » Et là, je lui dis « Oui, papy, là, enfin, là, je vais très bien gagner ma vie. » Je rentre chez moi, ma mère m'appelle, elle me demande si j'ai encore besoin d'un coup de main financier. Je lui dis « Oui, si c'est possible, car comme je suis freelance... »
Les clients vont me payer d'ici un à trois mois. Donc, si les grands-parents peuvent m'aider une dernière fois, c'est à grand plaisir. Mais si c'est dur pour eux, qu'ils gardent leur argent, je vais me serrer la ceinture. Je l'ai déjà fait, je sais le faire. Là, elle me dit, écoute Karine, je vais voir ce que je peux faire. Mais juste, la prochaine fois qu'on te demande si tu as bien gagné ta vie, ne réponds pas oui. Car quand on gagne bien sa vie, on met de côté. Et elle raccroche.
¶ La Révélation du Secret Familial
En fin 2022, mon grand-père nous quitte. C'est très dur pour moi car c'était mon seul grand-père que j'ai connu. Il a toujours été mon garant pour tous mes différents appartements. On avait pas mal de choses en commun. On avait les mêmes passions pour le dessin, la littérature, la poésie. La cérémonie est organisée par ma mère et ma tante. Donc je vais à l'enterrement seule. C'est très dur.
Je fais une cigarette avec ma tante et on parle de la cérémonie, de comment ça s'est passé. Et j'aime beaucoup ma tante. C'est une personne très sympa. Mais ma mère m'a raconté beaucoup d'histoires sur elle, donc je ne sais jamais trop où est la vérité. Je ne sais pas si je peux faire confiance à ma tante. Il y a souvent eu des...
Des petites histoires, des on-dit sur est-ce que ma tante n'aurait pas volé des bijoux de ma grand-mère ? Est-ce qu'elle n'utiliserait pas la carte bleue de mon grand-père pour lui prendre de l'argent ? Toutes ces petites choses que me dit ma mère. J'adore ma tante, mais là encore une fois, on parle d'argent, c'est toujours compliqué dans ma famille. Et donc ma tante lance le sujet en me disant « mais tu te rends compte Karine, maintenant que papy est parti ? »
C'est ta mère qui a procuration sur les comptes de ta grand-mère, mais uniquement elle et pas moi. Je n'ai pas forcément envie de lui rappeler toutes les histoires qu'on m'a racontées, je la regarde. Donc je dis, écoute Catherine, si je peux me permettre, c'est un peu délicat.
Je ne suis pas sûre que tu sois forcément un exemple d'honnêteté, donc je peux comprendre ce choix qu'a fait ma grand-mère. Elle se tourne vers moi et me fait « Pardon Karine, en termes d'honnêteté, je pense que ta mère ne peut pas trop la ramener. » Je fais comment ça ?
Attends, pour toutes les années où les grands-parents l'ont aidé financièrement, tu sais que c'est écrit dans un contrat que ta mère doit me rembourser tout l'argent que les grands-parents lui ont filé. Donc, ta mère me doit 900 000 euros.
¶ Dévoilement du Mensonge, Réactions
Donc là, je suis estomaquée. Je me demande si c'est vrai. C'est une énorme somme que je n'arrive même pas à visualiser. Je me tourne vers ma tente et je lui dis, mais comment ça ? Je lui dis, mais Karine, réfléchis. Tu connaissais le salaire de ta mère. Tu vois l'appartement où vous viviez. À ton avis, d'où venait l'argent ? Comment est-ce qu'elle a pu vous payer des colonnes de vacances ? Comment est-ce qu'elle a pu t'envoyer dans un lycée privé ? Là, je vois ma vie défiée sous mes yeux.
toutes les fois où je ne pouvais pas me resservir à table, toutes les fois où j'ai menti à mes amis en disant que je n'avais pas faim au restaurant, quand j'ai eu un mois pour partir de chez ma mère, et toutes ces années à être comparées. à mes amis, aux autres familles de l'arrondissement où on a grandi, alors qu'en fait, en fait, il y avait de l'argent, mais je ne le savais pas. Mes grands-parents le savaient, ma tante le savait, ma mère le savait, mais mon frère et moi, on a enchaîné.
tous les deux, les petits boulots en restauration, à se saigner pendant des années. J'ai viré de l'argent à ma mère tous les mois, car j'avais peur qu'elle finisse à la rue. Moi, elle me disait qu'elle devait ramper pour demander 500 euros à mes grands-parents.
Alors que tous les mois, elle leur faisait un coup de fil et qu'elle avait un virement ? Là, je ne comprends pas. Donc je me dis, tu n'as pas toutes les informations. Tu ne sais pas si ta tante dit la vérité. Attends un peu si c'est l'enterrement de ton grand-père. Tu vas boire une coupe de champagne.
Et tu attends. Le soir même, je ne souhaitais pas être toute seule. Je retrouve donc mes amis d'enfance, qui m'ont donc connue depuis mes 11 ans. Et je leur dis, j'ai une histoire à vous raconter, que je viens d'apprendre à l'intervention de mon grand-père. En fait, ma famille est riche. Donc là, mes amis me regardent, elles ne comprennent pas trop. En fait, mon grand-père a aidé ma mère financièrement pendant des années. Ma tante m'a dit que mon grand-père a aidé financièrement ma mère.
et que le total de la somme est de 900 000 euros. Et là, je vois la surprise et la colère monter chez mes amis. Et elles sont en fait plus en colère que moi. Elles disent, mais ce n'est pas possible. Ta mère a passé tout le temps. à te faire passer pour la pauvrette du groupe, alors qu'en fait, il y avait de l'argent. C'est un peu étonnant, car moi, je suis avec ma peinte, je ne réalise toujours pas l'histoire et je vois toutes mes amies qui sont en colère à ma place.
Donc j'en dis, écoutez, je vais me renseigner, voir si c'est vrai. Je ne verrai pas m'attendre, me dire un mensonge aussi gros. Mais je pense que ça explique beaucoup. Et mes amis aussi commencent à connecter les points. Je dis, bah oui, si ta mère touchait 200 euros par mois.
Ce n'était pas logique par rapport aux charges de votre appartement. Elle commence aussi à relier tous les points et à refaire toute ma vie. Se dire, ok, maintenant, on comprend mieux comment ta mère a pu se permettre de rester dans cet appartement, de ne pas le vendre.
Pourquoi est-ce qu'elle n'a jamais pris un petit boulot alimentaire comme toi tu l'as fait ? Maintenant, ça semble logique et c'est clair pour nous. Les semaines passent et je retrouve mon frère pour des jeux ensemble car nous avons certains membres de notre famille qui sont venus à Paris, donc on en profite pour...
Les retrouver, j'échange des messes basses avec mon frère où je lui explique la révélation que m'a fait ma tante. Et il me regarde, il me dit « mais Karine, c'est sûr qu'il y avait de la thune ». La différence c'est que moi ma mère m'a demandé de partir à 19 ans.
Mon frère Jumeau est resté jusqu'à ses 29 ans. Donc il est resté 10 ans de plus chez ma mère. Donc je pense qu'il a pu plus voir comment elle gérerait son argent, son style de vie, à mon avis, plus d'informations. Comme si j'avais fermé les yeux pendant des années, comme si j'étais un peu bête. Il me dit mais non.
C'est sûr qu'il y avait de la thune. C'est sûr qu'il y avait du pognon. Enfin, réfléchis. Il n'est pas aussi surpris que moi. Et du coup, je lui révèle un peu quelle était la vie pour moi. Je lui dis, mais moi, je ne comprends pas. Elle m'a demandé de partir à 19 ans.
Pendant des mois, je le virais 750 euros tous les mois, en fait. Tu ne te rends pas compte ? C'est quand même le nombre d'années où je n'avais fait que travailler et où je lui donnais de l'argent alors qu'en fait, elle n'en avait pas besoin. Mon frère découvre tout ça.
¶ Réponse de Mère, La Rupture
Il est un peu estomaqué, je vois qu'il a du mal à processer l'information, mais on est avec notre famille, on est aussi là pour profiter du déjeuner. Le déjeuner se termine bien et je rentre chez moi. Ma mère m'invite à dîner chez elle. Et à la fin du...
Du dîner, elle demande aux jeunes filles qui vouent ma chambre et celles de mon frère si elles peuvent nous laisser pour avoir un petit moment d'intimité. Ma mère se tourne vers moi et me dit « Karine, Valentin m'a appelée. Il m'a dit que vous avez déjeuné ensemble. » Et il m'a demandé si c'était vrai. qu'une fois, tu m'as donné 700 euros. J'ai dit à ma mère, non, pas une fois, c'était pas 700. Elle me dit, non, non, Karine, je sais, une fois, tu m'as donné 700 euros. Je me répète, je lui dis...
Non, plusieurs fois, je t'ai viré 750 et là, elle m'interrompt et me dit « Karine, je me souviens très bien de cette fois où tu m'as donné 700 euros. » Elle commence à pleurer. Elle me dit Tu es une fille tellement généreuse. Tu as toujours été généreuse avec moi. Je me souviens que quand tu m'as viré cette somme, j'en ai parlé à mes amis en disant que tu es vraiment une fille incroyable. Et vraiment, merci. Car sans toi, on aurait vraiment fini à la rue.
D'un coup, elle arrête ses larmes. Elle me tend une enveloppe. Elle me dit, c'est bon, j'ai réglé ma dette. Moi, je ne comprends pas trop. Sur l'enveloppe, il y a écrit Karine. J'ouvre l'enveloppe. Et là, il y a 700 euros en cash. J'ai dit, mais comment ça ? Elle me dit, non, si tu l'as dit à ton frère, c'est que tu estimes que j'ai une dette envers toi, et c'est bon, j'ai enfin réglé ma dette. Je lui dis que non, j'ai enfin, enfin un travail confortable.
que je n'ai pas besoin de cet argent, qu'elle le garde pour elle. En plus, elle est à la retraite. Elle me dit non, non, vraiment, Karine. Prends cet argent. Il est à toi. Je te le dois. Suite à ce dîner,
¶ Traumatisme Persistant, Rapport à l'Argent
Je me rends compte qu'elle est vraiment à côté de la réalité, qu'elle ne se rend pas compte des années de sacrifice pour moi et qu'elle ne se rend pas compte de tout ce que j'ai fait. Et je décide de ne plus voir ma mère. Je la croise à des événements familiaux.
mon anniversaire ou son anniversaire ou l'anniversaire de ma grand-mère. Mais j'essaie de l'éviter au maximum car le temps passe et plus le temps passe, plus je raconte cette histoire à des amis et plus je vois que les gens sont choqués et plus je me dis que c'est pas normal et je déteste le mensonge.
Elle m'a menti sans mentir pendant des années. Et c'est trop pour moi. Quand je la vois maintenant, tout ce que je vois, c'est moi qui suis bloquée par un labago à 21 ans car j'ai trop travaillé. C'est moi qui me prive de vacances. C'est pas possible, en fait. Je ne peux pas être confrontée à cette réalité. C'est trop dur pour moi de me dire que pendant des années, j'ai cru que j'étais la petite pauvre.
de mon groupe d'amis. J'ai cru que je devais me sacrifier et travailler sans m'arrêter car l'argent, c'est toujours plus important que tout. Alors qu'en fait, il y avait de l'argent. Mais je ne le savais pas. Et peut-être qu'elle touchera de l'argent un jour.
Je ne verrai pas parce que je ne sais pas comment elle gère ses finances. Je ne connais pas l'histoire de ma famille. Je ne sais pas si on est riche, si on est des moyens riches, si en fait l'argent est mal géré. Je ne sais rien de mon histoire. et de ma vie de famille, et j'ai un peu été bernée pendant des années, et ça m'énerve en fait, ça m'énerve beaucoup. Entre-temps, j'essaye d'investiguer pour savoir si ce que m'a dit ma tante est vrai.
Et elle me donne des preuves, j'ai des photos à l'appui, de tous les chèques que ma mère encaissait au nom de mon frère et moi, de la part de mon grand-père, pour ensuite se les virer sur son compte en banque. Je vois la liste de tout, je vois... Le contrat spécifiant que mes grands-parents aimeraient que ma mère reverse la même somme.
qu'elle a eu à ma tante car mes grands-parents aiment beaucoup que tout soit égal. La somme n'est pas de 900 000 euros car il y avait aussi des francs, c'est un peu compliqué, on est plus autour des 700 000 euros. J'apprends aussi qu'en réalité mes grands-parents sont multipropriétaires.
Je n'ai pas envie de me confronter à ma mère. Je n'ai aucune envie d'être en conflit avec ma mère. Je suis toujours dans le deuil de mon grand-père. J'ai beaucoup de choses à gérer dans ma vie et je ne sais pas ce qu'elle va me dire en face. Je n'ai pas envie d'être confrontée à elle et qu'elle me mente.
ouvertement, en face. En fait, je ne pourrais pas supporter ce cirque. Je sais que je vais sûrement me mettre en colère et exploser. C'est une émotion que je déteste la colère, ce n'est pas qui je suis. Je n'ai pas envie que ça révèle quelque chose en moi que je n'aime pas. J'ai l'épreuve. Ma tante m'a envoyé toutes les photos. L'argent m'a pourri la vie. Je n'ai pas envie d'ouvrir un énième chapitre où on va encore parler de fric.
Depuis ma situation professionnelle stable, j'ai un bon salaire. Je peux me payer ce que je veux à manger. Et c'est très compliqué, car je suis vraiment traumatisée du confinement. Si je me dis ce mois-ci, c'est un peu la ceinture, Karine, dépense-moi, j'ai automatiquement envie de pleurer. Je me revois dans le confinement à boire des verres d'eau. Ce n'est pas possible, en fait. Je veux manger la meilleure marque de pâtes. Je veux manger...
que des choses qui soient gustativement intéressantes. Je ne vais pas acheter un vin de mauvaise qualité. Alors je regarde toujours le prix au kilo, je fais mes courses dans des supermarchés moins chers, parce que quitte à avoir de la bonne qualité, on ne va pas non plus débourser une somme astronomique. Je ne veux plus jamais avoir faim de toute ma vie.
Ce mois-ci, je me suis offert 1200 euros de tatouage. J'en suis contente. Je ne les regrette pas parce que pendant des années, je rêvais de m'offrir des vêtements, des beaux restaurants, des voyages et je ne l'ai pas fait. J'ai des années de frustration.
Donc maintenant, c'est l'inverse. C'est too much. Je dépense à volo. Mais je suis tellement contente car je me fais des cadeaux. Je peux me permettre de m'offrir toutes ces choses dont j'ai rêvé. Je me suis offert un Tamagotchi hier. J'ai toujours rêvé d'avoir un Tamagotchi.
Je passe mon temps à checker mon compte en banque. Mais j'ai enfin le luxe de pouvoir me payer toutes ces choses dont je rêvais enfant. J'ai même des kits pour faire des scooby-doo. Et je suis trop contente. Et c'est génial parce que...
Je ne sais pas qui a dit l'argent ne fait pas le bonheur, mais cette personne n'a jamais eu faim. Non, avoir de la thune, c'est trop bien. On est des êtres humains, on sait ce que c'est d'être en galère. Parfois, la vie, ce n'est pas toujours facile. Si j'ai de l'argent, je t'enfile. Si j'en ai pas, je te fais à manger chez moi, mais tant que je suis dans le train de la thune, je vais faire pas mal de stations.
Vous venez d'écouter Transfer, épisode 324, un témoignage recueilli par Oriane Guériteau. Cet épisode a été produit par Slate Podcast. Direction éditoriale, Christophe Caron. Direction de la production, Sarah Koskiewicz. Direction artistique et habillage musical, Benjamin Septemours. Production éditoriale, Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours. chargé de pré-production Astrid Verdun. Prise de son et montage Victor Benhamou. Musique Thomas Loupias.
L'introduction a été écrite par Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours. Elle est lue par Aurélie Rodriguez. Retrouvez Transfert tous les jeudis sur slate.fr et sur votre application d'écoute préférée.
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