Un besoin d'attention - podcast episode cover

Un besoin d'attention

Dec 10, 20201 hr 4 minSeason 5Ep. 116
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Episode description

Cela a pu vous arriver. De ne pas réussir à vous passer d'elle, ou de lui. De guetter le moindre de ses messages, d'attendre la notification qui vous libèrerait de cet insupportable vide. Souvent, tout cela n'est que la conséquence d'un amour transi. Mais pour 2% de la population, c'est un véritable trouble, qui s'appelle dépendance affective. Une manifestation psychologique définie comme un irrépressible besoin de l'affection des autres.

Dans cet épisode, Joséphine raconte sa rencontre avec Antoine, dont elle tombe éperdument amoureuse. Comme une évidence, elle se jette corps et âme dans cette relation. Pendant un an, elle vit pour et à travers lui… jusqu'au point de rupture. Puis quand tout a craqué, la vérité a tout changé.

L'histoire de Joséphine est racontée au micro de Rudy Saada.

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Ce 115e épisode de Transfert a été produit et réalisé par Slate.fr, sous la direction de Christophe Carron et Benjamin Saeptem Hours, Sarah Koskievic, avec Aurélie Rodrigues. La musique a été composée par Arnaud Denzler.


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Transcript

Cet épisode de transfert vous est présenté par Bouygues Télécom, engagé avec ses clients contre l'exclusion numérique grâce à l'opération Don de Giga. Chaque mois, les clients Bouygues Télécom peuvent offrir des gigas symboliques à l'association de leur choix. Quatre partenaires participent à cette initiative. Les petits frères des pauvres, le Secours populaire, la Fondation des femmes et l'APF France Handicap.

Ces gigas sont ensuite transformés en forfaits et smartphones pour des personnes en situation d'exclusion numérique. Cette année, plus de 925 000 gigas ont déjà permis à des milliers de bénéficiaires de se reconnecter et ainsi de rester en lien avec leurs proches et la société. Pour découvrir l'histoire de ce beau projet et l'impact concret de vos dons, n'hésitez pas à aller voir la vidéo Giga Merci sur la chaîne YouTube ou le site de Bouygues Télécom.

Cela a pu vous arriver, de ne pas réussir à vous passer d'elle ou de lui, de guetter le moindre de ses messages, d'attendre la notification qui vous libérerait de cet insupportable vide. Souvent, tout cela n'est que la conséquence d'un amour transi mais pour deux pour cent de la population c'est un véritable trouble qui s'appelle dépendance affective une manifestation psychologique définie comme un irrépressible besoin de l'affection des autres

Dans cet épisode, Joséphine raconte sa rencontre avec Antoine, dont elle tombe éperdument amoureuse. Comme une évidence, elle se jette à corps et âme dans cette relation. Pendant un an, elle vit pour et à travers lui, jusqu'au point de rupture. La vérité a tout changé. Vous écoutez le 115e épisode de Transfer, produit et réalisé par Slate.fr. Une histoire racontée au micro de Rudy Saada.

En octobre 2018, je débarque à Caen pour un stage pour mes études de commerce. Je sors à ce moment-là avec un garçon avec qui ça se passe très mal et donc on prend la décision de se séparer. Et très vite, j'ai un manque de parler avec quelqu'un et j'installe Tinder. Parce que ça fait deux ans que je parle presque tous les jours avec mon ex-copain. Une amie que je me suis fait en stage a également l'application et puis ça nous fait marrer, on est sur cette appli toutes les deux.

Et un jour, je matche sur Tinder un très beau garçon qui s'appelle Antoine. Antoine est un garçon qui habite à Cabourg, donc pas tout près de Caen, là où je suis, mais bon, ça reste dans la même région. Donc on a matché, on ne sait pas trop comment, mais le hasard fait bien les choses. Il a un an de moins que moi. Il a 22 ans, moi j'ai 23 ans, et on fait connaissance, les questions de base, ce qu'il fait dans la vie.

Et donc moi je lui explique que je suis à Caen pour une durée limitée, seulement pour six mois, pour ce stage. Et lui il m'explique qu'il habite à Cabourg, chez son papa, mais que sa maman est anglaise. et que pour l'instant, il reste à Cabourg. Malheureusement, il a eu un accident de voiture il y a un an, qui a fait beaucoup d'hommages. cérébraux et il a perdu pas mal de capacités mentales. Pour l'instant, il reste à Cabourg pour reprendre des cours du niveau lycée.

Il était en études de médecine, mais malheureusement, avec cet accident, il a dû arrêter et reprendre des cours au lycée, puis avec un prof particulier chez lui. Il a beaucoup de mal, mais son père veut vraiment qu'il retrouve cette capacité qu'il avait avant. On communique toute la journée, on apprend à se connaître, on commence à rigoler. Et puis, chose assez rare pour un garçon sur Tinder, il répond vraiment très vite.

C'est quelqu'un de très intelligent, très brillant. Il est très intéressant. Il connaît plein de choses. Il s'intéresse à plein de sujets d'actualité. Et puis surtout, il est très intéressé. plein de questions sur moi. C'est ce qui m'avait manqué. Je manquais d'affection et de quelqu'un qui s'intéresse vraiment à moi et il s'intéresse vraiment à tous les aspects de ma vie. Le travail, les études, ma famille, mes amis.

comment je me sens, comment je vais, souvent. Même les choses les plus futiles sur moi, qui me paraissent vraiment pas très intéressantes, lui, ça l'intéresse. Et puis, il veut vraiment apprendre à me connaître. Très vite, on parle jusqu'à très tard dans la nuit. À 9h, dès le réveil, on recommence à communiquer.

On s'entend quand même très bien et lui, très vite, voudrait que ce soit un peu plus concret que juste des messages sur une appli de rencontre. Donc, il souhaite qu'on s'appelle. Il souhaite qu'on... entendre ma voix et que j'entende la sienne. Moi, ça me fait très peur parce que déjà, je suis une personne qui n'aime pas le contact au téléphone. Ce n'est pas forcément facile pour moi. Et puis, je n'ai jamais fait ça avec un garçon rencontré sur une application.

Ça me paraît tout de suite trop concret. Donc je recule un peu les choses, je trouve des excuses un peu tous les soirs en disant que non, là je vais boire un verre avec des collègues, que là c'est pas possible, je rentre du sport tard et puis mon téléphone ne marche plus. où je n'ai pas de batterie. Il est assez insistant. Il voudrait vraiment qu'on s'appelle. Il y a un soir où il m'appelle d'ailleurs. Il commence à m'appeler par Messenger.

Il m'appelle plusieurs fois. Donc, au début, je dis non, non, c'est pas possible. Je raccroche, je mets mon portable sur mon avion. J'avais envie de parler aussi avec mes amis. Et puis, il continuait à appeler, il continuait à appeler. Et là, je me suis dit, mon Dieu, mais...

Mais c'est bizarre quand même. On se verra, quoi. On se verra quand on se verra. Ce sera peut-être dans une semaine, mais je pense qu'il peut attendre. Ça me surprend un peu, mais vraiment, il dit qu'il voudrait m'entendre, qu'il voudrait que ce soit plus concret.

Moi, je lui dis que ça serait trop bizarre d'avoir un premier contact par téléphone alors qu'on pourra bientôt se voir. Donc, je recule un peu et puis il est énervé. Il est vraiment... énervée ce soir-là et puis il dit que de toute façon c'est pareil avec tout le monde, que là son père le saoule, qu'il s'est encore pris la tête avec lui et qu'il en a marre et puis il commence à dire des choses que je ne comprends pas trop.

Il me dit, mais j'en ai marre et ce crap de merde qui me gâche la vie et je ne comprends pas. Et voilà, c'est tout. Je finis par lui dire que je vais dormir et que ça ira mieux demain matin et qu'on pourra en parler, mais que là, il est trop tard. Je trouve ça un peu étrange, mais je ne connais pas encore si bien Antoine. Et puis voilà, on dort. Puis le lendemain, très tôt, il me dit qu'il s'excuse.

Je lui dis que c'est un peu bizarre, qu'il avait une grosse migraine, qu'il avait passé une très mauvaise journée. qu'il est désolé, que vraiment c'était un peu excessif, mais qu'il voulait vraiment m'entendre, et puis que son père lui a vraiment pris la tête ce soir-là, qu'ils ont eu une dispute très violente, même physiquement, parce que je comprends.

Donc voilà, je découvre une personnalité un peu compliquée, une histoire un peu compliquée, quelqu'un qui s'entend très mal avec son père, mais qui est obligé de vivre chez lui, parce que malheureusement, il ne peut plus rester en Angleterre, parce qu'il doit reprendre... la base des cours de base en France, et qu'en plus, il a perdu malheureusement la notion de l'anglais, qui était une de ses deux langues natales. Il la parle très mal. Il la comprend, mais il ne peut plus la parler.

Lui, ça le bloque trop et à ce moment-là, il souhaite vivre en France. Un mois après notre rencontre, il repart en Angleterre. Il y a sa maman qui habite là-bas avec son beau-père, sa demi-sœur et ses deux demi-frères. Et puis, il continue à vraiment insister pour qu'on s'appelle. Et ça me stresse énormément. Mais ça fait un mois qu'on parle non-stop, non-stop. Je lui raconte des choses que je n'ai jamais racontées à personne, des choses très intimes.

un soir en plein milieu de la nuit après l'avoir fait patienter toute la soirée je me dis bon allez je prends sur moi et puis il m'appelle Antoine m'appelle et je décide de répondre on parle 3h je pense que je me couche à 5 ou 6 heures du matin ce soir-là. On parle de tout et de rien. On découvre chacun notre voix. Je découvre une petite voix, une voix toute mignonne, un rire.

Adorable. Et puis, ça se passe encore mieux que par message. Il est encore plus attentif. Il me pose plein de questions. On rigole bien. On parle de choses aussi... sérieuses des sujets d'actualité et puis de nos vies. Je voudrais quand même revenir sur ce moment où il avait essayé de m'appeler un soir et puis il m'avait dit qu'il s'était disputé avec son père.

Je voudrais en savoir un peu plus sur cette relation qu'il a avec son père, qui semble quand même assez dure pour lui agir. Et je voudrais savoir aussi pourquoi est-ce qu'il est autant énervé. Il m'explique, il me dit « t'as pas compris ? » Il me dit « non, non, j'ai pas compris. » Il me dit « le crabe, tu sais pas ce que c'est ? » Il me dit « non, je sais pas ce que c'est le crabe. » Il me dit « le crabe, c'est une métaphore pour le cancer. Malheureusement, j'ai un cancer, du sang. »

depuis que j'ai 12 ans. J'étais en rémission, j'ai appris il y a très peu de temps, la fois que j'étais en Angleterre pour faire des tests, que malheureusement, c'était de retour. Et là, je reviens donc en Angleterre aussi ce week-end pour voir mon oncologue et puis pour éventuellement mettre en place un autre traitement, un traitement qui on espère va marcher, de radiothérapie cette fois.

Je sens qu'il a besoin de parler d'autre chose, donc pas très vite. On se met à parler de sujets un peu plus légers, et puis ça va. Je sens que là, ça va, sa santé, il est plutôt en forme à ce moment-là, donc je ne suis pas plus inquiète que ça. Quelques semaines après notre rencontre sur Tinder, on décide naturellement de se voir.

On regarde un peu les trains la semaine. Il me parle même de venir jusqu'à Caen. On me dit bon, si je viens, il faut que je dorme à Caen. Donc on regarde un peu les hôtels parce qu'on ne veut pas se dire qu'il dormira chez moi. Ça paraît un peu bizarre. bizarre et engageant. Et donc on regarde les trains, c'est pas très long, de Caen à Cabourg. Puis voilà, on se dessute à 14h, on y prendra ce train-là.

Il arrive le jour J, le jour de notre rencontre où il est à prendre le train. Et là, c'est le tout premier week-end des Gilets jaunes qui bloquent beaucoup d'endroits en France, des ronds-points et des gares, dont la gare de Cabourg. Donc il me dit qu'il est en route avec son père dans la voiture qu'il amène à la gare.

mais qu'il fait ce qu'il peut, mais que pour l'instant ils sont totalement bloqués sur un rond-point et qu'il ne peut pas accéder à la gare, qu'il ne peut pas y aller à pied, que c'est trop loin. Voilà. Une heure après, elle me dit « je suis désolée, mais ce ne sera pas pour cette fois, on rentre, on ne peut pas avancer d'un mètre, donc on fait juste demi-tour. » Les jours passent et puis on continue toujours à parler, tout le temps.

Et à se téléphoner parce que maintenant qu'on a eu ce premier contact, j'ai plus peur de découvrir sa voix, de découvrir la personne. Donc on se téléphone d'abord trois fois par semaine et puis en fait très rapidement. presque tous les soirs. On devient assez très fusionnel. Malheureusement, il est resté en Angleterre pour ce nouveau traitement. Et en décembre, on est au téléphone.

On a parlé de choses encore très intimes, très personnelles. Antoine me dit ce soir-là, je ne devrais pas te dire ça, on ne se connaît pas depuis assez longtemps, mais je t'aime. Je reste assez... surprise. Je ne m'attendais pas à ça. Je ne me réponds pas « je t'aime » à ce moment-là parce que je trouve ça quand même très fort comme mot. Pour moi, ça a de l'importance. Mais j'y réfléchis. Et puis, je me dis « bon, en fait... »

Ouais, je pense que j'ai aussi des sentiments quand même pour Antoine. C'est bizarre, on ne s'est jamais vus, mais j'ai rarement ou même jamais ressenti une connexion telle, parce qu'on vraiment y connaît. toute moi, mes peurs, mes craintes, mes faiblesses. Et puis, j'ai peur de rien lui dire. J'ai aucune honte. Je n'ai vraiment aucune honte, puis lui non plus. Il y a tellement une complicité forte que oui, je pense que ça commence à s'apparenter vraiment à de l'amour.

Et je me dis que j'ai de la chance d'avoir rencontré ce garçon parce que j'ai l'impression que c'est rare d'avoir une connexion comme ça avec une personne. En fait, on est un couple, on commence à être un couple. J'attends juste une chose, c'est de le voir. Et j'ai trouvé le bon gars. À ce moment-là, en plus des appels téléphoniques, pour rendre les choses un peu plus concrètes, on décide de s'ajouter sur Snapchat pour s'envoyer quelques photos. Il ne m'envoie pas de photos, de selfies de lui.

Mais il m'envoie plein de photos de son enfance, de lui actuellement, de sa sœur, de ses balades avec sa sœur. Il m'envoie une fois une vidéo de lui qui court sur la plage. avec son chien. C'est sa sœur qui avait pris cette vidéo l'après-midi même. Moi aussi, je lui envoie des photos de ma vie, de mon appartement, de mes amis.

On s'envoie aussi des photos, franchement, où on n'est pas très beau, un peu honteuse, des périodes adolescentes où on a un peu pris cher, des périodes avec les bagues, ou lui avec des pics sur la tête. Et puis comme ça, je peux mettre un visage sur toutes les personnes dont il me parle. Son meilleur ami Jérémy, dont il me parle très souvent, qui est français. Donc on les voit tous les deux pendant l'adolescence, dans leur collège.

En France, je le trouve vraiment beau, même dans les photos où il n'est pas forcément à son avantage. Et puis pareil, lui et Antoine me font plein de compliments. Je me trouve belle et ça fait du bien d'entendre des compliments. Ça rebooste un peu l'ego et je me sens belle dans ses yeux même quand j'envoie des photos où je suis cernée ou fatiguée. Je crois que... que je suis amoureuse. Je me le dis à demi-mot. Je me dis parfois même que non, mais il faut que je reste quand même...

droite dans mes baskets et que bon, tomber amoureuse de quelqu'un que j'ai jamais vu, c'est quand même un petit peu bizarre. Mais bon, malheureusement, je me dis que c'est comme ça, que pourquoi pas, que oui, j'ai des sentiments. que oui, je suis amoureuse de lui, mais je ne l'avoue pas à mes amis à qui j'en parle. Je ne le dis pas. Je tiens très fort à lui, mais non, je ne suis pas amoureuse. Parce que ce serait quelque part...

Peut-être une faiblesse de me dire que je suis tombée amoureuse de quelqu'un que je n'ai jamais encore vu. Antoine est toujours en Angleterre et puis moi je suis encore à Caen pour la fin de ce premier stage. Et puis la date de sa première chimiothérapie approche, il a peur.

Mais il est déjà passé par là, donc il connaît, il sait qu'il a été mal pendant des mois, qu'il a été faible, qu'il a maigri. Donc ça lui fait peur et il commence un peu à changer de comportement et à me dire que de toute façon là, dans un mois... il va pouvoir bouger de son lit, presque. Il sait qu'il va être mal. Donc il a envie de profiter. Il a envie de revoir ses amis.

Je l'encourage, presque. Mais il commence à un peu trop déconner. Il boit beaucoup. Or, évidemment, c'est déconseillé avant de commencer un traitement aussi lourd. Un soir, il m'appelle, il me dit que je suis au volant. Je suis un peu énervée, je dis comment ça, t'es au volant, t'as pas le permis. En plus, vu comme t'es joyeux, j'ai l'impression que t'es saoule. Ce soir-là, on est le 24 décembre. Moi, je suis avec toute ma famille du côté de ma maman chez moi.

Et je parle à Antoine qui, lui, est au bar avec ses amis. Il me dit que oui, oui, que sa famille fait aussi Noël, mais que lui, il a envie de profiter avec ses potes au bar. Donc oui, il rentrera quand il rentrera. Je ne suis pas hyper...

contente et je dis écoute là maintenant il faut que tu rentres et puis il finit par rentrer à table mais à 10h du soir saoule dans sa famille où tout le monde l'attendait où tout le monde s'inquiète aussi pour lui parce qu'il donne pas de nouvelles que sa santé est fragile Je déménage à Marseille en janvier pour mon second stage d'études et mon premier jour de stage. Ma nouvelle entreprise correspond à la première séance de chimiothérapie d'Antoine, toujours en Angleterre.

Les séances de chimiothérapie sont compliquées pour Antoine. Déjà, il est affaibli, il est souvent très malade. Après ses séances, fièvre, migraine, il vomit beaucoup. Il perd souvent espoir et dire que toutes les façons, c'est un cancer du sang, que c'est quand même un cancer, c'est une vraie merde.

Il perd espoir, souvent. Il dit que de toutes les façons, il guérira pas et que c'est tellement lourd pour sa famille qu'il y a des fois... Il dit qu'il faudrait juste qu'il s'en aille et que ça soulagerait tout le monde. C'est très dur pour moi de l'entendre dire ça. Parce qu'à la fois, je me dis que c'est pas possible, il peut pas dire ça parce qu'on...

on a un avenir ensemble. Forcément, que là, c'est compliqué, qu'on ne peut pas se voir. Parce que, voilà, moi, je suis dans le sud de la France. Lui, il est loin en Angleterre. Il suit cette chignot, mais que, bien sûr, qu'un jour, on sera ensemble. Moi, je suis arrivée à Marseille, donc il y a des fois où je n'avais pas beaucoup dormi la nuit parce que j'étais là pour Antoine. Mais le matin, évidemment, à 9h, je suis au travail. J'ai des nouveaux collègues, des nouveaux stagiaires.

On essaye donc de créer un peu de lien dans cette entreprise et d'aller boire un peu des verres après le travail. Antoine est très jaloux. parce qu'il n'a pas confiance en lui. Et encore moins avec ses chimios, il me dit « j'ai perdu du poids alors que j'étais déjà maigre, je suis affaiblie, j'ai plus de cheveux, mes cheveux ça ressemble à rien, je les perds. »

Il n'a pas confiance en lui et du coup, pas confiance en moi. Je sais que souvent, je dois le rassurer en disant que bien sûr qu'il est magnifique et que dès que je l'ai vu sur Tinder, je me suis dit waouh. J'ai de la chance, il est vraiment beau. Donc voilà, quand je sois avec des collègues, je ne mentionne pas trop les prénoms des garçons. Je ne parle que des filles, de mes collègues filles. Et puis, il y a un soir, on a un apéro.

chez des stagiaires. Et puis Antoine me parle et il essaye de m'appeler. On se dispute, il dit des choses un peu... un peu compliqué, un peu sombre. Ça me fait un peu peur, donc j'essaye quand même de continuer à lui parler, d'être un peu présente avec les collègues, et puis il finit par m'appeler.

Quand on t'est au téléphone, Antoine entend la voix d'un garçon. Et là, il se met vraiment en colère. Il me dit, mais tu m'as menti, tu m'avais promis qu'il n'y avait que des filles. Comment tu peux me faire ça ? C'est évidemment que tu vas aller... Choper le premier venu, t'en peux plus, ça fait je sais plus combien de mois qu'on se parle et on s'est toujours pas vu, tu peux pas tenir. Bon, c'est vraiment, il est pas gentil, il a des mois un peu compliqués.

Ce soir-là, il me dit même que je suis une sale pute. C'est la première fois qu'il est aussi violent. Mais je me dis, je vais quand même profiter. On va quand même essayer d'aller danser un peu. Et dans la boîte, il n'y a pas de réseau. Donc comme Antoine dit des choses assez sombres, moi j'essaye de faire un peu des allers-retours avec dehors parce que bon...

Il faut quand même que je lui parle. Il dit des choses qui ne me rassurent pas. Et puis, à un moment donné, il ne me parle plus du tout. Il ne me répond pas. Et à ce moment-là, je reçois un message de son meilleur ami Jérémy. qui me dit, mais qu'est-ce que t'as fait ? Il est dans tous ses états, qu'est-ce que t'as fait là ? Tu fais quoi ? Je lui explique, je lui dis, écoute, moi, j'ai rien fait, je suis juste avec mes amis stagiaires en boîte, je sors, et il me dit, mais là...

Antoine me répond pas, je sens qu'il va faire une grosse connerie, je sens qu'il va faire une grosse connerie et là tu préfères toi te trémousser en boîte avec des gens que tu connais pas alors que le mec que t'aimes soi-disant... On va peut-être se faire une grosse connerie, avaler plein de médicaments ou juste couper les veines. Je dis non, mais qu'est-ce que tu racontes ? Bien sûr que s'il en est capable et s'il meurt, tu pourras t'en vouloir qu'à toi-même.

Je suis paniquée. Je suis totalement paniquée. Je suis dans la rue à Marseille. Et je harcèle Antoine, je l'appelle par message, par messenger, par tout ce que je peux comme application, comme moyen de rentrer en contact avec lui. Je me mets un peu à hurler dans la rue. parce que nous, Jérémy, est très dur avec moi. Il continue à me faire vraiment culpabiliser d'être sorti, d'avoir profité, alors qu'Antoine est au plus mal, qu'il est malade, qu'il est jaloux.

Je pleure beaucoup. Mes amis stagiaires m'envoient des messages. Je ne leur réponds pas et ils ne s'inquiètent pas plus que ça. Puis Antoine finit finalement par répondre. Je hurle de colère. soulagement de bonheur qu'il n'ait pas fait de bêtises. Puis je reste dans la rue, je suis assise dans un petit parking et puis on parle encore une demi-heure.

Je lui dis qu'il est fou, que je n'ai jamais de la vie, mais on peut me mettre en face du plus bel homme du monde, je m'en fiche en fait, il n'y a que lui. Donc les autres, ça n'a aucune importance. Et puis voilà, je rentre chez moi à pied, on reste au téléphone. On passe à autre chose, on se dit encore des belles choses, on se fait encore des déclarations d'amour et on s'endort comme ça. J'ai un peu de contact avec Jérémy. On se parle un peu de la situation, de la santé d'Antoine.

Je sais qu'Antoine ne me raconte pas tout, il ne me dit pas tout sur sa chimiothérapie, sur les résultats, sur comment ça se passe, parce que je crois que ça lui fait peur et qu'avec moi, il cherche du réconfort, donc il n'a pas envie d'en parler. Donc c'est à Jérémy que je vais...

chercher les infos, qui lui est très en contact avec la maman d'Antoine. Donc on rentre pas mal en contact. On parle exclusivement d'Antoine. Il est triste et puis il me raconte qu'Antoine est aussi odieux avec sa mère. Il lui parle extrêmement mal, il parle mal à son beau-père, il parle mal à sa grande-sœur.

Il s'enferme, il ne veut parler à personne. Il y a même des fois où il fugue, il part, et puis il ne donne pas de nouvelles. Vu comme il est faible, tout le monde s'inquiète. Jérémy en a vraiment marre. Il me dit parfois, écoute... Je ne sais pas ce qui pourrait aller mieux. Quand je le vois comme ça, je me dis que de toutes les façons, il n'a plus toute sa tête. Il est fou, il est fou, il rend tout le monde malheureux. Et moi y compris, il me dit qu'il y a des fois où il y a des fois.

il se sent trop impuissant qu'il va juste abandonner parce que là, il donne toute sa vie, toute son énergie pour son meilleur pote. Et il me dit « Écoute, toi, je sens que tu fais pareil, que tu t'affaiblis, que tu es tout le temps non-stop avec lui. » Puis je dis à Jérémy que « Ouais, c'est difficile. »

Mais que moi, bon, ça fait quelques mois que je le connais et que là, moi, je m'en sens encore capable de le soutenir. J'ai encore l'énergie et de toute façon, j'ai surtout la volonté qui garde le moral et que c'est mon devoir, en fait. C'est mon devoir et qu'on s'aime et que...

je donnerai tout pour lui et que je comprends sa décision, s'il veut partir, je resterai là et on peut rester en contact, je peux lui donner des nouvelles. C'est une période compliquée pour tout le monde, mais Jérémy ne s'éloigne jamais trop. au maximum une semaine. Et puis finalement, il revient vers Antoine ou Antoine revienne vers lui. C'est comme des frères. Ils sont tellement proches qu'il y a des grosses disputes. Mais tout de même...

Il reste là. Antoine va mal, et puis je découvre au fur et à mesure des nouvelles choses de sa vie qui lui sont arrivées très dures. Donc j'arrive à comprendre... tout l'environnement et ce pourquoi il ne va pas bien, que maintenant il ose tout me dire. Mais voilà, on rentre un peu dans un cycle de... moi qui remonte le moral à Antoine, mais j'y trouve quand même mon compte parce qu'on enchaîne entre des cycles où...

ça ne va pas bien, je lui remonte le moral. Mais après, il n'y a pas de souci, ça va mieux. Et puis, on re-rigole, on reparle de plein de choses. On apprend encore un peu plus à se connaître tous les jours. Il apprend plus sur moi, j'apprends plus sur lui. Et c'est vraiment non-stop. En fait, je suis à Marseille, mais je ne profite pas trop de la ville. Je ne connais pas trop la ville. Et en fait, je ne sors plus beaucoup de chez moi.

Plusieurs fois mentionné le fait qu'il voulait tout arrêter, ce traitement, que ça devenait trop compliqué pour lui. Il y a même une fois où Jérémy m'a envoyé un message en disant, écoute, il arrête. J'y croyais pas, mais Jérémy m'a dit, si, si, là, c'est fini. Il veut plus, donc moi, je ne peux plus rien faire. Débrouille-toi avec ton mec, mais moi, là, je ne sais pas quoi faire.

Ce soir-là, je passe des heures et devant chez ma sœur qui m'avait invitée pour faire un repas un vendredi soir, je passe des heures à supplier Antoine de continuer cette chimiothérapie. Parce qu'il n'a pas le droit d'abandonner. Parce que ce qu'on a, c'est trop beau. Parce qu'il y a trop de gens qui le soutiennent, qui l'aiment et qui n'a pas le droit. Alors que oui, c'est peut-être égoïste. Parce que c'est pour nous qu'il doit continuer. Mais qu'il y a tellement de belles choses.

pour la suite que ça vaut la peine. Je pleure encore beaucoup dans les rues de Marseille, une fois n'est pas coutume. Finalement, il accepte de continuer. Il me dit oui, oui, ok, je vais continuer. C'est une petite victoire pour moi. Je me dis, merde, si je n'avais pas été là, est-ce qu'il aurait abandonné ? Qu'est-ce qui se serait passé ? Donc là, je me sens un peu indispensable. Je me dis, mais sans moi, est-ce qu'il aurait lâché déjà ?

Mais non, il décide de faire cette chimio, de continuer. Et donc la semaine d'après, il m'envoie une photo de la perfusion de chimio, donc des médicaments. C'est la première fois qu'il m'envoie une photo comme ça. J'en voulais pas forcément, en fait. Ça m'a fait un peu... Ça m'a mis dans la réalité et je me suis dit « Ah ok, ouais, c'est ça en fait. C'est ça qui subit trois fois par semaine. Un produit qui est censé le guérir mais qui doit être... »

tellement nocive, ça me fait bizarre. Et puis, il était 10h du matin chez nous, il devait être 9h en Angleterre, et l'heure sur la photo qu'il m'a envoyée, il y avait une heure, parce que c'était un screenshot, il était écrit 21h. Là je me suis dit, ok, c'est bizarre quand même, ça colle pas, là c'est pas l'heure normale.

Mais Antoine est tellement susceptible, c'est tellement compliqué de lui parler de ce traitement que j'en parle encore une fois à Jérémy. Jérémy, Antoine, viens de m'envoyer ça. Regarde, l'heure, ça colle pas. Et là, il me dit... Punaise, il ment là, c'est faux. Jérémy dit, attends, il nous l'a fait à l'envers encore une fois. Qu'est-ce que c'est ? Donc Jérémy appelle la maman d'Antoine tout de suite.

qu'il rassure, qu'il dit « Non, t'inquiète pas, je suis avec Antoine, on est en Angleterre, c'est bon, je suis avec lui, il est bien perfusé, le traitement continue. » On arrive en mai. Mon grand-père qui n'allait pas bien. meurt, il décède. C'est pas révoltant puisqu'il avait un bel âge, mais évidemment c'est dur pour toute la famille, pour ma maman que je vois en pleurs. Et puis vient un jour de l'enterrement où Antoine va pas bien.

Plusieurs fois, il a dû aller à l'hôpital pendant la nuit, en pleine nuit, parce que franchement, ça n'allait pas. Donc là, il m'appelle souvent quand il le peut. Et puis d'un coup, je n'ai plus de nouvelles parce qu'on lui prend son portable ou parce que lui-même...

ne peut plus continuer. Souvent, en fait, il m'appelle pour me dire adieu parce qu'il croit que là, c'est fini, qu'il ne peut plus se battre. À chaque fois, c'est une vraie force de la nature et puis il trouve quelque part l'énergie pour s'en sortir. Et le jour de l'enterrement de mon grand-père, rebelote, je pense que je suis dans la voiture pour aller à l'église, il me dit qu'il ne se sent pas bien, mais qu'il pense à moi. Puis voilà, je n'ai plus de nouvelles.

Et juste avant de rentrer dans l'église, Jérémy me dit qu'on a plongé Antoine dans un coma artificiel. Là, ça ne va vraiment pas. Il fallait qu'il soit sous respirateur. Donc, il est en coma artificiel. Et voilà, je rentre dans l'église et la cérémonie pour mon grand-père commence. On est tous autour du cercueil d'un grand-père, c'est un moment...

Très émouvant, mais moi, je ne suis pas là. Je suis là physiquement, mais je suis totalement... Je me dis que ce n'est pas juste, que mon grand-père avait un certain âge, mais qu'Antoine... Merde quoi, il a 23 ans et il n'est pas censé se retrouver dans cette boîte en bois bientôt. J'ai peur, j'ai peur qu'il meure. Je suis révoltée et puis je suis là physiquement.

Je n'arrive pas à suivre la cérémonie, je ne fais que penser à lui. Et tout ce que j'ai en tête, c'est le moment où on va pouvoir sortir de l'église, où je vais pouvoir allumer mon portable et avoir des nouvelles de Jérémy. Je sors de l'église, je n'ai pas de nouvelles de Jérémy. Il ne m'a pas envoyé de message. Je me suis dit, pas de nouvelles, bonne nouvelle. Et puis le soir, un peu plus tard, dans la journée.

Je reçois un message de Jérémie qui dit « donc t'en as rien à foutre en fait, tu cherches même pas à prendre de nouvelles d'Antoine ? » J'ai dit « écoute, si, mais tu m'en as pas donné, donc j'imagine qu'il se passe rien, j'imagine qu'on l'a pas sorti du coma artificiel. »

Il me dit, mais en fait, t'en as vraiment rien à foutre. J'ai dit, écoute, Jérémy, je te l'ai pas dit, mais mon grand-père vient de mourir. C'était son enterrement aujourd'hui, et quand tu m'as dit qu'Antoine avait été mis en coma, je rentrais dans l'église. Donc ça fait beaucoup pour une journée, donc c'est vrai que je n'ai pas pris de nouvelles, mais évidemment que j'en attends et que je ne fais que ça.

Là, Jérémy se montre assez odieux. Il dit, écoute, j'en ai rien à foutre de la mort de ton grand-père. Je m'en fous. Oui, effectivement, royalement, le mec que tu dis que tu aimes, soi-disant, va mal. Et toi, là, comme une égoïste, tu prends pas de nouvelles. Je me rends compte dans cette période que ça devient quand même compliqué, que je ne sais pas quand est-ce que je vais pouvoir voir Antoine, que sa santé me paraît très faible.

Égoïstement, je me dis que quelque chose au fond de moi qui me dit mais il faut que tu t'en échappes. J'en suis totalement incapable parce que je suis totalement dépendante d'Antoine comme il est dépendant de moi. Mais je me dis quand même qu'il faut... Il faudrait que j'arrive à m'en défaire. Je cherche un peu quelque chose pour m'en défaire et à ce moment-là, un ex revient dans ma vie. Donc voilà, on se revoit. Je m'accroche un peu à ça en me disant peut-être que...

je vais retomber amoureuse de cette ex, et peut-être que je vais pouvoir me détacher d'Antoine un peu plus facilement, sans l'abandonner, mais sans être moins impliquée dans cette relation. Ça va peut-être m'aider à prendre un peu de hauteur et me dire, bon... Après tout, je suis encore jeune et je n'ai pas à subir ça. Je trouve ça un peu injuste quelque part. Je revois ces textes. On se revoit beaucoup. On se revoit même, des fois, Antoine essaye de m'appeler.

parce que ça va pas et moi je suis avec avec un autre homme et je me sens tellement coupable je me sens horrible j'ai l'impression de tromper antoine des fois je me dis attends On ne s'est jamais vus. C'est ridicule, j'essaie de me raisonner, mais non. J'ai l'impression de tromper Antoine et d'être la pire personne du monde. Parce que moi, je prends du bon temps et que lui... Emma allait sur un île-hôpital ou dans sa chambre en train de vomir, que ça va très mal.

Je continue toujours à avoir cet ex, mais je me rends un peu à l'évidence que rien n'y fera. Je suis beaucoup trop dépendante et amoureuse d'Antoine, que personne ne pourra m'enlever ses sentiments. Les médecins lui conseillent de faire une grève, une grève de moelle osseuse, qui est un peu la seule solution pour une guérison totale. C'est assez compliqué de trouver un donneur compatible, mais un jour il m'appelle.

Il me dit que ça y est, ils ont trouvé un donneur, et que c'est un donneur allemand. Et alors là, je pleure de joie, et lui aussi, et on est ravis. Et cette grève doit avoir lieu en juillet. Moi, en juillet, j'ai prévu depuis quelques temps de partir faire un grand voyage en Thaïlande avec ma cousine. Et ce voyage est assez compliqué pour Antoine.

dans la mesure où je ne serai pas sur les mêmes fuseaux horaires et que moi, pendant ma nuit, ce sera sa journée et vice-versa. Et sa greffe a lieu dans les jours qui suivent mon arrivée en Thaïlande. Donc on arrive en Thaïlande, c'est notre deuxième soir, et on est dans la capitale, et donc après on va partir plus dans les terres, donc on décide avec ma cousine de sortir un peu.

On va s'amuser dans une boîte de la capitale. Et puis, il y a un groupe d'autres Européens, donc des Belges, qui parlent anglais. Et on commence un peu à aller leur parler. Ma cousine est intéressée par un des garçons. et puis voilà on se met à leur parler et moi je flirte un peu avec un autre garçon mais tout en restant à parler avec Antoine qui se sent pas très bien

Je me sens un peu coupable, mais je me suis dit, de toute façon, je dois profiter de ce voyage. Je dois profiter parce que je n'ai pas le droit de faire ça à ma cousine. Je suis obligée de profiter. C'est mon mois de vacances et j'essaye. Et le lendemain matin, Antoine, qui est très jaloux et qui a toujours un oeil partout, remarque directement que j'ai un nouvel ami sur Instagram, que je suis une nouvelle personne.

Et là, c'est la crise. Il me dit, ça y est, t'es arrivé depuis 48 heures et t'as déjà flirté avec des nouveaux garçons. t'es pas mieux que les autres, je peux pas te faire confiance, voilà, il t'a fallu aller dans un pays exotique et bim, ça y est. Je me défends. Tant bien que mal, parce que je me sens quand même coupable. J'ai rien fait de plus que m'amuser, mais on me sent très coupable. Mais il ne veut rien entendre. Dans tous les cas, il est très énervé. Il coupe totalement le contact.

Quelques heures plus tard, on prend le bus pour aller dans des rizières avec ma cousine. Et puis dans le bus, j'avais pris un forfait pour aller toujours avec Antoine, pour toujours être en contact pendant ce mois avec Antoine. Donc j'avais internet et je reçois un message de Jérémy.

Il me dit, qu'est-ce que tu fais ? Je dis, je suis dans le bus. Antoine ne veut plus me parler. Il boude, donc je suis dans le bus. Il me dit, écoute, je dois te dire quelque chose. Mince, qu'est-ce qu'il va me dire ? Il y a eu une complication, Antoine a fait une petite hémorragie au cerveau, il est dans le coma.

Et du coup, je dis à Jérémy, on l'a mis dans le coma artificiel. Ce n'est pas arrivé qu'une seule fois, donc je ne m'inquiète pas. Il me dit non, non, là, c'est plus sérieux. Il est dans un vrai coma. Il est tombé dans un vrai coma. C'est le choc. Je suis dans le bus. Je ne le dis pas tout de suite à ma cousine, mais quand on fait un arrêt, je suis obligée de lui dire.

C'est horrible. On arrive dans cet hôtel au milieu des rizières. C'est assez paradisiaque. Je pleure beaucoup. J'essaye de garder la face avec ma cousine. qui, elle, apprend le même soir qu'une personne qu'elle connaît est guérie d'un cancer. Là, en fait, ça me révolte. Je me dis, putain, pour lui, ça fait dix ans qu'il se bat. On ne peut pas, on ne peut pas.

Je fiche la paix. Ça ne peut pas aller mieux. Je suis révoltée. On continue. Je mets des photos sur les réseaux sociaux. Jérémy, qui était celui qui me donnait des nouvelles, commence à être méchant. Il me reproche de m'amuser. Je ne comprends pas trop comment il peut savoir au début. Et après, j'ai dit à ma cousine, j'ai très vite compris, il va voir mon Instagram qui était en public à ce moment-là et en fait, il comprend que...

Je mets quelques photos, mais ça doit vraiment être une tous les deux jours. Et il m'en veut. Il m'en veut m'amuser. Il commence à vraiment être... insistant, me dire que de toute façon je ne mérite pas Antoine, qu'Antoine il m'aime tellement et que moi vraiment je n'en ai rien à faire, que je suis égoïste, que j'arrive à profiter d'un voyage alors qu'encore une fois celui que j'aime est dans le...

coma, qui va peut-être mourir, mais que moi, j'arrive à m'amuser. Je suis hyper triste et j'arrive pas à me défendre, à lui dire que, bien sûr que si, j'y pense. J'y pense non-stop à Antoine, mais que je suis avec ma cousine qui attend ce voyage depuis tellement de mois et que j'ai pas...

Je m'amuse. Je lui dis que, évidemment, il est tout le temps dans ma tête. Et c'est vrai, il est tout le temps dans ma tête. Et tout ce que j'attends, c'est qu'on m'envoie un message pour me dire qu'il se réveille. À ce moment-là, je reçois un message de la sœur d'Antoine, un matin, à qui je n'avais jamais parlé.

et qui vient vers moi en me disant « écoute, j'ai su que Jérémy était assez odieux, qu'il t'en voulait, je suis désolée, t'as pas à subir ça, moi je suis là, et puis je vais te donner des nouvelles. » On ne peut pas faire grand-chose, mais je te tiendrai au courant. Je te tiendrai au courant tous les jours de comment ça se passe. Cette sœur, elle est très gentille, elle est vraiment adorable. Je n'ai jamais parlé.

Elle me paraissait avoir beaucoup de caractère quand Antoine m'en parlait. Là, je la trouve très douce. Elle veut me rassurer à un moment de lui envoyer des musiques qui caractérisent notre couple avec Antoine, qu'on aurait pu écouter ensemble. C'est marrant, cette sœur a vraiment les mêmes expressions. Elle parle de la même manière qu'Antoine. Quelques jours plus tard, je suis sur la plage avec ma cousine.

je reçois un message de sa sœur qui me dit écoute bonne nouvelle il commence un peu à bouger les doigts il réagit à des petits stimuli il commence à ouvrir les yeux Il est en train de se réveiller. Je n'y crois pas. Je suis tellement contente. À ce moment-là, tout va bien. Je suis sur la plage, on part avec des Thaïlandais, avec des enfants, avec ma cousine.

très heureuse. Et puis, j'attends qu'une chose, c'est qu'il soit totalement réveillé. Alors, je ne sais pas du tout comment ça se passe, les phases de réveil. Elle m'explique un peu techniquement qu'il y a plusieurs phases, que là, même quand il sera réveillé, il sera tellement dans le coltard que je ne pourrais pas lui parler. suite, mais que ça va venir et puis qu'ils sont à l'hôpital avec leur maman et que ça va le faire.

Moi, j'attendais qu'une seule chose, c'est qu'il se réveille. Sa sœur m'a dit qu'il va pouvoir me parler, qu'on va lui mettre son portable à côté de lui, que les infirmières ont mis le portable à côté, que quand il sera prêt et qu'il aura l'énergie, il m'enverra sûrement un petit message.

Et donc j'entends sa petite voix pour la première fois depuis deux semaines. Toute petite voix qui bégaye. C'est presque mignon. De toute façon, je suis tellement contente d'entendre sa voix. Voilà, il prend du temps. à faire des phrases. La moindre phrase prend vachement de temps. Parfois, je l'entends râler, pester, mais c'est pas grave, je l'encourage. Et puis, parfois, il reprend un peu plus par message et parfois, il me parle un peu, mais...

Mais voilà, il continue à dire je t'aime en bégayant et je lui réponds que moi aussi je l'aime. Vers la fin de notre voyage, il a pu rentrer chez lui et il me dit bon écoute, j'ai une surprise. J'ai honte, mais voilà. Et là, il m'envoyait une photo de lui. Une photo de lui avec une casquette de profil. Et on voit bien qu'il n'a plus de cheveux. J'étudie pas mal cette photo. C'est la première fois qu'il m'envoie.

Une photo un peu indirecte de lui où il n'est pas top. Il a l'air vraiment fatigué. Il est assez cerné. On voit effectivement qu'il est chaud. Je suis tellement contente. Je lui envoie aussi un petit selfie de moi. sur la plage avec le coucher de soleil. Je suis hyper heureuse qu'il me fasse confiance et qu'il m'envoie enfin une photo de lui, même s'il a mis une casquette, ce qui est l'heure de question qui montre son crâne chauve. Je suis très heureuse.

En septembre, je retourne à Caen. Grande visite à mon amie que j'ai rencontrée pendant mon premier stage. Ça tombe en même temps qu'un rendez-vous qu'Antoine a chez le notaire. On sera en même temps, lui, à Cabourg, et moi, à Caen. On ne s'est pas encore vus. On n'a jamais été aussi proches géographiquement depuis le jour de notre rencontre sur Tinder. On se dispute un petit peu, mais bon, je lui dis, bon, écoute...

Là, tu m'as l'air d'aller un peu mieux. T'es un peu plus en forme, t'as pu venir jusqu'à Cabourg. Je sais que son père adore les voitures, qu'ils ont beaucoup de voitures chez lui. Puis du coup, tu prends une des voitures et puis tu viens, quoi. Alors, il râle un peu parce qu'il me dit, mais attends, tu crois que c'est aussi simple ? Tu crois que si je n'allais pas venir te voir, je ne serais pas venue ? Ok, j'arrive.

Quelque chose en moi me dit que c'est trop beau pour être vrai. Mais voilà, on se prépare pour sortir avec mon ami. Je me fais belle parce que je me dis que là, potentiellement, dans une heure et demie, je vais le voir. pour la première fois en vrai. On est dans un bar avec mon ami et je n'ai plus trop de nouvelles d'Antoine. Je me dis qu'il est sur la route. Je commence à m'inquiéter parce que les heures passent et je n'ai toujours pas de nouvelles.

Et je reçois un message longtemps après en me disant, écoute... J'ai fait un malaise en route. Je suis encore trop faible. Je me suis fait ramasser par les pompiers. On m'a ramenée chez moi. Quand Antoine me dit qu'il a fait un malaise, effectivement, le lendemain, je me dis que Cabourg et Caen, c'est pas si loin. je suis descendue du coup j'étais en train à ce moment là j'aurais pu prendre un autre train et aller le voir mais je sais qu'il n'habite pas tout près de la gare à Cabourg

Quelque part, je crois que j'ai peur parce que ça se concrétiserait beaucoup. Et là, je suis dans une relation encore assez virtuelle. Et je voudrais surtout qu'en fait, notre première rencontre, je l'ai... tellement imaginée. En fait, je l'imagine retrouvée sur le quai de la gare, j'imagine notre premier baiser et je ne veux pas que ce soit subi.

Je décide de ne pas forcer le destin. J'attends juste qu'il retrouve son aspect physique normal, comme il me dit, qu'il reprenne un peu de poids, ses cheveux repoussent, et puis ça va arriver. En septembre, moi, j'ai repris mes études. J'enchaîne les soirées avec mes amis où je suis très peu présente parce qu'Antoine fait des bêtises. Il essaye...

de se couper les veines, par exemple un soir. J'ai perdu beaucoup de poids, je ne dors pas parce que mes nuits sont passées au téléphone à m'occuper d'Antoine. Je ne suis pas présente en cours, je ne suis pas présente avec ma famille, avec mes neveux et nièces, avec mes amis, je suis absente.

Je ne parle pas de cette histoire. Je n'en parle pas. Je garde tout pour moi parce que je sais que quelque part, mes proches vont s'inquiéter si je leur raconte tout. Parce que c'est inquiétant. C'est inquiétant pour ma santé physique. et mental. Mais il y a un soir où j'ai une amie d'enfance, une amie du lycée qui vient me rendre visite. Donc on est dans un bar, on est contentes de se retrouver, on est à trois copines.

Et puis, je ne sais pas, je raconte à mes amis que je ne fais pas de rencontres. Enfin, que voilà, je ne sais plus. Elles me demandent s'il y a des jours intéressants dans mon master, des garçons intéressants. Et puis, je me mets à pleurer. Et je lui dis, écoute, je ne peux pas rencontrer quelqu'un en fait. Je ne peux pas. Il y a Antoine et je n'ai pas le droit de lui faire ça. Je n'ai pas le droit d'aller voir ailleurs. Je leur raconte tout ce soir-là.

Et je me rends compte qu'en fait, je suis épuisée. Je suis épuisée, je suis un fantôme. Ça va presque faire un an en fait que je suis un fantôme. Même si on vit des très beaux moments de partage et d'amour avec Antoine, là, j'y laisse ma santé. Ce soir-là, mes amis m'encouragent à aller voir un psychologue.

parce qu'elle soit un peu impuissante elle aussi, mais elles me disent « mais va te faire aider ». Je prends donc rendez-vous avec un psy mi-octobre. Je m'assois, je me demande « qu'est-ce que je peux faire pour vous, mademoiselle ? » Je commence à lui raconter. Je crois que j'ai le temps de dire dix mots, que j'éclate en sanglots. Je lui raconte mon histoire entre deux sanglots. Il m'écoute, il est très attentif. Et puis...

Il me dit, écoutez, mademoiselle, il n'existe pas cet Antoine. Pour moi, ça n'a aucun sens. Je lui ai presque au nez en disant écoutez, là j'ai eu Antoine au téléphone juste avant de venir, j'ai échangé. Tout l'été, avec sa sœur et son meilleur ami par message, il m'envoie tellement photos de lui, de lui avec sa sœur, de lui avec son meilleur ami. Je lui dis écoutez, je suis désolée, mais si, il existe.

De toutes les façons, je l'ai au téléphone. C'est forcément... Il existe, c'est une personne. Lui m'a dit, écoutez, OK, il existe. Dans ces cas-là, vous allez téléphoner à sa sœur. Puis voilà, on reprend rendez-vous, puis s'il existe, il existe, et puis je vous aiderai dans cette relation, mais s'il n'existe pas, je vous aiderai aussi.

Bon, moi je lui dis ok, ok, on reprend rendez-vous dans trois semaines, parce que je ne me vois pas appeler sa sœur et dire bah désolé, je ne te fais pas confiance, alors je vérifie que tu existes. Mais bon, je suis quand même un peu perturbée et je rentre chez moi, c'est les vacances scolaires. Je prends mon ordinateur et je regarde toutes les photos qu'on s'est envoyées avec Antoine. Il y en a des centaines et des centaines. Il y a toutes choses bêtes, des photos de nous.

Et puis, je trouve des photos de sa maison. Il m'avait envoyé ces photos de sa maison à Cabourg, une très belle maison, là où vivait son papa, pour montrer un peu sa chambre et là où il vivait. Et puis, je ne sais pas trop par où commencer. Je trouve un peu des outils sur Internet qui permettent de retrouver, en mettant une image, la source de cette image. J'essaye avec quelques photos, ça ne donne rien. Et puis, j'essaye avec cette photo de la maison. Et là...

Ben, douche froide, je trouve que cette maison est une maison d'architectes qui se trouve à Biarritz et non à Cabourg. C'est le choc. Je ne comprends pas trop. Je donne toutes les infos en temps réel à une de mes meilleures amies. Je lui explique. Elle n'y croit pas non plus. Je me dis qu'il y a forcément une explication.

Antoine m'a toujours dit qu'il avait de l'argent. Peut-être que finalement, il n'y en a pas, mais que cette maison ne lui appartient pas. Je ne comprends pas trop. Évidemment, il est hors de question que je reste dans le flou plus longtemps. Je dis à Antoine, je t'appelle. Je l'appelle, j'enregistre parce que ça me paraît irréel. Je dis écoute, ça te dirait pas qu'on aille se faire un petit week-end en amoureux à Biarritz quand tout ira mieux. Et un silence.

Et il a compris où je voulais en venir. Il me dit, de quoi tu parles ? J'ai dit, il y a une très belle maison à Biarritz, ça pourrait être chouette d'y aller. Et il me dit, ma maison ? J'ai dit, oui Antoine, ta maison ? Je hurle au téléphone, je lui demande des explications. Je dis, mais c'est quoi ? T'es qui ? Est-ce que tu m'as menti ? Depuis le début, je n'arrive pas à parler, à aligner deux mots. Ça ne me paraît pas possible. Le ciel tombe sur la tête. Il dit, oui, je t'ai menti.

Mais là, je ne peux pas parler, je ne peux pas parler. Je me dis mais attends, mais qu'est-ce qui est vrai ? Comment tu t'appelles Antoine ? Comment tu t'appelles ? Il ne veut pas me répondre. J'ai dit « mais attends, mais t'es un garçon au moins ? Mais jusqu'à où t'as menti en fait ? T'as été jusqu'à où ? » Il est agressif avec moi. Il est vraiment agressif. Il ne veut pas me répondre.

Il commence à même me reprocher des choses. Il me dit « Oh, ton ex avait raison. Tu te crois supérieur à tout le monde. » Voilà, il me ressort des choses, je ne comprends pas d'où ça vient, je suis choquée. Il me dit « ok, on s'appelle à 21h ce soir ». Je le rappelle le soir même, c'est assez rapide. J'essaye de pas hurler parce qu'il y a du monde dans la maison.

Je ne respire plus trop. Et puis, à ce moment-là, je me dis, alors attends, si Antoine n'existe pas, est-ce que Jérémy existe ? Est-ce que la sœur d'Antoine existe ? À qui est-ce que j'ai parlé ? Et là, je fais des petits tests sur Messenger et je me rends compte qu'il n'y en a jamais un de connecté en même temps, donc que ces trois personnes sont une seule et même personne, qu'il y a une seule et même personne derrière ces trois personnages.

Après ce coup de fil, je me rappelle que sur l'Instagram d'Antoine, une fille... Élise avait laissé un petit cœur sur un commentaire et qu'Antoine n'avait pas eu le temps de le supprimer. Moi, j'étais tombée dessus au tout début de notre relation. Et donc, je décide de contacter Élise. Je lui envoie un message directement sur Instagram. J'arrive à la retrouver assez rapidement. Je lui dis, écoute, Élise, il faudrait qu'on parle. Tu ne me connais pas, mais il faut qu'on parle.

Et le lendemain, je l'appelle, je lui écoute, il dise Antoine, il n'existe pas. On s'est fait avoir, il n'existe pas, ce n'est pas une personne. Je ne sais pas qui c'est, je ne sais pas comment te l'expliquer, mais il n'y a personne qui a le cancer. Il n'y a personne qui a vécu tous les malheurs qu'Antoine a vécu. Moi, j'ai vécu un cancer pendant un an.

J'ai vécu un don de moelle osseuse, une chimiothérapie. Elle me dit que je l'ai accompagnée pendant son accident de voiture. On se parle d'Antoine. On se rend compte que la personne derrière Antoine a créé une seconde vie. Il y a un fil conducteur, qu'elle a vécu des événements, et puis moi la suite. Et puis je sais qu'Antoine m'avait parlé d'autres ex à lui.

Pas que d'Élise, ils m'en avaient déjà parlé. Je me suis dit, je ne pense pas qu'on soit qu'à deux. Je pense qu'il y en a d'autres. Je ne sais pas quoi faire. On était assez démunis. Moi, j'étais dans une rage noire. Et Lise n'était plus posée parce qu'elle avait plus de recul, elle avait un an de recul sur tout ça. Et je pense que quelque part, elle s'était toujours dit que ce n'était pas possible. Elle avait déjà trouvé des preuves, des règles concrètes, mais elle n'avait jamais...

chercher plus loin, parce qu'il n'y avait pas de raison qu'elle doute. Donc Élise me raconte qu'elle non plus n'a jamais vu Antoine. Évidemment, Antoine m'avait dit le contraire, m'avait dit que oui, oui. Il s'était vu avec Élise, pas autant qu'ils auraient voulu parce qu'il lui aussi était pas mal en Angleterre à ce moment-là. Élise dément, on dit non, non, j'ai jamais vu Antoine. Mais elle a vécu une histoire similaire, même plus longue que la mienne. Et à deux, on veut savoir la vérité.

On est en contact et ça fait du bien de se parler parce qu'on a vécu la même chose et on ressent la même peur, la même colère. Et on a des caractères assez différents. Toutes les deux, on a fait besoin d'attention. Et Antoine était parfait quand on avait besoin d'attention, quand on avait besoin d'amour, quand on avait besoin d'être rassuré. Mais voilà, on veut savoir. Élise reprend contact avec Antoine.

En tout cas, la personne derrière Antoine, il lui dit « moi je veux savoir, et puis je ne suis pas toute seule, on est deux et on veut savoir ». Et la personne derrière Antoine dit « Ok, je vais vous aider à trouver toutes les façons de moi. C'est horrible. Ça fait dix ans que ça dure. »

On ne sait pas trop de quoi il parle. Là, je veux qu'on m'aide. En fait, je veux que vous portiez plainte contre moi. Donc, je vais vous aider à trouver mon identité. Je dis, écoute, Antoine dit à Élise, je vais te donner quelques indices sur moi. Sache qu'on s'est déjà vus. Au début de notre relation, tu m'avais dit que tu allais dans un bar à Paris. Tu m'avais donné le nom du bar. Ce week-end-là, j'étais à Paris également. On s'est croisés et on a discuté. Je vais te donner deux indices.

Le premier indice, c'est Paul. Deuxième indice, fille. Élise a compris très rapidement. On parlait en direct. Elle m'a dit, Paul, c'était une personne que j'ai rencontrée à cette soirée, dans ce bar à Paris. Et fille, il est accompagné d'une de ses amies fille. Est-ce que tu crois que c'est une fille ? Qu'Antoine est une fille ? Non, mais c'est pas possible, là, ce serait...

Ce serait quand même la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Je lui ai dit, mais non, écoute, on l'a eu au téléphone. Il n'a pas une voix de fille. Il a une voix, une petite voix masculine, mais de quelqu'un qui... C'est faible, mais là-bas, ce n'est pas une fille. Très vite, on apprend la vérité. Et la personne, notre Antoine, nous confirme que si, si, c'est une fille. Tous les sentiments sont mélangés. Je suis à la fois en colère parce que j'ai donné un an de ma vie.

Parce que cette personne, cette fille, m'a volé la mort de mon grand-père, m'a volé des amitiés, m'a volé un stage aussi où je n'ai pas pu faire mes preuves, où je n'étais pas forte, m'a volé une nouvelle vie. j'aurais pu découvrir Marseille je n'ai pas découvert Marseille je suis restée dans ma chambre sous ma couette non-stop à lui parler tout le temps j'ai tellement donné et pour rien À la fois, je continue quand même à insulter cette personne, à lui parler. Oui, c'est des insultes.

Mais je suis obligée, en fait. Je suis encore trop dépendante. Ça fait un an qu'on se parle non-stop. Je suis incapable d'arrêter d'un coup. Donc malheureusement, je continue à lui envoyer des messages. Et elle continue à me répondre, parce qu'elle aussi. dépend de moi à ce moment-là.

Je suis bizarrement presque rassurée que ce soit une fille. Je me suis dit, bon, au moins, c'est pas un pervers de 60 ans derrière son écran. Mes amis me mettent tout de suite en alerte en disant, attends, c'est pas parce que c'est une fille que c'est moins grave.

d'ailleurs mon psy que je vais revoir donc assez vite après tout ça me dit que pour lui c'est bien plus inquiétant que ce soit une fille parce qu'une fille qui fait subir ça à une autre fille c'est grave Et lui me met tout de suite en alerte, il me dit écoutez, il faut pas que vous lui parliez, il faut que vous arrêtiez là, parce que sinon je vais pas pouvoir vous sauver là, sinon ça va devenir grave.

Je suis totalement perdue, ça fait quelques jours que j'ai eu la révélation. Je continue à parler non-stop. à cette personne parce que je suis incapable de m'en défaire et parce qu'aussi je veux me rassurer quelque part je veux me dire que c'est un an avait un peu de sens

pour elle quand même. En fait, j'ai envie qu'elle me dise que tout ça est réel, que quand elle me disait qu'elle m'aimait, c'était réel. Je sais que déjà tout est faux, alors j'ai besoin de me rattacher à quelque chose, à des sentiments. Je suis...

totalement perdue. Il y a des fois, je me dis mais attends, en fait, je suis quand même tombée amoureuse d'une personne, donc cette personne existe. Alors oui, c'est une fille. Oui, à la base, j'étais attirée par son physique. Mais bon, pourquoi pas, je suis... Totalement perplexe, elle m'envoie des messages d'amour en me disant qu'elle est tellement désolée qu'elle n'a pas d'excuses, mais que je suis vraiment une personne en or et que de toutes les façons, elle m'aime de plus en plus.

Parce que maintenant qu'elle sait que c'est impossible, bizarrement, elle s'attache encore plus. Elle m'envoie même une lettre manuscrite très longue pour me raconter la vérité sur elle. Elle a eu une enfance assez douce, mais qu'à 12 ans, elle a perdu son papa. Et elle me dit que c'est ça qui aurait tout déclenché bizarrement. C'est là où ça a commencé à ne pas aller. Elle me dit qu'elle a commencé à se créer un personnage, le personnage d'Antoine, très vite.

Donc à ce moment-là, il y avait une personne, une fille dans sa classe au collège qu'elle aimait bien. mais elle n'osait pas aller lui parler en tant que fille. Elle trouvait ça bizarre et elle s'écrait ce personnage d'un garçon pour aller draguer et flirter avec cette fille dans sa classe par le biais du personnage d'Antoine.

Et qu'elle a trouvé en Angleterre un garçon très beau qui mettait énormément de photos de lui sur Facebook toute sa vie entière. Et voilà, que c'était pour elle, ben... des ressources inépuisables pour faire vivre ce personnage Antoine. Je sais, je suis alertée par mon psy qui me dit qu'il faut vraiment, vraiment que je mette un terme à cette relation.

J'ai du mal, ma cousine ne comprend pas, mes amis ne comprennent pas, ma maman à qui j'en ai parlé me dit mais enfin, mais arrête de lui parler, enfin ! Ils me prennent un peu pour une maso. Ils me disent, mais arrête de lui parler. Ça leur paraît très simple, en fait. C'est juste, il n'existe pas, tu ne lui parles pas. Elle t'a fait tellement souffrir. Arrête. Mais je n'y arrive pas. Je me suis dit, pour penser à autre chose...

Allez, on peut retourner sur les sites de rencontres. C'était un réflexe très bizarre. Je retourne sur Tinder. Je parle à quelques garçons. Je sais très bien que de toute façon, il ne se passera rien parce que je ne suis pas prête. Et puis je reparle à deux garçons assez beaux et je me rencontre assez rapidement parce que maintenant je sais un peu plus les reconnaître qu'ils n'existent pas et que derrière ces deux garçons...

dont le prénom commence par A, comme Antoine, se cache cette fille, cette même fille, qui se crée d'autres personnages sur Tinder pour continuer à me parler. Il y a un soir où j'ai un déclic, où je l'ai bloqué. Et elle m'a harcelée pendant une journée entière. Le jour du Nouvel An, on arrive en décembre, où encore une fois, elle a gâché un moment avec mes amis.

Voilà, je me suis rendue compte qu'en fait, qu'Antoine, ou pas Antoine, c'était juste une personne qui voulait gâcher ma vie, et que chaque moment heureux, elle voulait me les enlever. Et j'ai un déclic, et je me suis dit, stop, aujourd'hui, je ne lui répondrai plus jamais. ça a été très compliqué. Parce que quand j'ai mis un stop, on va dire physique, à cette relation, quand j'ai arrêté de lui parler, elle existait encore dans ma tête. Et j'y pense, j'y pensais tout le temps. Je sais.

que j'avais encore des sentiments pour elle. Et puis, grâce à mon psychologue qui a mis un mot sur tout ça, qui m'a dit que j'étais dépendante affective, qui très clairement m'a dit que je préférais être plutôt mal accompagnée que seule. J'avais une peur bleue de la solitude. C'est pour ça que je m'étais toujours contentée de garçons qui ne me voulaient pas du bien. J'ai réussi petit à petit, avec des séances, avec des amis incroyables qui étaient là pour m'écouter.

à me reconstruire et puis à savoir exactement ce que je voulais dans une relation. Je suis passée par différentes phases. Après l'amour, il y a eu la colère. Il y a eu un moment où je ne lui souhaitais que du mal. Je voulais qu'elle soit malheureuse.

Et en fait, c'était une manière de me dire qu'elle ne pouvait pas être heureuse sans moi. Encore une fois, je me disais que tout ne pouvait pas être faux et que sans moi, elle ne pouvait pas être heureuse parce que pendant un an, elle n'a pas pu être heureuse si je n'étais pas là. Ça a été un deuil. Un deuil un peu particulier d'une relation qui était fausse, mais à la fois la personne existait, donc c'était encore plus ambigu. Je crois avoir eu le syndrome de l'infirmière.

Je pensais être indispensable à une vie. En fait, j'ai cru à plusieurs moments pendant cette année que si je n'étais pas là... Antoine aurait décidé d'arrêter tous les soins, ou pire encore, aurait décidé de mettre fin à sa vie en prenant des médicaments ou en faisant autre chose. Et très vite, je me suis retrouvée surtout prise au piège dans cette relation.

Je me disais que je n'avais pas le droit de partir, parce que sans moi, il pouvait arriver le pire, mais surtout que je... je n'arriverais pas à partir parce que mes sentiments étaient devenus trop forts et que malheureusement maintenant j'étais juste piégée et que dans mon état dans l'état amoureux dans lequel j'étais tout ce que je pouvais faire c'est être là pour lui et l'accompagner

et que je n'avais pas le droit d'être triste ou malheureuse, et que moi je devais être forte pour deux. Aujourd'hui, tout va bien. J'y pense honnêtement souvent, mais je lui souhaite du bonheur. Je lui souhaite surtout de ne plus jamais faire ça à une autre personne. Je ne veux plus rien avoir à faire avec elle.

J'avance, moi, dans ma vie. Je n'ai jamais autant grandi sur moi-même et appris sur moi-même aussi vite, aussi rapidement. Je sais ce que je veux en relation, je sais ce que c'est une relation saine et je sais comment m'épanouir en amour. et même en amitié. Sous la direction de Christophe Caron, Benjamin Septemours, Sarah Koskiewicz avec Aurélie Rodriguez.

La musique a été composée par Arnaud Denzler. Retrouvez tous les épisodes de transfert sur slate.fr sur votre application de podcast préférée.

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