Un amour mythique - podcast episode cover

Un amour mythique

Oct 03, 20241 hr 2 minSeason 9Ep. 354
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Episode description

Vous connaissez sans doute l’histoire de Tristant et Iseult. Chevalier orphelin, Tristan part en Irlande à la recherche d'Iseult, jeune et jolie femme promise à son oncle, le roi de Cornouailles. Mais les deux jeunes gens boivent par erreur un philtre d'amour. Il naît alors entre eux une irrésistible passion, impossible à éteindre malgré les tragédies qui en découlent.

Quand Jacqueline rencontre Mick, leur passion est immédiate. Très vite, Jacqueline se montre prête à tout pour aller au bout de cette aventure qu'elle n’attendait pas. Pour ce tourbillon d’amour, Jacqueline ira jusqu'à accepter l'impensable.

L'histoire de Jacqueline a été recueillie par Roxane Pour Sadjadi.

TW : Attention, cet épisode aborde des sujets sensibles. Ceux-ci sont précisés à la fin de ce texte. 

Transfert est produit et réalisé par Slate Podcasts.

Direction éditoriale: Christophe Carron
Direction de la production: Sarah Koskievic
Direction artistique: Benjamin Saeptem Hours
Production éditoriale: Sarah Koskievic et Benjamin Saeptem Hours 
Chargée de pré-production: Astrid Verdun
Prise de son, montage et habillage musical: Victor Benhamou
Musique: «A Love Story» - Thomas Trueman, «Always You» - Tony Berger

L'introduction a été écrite par Sarah Koskievic et Benjamin Saeptem Hours. Elle est lue par Aurélie Rodrigues.

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Sujet sensible abordé dans cet épisode: suicide assisté.


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Transcript

Bon, je fais vite, je vois que vous conduisez, mais franchement, quelle idée d'aller faire les courses avec les enfants ? Mais non, faites plutôt un drive. Et en plus, nous, chez Carrefour, on vous garantit que le prix du drive est le même qu'en magasin. Et en cas d'écart de prix sur un ou plusieurs produits alimentaires, on vous rembourse la différence et on vous offre 5 euros en bon d'achat. Alors commandez vite sur l'appui Carrefour !

Carrefour, on a tous droit au meilleur. Limité à un bon d'achat valable en drive ou livraison hors promotion en cours. Vous connaissez sans doute l'histoire de Tristan et Zult. Chevalier orphelin, Tristan part en Irlande à la recherche d'Zult, jeune et jolie femme promise à son oncle, le roi de Cornouailles. Mais les deux jeunes gens boivent par erreur un filtre d'amour. Il naît alors entre eux une irrésistible passion, impossible à éteindre malgré les tragédies qui en découlent.

Quand Jacqueline rencontre Mick, leur passion est immédiate. Très vite, Jacqueline se montre prête à tout pour aller au bout de cette aventure qu'elle n'attendait pas. Et pour ce tourbillon d'amour, Jacqueline ira jusqu'à accepter l'impensable. Attention ! Vous écoutez Transfer, épisode 354, un témoignage recueilli par Roxane pour Sajadi. On est très exactement en novembre 2000. Je suis...

agréablement mariée avec un homme délicieux, qui est mon deuxième mari. Je vis avec mon fils dans une zolie petite maison en banlieue, qui est le fils d'une union précédente. Je ne suis pas très très bien à ce moment-là. J'ai curieusement... L'impression que ma vie est un peu ennuyeuse. Mon mari a 19 ans de plus que moi. Il est à la retraite. Il passe son temps à jouer à des jeux derrière son ordinateur. Et moi, je me dis que peut-être...

C'est mon travail qui m'ennuie. Je suis dans une période un peu comme ça. J'ai pratiquement bientôt 50 ans. Je fais un métier que j'adore, mais bon, c'est vrai que ça fait un petit moment que je fais ça et que je me dis que c'est peut-être ça qui me pose un petit problème. Enfin, je ne sais pas. Ça faisait longtemps qu'une de mes amies me racontait qu'une de ses meilleures amies que je connaissais déjà habitait pas loin sur une péniche. Et donc, elle nous avait invité à dîner avec mon mari.

Ce jour-là, nous sommes le 17 novembre et je vais avec mon mari à ce dîner. Je rentre dans la péniche et là, je vois un type incroyable. Absolument incroyable. Il n'est pas très grand, il a des épaules très larges, des cheveux noirs très très longs, des yeux très très bleus, des tatouages et il est nettement amérindien. Donc tout de suite je me dis, oh là là, je le mets à côté de moi parce que je veux savoir qui c'est.

Tout de suite, son énergie. Son énergie, il ne ressemble à personne. Il ne ressemble à personne, il est très spécial. Il a ce côté un peu sauvage et à la fois... Je sens qu'il est assez doux, je sens qu'il est différent, j'ai envie de savoir qui c'est, tout simplement.

Donc je mets à côté de moi et je commence à lui demander un peu des choses sur lui et il commence à me raconter sa vie. Et comme je parle anglais et qu'il se trouve en fait qu'il est anglo-américain, je fais la traduction pour tout le monde. Il me raconte qu'il est né sur l'île de White, d'une mère qui avait 15 ans, et d'un père GI américain d'origine indienne, amérindienne. Il dit sa plémique, mais son vrai nom c'est...

Robin John Michael. Il a été mis en adoption. C'est dans les années 50, il est né en 55. Ses parents, l'adoptif, le père est d'une très très grande famille. militaires sur la Royal Navy et qu'on l'éduque pour être un futur militaire de la Royal Navy lui aussi. Bref.

Tout ne se passe pas du tout comme prévu et le père meurt rapidement quand il a 11 ans et que le jour de l'enterrement de son père, sa mère lui dit « j'ai aucun besoin de toi, va-t'en ». Ce petit garçon de 12 ans se retrouve à faire la manche en plein Londres. Jusqu'au moment où il est trop âgé pour ça. Il part à ce moment-là dans le East End et il rencontre des bikers d'Hels Angels. Il tombe dans la drogue, dans l'héroïne.

qu'il remplace à un moment par l'alcool. Donc tout ça se passe très mal et depuis plusieurs années, il est sobre. et qui s'occupe énormément des alcooliques chez les alcooliques anonymes qui l'ont aidé en fait à s'en sortir. Il habite sur ce port qui est aux environs de Paris, sur un petit bateau, et c'est le voisin de ma copine.

Je me demande s'il ne me ment pas, en fait. C'est tellement dingue. Quand je lui ai demandé ce qu'il faisait maintenant, il me dit que comme il fait beaucoup de bricolage, il va travailler chez les uns, chez les autres, et je me débrouille tout de suite pour dire, moi j'ai un problème chez moi, ce serait bien que vous veniez faire quelques travaux. Parce que je veux le revoir et que je me dise que c'est un bon moyen de le revoir.

Nous sommes en janvier, il me rappelle, il vient faire des travaux chez moi, et là tout de suite, il y a un truc ambigu, on a envie de rester ensemble, on a envie de se parler, c'est clair. Et quand il a fini les travaux, il me dit « Bon, voilà, c'est fini. Ça me ferait plaisir que vous veniez avec ton mari et ton fils déjeuner chez moi la semaine prochaine. » Je dis pourquoi pas, et puis il se trouve que mon mari dit qu'il a un truc, mon fils dit qu'il n'a pas envie, et j'y vais toute seule.

Donc là, je découvre un lieu étonnant. Je ne m'y attends pas du tout. La péniche est très, très jolie, très, très bien décorée. C'est en bois. Il y a plein d'objets anciens et je comprends que ça vient de chez sa mère. C'est charmant, voilà, c'est charmant. On prend ce repas ensemble, je suis clairement attirée, lui aussi, il me le dit, et je lui dis, mais ce n'est pas possible, je suis mariée.

Je repars et tout ça, ça me trotte dans la tête. Et puis un jour, je suis en voiture en train de partir pour faire un coaching et on m'appelle dans la voiture et on me décommande. Ni une, ni deux. Je lui passe un coup de fil et je lui dis j'arrive, je fais demi-tour et j'arrive. Et là, je suis mal tombée. Il est en train de nettoyer un revolver, un magnum 357.

Donc je suis très très interloqué, j'ai dit qu'est-ce que c'est que ce truc-là ? Et il me dit c'est ma porte de sortie. Il me dit j'ai eu une vie très difficile et j'ai toujours eu besoin de ça parce que... Il est probable qu'un de ces jours, je me mettrai une balle dans la tête. Donc là, je me dis, mais qui est ce mec ? Qu'est-ce que je fous là ? Cette envie de mort, elle est là depuis le début chez lui.

Je l'accuse de réception en silence. Je le regarde terminer son truc. C'est très méticuleux. C'est la première fois qu'on me dit un truc comme ça. Parce que moi, je suis le genre à oublier assez rapidement ce qui m'embête. Ce qui m'amusait, c'était de le rencontrer lui. Mais ça, je n'y tiens pas trop compte au départ. Et quelques jours après, je reviens et j'ai fait comprendre qu'il m'attire.

Donc, on couche ensemble et le plus incroyable, c'est que quand je repars dans ma voiture, je n'ai absolument pas l'impression... d'avoir fait un délire de bientôt cinquantenaire, de mettre au fer une petite folie, etc. Non, ce qui est extrêmement perturbant, c'est que c'est totalement évident. c'est que je ne pouvais pas faire un truc plus normal. Très vite, ça devient très très romantique, très très fort, et très rapidement, c'est mon âme sœur. C'est évident. Alors, je suis fascinée.

J'ai envie de lui. Je le trouve très, très, très beau et très attirant. Non, je ne sais pas. J'ai envie de passer du temps avec lui. J'ai envie de le connaître mieux. Je suis incroyablement attirée. Après la deuxième fois, je sens que... C'est très très fort et j'hésite beaucoup, je me dis qu'est-ce que je fais et je me dis je ne peux pas faire ça derrière le dos de mon mari.

On a toujours été extrêmement honnête. Je ne l'ai jamais trompé. On ne s'est jamais trompé. Il est très, très amoureux. Je l'aime profondément. Et donc, je me dis, il faut qu'il m'aide et il faut que j'arrête. Un soir, on est en voiture. Je lui dis, écoute. Je prends le volant parce que j'ai un truc à te dire et je lui raconte et je lui dis, il faut que tu m'aides à arrêter. Immédiatement, il me dit, mais c'est hors de question.

Je lui ai commencé hors de question. Il me dit, je veux que tu le vives. Tu ne m'as jamais parlé de personne comme ça. Je savais que ça allait m'arriver un jour. Je suis beaucoup plus âgée que toi. Je veux absolument que tu sois heureuse. Tu vas le rappeler et tu vas continuer cette relation. Au point où il lui propose de venir à la maison, où ils parlent ensemble, on délimite. C'est mon mari qui dira quand il a des trucs à faire et quand je peux aller le voir.

C'est mon mari qui donne les créneaux. Mick ne met pas les pieds dans notre maison. On instaure des règles. Et je vois les deux types se faire un hug et moi je me dis mais je suis dans un film. C'est complètement fou. Ton amant et ton mari qui font des hugs, il y en a un qui dit « I'm sorry, I'm sorry, I'm sorry » et l'autre qui lui répond « c'est ok, c'est ok, c'est ok ». Et moi je me retrouve avec chaque main dans la main.

des deux, de chacun, et je regarde Mick et je dis je t'adopte comme amoureux. I adopt you as a lover. Et mon mari dit tout est bien. Partir de ce moment-là, c'est extrêmement compliqué. Parce que c'est mon mari qui donne les règles du jeu. Donc on se voit une ou deux fois par semaine.

On se découvre. Je découvre cette personnalité qui est complètement multiple. Il peut passer d'un look d'ouvrier à un look extrêmement sophistiqué. Il peut passer d'un côté... homme à un côté femme, il s'habille souvent en fille. Il adore ça. Comme il a les cheveux très longs et très noirs, donc il se met des jupes. Il a plus de 40 ans, mais il se sent bien avec une jupe et des boucles d'oreilles. Ça peut l'amuser. Toutes les personnes qui l'ont vu sont toujours fascinées par lui.

Je pense que ça aurait pu être une espèce de gourou. Il peut se faire toutes les filles qu'il veut. Oui, c'est un être... presque magique, très particulier, très original et qui dégage énormément de séduction, mais qui fait peur aussi. Et souvent, les petits-enfants dans les queues de supermarchés hurlaient en le voyant.

J'ai peur aux gosses. Je me donne beaucoup de mal pour rester très proche de mon mari, de faire beaucoup de choses avec lui, de rester affectueuse. Je suis partagée entre deux hommes. Et c'est quelque chose de très, très, très fatigant, la vérité. Et Mick commence à me dire, c'est très frustrant, on ne peut pas faire ce qu'on veut, on ne peut pas être spontané.

On est en train de nous enfermer dans quelque chose et qu'on ne peut pas vivre ce qu'on a à vivre ensemble. Et on se met d'accord tous les deux, après trois mois, que c'est insupportable. mais qu'il n'y a aucune raison que je quitte un type aussi merveilleux que mon mari, et que donc on va renoncer à ce truc qui est un peu délirant. Pendant 15 mois, j'ai rompu avec Mick.

qui part faire un voyage aux Etats-Unis et au Mexique parce que c'est insupportable de se savoir à côté. On a la même ligne de RER, on risque de se croiser. En fait, tout ça, ce n'est pas possible. Donc, je reprends ma vie. Pendant 15 mois... Je ne le vois pas. C'est une période affreuse. Je le vois partout. Il y a un type tatoué qui passe, je vois une moto, je vois un mec à cheveux longs.

C'est obsessionnel, c'est épouvantable. Je souffre énormément. Un soir, mon mari est en train de regarder un match de foot. On a chacun notre télé parce qu'il regarde beaucoup de sport et que moi, ça ne m'intéresse pas. Et moi, dans ma chambre, je suis en train de regarder un truc.

Et je tombe sur un téléfilm. Et c'est l'histoire d'un jeune amérindien. C'est un film sur un road trip d'un jeune amérindien qui traverse tous les Etats-Unis pour aller mourir sur une montagne sacrée. Et moi, je ne pleure. jamais, en voyant un film. Et même si je suis émue, je ne pleure pas. Et là, en voyant cette histoire, je me mets à sangloter, sangloter, sangloter, sangloter. Et j'arrive dans le bureau de mon mari et je lui dis...

Je dois aller aider Mike à mourir. Ce qui est totalement irréel. Il me dit, mais qu'est-ce qui t'arrive ? C'est quoi ? Je raconte l'histoire. Mon mari est très étonné, me console, me fait raconter. Qu'est-ce que c'est que ce téléfilm ? Pourquoi j'ai eu cette intuition ? Pourquoi j'ai eu cette crise de larmes ce jour-là ? Je ne sais pas.

Je fête mes 50 ans avec une super fête à la maison organisée par mon mari. L'anniversaire de Mick est le 15 juin et quelques jours avant le 15 juin, incidemment, comme ça, je suis... dans la cuisine, et je dis à mon mari, tiens, c'est l'anniversaire de Mick dans deux jours. Et il me dit, appelle-le. Je dis, pardon ? Il me dit, appelle-le.

Je dis, mais je ne vais pas l'appeler. Je vois que tu y penses. Je vois que ce n'est pas parti. Tu n'as pas fini de vivre cette histoire. Tu as arrêté ça beaucoup trop vite. Je tiens à ce que tu l'appelles. Je tiens à ce que tu le vois. Je ne peux pas supporter. de te voir comme ça. Je vois qu'il est dans ta tête. Et donc, rappelle-le. Je rappelle Mick. Il est à Amsterdam avec une copine et il me dit je prends la Harley et je reviens. Dans la seconde.

Il est arrivé direct. Donc on passe son anniversaire ensemble et rebelote, c'est parti. Et on va partir pendant l'été en Angleterre. Il me fait découvrir son pays. On va à Glastonbury. On va à Stonehenge. On s'éclate comme des fous. On est trop bien. On se met la musique à tue-tête dans la bagnole. On fait le retrait. mais formidable, on est mais alors sur un petit nuage et on se rend compte qu'on s'entend tellement bien, on rigole ensemble, on a 80 000 choses à se dire.

Tout est simple, tout est facile, tout est léger, tout est merveilleux, tout est beau, tout est... Voilà. Je rentre, je reviens à Paris. Je fais beaucoup de stages en province ou à l'étranger. Et dès que je suis seule, c'est l'horreur dans ma tête. Parce que je suis là, mon mari, Mick, Mick, mon mari, mon mari, Mick, je fais quoi ? Je ne peux pas rester toute ma vie comme ça, c'est épouvantable, mais quitter mon mari, ce n'est pas sympa.

C'est vraiment pas bien. Rester comme ça, c'est horrible. Je n'en peux plus. Je deviens folle. Je bassine ma psy. Et voilà, je n'arrive pas à m'en sortir. Un jour, je vais dîner chez des amis. Et j'ai une de mes amies qui tire le tarot et elle me dit je vais tirer le tarot. Je dis ça ne sert à rien et je ne vais pas changer ma vie à cause d'une carte de tarot. Et elle me tire quand même le tarot.

Et en fait, c'est merveilleux pour les deux. Je dis, tu vois, ça ne sert à rien. C'est merveilleux avec les deux, je le sais. Ce que tu viens de faire est totalement inutile. Et cette nuit-là, pour la première fois, je pose ce problème différemment. Ce n'est plus... Mon mari, Mick, Mick, mon mari, c'est le choix soit de la vie, soit de la mort.

Choisir de rompre avec le mari et de partir avec Mick, c'est partir vers l'aventure, vers la Harley, vers les road trips, vers l'amour. C'est la route vers le soleil, le vent et l'inconnu. mort, c'est rester avec mon mari qui a 19 ans de plus, qui est plan plan. qui, bien sûr, un beau jour, va tomber un peu malade, il a déjà quelques soucis de santé, etc. Et je sais très bien que si je ne pars pas maintenant, je ne partirai pas quand il aura 80 et qu'il sera handicapé.

Il a moins de 70 ans et c'est encore faisable. Même si ce n'est pas cool, c'est faisable. Ce jour-là, je décide que je quitte mon mari. J'arrive, je le lui dis. Il me dit, je m'y attendais. Et il me dit, est-ce qu'on peut passer dix jours ensemble ? Je passe dix jours merveilleux avec mon mari, à tout revoir notre histoire, à tout remettre en place, tout clore. J'ai passé 13 ans avec mon mari en vie commune et le jour de son anniversaire en octobre 2002, je pars vivre sur la péniche avec Mick.

Quand j'arrive sur la péniche, tout est juste, tout est bien. J'ai enfin sauté le cap, je suis délivrée de ces presque deux ans de questionnement, de peur, d'anxiété, de choix. La petite crainte que j'ai, c'est la taille de la péniche. Elle est toute petite et on a tous les deux des très très fortes personnalités. Est-ce qu'on ne va pas se sentir un peu à l'étroit ? On s'aperçoit très vite que pas du tout.

Tout se passe très bien. Il a débarrassé un endroit pour en faire un dressing pour moi. Je trouve ma place. Et là, on commence une relation, enfin, de couple. Les week-ends, on prend la Harley, puis on roule. On fait des rides avec des potes bikers. Donc moi, je deviens une bikeuse. Je me retrouve avec le perfecto, etc.

que je n'avais jamais mis les pieds sur une Arlène de ma vie. Et puis, les gens sont tous hallucinés. Ils disent, qu'est-ce qu'elle fait ? L'aristo, là, complètement. J'ai un look qui est une voix. Je ne suis pas particulièrement... dans mon style, avec un biker tatoué de la tête aux pieds, qui a une façon de parler hallucinante, parce qu'il parle d'une manière incroyable. Il traduit de l'anglais tout.

Donc, il a un vocabulaire formidable, mais une des tournures de phrases complètement folles. Alors, il me dit des trucs du genre « vous avez coincé moi » ou « là, tu me bec-clous ». J'adorais ça, « tu me bec-clous ». clous, tu vois, tu me clous le bec. Il comprend absolument tout et on arrive à se parler, donc on parle d'une espèce de franglais incroyable.

Je le présente à tous mes amis. Il commence à bien s'entendre avec mon fils. Ma mère l'adore. Partie de ma famille lève les yeux au ciel en disant que je suis raide folle parce qu'ils aimaient beaucoup mon mari. Mick a une fille, il n'a jamais voulu d'enfant, il l'a dit à toutes les femmes avec qui il a été.

Et il y a une femme qui lui a dit un jour je suis enceinte et je le garde. Et il lui a dit mais tu sais bien que je ne veux pas d'enfant. Et elle lui a dit mais justement c'est pour ça que je t'ai choisi. Je ne veux pas de père et je veux l'élever toute seule. Et cette fille l'a contactée quand elle avait 13 ans. Ça ne s'est pas extrêmement bien passé, ils ne se sont pas revus. Et au moment où je me mets à vivre avec Mick, sa fille a 16 ans.

Le recontacte. Moi, j'ai poussé pour que cette relation se fasse. Et petit à petit, ils ont créé un lien ensemble et une assez jolie relation. Elle vient assez régulièrement. Lui travaille, je l'envoie de temps en temps sur des chantiers, vers des chantiers pour des amis à moi. Il était incroyablement doué en menuiserie et en marqueterie, tout ce qui est le travail du bois.

Et il commence à avoir de plus en plus mal au dos. Donc mal au dos, quand on a toujours travaillé avec son corps, c'est un peu normal. On ne s'affole pas trop, il a déjà un lumbago, etc. En juillet, il a une opération. Mais les douleurs commencent à se faire de plus en plus intenses, malgré l'opération.

L'amour entre nous est littéralement immense. C'est-à-dire que là, on a beaucoup d'amour physique très, très réussi, bien sûr, mais il y a aussi quelque chose d'autre. Il y a une émotion constante entre nous, en fait. Ce qui me semble très important, c'est qu'il me bouleverse. Je vois toujours en lui le petit enfant qu'il a été. Je vois toujours en lui l'enfant qui n'a pas été aimé. Et j'ai envie de lui donner tout l'amour qu'il n'a pas eu. Et lui est...

fou de moi, je pense. Il me fait des litanies absolument magnifiques, où il trouve 14 verbes incroyables. Je t'aime, je te respecte, tu me fais rire, je te trouve belle. Il me fait comme ça des litanies pendant des heures. On discute. comme des fous. Il prend toujours le contre-pied de tout ce que je dis. Il me dit, mais c'est ça qui est amusant, c'est de dire l'inverse. Tu dirais noir, je dirais blanc. Je dis, ben non, on peut essayer de parler et se mettre d'accord. Non, non, il adore...

Donc on passe des heures à discuter de tout. Et il a une phrase absolument magnifique, j'adore. Il dit toujours, j'ai toujours le dernier mot, mais c'est toujours le premier de Jacqueline. Et puis petit à petit, il a mal partout. Quand je l'envoie chez des amis, par exemple, chez qui il va faire des chantiers, j'ai mes amis qui m'appellent en me disant, je l'entends toute la journée, faire aïe ouïe, aïe.

Et c'est insupportable, j'ai l'impression d'être une esclavagiste, je ne peux plus le faire travailler, il a vraiment trop mal, c'est très pénible. Et là, on commence à faire une espèce de parcours. épuisant, beaucoup à l'hôpital Montsouris, beaucoup chez des thérapeutes comme des acupuncteurs ou des faciathérapeutes, etc.

La seule chose qui lui fait vraiment du bien, c'est l'acupuncture. Et pendant deux, trois jours, il va mieux. Cette errance, entre guillemets, thérapeutique dure jusqu'au jour. où on va à l'hôpital Ambroise Paré, à Neuilly, et là, il y a un médecin qui lui dit « vous avez sans doute quelque chose qui s'appelle la fibromyalgie ». Donc, on n'a jamais entendu parler de ça.

On va voir sur internet, et là, fibromyalgie, il y a 100 symptômes, et il doit en avoir 78. C'est des maux de tête, des maux de dents. des tendinites, des mâles au ventre, des syndromes du colon irritable, des sciatiques. Des mal au dos, bien sûr, des peaux qui deviennent hypersensibles, comme si on passait du papier de verre dessus. On ne peut plus le toucher. Toutes ces douleurs, c'est en même temps.

Ça devient quelqu'un qui est perclu de douleurs partout, tout le temps. Il va de plus en plus mal et le gros problème, c'est quoi ? Qu'il n'aille plus faire de chantier. C'est compliqué et qu'il ne fasse rien, c'est pire encore. Un jour, j'ai une idée. Je lui dis, cette péniche, elle est trop petite pour nous. Tu es extrêmement doué de tes mains. achetons une péniche plus grande et puis ce sera notre projet, notre bébé, on va faire une super péniche ensemble.

Et on trouve effectivement à peu près trois emplacements plus loin, donc un emplacement et une péniche à acheter qui est très très très laide à l'intérieur mais assez jolie à l'extérieur, c'est une luxe-moteur. Et là, on a démarré notre grand délire à tous les deux, créer, inventer ensemble cette péniche.

On fait des brocantes, on part à Chartres acheter des vitraux, parce que j'adore les vitraux. On recueille du laiton dans tous les sens, on va aux puces, on trouve une fabuleuse figure de proue qui représente un Indien. avec un aigle sur la tête. Un jour, quelqu'un se moque un peu de Mike en lui disant « on est en train de construire une cathédrale ». Alors du coup, il entoure tous les hublots en laiton qu'on a trouvés avec des formes de croisés en ogive. Enfin bon, on choisit des bois.

Il fait un bureau en cèdre qui sent incroyablement bon. On délire complètement, on s'amuse comme des fous et on crée cet objet incroyable. Et il commence à me dire, de toute façon, une fois que la péniche sera finie... Moi, j'aurais fini ma vie aussi et donc je fais en sorte pour que ça dure le plus longtemps possible et on va mettre 9 ans pour faire la péniche.

Il a des douleurs partout. Les douleurs augmentent, augmentent, augmentent. On découvre que c'est une fibromyalgie, qui est une maladie à 90% de femmes. Plus on se renseigne, plus on se rend compte que c'est une maladie terrible. Il y a au moins 2 millions de personnes en France, donc ce n'est pas du tout une maladie orpheline. Il y a plus de 6 millions au Canada. Il y a beaucoup de recherches qui sont faites au Canada. Et puis un jour...

Il me dit, écoute, j'ai vraiment trop mal. J'en ai marre de prendre ces saloperies, le lyrica, le tramadol, toutes ces jolies choses qu'on donne aux gens qui ont mal. qui ont beaucoup d'effets indésirables. Et il me dit, est-ce que tu n'as pas un bout de hachiche qui traîne quelque part ? Moi, j'ai toujours bien aimé fumer.

Et je lui dis, ben oui, mais enfin, est-ce que tu es sûre ? Je veux dire, tu es sobre depuis tant d'années, tu ne touches à rien. Il me dit, vraiment, j'ai trop mal, j'ai trop mal, s'il te plaît. Et, à notre grande surprise à tous les deux, Ça l'aide énormément, ça lui fait beaucoup moins mal. Il ne fume jamais le matin, il commence à 2-3 heures de l'après-midi. Mais quelquefois, s'il a trop mal, il démarre à 10 heures.

Ça la pèse énormément, ça nous change complètement la vie et ça lui permet de supporter et puis de baisser tous les médicaments ou même d'arrêter tous les médicaments qu'on lui donne. Mais le problème avec le fait de fumer, c'est qu'on ne peut plus voyager. Parce qu'on ne peut pas transporter ça dans nos bagages avec le risque de se faire choper.

aux douanes, et puis on ne peut pas s'amuser à chercher le dealer local dès qu'on arrive quelque part. On l'a fait une fois, on a été au Maroc en disant au Maroc on va trouver, mais moi j'ai passé les trois premiers jours à chercher... quelqu'un qui nous en amène, et c'est compliqué, et puis on met les personnes en péril en plus en faisant ça, donc c'est très compliqué. Donc on commence à ne plus pouvoir voyager, et puis...

Il ne peut pas conduire des foncés, donc il ne peut plus conduire la Harley, il ne peut plus conduire la voiture, c'est moi qui conduis. Et il commence à passer ses après-midi, il regarde des films. En sachant que ceux qui lui font le plus de bien, c'est les plus cons, c'est-à-dire les Fast and Furious et autres bêtises de ce genre. C'est un fou qui regarde les Star Trek en boucle.

Il s'écoute énormément de musique. Dès que je suis parti, il met de la musique à toute tête, ça lui fait du bien. Mais sa vie devient, à ce qu'il dit lui-même, elle devient nulle. Elle ne devient pas du tout intéressante. Deux fois par an. Au minimum, quand j'arrive, il me dit maintenant, ça suffit. Je prends le fusil et je vais me tirer une balle parce que ça suffit, c'est insupportable. Alors ça, c'est des moments très difficiles à gérer pour moi.

La tentation est grande de lui dire « vas-y », en sachant que le connaissant est parti dans la seconde et que je le perds. L'envie, c'est de se mettre à pleurer. Ça va l'énerver. Fais pas ta mise, j'aurai, là, c'est moi qui ai mal, c'est pas toi. Donc, la crise de larmes, il faut l'oublier. Donc, je finis par comprendre comment il faut gérer et je lui dis, je comprends.

Je comprends que tu en es marre. Je comprends que tu aies envie d'en finir. Mais moi, j'ai envie de te garder. Donc, si tu peux encore tenir, ça me ferait vraiment plaisir. Je redoute ces crises. Et je commence à mettre en place plein de trucs pour supporter. Supporter de le voir avoir mal déjà, parce que c'est affreux. Quand il a très mal, un des trucs qu'il aide, c'est de parler.

Je m'assois et je l'écoute. Il a une espèce de logoré. Il peut parler pendant 2-3 heures de tout et de rien, de ce qu'il a lu, de ce qu'il a vu sur Internet le matin. Il se promène sur les sites et puis il commence à se brancher sur la spiritualité. Il regarde des conférences et il commence à me parler des vies antérieures.

Et puis, il commence à programmer aussi ce qu'il fera dans ses vies futures et des choses comme ça. C'est très compliqué quand on est aidant, quand on vit avec quelqu'un qui a extrêmement mal. Si on est en train de prendre ses douleurs, on a mal comme lui, on ne sert plus à rien. Et donc, on est obligé de se blinder. Tu as l'impression que pour sauver ta peau et pour l'aider, tu dois te distancier au point de...

quelque part, faire semblant de ne rien voir. Donc, il finit par donner la harley. Il finit par en faire de moins en moins. Entre-temps, moi, j'ai divorcé de mon mari. Nous nous voyons toujours avec tendresse. En juillet 2013, j'apprends qu'il a succombé à son troisième AVC et donc je perds mon mari. Et moi, c'est extrêmement triste, bien sûr.

C'est difficile pour moi d'en parler plus. En fait, ça me fait beaucoup de peine, bien sûr. Et à ce moment-là, Mick va très mal. Tout va mal, quoi. C'est une période où tout va mal. On vit avec cette épée de Damoclès, parce que Mick me dit régulièrement qu'il n'en peut plus. Un jour, donc en 2013, il me dit « maintenant ça suffit ».

Il me dit, tu comprends, quand on a un cancer, il y a deux possibilités. Soit on meurt du cancer, soit on se guérit du cancer. Il me dit, moi, le reste de mon existence... va être de vivre avec ces douleurs abominables. Le reste de mon existence, va être de me lever le matin pour savoir qu'à partir de 10h les pires jours, à partir de 14h les meilleurs, je vais être obligée de m'allonger pour regarder des films stupides et ne rien faire. C'est insupportable.

Je ne peux plus aider personne, ça me fatigue beaucoup trop de travailler pour les alcooliques anonymes. Et puis il me dit, là je deviens d'une telle sensibilité que dès que je rencontre quelqu'un qui souffre, je souffre autant que lui. et je ne peux plus voir des gens qui ne vont pas bien. J'ai l'impression que le monde n'est que souffrance, n'est que douleur, et c'est insupportable.

Cela dit, il tient le coup. Malgré tout, on passe des moments merveilleux. On prend des super vers couchés du soleil sur le pont du bateau. On arrive à faire deux, trois trucs. Mais... Mick veut plus se soigner, à part les pétards. Il veut laisser, entre guillemets, la nature faire son cours. Dès que je ne suis pas là, il ne se nourrit pas. Donc je reviens, j'ai le frigidaire qui est toujours plein. Avant, c'était lui qui faisait toujours la cuisine. Quand on s'est rencontrés, il m'avait dit...

Je ne ferai pas le même plat une seule fois de suite pendant un an. Et pendant 365 jours, il m'avait fait des menus différents et des cuisines différentes. Là, il ne cuisine plus. Quand je rentre de mes stages, je cuisine et je lui apporte dans son lit. Et tous mes amis me disent, mais comment tu fais pour supporter ça ? Et je dis, je l'aime, c'est tout. Notre amour est plus fort. Je pense que toute personne qui vit avec quelqu'un qui ne va pas bien a envie qu'il reste, même s'il est mal.

La chose qui me pose un énorme problème, c'est quand à Noël 2014, il décide de ne pas venir passer Noël en famille. Et alors, comme beaucoup d'Anglais, Noël pour Mick, c'est la fête. Et il nous a fait depuis des années des fêtes incroyables, avec des plats incroyables, des dindes de ouf, des poudings insensés. Et donc, c'est hors de question qu'il ne vienne pas à Noël. Tout le monde adore qu'il soit là à Noël.

Il fait Noël, quoi. Et cette année, il me dit, je ne me sens pas bien. J'ai passé avec ma fille sur le bateau. Vas-y, toi. Et j'y vais toute seule. Et là, je me dis, waouh, s'il ne vient pas Noël, c'est que ce n'est pas bon. Et juste après Noël, le 7 janvier 2015, c'est l'attaque de Charlie Hebdo. Et on est là, atterrés, en train de regarder ça. Et là, il me dit, moi, je ne peux pas vivre dans un monde comme ça. Il me dit, ça suffit.

Tu sais, tu m'as donné 13 ans de vie. Je n'aurais jamais vécu aussi longtemps. Je serais morte bien avant. J'ai toujours voulu partir. Et là, vraiment, je ne vois pas pourquoi je vis. Je ne vois pas à quoi ça sert de vivre comme ça. J'ai tout le temps mal. Je te gâche ta vie. Ma vie ne rime absolument à rien. Donc, ça suffit. Je dis OK. Je dis ok, ça fait 13 ans que je me bats pour non, non, non, non, non, non, non, non. À un moment, tu ne peux pas obliger quelqu'un à vivre un enfer.

sous prétexte que ça ne se fait pas. Sous prétexte que tu as envie de le garder. Donc, je lâche. Mais je ne réalise pas ce que ça veut dire. C'est un truc complètement de fou. Quand on vit avec quelqu'un qui est très malade, même si on sait que cette personne est condamnée, on ne sait pas quand elle va partir. Là, j'ai une date. Donc, il a la date, le 15 juin 2015, le jour de ses 60 ans, et j'ai un compte à rebours. Je me sens un peu comme la femme d'un condamné à mort qui saurait que...

Tel jour, la guillotine va tomber. J'ai tout le temps ça dans ma tête, au fond de ma tête. Le mot qui me vient, c'est meurtre. Ce n'est pas suicide. Pourquoi ? Parce que je suis au courant. Donc je participe. C'est très compliqué. Au moment où Mick décide qu'il veut, en parlant clair, se suicider, il peut se suicider bien sûr, mais il n'y a aucune aide possible. Donc moi, ce que j'aurais aimé...

c'est de ne pas être seul vis-à-vis d'une situation de ce genre. Mais en France, c'est totalement interdit. Même si tu aides quelqu'un à s'en aller, tu peux toi-même te retrouver en prison. Il y a plusieurs histoires comme ça où les gens se sont retrouvés considérés comme complices. Quand on en parle, Mick commence à dire qu'il va le faire sur le bateau, c'est compliqué. On a à côté de nous un petit étang avec une île qui va le faire sur cette île.

Ça me plairait parce que je pourrais rester avec lui un moment, mais après il faudrait que je me cache et que je fasse semblant de ne pas le savoir. Tout ça me fait me réveiller la nuit avec des angoisses et des sueurs froides. On a vu ensemble des films, lu des reportages sur l'aide à mourir en Suisse et en Belgique. Donc, je lui propose d'envoyer un mail.

et on n'a aucune réponse. Le temps passe jusqu'au moment où nous avons un ami qui habitait sur le port avant, qui revient avec sa péniche et avec sa nouvelle compagne. On est en mars et Mick leur explique ce qu'il a décidé. Et cette femme a déjà en tête qu'elle ne veut pas de déchéance, elle ne veut pas se mettre... a dégringolé devant ses enfants et qu'un jour, elle ferait ce genre de démarche et elle décide de mettre son bateau à côté et de venir passer les mois qui restent avec nous.

Et là, en fait, l'énergie est totalement transformée. Parce qu'on est quatre, on est deux couples. Il y a plein de choses qui se mettent en place. On fait la cuisine ensemble. Elle est d'origine américaine, donc ils ont la même culture. Et moi, quand je pars travailler, je sais qu'il est bien, qu'il est heureux, qu'il est entouré. Et c'est un incroyable soulagement.

Je me sens moins seule parce que ses amis sont à la fois là pour lui, mais pour moi, ça fait 13 ans que je suis seule en tête à tête avec ses douleurs et à ne pas savoir comment gérer ça et essayer de faire au mieux sans savoir comment. Et donc à partir de ce moment-là, Mick aussi, dans sa tête, il va beaucoup mieux, il fait venir tous les gens qu'il aime et puis il explique à tout le monde ce qu'il va faire. Donc les gens sont atterrés, mais après avoir parlé avec lui, tout le monde dit bon.

On comprend. Et donc, il discute beaucoup avec ses amis qui sont là quand je ne suis pas là. Et un beau jour, il me dit « En fait, ce que je vais faire, c'est que je vais repartir chez moi. Je vais repartir en Angleterre. Je vais repartir à Portsmouth. »

Je le ferai là-bas, comme ça, toi, tu ne seras pas impliqué. Et je lui dis, mais enfin, je ne serai pas avec toi. Il me dit, non, mais moi, je ne peux pas t'avoir toi et ta douleur, mon dernier regard. Je veux le faire tout seul. Et puis, tu comprends.

J'adore l'Angleterre et puis votre côté latin avec vos émotions, c'est agaçant. Les Anglais, ils ont cette capacité de recul et moi je veux renaître anglais, tu comprends. Alors si je meurs en Angleterre, peut-être que je renaîtrais anglais, c'est quand même beaucoup mieux.

À un moment, il décide de le faire à Portsmouth et il commence à dire qu'il le fera sur une plage parce que ce sera très agréable. Et puis il se dit non, non, mais ce n'est pas possible. Si je suis trouvée par un enfant, c'est affreux. Donc il me fait réserver un hôtel à Portsmouth, un hôtel où on avait déjà été. Et il prend un billet pour partir le 13 en ferry, deux jours avant. Pendant longtemps, le rêve de Mick était de se tirer une balle et c'était vraiment une chose que je ne voulais pas.

parce que je trouvais ça abominablement violent. Donc, il me disait « Oh, mais si tu ne veux pas, je la tirerai dans ma tête, je la tirerai dans mon cœur. » Et je lui disais, tu as eu une vie de violence pendant toute ton adolescence, tu es devenu quelqu'un de pacifique et te tirer une balle, pour moi c'est trop violent. En fait, pendant toutes les années où on lui avait donné des médicaments, il les avait gardés.

Donc finalement, il choisit de prendre des médicaments. Il avait gardé pendant des années de la morphine, je pense que c'est ça. Je n'ai jamais voulu trop savoir, je ne voulais pas rentrer non plus dans les détails. de la cuisine parce que je lui faisais confiance. Donc, il décide de choisir de prendre des médicaments. Par contre, il lui faut un antivomitif.

Le problème avec la prise de médicaments, c'est que comme c'est très violent, le corps rejette et vomit. Donc l'antivomitif permet d'être sûr de ne pas rater son coup. Et comme il en a souvent parlé à son médecin qui voulait se suicider et que son médecin lui a dit qu'il ne voulait pas être concerné par cette histoire, je sais que ce n'est pas le médecin qui va en donner. Et donc, je suis allée voir un dermatologue.

qui est un ami, et sous prétexte d'une tâche que j'avais, je lui ai demandé incidemment comme ça de me faire une ordonnance d'antivomitif. Pour moi, c'est le dernier cadeau que j'ai fait à Mic, c'est de l'aider. En l'occurrence, je ne l'ai dit que là-dessus, mais en allant chercher ce produit, effectivement, j'ai eu une action concrète. Le reste du temps, c'est lui qui a décidé, je n'ai fait qu'accepter, mais là, effectivement, j'ai eu une action concrète.

Bien sûr, le choix de la chambre d'hôtel, c'était être tranquille, personne pour déranger, de ne pas être interrompu. Je me demandais toujours, mais est-ce que tu as peur ? Il me disait, je n'ai pas peur, mais j'ai une appréhension. Il me dit, j'ai une appréhension très forte parce que je sais que le corps va résister, parce que je sais que le corps n'a pas envie de cela. Et donc, c'est vrai que j'appréhende, mais je n'ai pas peur.

Qu'est-ce que je fais pendant toute cette période ? Moi, je pratique énormément la méditation. Je suis sans arrêt en train de me centrer sur ma respiration. Je suis en train de profiter de chaque instant, de chaque rayon de soleil, de chaque chose qui passe. J'essaie vraiment de me centrer sur le présent, le présent, le présent, et être le plus possible, à profiter de lui tout le temps, tout le temps, tout le temps, tout le temps, et à ne pas trop réfléchir, parce que ça ne sert à rien.

Il me demande souvent si moi ça va aller jusqu'au jour où je lui promets que je vais aller et que je vais vivre et que je vais aimer la vie. Je finis par me dire... C'est sa vie, ce n'est pas la mienne, c'est son choix, ce n'est pas le mien. Il faut accepter de perdre, un petit peu comme des parents qui sont obligés d'accepter le choix de leurs enfants.

La seule chose que je peux faire, au point où on en est, c'est lui rendre le mieux possible ces derniers moments. Et donc, grâce à ses amis, c'est vrai qu'on arrive à faire quelque chose qui est magnifique. On a des fourrires incroyables. L'effet que ça produit chez les gens, c'est incroyable. Tant qu'il n'a pas parlé aux gens, c'est insupportable. Dès qu'il parle aux gens, tout le monde comprend. Il est très persuasif, il explique clairement. Et c'est vrai qu'à partir de ce moment-là...

Il nettoie tout, il règle ses dettes, il règle ses affaires, il met la voiture à mon nom. Il fait en sorte que je n'ai rien à faire après. Il organise aussi la cérémonie. Donc il veut qu'après son départ, il y ait une cérémonie aux alcooliques anonymes où il a été si souvent à l'église américaine. Il me donne la date, puis il me dit dans les...

enterrements anglais, on fait des sandwiches aux concombres, alors ce serait bien que je t'apprenne à faire des sandwiches aux concombres. Alors là, je pète les plombs et je lui dis, écoute, tu ne seras pas là, je ferai ce que je veux, ne commence pas à m'emmerder. Mon fils a une trentaine d'années.

Je le fais venir sur le bateau et on essaye aussi de joindre sa fille. Il lui envoie plusieurs messages en lui demandant de passer, sans lui dire pourquoi, et sa fille ne répond pas. Par contre, mon fils arrive.

Et je lui annonce que trois semaines après, voilà ce qui va se passer. Et il se met à hurler en disant « Maman, mais c'est impossible, tu ne lui interdis pas de faire ça, mais en fait, ce n'est pas possible, on ne peut pas le laisser faire une chose pareille. » Et je lui dis « Ecoute, va lui parler, va lui parler. » Il va lui parler. Une heure après, il revient. Il me dit, j'ai compris. C'est ce qu'il veut. On ne peut pas aller contre sa volonté.

Mon fils fait des films et s'est très bien utilisé des caméras. Et il me dit, je voudrais faire un film sur lui. Je lui dis, il n'est pas en état de faire un film, mais il peut peut-être faire une interview. Demande-lui s'il veut bien faire une interview. Et en fait, il accepte dans la seconde parce qu'il veut parler. Il veut que ça se sache. Il veut qu'on puisse dire aux gens qui ont des souffrances abominables qu'ils ont le droit de s'en aller.

Et donc mon fils vient avec une de ses meilleures amies qui est journaliste et que Mick aime énormément. Et ils vont tourner une vidéo, il y a deux heures et demie de films que j'ai et qui ont été réduites à dix minutes, dans lesquelles Mick explique ses raisons et son départ et pourquoi il veut partir. Paf, arrive un SMS sur son téléphone qui dit, il se trouve que le jour du départ du ferry, le ferry part de Wistriam pour aller jusqu'à Portsmouth, qui lui dit...

C'est la fête de Wistream, ce qui fait qu'il va y avoir des manifestations dont un énorme feu d'artifice. Et le bateau qu'il doit prendre part à 11h du soir et le feu d'artifice est à 11h du soir. Et Mick me dit, tu vois, il fête mon départ. 12 juin 2015, c'est notre dernière soirée. Assis en tailleur sur le lit, à raconter à quel point notre amour a été quelque chose de merveilleux.

de parfait, à raconter des anecdotes, à écouter de la musique, à reparler de tout, en étant léger. En étant léger. Je l'ai remercié pour tout ce qu'il m'avait donné, tout ce qu'il m'avait apporté, tout ce qu'on avait pu faire ensemble, etc. Il disait toujours « Life is a game ». La vie est un jeu. Il a poussé son truc jusqu'au bout. Il ne voyait absolument pas en quoi il fallait dramatiser le fait qu'il soit enfin libéré de ses douleurs.

On a eu six mois pour se dire au revoir. C'est ça qu'il y a de magnifique. Je veux dire, quand quelqu'un meurt dans un accident, c'est épouvantable, parce que du jour au lendemain, ta vie, elle est fichue, la personne n'est plus là, c'est épouvantable. On s'est dit tellement de choses pendant ces six mois déjà. Et lui, il me disait, de toute façon, maintenant, il y a des moments où je ne suis pas avec toi.

Il y a des moments où tu es en train de travailler, où tu es ailleurs, etc. À partir du 15 juin, je serai avec toi tout le temps. Je te parlerai tout le temps et je serai avec toi tout le temps. On est le 13 juin 2015. Et on prend la route. On a nos amis qui conduisent et on est tous les deux comme les enfants assis derrière. Et on part vers la Normandie. Et après le troisième péage, la voiture cale et elle n'avance plus. On est en panne.

Alors là, c'est complètement sidérant. Donc, on se met sur un parking. La voiture ne veut plus démarrer. Et là, Mick, il devient dingue. Il dit, puisque c'est comme ça, je fais du stop, j'y vais tout seul. De toute façon, je n'ai pas besoin de vous, etc. Je lui ai dit non, tu m'as déjà interdit d'être là, tu me laisses aller jusqu'au dernier. Puis après avoir chauffé un petit moment, la voiture a redémarré. Et puis quand on arrive, Mick a envie d'aller revoir le...

mémorial du débarquement. Mick est un obsédé des guerres mondiales, connaît ça absolument par cœur, et donc on va faire cette visite. Et puis, quand on a fini notre visite, il dit, tiens, on va tout de suite, avant d'aller dîner, puisque le bateau part à 11 heures du soir, on va tout de suite aller m'enregistrer. Donc, on arrive à l'embarcadère du bateau.

pour l'enregistrement. Et là, on lui dit, mais monsieur, vous ne pouvez pas partir, votre passeport est périmé. Son passeport avait quatre mois, je crois, de retard. Donc là, de nouveau... Trôles de trucs. La voiture bloque, le passeport est périmé. Et Mick dit, je suis anglaise, je peux rentrer chez moi, ce n'est pas possible. Et la fille finit par lui dire, oui, vous pouvez rentrer, mais vous ne pouvez pas revenir.

Voilà, petit sourire de Mie qui me dit, tu vois, de toute façon, je ne peux pas revenir. Et on va sur la plage à ce moment-là et le soir commence à tomber et là, c'est incroyable, le ciel est rempli de cerfs volants. Est-ce que c'est la fête du Istream ? De cerfs volants de toutes formes, de tout style. Des bateaux, des poissons, des dragons. C'est complètement incroyable.

Mick va partir et il y a déjà des espèces de personnages, des âmes qui se promènent dans le ciel. J'ai une photo de lui là, assis en tailleur. avec sa cigarette à la bouche, avec tous ses cerfs volants derrière. On va dîner, autant dire que je ne mange pas des masses. On parle un peu de tout et de rien. Et puis, on revient. Et puis, c'est bientôt l'heure du départ. Et je dis à Mick, tu as le droit de changer d'avis encore pendant...

le temps que tu veux. Et si tu décides de ne pas le faire et que tu reviens, je serai la plus heureuse des femmes. Si tu veux changer d'avis, surtout change d'avis. Et puis c'est le dernier moment. Et donc, il me dit, maintenant, tu es libre. Et je lui ai dit, non, c'est toi qui es libre. Tu es la personne la plus libre que j'ai jamais rencontrée. Et tu as fait ton choix de vie et de liberté.

Et là, il m'a dit, « You've been perfect. Tu as été parfaite. » Puis on n'arrive plus à rien nous dire. Juste on se regarde. Il va prendre le ferry. Il est dans la queue avec un tout petit sac. Il n'a même pas pris son téléphone. On s'est dit, ça ne sert à rien. Il ne va pas m'appeler 14 fois pour me dire au revoir. On s'est dit au revoir, c'est fait. Je le vois partir dans la queue.

Et on se met sur la plage. Et là, c'est incroyable. Là, c'est incroyable parce que dans le noir, je vois partir le ferry qui est tout éclairé. Et à ce moment-là précis. précis, démarre le feu d'artifice. Et je sais qu'il est sur le basse d'un gage en train de regarder la même chose que moi. Et que c'est la dernière chose que je saurais de lui.

Et que c'est la dernière chose qu'il saura de moi. Et on est repartis. Je me suis allongée sur la banquette arrière. Et je me suis écroulée de sommeil. Et en fait... J'ai dormi beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup et très profondément. Le 15 juin, je mets sa photo, des fleurs, une bougie. Et je me mets en méditation. Et puis tout d'un coup, à un moment, j'ai senti quelque chose comme si c'était fait.

Et à ce moment-là, il y a une fille qui a téléphoné pour lui souhaiter un bon anniversaire que je ne sais pas qui c'est. Et j'ai pleuré en lui disant qu'il est mort. Et ensuite, il y a eu sa fille qui a appelé. Oh putain, mon Dieu, j'avais complètement oublié. Et je lui dis, tu viens tout de suite. Donc on est là, mes amis, mon fils, l'ami journaliste, et on explique tout à sa fille qui est complètement désespérée.

qui a tout raté, qui n'a pas été là, qui n'a pas dit au revoir. Et je lui montre la vidéo que son père a fait pour lui. Puis voilà, rentre la période où on doit attendre. Confirmation et que la police nous contacte. La fille, le lendemain matin, me dit qu'il s'est passé quelque chose d'extrêmement étrange. Elle a eu l'appel.

d'un de ses grands amis qui vit en Martinique, qui téléphone et qui lui dit « Comment va ton père ? » « Mais pourquoi tu me demandes ça, comment va mon père ? » Et il lui dit « Parce que je viens de rêver de lui. » Il était là avec un chien noir et il me montrait un coquelicot. Et je dis à sa fille, je lui dis mais redis-moi ça, qu'est-ce que c'est que ça ? Donc elle me redit.

Et je lui dis, mais est-ce que tu sais que le coquelicot, c'est la fleur des morts pour les Anglais ? En fait, il est venu dire qu'il avait réussi. Et là, curieusement, c'est complètement fou, mais je suis incroyablement soulagée. Parce que je n'ai qu'une peur, en le sachant loin comme ça, qu'il rate, qu'il soit handicapé et qu'il y ait eu ce message. C'est totalement incompréhensible. Un an après, le 15 juin 2016,

sur ma terrasse, il y a eu un coquelicot. Et cette histoire de coquelicot, elle revient sans arrêt. Mickey me dit, je te regarde, je suis là. Donc, je suis avec... Ce couple d'amis, mon fils, sa copine, ma belle-fille et moi, on est six. Et on attend des nouvelles et puis ça n'arrive pas. Donc je leur dis de repartir chez eux et...

Arrive le mercredi. Le mercredi, c'est le jour où je fais mon yoga. J'ai fini mon cours. Je suis avec une de mes meilleures amies qui fait le cours avec moi et j'ai un coup de fil. on est la police, on est passé vous voir déjà deux fois, donc on n'annonce pas ce genre de truc normalement au téléphone, mais voilà, on a retrouvé le corps de votre compagnon dans un hôtel à Porte Smousse.

avec une vidéo qu'il a laissée. Je suis désolée de vous annoncer ça et je vais immédiatement passer ma copine pour que je n'ai pas l'air trop au courant. Et ils me disent... Suicide médicamenteux, pas d'enquête, mais condoléances. Mais par contre, en Angleterre, apparemment, dès qu'il y a ce genre de choses, on fait des autopsies. donc que je dois appeler un médecin légiste. Donc j'appelle le médecin légiste, ils me disent que ça va durer un petit peu longtemps, et effectivement...

Entre temps, avec mon fils, on prépare sa célébration de vie, comme il l'appelait. Il avait déjà organisé toutes les musiques qu'il voulait entendre. J'envoie des mails et j'annonce à tout le monde que Mick n'est plus là, qu'il a été libéré et qu'on fait une cérémonie à l'église américaine le 27 juin 2015. Et ensuite, je suis rentré sur le bateau, puis là, je suis seul. Et là, je pète les plombs, je hurle, je pleure, je lui dis que je l'aime, je lui dis qu'il me manque.

Oui, c'est une période très difficile. Donc, ce qui nous occupe avec mon fils, c'est de monter le film. On a décidé qu'à la célébration, on montrait pendant dix minutes le film de Mick qui explique son geste. Et puis, on propose aux gens de parler s'ils le veulent. J'ai ma famille qui vient, des amis, etc. Et c'est une très, très, très belle cérémonie. Et il y a les sandwichs aux concombres. Après, c'est affreux.

parce que je suis en manque total. Je trouve que ce qui est le plus difficile dans un deuil, c'est de ne plus rien pouvoir partager, c'est de ne pas... Ne pas partager le quotidien. Il n'y a plus personne le soir qui racontait qu'on a vu dans le RER une petite scène intéressante. Même quand on a des très très bons amis, si on les voit tous les dix jours, tous les trois semaines, on essaie de faire le tri pour raconter un truc intéressant.

Mais on ne raconte pas le quotidien. Et moi, je n'ai jamais vécu seule de ma vie. Je suis toujours passée d'une rencontre à un autre. Et donc, c'est très difficile. Mais je me rappelle que je lui ai promis que j'allais aimer la vie, que j'allais vivre, que j'allais être heureuse, même s'il me manque, même si sa peau me manque, même si son amour me manque. même si lui me manque tellement, tellement, je me dois d'aller mieux, je me dois de m'en sortir, je me dois de remonter la pente.

Quelques temps après, en juillet, je suis contactée en disant qu'on allait l'enterrer. Donc on part à Portsmouth avec un de ses filleuls de A.A. qui a arrêté de boire grâce à lui. On arrive... dans un cimetière qui est un cimetière militaire. Les cimetières anglais sont très très beaux, ils sont verts. Il n'y a pas nos grandes pierres tombales, il y a juste des pierres droites sur de l'herbe. Et on voit arriver...

un grand corbillard, trois personnes. Je vois un pasteur. On sort un très, très beau cercueil avec plusieurs plaques dorées, avec son nom en entier. sa date de naissance et sa date de mort. Tout ça payé par la mairie de Portsmouth. Donc, je n'ai jamais très bien compris s'ils font ça pour toutes les personnes qui...

pourrait retrouver comme ça dans la rue ou s'ils l'ont fait parce que c'était le fils de quelqu'un de connu. Je n'ai jamais su. Et moi, j'ai amené dans une petite boîte d'allumettes une de ses dents. Il m'avait dit qu'il voulait que je jette ça dans le... Encore des idées saugrenues. Que je jette ça dans sa tombe. C'est une dent qu'il avait perdue lors d'une bagarre, quand il avait 18 ans, quand il était encore avec ses...

ses motos et ses Hells Angels, avec son filleul. On part dans les rues et on se balade dans Portsmouth et on revoit tous les endroits qu'il a aimés, tous les endroits où on avait été ensemble. J'ai vécu quatre ans dans le bateau. Je suis restée dans le bateau parce que j'avais besoin d'y être. Il avait fait ce bateau magnifique pour nous et il venait d'être terminé quelque part quand il est parti, donc j'avais besoin de rester là.

Et puis à un moment, je me suis dit qu'il fallait que je passe à autre chose. Et je l'ai mis en vente. Et puis je n'ai pas réussi à le vendre tout de suite. J'ai eu beaucoup de difficultés pour le vendre. Ce n'est pas facile à vendre un bateau. J'ai eu deux acheteurs qui se sont désistés. Et puis finalement, j'ai trouvé les bonnes personnes. Et là, il s'est passé encore quelque chose de tout à fait extraordinaire. Donc, on est chez un avocat et on fait le contrat.

Et donc, l'avocat donne mon nom en entier et puis se tourne vers les acheteurs et il dit « Monsieur, avez-vous un autre prénom ? » Et il dit « Oui, mon deuxième prénom, c'est Robin ». Et là, je suis sidéré parce que le vrai prénom de Mick, c'est Robin. Ce n'est pas très courant de s'appeler Robin. Je me dis, tiens.

Et il se retourne vers elle, et elle s'appelle Marie quelque chose, et lui dit, et vous ? Et elle dit, je m'appelle Jacqueline. Et là, dans ma tête, je lui dis, non, mais c'est insensé. Je comprends que ça a été long s'il fallait que tu trouves dans le monde entier un Robin et une Jacqueline pour reprendre le bateau.

Il est tout le temps avec moi, il est vraiment tout le temps avec moi, mais pas d'une manière maladive, je ne parle pas toute seule en lui parlant, mais je le sens extrêmement présent, je le sens surtout présent. Dans les moments où j'ai besoin d'être soutenue, et puis souvent il me fait marrer, parce que je me dis tiens, il me dirait ça, et là il me fait marrer. Et donc oui, il est beaucoup beaucoup là. Le manque est beaucoup moins violent.

Heureusement, je vis dans son souvenir, mais je suis dans un endroit où maintenant je suis bien, où je me sens bien. Et j'apprécie beaucoup, beaucoup l'existence. Et je pense que... On va se retrouver un jour. Vous venez d'écouter Transfer, épisode 354, un témoignage recueilli par Roxane Poursadjadi. Cet épisode a été produit par Slate Podcast. Direction éditoriale, Christophe Caron.

Direction de la production Sarah Koskiewicz Direction artistique Benjamin Septemours Production éditoriale Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours Chargée de pré-production L'introduction a été écrite par Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours. Elle est lue par Aurélie Rodriguez.

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