¶ Introduction : L'attrait de Vipassana
Slate Podcast Avez-vous déjà eu envie de vous déconnecter ? De mettre en pause votre participation à la marche du monde en vous arrêtant un instant sur le bas côté du chemin. Pour prendre un peu de recul, pour vous recentrer sur vous et le moment présent, pour vous sentir mieux.
cette envie certains la comblent avec la méditation un art oriental massivement adopté par l'occident il suffit quelques minutes par jour de fermer les yeux et de respirer en essayant de ne penser à rien sinon au moment présent Une routine que l'écrivain et moine tibétain Mathieu Ricard recommande d'effectuer un peu tous les jours plutôt que de faire de longues séances irrégulières. Florian, lui, est un homme de défi.
Et quand il se lance dans quelque chose, c'est à corps perdu avec l'idée d'aller jusqu'au bout. Un engagement qui peut transformer une belle expérience en difficile épreuve. Vous écoutez Transfer, épisode 172, un témoignage recueilli par Nina Pareja. J'ai 26 ans, je vis à Bruxelles en Belgique et en novembre 2020, je tombe sur un podcast d'un influenceur français qui explique en fait une expérience qu'il vient de faire, qui est une méditation vipassana.
Et il explique le principe qu'il est de passer dix jours dans un centre isolé dans la nature, où on passe dix heures par jour à méditer. Et il explique tous les bienfaits que ça lui a apporté. Et donc moi, quand j'entends ça, je me dis, tiens, pourquoi pas moi ? Ça me paraît être un challenge et ça pourrait être quelque chose que j'aurais envie de faire moi aussi.
J'ai jamais médité de ma vie et je me dis que ça peut être quelque chose qui pourrait me parler et que j'aimerais bien développer aussi et peut-être comme une nouvelle habitude aussi après cette méditation Vipassana.
Dans ma vie personnelle, j'aime bien me fixer des objectifs. J'ai besoin de ça pour avancer aussi. Par exemple, l'année d'avant, je m'étais fixé un objectif, de nouveau en écoutant un podcast, de courir un marathon. J'ai tout fait pour bien me préparer. Pendant un an, je me suis préparé pour ce marathon.
J'étais tellement en focus sur cet objectif et j'avais tellement envie de réussir que je suis allé trop loin et qu'au final, j'ai fini à l'hôpital et je ne l'ai pas terminé. Passer dix jours sans parler à personne, méditer dix heures par jour, ça me paraît être un beau challenge que j'aimerais bien relever.
¶ Préparation et arrivée au centre
Quand je m'inscris, j'en parle à certaines personnes, mais pas à tout le monde. J'en parle notamment à ma copine, évidemment. qui est très supportive. Quand j'en parle à ma famille, leur réaction est assez négative. En particulier ma mère, qui a lu notamment un bouquin d'un auteur français assez connu, Carrère, qui a écrit un livre sur son expérience Vipassana, qui s'est très mal...
pour lui. Et de manière générale, elle sait aussi que ce genre d'expérience de méditation profonde, ça peut en fait faire remonter à la surface et donc elle fait tout pour m'en dissuader. Par contre, je décide de ne pas en parler à mes amis parce que...
Dans le passé, par exemple l'exemple du marathon, j'en avais parlé à tous mes amis qui étaient venus me voir sur place et ça m'avait rajouté une pression supplémentaire. Étant pas sûr de pouvoir aller au bout des dix jours, je préfère pas dire à mes amis que je fais ça.
J'avais pris congé toute la journée du 1er septembre, qui est la journée où commence le cours, et pendant tout le trajet, j'appelle ma copine notamment pour lui donner un peu mon ressenti à ce moment-là. J'écoute de la musique, des podcasts, j'essaie de me gorger. au maximum de choses que j'aime bien et je sens le stress qui commence à monter un peu et je commence à réaliser que je vais vraiment m'embarquer dans ce truc-là.
Donc après ces deux heures de route, je me gare à côté du centre. Je sors de ma voiture et j'envoie les derniers messages à ma famille et à ma copine. J'éteins mon téléphone et je pénètre dans le centre. On m'indique une réception. me rend un formulaire que je dois compléter. Il est écrit en grand qu'ils ne sont pas des psychiatres ou des psychologues et qu'ils déclinent toute responsabilité en cas de problème psychologique ou psychiatrique qui découlerait de...
de la méditation. On doit en fait accepter ce risque-là. Il pose aussi des questions assez étranges comme demander les relations avec la famille, de les décrire au maximum. Ensuite, la personne à la réception me demande de donner mon téléphone, mon portefeuille. et mes clés de voiture il y a interdiction d'amener la moindre distraction donc l'objectif est vraiment d'être focus sur la méditation en permanence ce qui veut dire qu'il est interdit du coup de prendre son gsm mais aussi des livres
des calepins, voire même un stylo pour prendre des notes. On me donne mon numéro de chambre et je me rends au bâtiment indiqué. Et là, j'ai un peu une petite déception en constatant que c'est une chambre double, en fait.
¶ Premières impressions et ennui
il y a plusieurs lits dans cette chambre, et je me rends compte du coup que je vais devoir partager ma chambre pendant 10 jours avec une personne avec qui je ne pourrais pas parler, que je ne pourrais pas regarder non plus, et je me dis que ça va être compliqué. Mon colloque arrive dans la chambre un peu après moi. On échange juste quelques mots parce que le premier jour on peut encore parler mais...
On s'échange juste nos prénoms et j'apprends qui vient d'Allemagne. Et puis je sors de la chambre pour aller un peu voir le reste du domaine. Je tourne dans le jardin et je me rends compte assez vite que j'en ai fait le tour, en fait. Et le tour du jardin complet prend une dizaine de minutes. Donc je me dis comment est-ce que je vais m'occuper pendant dix jours dans un jardin où on a fait le tour en dix minutes.
On m'a donné rendez-vous à 18h pour le repas du soir et donc j'ai deux heures à occuper. Donc après avoir fait mon lit et après avoir fait le premier tour du domaine, il me reste encore une heure et demie à occuper. Là, je prends vraiment conscience que ça va être très long. On est techniquement autorisé à parler, mais tout le monde est déjà un peu dans la zone et ne parle pas vraiment.
les gens se baladent dans ce jardin mais en regardant leurs pieds ou en regardant au loin il y a des gens assis sur des bancs qui regardent au loin aussi donc ça fait un peu ambiance à asile psychiatrique et donc je commence déjà à me demander qu'est-ce que je fais là
J'ai pas vraiment de pulsions à ce moment-là ou quelque chose qui me manque directement. Par contre, je regarde ma montre tout le temps et je remarque à quel point le temps passe lentement quand on n'a rien à faire. Donc je la consulte une bonne vingtaine de fois sur les deux heures que j'ai à attendre. Je regarde un peu tous les gens qui sont autour de moi. Je remarque que le public est vraiment très varié. Il y a des gens très âgés.
Il y a des gens plus jeunes, il y a des personnes avec des accoutrements un peu particuliers. Je remarque notamment un type qui est chauve avec une grosse barbe et qui est habillé dans une espèce de tenue qui est bleu ciel avec des nuages dessus. Je vois un type qui ressemble à Indiana Jones avec un chapeau comme ça. Je vois un monsieur qui se balade partout avec une couverture sur le dos et des longs cheveux bouclés. Il me frappe aussi. Je commence un peu à me dire...
Pour me distraire, je vais sans doute devoir imaginer des personnalités pour tous ces gens. C'est ce que je commence déjà à faire à ce moment-là. Les gens qui ont l'air d'avoir plus ou moins mon âge ont l'air vraiment d'être dans une vibe hippie qui n'est pas du tout mon cas. Je me demande un peu si c'est vraiment ma place.
¶ Les règles et le Jour Zéro
On est en fait 60 participants. Il y a 30 hommes et 30 femmes. Donc après le souper, à 18h, on nous convoque dans le réfectoire. On nous joue un enregistrement sur une vieille radio avec une voix qui nous explique que... la méditation va commencer et que le séjour va commencer officiellement. On nous explique aussi qu'il y a cinq règles à respecter absolument. S'abstenir de tuer tout être vivant.
s'abstenir de voler, s'abstenir de toute activité sexuelle, s'abstenir de mentir et s'abstenir de consommer tout produit intoxiquant. On nous explique aussi que le processus dans lequel on va s'engager est un processus qui a été designé pour durer dix jours et que partir avant la fin, c'est nous mettre en danger nous-mêmes, mais aussi mettre en danger la concentration.
des autres participants. Si on veut partir, le seul moment qui est vraiment possible sans perturber soi-même et les autres, c'est ce moment-là, donc le jour zéro. Et je dois bien avouer qu'à ce moment-là, vu l'ennui qui est déjà présent, Je réfléchis quand même à déjà abandonner, mais je me dis que ce n'est pas possible et que ma famille et ma copine vont trop se moquer de moi s'ils apprennent que je ne suis même pas resté un jour.
¶ L'entrée dans le hall de méditation
On nous fait sortir du réfectoire et on nous amène au hall de méditation, qui est le seul endroit que je n'ai pas encore pu visiter dans ces deux heures d'attente, qui est une grande maison blanche au milieu du jardin. Il y a une personne qui nous appelle un par un par nos noms.
Quand c'est mon tour, je pénètre dans le hall de méditation et là j'ai directement un choc parce que je constate qu'il y a 70 personnes qui sont assises dans ce hall en position du lotus, tous tournées dans la même direction, il y a des lumières tamisées. Et au centre de la pièce, dans le mur du fond, il y a une personne qui est assise en tailleur, elle aussi. Cette personne est habillée tout en blanc.
et être assis à même une table en bois, donc dans une position qui n'a pas l'air du tout confortable. Et c'est à ce moment-là qu'on me fait signe et qu'on me désigne mon coussin, où on vient de me dire que ce coussin sera le mien pendant les dix prochains jours. On nous joue à un nouvel enregistrement dans la salle qui commence en fait par des chants dans une langue étrangère qui m'a l'air d'un dialecte venu d'Inde et des chants gutturaux.
tout droit sortis d'une caverne ou quoi, mais qui sont super particuliers, donc ça ressemble à quelque chose comme ça, quoi. B... B... T... Et ça dure comme ça pendant une dizaine de minutes, donc j'ai l'impression d'être arrivé dans une secte. Et après ces chants, une voix reprend le relais et explique du coup que la méditation va commencer.
et qu'on doit se soumettre à la méditation, promettre et prêter serment qu'on va essayer de manière équitable la méthode, qu'on ne va pas désobéir aux règles. La voix qu'on entend à ce moment-là est la même voix que celle qui chantait juste avant. Goenka, qui est la personne qui a propagé cette méthode.
¶ Les premières méditations difficiles
On nous explique à ce moment-là que les trois premiers jours sont en fait un échauffement, qu'on va faire la méthode qu'ils appellent la méthode Anaparna, qui consiste en fait à simplement se concentrer sur sa respiration. On commence du coup par une séance de 30 minutes. J'ai beaucoup de mal à me concentrer sur ma respiration parce qu'à ce moment-là, je pense juste à tout ce qui vient déjà de se passer et à me demander dans quel guépier je viens de me fourrer.
Une demi-heure c'est très très long, d'autant plus que je n'ai jamais médité avant, donc cette première demi-heure est déjà interminable. Après la première demi-heure de méditation, un gong retentit et on nous indique que le noble silence va commencer. Le noble silence, ça veut dire qu'à partir de maintenant, on ne peut pas parler sauf avec le manager et le professeur lors de séances dédiées.
et on ne peut pas non plus communiquer d'une quelconque autre manière que ce soit, donc on ne peut pas faire de regards ou de signes de la main aux autres participants. À partir de maintenant et pour les dix prochains jours, Il n'y a que moi et ce qui se passe dans ma tête, ce qui est une sensation qui me fait un peu peur à ce moment-là. Le lendemain matin, je me réveille avec le gong à 4h du matin.
Le réveil est abominable. J'ai l'impression de me réveiller pour prendre l'avion. Je me sens pâteux, nauséeux. Je n'ai pas du tout envie d'aller méditer, mais malheureusement, c'est ce dans quoi je viens de m'engager. Je me dirige à ce moment-là vers le hall de méditation.
Et là, je suis témoin d'une scène aussi assez particulière puisque je regarde au loin et je vois les femmes qui marchent au loin, elles aussi vers le haut, les méditations, au milieu de la nuit du coup et avec un léger brouillard. il faut savoir que les hommes et les femmes sont en fait complètement séparés pendant les dix jours. Les femmes ont leur propre bâtiment pour dormir et elles ont leur propre réfectoire.
Et ce n'est que dans le hall de méditation que nous nous trouvons dans le même bâtiment. À 4h30, la première méditation commence et la première méditation dure deux heures. Et donc là, pour le coup, c'est encore plus interminable que la veille. Quand les deux heures se terminent, j'ai l'impression d'être là depuis une semaine. Je sens que mon esprit divague en permanence et que je n'arrive pas du tout à me concentrer sur ma respiration.
toutes les trois secondes, je perds mon attention et mon esprit m'envoie des souvenirs aléatoires de ma vie. Après ces deux heures de méditation interminable, on nous amène au réfectoire de nouveau où se déroule le petit déjeuner. Et là, je constate aussi que chaque personne a, en fait, une table définie, avec chaque table en face du mur. Et donc, je mange seul sur ma table, isolée, à 30 cm du mur. J'ai l'impression d'être en prison. ... ... ...
Après le petit déjeuner, il y a une pause d'une heure et demie, puis la méditation reprend à huit heures avec une heure de méditation. S'ensuit une petite pause de cinq minutes, puis de nouveau deux heures de méditation, deux heures pour la pause de midi. 2h c'est très très long parce qu'on a fini de manger en 20 minutes et puis il y a encore 1h40 à occuper. Ça reprend à 13h avec 1h30 de méditation. On s'en suit encore une petite pause de 5 minutes puis de nouveau 1h de méditation.
Une pause de cinq minutes, puis une heure et demie de méditation. Donc là, c'est vraiment la partie la plus compliquée de la journée parce que c'est quatre heures de méditation presque d'affilée avec seulement deux petites pauses de cinq minutes.
Ensuite, il y a une pause d'une heure qui est pour la pause fruit, où en fait, il n'y a pas de repas du soir, on a juste droit à deux fruits par personne si c'est la première fois qu'on fait ce cours. Les anciens étudiants n'ont droit qu'à de l'eau chaude. et puis s'en suit une pause de plus ou moins une heure. Ensuite, il y a encore une heure de méditation entre 18h et 19h. À la fin du premier jour, j'ai déjà médité depuis 10h.
Et j'ai une petite sensation de fierté d'avoir déjà fait ça, mais en même temps, j'ai l'impression d'être là depuis une semaine, et donc à partir de ce moment-là, je commence déjà à calculer le nombre d'heures qui me restent, en faisant le calcul qu'il y a 10h30 de méditation. par jour sur 10 jours, ça veut dire 105 heures et que j'en ai déjà fait 10. Physiquement, je ne me sens déjà pas très bien parce que j'ai des douleurs à la tête, j'ai des problèmes de digestion aussi.
A la fin de la journée de méditation, on nous passe une vidéo qui dure plus ou moins une heure et demie. où Goenka s'exprime et nous explique les sensations par lesquelles on est sans doute passé aujourd'hui. Cette vidéo me réconforte d'une certaine manière parce qu'il explique que c'est sans doute normal si vous avez eu des maux de tête pendant la journée.
On est... C'est votre corps qui réagit au début de l'opération chirurgicale, ce qui décrit à ce moment-là que le processus qu'on va suivre est une opération chirurgicale en profondeur de notre esprit qui va durer dix jours. où la plaie a été ouverte pour commencer l'opération, et donc c'est normal que ça fasse mal.
Le lendemain, le jour 2 ressemble presque en tout point au jour 1. Il est lui aussi interminable et je n'ai pas l'impression de progresser. Mon esprit continue à divaguer en permanence. Le jour 3 arrive ensuite, je sens que j'arrive à me concentrer plus longtemps sur ma respiration. J'ai par moment des plages de 10-20 secondes où j'arrive à être bien concentré, parfois un peu plus. Je commence un peu à me mettre dans le rythme.
à me dire que peut-être je vais réussir à avoir des résultats. C'est aussi ce jour-là que je me rends compte que quelqu'un a déjà quitté le cours. Il y avait le premier jour, quelqu'un qui m'avait marqué, qui était une personne qui se baladait tout le temps avec une couverture sur le dos, un peu comme une cape. Et je regarde à l'endroit où il s'était assis dans le hall. je me rends compte que sa place est vide.
Le meilleur moment de ma journée à chaque fois, c'est ces vidéos de Goenka qui à chaque fois trouve les mots pour me remotiver, qui met à chaque fois des mots sur des pensées que j'ai eues pendant la journée. Il commence à expliquer aussi que sa méthode est en fait la... la seule manière d'arriver au bonheur véritable. Et je me dis que j'ai une vraie chance là maintenant d'atteindre quelque chose.
¶ Début de Vipassana et sensations
Le jour 4, on va commencer la vraie méthode Vipassana. Pendant la première méditation de ce jour-là, l'enregistrement est plus long que d'habitude et on nous explique le principe de cette méthode qui consiste en fait en un scan corporel. un body scan.
où on doit en fait porter son attention plus uniquement sur la respiration, mais sur chaque partie du corps l'une après l'autre. On nous explique qu'on ne peut plus bouger pendant la méditation, rester assis en position du lotus pendant deux heures. inévitablement remonter des sensations de douleur dans le corps et on nous explique qu'il ne faut absolument pas réagir à ces douleurs si on arrive à ne pas réagir à ces sensations.
qu'à ce moment-là, des sensations du passé liées à des grandes émotions du passé vont remonter à la surface et ne pas y réagir non plus permettra de se débarrasser de traumas du passé qui sont intégrés dans notre subconscient. Le jour 5, j'ai pour la première fois une sensation assez particulière qui avait été décrite dans la vidéo par Goenka la veille.
qui est ce qu'il appelle le free flow ou le flux libre. Au moment où on porte l'attention sur une partie du corps, on déclenche une petite sensation de picotement. Quand je fais mon body scan, je m'imagine à chaque fois un petit rayon de lumière qui passe à travers ces parties du corps.
Je constate qu'à chaque fois que ce rayon de lumière passe sur une partie du corps, il y a effectivement une légère sensation de picotement qui se déclenche. Je décide d'aller jusqu'au bout de mon body scan et de prendre du recul à ce moment-là et regarder ce qui se passera. Et quand j'arrive au bout de mes orteils,
Je prends un peu de recul et je me rends compte que j'ai des picotements dans tout mon corps, comme une sensation, comme si j'avais pris la drogue ou quoi que ce soit. Je sens mes poumons qui se serrent, ma poitrine qui se serre, et presque une sensation de panique qui arrive de sentir. que tout mon corps est en train de vibrer. Le lendemain, le jour 6, je suis en train de méditer.
Je me rends compte après quelques minutes que ce rayon de lumière que je m'imaginais passer sur chaque partie de mon corps est en fait devenu un rouleau de peinture blanche et que ça fait depuis quelques minutes que je suis en train de m'imaginer en train de me...
peindre le corps en blanc. J'ai quand même une sensation de panique et je repense directement à ce que ma mère m'avait dit. Je rouvre les yeux et je sors de mon état méditatif. Mais quelques minutes plus tard, je constate que cette fois-ci, en fait... ce rayon de lumière est devenu une série de chiffres, et donc je vois tous des chiffres, des deux et des trois, en train de danser sur mon corps, et donc là je prends vraiment peur, et je me demande si je ne suis pas en train de devenir fou.
¶ Doutes, pression et lutte physique
Au soir du jour 6, la vidéo Going Can n'a pas l'effet habituel, puisque cette fois-ci, il explique qu'on devrait commencer à ressentir les effets de la méthode, on devrait commencer à se sentir de plus en plus léger et sentir qu'on est en train de traiter.
des grandes émotions du passé. Ce jour-là, je vois pour la première fois des méditants pleurer après une séance de méditation. Je me demande si je suis sur le bon chemin et je commence à me dire que peut-être je ne vais pas y arriver, ce qui m'inquiète beaucoup. puisque Goenka a expliqué que c'est la seule manière d'atteindre le vrai bonheur.
Je n'ai personne avec qui parler de toutes mes pensées et donc je suis vraiment à ce moment-là dans une espèce d'obsession autour de cette méthode et dans l'idée qu'il faut que j'y arrive. Je me dis, si je n'y arrive pas, je vais le regretter toute ma vie. Je vais dire que j'ai raté ma chance. Je me mets vraiment la pression à ce moment-là. Lors du jour 7, je suis en train de méditer, en train de remonter après mon body scan.
Je suis au niveau de mes lèvres et de mon nez et j'ai une sensation comme une certitude qu'au moment où je vais arriver au niveau de mes yeux, quelque chose va se passer et effectivement... Quand je porte mon attention sur mes yeux, je sens que je perds complètement le contrôle de mes sourcils. Donc c'est super particulier, j'ai vraiment mes sourcils qui commencent à se crisper, à se décrisper, parfois l'un, parfois l'autre.
et une sensation vraiment de perdre complètement le contrôle de mon visage. Mais comme Koenkal a expliqué, il ne faut pas réagir à ces sensations corporelles, donc je laisse faire. Et pendant deux ou trois minutes, ce qui me semble une éternité, je sens... tous les muscles de mon visage se contracter dans tous les sens.
je sens une sensation comme si une pieuvre se glissait sur mon crâne et sur mon cerveau et commençait à presser et donc j'ai une sensation de mal de tête infernale je finis par en sortir aussi mais de nouveau assez inquiets de ce qui vient de se produire et je me demande si c'est pas le signe aussi qu'il est temps de partir en sortant de cette séance je constate aussi que
Beaucoup de méditants autour de moi ont des larmes que j'interprète comme des larmes de joie, ce qui me rajoute encore de la pression et la sensation que je ne suis pas sur le bon chemin et que les autres ont des meilleurs résultats que moi. Après, on a une petite pause après cette session-là où j'essaye de me calmer, je fais les 100 pas dans le petit jardin et je réfléchis à ce qui vient de m'arriver.
Et en marchant vers le haut, le méditation, après la fin de la petite pause, je sens ce que j'interprète à ce moment-là comme une crise de panique arrivée. Je décide d'arrêter de méditer et je plonge ma tête dans une couverture. J'essaye de réfléchir à autre chose et je me réimagine en fait toutes mes vacances en Italie avec ma copine où je reprends vraiment rue par rue tout ce qu'on a fait, restaurant par restaurant.
pour vraiment m'occuper l'esprit pendant une heure, pour ne pas penser à la méditation, parce que je sens que quelque chose dans mon corps est en train de se passer. Pendant le jour 7 aussi, à chaque séance de méditation, je sens à chaque fois cette pieuvre revenir au niveau de mon crâne. et vraiment cette sensation de mal de tête qui se déclenche dès que je commence à méditer, ce qui rend vraiment chaque séance de méditation infernale et super douloureuse.
À ce moment-là, je me rends bien compte que je suis proche de la fin et ça devient aussi une motivation de tenir et je compte d'autant plus le temps qui reste à tenir avant la fin des dix jours. Le jour 8, pendant la séance de méditation, l'après-midi, je décide de retourner méditer dans ma chambre plutôt que dans le hall de méditation parce que je sens que ce mal de tête est trop fort.
J'ai en plus la sensation qu'une crise de panique est en train d'arriver aussi. Et donc à ce moment-là, pour m'occuper, je me rappelle que quelque chose qui me permet de me calmer, c'est de ranger mes vêtements. Et donc je décide... à ce moment-là, de faire tomber tous mes vêtements les uns après les autres de mon armoire pour pouvoir les replier et les re-ranger après. Ça a effectivement l'effet escompté puisque je me calme directement après, mais je sens que la crise de panique revient.
Donc je décide de faire la même chose avec mon lit. Je jette tous mes draps par terre, je retire mes tailles d'oreiller et je refais mon lit complètement pour penser à autre chose. Je fais ça plusieurs fois jusqu'à ce que le gong résonne. Je me rends compte que c'est le comportement d'un fou, mais je me dis à ce moment-là que c'est justement le seul truc que je peux faire pour ne pas devenir fou en fait. Après tout ça, je me dis que ça n'a plus d'intérêt de rester.
¶ La décision de persévérer
c'est même plutôt dangereux je me demande si le fait de rester deux jours en plus ne va me pas faire encore empirer mon état et donc je prends à ce moment-là la décision de quitter le cours je m'assieds donc sur mon coussin en sachant qu'il y a une heure à attendre et qu'après, ce sera terminé.
Je commence à réfléchir et je me rends compte du côté pratique de rentrer avant la fin. Je me rends compte que ma mère n'est pas à la maison, donc si je rentre à ce moment-là, il n'y aura personne. Je me dis aussi que ma copine a une journée chargée le lendemain.
et que revenir dans cet état-là la veille de cette journée-là va la mettre dans tous ces états. Et donc je prends la décision à ce moment-là que j'irai jusqu'au bout, quoi qu'il arrive. Cette décision me libère complètement et je me dis aussi que je vais arrêter. de méditer parce que j'ai vraiment la sensation que quelque chose risque de se casser dans ma tête si je continue à méditer.
Une autre motivation pour rester jusqu'à la fin, c'est pouvoir enfin parler à toutes ces personnes que je côtoie depuis plusieurs jours. J'ai imaginé une personnalité pour chacune de ces personnes et donc j'ai un peu envie de vérifier aussi si ces personnes sont comme je les ai imaginées. – Sous-titrage FR 2021
À ma grande surprise, un peu plus tard dans cette même journée, j'ai une séance de méditation qui se passe extrêmement bien. Le jour 9 est extrêmement long de nouveau. Chaque méditation est super douloureuse.
la pieuvre est systématiquement présente et donc je passe une grosse partie du temps plutôt à réfléchir à autre chose et à penser à tout ce que je vais faire quand je vais rentrer j'abandonne à ce moment là vraiment l'idée que que j'aurai des résultats et je préfère juste attendre que le temps passe.
le soir de ce jour-là en plus quand je suis dans mon lit je sens que je commence à grelotter j'ai le mal de tête qui persiste et même en dehors des séances de méditation je passe une nuit abominable où j'ai des cauchemars fiévreux où j'arrête pas de psychoter sur ce qui va se passer le lendemain, qui est le jour où on va pouvoir reprendre la parole.
¶ Rupture du silence et départ
Le jour 10, le mal de tête est tellement fort que je me décide à prendre un cachet antidouleur que j'avais retrouvé dans le fond de ma trousse de toilette quelques jours plus tôt. Je sais qu'en faisant ça, je vais me priver de sans ça. corporelles qui sont nécessaires pour la méditation mais je décide de le faire parce que la douleur à la tête est trop forte. Après la séance de méditation du matin, on nous annonce qu'on peut enfin parler, reprendre la parole.
Ce n'est que cinq minutes après être sorti sous le méditation, après avoir marché à côté des autres participants en silence, que quelqu'un se décide à briser le silence. Quand je commence à parler, je sens... comme une chape de plomb se retirait de mon esprit je me rends compte aussi à ce moment-là que sur les trente hommes qui étaient là une grande partie en fait avait déjà fait secours plusieurs fois et qu'on n'était que quelques-uns à le faire pour la première fois
J'ai surtout envie de parler et d'expliquer mon expérience, mais je suis aussi intéressé par ce que les autres gens en disent et ce qui me permet de relativiser effectivement ce qui m'est arrivé d'entendre que d'autres personnes ont eu des difficultés aussi. ou certains qui ont adoré de bout en bout et qui se sont sentis parfaitement bien jusqu'au bout.
Je suis assez intéressé à ce moment-là aussi de parler à toutes les personnes pour lesquelles je m'étais imaginé une personnalité et je constate que très souvent je me suis complètement trompé. En parlant à toutes ces personnes qui ont des histoires de vie assez incroyables et avec des événements assez traumatisants, je me pose la question à ce moment-là de savoir si c'était un truc intéressant pour moi, étant donné que je n'ai pas d'événement particulier à parler. processer.
Le lendemain, le jour 11, le réveil à 4h du matin, comme d'habitude, suivi d'une séance de méditation de 2h encore une fois, où de nouveau je suis complètement incapable de méditer et je ne fais que penser au grand départ. On nous demande à ce moment-là d'aider à ranger. J'ai juste envie de partir, mais je reste quand même pour aider à ranger tout le dortoir.
Et à 8h30, les portes s'ouvrent. Je suis le premier à sortir. Quand je rentre enfin dans ma voiture, je me sens tellement content que je commence à gueuler de joie. presque à sauter dans la voiture tellement je suis content. Je mets la musique à fond la caisse. J'avais réfléchi depuis le premier jour à quelle musique j'allais mettre en repartant. Mon choix s'est arrêté sur une musique de The Killers.
qui s'appelle Dying Breed, et donc je mets ça en partant et c'est aussi bien que ce dont j'avais rêvé. Et j'accélère et j'ai une longue ligne droite qui est complètement jouissive où je vais super vite. Et ouais, là, je me sens libéré et je décide directement d'appeler ma copine qui sait que je sortais ce jour-là. Quand je reviens, effectivement, je vais voir mes potes et je leur explique l'histoire aussi. Ils ne reviennent pas de tout ce qui m'est arrivé.
Je vais voir ma famille aussi, j'appelle tout le monde et effectivement, c'est un moment assez jouissif et le temps passe directement beaucoup plus vite aussi. Si je dois faire le bilan de cette expérience,
Je suis assez content d'être allé jusqu'au bout. Par contre, c'est vrai que je n'ai pas eu les résultats escomptés par rapport à la méditation. J'ai l'impression que c'est quelque chose que je ne ferai plus jamais de ma vie, méditer tellement ça m'a traumatisé. En fait, je n'ai pas besoin de cette... cette méthode pour être heureux, je suis déjà très heureux dans ma vie actuelle. A priori, je ne compte pas reméditer un jour après une expérience pareille. – Sous-titrage FR 2021
Vous venez d'écouter Transfer épisode 172, un témoignage recueilli par Nina Pareja. Il a été produit et réalisé par Slate.fr sous la direction de Christophe Caron et Benjamin Septemours. Production éditoriale, Sarah Koskiewicz. Prise de son, Nina Pareja. Montage et réalisation, Victor Benhamou. Retrouvez tous les épisodes de transfert sur slate.fr ou sur votre application de podcast préférée. Pour proposer une histoire,
