Que sont-ils devenus? David, dix ans plus tard - podcast episode cover

Que sont-ils devenus? David, dix ans plus tard

Nov 13, 202539 minSeason 10Ep. 452
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Summary

Dix ans après les attentats du 13 novembre 2015, David revient sur son parcours depuis son témoignage initial. Il partage son effondrement physique et psychologique post-traumatique, sa résilience, la publication de son livre et la création d'une série télévisée. L'épisode explore l'impact du procès V13 et l'importance des liens forgés avec d'autres victimes, offrant une réflexion poignante sur la vie après le terrorisme.

Episode description

C'est un malheureux anniversaire, mais impossible de passer à côté. Il y a dix ans, le 13 novembre 2015, la France basculait dans une nouvelle noirceur, une réalité: le terrorisme. Au début de l'année 2021, David –qui était otage au Bataclan ce jour-là– était venu au micro de Transfert confier son histoire dans l'épisode intitulé «Cinq sur cinq».

Il avait alors raconté, au micro d'Anthony Lesme, ses longues années d'une relation difficile avec la France, alors qu'il n'aura fallu qu'une seule nuit pour que son destin soit lié à tout jamais à celui de la République.

À l'occasion des dix ans des attentats du 13-Novembre, David revient nous raconter à quel point sa vie s'est transformée depuis son premier passage chez Transfert, dans notre format «Que sont-ils devenus?».

Transfert est produit par Slate Podcasts.
Direction et production éditoriale: Sarah Koskievic et Benjamin Saeptem Hours
Chargée de production et de postproduction: Mona Delahais
Prise de son: Johanna Lalonde

L'introduction est écrite par Sarah Koskievic et Benjamin Saeptem Hours. Elle est lue par Aurélie Rodrigues.

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Les sujets sensibles abordés dans cet épisode sont : attentats, terrorisme, violence.


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Transcript

Introduction et Contexte de l'Épisode

Bonjour à tous et à toutes, je suis Sarah Koskiewicz, la directrice de production de Transfer. Et d'habitude, vous n'entendez pas ma voix. L'épisode que vous allez écouter aujourd'hui, c'est notre format Que sont-ils devenus ? Normalement, c'est un format exclusif à Transfer Club, notre offre payante.

Et dans ce format, on reçoit des personnes qui ont témoigné d'un transfert il y a plusieurs mois, voire plusieurs années, et on se pose cette question, que sont-elles devenues ? Mais à date importante, événement important, et on a décidé exceptionnellement de mettre cet épisode en accès libre. Aujourd'hui, je suis avec David.

Ça va David ? Je suis ravi de te revoir. Ouais, ouais, ça va, ouais. Je suis pareil, je suis hyper content d'être là. David, t'es venu nous confier ton histoire il y a 4 ans. C'était au micro d'Anthony Lesme. Cet épisode s'appelait 5 sur 5 et on l'a diffusé le 18 mars 2021, très exactement. Tu racontais ta relation difficile, houleuse, nuancée et complexe avec la France jusqu'au jour où tu te retrouves le 13 novembre 2015, il y a 10 ans, jour pour jour, au Bataclan.

Attention spoiler, si vous n'avez pas encore écouté l'histoire de David, je vous conseille de le faire avant de continuer cet épisode. Vous pouvez la retrouver sur Slate Audio et sur toutes les plateformes d'écoute de podcast.

Retour sur les Attentats du Bataclan

J'ai un pote du quartier qui m'offre une place pour un concert. Puis le concert commence et c'est un concert incroyable. Et je vais aux toilettes. Et je vais mon père qui m'envoie une série de trois messages et qui me dit « Mon fils, explosion au Stade de France ».

Ça tire à Paris. Et je reconnais assez distinctement le bruit de la calache. Et je me dis, putain, je suis en train de voir des gens mourir. Toujours avec cette idée que ça va m'arriver. J'ai peur. Et je me rends compte que là, je commence à me préparer à mourir.

Et on entend quelqu'un qui touche la porte. Et on comprend que c'est un flic. Et lorsque le terroriste se rend compte que la police progresse et qu'il n'a plus de balles, il n'a plus rien à se défendre, que lui reste-t-il d'autre à part se faire exploser ? Et après, il y a un grand silence. Je vois qu'il y a une espèce d'amoncellement de gens morts, en fait. Et donc je me dis, mais qu'est-ce qui me différencie de ces gens-là ? Pourquoi je suis là alors qu'ils ne sont plus là, en fait ?

L'Après-Attentat : Chocs et Démunis

il y a un gars qui m'attrape par les épaules, il me relève, il me dit t'inquiète, on s'en est sorti, maintenant on sort d'ici, on dégage. Et en fait, je me rends compte que je ne suis plus du tout la même personne que quand je suis rentré. Voilà, j'essaie de bosser comme avant, et je me rends compte qu'en fait, ça ne va pas.

Ça ne va pas et je me sens démuni. Je n'arrive plus à bosser. Et je passe deux semaines à prendre de la tarax pour dormir, pour me détendre. Et durant ces deux semaines, il y a les premiers symptômes qui commencent à s'installer.

C'est l'anniversaire de mes neveux. Donc il y a des ballons et mes neveux s'amusent à les exploser. Sauf que pour moi, ce n'est pas des ballons, c'est des coups de feu. Mon père me dit « David, ce n'est que des ballons ». Et en fait, je suis spectateur de ma propre douleur. Donc l'année 2016 a été un... Un moment dans ma vie qui... en dents de scie, quoi. Aujourd'hui, je suis photographe. J'ai épousé la femme que j'aime, Doris. Et je me rends compte que le temps passe vite, en fait.

Dix Ans Plus Tard : État Actuel

Mais j'ai toujours cette soif de sens à ma vie. David, c'est toujours la première question qu'on pose aux gens. Comment ça va aujourd'hui ? Aujourd'hui, ça va. En fait, il y a deux aujourd'hui. Il y a le aujourd'hui, maintenant. Je rentre de plusieurs jours de congé, on va dire, en Espagne avec ma femme, donc c'était super, il a fait beau et tout. Et l'autre aujourd'hui, c'est en ce moment. Et en fait, c'est en ce moment-là, il est un peu plus nuancé.

On est à environ deux mois de la date commémorative des attentats du 13 novembre 2015. On est à deux mois des dix ans des attentats. Et en fait, comme je le dis d'ailleurs dans l'extrait, les symptômes commencent à s'installer. En fait, depuis trois semaines, je dors vraiment peu. Je rappelle pour ceux qui nous écoutent aujourd'hui, c'est-à-dire le 13 novembre 2025, qu'on enregistre un peu en amont. C'est pour ça que tu dis qu'on est à deux mois. Évidemment qu'on n'enregistre pas le jour J.

Ça n'empêche pas qu'on entre évidemment dans une période qui est hyper compliquée. David a sorti le 16 octobre dernier. un livre « Il fallait vivre » aux éditions Le Duc. Il y a aussi une série « Des vivants » réalisée par Jean-Xavier de l'Estrade et diffusée « Fanctum » en streaming sur France Télé et mi-novembre sur France 2.

Chemin de Résilience et l'Effondrement

Au début du livre, tu dis qu'en fait, après les attentats, tu n'as pas eu le temps de voir clair dans tes émotions et que ta réaction naturelle, ça a été la résilience. Est-ce que c'était encore le cas quand tu es venu témoigner chez nous ? Il y avait quand même cette... propulsion en fait qui me poussait par exemple là en 2021 en fait je venais de sortir mon premier livre mais j'étais à la fois à la fin de cette propulsion là de la résilience et en fait en train de m'arrêter

Ce qui est dingue, c'est qu'en fait, le livre commence au moment où je suis venu chez Transfer. C'est-à-dire que, je vous spoil un peu l'histoire, mais en fait, je reçois un message d'une journaliste que je cite. nommément et in extenso dans le livre. Et en fait, ce message l'est reçu la veille de ma venue chez Transfer.

c'est assez ouf et la veille ou la semaine d'avant enfin vraiment peu de temps avant quoi et donc ce message il vient de me chercher à des moments où bah moi j'allais pas très bien dans ma tête dans mon corps et tout et voilà en fait et tu le dis justement t'as vécu une énorme descente aux enfers après le Bataclan mais pas que psychologique, c'est-à-dire que

Dans le livre, tu parles presque d'un effondrement physique. Et d'ailleurs, je peux le certifier puisque je te revois et que je ne t'aurais peut-être pas reconnu dans la rue. Est-ce que tu peux nous dire, au-delà du psychologique, qu'est-ce qui se passe toutes ces années après ? Même si on parle encore des survivants, en fait, on ne vous voit plus tous les jours, la vie continue autour.

Oui, et en plus, il y a eu le Covid au milieu qui a rajouté une actualité très forte, très prégnante dans le quotidien des Français. Donc forcément, ça nous a un peu invisibilisés, mais ce n'est pas grave.

Le terme peut être dur, mais voilà. En fait, après les attentats, j'ai eu cette réaction résiliente qui m'a poussé vers, je ne sais pas, à tenter des choses, à aller au Chili, à devenir français, à prendre vraiment possession de ma vie et de mon histoire. Et la différence, c'est que dès 2021, j'étais...

plus trop dans cette réaction auxilande. J'étais en train de la perdre, en fait. Et je ne voyais plus ma psy, déjà, depuis deux ans, même trois. Et je sentais que ça n'allait plus, quoi. Et donc, je n'avais plus du tout maîtrise sur... ... ... ... ... ... je pesais 113 kilos et quelques, je buvais énormément. Enfin, au moment où j'avais l'occasion de boire, je buvais à outrance. Je ne me droguais pas. Ça n'a jamais été mon truc, mais...

Mais voilà, l'alcool était vraiment là pour accompagner, pour endormir les angoisses qui montaient, et notamment liées au procès. Parce que je savais que le procès arrivait, mais je n'avais pas de maîtrise, je ne savais pas si j'avais envie d'y aller, ce que j'en ferais, etc. Et au fil des mois, en 2021,

Quand j'ai vu mon corps évoluer, j'ai vu que j'étais devenu de plus en plus gros et que j'avais mal. En fait, j'avais mal au dos, j'avais mal aux jambes, j'avais mal à la tête tout le temps et tout. Et plus j'avais mal et plus je buvais. En fait, j'étais vraiment dans une espèce de...

de cercle morbide dans lequel je m'enfermais. Et puis un jour, il est venu me chercher ce corps. Il m'a dit non, il faut que t'arrêtes là. Il faut vraiment que t'arrêtes. On parle encore un tout petit peu de l'épisode de 2021 avant d'avancer sur le livre et les actualités qui ont suivi ton premier livre.

Discours Devant François Hollande

Tu dis que tu n'avais pas réécouté le discours que tu as fait devant François Hollande. Est-ce que depuis la sortie de l'épisode, tu vas réécouter ton discours ? Même si je sais que c'est hyper, hyper bizarre d'écouter sa voix. Ça me crime, c'est vraiment un épisode qui me cringe, un moment de ma vie qui me cringe parce que ça a beaucoup d'importance, c'est hyper beau symboliquement et tout. Je pense que devenir français...

au Panthéon pour un étranger, un immigré comme moi. C'est vraiment le truc de dingue. Et en fait, je l'ai réécouté pour la série, notamment, dont on parlera peut-être après. Et donc, je l'ai réécouté et je me suis dit, putain, c'est...

Ça ne va pas du tout ce que je dis. Et en même temps, ça ne va pas du tout, mais je ne dis rien de grave. Et on sent que je suis ému. Et donc, ça reste sincère, en fait. Tu veux dire que ce discours a mal vieilli ? Non, je ne pense pas qu'il ait mal vieilli. Je pense juste que moi, je suis dans la maîtrise et tout.

Les Amis du Bataclan : Relations

ça me ressemble pas trop, mais c'est pas grave. Lors des attentats, t'étais pas venu seul au Bataclan, il y avait des amis à toi, et voici comment ça s'était passé. Et je passe du temps avec mes amis, et je retrouve d'autres amis sur place, et puis c'est un bon moment, et puis le concert commence, et c'est un concert incroyable.

Et puis au bout d'un moment, je m'absente, la bière est dents, je m'absente de la présence de mes deux amis qui m'accompagnent, donc Guillaume et Bambi, on l'appelle Bambi. Je regarde Guillaume, je dis mais il se passe quoi ? Non, mais ça va reprendre, t'inquiète, c'est que des pétards. Et je comprends que c'est pas des pétards.

Donc je me retourne, je repars en courant voir mes deux potes et je leur dis il faut qu'on parte, on nous tire dessus. Mes deux potes ne comprennent pas ce qui se passe. Moi je sais qu'il faut que je m'en aille. Mon pote Bambi, lui, veut absolument descendre au rez-de-chaussée, prendre l'issue de secours qui se trouve près des toilettes.

Sauf que moi je lui dis non non faut pas y aller parce que s'il y a des tireurs en bas ou un tireur en bas tu risques de mourir quoi. Et en fait on se comprend pas lui il disparaît. Et je suis avec Guillaume et lui il panique et à un moment il s'enfuit.

Il y a un gars qui m'attrape par les épaules, il me relève, il me dit t'inquiète on s'en est sorti, maintenant on sort d'ici, on dégage. Je pense à mon pote Guillaume, et je vois un flic devant moi et je me mets à lui parler, et en fait pendant qu'il me parle je sens le parfum de mon pote Guillaume. Et c'est la première odeur différente que je sens après l'attentat. J'ai mon pote qui me dit, en fait, 5 sur 5, on s'en est tous sortis.

Donc là, tu parles de Bambi et Guillaume. Est-ce que tu as des nouvelles ? Est-ce que tu sais comment ils vont depuis ? Quelle est votre relation, en fait, dix ans plus tard ? Donc on était cinq. Moi, j'étais le cinquième, on va dire. Il y avait Chloé, Alix, Bambi, Guillaume et moi.

Et en fait, avec Chloé et Alix, on s'est perdus de vue les mois qu'on suivit, même s'ils nous arrivaient à nous croiser dans les bars ou quoi, parce que j'allais toujours boire des coups là où ils bossaient, parce qu'on était tous plus ou moins barmen dans le 5e arrondissement à Paris.

Le seul avec qui j'ai gardé du lien et que j'essaie de voir au moins une fois par an, c'est Guillaume. Parce que je n'en sais rien, c'est celui avec lequel j'ai le plus de liens. C'est quelque chose que je n'explique pas vraiment. Et donc Guillaume, je sais qu'aujourd'hui, il est directeur.

Je crois que même propriétaire d'un établissement, il a un bar rue Dauphine à Paris, et c'est là-bas que je fais régulièrement mes anives, que dès que j'ai un truc important, je vais là-bas, ils m'offrent toujours des verres, il y a toujours ce truc très fraternel entre nous, très... très liée, qui est unique en fait. Et c'est vraiment une relation que je chéris, même si on ne se parle pas beaucoup, même si on est un peu, je ne sais pas...

on vit notre vie de manière complètement parallèle. Quand on se voit, on est vraiment ensemble et je vois qu'il y a son regard qui s'illumine et il y a quelque chose de fort entre nous. Ce qui est intéressant avec Guillaume, c'est que lui, il n'a pas du tout...

embrasser son statut de victime comme moi je l'ai fait. Guillaume, il n'a pas du tout assisté au procès. Il ne s'est pas renseigné sur le fonds de garantie des victimes du terrorisme. En gros, ça ne l'intéressait pas. Ce n'est pas quelque chose vers lequel il est allé après le 13.

Et un jour, juste avant le procès d'ailleurs, il m'a dit, mais tu sais, parce que moi je lui ai dit, bah moi je vais aller au procès, il me dit, mais tu sais, moi en fait, moi je passe à autre chose en fait, il me dit, pour moi la victime c'est toi. Et c'est quelque chose qu'il m'avait déjà dit avant, parce qu'il m'avait dit, mais moi par rapport à toi, j'ai rien vu en fait.

Et moi, je sais ce qu'il a vu. Et je sais qu'il n'a pas rien vu. Bien sûr. Et donc, voilà, en fait, c'est un gars que j'aime énormément. Et cette année, je ne sais pas trop encore ce que je vais faire le 13 au soir. Ou ce soir, pardon.

Mais en fait, j'ai envie de lui envoyer un message pour lui dire, mec, ça ne te dit pas que je vienne derrière le bar au moins tirer une bière et qu'on fasse une boucle. Qu'on se dise, là, ça y est, on a terminé. C'est trop intéressant de voir à quel point, entre deux personnes... tu peux ne pas du tout réagir de la même manière face au même événement, même si certains ont vu des choses et d'autres non.

En fait, il y a autant de manières de gérer le poste 13 que de gens qui étaient sur place. Oui, c'est ça. Et on l'a vu d'ailleurs au procès, même à travers le temps. J'ai vu que ma relation justement avec les autres, on va dire les 5 sur 5, était différente et distincte parce qu'on avait tous un vécu différent. Moi, j'étais otage, j'avais entendu, vu, touché des choses qu'eux n'avaient pas vues. Eux aussi étaient à un endroit différent de moi, donc forcément...

ça différencie le vécu, donc ça différencie les choses qu'on peut se dire les uns aux autres. Et en même temps, il y a cet exemple-là, et le contre-exemple, ce serait l'association Life for Paris, et 13-11-15 Fraternité Vérité, qui regroupe beaucoup de victimes du 13, de proches de victimes décédées et tout.

qui ont réussi à faire du lien malgré les différences de vécu. Et finalement, ça nous a aussi permis de parler de ça à des gens qui étaient ailleurs dans la salle. Moi, j'ai retrouvé des gens qui étaient dans les combles juste au-dessus de nous. J'ai retrouvé des gens qui étaient dans la loge, qui donnaient sur le couloir dans lequel on était.

Donc on s'est à la fois enrichis et à la fois on a senti qu'il y avait une forme de pudeur. Moi, Guillaume, on s'en est parlé le soir du 13 et je crois qu'on s'en est plus jamais reparlé en fait. C'est dingue.

La Communauté des Potages

La série des vivants aborde les potages. Tu en parles aussi dans le livre. Est-ce que tu peux nous rappeler, expliquer qui sont et ce que sont les potages ? En fait, nous, on est les ex-otages du couloir du Bataclan. Il faut savoir qu'il y a plusieurs noms qui sont donnés aux otages. On peut être retenu en otage et en présence d'une arme, et retenu en otage sans la présence de l'arme.

planqués ailleurs et tout. Je faisais référence aux gens dans les comptes. Typiquement, ces personnes-là aussi étaient prises en otage parce qu'il n'y avait pas le rapport à l'arme. Nous, on était vraiment au contact des terroristes. Et en fait, cette petite communauté-là, on était onze. en fait, ce soir-là, dans le couloir. Juste après, il y a quelqu'un qui fait partie de The Tache, qui s'appelle Stéphane Toutlouian, qui est...

est venu à ma recherche. Il a dit, mais moi, ce mec-là, je veux le retrouver parce qu'il a entendu que j'étais chilien et lui, son ex-femme est chilienne, ses filles sont chiliennes. Et donc, il s'est mis en tête de me retrouver et il m'a retrouvé. Et à la suite de moi, il a retrouvé Arnaud, il a retrouvé Marie, qui est l'épouse d'Arnaud, il a retrouvé Seb, il a retrouvé sept otages au total. Les autres, on les connaît.

On sait qu'ils sont là, mais ils n'ont jamais voulu se lier à notre groupe. Nous, après le 13, on s'est beaucoup vus, notamment durant le tournage par les frères No Dead, Flutuat Neck Mergitour, qui est aujourd'hui sur Netflix. On s'est beaucoup vus, on a bu énormément de coups, on a joué de la guitare. on a fêté ensemble et aussi on s'est parlé beaucoup de ce qu'on avait vu et entendu ce soir-là. Et c'est justement ce qu'on abordait juste avant, c'est que...

Avec eux, avec Stéphane, en l'occurrence pour moi, j'avais quelqu'un qui pouvait comprendre ce que j'avais vécu, ce que j'avais entendu. Et en fait, ça, c'est primordial. Et tous les otages aussi, en fait. Et donc forcément, nous, c'est clair qu'il y avait les associations, il y avait nos proches, il y avait ma femme d'origine.

c'est tout mais avec Steph je pouvais dire ce que j'avais vu et lui pouvait me dire ouais c'est vrai t'as vu ça et donc on s'est un peu tous revus comme ça au fur et à mesure on s'est

tous rassemblés à plein de reprises. Et puis, en fait, un jour, Marie est venue en nous disant « Ah, mais en fait, quand je parle de vous à mes collègues, je dis « Ah, je veux voir mes potes otages. Je veux voir mes potes otages. » Et elle me dit « Bah, vas-y, on va s'appeler les potages. » Et donc, c'est resté. Et aujourd'hui, on s'appelle les potages. Et donc, cette série aborde, en fait.

pendant le 13, le soir de l'attentat, et après, comment on s'est retrouvés, pourquoi on s'est retrouvés, et ce que ça nous a fait d'être ensemble.

L'Échange avec Seb et les Liens

Donc vous avez un groupe WhatsApp qui s'appelle les potages ? Oui, c'est ça. Justement, lors de cette prise d'otages, tu viens d'en parler rapidement, tu as échangé vite fait avec un homme qui s'appelle Seb. Tu en parlais déjà en 2021. On va écouter un extrait. Je sens une présence à ma gauche et je me rends compte qu'il y a un gars qui est là. Je me dis quitte à mourir, autant savoir comment il s'appelle ce mec. Ça peut paraître un peu bizarre, mais ça enlève un brin de solitude.

Donc je le regarde, je lui dis, tu t'appelles comment ? Il me dit, je m'appelle Seb, c'est Bastien. Et je me rappelle de l'attraper par la côte, là, et lui dire, t'inquiète, ça va aller, on va s'en sortir, et on va boire des coups ensemble. Est-ce que les potages ont écouté cet épisode et sait spécifiquement ce truc que tu dis sur lui qui est hyper émouvant, quitte à mourir autant se faire des potes ? En fait, il me semble, je ne suis même pas sûr qu'ils aient entendu.

Je ne suis pas sûr qu'ils aient écouté cet épisode. Mais je sais que Seb a... C'est bizarre ce que je vais dire, mais je suis un peu ému en fait. Il me tient en haute estime en fait. Il dit que moi ce soir-là, quand j'étais accroché à cette fenêtre, enfin ce rebord là...

J'ai prié, en fait. Je ne suis pas croyant, mais j'ai grandi dans une foi protestante. Mes parents sont protestants, en fait. Et donc, j'ai prié. Je me suis dit, on va tenter le tout pour le tout, en fait. Et on verra si ça marche. Et Seb aussi était d'origine, on va dire, protestante.

Et il a souvent raconté qu'en fait, il avait trouvé la force de sauver cette femme enceinte, qu'il a sauvée. C'est parce que j'étais là et que je lui ai donné cette force. C'est pour ça que je suis ému, c'est qu'avec Seb, on a un rapport qui est hyper intime. Parce qu'avant qu'il y ait la prise d'otages, on était ensemble. Et donc forcément...

Voilà, je ne sais pas si ça répond vraiment à la question, mais je ne suis pas sûr qu'il l'a entendu. Il connaît l'histoire, il sait ce que je dis de lui, parce que je l'ai dit dans mon premier livre, j'en parle et tout, tout le temps. Mais je sais ce que ces mots peuvent lui faire en fait. Ce qui est ouf, c'est que ce que tu racontes des potages, c'est qu'en fait, les liens se sont créés. Il y avait déjà des liens avec plusieurs personnes avant même que vous créiez ce groupe-là post-13.

Les liens qui devaient être mis en lumière, ça a été fait très vite pendant la prise d'otage. Avec leur cul, c'était il y a 10 ans, mais ça me paraît logique aussi, quelque part. Parce que Marie, elle a dit d'ailleurs, j'assite souvent quand je vais en classe et tout, parce qu'elle dit quelque chose de... Elle a raconté un jour qu'on s'est tellement serré les coudes qu'on ne s'est jamais lâché.

Et c'est vrai que tous ces micro-événements qui ont eu lieu pendant la prise d'otage ont rebondi derrière. Moi, Steph, je lui ai attrapé la main pendant la prise d'otage.

Et c'est quelque chose qui l'a beaucoup ému, qui l'a beaucoup touché. Il y a cette private joke qu'il avait avec son ex-beau-père qui était Chilien, qui lui disait « Mais où que tu sois dans le monde, tu souleves une pierre et il y aura un Chilien. » Et ce soir-là, c'était moi, en fait. Et il s'est dit « Mais c'est quoi ce bordel ? » Et en fait, on a tous des micro-histoires. comme ça avec tout un chacun et forcément derrière on a eu besoin d'en parler. Je reviens sur la série des vivants.

La Série «Des Vivants»

de Jean-Xavier Delestrade. Vous avez été vachement impliqué. En fait, c'est pas une série que sur vous, mais c'est une série avec vous. À quel niveau réel vous avez été impliqué dans cette série ? Et je crois qu'il y a eu des reconstitutions.

Ouais, c'est une chouette question, justement, parce que c'est vraiment... Bien sûr, il y a la sortie de mon livre il y a les 10 ans et tout, mais ça, ça a été une expérience. En tout cas, pour moi, un titre vraiment personnel extrême, dans tous les sens du terme, en fait. Et je suis vraiment ravi d'en parler, parce que je n'en ai jamais parlé encore.

Chronologiquement, je vais essayer de le faire assez court, mais c'est très compliqué de le raccourcir. En fait, en 2021, pendant le procès, il y a un producteur de films qui est venu me chercher, qui s'appelle Jérôme Corcos. Jérôme Corcos, il produit des films français. classique, il fait pas de série, mais en fait il est tombé sur une interview que j'ai donnée avec Seb et Steph à la télé, sur France 2 il me semble.

Et il nous a vus à la télé, il s'est dit, mais c'est quoi cette histoire de dingue ? Il faut que je lui parle. Et en fait, il m'a vu et il s'est dit, mais lui, je ne sais pas qui c'est, mais je vais le trouver. Et donc, il est venu me chercher sur Instagram.

Il m'a envoyé un message en me disant « Voilà, je vous ai vu à la télé, je suis producteur de films, j'ai une idée. » Il me dit « Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, mais c'est peut-être une bonne idée. » Et en gros, ben, venez, on se parle. Et donc, il me dit ça.

Moi, je reçois ce truc-là, je me dis c'est quoi ce bordel, j'avais jamais reçu un message du genre, alors que j'avais déjà reçu des messages de dingue, mais celui-là, j'avais jamais reçu. Et donc moi, je suis pas tout seul dans cette histoire, en fait.

Je ne me suis jamais considéré seul. Bien sûr, c'est mon histoire, ce que j'ai vécu intimement à l'intérieur de moi, mais en même temps, il y a les potages. Je me voyais mal dire à Jérôme, vas-y, on fait un truc, toi et moi. Et donc forcément, j'ai reçu le truc et j'en ai parlé à ma femme, j'en ai parlé à Doris et je lui ai dit, mais t'as vu ?

parlons-en aux autres. Donc j'envoie un message dans la conversation avec le potage, dont le logo est une soupe. Et en fait, je dis au potage, voilà, j'ai reçu ça, qu'est-ce que je fais ? Et ils me disent, bah, explore. Et donc, Jérôme au téléphone, il me dit, écoute, voilà, moi, je vois une série, je vois un film de plusieurs épisodes.

Donc, viens, on fait quelque chose. On s'est vus, on a déjeuné, il m'a présenté un autre producteur qui s'appelle Nicolas Mauverney, qui lui a une autre boîte de production, qui avait lu mon livre, mon premier Un jour dans notre vie, et qui m'a dit, mais c'est une histoire de dingue, il faut vraiment qu'on fasse une série, et c'est devenu comme ça, une série sur vous.

sur comment vous vous êtes rencontrés, qu'est-ce que ça vous a fait, qu'est-ce qui vous est arrivé ce soir-là, etc. Et donc moi, j'ai tout de suite été un peu le lien entre les potages d'un côté et les producteurs.

pendant les tractations, forcément. Et en même temps, avec Jérôme et Nicolas, on s'imaginait, on essayait de se dire, qu'est-ce qu'on pourrait faire ? C'est une histoire très complexe, mine de rien, parce que déjà, une histoire sur une personne, sur un vécu, il y a des ramifications dingues.

Et en même temps, là, il y a sept personnages, c'est lourd. Mais en même temps, il y a aussi l'histoire du 13. Comment on raconte l'histoire du 13 ? Tu parlais tout à l'heure de comment on raconte une histoire de manière un peu détournée. Là, c'est un peu ça. Comment on raconte l'histoire du 13 en racontant une histoire...

une toute petite histoire. La prise de tâche, c'est 2h30 sur le 13 novembre, qui est gigantesque. Et donc, au fil des mois, il y avait un développement, puis le procès. Moi, je suivais le procès en même temps. C'est pour ça que c'est aussi extrême. Moi, pendant le procès, je tenais des chroniques.

Ça avance jusqu'au jour où en fait on rencontre des gens qui nous disaient mais nous on voit une personne, dans notre tête il y a une personne qui est capable de tenir une histoire comme celle-là à l'écran, c'est Jean-Xavier de Lestrade.

Et on nous dit, ouais, il est occupé, il est en train de faire sa série. En fait, Jean-Xavier, à ce moment-là, il tournait la série Sambre, qui est parue ensuite sur France Télévisions. Nicolas Mauverney prend son courage à deux mains. Moi, j'avais fait ce qu'on appelle des traitements, donc j'avais écrit...

même pas un scénario, c'est juste l'histoire du 13 novembre, qui sont les potages, une revue de presse, et voilà quoi. Donc ça tenait dans, on va dire, 13 pages. Et en fait, Nicolas envoie un mail et dit, voilà, on a ça. Je parle un peu pour lui, donc désolé Nicolas si je dis des bêtises, mais en gros on a ça, on aimerait le faire avec vous.

Et puis, on a pas vraiment de nouvelles. Et un jour, Nicolas m'appelle et me dit, tu fais quoi demain à 10h ? Je lui dis, rien. Il me dit, en fait, on a rendez-vous avec Jean-Xavier de l'Estrade et on voudrait que tu sois là. Donc, on, c'est Jérôme, Nicolas et donc moi. Et je lui dis, OK. Et donc, le lendemain, je vais voir Jean-Xavier de l'Estrade.

Jean-Xavier Lestrade, il faut savoir qu'il a un Oscar. C'est un des seuls réalisateurs qui est oscarisé pour un documentaire. Il est hyper connu. Et donc moi, je vais le voir un peu comme n'importe qui. C'est-à-dire, moi, je suis hyper à l'aise. Il n'y a pas de souci. Je vais le voir et tout. Et en fait, on passe quatre heures.

Et je lui ai dit, voilà, il y a plein de choses à savoir. Donc il avait les traitements que j'avais écrits, il avait mon livre aussi. Et je lui ai dit, si tu prends ça, il y a des devoirs. Et en même temps, il y a des choses à respecter. Il y a une pudeur à respecter aussi, il y a un rythme.

Voilà ce que tu peux faire. Il y a les 10 ans qui se profilent. Ce sera peut-être la seule fenêtre pour laquelle on aura l'occasion de parler de tout ça. Y compris toi, y compris nous. Il faut qu'on se coordonne.

Et en fait, moi, tout de suite, j'avais d'un côté les potages qui me disaient « Ouais, on veut faire attention à ça. » Et forcément, c'était aussi le travail des producteurs de nous protéger. Mais moi, j'avais ce rôle d'acteur frontière. Et je fais exprès d'utiliser ce terme parce que c'est un sociologue qui le dit.

il dit « David, t'es un acteur frontière ». Et c'est un peu ce que je suis devenu après le 13. J'étais à la fois le potage, et en même temps, j'étais ce mec qui avait ce rôle à tenir auprès du réalisateur, de lui dire « Ok, fais gaffe parce qu'en fait, tu ne pourras pas montrer de cadavre ».

Tu ne pourras pas montrer de sang, ou très peu. Tu ne pourras pas réunir 100 personnes, on va dire, les mettre dans la fosse et faire croire que c'est une pile de cadavres. Ce n'est pas possible. Mais tu pourras raconter cette histoire et voici comment, en fait.

Je lui ai donné les clés, on va dire. Avec le potage, on lui a donné les clés, les producteurs et tout. Il terminait le montage de Sambre à ce moment-là. Et les mois ont passé, etc. Il a rencontré les potages. Moi, j'étais là et tout. Et puis, en fait, ça s'est fait, quoi.

Tous les 7 ont été show direct ou il a fallu quand même aller travailler au corps ? Je ne veux pas raconter de bêtises mais il me semble qu'on a été assez positifs tout de suite et en fait qui a un peu marqué le truc c'est qu'ensemble est sorti et qu'on a vu la qualité de la série qui est quand même dingue. et l'histoire est dingue. Et la manière dont c'est traité. Le livre, d'ailleurs, est dingue aussi. On s'est dit, ouais, c'est la bonne personne. Et ensuite, a commencé un autre travail.

qui est celui du développement pur de la série. Moi, à ce moment-là, je n'avais plus la main, on va dire. On a tous été interviewés par lui et son scénariste, qui s'appelle Antoine Lacomblet. C'est des entretiens qui ont duré deux fois six heures. Donc, c'était vraiment du gros boulot. Il fallait que je raconte tout. Donc là, c'est un peu un épisode de transfert magnifié. Et c'était le cas aussi pour les sept potages et les compagnes des potages.

Donc moi, Doris a été entendue aussi, Marie-Claire, la compagne de Stéphane, Christine, la compagne de Sébastien, etc. Et en fait, ce qui me différencie par rapport au potage, on va dire, c'est que j'ai continué ce rôle d'acteur frontière parce que Jean-Xavier avait besoin, par exemple, d'avoir accès à la brigade de recherche et d'intervention qui sont devenus des amis après. Avoir des contacts, etc. auprès de la cour d'appel, ce genre de choses. Donc moi, je l'ai aidé.

dès que j'avais l'occasion de l'aider, pour faciliter tout ça. Jusqu'au jour où je lui ai dit, écoute, bon, J'aimerais bien peut-être faire des photos sur le plateau, parce que je suis photographe, donc comme je disais à la fin de cet épisode, et donc j'aimerais bien faire des photos de plateau et me dire mais t'as déjà fait ça ? Je lui dis bah non, jamais quoi, mais pourquoi pas, on essaye.

Et là, je suis ému. Ce qui m'a fait confiance, en fait. Et en fait, il m'a donné ce boulot. Et donc, le tournage a commencé en novembre dernier, donc en novembre 2014 et a pris fin en avril 2025. Et donc, j'ai fait des photos du tournage. Et pourquoi je suis ému, c'est que j'ai pris en photo des choses que j'avais vécues. Et c'est un truc... C'est vraiment extraordinaire. Un an après, je ne sais même pas ce que ça m'a fait. En décembre, on allait à New York avec ma femme.

Et j'avais fait exprès, justement, de Calais-New York derrière. J'ai rendez-vous à Montreuil. Donc Jean-Xavier m'appelle, il me dit, bon, la prépare-toi, parce que c'est quand même une scène qui est un peu dure. Et cette scène un peu dure, en fait, c'est qu'ils avaient reconstruit le couloir échelle 1-1 dans un studio à Montreuil.

Et donc, il m'a dit, il y aura les comédiens qui jouent les terroristes et tout. Et donc, moi, j'allais à l'avant de ça. J'allais y aller. J'avais mon appareil photo et je me baladais dans la prise d'otage. Et en fait, c'est complètement ouf. Mais je ne peux pas parler de ça sans parler du reste. Et le reste, c'est quoi ? C'est les comédiens ?

Immersion dans le Tournage et Émotion

qui ont joué nos rôles. Il y avait Thomas Goldberg qui me joue, il y avait Benjamin Lavergne qui joue Arnaud, Cédric Ecoute qui joue Steph, etc. Et en fait, Alex Poisson, tout ça. Et en fait, ils ont été d'une, j'ai envie de dire, d'une camaraderie qui a tellement...

tellement, tellement aidé. C'est-à-dire que moi, j'étais au milieu de ce truc, j'avais fait des photos avant dans un bar et tout, c'était cool, c'était détendu. Et en fait, eux, ils m'ont fait comprendre que ouais, tranquille, c'est chez toi, tu fais ce que tu veux. Jean-Xavier, le premier jour, quand je suis arrivé sur le plateau, il a dit bon...

En fait, gaffe, lui, c'est le David, le vrai David. Donc, on l'accueille et on le traite comme un collègue normal. Et donc, c'est cool, en fait. Et donc, j'ai vécu ces bizarreries. Et encore une fois, là, on est un an après. Je ne sais pas trop ce que ça a touché en moi.

J'étais à la fois hyper honoré, ça rejoint un peu ce que je disais sur le Panthéon, j'étais hyper honoré, et en même temps, ça enlève complètement de l'ordinaire dans l'existence. Donc j'ai des photos de la prise d'otages. Et mon pote Arthur, de nouveau, le président de Life for Paris, il m'a dit putain c'est dingue, t'as les meilleures photos de la prise d'otages.

C'est complètement fou. J'ai plein de questions qui n'étaient pas prévues. La première chose, c'est est-ce que tu aurais refusé le projet si vous n'aviez pas accepté à l'unanimité ? Alors en fait, oui, parce que ça a été une des conditions sine qua non qu'on a donné dès le départ à Jérôme en 2021. On a dit, nous, on veut être unis et tout. Et Jérôme nous a dit, mais en fait, je vous arrête tout de suite. Si on a un de vous qui refuse, on arrête tout.

Et c'est d'ailleurs ce qui a fait que Jérôme est devenu vraiment, aujourd'hui c'est un de mes amis les plus proches, et c'est devenu un de nos interlocuteurs.

dédié quasi parce que Jérôme nous a tout de suite coupé la chique en disant non mais en fait là vous êtes 7 et on veut garder les 7 sans les 7 c'est pas possible de raconter cette histoire et donc tout de suite ouais et de son côté et d'une autre on s'est dit ouais faut que ça reste intact ce groupe je reviens un petit peu en arrière pour parler des acteurs

Les Acteurs Jouant les Terroristes

Tu as parlé des acteurs qui te jouent, qui jouent Doris. Et quid des acteurs qui jouent les terroristes ? Vraiment, c'est une question... Non, mais c'est une question de ouf. Parce que j'avais eu Jean-Xavier au téléphone avant. Et justement, Jean-Xavier, il est metteur en scène. Et son rôle, c'est un peu de dire...

Jean, bon là c'est juste, là c'est pas juste. Et le jour où je viens sur ce set à Montreuil en décembre, le set de la prise d'otage, j'ai ces deux mecs qui viennent me voir, donc je me souviens, pardon les gars, mais en fait je sais qu'il y en a un qui s'appelle Amine, et le second je me souviens plus, pardon. Et en fait, ils viennent me voir et on déjeune ensemble. Et ils me disent, mais dis-nous, enfin...

En fait, j'ai senti qu'ils avaient besoin d'aide et quelque part, pas de l'aide, je ne suis pas comédien, mais qu'ils avaient peut-être besoin de contexte, de comment les terroristes se positionnaient vis-à-vis de nous. Est-ce qu'ils étaient violents ? Est-ce qu'ils nous touchaient ? Comment ils agissaient au milieu de nous ?

Et moi, c'est des choses que j'ai gardées en moi de manière pratiquement intacte. Et donc, j'ai pu leur donner ça et j'ai pu leur dire oui. En fait, ce n'était pas un braquage. C'est quelque chose que j'ai dit souvent, parce que souvent, dans les films, je pense à Hit, ce vieux film des années 80, j'adore, c'est un de mes films préférés, où en fait, il y a des scènes de violence et tout, c'est des braquages, et on sent qu'il y a une véhémence envers la victime.

et les flics et tout. J'ai dit, là, c'était pas ça. Là, il y avait une absurdité insolente de ces mecs-là qui venaient de massacrer des gens, qui nous retenaient en otages pour des raisons complètement mystérieuses, qui demandaient rien aux flics et qu'on était au milieu.

Je lui ai dit, il faut vraiment que vous vous imaginiez que ces mecs-là étaient sûrs d'aller au paradis derrière. Et ça doit faire partie de vous, sinon vous n'y arriverez pas. Donc on a parlé, parlé, on a échangé pendant deux heures le temps du déj. Et puis après, on a retourné sur le set.

Et je les voyais agir et tout. Je me disais, mais c'est quoi ce bordel ? Et ton cerveau, il arrivait à faire le distinguo quand même. Ouais, carrément. Ouais, parce qu'on en reparlera après, mais le procès, il a vraiment enterriné quelque chose. C'est-à-dire qu'il a... Et moi, j'ai déposé devant la cour et tout. Et donc, moi, je savais que ce que je voyais là, c'était pas ce que j'avais vécu, même si...

Le Procès V13 et ses Répercussions

même si c'est extrêmement proche de la réalité. Et ça fait la force de cette série, en fait. Tu m'offres une excellente transition. Justement, tu finissais en 2021 l'épisode sur le procès du 13 novembre. qu'on a appelé depuis V13. On écoute ce que t'en disais avant. Et cette année, il y a un horizon flou. C'est celui du procès. Mon avocate m'a dit qu'il y a de fortes chances que je sois appelé à...

à la barre, à témoigner. Peut-être que je vais raconter qu'aujourd'hui ça va mieux et puis ça lue. Ou peut-être que je vais refuser. Ou peut-être que je vais rentrer dans une espèce de longue litanie où je vais expliquer à tout le monde ce que ces deux mecs. Mon enlevé. Qu'est-ce que tu penses de cet extrait ? Peut-être que je vais expliquer qu'aujourd'hui, ça va mieux. Et je pense que c'est hyper intéressant parce que vraiment, j'étais persuadé d'aller mieux à ce moment-là.

Oui, c'est ça qui est ouf. Ça m'apparaît aujourd'hui comme tellement faux. Et en même temps, je ne m'en veux pas. Ça a été justement tout le travail psy que j'ai fait depuis, qu'on a fait avant avec ma psy et tout. C'était de dire, tu vis ce que tu peux vivre au moment où tu le vis. Tu ne peux pas non plus t'en vouloir à des vitam sur les choses que tu as dit par le passé.

Mais c'est vrai que quand je regarde rétrospectivement, j'avais conscience de ce truc. Et en même temps, je me trompais complètement. Et en même temps, ce que je dis, c'est-à-dire que peut-être que je vais raconter devant la cour ce que ces deux mecs m'ont enlevé. Et c'est exactement ce que j'ai fait.

Il était indispensable pour toi ce procès ? Alors, pour l'histoire, oui. Pour juger les accusés, oui. Pour qu'on entende une partie du quantum de la terreur qui s'est déversée dans Paris ce soir-là, oui. Pour moi, aussi.

Mais je ne savais pas. Tu l'as su pendant, après, maintenant. Je l'ai su après en fait. Je l'ai su après. Parce que sur le coup, ça rejoint un peu ce que je disais avant. C'est-à-dire que je ne savais pas trop ce que je vivais au moment où je le vivais. J'étais vraiment coupé en deux.

Il y avait moi, donc la journaliste, pour en faire un peu un retour en arrière, la journaliste qui m'a contacté avant de venir vous voir à Transfert. Donc c'est Gaëlle Jolie. Gaëlle Jolie, elle était à ce moment-là au bureau police-justice de France Info, radio.

Elle m'a dit, nous, on a lu ton livre, on aimerait beaucoup travailler avec une victime autour du procès des attentats du 13 novembre, il va durer longtemps, qu'est-ce qu'on pourrait imaginer ensemble ? Et donc moi, quand elle vient me chercher, je ne lui ai même pas répondu, je l'ai laissé.

dans le vent pendant trois semaines. Je ne savais même pas ce qu'elle voulait dire. On pourrait travailler ensemble. On s'est vus, on a parlé. Ce qui est dingue, c'est que sa sœur tenait un blog sur le site de la radio.

Pendant le Covid, donc sa soeur est médecin urgentiste. Donc elle tenait une espèce de blog, ça s'appelle la journal de bord d'une soignante, je crois, pendant la crise de Covid. Et en fait, elle s'est dit, peut-être qu'on pourrait faire la même chose, tout simplement. Donc on en a parlé et tout, on a mis en place. C'est là où je me rends compte que...

en septembre 2021, quand le procès se lance, que je suis coupé en deux, il y a le, en trois même, il y a l'auteur, on va dire, le blogueur, on va dire, vulgairement, la partie civile, et le photo-arve de l'autre côté. Et la partie civile étant la victime.

Et en fait, j'ai ces trois rôles-là, et vu que j'ai les trois rôles, je ne peux pas comprendre ce qui se passe. Je ne peux pas. Même si le blogueur, il raconte sa vie et il dit « Ouais, là, c'est dur, là, c'est moins dur, là, je rigole, là, je ne rigole pas, là, ça me fait ça, etc. » La victime, elle vit autre chose.

Et le photographe, lui, il décide de capter ce qu'il a envie de capter. Et en fait, c'est à la fin du procès, quand tout ce monde a fait paf, je ne peux pas claquer des mains sinon, voilà. Mais en gros, quand tout ça s'est rassemblé, que je me suis dit, ah ouais, en fait, là, la mer s'est retirée. Qu'est-ce qu'il reste derrière ? Et là, tout ce qu'il y a dans le livre, en fait.

Donc en fait, malgré la douleur, la reconstruction, le doute, quand même, ce procès t'a amené des belles choses, déjà des opportunités. En fait, ce procès, il était nécessaire pour moi, au fond, parce qu'il a amené des belles choses.

Et je ne m'y attendais pas du tout. Je ne savais pas qu'en allant au palais de justice tous les jours, j'allais vivre ça. J'allais rencontrer des gens incroyables. J'allais me lier d'amitié avec des avocats, avec d'autres amis victimes. Sortir du cercle des potages aussi. C'était important de déporter un peu mon regard. Le 13, ce n'est pas seulement les potages, c'est aussi des gens qui ont perdu des proches.

Je pense à Nadine Ribet qui a perdu son fils. Je pense à la famille Montguerre qui a perdu leur fille. À la belle équipe. Je pense à tous ces gens qui font partie de l'histoire du 13 et moi. En tant que photographe, aujourd'hui, je me rends compte que...

dans mes photos, que ce soit pour des clients ou même pour moi, j'offre une manière de regarder le monde. Et en fait, ce livre, il offre aussi une manière de regarder ce procès qui est une manière de regarder le monde et l'histoire et ce qui s'est passé il y a dix ans à Paris, en fait.

Ton épisode raconte ton histoire, bien sûr, mais aussi celle de tes parents, peut-être même surtout celle de tes parents. Comment ils vont ? Comment vont mes parents ? C'est marrant, parce que j'imagine que les gens qui écoutent l'épisode...

En fait, on m'a beaucoup parlé de mon père. Parce que dans Fluctuate, je parle de mon père. Enfin, dans le documentaire Netflix des frères Nodet, Fluctuate Nekmergitur, je parle de mon père, je parle de ses mains, je parle de ce qu'il me dit et tout. Et en fait...

J'arrive à comprendre pourquoi les gens s'y attachent et c'est des choses importantes pour eux. Et comment ils vont ? En fait, ils vont bien. Ils vont bien, je pense qu'ils vont bien. Je dis je pense parce que je ne suis pas avec eux là maintenant, mais j'ai eu ma mère il y a deux jours et elle m'a dit que ça allait.

Et ça va, je pense que ce qui est drôle, c'est qu'en fait, on ne parle plus du tout du 13, mais j'apprends aussi des choses. J'ai appris il y a peu que ma mère m'en a beaucoup voulu d'être parti peu après de la maison, parce que j'habitais chez mes parents. Et je m'étais mis en couple avec Doris. Et j'ai senti que ça a été dur pour eux. Alors on m'a fait comprendre que t'es parti un peu tôt. Et je lui ai dit mais moi je suis parti parce que j'avais besoin de partir.

Et que j'ai besoin aussi peut-être de vous protéger. Parce qu'il faut voir ce que Doris a encaissé derrière. On en a parlé au début de cet épisode, on parle beaucoup des 10 ans du Bataclan qui sont aujourd'hui. Tu as dit que depuis quelques mois, ça a commencé à monter.

Est-ce que tu penses qu'après cette date d'anniversaire, mais peut-être que tu reviendras pour nous en reparler, tu auras l'impression d'avoir bouclé un truc ? Est-ce que tu le vois comme un obstacle à surmonter, spécifiquement, ou peut-être que l'État...

Traumatisme Permanent et Opportunités

Heureux, mais quand même, avec ce truc-là, tant derrière, ça sera toujours en toi. En fait, j'en parlais avec mon frère il y a peu. Et je lui disais, je pense qu'il faut partir du fait que le traumatisme gagne toujours. Toujours. C'est toujours lui qui aura le dernier mot. C'est toujours lui qui ponctuera le quotidien, qui ponctuera...

l'existence, en fait. Et je pense que ces 10 ans-là, je les vois comme une opportunité. Pas pour moi, en fait. Parce que moi, l'année prochaine, ça va être pareil. Et l'année après, pareil. Et dans 10 ans, pareil. Je pourrais revenir au micro de transfert et redire la même chose.

Je ne sais pas si je serai encore là. Je serai peut-être à la retraite. Mais je vois juste ça comme une opportunité de montrer. Et le livre, c'est montrer. La série, c'est Jean-Xavier qui montre. Et toutes les choses qu'on fait autour... Du 13, je dis on, c'est moi et je pense à Arthur, je pense à tous ces gens qui ont pris leur courage à deux mains et qui ont décidé de montrer au public ce que c'est que d'être victime du terrorisme, victime du 13 novembre.

Je vois vraiment ça comme cette occasion-là. Je sais que ça ne s'arrêtera rien. Je veux boucler des choses. Bien sûr, j'aimerais retourner derrière le bar de mon pote Guillaume. C'est vachement beau, c'est résilient. Mais en fait, la souffrance, elle reste. Et malheureusement, si on me disait le 14 novembre 2025, tu vas te réveiller. Tu vois ce que je veux dire ? Ce serait génial et ça me donnerait un souffle.

pour continuer. Mais je sais que je fais cette course-là que je mène, elle ne s'arrêtera pas, en fait. Donc, symboliquement, ça a beaucoup d'importance pour moi, pour la société, pour Paris et tout. Mais dans mon existence, dans mon intimité, ça continuera.

Au début du livre, tu racontes qu'un jour, quelqu'un t'a dit que le 13 novembre était sans doute la chose la plus extraordinaire qui te soit arrivée. Aujourd'hui, t'en penses quoi de cette phrase ? Je pense que c'est vrai. Je pense que c'est complètement vrai. De toute façon, si on regarde le mot extraordinaire, extraordinaire, donc hors de l'ordinaire, il sait ça.

Mais en fait, cette personne-là, elle me disait ça aussi dans un sens particulier, qui est de dire, ça t'a sorti de l'ordinaire, mais derrière, il y a des choses qui ont découlé de cette chose ordinaire, hors de l'ordinaire, qui sont aussi extraordinaires. Et c'est ce que je disais tout à l'heure sur le Panthéon, la série.

Des exemples comme ça, j'en ai un milliard, en fait. T'es déjà demandé quelle aurait été ta vie ? Ouais, c'est quelque chose que je pense que quotidiennement, je me demande, ouais. Et d'ailleurs, là, on est dans le quartier et tout, et en venant, j'y ai pensé, quoi.

Et je continue de me dire que j'aurais été barman, que j'aurais peut-être mon établissement ou j'en sais rien, ou déjà j'habiterais à Paris. Dans ma tête, mon existence était... elle continuait et en fait elle continue de manière assez fantasmée aujourd'hui parce qu'aujourd'hui je suis incapable de bosser dans un bar tu vois ce genre de délice qu'elle reste et en même temps bah ouais j'essaie de vivre aussi cette vie là en fait tu vois

c'est la seule qui te reste David merci beaucoup d'avoir répondu à notre invitation pour la deuxième fois tu reviens quand tu veux maintenant t'es à la maison je rappelle que ton livre il fallait vivre est paru aux éditions Le Duc et il est disponible évidemment dans toutes les bonnes librairies et c'est ainsi que s'achève cet épisode très spécial de transfert.

Je vous rappelle que vous pouvez retrouver Transfer tous les jeudis sur votre plateforme d'écoute préférée. Et si vous avez aimé ce format, que sont-ils devenus ? Ils sont tous disponibles, ainsi que plein d'autres épisodes inédits, trois fois par mois sur Transfer Club.

La chaîne payante réservée aux abonnés est disponible eux aussi sur toutes les plateformes. Je suis Sarah Koskiewicz, directrice de production de Transfer et comme d'habitude, j'ai été ravie de vous présenter cet épisode. Transfer est un podcast produit et réalisé par Slate Podcast. Direction et production éditoriale Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours. Prise de son Johanna Lalonde. Chargée de production et de post-production Mona Delahaye.

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