Quand sonne la porte - podcast episode cover

Quand sonne la porte

Apr 18, 202434 minSeason 8Ep. 321
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Summary

Après avoir emménagé à Londres, Bastien et Julie rencontrent des problèmes de voisinage liés à leur consommation de tabac et de cannabis récréatif. Les plaintes s'intensifient et mènent à une perquisition de leur appartement par la police. Contraints de déménager, ils retournent à Paris mais reçoivent des mois plus tard un e-mail de la police londonienne enquêtant sur un meurtre non résolu, les impliquant potentiellement sur la base d'un portrait-robot.

Episode description

Quand on choisit un appartement, plusieurs critères rentrent en compte: l'emplacement, la superficie, la luminosité… Mais le plus important, c'est cette sensation de trouver un chez soi, de s'y sentir en sécurité une fois la porte fermée. Comme si cette porte protégeait des dangers extérieurs, de la malveillance, des horreurs du monde. Quand on est chez soi, rien ne peut nous arriver.

Le jour où Bastien et Julie trouvent enfin leur appartement, ils sont ravis de s'installer dans un joli quartier de Londres. Mais cet emménagement n'est pas au goût de tous. Très vite, les regards des voisins se font indiscrets. Et quand sonne la porte, c'est toujours un problème.

L'histoire de Bastien a été recueillie par Mona Delahais.

Transfert est produit et réalisé par Slate Podcasts.

Direction éditoriale: Christophe Carron
Direction de la production: Sarah Koskievic
Direction artistique: Benjamin Saeptem Hours
Production éditoriale: Sarah Koskievic et Benjamin Saeptem Hours
Chargée de pré-production: Astrid Verdun
Prise de son, montage et habillage musical: Victor Benhamou
Musique: «Anita» – Alexander Hitchens

L'introduction a été écrite à quatre mains par Sarah Koskievic et Benjamin Saeptem Hours. Elle est lue par Aurélie Rodrigues.

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Transcript

Un Nouveau Départ à Londres

Quand on choisit un appartement, plusieurs critères rentrent en compte. L'emplacement, la superficie, la luminosité. Mais le plus important, c'est cette sensation de trouver un chez-soi, de s'y sentir en sécurité. une fois la porte fermée. Comme si cette porte protégeait des dangers extérieurs. Quand on est chez soi, rien ne peut nous arriver.

Le jour où Bastien et Julie trouvent enfin leur appartement, ils sont ravis de s'installer dans un joli quartier de Londres. Mais cet emménagement n'est pas au goût de tous. Très vite, les regards des voisins se font indiscrets. Et quand on sonne à la porte, c'est toujours un problème. Vous écoutez Transfer, épisode 321, un témoignage recueilli par Mona Delahaye.

En février 2010, je rentre d'une année passée à Montréal avec un de mes amis, année pendant laquelle j'ai rencontré Julie. Et donc je rentre à Paris. Ça fera moi l'opportunité de prendre un poste à Londres. dans la sécurité et dans la fraude pour un site de jeu en ligne. Je suis passionné par le jeu et par le poker en particulier et donc c'est une super opportunité pour moi.

Et je reviens sur Paris le temps de reprendre mes marques et de commencer ce boulot à Londres en mai 2010. Entre l'annonce de la prise de poste et le départ à Londres, je passe quelques mois à retrouver Julie. On vit ensemble chez sa mère.

Et à ce moment-là, je prépare mon séjour à Londres. Je sais que je commence début mai et j'essaie d'anticiper un petit peu avec elle pour qu'elle puisse me rejoindre le plus rapidement possible, sachant qu'elle, elle devait finir un peu son année d'études et qu'elle ne pouvait pas se rendre sur Londres immédiatement.

J'arrive à Londres un dimanche soir et je prends le lundi matin cette prise de poste. Je découvre les nouveaux bureaux, mes nouveaux collègues. C'est un univers totalement nouveau pour moi. Je ne connaissais pas la ville avant.

Mais j'étais vraiment dans une approche purement professionnelle. J'avais vraiment comme envie de m'épanouir dans ce travail-là et accessoirement de pouvoir faire la fête et profiter de la ville. Mais l'idée, c'était vraiment d'avoir cette opportunité professionnelle et d'avancer. Donc j'arrive à Londres, j'ai 27 ans et je m'installe dans ce nouveau poste. Après quelques jours, après cette prise de poste, je me mets activement à rechercher un logement.

Et là, je fais des petites annonces. Alors sur Londres, c'est relativement facile de trouver des appartements. Il y a des chambres disponibles dans l'écologue. C'est relativement cher, mais il y en a beaucoup. Premier rendez-vous, je rencontre tout de suite une personne qui m'accueille, qui a une chambre de libre dans le quartier de Pimlico, quartier que je ne connaissais pas en arrivant à Londres. C'est un quartier qui se trouve au sud de Londres et qui est un quartier plutôt cossu.

Je me retrouve dans cette colocation. On a une colocation plutôt sympa, voire très sympa. Je me prends vraiment d'amitié pour Paul, la personne qui m'héberge. On sort, surtout les premiers temps, on sort. Je rencontre des collègues dans ce poste-là, des Français notamment, et on sympathise un peu tous ensemble. Ils viennent dans ma coloc, ils rencontrent mon colocataire, mes colocataires, et on commence. explorer un peu les quartiers et les bars de Londres.

Ma copine arrive fin juillet 2010 et elle me rejoint dans le but de justement quitter cette colocation et de s'installer ensemble, de trouver un appartement pour vivre de manière plus pérenne sur Londres. Donc elle arrive, moi je suis déjà installé depuis 2-3 mois.

Elle est excitée, elle, à l'idée de me rejoindre et à l'idée de découvrir cette ville-là. Elle n'a pas de travail, elle n'a pas de plan en tête particulièrement et elle ne parle pas très bien anglais. Donc on sait que ça va être difficile pour elle. de trouver un emploi, mais le salaire qui m'est offert nous permet de pouvoir louer un appartement.

Donc on se met à la recherche d'un appartement, toujours dans le quartier de Pimlico, puisque c'est un quartier qui me plaisait beaucoup et j'adore ce quartier. C'est un quartier très très calme, qui est proche de la gare Victoria, donc relativement bien desservie, et qui est un quartier... plutôt bourgeois, plutôt cossus, dans lesquels on retrouve plutôt des familles plutôt que des jeunes. Et on se met à chercher un appartement et on visite plusieurs appartements.

Pendant une période de 15 jours, on doit visiter une dizaine ou une quinzaine d'appartements. Donc on trouve un appartement dans le quartier de Pimlico. On prend cet appartement puisqu'il nous plaît. Il nous convient bien, il est situé relativement près de la gare. On a un bon feeling avec cet appartement. C'est un appartement avec une chambre et un salon et on se dit que ce serait le bon pour s'y installer.

Premières Tensions Avec Les Voisins

On est début septembre 2010, on s'installe dans l'appartement, on récupère les clés et on s'aperçoit que sur le bail, il est inscrit très clairement que c'est un appartement non fumeur. Elle et moi sommes des fumeurs réguliers et on est des bons vivants, donc on a l'habitude de sortir, de boire un petit peu et de fumer quelques joints de temps en temps. Ce n'est pas quelque chose qui est extrêmement régulier, c'est plutôt récréatif.

c'est la plupart du temps quand on est avec des amis. Et on ne fait pas particulièrement attention à ça, puisqu'en France, on n'a pas ces habitudes-là. On ne signe pas des baux avec ce genre de clause-là, donc on ne fait pas particulièrement attention et on s'installe dans l'appartement et on a notre petite activité classique, on fume et on fume quelques pétards régulièrement. Le premier week-end...

Après notre emménagement, on décide de faire une petite soirée avec des amis. Alors c'est un couple d'amis, donc on se retrouve à quatre dans l'appartement. On se dit qu'on vient d'emménager.

et qu'on va être assez discret. En tout cas, on ne met pas la musique extrêmement fort. On passe une soirée normale, on ne danse pas sur les tables, on discute, on rigole, on est content d'être dans ce nouvel appartement. Ces amis-là sont déjà installés sur Londres depuis plusieurs mois et vont nous faire des coups.

On est très content de partager cette soirée avec eux et de commencer cette nouvelle aventure. La soirée se termine relativement tôt. On ne fait pas d'excès particulier. On doit finir la soirée vers une heure ou deux du matin. Donc la soirée se termine, on va se coucher avec Julie, on a passé une excellente soirée. Donc on est le lendemain, on est un dimanche, un lendemain de soirée, on est plutôt bien réveillés.

Et en milieu de matinée, ça sonne à la porte. Donc on est plus ou moins surpris, on n'attendait personne. J'ouvre et je me retrouve face à notre voisine, donc notre voisine du dessus. Une femme très, très étrange. Un regard très fuyant, un peu tremblante, un peu presque désolé de venir nous déranger. C'est la première fois qu'on la voit. On pense...

D'abord qu'elle vient se présenter à nous de manière sympathique et puis elle nous fait part rapidement du fait qu'on ne l'a pas particulièrement dérangé la veille avec la musique ou le bruit. Mais elle se plaint d'une odeur de fumée de cigarette qui serait remontée dans son appartement, qu'on est dimanche matin et qu'elle n'a pas pu se rendre à la messe, car ses chaussures sentaient la cigarette.

Je trouve ça assez surprenant qu'elle nous dise ça. Donc on monte chez elle, elle nous montre son fameux placard et on s'aperçoit que nous, on ne sent pas l'odeur de cigarette. De toute façon, c'était la veille et puis on est fumeur, donc on ne fait pas attention à ça. On retourne dans l'appartement et on est un peu surpris et on en rigole. On en rigole, on se dit on a affaire à une farfelue.

Si elle nous fait ça le premier jour après la première fête de notre installation, c'est que ça va être compliqué pour nous de pouvoir vivre sereinement et pleinement et d'organiser éventuellement d'autres fêtes avec plus d'amis, etc.

Les Plaintes S'intensifient

Les semaines d'après, avec le voisinage, on fait relativement attention à ne pas faire d'excès ni de bruit ni de fumée, etc. Mais pour le coup, on continue de fumer dans l'appartement. Et on fait connaissance d'une autre voisine, donc celle qui est en face sur le palier, qui est une dame relativement âgée, un peu taciturne, un peu renfermée sur elle-même et qui n'est pas très bavarde. Mais on sent rapidement qu'on est observé.

Quand on fait des va et vient, quand on rentre, quand on sort, on sent que les... Il y a du mouvement derrière sa porte, etc. On se sent un petit peu épié, on ne se sent pas très à l'aise avec le fait qu'on soit observé comme ça. On la croise dans le hall et dans les couloirs. On ne sympathise pas particulièrement avec elle et elle nous fait deux, trois remarques.

qui étaient plus ou moins les mêmes que la voisine du dessus, en nous expliquant que ça sentait la cigarette dans le hall de l'appartement, que c'était dérangeant, que c'était gênant pour eux, et elle nous demande gentiment d'arrêter. La voisine du dessus, on la recroise, on s'aperçoit aussi qu'elle vit un peu rideau fermé, elle est un peu isolée, on la croise de temps en temps, elle a toujours le regard fuyant, elle n'ose pas vraiment venir nous parler.

comme si elle avait presque peur de nous, alors que finalement, on est un couple sans histoire. Ça dure plusieurs semaines. On a des remarques régulières des voisines et on a aussi... des contacts téléphoniques avec l'agence qui nous explique que les voisines se sont plaintes, donc on le savait très bien.

que la voisine d'en face est une amie de notre propriétaire et qu'elle en a fait part au propriétaire, que le propriétaire a retransmis cette information à l'agence et que l'agence est au courant qu'on a quelques déboires et quelques problèmes avec les voisines. Quand l'agence nous appelle...

Pour nous parler des réclamations des voisines et du propriétaire, il nous reproche le fait de fumer des cigarettes dans l'appartement, mais il reproche aussi l'odeur d'herbe qui remonterait un peu dans les couloirs et dans le hall de l'appartement, et a priori qui les dérange. À ce moment-là, on se dit qu'on a peut-être pris le mauvais appartement parce qu'on n'avait pas envie d'avoir des problèmes avec le voisinage. Mais pour autant, on continue notre petite vie, on ne fait rien de mal.

Donc on se dit au pire, ils nous prendront des frais pour la fumée, la moquette, les rideaux, etc. Mais on ne va pas pour autant s'arrêter de fumer des cigarettes. On est fumeurs et on est chez nous, donc on part de ce principe-là. On est au mois de décembre, on est samedi, on se détend.

La Perquisition Surprise

avant d'aller retrouver des amis qu'on devait voir à Camden le soir, qui habitent dans le nord de Londres. Avec ma copine, on est dans le canapé, on regarde un film et on s'assoupit, on est à moitié endormi, et ça sonne à la porte. Donc je me lève un petit peu encore dans le brouillard et je regarde au Judas et je vois un couple, une femme et un homme brun. à peu près de notre âge. Et je trouve qu'il ressemble étrangement aux amis chez qui on devait aller le soir.

Donc je me dis, bon peut-être qu'ils sont passés dans le coin, qu'ils veulent nous faire un coucou avant, qu'ils veulent passer une partie de l'après-midi avant qu'on retourne chez eux le soir. Et donc j'ouvre la porte et là j'entends un gros boom et je me fais projeter en arrière.

Et je me retrouve au sol et là j'entends des cris, des gens qui hurlent et je vois plusieurs personnes qui rentrent dans l'appartement. J'ai ouvert en pensant ouvrir à deux personnes qui étaient nos amis et je me retrouve avec cinq personnes autour de moi. Je me rends compte que c'est des policiers qui me retournent et qui me menottent. J'étais sur le ventre, au sol, et je me fais menotter les mains en arrière.

Cette intervention a été déjà surprenante, mais le fait que je vienne juste de me réveiller, j'étais vraiment dans un état d'esprit où j'avais l'impression d'être dans un autre monde, peut-être même de rêver dans un cauchemar. Il m'a fallu quelques minutes pour comprendre vraiment que la situation, c'était celle-ci et comprendre ce qui se passait. Ils me relèvent et ils me mettent sur le canapé. On se retrouve sur le canapé tous les deux. Julie ne l'avait pas menotté, elle.

Et là, je comprends qu'ils viennent chercher quelque chose, puisqu'à priori, les voisines se sont plaintes du fait qu'on fumait quelques pétards. Il y a une personne qui nous parle, qui nous explique pourquoi ils sont là, que les voisines se sont clins du fait qu'on fumait et que potentiellement, ils cherchaient de la bœuf. Et je suis plutôt rassuré à ce moment-là parce que je sais qu'on n'a rien.

Et donc, le fait que les voisines se soient pleins de ça, je pense qu'elles avaient imaginé qu'on était des grands criminels et des grands revendeurs de drogue, et qu'elles n'avaient pas pensé que ça faisait deux ou trois jours qu'on n'avait plus rien et qu'il n'y avait rien à trouver dans l'appartement. Je suis d'un naturel plutôt calme et la situation fait que je suis tellement abasourdi que finalement, je n'ai presque pas de réaction. Je suis plutôt presque tremblant, apeuré.

Elle, elle s'énerve un peu, elle s'excite un petit peu, mais en français, sans pouvoir rien dire à ces policiers-là. Et je vois les quatre autres personnes qui fouillent partout dans l'appartement de fond en comble. Ils vont même fouiller dans des endroits... que je ne connaissais pas de cet appartement. Ils vont fouiller dans les moindres recoins, ils vont fouiller dans les légumes, dans les carottes, ils vont fouiller partout.

Cette perquisition doit durer environ une heure, une heure et demie. C'est assez difficile, puisque au bout d'un moment, il n'y a plus de communication particulière. On les regarde, on les observe, ils font leur petite démarche. Et puis, ils terminent, ils finissent par nous dire qu'ils n'ont rien trouvé. On n'est pas très surpris, on n'avait rien.

Et ils nous parlent un peu sèchement, ils nous grondent, ils nous font un peu la morale et ils nous disent que ce type de comportement ne doit pas avoir lieu dans ce type de quartier, etc. Il faut arrêter tout de suite et donc on nous met un... énorme avertissement et ils repartent en nous laissant un document, une sorte d'avis de passage et d'avertissement en nous disant voilà on est passé tel jour à telle date, prenez vos dispositions pour arrêter d'embêter les voisines.

Départ Précipité de l'Appartement

Donc ils s'en vont, l'appartement est tout retourné. Nous, on est toujours un peu tremblants, complètement perturbés par cette situation. Et on se met à ranger. On se met à ranger comme s'il n'y en était. On se pose beaucoup de questions, on se dit qu'on vient à peine d'aménager, qu'on a déjà ces soucis-là et qu'on n'avait pas en tête l'idée d'avoir autant de problèmes et qu'on voulait avoir une vie plutôt calme à Londres.

Quelques semaines après, l'agence nous appelle et nous fait comprendre que le propriétaire a été informé de cet événement-là et qu'il souhaite qu'on quitte les lieux au plus vite. qu'on arrête de toute façon de fumer même des cigarettes et qu'à la moindre récidive, il prendrait ses dispositions pour soit faire revenir la police ou soit nous évacuer ou nous faire partir au plus vite.

On se rend compte que la situation va être compliquée à gérer et qu'on se retrouve dans un pays dont on ne connaît pas forcément les lois ni l'administration. On a toujours cette crainte que ça se reproduise, et puis la crainte de toute façon que même si on se met d'équerre et qu'on respecte bien toutes les règles, de toute façon qu'on aille nous chercher des poux sur d'autres sujets. Et donc là, je fais appel à mon ancien colloque Paul.

puisque lui vit sur Londres depuis un bout de temps. Il nous dit qu'une de ses chambres qu'il avait louées entre-temps se libère et que, bien entendu, il peut nous héberger provisoirement. Donc, ça se fait relativement rapidement. On s'installe dans sa chambre.

C'est presque un soulagement. On est soulagé d'être loin, finalement, de ces problèmes-là. Mais on se retrouve dans cette colocation, mais en couple. Et en couple, en colocation, on a très peu d'intimité. On ne se retrouve pas dans notre environnement.

On n'arrive pas à retrouver nos marques et à se dire que finalement, on est de nouveau chez nous. Donc on est un peu anxieux en se disant, zut, on avait tout fait pour bien s'installer. On a ces déboires-là et on se retrouve finalement, on a fait un pas en avant, deux pas en arrière.

On passe les fêtes de fin d'année, nos nouveaux ans à Londres. Et puis là, commence à se poser la question, qu'est-ce qu'on va faire ? Est-ce qu'on cherche de nouveau un appartement ? Où est-ce qu'on décide finalement de partir ?

Retour à Paris et Étrange E-mail

Il se passe quelques temps et on part dans l'idée vraiment de rentrer sur Paris. On rentre en mai, moi j'arrive sur Paris, je prends le même poste mais dans les bureaux parisiens et se pose la question maintenant de se réinstaller ensemble. Avec Julie, on y repense beaucoup, on en reparle, on en rigole, on prend beaucoup plus de recul sur la situation.

On a quitté Londres, donc on n'a plus de crainte particulière. On trouve cette situation un peu rocomolesque et on la raconte à nos amis, mais on en rigole, on prend ça avec un peu de légèreté. De toute façon, c'est derrière nous. Et on trouve très rapidement, au mois de septembre, un appartement sur le Valois. Donc l'installation se passe très bien. On profite.

De la fin de l'été, l'automne arrive, tout va très bien entre nous. On profite de cet appartement. Et moi, je travaille dans les locaux parisiens qui ne se trouvent pas loin du tout de Levallois. Donc, c'est assez confortable et assez pratique pour moi. Une journée de novembre, je suis au travail, je descends comme à mon habitude fumer une cigarette et je consulte mon téléphone et je regarde mes mails. Je tombe sur un mail de la Metropolitan Police de Londres.

Le sujet en anglais est « Recherche de témoins ». Je l'ouvre. Il y a le nom d'un enquêteur. Et mon premier réflexe, avec les histoires qui se sont passées à Londres, c'est de me dire que... un de mes amis à qui j'ai raconté cette histoire me fait une blague et essaye un peu de me titiller en m'envoyant un email en se faisant passer pour un enquêteur pour me faire une blague.

Je lis le contenu et c'est un enquêteur qui est à la recherche d'un bastien et qu'on me demande mon numéro de téléphone afin de prendre contact avec moi pour échanger au sujet d'une affaire. Je consulte ensuite ce mail un peu plus en détail et je recherche un peu qui est cette personne. Je m'aperçois que c'est un vrai email d'un vrai enquêteur et d'une vraie brigade.

de la police de Londres et de la brigade de recherche pour les homicides et les disparitions de personnes. Je remonte dans le bureau et je fais des recherches pour m'assurer que cet enquêteur existe bien, que cette brigade existe bien. pour vraiment écarter le fait que ce puisse être une blague. Donc je me rends compte que cet email est bien légitime et que comme je suis contacté par une brigade de recherche dans les...

spécialisé dans les meurtres et les disparitions de personnes. Le deuxième réflexe et la deuxième idée qui me traverse la tête, c'est de me dire qu'il est arrivé quelque chose à une des deux voisines.

Et que c'est dans ce contexte-là qu'on essaye de prendre contact avec moi. Et là, je commence un petit peu à paniquer en me disant, est-ce que j'ai besoin d'être entendu en tant que témoin, en tant que suspect ? Et là, je commence à m'inquiéter un petit peu plus et à comprendre le sérieux de la situation.

J'ai des idées qui me passent par la tête en me disant que, certes, il y a eu ces soucis à Londres, mais que je ne sais pas de quelle histoire il s'agit, je ne sais pas pourquoi on me contacte, que je comprends rapidement que c'est quelque chose de grave.

Contact Avec La Police Criminelle

J'ai très peur d'une potentielle erreur judiciaire et de me dire, je vais peut-être me retrouver encore une fois impliqué dans une histoire pour laquelle je n'ai pas de responsabilité. Je décide rapidement de transférer le mail à Paul. Il connaît bien.

les lois et l'administration anglaise et je lui demande un peu conseil, savoir est-ce que je dois répondre, qu'est-ce que je dois faire. J'en parle aussi à mes proches et pour le coup j'en parle à mes parents en leur disant que je suis relativement inquiet, qu'on cherche à me contacter, etc.

Et je ne sais pas pourquoi, sur le moment, j'ai comme une envie de ne pas répondre. Et tout mon entourage me dit, si, au moins pour savoir de quoi il en ressort et pour que tu sois rassuré, donc tu dois répondre. Deux jours après, je réponds à son email en lui donnant mes coordonnées téléphoniques et en lui faisant comprendre que j'étais disponible pour un échange.

J'essaie moi-même de le contacter sur les numéros qui étaient en signature de mail, je n'y arrive pas, et donc il se passe à peu près une semaine pendant laquelle je reste avec ces interrogations-là, en me demandant toujours de quelle affaire il s'agissait, et je reste un peu...

quand même sur l'idée des voisines et de me dire qu'il est arrivé quelque chose aux voisines et que, comme on avait un contact proche, qu'on a eu des histoires et qu'il y a la police qui s'en est mêlée, potentiellement, ça pourrait même paraître logique que je sois interrogé dans ce cadre-là. Il me renvoie un message en disant qu'il a bien pris en compte mon numéro et qu'il va me rappeler. Je vois un appel sur mon téléphone avec un numéro anglais, donc je comprends tout de suite que c'est lui.

Je lui réponds et je m'isole pour parler tranquillement avec lui. Et là, il commence à se présenter et à me poser plein de questions. Alors, au début, c'est des questions sur comment s'appelle ma tante, dans quel établissement scolaire je suis allé, etc. Je trouve ça relativement étrange. comme question, mais c'est a priori pour s'assurer que c'est bien moi qui est en face de lui.

Il commence à me poser d'autres questions, beaucoup plus précises cette fois-ci, sur mon séjour à Londres, depuis quand j'y étais, quand est-ce que je suis parti, où est-ce que je travaillais, sur mes... sur mes horaires, les jours auxquels je me rendais au bureau ou non, puisque j'avais une partie de télétravail. C'est des questions qui arrivent à un rythme assez effréné, qui ne laissent pas...

trop la place à la réflexion, donc c'est des questions un peu du tac au tac. Je réponds à toutes les questions, et à chaque fois que je réponds à une question, il acquiesce en me disant « oui, je sais, j'ai déjà ces informations ». Et il me fait comprendre que...

La vidéosurveillance à Londres est relativement développée. Ils ont déjà fait les investigations sur mes trajets, sur mes déplacements, qu'ils ont pris contact avec l'agence de location et qu'en fait, toutes les réponses à ces questions, il les a déjà. Ça me perturbe un petit peu et surtout, à ce moment-là, il me pose des questions et je n'ai pas encore l'information de savoir de quelle affaire il s'agit et pourquoi.

La première réaction que j'ai eue, c'est encore, ça ne s'arrête plus. C'est ça, c'est une ville un peu maudite et je me suis dit, quand est-ce que ça va s'arrêter ? On était contents finalement d'avoir quitté Londres et ces problèmes-là et quelques mois après... À notre plus grande surprise, les problèmes refont surface. J'avais qu'une seule envie, une seule idée en tête, c'était qu'on m'explique. Clairement, avec des mots simples, dans quel cadre j'étais enquêté, recherché, questionné.

Le Meurtre de l'Agent Secret

Donc je lui pose la question. Là, il m'explique qu'ils enquêtent sur le meurtre d'une personne qui se nomme Garrett Williams. Il m'explique donc le contexte, le nom de cette personne, sans m'en dire particulièrement plus, et il m'explique qu'il y a un portrait robot, et ce portrait robot a été diffusé dans la presse. Et il m'explique qu'un signalement a été fait sur le fait que ce portrait robot pourrait éventuellement correspondre à moi et ma copine.

Et il me demande d'aller faire mes propres investigations, mes propres recherches pour cette histoire-là. Et il me dit qu'on s'en rappelle plus tard. Donc je mets fin à cette appel téléphonique. Et là, je regarde sur Internet, je tape le nom de cette personne. Garrett Williams, et je tombe sur un portrait robot en noir et blanc d'une femme et d'un homme. Je n'ai pas de cheveux, je suis chauve, et sur ce portrait robot-là,

On voit un homme qui n'a pas du tout la même apparence que moi physique et qui est relativement chevelu. Et sur ce portrait robot-là, on voit une femme. qui, pour le coup, ressemble très étrangement à ma copine Julie, c'est-à-dire une méditerranéenne brune, un peu pulpeuse. Et donc, je ne comprends pas tout à fait pourquoi c'est moi qu'on contacte, alors que je ne ressemble pas du tout à ce portrait robot.

Et je fais des recherches un peu complémentaires pour essayer de comprendre et de savoir quelle est cette histoire-là. Je tombe sur... Plusieurs articles, beaucoup d'articles, certains en anglais, certains en français, d'une affaire qui finalement s'avère être le meurtre. En tout cas, ils ont retrouvé un homme.

mort dans sa baignoire, enfermé dans un sac en cuir, fermé par un cadenas avec la clé à l'intérieur du sac. Il s'avère que cet homme-là, c'est un agent secret des services britanniques du MSX et qui a été retrouvé. dans un appartement de Pimlico, en août 2010. Je fais ces recherches-là, et là je tombe sur cette histoire qui est...

invraisemblable. Je n'avais jamais entendu parler de cette histoire-là puisque je ne lisais pas les journaux et je ne regardais pas les infos. C'était aucun média quand j'avais vu à Londres. C'est une histoire qui avait fait la...

une des journaux a priori. Il y avait énormément d'articles à ce sujet et la diffusion des portraits robots et je n'en avais pas du tout connaissance. Donc je tombe un peu dénu. Je trouve cette histoire un peu hallucinante, ahurissante. Et à la fois, je sens comme une sorte de soulagement.

Puisque j'avais toujours en tête l'idée de me dire que potentiellement j'étais entendu dans le cadre d'une disparition ou d'une meurtre d'une des voisines. Et là je me dis bon c'est beaucoup plus facile pour moi finalement de me dédouaner d'une responsabilité quelconque. ou l'assassinat d'un agent secret plutôt que d'une voisine avec qui, oui, j'ai eu des contacts et oui, j'ai eu des conflits.

Démontrer Son Innocence

Je reprends contact très rapidement avec l'enquêteur et je lui explique que ce portrait robot, a priori, n'a rien à voir, que la personne ne ressemble pas du tout et que je suis en mesure de lui apporter des preuves que je ne suis pas la personne du portrait robot.

que ça fait des années que je suis chauve et que je n'ai plus de cheveux et que je lui propose de lui envoyer des photos de moi et de ma copine et aussi de lui envoyer des photos de moi à plus ou moins à tous les âges pour lui montrer que je n'ai jamais eu de cheveux. Et puis, je lui pose immédiatement la question et je lui dis, vous avez fait des investigations sur moi, vous savez très bien que j'ai eu des conflits avec...

avec les voisines, et vous savez très bien également qu'il y a eu la police qui est venue chez nous, qu'on avait déjà un sujet entre nous, donc est-ce que, oui ou non, vous pouvez me dire si le signalement provient d'une de ces voisines-là ? Et chose à laquelle elle me répond oui. Le lendemain, je réponds à son email en ayant fait au préalable une petite sélection de photos de moi à tous les âges.

ma copine Julie, pour lui montrer que je n'étais pas la personne en question a priori sur le portrait robot. On est toujours en novembre, quelques échanges téléphoniques se font pour me poser Encore quelques questions. Je reste au calme au téléphone. Je ne panique pas plus que ça. Je sens que l'issue est proche puisque j'attends juste qu'ils fassent leur enquête. En attendant, je continue à regarder les évolutions.

de cette enquête. Je regarde un petit peu, je trouve des choses plutôt hallucinantes. C'est-à-dire qu'ils ont tenté de faire des reconstitutions avec des contorsionnistes pour savoir s'il était possible de s'enfermer soi-même dans un sac. Donc je suivais l'enquête. Je la suivais, j'essayais de voir quelle piste ils abordaient et d'essayer de comprendre quel était ce couple sur le portrait robot et dans quel cadre ils le recherchaient et pourquoi.

Puis au fil des appels, finalement, non pas une relation se crée, mais il y a un échange. Il comprend que je suis un jeune homme ordinaire et que finalement, ma vie, mon passé et même le passé à Londres. Je ne justifie en aucun cas le fait de penser que je puisse être en relation ou avoir un lien direct avec des services secrets. Vient le dernier appel où il me pose encore quelques questions et je lui demande de me rassurer.

en me donnant un écrit, peu importe quand, mais mentionnant que je n'ai rien à faire dans cette histoire et me dédouanant totalement de la responsabilité de cette affaire. Et non, non, il me dit, OK, on poursuit nos investigations et on vous recontactera. Mais là, je sens un ton beaucoup plus rassuré. Enfin, moi, je suis déjà beaucoup plus rassuré, moi, parce qu'en fait, pour le coup, je sais que je n'ai aucun lien avec cette affaire-là. C'est plutôt même drôle. J'en ris presque à ce moment-là.

Et je sens aussi, lui, dans son ton, que les investigations ont avancé, que des pistes ont été écartées, et qu'il me fait comprendre que ça va aller relativement rapidement, et qu'il va me mettre fin à cette histoire en m'écrivant noir sur blanc que je n'avais rien à voir avec cette affaire. L'appel se termine, je suis toujours un petit peu inquiet et j'ai pour le coup une seule envie, c'est que cette histoire se termine et que j'ai un écrit noir sur blanc.

précisant que finalement, les investigations, en tout cas sur ma personne, sont terminées et que l'enquête se poursuit, mais que je n'ai rien à voir avec cette affaire-là.

Les Conséquences Durables

Donc il s'est passé une dizaine de jours et le 21 novembre, je reçois un email de sa part qui me précise que « You don't appear to be the witnesses that we are looking for ». Donc vous n'êtes pas les témoins dont nous sommes à la recherche. Merci pour votre aide et je n'aurai pas besoin de vous contacter de nouveau. À ce moment-là, je suis à la fois soulagé parce que j'attendais quand même d'avoir cette confirmation-là.

être sûr et certain qu'il n'y allait pas y avoir d'erreur judiciaire et que je n'allais pas avoir plus de complications que ça. Et puis, cette histoire est tellement hallucinante que je fais des recherches régulières en ligne pour essayer de voir...

comment les investigations évoluent. Je sais que je n'ai plus rien à voir avec cette affaire-là, mais je suis quand même extrêmement curieux. C'est un fait divers. C'est une histoire dans laquelle j'ai été indirectement impacté. Ça me fait penser à un mauvais film. Cette histoire, elle est...

relativement étrange, et j'aimerais bien connaître le fin mot de l'histoire. Donc je consulte régulièrement des sites internet, des articles de presse qui parlent de ça. Finalement, je la suis un petit peu, cette histoire, comme je suivrai un film, et j'attends le dénouement avec impatience. Il s'avère qu'ils n'ont toujours pas trouvé les personnes en question du portrait robot. Ils font plein de reconstitutions, plein d'investigations, etc. Et finalement, quelques mois plus tard,

L'affaire se conclut comme un accident. Après, quelle était la volonté vraiment des voisines ? Je sais que c'est elles qui ont fait ce signalement-là. Est-ce qu'elles ont réellement cru que c'était moi et ma compagne ?

qui avions pu être impliqués dans le meurtre d'un espion britannique alors qu'elles avaient aussi imaginé qu'on pouvait être des grands vendeurs de drogue. Donc peut-être que finalement elles étaient dans un délire un peu paranoïaque et en pensant qu'elles avaient vraiment affaire à de grands criminels.

Est-ce qu'elles l'ont fait pour nous mettre des bâtons dans les roues, pour nous embêter une dernière fois, ou se venger peut-être du fait qu'on les a embêtés à l'époque ? Elles se sont dit, tiens, c'est peut-être la bonne façon de faire. Je me pose cette question de me dire que...

Peut-être que ce portrait robot qui a été décrit par un témoin, finalement, c'est peut-être nous qui étions sur ce portrait robot. C'est peut-être nous qu'on a voulu... dessiner ou quoi, parce que la découverte de ce corps a été faite au même moment où nous, on faisait des visites d'appartements dans le quartier de Pimlico.

Peut-être que c'est nous qui avons été vus dans ces endroits-là et qu'on a été mal décrits par quelqu'un. Et à minima, peut-être qu'on a aussi croisé ces gens-là, si ce n'est pas nous. Peut-être qu'on les a croisés, peut-être qu'on est passé à quelques mètres de cet appartement dans lequel il a été retrouvé mort. Et ça, ça reste quelque chose que je n'aurai jamais la réponse. C'est toujours un grand mystère.

Aujourd'hui, près de 15 ans après cette histoire, j'ai toujours un petit sursaut, un grand sursaut même, quand j'entends une sonnette. J'ai vécu jusque-là en appartement, je n'ouvrais pas les portes quand ça sonnait, je m'assurais que la personne... qui devait sonner, c'était bien une personne que je connaissais, etc. Et j'ai même peur un peu des sonnettes dans les films. J'ai toujours ce petit sursaut et l'impression que les ennuis peuvent revenir.

Vous venez d'écouter Transfer, épisode 321, un témoignage recueilli par Mona Delahaye. Cet épisode a été produit par Slate Podcast. Direction éditoriale, Christophe Caron. Direction de la production, Sarah Koskevic. Direction artistique, Benjamin Septemours. Production éditoriale, Sarah Koskevic et Benjamin Septemours. Chargée de pré-production, L'introduction a été écrite par Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours. Elle est lue par Aurélie Rodriguez.

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