¶ Présentation du sponsor Don de Giga
Cet épisode de transfert vous est présenté par Bouygues Télécom, engagé avec ses clients contre l'exclusion numérique grâce à l'opération Don de Giga. Chaque mois, les clients Bouygues Télécom peuvent offrir des gigas symboliques à l'association de leur choix. Quatre partenaires participent à cette initiative. Les petits frères des pauvres, le Secours populaire, la Fondation des femmes et l'APF France Handicap.
Ces gigas sont ensuite transformés en forfaits et smartphones pour des personnes en situation d'exclusion numérique. Cette année, plus de 925 000 gigas ont déjà permis à des milliers de bénéficiaires de se reconnecter et ainsi de rester en lien avec leurs proches et la société. Pour découvrir l'histoire de ce beau projet et l'impact concret de vos dons, n'hésitez pas à aller voir la vidéo Giga Merci sur la chaîne YouTube ou le site de Bouygues Télécom.
¶ Concept de synchronicité et prémisse
Lors d'une séance, le psychiatre et psychanalyste suisse Carl Young écoutait une patiente lui raconter un de ses rêves, dans lequel elle recevait un scarabée doré, quand soudain, un insecte heurta la fenêtre de son cabinet. un insecte que Yang identifia comme un nanton scarabéide. Cette coïncidence et son interprétation permirent à l'analysante d'avancer dans sa cure et à l'analyste de mettre au point un nouveau concept, la synchronicité.
ou comment l'occurrence simultanée de deux événements sans lien de causalité prend dans leurs associations un sens pour la personne qui les perçoit. Ainsi, c'est grâce à une photo et à une pendaison de crémaillère que Marie et Tara ont vu leur vie liée. d'une drôle de manière. Vous écoutez Transfer épisode 136, une histoire courte racontée au micro de Nina Pareja, produite et réalisée par Slate.fr.
¶ La pizzeria parisienne et les expos
En 2012, j'habite à Paris avec mon mari et nos trois enfants et on est propriétaire d'une petite pizzeria dans le quartier du Canal Saint-Martin. Le local est super, mais il est vraiment minuscule. On n'a pas de salle pour recevoir les clients, donc c'est juste une pizza remportée, des livraisons à vélo et c'est tout. Un an plus tard, le local d'à côté, qui était un magasin de bijoux fantasy, se libère.
C'est l'occasion pour nous de louer la salle d'à côté, même si c'est un autre propriétaire, et de réussir à faire une salle de restaurant pour notre minuscule pizzeria. Dans cette salle, régulièrement, j'organise des expos d'artistes qui sont souvent des clients, des amis de clients, des amis à mes amis, des gens de ma famille.
C'est un moyen pour nous de faire connaître la pizzeria à d'autres gens et puis les pizzas en des noms d'artistes qu'on adore. Il y a la pizza Basquiat qui est la pizza la plus populaire comme Jean-Michel Basquiat. Du coup, pour nous, de faire des expos dans la salle d'à côté, c'est cohérent avec l'image, les vibes et le délire général de notre pizzeria.
¶ La photo new-yorkaise coup de cœur
Un jour, un très bon copain à moi vient manger à la pizzeria avec une de ses amies, Sylvie, une photographe. Je les rejoins, je m'assois avec eux à table et elle me dit « Marie, je reviens d'un voyage à New York ». J'ai fait plein de photos de New York assez chouettes et ça me dirait d'exposer dans la salle d'à côté. Moi, je suis super ravie. J'adore New York. J'imagine que ces photos vont être super chouettes parce que je sais qu'elle a du talent. Je connais son travail.
Elle me propose de me montrer quelques clichés. Je me rends compte que c'est que des photos de buildings, d'immeubles, très new-yorkais, surtout pour nous, les Français. Mais évidemment, elle, c'est une photographe professionnelle. Donc, ces photos de building, même si j'ai l'impression que tout le monde les prend en photo, elles sont super bien cadrées, elles sont magnifiques. Et je suis hyper contente de mettre un New York dans notre petite pizzeria à Paris. Merci.
Le jour du vernissage, Sylvie a accroché une vingtaine de photos qu'elle a choisies elle-même. Il y a un petit groupe de gens, on boit un verre et je prends le temps de faire le tour des photos, de les regarder. et d'apprécier son travail. Et à un moment donné, je m'arrête devant une photo en particulier et j'adore cette photo. C'est la photo d'un immeuble en briques marron.
où on voit un premier étage avec quatre fenêtres, avec les fameux escaliers pour les pompiers en fer à l'extérieur. Et en dessous... On voit la devanture d'un magasin de bandes dessinées. Il y a écrit en énorme comic books. Et dans la vitrine, j'adore, parce qu'il y a un Superman en carton, une silhouette. collé dans la vitrine. Et à côté, d'ailleurs, il y a aussi Superwoman. Et les couleurs de l'immeuble marron avec le contraste de Superman en rouge et bleu.
Vraiment, j'ai un coup de cœur, surtout sur ce cadrage, moitié boutique, moitié premier étage d'un immeuble. J'ai dit à Sylvie, Sylvie, j'adore cette photo, je sais que tu les mets toutes en vente, mais est-ce que tu peux me... Me garder celle-là, je te l'achète. En fait, je suis hyper contente parce que c'est la première fois que j'achète une photo originale en me promenant dans une expo. C'est comme une impulsion.
Je vois cette photo, je l'adore et je sens comme un lien avec cette photo, comme si peut-être j'aurais pu la faire. C'est pour ça que j'ai envie de l'acheter.
¶ Voyage de la photo à Los Angeles
Quand l'expo se termine, je décroche enfin ma photo et je pars à la maison avec la photo sous le bras. Je me dis qu'elle irait très bien dans la chambre de mon premier fils, Tom. comme mon mari est américain et que mes enfants sont à moitié américains, à moitié français, j'aime bien ce lien avec sa culture américaine, New York, Superman, la pop culture, voilà.
Un an et demi après, on doit quitter cet appartement parce que le propriétaire va le vendre et on trouve un nouvel appartement dans le 10e arrondissement, plus près du restaurant. Et donc, on déménage et cette photo nous suit, évidemment, et se retrouve une fois de plus dans la chambre de Tom, dans le nouvel appartement. Un an plus tard, avec mon mari, on décide de déménager à... À Los Angeles, parce qu'on a envie d'une nouvelle aventure, on a envie d'emmener nos enfants vivre...
une nouvelle culture et on a envie qu'ils connaissent un petit peu la culture de leur père et on fait ce projet fou de vendre nos restaurants, de vendre tout ce qu'on a et de partir à Los Angeles. En juin 2015, On a trouvé une petite maison à louer à distance dans le quartier de Manhattan Beach. C'est vraiment une petite ville près de la mer, très familiale. On décide donc de tout vendre, tous nos restaurants, parce qu'entre-temps, on avait créé d'autres restaurants.
de vendre notre voiture, notre petite maison de vacances, de vendre tous nos meubles. Et on garde plus que six valises pour déménager et une trentaine de cartons. Dans les cartons, il y a beaucoup de souvenirs, en fait. Il y a des livres, des disques, des photos, quelques jouets, et puis surtout nos posters, puis la photo de Sylvie qui nous suit.
¶ Installation à LA et rencontre de Tara
Nos cartons arrivent trois mois après nous. Quand j'ouvre le carton et que je retrouve la photo de Sylvie, naturellement, je ne réfléchis pas longtemps. Je rentre dans la chambre de Tom et je lui dis « Tom, voici ta photo, je vais encore la remettre dans ta chambre. » pour la troisième fois. À Manhattan Beach, la rentrée scolaire se passe bien pour mes deux garçons. Par contre, je me retrouve face à un petit problème pour mettre ma plus jeune fille à l'école. Elle a 4 ans et demi.
Aux États-Unis, la première année, la seule année de maternelle, on doit avoir cinq ans pour rentrer à l'école. Et je me retrouve avec ma fille sans école pour elle. Et je rencontre... une fille qui me dit « Écoute, je connais une école privée pour les très jeunes enfants qui n'est pas très chère, qui est dans la ville d'à côté à 20 minutes, mais ils ont de la place et tu peux inscrire ta fille dans cette école. »
Dans la classe de ma fille, il y a très peu d'élèves. C'est un petit groupe de douze enfants. C'est une école très familiale où les parents se rencontrent assez rapidement, vu qu'on est en petit comité. Il y a deux mamans en particulier qui sont très accueillantes avec moi. dont Tara, une Américaine qui vient de New York, qui a déménagé à Manhattan Beach deux ans avant moi. Je suis très touchée par Tara parce que j'ai déménagé...
à Manhattan Beach en juin. Il y a eu les attentats du 13 novembre à Paris. Elle a pris la peine de m'envoyer un mail très gentil pour me dire qu'elle espérait que je ne connaissais personne dans les victimes et qu'elle savait que c'était difficile parce qu'elle avait vécu. à New York le 11 septembre, que ça l'avait beaucoup marqué. Et quand j'arrive à l'école, le 14 novembre, elle me prend dans ses bras, elle me serre très fort et elle comprend sans qu'on se parle vraiment que...
C'est difficile d'être loin de son pays et de vivre ce genre de drame à distance. Avec Tara, on devient copine assez rapidement et on commence à s'inviter pour des apéritifs, on va manger au resto, nos filles s'invitent à tour de rôle à venir jouer dans leur maison.
On est de plus en plus proches, on se raconte nos vies. Et elle me raconte qu'elle est new-yorkaise et qu'elle adore New York. Elle adore toujours New York, même si elle est très heureuse en Californie. D'ailleurs, elle retourne chaque été un mois et demi à New York. En plus, elle a un look un petit peu différent, avec beaucoup de style. Et c'est rigolo parce qu'en Californie, on est quand même tous en leggings et en t-shirt. Et elle a un look justement...
vraiment new-yorkais. À chaque fois que Tara me parle de New York, elle me parle de son appartement, de ses années où elle a rencontré son mari, où elle a même eu sa première fille, puis sa deuxième fille. Et je ne sais pas pourquoi, à chaque fois qu'elle me parle de New York, je l'imagine dans un appartement un petit peu comme le personnage de Carrie dans Sex and the City. Je ne sais pas pourquoi, j'imagine un appartement très cosy, un petit peu petit.
mais très new-yorkais, bien décorés. Et je sens chez elle une nostalgie pour ces années new-yorkaises, même pour cet appartement. Quand elle m'en parle, je sens qu'elle était bien, que c'était... une vie très différente de celle qu'elle a maintenant, beaucoup plus aisée. Mais elle me dit qu'un jour, il faisait super froid à New York et sa fenêtre était cassée et ils n'avaient pas pu la réparer.
Ils étaient jeunes, ils n'avaient pas assez d'argent et elle me dit qu'on avait mis un oreiller dans le trou de la vitre et pourtant on était quand même très bien comme ça.
¶ La photo révèle une incroyable coïncidence
Deux ans plus tard, en 2017, on habite toujours à Manhattan Beach, mais on décide de déménager dans une maison un peu plus grande. Quand on déballe les cartons dans cette nouvelle maison, je tombe sur la photo de Sylvie. Et cette fois-ci, je décide de la mettre ailleurs que dans la chambre de Tom. Il y a une pièce à l'entrée de ma maison, une très grande pièce, haut de plafond, et je me dis que j'aimerais bien mettre la photo de Sylvie.
dans cette pièce, à l'entrée, quand on arrive. Je décide de faire une pendaison de crémaillère. La fête passe en plein. Tara et son mari arrivent. Je suis très contente de la voir. À peine je lui dis bonjour, je l'entraîne au fond de la maison pour lui montrer toutes les pièces et son mari reste un petit peu derrière nous à la traîne. Et quand j'arrive dans ma chambre, son mari déboule derrière nous. Il dit en anglais à Tara « Tu devineras jamais ce que je viens de voir ».
On se retourne, je le regarde et je crois que je fais une blague nulle du genre « Quoi, ton ex-girlfriend ? Je ne sais pas ce que je dis. Tara rigole. » Et il répond « Non. Pire. On croirait qu'il a vu un fantôme. » Il nous dit « Suivez-moi ». Avec Tara, on le suit. Il nous entraîne dans la première pièce de la maison. Et là, il pointe du doigt la photo et il dit « Regarde ». Tara, regarde la photo.
Et elle ouvre la bouche littéralement de surprise et elle dit « Oh my God ! » Et elle me regarde, elle me dit « Marie, tu vois ces fenêtres ? C'est mon appartement à New York. » Tara immédiatement saisit la photo. Elle la retourne, elle regarde la date et elle me dit « Marie, j'habitais dans cet appartement à ce moment-là ». Je trouve ça incroyable.
C'est comme s'il y avait un dédoublement, c'est-à-dire qu'elle est devant moi. Elle me dit ça et elle a les photos à la main. Et j'ai l'impression qu'elle est aussi dans la photo, au fond de cet appartement. Je ne sais pas pourquoi, je l'imagine en train de se faire cuire des spaghettis. C'est comme s'il y a une espèce de drôle d'accrochage dans le temps. Avec Tara, on se regarde, on est vraiment hallucinés. C'est comme si une mise en scène se jouait derrière nous, malgré nous.
Ça rend notre amitié encore plus particulière. J'ai vraiment l'impression qu'on était censé se rencontrer, que notre amitié n'est pas fortuite. Je trouve l'histoire rare, unique, folle.
¶ Offrir la photo et ses raisons
et pleine de sens en même temps. En janvier 2021, c'est l'anniversaire de Tara. Je ne l'ai pas vue depuis quelques temps à cause de la pandémie. Je décide de lui envoyer un texte et de lui proposer de venir boire un verre sur mon patio. Je lui dis, ne t'inquiète pas, on sera à distance, on est dehors, viens boire un verre, il faut fêter ton anniversaire, je ne t'ai pas vue depuis longtemps.
Elle est contente de venir, elle arrive tôt et je lui fais une surprise. Je lui dis qu'on n'a pas pu fêter son anniversaire comme une année normale, mais que j'ai un cadeau pour elle et je lui offre cette photo. En fait, j'hésite avant de lui offrir. J'essaie plutôt de contacter la photographe et de lui demander si elle a toujours les négatifs, si elle peut la développer.
Elle me répond, mais ça lui paraît quand même être pas évident à retrouver. Et en fait, on se perd un peu dans les communications et le projet me semble laborieux. Du coup, je préfère lui donner ma photo qu'elle n'ait jamais cette photo. mais j'ai l'impression que la photo doit lui revenir, que la photo a fait un parcours, un voyage, et qu'elle doit lui revenir. Tara est hyper... C'est un petit peu comme si je lui offrais un cadeau tellement particulier.
Elle me demande dix fois, tu es sûre, tu es sûre, tu es sûre. Et je dois lui dire, oui Tara, ne t'inquiète pas, de toute façon je peux venir voir la photo, elle est chez toi, je te connais, j'ai ton adresse. Je ne perdrai jamais la photo de vue. Elle regarde la photo dans tous les sens.
Et le lendemain, elle m'envoie un texte. Elle me dit « Merci encore pour ce cadeau tellement particulier. C'est la première fois de ma vie qu'on m'offre un cadeau de ce genre. Je vais en prendre soin, ne t'inquiète pas. » Je suis un petit peu triste. En même temps, je suis rassurée par le fait que je sais où elle est, cette photo. Ce n'est pas comme si je l'avais perdue. Je n'ose pas dire à mon mari et mes enfants que j'ai offert cette photo.
à Tara parce qu'elle a toujours été dans notre appartement quelque part. C'est un petit peu comme un secret aussi entre elle et moi. Mais j'ai l'impression d'avoir fait ce qu'il fallait faire en lui donnant cette photo. C'est surtout parce qu'elle aimait tellement cet appartement. J'ai l'impression qu'elle a vécu des moments très forts dans cet appartement. Donc, c'est comme si la photo lui appartenait plus qu'à moi. En tout cas, jusqu'à ce que je la rencontre.
¶ Crédits et fin de l'épisode
Sous la direction de Christophe Caron, Benjamin Septemours et Sarah Koskiewicz avec Aurélie Rodriguez. La musique a été composée par Arnaud Denzler. Retrouvez tous les épisodes de transfert sur Slate.fr ou sur votre application de podcast préférée.
