¶ Transition Difficile et Premiers Symptômes
La parole est notre premier lien à l'autre. Mais le langage n'est pas notre seule façon de faire le lien. Bien d'autres moyens de communication non-verbaux entrent en jeu lorsqu'on souhaite établir un contact bienveillant ou non. On parle alors de paralangage. Ce sont nos mimiques, nos gestes, notre sourire. À 24 ans, Antoine perd le contrôle du côté gauche de son visage. Sourire lui devient alors impossible et impensable.
Vous écoutez Transfer, épisode 315, un témoignage recueilli par Laura Taouchanov. En janvier 2019, je quitte Montréal. C'est la fin de mes études. J'entame un stage au Luxembourg. C'est un pays que je ne connais pas du tout. C'est la première fois que je vais y mettre les pieds. Et en arrivant assez rapidement, je me rends compte que ça ne va pas être ce que j'ai connu précédemment.
lors de mes études au Canada. C'est une ville qui est assez triste, qui est toute petite. C'est beaucoup de gens qui travaillent dans la finance, la banque, etc., des quarantenaires, donc c'est un peu compliqué de rencontrer des gens de mon âge. Je suis dans une coloc où on est six, mais pareil, contrairement à ce que j'ai connu, ce n'est pas une ambiance de folie.
Donc, rapidement, je m'ennuie un peu. Heureusement, mon stage est intéressant. Je travaille pour une ONG qui me plaît et je m'entends bien avec mes collègues. Mais on n'a pas le même rythme et du coup, ça ne me permet pas de sortir en dehors du travail, etc. Donc, ce n'est pas la folie.
Mon quotidien au Luxembourg, ça se résume à me lever le matin, faire mon quart d'heure de marche, arriver au boulot, faire ma journée qui se passe plutôt bien, et puis rentrer chez moi, me manger un truc devant une série Netflix, et puis aller me coucher super tôt parce qu'en fait, j'ai rien d'autre à faire.
Et donc, c'est à ce moment-là que je décide d'installer des applications de rencontres que j'avais désinstallées il y a un moment pour essayer de rencontrer des gens et de mettre un peu de piment dans cette vie qui n'est pas la plus divertissante possible quand on a 24 ans.
Et donc, via ces appuis de rencontres, je rencontre quelques mecs. C'est plus ou moins concluant, mais ça permet de passer le temps et de rencontrer le peu de jeunes qu'il y a au Luxembourg. Au bout de quelques semaines au Luxembourg, même si le boulot se passe bien, les tâches sont intéressantes.
¶ Aggravation des Symptômes Inexpliqués
Je commence vraiment à déprimer. Je le remarque et ce n'est pas trop dans ma nature, donc c'est un changement assez flagrant. Je suis fatigué, je suis motivé pour rien. Le matin, c'est compliqué de me lever alors que je dors à 22h et je me réveille à 8h30, donc je fais des nuits quand même complètes. Et voilà, je me dis que tout ça doit être lié au fait que ta vie n'est vraiment pas passionnante, donc que tu n'as pas d'énergie pour rien.
Ça m'interpelle quand même assez rapidement, puisque je suis quelqu'un normalement d'assez dynamique. À la fatigue, ça ajoute d'autres symptômes. J'ai mal au dos, je me réveille la nuit, je suis trempé, j'ai des sueurs nocturnes, ce qui ne m'était jamais arrivé. Je ne lis même pas ça, des cauchemars, etc. Je me réveille juste la nuit, trempé. Tout va bien, mais j'ai dû suer pendant des heures et je me réveille dans cet état-là. En plus de ça, j'ai aussi des problèmes de digestion.
Je perds un peu l'appétit. Je n'ai jamais été un gros mangeur, mais je mange normalement. Et là, c'est vrai qu'il n'y a rien qui me donne envie. Donc, je suis dans un entre-deux où je me dis qu'il y a quelque chose qui se passe. Je me sens quand même vraiment pas bien. Mais en même temps...
Comme je sais aussi que ça fait des semaines que je suis déprimé dans cette ville, je me dis que ça doit être ça, peut-être une dépression. J'en parle autour de moi. J'ai pas mal de potes avec qui je peux parler de ça assez facilement.
C'est ce que tout le monde me dit aussi, voilà, c'est l'hiver, t'es dans un pays déprimant, tu sors de plein d'années à l'étranger où t'as fait plein de choses, donc forcément c'est un peu un choc. Puis tu rentres aussi dans le monde professionnel, même si ça te plaît ce que tu fais, que tes collègues sont sympas, etc. Faut aussi le temps de t'adapter, peut-être.
tout le monde essaie de me rassurer et c'est vrai que j'ai pas envie d'être le mec qui se plaint tout le temps donc j'essaie de positiver et de me dire que ça va passer Je continue à partir le week-end parce que le Luxembourg, le week-end, ce n'est clairement pas pour moi. Donc, je m'évade, je vais rendre visite aux potes que j'ai justement à Paris, à Lille, en Belgique, etc. Et en fait, même ces week-ends-là, je n'arrive plus à en profiter. Je suis vraiment trop crevé.
pour suivre le rythme de tout ce que mes potes font. Quand je vais en soirée, je suis fatigué au bout de deux verres et j'ai envie de rentrer et je me force. Mais vraiment, ça me coûte et je ne suis pas dans mon état normal. Je ne suis pas aussi dynamique.
Je ne suis pas aussi enjoué que d'habitude. Et du coup, c'est double frustration parce que j'aimerais bien profiter de mes amis et de là où je suis. Et en plus, ça m'inquiète de me dire que je n'y arrive pas alors que j'ai 24 ans et que tout va bien. Et en mi-mars, là, j'ai carrément une grippe. Donc ça y est, je suis assez malade pour ne pas aller au boulot, pour décider de rester chez moi cloué au lit pendant quelques jours. J'ai 39 de fièvre et je ne suis plus capable de faire grand-chose.
Je me dis qu'il faut quand même que j'aille consulter. Parce que ça fait trop longtemps que je ne suis pas bien, que ça me frustre et que ça commence à m'inquiéter sérieusement. En plus de ça, j'ai des douleurs au dos et ma mère avait une maladie génétique du dos qui cause des douleurs, notamment la nuit, ce qui m'arrive également. Et donc j'ai potentiellement le gène et j'ai un peu le profil type des gens qui développent la maladie, des hommes jeunes.
est mince, c'est moi. Donc, je décide d'aller consulter pour ça et d'en profiter pour parler de tout ce qui se passe depuis plusieurs semaines à mon médecin généraliste. Donc je prends rendez-vous auprès de mon médecin qui est en France, parce qu'au Luxembourg, c'est un peu compliqué comme je n'ai pas la sécurité sociale, etc. C'est beaucoup plus simple d'aller voir un médecin en France.
Et lui, sur le moment, il m'explique qu'effectivement, je pourrais peut-être avoir cette fameuse maladie génétique. Donc, il me prescrit toute une batterie de tests pour être sûr. Une prise de sang, des radios, etc. Un check-up MST. Tant que j'y suis, il me fait un peu la totale. Je suis content parce que je suis venu pour ça. Ça me permettra de voir si effectivement il se passe quelque chose ou si tout est dans ma tête et je ne suis juste pas bien au Luxembourg.
Je retourne au Luxembourg et j'ai un peu prévu de faire ces analyses une semaine plus tard puisque j'avais pris un jour de congé le vendredi pour revenir sur Paris voir des amis. La semaine se passe, tant bien que mal. Comme d'habitude, je ne suis pas en pleine forme. Je me prends des réflexions du type « t'as maigri », etc. Alors que déjà, je ne suis pas bien gros.
On arrive enfin à ce fameux vendredi. Malgré le fait que je sois encore une fois assez fatigué, je suis quand même content de bouger. Je profite de la journée où mes potes sont tous au boulot ou à l'école pour aller faire ces examens.
Et puis, après tout ça, en fin de journée, dans l'après-midi, je rejoins une amie au but de Chaumont. C'est la fin du mois de mars et c'est les premiers jours de beau temps. Donc, tout le monde est au but de Chaumont. On se retrouve là-bas, on a quelques bières, on discute. Ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vus.
¶ Apparition et Découverte de la Paralysie Faciale
ambiance tranquille. Et puis au bout d'un moment, je sens la partie gauche de mon visage qui est un peu endolorie, comme si j'avais la sensation des fourmis, des picotements, etc. Comme je suis un peu parano ces dernières semaines, je demande tout de suite...
À Eugénie, l'ami qui est avec moi, est-ce que je souris droit ? Est-ce que mon visage, il a l'air normal ? Il est équilibré ? Et elle me dit, non, non, tout va bien, il n'y a pas de problème. Et vraiment, toutes les dix minutes, je lui redemande, mais t'es sûr que tout va bien ? Parce que, voilà, j'ai pas mal ou quoi que ce soit, mais je sens vraiment comme si la partie...
gauche de mon visage fonctionnait au ralenti et ses petits picotements, etc. Au bout d'un moment, on est rejoint par une troisième personne, un ami de génie. Et on décide d'aller ensemble dans un bar. Je décide d'aller vérifier par moi-même aux toilettes, dans la glace. Effectivement, tout est normal. On continue un petit peu la soirée, mais je suis vraiment, encore une fois, très fatigué. Il n'est vraiment pas tard. On décide de changer de bar.
L'ami de mon ami part en skate, un peu à l'avance, et ma pote décide de le suivre un peu en trottinant. Et à ce moment-là, je me rends compte que j'ai... pas la force de les suivre. Mais vraiment, ce n'est pas que je ne veux pas ou que j'ai la flemme, c'est que physiquement, je ne peux pas les suivre et je ne peux pas courir derrière eux pour aller à leur rythme.
Et à ce moment-là, je me rends compte qu'il y a vraiment un problème. Il y a un truc qui ne va pas, c'est sûr. Je ne suis pas en train de me monter tout un film. Ça ne peut pas être juste parce que je ne suis pas bien psychologiquement ou quoi que ce soit. Ne pas avoir d'énergie comme ça, à 24 ans, il y a un truc qui cloche.
Donc je décide de rentrer. Ça me frustre un peu parce que je ne vois pas souvent l'ami chez qui je loge et je ne veux pas lui gâcher la soirée puisqu'ils sont en train de passer un bon moment, etc. Donc voilà, je lui dis moi, je vais y aller, je vais rentrer, je suis fatigué, mais reste si tu veux.
Elle me dit, non, non, on ne se voit pas souvent, je rentre avec toi. Donc, on rentre à deux et on arrive chez elle. Tout de suite, je me change, je me mets en pyjama et puis je vais me brosser les dents parce que j'ai juste une envie, c'est d'aller me coucher. Je me brosse les dents et quand je me gargarise et que je veux recracher un peu l'eau du brossage des dents, je ne contrôle rien. Je me bave à moitié dessus.
Et là, je relève la tête et j'essaye de sourire dans le miroir. Et tout mon visage part sur le côté. J'ai une partie de mon visage qui part d'un côté et l'autre qui tombe, qui est vraiment vers le bas. Ma bouche est vers le bas, mon oeil, ma paupière. se ferme plus, je ne peux plus relever le sourcil. J'ai la partie gauche du visage qui est totalement paralysée.
Donc à ce moment-là, c'est un peu panique à bord. J'appelle tout de suite ma pote en lui disant « viens voir, j'arrive plus à bouger la moitié de mon visage ». C'est tellement flagrant et gros que presque elle croit que je fais une blague au début. Elle se rend vite compte que ce n'est pas une blague. Tout de suite, je me dis, je fais un AVC. La paralysie faciale, pour moi, c'est tout de suite la première chose qui me vient en tête, c'est l'AVC.
Mais heureusement, je connais les autres signes de l'AVC et je suis cohérent. Je n'ai pas un discours complètement loufoque. Je suis capable de lever mes deux bras en l'air, etc. Ça ne colle pas non plus totalement à l'AVC, puisque à part cette paralysie faciale du côté gauche, je vais à peu près...
Très bien. Donc, de manière assez surprenante, on décide de ne pas aller à l'hôpital, en fait, et d'attendre le lendemain. Je prends un rendez-vous en ligne pour aller voir un médecin généraliste dès le lendemain. Et puis, on décide d'aller se coucher et d'attendre le lendemain en se disant même peut-être que quand je me réveillerai demain, tout ira mieux et mon visage bougera à nouveau, etc.
¶ Diagnostic Initial de la Paralysie
Donc on va se coucher. Je ne dors évidemment quasiment pas cette nuit-là. Tout tombe dans ma tête en boucle. J'ai peur presque de ne me pas réveiller si je m'endors. Et donc, en fait, je vais au rendez-vous au médical beaucoup plus tôt que ce qui était prévu en me disant, voilà, si la médecin généraliste que je vais voir a une place, je passerai avant parce qu'en fait, je n'ai pas envie d'attendre plus longtemps.
Et en fait, dès que la médecin me voit dans la salle d'attente, elle me dit « Oula, vous passez tout de suite ! » Et donc, elle me prend en charge et elle est très sympa pour le coup. Elle prend son temps avec moi. Elle me fait faire plein de tests. Et tout de suite, elle me rassure. Elle me dit, vous inquiétez pas, vous faites pas un AVC. C'est pas très grave. Vous avez ce qu'on appelle une paralysie faciale afrigorée. Ça s'appelle aussi...
syndrome de Bell, une paralysie faciale périphérique. Ça arrive à beaucoup plus de gens qu'on le croit. C'est le nerf facial périphérique qui a été endommagé par une infection, une bactérie. En fait, il y a plein de raisons possibles. Mais dans 90% des cas, c'est bénin. En trois semaines, un mois, toute la mobilité de votre visage va revenir.
Donc, paniquez pas, je vous prescris quand même des corticoïdes parce que c'est un peu le médicament fourre-tout. Mais en gros, ça va aller, vous êtes jeune, vous allez récupérer, voilà. Donc, je ressors de là. Avec un peu un mélange de stress et en même temps de soulagement. Et puis, c'est presque drôle aussi à la fois, parce que c'est encore quelque chose qui m'arrive d'improbable. Je suis assez connu parmi mes potes pour avoir toujours des histoires loufoques. C'est une de plus.
Et puis, je suis quand même rassuré puisque la médecin, elle a pris son temps. Je pense qu'elle a bien cerné ce que j'avais. Et en gros, elle m'a dit que ça n'allait pas être très grave. Donc, il n'y a pas de raison de paniquer. Donc voilà, je retourne chez ma pote, je finis mon week-end défiguré. Du coup, c'est un peu le sketch. J'ai un groupe d'amis Facebook, je leur parle de ce qui se passe, je leur envoie une photo et on me renomme Picasso.
Tout le monde rigole et j'envoie un message quand même à mon boulot en leur disant, voilà, lundi je vais arriver au bureau, je suis plutôt défiguré, donc ne soyez pas surpris si vous me voyez arriver avec l'œil blanc quand j'essaie de fermer les yeux. la bouche qui part sur le côté et qui tombe.
Quand j'arrive le lundi, tout le monde est un peu surpris. Parce que ça fait quand même plusieurs semaines où ils savent que j'ai une grippe, que je suis fatigué. Et là, j'arrive avec la moitié du visage paralysé. Donc, les gens sont un peu inquiets pour moi. Mais quand je leur explique ce que la médecin m'a dit...
C'est tout, il ne s'inquiète pas plus que ça, puisque moi-même, j'en rigole un peu. L'ambiance est plutôt détendue. Du coup, je suis au bureau. Une journée presque normale, mis à part cette paralysie. Après la pause-déj, je retourne au bureau.
¶ Appel Urgent et Départ du Luxembourg
Et je reçois sur mon portable un appel masqué. Et normalement, je ne réponds jamais aux appels masqués. Et puis là, je ne sais pas pourquoi, je le fais quand même. Et au bout du fil, c'est mon médecin généraliste qui me dit qu'il a reçu mes résultats d'analyse et qu'il aimerait bien me voir le plus rapidement possible.
Moi, sur le moment, je suis un peu déconnecté. Je lui dis, je suis au Luxembourg, c'est un peu compliqué de revenir sur lui tout de suite. Je lui dis, au mieux, je pourrais être là le samedi. Elle dit, ok, je vous vois le samedi, 7h45, vous êtes à mon cabinet, etc.
Et je lui demande évidemment de quoi il s'agit. Il me dit, je ne peux pas vous en parler au téléphone. Il faut que je vous voie en rendez-vous. Je commence un peu à réaliser que c'est quand même bizarre qu'il m'a appelé, qu'il n'est pas capable de me dire quoi que ce soit au téléphone. Je commence un peu à stresser.
Et je me dis, bon, je vais prendre une pause, je vais sortir. Puis je vais appeler une copine à moi de qui je suis très proche pour lui en parler, avoir un peu son avis. Et donc, je lui raconte un peu tout ce qui vient de se passer.
Et là, tout de suite, ma pote, elle me dit mais qu'est-ce que tu fais ? Genre, tu restes pas au Luxembourg, tu prends tes clics et tes claques et tu rentres à l'île, tu vas voir ton médecin dès demain, en fait. S'il veut te voir, c'est qu'il se passe quelque chose et tu vas pas attendre une semaine pour savoir ce qui se passe. Ça fait des semaines que tu te sens pas bien. Et quand elle me dit tout ça, je réalise qu'effectivement, il doit se passer quelque chose de grave.
Donc moi, tout le monde, je commence à paniquer moi-même de mon côté. Je suis dans tous mes états dans la rue. Je rentre finalement après quelques minutes dans mon bureau où je travaille avec ma chef. Et elle voit tout de suite qu'il se passe quelque chose. Donc je lui explique en deux mots. Et elle me dit non, mais effectivement.
tu t'en vas, tu t'en fous, tu es en stage, ta santé d'abord. Vraiment, là, tu t'en vas du bureau, tu fais ta valise. Donc, je sors du bureau, sur la route jusqu'à mon appartement, je réserve un covoiturage pour rentrer sur l'île tout de suite.
J'arrive, je fais ma valise en deux secondes et j'organise aussi mon séjour à Lille parce qu'en fait, je sens qu'il est en train de se passer quelque chose de relativement grave. Et j'ai encore de la famille à Lille, notamment mon père, mais je ne veux pas rentrer chez lui. Parce que malheureusement, j'ai perdu ma mère il y a deux ans et mon père est encore assez fragile. Et notamment sur tout ce qui est en lien avec les questions de santé. Donc moi-même, je suis hyper stressé.
Je n'ai pas envie de le stresser lui, de devoir gérer son stress, surtout que je ne sais pas du tout ce qui est en train de m'arriver. Si ça tombe, ce n'est même pas si grave que ça. Donc, j'appelle deux amis et je leur demande si je peux loger CGL pendant quelques jours en leur expliquant la situation, etc.
Donc voilà, je fais ma valise, je prends mon covoiturage, je débarque sur l'île après les trois heures de route. Et tout de suite, elle me demande, je leur raconte plus en détail. En fait, je passe ma soirée à parler de cette histoire. On essaye de comprendre ce qui peut être en train de m'arriver. Je me fais un peu tous les films possibles. Qu'est-ce que ça pourrait être ?
Je me dis, bon, qu'est-ce qui m'a prescrit comme analyse mon médecin ? J'ai fait ces fameuses analyses pour la maladie génétique du dos. J'ai fait des prises de sang. Je regarde sur Internet quel type de maladie on peut déceler en faisant des prises de sang. Je sais aussi que j'ai fait un check-up MST. Je me dis, qu'est-ce que ça pourrait être ? Est-ce que ça pourrait être le VIH ? Après, je regarde aussi...
pour la prise de sang, je vois que tu peux aussi voir que tu as des leucémies quand tu fais des prises de sang. J'imagine vraiment tout ce qui est possible et imaginable au niveau médical. Et en fait, ce n'est pas du tout rassurant. J'en suis presque à avoir envie que ce soit la fameuse maladie génétique. ce serait presque l'option la moins grave.
Donc voilà, encore une fois, je passe une nuit où je ne dors quasiment pas, à être sur Internet, évidemment, ce qu'il ne faut pas faire, mais à regarder aussi plein de forums sur des maladies plus improbables les unes que les autres. Bref, des témoignages pas forcément très gais.
¶ L'Annonce Brutale du Diagnostic VIH
Et à 7h30, en fait, moi limite, je suis devant le cabinet parce qu'entre deux, effectivement, j'avais rappelé le médecin généraliste pour décaler mon rendez-vous au mardi matin. Et au bout de quelques minutes, mon médecin généraliste arrive. Moi, j'étais déjà devant la porte. Il arrive, il ne me regarde pas. Il regarde par terre. Donc déjà, je sens qu'il se passe quelque chose. Il me fait rentrer dans le cabinet. Il me fait asseoir.
Et il me lâche au bout de quelques secondes. « Bon, vous savez pourquoi vous êtes là ? » Donc non, je ne sais pas pourquoi je suis là. C'est bien pour ça que je suis là, en fait. Et il finit par me lâcher que mes résultats sont revenus positifs. D'accord, mais positif à quoi ? Et en fait, j'ai vraiment l'impression de l'emmerder, qu'il n'a pas envie d'être là, qu'il n'a pas envie de répondre à mes questions, de me parler. J'ai vraiment l'impression de le faire chier, clairement. Il finit par...
par me dire que mes résultats sont revenus positifs et que j'ai le VIH. Le monde s'écroule un peu autour de moi. Tout de suite, j'ai les images, les années 80, les années 90, les films type Philadelphia, 120 battements par minute. Je me vois déjà sur mon lit de mort. J'exagère, mais à peine. Il voit que je suis assez pâle et déboussolé. Je ne sais même plus quoi lui demander.
Et quand finalement, je reprends un peu mes esprits et j'essaye de lui poser des questions en lui demandant mais du coup, qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'est-ce que je dois faire ? Tout de suite, il me coupe l'herbe sur le pied. Il me dit moi, je ne suis pas un spécialiste du VIH, donc je ne vais pas répondre à vos questions. On va vous prendre rendez-vous avec une inférieure.
et il s'occupera de répondre à vocation. Je suis sous le choc, je suis célibataire, je suis gay, mais je me suis toujours protégé, j'ai toujours été hyper vigilant avec ma santé sexuelle, je fais des tests tous les six mois. Voilà, alors certes, je ne mets pas de capote quand je fais des fellations, etc. Mais qui le fait, en fait ? Et est-ce que même on peut transmettre le VIH en faisant ça ? Je me pose plein de questions et tout se bouscule dans ma tête à ce moment-là.
Et lui, il est d'aucune aide, il est expéditif et j'ai vraiment, vraiment l'impression de l'emmerder et que c'est une corvée pour lui. La seule chose qu'il fait, c'est me faire faire un questionnaire qu'il est obligé de faire. Le VIH, c'est une des maladies à déclaration obligatoire, donc il doit me faire remplir un questionnaire avec plein de questions archi-indiscrètes auxquelles tu n'as pas du tout envie de répondre au moment où on t'annonce que tu as le VIH.
archi méthodique, et il ne prend aucune pincette. On finit ce questionnaire. Il finit par m'aider à prendre un rendez-vous avec cette fameuse infectiologue qui, elle, pourra me donner des réponses, etc. Et puis voilà, je suis dehors du cabinet en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.
Je me doute que je ne vais pas mourir demain, qu'en France, je devrais pouvoir avoir accès à des traitements, etc. Mais je ne sais pas ce qui va en être de ma vie sociale, de ma vie amoureuse surtout, ma vie sexuelle. Et je me dis, est-ce que maintenant, ça veut dire que je ne vais plus pouvoir avoir des relations sexuelles sans me protéger ?
même si je suis en couple ? Est-ce que ça veut dire que je vais être tout le temps stressé quand je vais me brosser les dents ou que je vais signer quelque part et que je suis avec des amis ? Je suis dans tous ces questionnements. Et forcément, je suis paniqué. Malheureusement, l'ami avec qui je suis ne peut pas vraiment répondre à mes questions. Elle n'est pas médecin et elle est aussi assez choquée et touchée par la nouvelle. Donc, on est tous les deux un peu démunis.
Et en sortant tout de suite, je me rappelle que j'avais vu ce même médecin généraliste quelques mois plus tôt, en revenant en France, donc en janvier, avant d'aller au Luxembourg, et que je lui avais demandé d'avoir la PrEP. Il me dit qu'en fait, il ne sait pas ce que c'est la PrEP. Il ne connaît pas la PrEP.
C'est un traitement qu'on peut prendre quand on n'a pas le VIH. Si je prends la PrEP et que j'ai une relation sexuelle avec un mec sans mettre de capote ou que la capote craque ou je ne sais quoi, je ne peux pas avoir le VIH si cette personne est contaminée par le VIH. Donc à ce moment-là, je me dis bon, ok, j'insiste pas. Comme je faisais quand même attention, c'était pas non plus une nécessité.
Je me dis bon, c'est vrai que c'est relativement nouveau, c'est pas grave s'il connaît pas. Si vraiment j'en ai besoin, je demanderai plus tard ou à quelqu'un d'autre. Et puis c'est tout et je passe à autre chose. Et en sortant de chez le médecin, tous ces événements me reviennent et je me dis... Putain, à deux mois après, si j'avais pris la prep, j'en serais pas là aujourd'hui. C'est vraiment le destin qui se fout de ma gueule.
¶ Après le Choc : Soutien et Réponses
Par chance, ma sœur est médecin. Donc voilà, c'est quelqu'un avec qui je m'entends très très bien, en qui j'ai confiance et qui en plus a des compétences médicales. Donc en fait, c'est la meilleure personne à qui m'adresser à ce moment-là. Donc on fonce chez elle. en voiture elle voit qu'évidemment je suis sous le choc elle comprend qu'il se passe un truc et je lui raconte un peu ce qui s'est passé et tout de suite elle est
elle est très rassurante en fait. Même si elle non plus, ce n'est pas une spécialiste du VIH, elle est médecin généraliste aussi. Elle m'explique qu'aujourd'hui, ce n'est plus comme dans les années 80-90, on vit avec le VIH.
Elle prend quand même beaucoup de précautions, mais tout ce qu'elle me dit, c'est de ne pas paniquer et qu'aujourd'hui, on peut vivre avec le VIH, que je ne vais pas mourir demain et qu'en gros, ça va aller. C'est tout ce que j'ai besoin d'entendre à ce moment-là, surtout de la part de ma sœur et d'un médecin.
Après avoir vu ma soeur, je suis quand même assez rassuré, même si la pilule est très dure à avaler. Je ne pense plus qu'à ça. Je fais des recherches partout, sur Internet. J'ai des témoignages, je regarde des documentaires. Je parle aux quelques potes proches que j'ai mis au courant.
et qui essayent de me rassurer. Ça me fait du bien juste de parler. Même si je suis en boucle pendant ces deux jours-là, ça me fait du bien de parler. Mais je décide de ne pas en parler tout de suite au reste de ma famille parce qu'en fait, j'ai envie déjà moi de redescendre, de mieux comprendre ce qui est en train de m'arriver.
de vraiment connaître les conséquences un peu de cette infection au VIH sur ma vie pour que quand je leur annonce, je puisse supporter leur stress et répondre à toutes les questions qu'eux aussi vont avoir et vont se poser légitimement. Et à ce moment-là, la paralysie faciale est totalement secondaire. C'est-à-dire que là, pour le coup...
Peu importe de l'apparence que j'ai, c'est tellement grave ce qui est en train de m'arriver à côté. C'est assez long, j'essaie de me changer les idées tant bien que mal. Et enfin, le jour du rendez-vous arrive, j'achète un petit carnet.
dans lequel je note la cinquantaine de questions que j'ai à lui poser pour être sûr de rien oublier parce qu'en fait une question en amène une autre et je me rends compte que même en lisant des choses sur internet je sais rien et je me rends compte aussi que tout évolue très très vite les traitements, sur la prise en charge, etc. Donc, les témoignages que je lis de 2014, peut-être qu'ils valent plus grand-chose.
Bref, j'essaie de mettre au clair le plus possible ce que j'ai envie de savoir. Quel type de précaution je vais devoir prendre maintenant avec mes partenaires sexuels ? Est-ce que je vais prendre un traitement toute ma vie ? Si oui, quel type de traitement ? Est-ce qu'il va y avoir des effets secondaires ? Vraiment... énormément de questions que je pense beaucoup de gens se posent quand ils ont un diagnostic du VIH. Donc j'arrive chez l'infectiologue, c'est une femme, elle a la cinquantaine.
Tout de suite, en arrivant, je suis en confiance. Je me rends compte qu'elle sait ce qu'elle fait, elle connaît son sujet, mais sur le bout des doigts. Elle connaît aussi la prise en charge des patients qui viennent juste d'apprendre ce qui leur arrive. Elle est très bienveillante dès le début, elle prend son temps.
pour m'expliquer plein de choses parce qu'en fait ça ne coule pas de source pour nous et pour certains médecins ils te balancent des termes tu ne comprends rien elle ne sait pas du tout le cas elle prend vraiment son temps elle est vraiment très à l'écoute très pédagogue et je suis vraiment soulagé de voir qu'elle est bienveillante et qu'en plus
elle a la réponse à toutes mes questions. Très rapidement, en fait, je me rends compte que c'est une femme qui a aussi un passé assez incroyable, qu'elle est médecin infectologue depuis... plus de 30 ans, une trentaine d'années, et que du coup, elle a connu forcément les années compliquées du VIH SIDA et que ce n'est pas anodin. Et c'est aussi pour ça qu'elle est aussi bienveillante et qu'elle est aussi engagée dans sa prise en charge.
On passe une heure et demie ensemble, elle répond vraiment une par une à toutes mes questions en m'expliquant tout, en prenant son temps. Elle m'explique aussi comment ça va se passer, que je vais avoir un traitement, avis. d'un comprimé par jour, qu'effectivement il peut y avoir des effets secondaires à ce traitement, donc elle m'explique un peu les effets secondaires potentiels.
Fatigue, diarrhée, difficulté à digérer, plaques sur le corps. Il y a plein de choses. Mais elle me rassure tout de suite en me disant qu'il y a très peu de gens qui ont tous les symptômes. Très peu de gens qui n'en ont aucun et une majorité qui en ont un ou deux, mais qui se calment généralement avec le temps puisque le corps s'habitue aux médicaments. Et après quelques mois, ça se passe généralement très bien. Et en plus, elle est très optimiste.
Sur la suite, elle me dit qu'on a fait des progrès énormes ces dernières années. Les traitements sont de moins en moins nocifs pour les reins, le foie. Et elle me dit que ces traitements-là, vous ne les aurez sûrement pas toute votre vie. Vous aurez sûrement des traitements encore plus efficaces au fur et à mesure. Elle est vraiment très optimiste et ça fait du bien d'entendre ça. Elle me parle d'indétectabilité.
Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que quand on prend son traitement contre le VIH, le taux de virus dans le sang est si faible. que même si demain j'avais une relation sexuelle avec un autre mec sans capote, je ne pourrais pas lui transmettre le VIH. Donc voilà, c'est pareil. Si je me coupe, que la personne à côté de moi se coupe et qu'on mélange nos deux sangs, il n'y a pas moyen que je transmette le VIH à qui que ce soit si je prends mon traitement correctement.
Pour moi, c'est vraiment une révolution. C'est ce qui me faisait le plus peur, en fait, notamment sur ma vie amoureuse, ma vie sociale. C'est d'être toujours dans le stress de contaminer quelqu'un et que ça puisse être un problème, etc. Et là, en fait, ce qu'elle m'explique, c'est que... ça va aller en fait. Si je prends mon traitement correctement, il n'y a aucune raison que je transmette à qui que ce soit et c'est un énorme soulagement pour moi en fait à ce moment-là.
¶ Identifier l'Infection et Prévenir
C'est aussi avec elle qu'on prend le temps d'essayer de recouper les informations pour comprendre comment j'ai pu être infecté. Et en fait, assez rapidement, il y a une personne qui se démarque. J'avais fait des tests en janvier qui étaient revenus négatifs et depuis ce moment-là, j'ai eu des relations sexuelles avec peu de personnes.
Et dans ces peu de personnes, il y a un mec avec qui j'ai eu une relation sexuelle au Luxembourg et où la capote avait craqué. On avait fait l'action de se protéger, donc je ne m'étais même pas posé de questions.
Je n'avais même pas cherché après à prendre un traitement pour cette exposition ou quoi que ce soit. Sur la fin, la capote, elle avait craqué. Et puis voilà, c'est tout, ça arrive. Donc c'est la dernière personne avec qui j'ai eu de relations sexuelles. Donc voilà, pour moi, c'est cette personne-là et ça ne peut être personne d'autre.
Moi, je suis soulagé de deux choses. Déjà, de pouvoir mettre un visage sur la personne et aussi sur le moment où ça arrivait. En tout cas, pour mon cheminement à moi, c'était important de savoir ce qui s'était passé. Et le deuxième soulagement, c'est qu'après cette personne, je n'ai pas eu de relation sexuelle, donc je n'ai mis à risque personne. Et ça, c'est vraiment un point en moins. Je peux vraiment me focaliser sur moi et sur ma santé et ne pas stresser pour la santé des autres.
Ce mec, je ne le connais pas si bien que ça, je ne sais pas comment il va réagir. Même si c'est lui qui m'a contaminé, c'est moi qui vais lui annoncer qu'il a le VIH, donc je ne sais pas comment il va réagir. Je me dis une chose à la fois, d'abord je vais aller mieux, avaler la pilule, et puis après on verra. Lors de mon rendez-vous avec l'infectiologue, j'apprends aussi que ma paralysie faciale, ça fait partie des symptômes de primo-infection.
Donc, en fait, ce qu'il faut savoir, c'est que tous les symptômes que j'ai eus depuis le mois de février, c'est des symptômes de primo-infection. Elle fait quand même très attention en disant, voilà, je ne suis pas neurologue. Et de toute façon, des séquelles neurologiques, il faut attendre plusieurs mois avant d'en savoir plus, etc. Mais elle me dit, vous êtes jeune.
Maintenant, vous allez prendre un traitement contre le VIH. Donc, vos anticorps vont remonter. Ça va aller mieux. Donc, je repars de chez l'infectiologue. Plein de réponses, rassuré sur pas mal de choses quand même.
Finalement, c'est que un cachet par jour, ce n'est pas non plus la mer à boire. C'est comme la pilule, juste une alarme une fois par jour et puis je prends mon cachet et on n'en parle plus. C'est juste ça et ça me rassure énormément. Je me dis que c'est juste ça et je vais pouvoir reprendre le cours de ma vie. Dix jours après mon rendez-vous avec l'infectiologue, je décidais enfin de recontacter la personne qui, je pense, m'a contaminé.
Je lui ai écrit un message sur WhatsApp. Je n'ai pas le courage de l'appeler directement. Je ne le connais pas si bien que ça. J'ai écrit un message hyper articulé. en expliquant de A à Z pourquoi je pense, et en fait je sais que c'est lui qui m'a contaminé, que voilà, moi, je lui dis tout de suite, je suis pas là pour te faire des remontrances ou...
Pour t'incriminer, c'est juste pour te prévenir. Je lui envoie même le test que j'avais fait en janvier qui disait que j'étais négatif en janvier. Enfin, voilà.
J'ai un peu peur, quand je lui envoie tout ça, qu'il me dise « oui, oui, j'étais au courant » ou un truc comme ça, et qu'il ne me l'ait pas dit, parce qu'à ce moment-là, ça voudrait dire qu'il aurait pu me prévenir, que ça aurait pu être évité. Et après l'histoire de la PrEP que je n'ai pas pu prendre alors que je l'avais demandé, je n'ai pas besoin d'une deuxième histoire où j'aurais pu éviter la contamination. Je l'ai au téléphone, il m'appelle et je sens...
Tout de suite, quand il m'appelle qu'il n'est pas en train de jouer la comédie, qu'il ne comprend pas ce qui se passe, qu'il est très surpris, il me dit mais t'es sûr que c'est moi, moi je vais bien, je ne comprends pas. Parce que oui, il y a plein de gens qui sont contaminés par le VIH et qui n'ont pas de symptômes de primo-infection comme moi j'ai eu.
Je lui dis, mais de toute façon, ça ne te coûte rien. Va te faire tester. Je sens qu'il est sincèrement paniqué, qu'il ne comprend pas ce qui se passe. Et il n'est pas du tout agressif avec moi. Il est juste dans la compréhension et dans la panique, je pense.
Quelques semaines après le coup de téléphone avec ce fameux mec, je reçois un message où il m'explique qu'effectivement il a été voir un médecin, qu'il a passé les tests et qu'il est séropositif. Donc voilà, il s'excuse même de ce qui s'est passé.
Je lui réponds qu'il ne pouvait rien. Je me projette aussi, ça aurait très bien pu être moi. Si je n'avais pas eu de symptômes, j'aurais pu être à sa place. Je sais qu'il n'a pas fait exprès et c'est tout, c'est la vie. Je lui envoie un message un peu comme ça. on se quitte, je sais qu'on se reverra probablement jamais, mais on part en bon terme et on sait jamais reparler après ça.
¶ Début Traitement VIH et Paralysie Persistante
Je vais à la pharmacie, je récupère mon traitement. On fait une dernière soirée avec ma meilleure amie où on boit des coups, on mange gras, on se fait plaisir, etc. En me disant qu'on ne sait jamais, je préfère en profiter maintenant, ce n'est pas ce qui m'attend après. C'est le premier jour du reste de ma vie où je vais prendre à se cacher. Et donc, je commence le traitement très angoissé.
Et puis, assez rapidement, je me rends compte que non seulement j'ai la chance d'avoir quasiment aucun effet secondaire, mais en plus, je retrouve toute mon énergie. Parce que j'étais complètement à plat, parce que je n'avais plus de défense immunitaire. Et là, avec les traitements, assez rapidement...
Je vais beaucoup mieux, je n'ai plus les poussées de fièvre, je n'ai plus tous ces symptômes et je retrouve de l'énergie et la personne que j'étais avant tout ça, enjouée, motivée, dynamique, c'est vraiment une renaissance et je suis hyper heureux. Au fur et à mesure des mois, ma charge virale diminue. Par contre, mon visage est toujours paralysé. Et là, ça fait déjà 2-3 mois que...
que mon visage ne bouge plus du tout. Il n'y a vraiment aucune amélioration. C'est même pas lent, etc. C'est que la partie gauche est totalement paralysée et ça ne bouge pas du tout. J'ai encore la bouche qui tombe vers le bas, l'œil qui ne se ferme plus, le sourcil qui ne se lève plus, etc. Et j'ai un peu...
plus de mal à gérer parce que c'est quand même très visible. Les gens me regardent dans le métro en se demandant un peu ce qui m'arrive. J'ai l'un de mes colloques que je ne voyais jamais qui m'a revu après plusieurs semaines en me disant Mais ça va, t'as le visage paralysé, t'es au courant. Alors certes, c'est qu'un problème d'esthétique, mais un visage, c'est une carte d'identité sociale.
Et c'est dur à supporter en fait à ce moment-là, surtout que je lis quand même pas mal cette paralysie au VIH et c'est comme si je portais un peu le VIH sur mon visage. Donc c'est vraiment très compliqué d'avoir cette paralysie qui persiste. J'ai tout de suite décidé, quand j'ai su que j'avais le VIH, de ne pas en faire un tabou.
Mais là, du coup, dès que les gens me demandent qu'est-ce qui t'est arrivé au visage et que tu es obligé de raconter toute l'histoire, les gens ne sont pas forcément intéressés non plus, mais en même temps, je n'ai pas envie de le cacher. C'est très lourd à gérer et j'ai vraiment envie de retrouver un visage.
L'infectiologue m'avait donné quand même une ordonnance pour que j'aille faire des examens neurologiques. Elle m'avait dit d'attendre quelques mois pour les faire. Et donc déjà, j'arrive dans un cabinet. Il y a le secrétariat qui est dans la salle d'attente.
Et la secrétaire, elle n'a aucun tact. En gros, t'arrives, c'est nom, prénom, etc. Antécédents médicaux, mais elle gueule dans toute la salle d'attente devant tout le monde. Et donc forcément, moi, je lui dis que je suis séropositif au VIH, etc. Mais je suis hyper mal à l'aise, en fait. Je suis dans un cabinet neurologique.
où je me retrouve à gueuler que j'ai le VIH, où je ne dis rien et j'ai juste envie de voir le neurologue et de savoir ce qu'il en est. Alors, examen laconique, il me prend en deux secondes, il regarde ce que j'ai, hop, il lit VIH sur sa fiche, il dit ok. Il me fait passer l'examen qu'il devait me faire passer pour mesurer l'activité électrique que j'ai au niveau du nerf périphérique.
Et puis, au bout de deux secondes, il me dit « Non, non, c'est mort. Là, vous ne récupérez rien. Il n'y a plus d'activité électrique. C'est tout. Vous serez comme ça toute votre vie. » Et vraiment, ciao, bye. Donc, je ressors de là. Clairement, je pleure. Je suis au bout de ma vie. J'appelle mes potes, je leur raconte. Tout le monde est vraiment...
hyper mal pour moi, essaie de me rassurer, etc. Et en fait, en parlant avec l'une de mes amies, elle me dit « Mais attends, il faudrait que tu en parles à notre amie allemande, etc., que j'ai connue quand j'étais en Erasmus, parce que cette fameuse amie allemande, elle est neurologue, en fait. » Peut-être qu'elle pourra t'en dire plus. Et donc j'appelle cette fameuse copine allemande qui est neurologue. Tout de suite, en fait, elle est...
assez rassurante. Je comprends quand même qu'au niveau des séquelles neurologiques, en gros, personne ne peut rien te dire. C'est vraiment au petit bonheur la chance. C'est ce qu'elle me dit, mais ça me fait déjà du bien d'entendre ça. En fait, il ne peut pas savoir. Certes, ce qu'il peut te dire, c'est qu'il y a peu d'activités.
où il n'y a pas d'activité électrique au niveau de Ténère. Mais en fait, ça peut très bien repousser, même recommencer à pousser ou à revenir après des semaines ou des mois, même s'il n'y avait rien précédemment. Il faut que je continue à essayer de mobiliser mon visage, la partie qui est paralysée. elle me redonne de l'espoir.
¶ Annonce à la Famille et Récupération Faciale
Un mois après avoir vu mon infectiologue et commencé mon traitement, Je suis assez bien mentalement, j'ai repris aussi du poids de la bête, j'ai de l'énergie, je suis dynamique, je vais beaucoup mieux. Et donc je décide que c'est le moment pour en parler à ma famille. Et puis, j'ai énormément de chance parce que ça se passe très, très bien. Évidemment, ce n'est pas une bonne nouvelle, ni pour mon père, ni pour mes grands-parents.
qui comprennent que ça va bien aller. Je leur explique tellement de choses, j'ai tellement d'informations à leur donner qu'ils ne savent même pas quelles questions poser. Évidemment, c'est un choc et ce n'est pas une bonne nouvelle, mais tout de suite, je les rassure. Ça ne pose aucun problème et ils sont là pour moi et ça se passe très bien. Quatre mois après l'apparition de la paralysie faciale et de mon diagnostic, je quitte enfin le Luxembourg.
Et je décide, avant de reprendre un autre emploi, etc., de vraiment profiter de l'été. Et de partir en vacances avec des potes avec qui on fait souvent des road trips. Et donc on part aux Philippines pendant plusieurs semaines ensemble. Et donc là, c'est vraiment le paradis. Après l'année que j'ai passé dans la grisaille avec toutes ces nouvelles merdiques, c'est vraiment, on est au soleil entre potes, on voit plein de choses.
choses, on rencontre plein de monde. C'est vraiment top. Et en fait, durant ce voyage, je suis devant une glace et je vois un petit mouvement presque imperceptible de ma bouche. Et donc, ça bouge un petit peu. Et donc, je décide de me coucher en me disant, bon, ok, peut-être que tu es en train de t'inventer quelque chose, que tu as tellement envie que ça bouge, que tu es en train de voir que ça bouge, mais en fait, ça ne bouge pas du tout. Donc, je vais me coucher.
Le lendemain matin, je me réveille et je suis presque stressé dans mon lit parce que je n'ose pas aller à la salle de bain pour vérifier si ça bouge encore ou si j'ai tout inventé la veille. Et finalement, quand j'arrive enfin devant une glace, ça bouge encore. Alors c'est minime. s'imaginer que rien n'a bougé pendant des mois donc quand il y a un frémissement du côté gauche c'est...
C'est énorme pour moi. C'est vraiment la meilleure nouvelle, celle que j'attendais. À partir de ce moment-là, je ne fais plus qu'essayer de bouger ma partie gauche du visage. Toute la journée, je suis en train d'essayer de remuer la partie gauche pour la mobiliser le plus possible et essayer de... que ce frémissement se transforme en mouvement et puis en sourire, puis en tout ce qu'il faut. Je reprends aussi de la kiné pendant plusieurs semaines.
qui m'ont permis de récupérer franchement énormément, enfin déjà une symétrie au repos, ce qui est déjà énorme en fait. Donc déjà quand je parle pas, je suis à peu près symétrique, et ça, ça n'a pas de prix. Je réapprends à fermer l'œil totalement aussi, donc ça c'est...
C'est quelque chose aussi qui est top parce qu'en fait, depuis plus de quatre mois, je dors avec un scotch sur l'œil ou en collant mon œil sur l'oreiller. Et dès que je me décale, mon œil est ouvert, donc je me réveille avec l'œil sec tous les matins.
je peux remanger des spaghettis si j'essayais ne serait-ce que de... de manger des pâtes bolo c'était une cata j'en foutais partout donc là de nouveau je peux remanger des spaghettis proprement enfin voilà c'est plein de petites choses qui sont des petites victoires du quotidien puis après ces quelques semaines de récupération intensive ça se calme de nouveau
Les progrès sont beaucoup plus lents jusqu'au moment où ça n'avance plus trop. Mais j'ai déjà récupéré assez pour retrouver un visage normal. Je suis très heureux. J'ai plus le sourire que j'avais avant, mais après tout ce qui s'est passé, je m'en contente et c'est très bien comme ça. C'est mon nouveau sourire et je m'y habitue.
¶ Vivre avec le VIH Aujourd'hui
Aujourd'hui, je suis indétectable depuis plus de deux ans. J'ai retrouvé une vie sexuelle et une libido normale. Parfois, je dis à mes partenaires que j'ai le VIH. Parfois, je ne le fais pas parce qu'en fait, des fois, ça ne se prête pas. Ce n'est pas dans la conversation. Et puis en fait, juste parfois, j'ai la flemme de dérouler toute cette histoire qui est quand même assez intense. Ça fait aussi partie de ma vie privée. En plus de ça, effectivement, à chaque fois que je raconte l'histoire...
C'est à chaque fois faire de la pédagogie. Il y a des fois où j'ai l'énergie et je suis archi content de le faire et d'expliquer aux gens et que le plus de personnes possibles soient au courant. Il y a des fois où j'ai juste pas le courage de parler de ça, juste j'ai envie de parler d'autre chose. Aujourd'hui, en fait, ce que ça représente pour moi, le VIH dans ma vie, c'est une pilule tous les jours et puis un rendez-vous tous les six mois avec mon infectiologue.
qui me permet de suivre ma santé de près. Je suis presque en meilleure santé que tout le monde parce que tous les six mois, je fais une prise de sang, un check-up total de ma tension, une prise de sang, l'MST. Franchement, je l'oublie au quotidien. Ça ne me définit pas du...
Ma vie n'est pas impactée. Après, c'est vrai qu'il y a encore un décalage entre la réalité du VIH et, par exemple, les clichés, mais aussi les lois qui sont en vigueur. Il y a plein de pays où, malheureusement, aujourd'hui, je ne peux plus... aller en voyage ou je ne peux plus obtenir un visa de travail parce qu'ils n'acceptent pas les personnes séropositives, comme la Russie ou même l'Australie. On ne croirait pas, mais en Australie, je ne peux plus avoir un visa de travail aujourd'hui.
Ok, je peux mentir sur les formulaires, mais si à l'aéroport, je me fais choper avec mes boîtes de médicaments, je me fais envoyer à la case départ, voire je peux aller en prison. Si je souhaite faire un prêt à la banque, je vais avoir des taux qui sont complètement démentiels parce que j'ai une infection longue durée.
C'est comme si quelqu'un qui avait un cancer voulait faire un prêt à la banque. Or, moi, mon espérance de vie aujourd'hui, elle est la même que tout le monde. Donc, si un jour, je veux ouvrir mon entreprise, acheter une maison ou quoi que ce soit, ça va être une galère. Je vais devoir mentir. ou bien je vais devoir payer beaucoup plus cher que tout le monde.
Et puis la dernière chose, c'est effectivement sur la vie de famille. Moi, je suis gay, donc l'option que j'avais toujours eue en tête, parce que j'ai potentiellement envie de construire une famille un jour, c'était l'adoption. On sait que l'adoption pour des couples hétéros, c'est compliqué.
Pour des couples gays, c'est encore plus compliqué. Mais alors, des couples gays où l'un des deux partenaires ou les deux partenaires sont séropositifs, il faut oublier. Ça n'arrivera pas ou ça me prendra des années ou alors on ne donnera que des enfants avec des pathologies eux-mêmes.
Clairement, il faut que j'envisage des plans B, C et D parce qu'on ne va pas me rendre la vie facile parce que je suis séropositif. Moi, je suis quand même assez surpris dans ma bande de potes, notamment. J'ai plein de potes femmes. qui connaissent mon histoire, etc., et qui ont encore des relations sexuelles non protégées, donc elles mettent pas de préservatif avec des mecs qu'elles connaissent pas forcément énormément.
Évidemment, je ne suis pas dans le jugement et chacun fait ce qu'il veut, mais ce n'est pas que la maladie des gays. Aujourd'hui, je vis une vie normale. Je vis en Espagne. Je bosse sur mes projets. Je vois quelqu'un. Cette personne n'a aucun problème avec mon statut sérologique. Cette histoire, elle m'aura permis de me rendre compte
Il faut savoir s'écouter. Quand on n'est pas bien et que ça fait des semaines que notre corps nous envoie des signaux, il ne faut pas hésiter à prendre le taureau par les cornes et aller faire des exams. Rien de bien grave, mais je fais attention à ma santé. Et aujourd'hui c'est ce que je fais.
Direction éditoriale Christophe Caron Direction de la production Sarah Koskiewicz Direction artistique et habillage musical Benjamin Septemours Production éditoriale Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours Chargée de pré-production Astrid Verdun L'introduction a été écrite par Christophe Caron. Elle est lue par Aurélie Rodriguez.
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