¶ Enfance et Découverte de Soi
En mai 2024, après six semaines d'enquête, trois mineurs âgés de 15, 16 et 17 ans sont placés en garde à vue pour vol en bande organisée et violences en réunion avec préméditation en raison de l'orientation sexuelle. Les trois lycéens ont passé leurs vacances scolaires de printemps à écumer une application de rencontre pour personnes LGBT afin de piéger ses utilisateurs.
Quand Youssef s'inscrit sur une application de rencontre, il découvre un espace de liberté insoupçonné. Il multiplie les rendez-vous, il apprend à plaire, il commence enfin à se trouver beau, bref, à s'aimer un peu plus. Mais sur Internet, vous ne savez jamais vraiment à qui vous parlez. Attention, cet épisode aborde des sujets sensibles. Pour en savoir plus, reportez-vous au texte de description de l'épisode. Vous écoutez Transfer, épisode 364, un témoignage recueilli par Camille Urcy.
Quand je suis à l'école primaire, je comprends assez tôt que le fait que je sois un enfant assez efféminé va poser problème. Plus je grandis et plus j'expérimente la violence des petits garçons qui ne me trouvent pas assez petits garçons pour être copains avec moi. Je joue avec mes copines à faire comme si on était dans les Wings ou dans Desperetos Wives. Et c'est en sortant un terrain de foot qu'un jour, il y a un petit garçon...
qui me met une droite. Et c'est un peu le moment où je comprends que ça peut vraiment être un problème d'avoir des traits féminins quand on est un petit garçon. Quand j'ai à peu près 12 ans, c'est le moment où je commence à ressentir de l'attirance pour des garçons. J'essaye tant bien que mal de vivre avec, mais surtout en le cachant pas mal. Et c'est à peu près le moment où, à la télé, il y a des images de...
d'énormes manifestations de gens qui ne veulent pas que les personnes de même genre se marient. C'est assez violent et c'est le moment où je me rends compte que c'est un problème à gérer plus tard parce que je n'ai pas la force de le gérer tout de suite, quand lors d'un repas de famille, on est tous autour de la table. La discussion s'invite. Un membre de ma famille se tourne vers moi, ma sœur et mes cousins et dit « bon, c'est très bien, mais pas de ça chez nous ».
¶ Premiers Amours et Coming Out
J'ai 15-16 ans. Je sors avec une fille. Je me sens très amoureux. On est un peu un couple nian-nian. qui se fait des cadeaux toutes les deux minutes et qui se dit qu'elle va s'aimer toute la vie. Et je commence à discuter avec un garçon qui n'habite pas très loin de chez moi. En fait, on s'est rencontrés sur Internet, sur un site de gens qui font de la musique parce que moi, je chante et lui, il compose de la musique. Et on s'est dit, mais c'est génial.
travaillons ensemble. Et je commence à avoir un vrai crush sur cet adolescent qui a le même âge que moi, qui vit à peu près la même vie que moi. Ça fait des années que ma meilleure amie, elle se bat. contre toutes les personnes qui lui assurent que je suis gay et que je le cache juste.
J'arrive vers elle avec cette information et elle me dit « Bon, très bien, je vais arrêter de le nier et tu vas juste le vivre de manière hyper positive et ça va être génial. » Ça reste un peu un secret pendant tout un été avec ma meilleure amie. Et finalement, à la rentrée, au fur et à mesure, je fais mon coming out aux personnes de mon entourage.
¶ Liberté Grâce aux Applications
Quand je commence à lui parler de mon homosexualité, ma meilleure amie me dit « ce serait trop chouette que tu rencontres des gens qui vivent la même chose que toi, sauf que j'habite dans une petite ville, je suis assez timide, je sors peu, donc... » C'est assez inconcevable pour moi de me rendre seul dans des lieux de sociabilité gay, surtout que je n'en connais même pas, pas loin de chez moi.
Et même Mirami me dit, bon, après, il existe des applications de rencontres. Je réfute l'idée en bloc à peu près deux jours avant de finalement télécharger une application de rencontres spécialisée dans les relations gays. Je parlais avec plein de gens qui ont une histoire de vie différente de la mienne, mais qui...
ont des expériences communes. Moi, ça me permet de me dire, en fait, tu n'es pas du tout tout seul. C'est assez libérateur de pouvoir parler de ça avec des personnes qui sont aussi concernées. C'est vraiment un moment où je me dis, OK, ça ne va pas être un problème, en fait. Ça me fait beaucoup gagner confiance en moi. Je me dis, en fait, mon corps peut être un sujet de désir et c'est assez réconfortant. Ça me booste vraiment ma confiance.
Je perds un peu de poids, je m'affirme dans mon style, mes cheveux poussent et je ne les coupe pas, j'achète plein de nouveaux vêtements et j'entre dans une période de ma vie assez joyeuse, guillerette, où je me dis... En fait, j'ai confiance en moi, qui je suis n'est pas un problème, et maintenant on peut vivre avec ça dans la vie.
¶ Le Rendez-vous Étrange
J'ai 22 ans et un soir je travaille sur un projet audiovisuel pour mes études. Je suis seul chez moi et je dois avancer sur du montage pour un travail de groupe. Sur les coûts de 22 heures, je reçois un message d'un mec sur une application de rencontre. Quand je reçois ce message, je regarde un peu son profil. On a à peu près le même âge, il a l'air assez musclé, je le trouve assez beau et je me dis bon bah...
Ok, continuons de discuter. Et très vite, on se dit qu'on va se voir et qu'on va passer la soirée ensemble. Il n'habite pas très loin de chez moi. Je prends mes clés de voiture et je pars. Quand j'arrive, je lui envoie un message pour qu'il vienne me chercher. Et quand il sort de l'immeuble, je me dis « Ah, chouette ! Il ressemble vraiment à ses photos, mais il a un look un peu bizarre. »
Il a des lunettes un peu aviateurs, typiques des années 50, en métal doré. Je trouve ça kitsch à souhait. Et une coupe de cheveux. qui est innommable, mais une espèce de mèche sur le côté, un peu gendre idéal, mais en même temps pas propre. Je me prends un peu une photo mentale en me disant... Tiens, ça va être rigolo à raconter après ce look un peu décalé. Il commence à s'avancer vers un petit portail. Je le rejoins devant et finalement, le portail ne marche pas.
Il me fait passer par le portail des voitures. On échange trois mots sur le chemin pour son immeuble. Pour meubler un peu, je lui demande comment il s'appelle. Il dit Max. Et je me dis, tiens, il ne me semblait pas que c'était le prénom qu'il m'avait donné, mais... En même temps, sur mon profil, il n'y a que la première lettre de mon prénom, donc je suis assez mal placé pour le juger. En soi, son prénom n'a que peu d'importance. Il ouvre la porte de chez lui, on rentre dans un...
petit studio assez lambda, vraiment une grosse boîte à chaussures. Moi, ça ne m'étonne pas. On a à peu près le même âge. Je me dis, il doit être étudiant. Quand on rentre, j'enlève mes chaussures, je les pose dans l'entrée et je pose le tote bag que j'ai, dans lequel j'ai mes papiers de voiture et ma clé de voiture. En passant le couloir de l'entrée...
J'arrive dans la pièce à vivre et je ne me sens pas très bien. C'est très sale et c'est très moche. C'est vraiment le bordel. Il y a des canettes de bière de partout, sur le sol et sur le canapé. Mais en même temps, ce que je trouve bizarre, c'est qu'il sent pas du tout la bière. Il a pas la laine de quelqu'un qui vient de s'enquiller 12 canettes de bière tout seul. Je suis un peu interloqué. Je me retourne pour voir un peu la pièce.
¶ La Découverte de l'Horreur
Mon regard est tout de suite attiré par une petite veilleuse, qui en fait est une veilleuse d'appareil photo, qui est sur un trépied, l'objectif est ouvert, et je vois que l'appareil photo est en train de filmer.
Et là, tout de suite, je me retourne vers lui, je lui pose une question faussement innocente en lui disant « Ah, tu fais de la photo ? » Et il me dit « Oui, oui, là, il est en train de charger » et je lui dis Non, je connais ce modèle d'appareil photo, je vois très bien qu'il est en train de filmer, donc par contre, il est hors de question qu'il y ait un appareil photo qui filme dans cette pièce.
Je vois qu'il est un peu bizarre dans ses réponses. Il me baratine un peu en me disant « Mais non, mais regarde, c'est vraiment qu'en train de charger... » Il finit par enlever les piles de l'appareil photo. Je me dis, bon, il se fout un peu de ma gueule. Il faut que je trouve un moyen de... une pirouette dans la discussion pour dire, il faut que je m'en aille. C'est bon, je ne peux pas du tout faire confiance à ce mec-là. Et il commence à me dire...
« Oui, tu ne veux pas prendre une douche ? Viens. » Je vois ça comme un espèce de moyen de se rattraper, de re-rentrer dans un jeu de séduction. Moi, ça ne marche pas du tout. Je lui dis « Non, non, non, en fait, c'est bon. » Et il se redirige vers la salle de bain. Et il finit par avoir un regard un peu bizarre. Il me regarde très directement, sans aucun sourire. Et il ouvre la porte de la salle de bain en gardant son regard sur moi. Et là...
Ça bascule totalement. Je commence à paniquer et à me dire qu'il ne faut pas du tout que ça se sente. Il faut faire super gaffe parce qu'en fait, ce mec est un taré. Quand il ouvre la porte... Je vois une toute petite salle de bain avec par terre du sang de partout. Il y a un corps qui est dans une drôle de position.
qui est sur le ventre, donc je ne vois pas du tout le visage. Je ne comprends pas, je vois juste du sang de partout. C'est un homme qui est en slip. Mon regard se tourne sur le lavabo qui est lui aussi plein de sang. Et je vois des espèces de morceaux de chair que je n'arrive pas du tout à identifier, mais qui sont sanguinolents et qui ont l'air déchiquetés. Et je me dis « Oh, qu'est-ce qui va se passer ? »
Max reprend la parole et me dit, il a voulu partir. Tu ne vas pas partir, toi ? Et en voyant cette salle de bain, je commence à avoir extrêmement peur. et à être paniqué à l'idée de me dire « tu es le prochain », les secondes paraissent des heures, je ne sais pas du tout comment réagir, je me mets à...
échanger avec lui en disant « Non, pas du tout. Qu'est-ce qui s'est passé ? Raconte-moi. » En essayant d'avoir une voix calme, de me dire « Il ne faut surtout pas le brusquer. » Je lui pose deux, trois questions en me disant « Là, il va falloir... » que je garde le plus d'informations en tête sur ce qui s'est passé, ne sait-on jamais, ça peut servir ? Je tente d'être le plus normal possible dans ma réaction, mais...
Je n'arrive pas à détendre mon visage. Je sens que mon visage est extrêmement expressif et qu'il se doute bien que mes yeux exorbités et mon regard fuyant... témoigne de ma panique totale.
¶ La Fuite Paniquée
Il commence à rentrer dans la salle de bain. Je profite de ce moment pour courir dans le couloir. La porte est fermée, mais pas verrouillée. Je prends mes affaires d'une main, j'ouvre la porte de l'autre. Et je sors. en criant du plus profond de mon âme à l'aide. Je crie dans le couloir, je m'entends crier, et je me fais moi-même peur de voir que ma voix est celle de quelqu'un.
qui est paniqué. J'ai l'impression d'être une biche qui est en train de fuir un chasseur et je dévale les escaliers de cet immeuble, persuadé qu'il est en train de me courir après. Je sors de l'immeuble, je me réoriente bien, je me rappelle par où je suis rentré et je me redirige tout de suite vers le portail voiture par lequel on est rentré, mais je ne trouve pas de boutons ou de moyens d'ouvrir ce portail.
Je suis encore pieds nus, j'ai les chaussures dans une main, le tote bag dans l'autre, et je me mets à escalader le portail, qui n'est pas très haut. Mais dans l'adrénaline, je me dépêche et je vois des pics sur le dessus du portail. J'ai l'image du fils de Romy Schneider qui s'est empalé sur un portail comme ça, qui me vient tout de suite en tête.
parce que c'est une vieille blague de famille. Et je me dis, là, calme-toi, il faut faire gaffe. Mais dès que je sors de la résidence, je cours à ma voiture et il y a un piéton qui passe juste à côté. Lui court dessus. J'ai encore cette voix de personne hyper paniquée. Je lui demande de m'accompagner à ma voiture, alors qu'on est à littéralement 20 mètres de ma voiture. Je vois que la lumière du hall...
de l'immeuble est allumé et je suis persuadé que Max est en train de descendre pour me courir après et me faire du mal. Je rentre dans ma voiture, j'allume le contact. Je commence à rouler en me disant, là, il faut juste que tu t'éloignes. Il y a une voiture qui me suit. Je suis persuadé que c'est Max qui me suit dans sa voiture.
J'arrive à un stop, à environ 300-400 mètres de sa résidence. Je mets mon clignot à gauche. Et dans un truc un peu hollywoodien, je me dis « Ok, c'est un leurre, je vais partir à droite. » instinctivement, je prends mon téléphone, j'appelle un copain de promo en lui disant il faut absolument pas que je sois tout seul, je ne peux pas rentrer chez moi, je te raconterai.
J'arrive chez toi. Un peu paniqué, il me demande quand même de lui dire ce qui se passe. Et je lui dis, j'étais en date avec un gars et il y avait un cadavre chez lui. Je sens que... Il tombe totalement dénu au téléphone. À ce moment-là, il est avec une autre copine de promo et il me dit « Viens, tout de suite. » Quand je suis dans la voiture, je me mets une...
Une playlist calme. Et je conduis de manière un peu automatique jusqu'à arriver chez mes amis. Et je fais un peu attention à me rappeler les images que j'ai vues. Où est-ce qu'on était ? Quelle était son adresse ? J'en profite pour... prendre des captures d'écran de son profil et de nos conversations en me disant, il va sûrement me bloquer ce qui va m'enlever tout accès à notre conversation. Il faut que je prenne ces informations tout de suite. Quand j'arrive chez mes amis,
Ils m'attendent en bas, ils me disent, passe à l'arrière, on va tout de suite chez les flics. Tu n'es plus tout seul, tu n'es pas au volant. Tout va bien. Ça va bien se passer. Quand on arrive devant le commissariat, il y a un policier devant qui fait l'accueil des personnes qui veulent rentrer pour un peu filtrer, j'imagine. Moi, je suis totalement paniqué, je ne suis pas clair, je n'arrive pas à terminer une phrase correctement.
Je sens que le policier a du mal à me croire et se dit, bon, encore un mec qui a trop bu et qui dit n'importe quoi. Mon ami prend le relais et le bouscule un peu en disant, bon, là, c'est vraiment important, il faut qu'on rentre. Donc, il finit par nous laisser rentrer. Je prends...
une grande inspiration et je raconte dans les détails ce qui vient de se passer à l'accueil. On me dit « Ok, on va chercher un collègue, on arrive ». Quand un autre policier sort des bureaux et arrive, il m'écoute vraiment. Et il me prend au sérieux. Je suis assez agréablement surpris et je lui montre des photos. Je lui dis, il s'appelle Max. Il me répond, OK, peut-être qu'on le connaît.
¶ Révélation du Prank Macabre
C'est peut-être Max la menace. Moi, je ne connais pas du tout, je ne sais pas, je ne comprends pas ce qui se passe. Les amis qui sont avec moi commencent à faire des recherches sur Internet, trouvent sa photo, me la montrent. Je suis... Pas totalement, mais énormément soulagé de le reconnaître. Et de voir qu'en fait, il avait juste des fausses lunettes et une perruque. Mais que c'était bien lui. En fait, c'est un mec qui fait des vidéos.
sur Internet, et qui fait des pranks, en fait. Des grosses mises en scène. Tout ce que je viens de vivre, c'était pas réel. C'était de la mise en scène.
¶ Traumatisme et Cible Homophobe
Intellectuellement, je comprends bien que je ne suis pas en danger, qu'en fait je ne l'ai jamais été, mais émotionnellement, ça ne passe pas du tout. Je ressens toujours l'angoisse, je ne veux toujours pas rentrer chez moi. par peur qu'il me retrouve. En fait, il y a un peu une dissociation de dans les faits. Tout est faux et je n'ai jamais été en danger. Mais l'angoisse...
de morts et de morts violentes à vraiment imprimer. Du côté de la police, il y a une équipe qui part sur place. La policière prend mon numéro et me dit « Ok, on va voir... » On se tient au courant. Quelques minutes après, le temps qu'elle arrive, elle m'envoie une photo du haut de la salle de bain, en coupant pour l'aspect macabre du bas. Et elle nous dit « OK ».
Il n'est pas là, mais on voit le faux sang. Et à ce moment-là, je peux vraiment retomber et me dire, c'était faux, personne n'est mort, et c'est fini. Pendant quelques jours après cette histoire, je suis terrifié à l'idée de le croiser parce que son visage reste pour moi le visage d'un tueur qui a voulu me tuer. Je sais bien que ce n'est pas le cas.
mais c'est impossible pour moi de m'en rendre pleinement compte. J'ai du mal à rentrer dans ma salle de bain, et dans quelconque salle de bain, parce que... J'ai des flashs qui me reviennent. J'ai du mal pendant des semaines à vivre comme si de rien n'était. Quelques jours après, je reçois un appel d'un policier. En fait, il est membre d'une association qui s'assure que les personnes queer soient bien reçues dans les commissariats. Donc, il commence par me demander...
S'il y a eu un quelconque problème avec les policiers qui m'ont su, je lui dis que non, tout s'est bien passé, on m'a pris au sérieux, tout ça. Et il finit par me dire, quand même... Vous êtes en mesure de lancer une procédure contre ce mec, d'autant que ça vous visait, vous, en tant que personne gay, parce qu'il a échangé avec vous par une application ne visant que des hommes gays.
surtout une idée qui trotte dans ma tête, c'est que il y a une caméra qu'on a éteinte quand j'étais sur place. Mais il y en a sûrement d'autres. Et en fait, tout ça a été filmé. Et tout ça, dans son... business plan, va être sur Internet. Au fur et à mesure des jours, je me rends compte qu'en fait, c'était un prank particulier parce qu'on est...
au mois d'octobre, et tout le monde parle de la série Damer sur Netflix. Je finis par tomber sur une affiche de la série, je t'ai passé totalement à côté. Et en fait, Max, la menace, c'était déguisé en Jeffrey Damer, qui est connu... pour être un serial killer qui touchait notamment des hommes gays racisés. Ça me révolte, parce que c'est pas qu'un prank sur des gens au hasard, c'est un prank sur une minorité.
qui s'attaquent pleinement à des hommes gays parce que ce sont des hommes gays. On arrive à la fin du mois d'octobre, à la période d'Halloween. Et moi, j'ai un compte à rebours dans ma tête en me disant, un jour, cette vidéo va être publique. Mais il y a encore mes parents qui ne sont pas au courant. Et je préfère qu'ils l'apprennent de ma bouche que de le tomber sur Internet, ne sait-on jamais. Je prends mon courage à deux mains et je finis par...
le raconter à mes parents, qui mettent un peu de temps à comprendre et à redescendre parce qu'en fait, ils ne comprennent pas cette manière de sociabiliser avec des gens par des appuis de rencontres. Donc, ils sont juste un peu perdus.
Je suis un peu énervé contre eux parce que j'ai juste envie qu'on me soutienne et qu'on me dise que c'est pas de ma faute et que c'est horrible ce qui vient de se passer. Et en fait, le lendemain, la vidéo sort et ma mère me rappelle en me disant « J'ai vu la vidéo. » C'est atroce parce que j'ai entendu ton cri. J'ai entendu ta détresse et ça m'a glacé le sang. Elle me donne le soutien qui me manquait.
¶ Le Procès et l'Acquittement
le sentiment de légitimité aussi, nécessaire pour que je me lance vraiment dans une démarche juridique et je décide de porter plainte contre Max Laminas. Les choses vont relativement vite parce que je porte plainte à peu près un mois après les faits. Seulement quelques mois après, le procès arrive. Je n'ai pas du tout envie d'y aller parce que je ne veux pas le revoir.
je ne veux vraiment pas lui refaire face. J'ai la chance d'avoir une super avocate qui me suit super bien et qui me comprend, qui ne me fait pas du tout culpabiliser de ce qui s'est passé, qui me représente au tribunal. Moi, j'ai très peur de ce procès parce que je sais que c'est quelqu'un qui a une communauté qui l'aime beaucoup. Et j'ai très peur qu'on me retrouve sur Internet et qu'on me harcèle en ligne, en fait. Donc, dans ce procès, on ne donne pas mon nom.
Le lendemain du procès, j'ouvre la presse locale et je vois cette photo de lui qui est prise dans le tribunal. Et je me mets à lire le compte-rendu d'audience et je suis abattu parce que... Je vois sa ligne de défense. Et sa ligne de défense, c'est une blague, il n'a jamais été en danger. Et ça m'énerve de voir que son avocat glisse à demi-mot, que c'est une application sur laquelle il y a de la prostitution. Donc c'est une justification qui relève presque des bonnes mœurs.
Ça me fout en rogne. Il vient au procès avec sa compagne. Et ça m'enrage énormément de savoir qu'il se met en scène comme... un gendre idéal qui vient avec sa petite amie, qui le soutient, et qu'il me fasse passer un peu pour un criard un peu mauvais. Ça m'anéantit un peu cette journée-là. C'est vraiment violent. Ça me met dans une position qui, en miroir, est celle d'un mec pas sérieux.
avec tous les clichés qu'il y a sur la communauté gay de « c'est n'importe quoi, ils ne sont pas stables, ils crient pour un rien ». Et ça m'énerve que sa mise en scène me fasse passer pour ça. Je trouve ça injuste. J'ai l'impression qu'on ne me prend pas du tout au sérieux, alors que moi, on est des mois après, et j'ai encore peur d'aller me doucher.
J'ai dû être sous traitement, enclencher une thérapie de MDR parce que j'avais des flashs qui venaient et ça m'aidait moi à partir. Je me replie sur moi-même. J'ai du mal à sortir. Il est impensable que je parle à d'autres garçons. Je me dis que je ne pourrai plus jamais voir quelqu'un, en fait. Je ne pourrai plus jamais voir un garçon de manière aussi détendue.
et naïve presque, en faisant confiance d'office. Je me force à me dire « Ok, si tu ne veux pas qu'il gagne, il ne faut pas que ça t'empêche de vivre ta vie. » Et donc je me force à revoir une personne que j'avais déjà vue, avec qui ça se passe bien, et je me dis, ok, démonstration par l'exemple, tu ne risques pas la mort à chaque fois que tu vas...
revoir un nouveau garçon. Mais ça a quand même un impact sur mes relations sentimentales parce que pendant des mois, j'ai très peur de rencontrer quelqu'un. Je me mets à moins sortir de chez moi. Je sors un peu moins avec mes amis. Je suis ailleurs. Je sens que je suis plus connecté avec ma bande de potes d'école et avec qui ça se passe très bien. Mais juste, je suis ailleurs.
Je ne peux pas vivre normalement. J'ai encore peur quand je suis dans le tram. J'ai peur quand je rentre chez moi. J'ai peur de le croiser. J'ai peur de le croiser tout le temps. Il y a à peu près un mois qui passe. après l'audience pour qu'on ait la décision du tribunal. Et il est acquitté. Il n'a rien. Il en sort comme il est rentré.
À ce moment-là, mon avocate me dit « bon, ça c'est le pénal, mais on peut lancer une procédure au civil, ça vous permettrait d'avoir des dommages et intérêts ». Et en fait, après plusieurs mois... avec cette histoire qui me pèse, je n'ai pas envie que ça continue. Parce que c'était un peu trop lourd à porter et j'ai peur que de me relancer dans une procédure qui, en plus, peut être beaucoup plus longue.
ça m'empêche de passer à autre chose. Et là, je décide de dire « Ok, là, je ne veux pas lancer cette procédure. » Mon avocate me précise que j'ai cinq ans pour le faire, mais... C'est assez inconcevable pour moi de relancer cette histoire et de me replonger dedans.
¶ Justice Différée et Résilience
Des semaines passent, je me pousse à ne pas trop y penser. Je suis à la bibliothèque universitaire et une camarade de promo arrive vers moi et me dit « T'as lu le journal aujourd'hui ? » Moi, je ne l'ai pas tellement ouvert. Je dis, non, pourquoi ? Elle me dit, va voir. Et j'ouvre le journal et on reparle de Max Lamenez dedans. Et en fait, j'apprends que...
La même compagne qui l'a accompagnée au tribunal l'accuse de violences conjugales. Ça a permis aux policiers de se rendre chez lui, et chez lui, ils trouvent des armes. Et ils peuvent caractériser qu'en fait, c'est un mec violent. Et je finis par apprendre qu'il est condamné, en fait. Je veux pas du tout faire de liens qui n'existent pas, mais je me suis un peu convaincu pour essayer de trouver du sens dans toute cette histoire que peut-être que...
Le fait que je mette en avant que c'était un mec violent n'a pas servi à rien. Moi, ça m'a permis de clore vraiment cette histoire. Et de me dire, ok, c'est bon, c'est passé maintenant. Et il y a eu une once de justice. Il y a quand même un avant et un après cette histoire. Elle est plus prenante au quotidien dans ma vie, mais cette histoire m'a mis face à l'horreur. Alors c'était faux, de bout en bout, mais je l'ai ressenti de manière bien réelle.
Ça a eu cette conséquence en moi de me rappeler que l'on n'est pas à l'abri de l'horreur. Aujourd'hui, des mois, voire des années après, je n'y pense plus. J'en viens à oublier que ça a eu lieu. Et au moins, j'ai décorrélé l'histoire et les sentiments que ça m'a provoqué. Je sais que cette histoire a eu lieu, mais je ne ressens plus du tout ce que ça m'a fait ressentir.
Il se trouve que j'ai bien fait de ne pas totalement me refermer sur moi-même parce que c'est pendant cette histoire-là que j'ai rencontré mon copain actuel qui a été d'un grand support pendant tout ce moment-là. Et il se trouve que c'est en racontant cette histoire que, par un effet domino, j'ai réussi à rencontrer des personnes qui m'ont donné un travail.
qui me faisaient rêver. Donc aujourd'hui, il y a assez de choses, assez d'éléments qui sont liés à cette histoire, qui m'ont apporté des choses positives pour que je puisse refermer ce chapitre. de manière sereine. Vous venez d'écouter Transfer, épisode 364, un témoignage recueilli par Camille Urcy. Cet épisode a été produit par Slate Podcast. Direction éditoriale, Christophe Caron.
Direction de la production, Sarah Koskiewicz. Direction artistique, Benjamin Septemours. Production éditoriale, Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours. Chargée de pré-production, L'introduction a été écrite par Christophe Caron. Elle est lue par Aurélie Rodriguez. Retrouvez Transfer tous les jeudis sur slide.fr et sur votre application d'écoute préférée. Découvrez aussi Transfer Club, l'offre premium de transfert. Deux fois par mois, Transfer Club donne accès à du contenu exclusif.
Sous-titrage Société Radio-Canada Pour proposer une histoire,
