¶ Manies Nocturnes et Héritage Familial
On a tous nos petites manies. La porte de la chambre bien fermée, les pieds rangés sous la couette, une veilleuse au loin. À chacun, sa façon de se protéger des monstres de la nuit, ceux qui attendent malicieusement sous le lit ou dans un placard dont on aurait laissé la porte entreouverte.
On craint la nuit et le repos ne vient qu'après tous nos rituels. Les monstres, Clémence n'y croit pas. Pas plus qu'aux vampires, aux sorcières, aux fantômes, à l'astrologie ou à la vie après la mort. En tout cas... Elle n'y croit pas quand il fait jour. Vous écoutez Transfert. Ce témoignage a été recueilli par Marie Agassant.
En 2010, j'ai 20 ans, j'habite à Lyon et je suis étudiante en histoire de l'art. Au début de l'année, ma grand-mère puis mon grand-père décèdent en l'espace de quelques semaines. Mes grands-parents, je les vois assez peu de leur vivant parce qu'ils vivent à Nice et moi, je grandis en Savoie. Mais chaque année, avec mes parents, on vient une à deux fois à Nice. On s'installe dans la chambre qui était la chambre de ma mère quand elle était enfant.
Et c'est un endroit que j'aime beaucoup. C'est une grande résidence arborée. Il y a une odeur très particulière quand on arrive. Je connais les voisins, les voisines qui sont là depuis que je suis toute petite. Ma mère hérite l'appartement dans lequel ils vivaient à Nice.
Et je décide de profiter du fait que l'appartement est vacant pour passer l'été sur la côte d'Azur. Pour justifier mon choix auprès de mon amoureux qui, lui, n'a aucune envie de passer l'été dans le sud, je décroche un stage dans un musée niçois.
Le premier jour de mon stage, je suis accueillie par un agent de sécurité. Il s'appelle Benjamin, il est très beau, il est très drôle. Ça n'est pas du tout le genre de garçon qui me plaît habituellement. Moi, je sors déjà avec le genre de garçon qui me plaît habituellement. Mais rapidement... On commence à se tourner autour et on tombe amoureux. On entame une liaison pendant le mois d'août. Et quand je quitte Nice pour rentrer à Lyon à la fin du mois d'août, je lui fais deux promesses.
que je vais quitter le garçon avec qui je sors à Lyon et qu'à la fin de l'année scolaire, je reviendrai à Nice définitivement. On fait des allers-retours Lyon-Nice pendant huit mois. Quand on est à Nice, on vit chez mes grands-parents puisque lui habite chez ses parents. Il s'installe dans l'appartement définitivement pendant les vacances de Noël. Et moi, je déménage le lendemain de mon dernier partiel de licence. J'arrive à Nice et je pose tous mes cartons dans l'appartement.
¶ L'Appartement, ses Défauts et le Jeu
C'est un appartement qui est assez spacieux, il mesure 63 mètres carrés, il est traversant, il y a deux chambres, une salle de bain, des toilettes séparées, une cuisine, un grand salon et un petit balcon qui donnent sur une allée de palmiers. Le tout étant distribué par un grand couloir qu'il traverse d'est en ouest. La décoration de l'appartement est celle d'un couple de Nona Génaire.
Donc tout est vieux, il y a beaucoup de gros meubles en bois, de tapisseries, un canapé en cuir totalement défoncé et un téléphone fixe, sans fil, posé à côté de la télévision. La première nuit qu'on passe dans l'appartement, on s'installe d'abord dans la chambre de mes grands-parents parce que c'est la plus spacieuse.
Mais rapidement, après dix minutes, un quart d'heure, on décide de partir et d'aller dans l'autre chambre parce qu'on trouve extrêmement glauque de dormir dans le lit où ils ont vécu leur dernière nuit. On commence assez rapidement des travaux de rénovation importants pour se sentir chez nous. La première pièce qu'on rénove, c'est la chambre. On enlève la moquette qui est pleine d'acariens, on enlève le vieux papier peint, on remplace les portes du placard.
Et on se réinstalle ici. C'est un appartement qui n'a que deux défauts. Les fenêtres ne sont pas centrées et aucune porte ne ferme. La question des fenêtres ne se pose pas parce qu'on sait qu'on ne peut pas les déplacer, mais on essaie par tous les moyens de régler le problème des portes. On les enlève, on enlève la peinture sur les gonds, on les rabote, on change la serrure, mais rien n'y fait.
On peut pousser les portes contre le champ branle, mais pas les fermer. Benjamin, il est agent de sécurité dans le musée où on s'est rencontrés. Moi, je décide de ne pas poursuivre mes études parce que je suis très amoureuse et que je pense que ça suffira. toujours à mon bonheur, alors je trouve un emploi alimentaire dans un café.
Les premiers temps de notre vie de couple, on est très souvent dehors, on voit beaucoup les amis de Benjamin, on fait la fête, on rentre tard, on boit beaucoup. Je connais très peu de gens à Nice en dehors de son entourage. J'ai une cousine qui vit dans l'immeuble d'en face, mais elle n'est pas toujours là.
Donc ma vie, elle est vraiment centrée autour de Benjamin et de cet appartement qu'on essaie de rénover. Benjamin, c'est quelqu'un qui, de façon générale, laisse les choses là où elles sont. Et il ne ferme jamais aucune porte, comme il ne range jamais rien. Moi, ça m'agace. Je prends l'habitude de lui demander de fermer la porte avant de se coucher quand il arrive au lit après moi. Depuis que je suis enfant, j'ai besoin de dormir avec la porte fermée.
Quand j'étais enfant, j'avais peur des sorcières cachées dans le placard et j'ai gardé l'habitude de toujours tout bien fermer avant de me coucher. C'est quelque chose qui me rassure, j'aime bien me sentir protégée. et par la couette, et par le fait que toutes les portes sont bien bien fermées. Un soir, comme presque tous les soirs, il se couche après moi, il ne ferme pas la porte, je lui demande de se relever pour la fermer.
Et il me demande pourquoi je tiens tant à fermer cette porte. Et je lui réponds, pour rigoler, parce que je n'ai aucun argument valable, c'est pour empêcher les monstres du couloir de rentrer.
¶ La Peur Ludique devient Réalité
J'aime beaucoup la culture horrifique. Je lis beaucoup Stephen King depuis que je suis enfant. Je regarde beaucoup de films d'horreur. Je suis excitée tous les mois d'octobre par Halloween. J'ai vraiment une grosse culture de monstres et de créatures monstrueuses.
Les monstres du couloir le font beaucoup rire et ça devient un running gag entre nous. Le soir, quand je lui demande de fermer la porte, il me demande toujours pourquoi. Je lui réponds toujours pour ne pas que les monstres du couloir puissent rentrer et il me questionne.
Pourquoi est-ce que les monstres du couloir auraient peur de la porte ? Pourquoi est-ce qu'ils ne peuvent pas la traverser, la briser, passer en dessous ? Et moi, j'essaie de trouver des réponses rationnelles à ces questions qui ne sont pas du tout rationnelles. Tous les soirs, c'est des nouvelles questions et il faut qu'on trouve de nouvelles réponses. Les conversations sur les monstres du couloir, elles me font beaucoup rire, autant que lui.
Mais au fil du temps, je commence à développer une petite pointe d'appréhension quand il faut sortir de la chambre après la tombée de la nuit. Un soir d'hiver, je suis réveillée par la sonnerie du téléphone qui se trouve dans le salon. à côté de la télévision. C'est la sonnerie que le téléphone fait quand on remet le combiné sur le socle. Benjamin et moi sommes tous les deux au lit et il n'y a personne d'autre dans l'appartement donc c'est un bruit totalement anormal.
Mais je me rendors. Je suis réveillée très peu de temps après, à nouveau par le même bruit. Je me rendors. Et la chose se répète de nombreuses fois. Et au lieu de me lever pour débrancher le téléphone ou enlever les piles... Je reste au fond de mon lit, terrorisée, parce que dans cet état de semi-conscience, semi-éveil, je suis persuadée que le téléphone est le complice de la télévision, que la télévision est un vortex.
qui essaie de m'attirer à lui pour m'envoyer dans une dimension démoniaque. Au bout de 10 ou 15 sonneries du téléphone, Benjamin se réveille, se lève, ouvre la porte, va dans le salon et retire les piles du téléphone. Je le laisse partir de la chambre alors que je pense qu'il court un grand danger, mais je pense qu'il est préférable que ce soit lui plutôt que moi qui soit envoyé dans une dimension démoniaque.
Le lendemain, quand je me réveille, je me rappelle ce qui s'est passé dans la nuit et j'ai l'impression d'avoir vécu une expérience extraordinaire. Parce que j'étais éveillée et ces choses avaient vraiment une réalité pour moi à ce moment-là. Ce n'est pas juste un rêve, c'est une espèce de délire nocturne. Ce genre d'expérience m'était arrivée une fois quand j'étais enfant. Je m'étais réveillée dans la nuit en étant persuadée que toutes les maisons de mon village...
s'étaient élevées dans le ciel et qu'elles allaient bientôt retomber parce que c'était la fin du monde. Et j'avais l'image très nette d'une maison posée sur la lune. Je raconte à Benjamin ce qu'il s'est passé de mon point de vue, c'est-à-dire qu'il n'y avait pas seulement un problème technique du téléphone, mais une vraie aventure horrifique et ça l'amuse énormément.
Il n'y a rien de sérieux dans ce qui est arrivé dans la nuit. Pour moi, j'étais dans un état un peu semi-normal, donc on trouve tous les deux très amusant qu'on n'ait pas vécu la même chose. Les nuits qui suivent l'incident du téléphone.
¶ L'Escalade d'une Phobie Incomprise
J'ai de plus en plus d'appréhension au moment d'ouvrir la porte, l'impression confuse qu'il y a effectivement quelque chose tapis dans l'ombre, dans le couloir, sans que je mette des mots très précis là-dessus. J'en parle à Benjamin qui prend ça très à la légère parce qu'il pense que c'est une de mes fantaisies. En tout cas, lui n'a pas peur du couloir, donc il ne voit pas pourquoi moi, j'aurais peur du couloir.
La peur que j'éprouve pour le couloir ou pour ceux qui s'y cachent, ça n'a pour moi aucun sens. Et d'ailleurs, en pleine journée, je n'ai aucun problème avec ce couloir et le fait que j'ai de l'appréhension la nuit me paraît totalement absurde. Je n'ai aucune croyance en des événements surnaturels ou ésotériques. Je ne crois pas aux monstres, aux fantômes, aux sorcières, à l'astrologie. Je suis très terre-à-terre.
Au fil des mois, la peur grandit, prend de plus en plus de place, mais je continue de vivre comme si de rien n'était. Un soir, Benjamin travaille, moi je suis seule, et je m'installe au lit pour regarder Poltergeist sur mon ordinateur. À la fin du film, il est 23h30 environ. Je ferme l'ordinateur et je me dirige vers la porte pour aller boire un verre d'eau et aller aux toilettes. Mais une fois devant la porte, je me rends compte que je suis totalement incapable de l'ouvrir.
Je suis terrorisée, je suis tétanisée. J'ai l'impression très très nette qu'il y a des monstres dans ce couloir qui vont me faire du mal. À plusieurs reprises, je retourne au lit pour essayer de m'endormir, mais j'en suis incapable parce que physiquement, ça n'est plus possible. Je retourne vers la porte pour essayer de sortir de la chambre et d'aller boire mon verre d'eau et faire pipi.
Même poser la main sur la poignée me fait peur. Au bout d'une demi-heure à lutter pour sortir, j'appelle Benjamin qui est en train de travailler. Je lui explique le problème et je lui demande de m'accompagner. téléphoniquement, pour que je trouve le courage de traverser ce couloir. Il accepte, il me parle de tout, de rien, me raconte des choses insignifiantes.
Et grâce à ça, j'arrive à faire ce que j'ai à faire et retourner me coucher. Les monstres, ils n'ont pas de forme très précise pour moi. Ils sont vraiment une entité monstrueuse. des choses surnaturelles qui ne devraient pas être là et qui, si je les rencontre, vont me tuer de façon épouvantable. Je n'ai aucune idée de ce qui va m'arriver si je sors dans le couloir et que je les rencontre, mais je sais que ça va être affreux et que je vais mourir.
Quand je m'approche de la porte et que j'essaie de toucher la poignée pour l'ouvrir, je me sens vraiment tétanisée, incapable de me mouvoir, comme quand... On a un très très gros stress et qu'on sent son corps se liquéfier. Benjamin et moi, on parle relativement peu des monstres, mais quand on le fait, c'est toujours léger. Il ne se moque pas de moi, jamais, mais il ne prend pas ça au sérieux particulièrement.
Il me dit que si j'ai besoin de l'appeler pour aller dans le couloir, je peux le faire. Mais ça n'a pas une grande importance pour lui. Dans la mesure où c'est une... souffrance que lui n'éprouve pas et qui lui paraît totalement dénuée de sens, il ne prend pas du tout la mesure de ce que ça représente pour moi. Je parle de ma phobie des monstres à quelques personnes, des amis proches et mes parents.
Personne ne prend ça très au sérieux. Ma meilleure amie me dit que si j'ai besoin de l'appeler, quelle que soit l'heure, je peux le faire et qu'elle sera très heureuse de m'aider à affronter cette épreuve. Mais personne ne me dit que je devrais consulter un psy ou qu'il faudrait régler ce problème qui n'est pas normal. Ça devient très vite très normal pour tout le monde. Les gens pensent que ce sont des terreurs nocturnes, quelque chose de très normal finalement.
Même les personnes dont je suis moins proche et à qui j'évoque ce problème ne prennent pas la chose très au sérieux et se disent que c'est une de mes fantaisies peut-être. La peur des monstres ? Au fil du temps, elle prend de plus en plus de place dans mes soirées. Pendant la journée, je n'y pense jamais, ce n'est pas un sujet. Je m'étonne même du fait d'avoir aussi peur la nuit.
Je prends l'habitude, quand je rentre chez moi, de remplir une bouteille d'eau et la poser sur ma table de chevet. J'essaie dans la mesure du possible d'aller aux toilettes avant que la nuit tombe pour ne pas avoir à le refaire dans la soirée.
De façon générale, j'essaie de m'organiser pour ne pas avoir besoin de ressortir de ma chambre. Pendant un temps, j'envisage l'achat d'un pot de chambre, mais je me ravise parce que c'est quand même difficilement acceptable quand on a 30 ans d'avoir un pot de chambre. Je fais installer un interrupteur dans le couloir, juste à côté de la porte de la chambre.
Ça me paraît être une bonne idée parce que ça va limiter au maximum le temps que je passe dans le couloir sans lumière. Mais ça ne règle absolument pas le problème parce que ce qui me pose problème, c'est d'ouvrir la porte. et de voir le couloir dans l'obscurité pour la première fois. La cohabitation avec les monstres est plus compliquée l'hiver que l'été.
Parce que les nuits sont beaucoup plus longues, donc je dispose de beaucoup moins de temps dans ma soirée, pendant lequel je peux déambuler dans mon appartement librement. Tous les matins, quand je me lève... Je sors de ma chambre comme si de rien n'était et je repense au fait que la veille, faire ce geste était immensément compliqué, ce qui me paraît totalement ahurissant.
J'ai l'impression qu'il y a deux mois, la clémence d'urne qui n'a aucun problème et la clémence nocturne qui vit en cohabitation avec des terreurs épouvantables. Je n'envisage ni de quitter mon appartement. que j'aime de tout mon cœur, ni de consulter un psychologue ou de chercher de l'aide parce que je m'habitue assez rapidement au fait que ça fait partie de ma vie, que tous les soirs j'ai...
¶ Le Départ et la Libération
peur de quelque chose qui n'existe pas. C'est simplement une partie de ma routine quotidienne. À 29 ans, je me rends compte assez brutalement que Benjamin et moi ne sommes plus amoureux l'un de l'autre. Donc on se sépare en très bon terme. On décide de vivre en colocation pendant quelques mois. Je lui laisse la chambre dans laquelle nous dormons depuis neuf ans et je m'installe dans celle d'en face.
Je reste ensuite seule dans l'appartement pendant quatre ans, en cohabitation avec mes terreurs nocturnes. Puis je décide de réaliser un rêve d'enfant et d'aller m'installer à Paris. Je vends l'appartement de mes grands-parents et j'achète un appartement à Paris. Dans l'intervalle entre la vente du premier et l'achat du second, je m'installe dans la résidence secondaire de mes parents.
qui se trouve dans l'immeuble juste en face. Le jour du déménagement, une fois que tous les cartons sont dans le garage, avant de fermer la porte pour la dernière fois, je regarde le couloir et je m'exclame « Au revoir les monstres ! » Je sais que c'est une peur que je laisse derrière moi. L'appartement de mes parents est strictement identique à l'appartement de mes grands-parents. Les fenêtres ne sont pas centrées et aucune porte ne ferme.
¶ Réflexions sur l'Origine des Monstres
Mais dans cet appartement-là, je sais qu'il n'y a pas de monstre. Je m'installe dans un appartement à Paris qui a un couloir bien plus grand que celui de l'appartement de Nice. C'est un immeuble qui a été construit en 1900. Il y a du vieux parquet qui fait du bruit quand on marche, des moulures, de la toile de jouy dans le couloir, et les portes ferment, mais elles sont vitrées, donc on ne peut jamais ne pas voir le couloir.
Pourtant, là encore, il n'y a pas de monstre. Je n'ai jamais eu peur dans aucun autre appartement. Même les vieux appartements avec le parquet qui grince, dans les vieilles maisons au fond de la campagne. C'est vraiment quelque chose entre... ce couloir-là et moi. Je m'empêche de penser à des choses du type monstre du couloir.
le soir, parce que je suis persuadée que si j'y pense à nouveau trop fort, je vais me retrouver avec une nouvelle phobie, des nouveaux problèmes. Après la tombée de la nuit, je m'efforce de ne pas avoir de pensée de ce type. J'aurais dû, et mon entourage aurait dû me dire, d'aller voir un psy ou une psy. Mais à l'époque, tout le monde a pris ça étonnamment à la légère, comme si c'était normal.
à 20 ans passés, d'avoir peur de créatures surnaturelles. Je me suis demandé parfois pourquoi j'avais peur des monstres, est-ce que c'était une réaction psychosomatique à quelque chose ? Est-ce que c'était une façon qu'avait mon cerveau de m'envoyer un message sur le fait que j'aurais vécu un traumatisme qui soit lié avec cet appartement ou avec mes grands-parents ou à leur décès ? Mais je pense fondamentalement que c'est juste une...
qui m'a totalement échappée et qui est devenue incontrôlable. J'ai créé les monstres du couloir. C'est une plaisanterie qui m'a totalement échappée. J'ai l'impression aujourd'hui d'avoir planté une petite graine pour rigoler et de m'être retrouvée avec quelque chose qui a grossi, grossi, grossi jusqu'à devenir totalement incontrôlable.
Les monstres du couloir, je pense que c'est ma créature de Frankenstein. Ça a échappé à mon contrôle. Je pense qu'on n'en finit jamais vraiment avec nos peurs enfantines. Elle reste tapie, quelque part, dans un recoin du cerveau. Et si on s'amuse trop à titiller son imagination, on a tout fait de les réveiller. Et je pense que c'est ce qui m'est arrivé. J'ai l'impression que c'est moi qui donnais vie aux monstres. Le simple fait de les nommer, de les imaginer, de les évoquer, les a fait exister.
¶ Partager une Peur Universelle
En tous les cas, pour une partie de mon cerveau qui était prête à admettre leur existence. Quelques mois après ma séparation avec Benjamin, je rencontre un garçon et une nuit, je dors chez lui. On est au lit. Au moment où on s'apprête à éteindre les lumières, il se relève et me dit « je suis désolée, je ne peux pas m'endormir si les portes ne sont pas bien fermées ». Il ferme la porte du placard et la porte de la chambre.
Et il me dit qu'il a peur des monstres du placard. Il pense être ridicule, mais je lui dis « t'inquiète pas, moi j'en ai dans mon couloir ». Vous venez d'écouter Transfer, ce témoignage a été recueilli par Marie Agassant. Transfer est produit par Slate Podcast. Direction et production éditoriale, Sarah Koskiewicz et Benjamin Septem-Ours.
Chargée de production Astrid Verdun. Chargée de post-production Mona Delahaye. Prise de son Johanna Lalonde. L'introduction est écrite par Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours. Elle est lue par Aurélie Rodriguez. Retrouvez Transfert tous les jeudis sur slate.fr et sur votre application d'écoute préférée. Découvrez aussi Transfer Club, l'offre premium de transfert. Trois fois par mois.
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