Le secret de la forêt - podcast episode cover

Le secret de la forêt

Jun 20, 202459 minSeason 8Ep. 332
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Summary

Une anthropologue part seule en Amazonie pour observer les populations indigènes et traditionnelles. Faute de financement, elle s'immerge profondément dans leur vie et développe une relation amoureuse inattendue avec un guerrier Munduruku. Cette expérience intense bouscule sa vie, la confronte à un conflit intérieur et à des choix difficiles à son retour en France.

Episode description

Transfert fait une pause avant de revenir le 4 juillet 2024. En attendant, nous vous proposons d’écouter cet épisode inédit, diffusé le 17 avril 2023 l’offre Transfert Club. S’il vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner à Transfert Club et accéder ainsi à des épisodes supplémentaires et des bonus un lundi sur deux ! Bonne écoute !

Tout le travail des anthropologues repose sur l’observation scientifique du comportement humain, des façons de faire société, de la culture, de la biologie, au présent comme au passé. Ils décryptent l’humanité. Mais parfois leur propre nature, leur cas personnel, reste un mystère.
L’anthropologie, c’est la passion de Lucie. Quand elle comprend qu’elle n’aura pas de financement pour ses travaux, elle décide de partir toute seule observer les Munduruku en Amazonie sans se douter qu’au bout du chemin, elle va devenir le propre objet de ses recherches.

L'histoire de Lucie a été recueillie par Hélène Pagesy
Transfert est produit et réalisé par Slate Podcasts.

Direction éditoriale: Christophe Carron
Direction de la production: Sarah Koskievic
Direction artistique et habillage musical: Benjamin Saeptem Hours
Production éditoriale: Sarah Koskievic et Benjamin Saeptem Hours
Prise de son: Victor Benhamou
Réalisation: Victor Benhamou et Astrid Verdun
Musique: Arnaud Denzler


L'introduction a été écrite par Sarah Koskievic et Benjamin Saeptem Hours. Elle est lue par Aurélie Rodrigues.

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Transcript

Intro / Opening

Chères auditrices et auditeurs, Transfer fait une pause avant de revenir le 4 juillet 2024. En attendant, nous vous proposons d'écouter cet épisode inédit. diffusé le 17 avril 2023 dans Transfer Club, l'offre payante de transferts. S'il vous a plu, n'hésitez pas à vous abonner à Transfer Club et accéder ainsi à des épisodes supplémentaires et des formats exclusifs un lundi sur deux. Bonne écoute.

Introduction et passion pour l'anthropologie

Tout le travail des anthropologues repose sur l'observation scientifique du comportement humain, des façons de faire société, de la culture, de la biologie, au présent comme au passé. Il décrypte l'humanité.

Mais parfois, leur propre nature, leur cas personnel, reste un mystère. L'anthropologie, c'est la passion d'Adeline. Quand elle comprend qu'elle n'aura pas de financement pour ses travaux, Elle décide de partir toute seule observer les Munduruku en Amazonie, sans se douter qu'au bout du chemin, elle va devenir le propre objet de ses recherches.

Détour par la vie collective et les voyages

Vous écoutez Transfer, épisode 246, un témoignage recueilli par Hélène Pagesy. En 2011, je viens de terminer mon Master 2 en Anthropologie dans la région de Nice. Je viens aussi de rentrer d'un terrain de trois mois au Sénégal où j'ai fait ma recherche de Master. Et en rencontrant plusieurs personnes sur place, j'ai envie au moment de retourner en France d'arrêter.

mes études d'anthropologie et de commencer des études d'agriculture dans le Gers en rejoignant un collectif pour vivre sur une ferme. Et donc comme on est plusieurs personnes sur ce lieu, je suis avec mon copain du moment. Et là, je rencontre Victor et on commence à vivre une vie collective. Au bout de quelques mois, je me sépare de mon copain. Et là, on commence à se rapprocher avec Victor petit à petit, à faire plus ample connaissance et il y a quelque chose qui se crée entre nous.

Avec Victor, assez vite, on se retrouve à avoir une relation très forte. Comme il comprend vite que je viens de passer 5 ans avec quelqu'un et j'ai 24 ans, j'ai besoin de vivre des choses dans ma vie, j'ai besoin d'expérimenter la vie en gros. Il me dit très vite, voilà, ton corps ne m'appartient pas et j'ai envie que tu sois libre de vivre ce que tu as besoin de vivre. Donc, ça veut dire qu'il estime que si j'ai...

d'autres relations avec d'autres personnes. C'est OK pour lui. Il faut juste qu'on se fixe certaines règles. Mais bon, pour l'instant, en tout cas... On n'a pas de règles bien précises, mais on se dit qu'on a besoin d'expérimenter. En juin 2014, on décide de partir à pied avec nos animaux, notre chèvre, notre âne et notre chien, à pied jusqu'au Portugal. Et on fait un voyage de 15 mois et c'est une de nos plus fortes expériences. Quand on rentre en France en 2015...

Là, je me rends compte de deux choses. Déjà que j'ai besoin de tester la vie seule avec moi-même, donc de me prendre un appartement, de ne plus vivre en collectif et même de ne plus vivre en couple. Donc là, j'exprime mon désir à Victor.

Poursuivre le rêve amazonien

qui le comprend et l'accepte très bien. Et je me rends compte aussi que je n'ai pas totalement fini de vivre les expériences qui me font rêver. Donc je souhaite remonter un projet de recherche pour pouvoir... Aller jusqu'au bout d'un rêve qui me tient à cœur depuis longtemps, c'est d'aller à la rencontre des populations indigènes d'Amazonie brésilienne, qui est la plus grande forêt tropicale du monde. Je cherche des chercheurs qui pourraient diriger ma thèse.

et s'intéresser à mon sujet de recherche. Je trouve des personnes qui ont travaillé sur des sujets assez similaires au laboratoire d'anthropologie sociale à Paris. leur propose mon projet doctoral. Je fais toutes les démarches pour obtenir une bourse d'études pour ce doctorat et je ne l'obtiens pas.

Je décide quand même de trouver les moyens de partir quand même et de réaliser cette recherche en me disant qu'une fois que j'aurai un pied dedans, ça sera plus facile d'aller chercher des bourses à droite à gauche pour y repartir. ou pour pouvoir rédiger en étant financée en partie au moins. J'entre en contact avec un linguiste français qui a travaillé avec les Munduruku pendant plus de dix ans, donc un peuple d'Amazonie brésilienne, un peuple indigène.

Cette personne-là me donne le contact d'un chercheur brésilien qui travaille aussi avec ses peuples et avec d'autres peuples voisins. Et c'est avec lui que j'entre dans un premier temps en contact.

Adapter la recherche : les riverains

Quand je commence à échanger avec ce chercheur brésilien, il me dit assez rapidement, les mudurukus n'acceptent plus de chercheurs étrangers, des chercheurs blancs en particulier. En revanche, il y a une autre population, un autre groupe social. qui habitent juste à côté des populations munduruku, qui vivent pratiquement comme eux, de chasse, de pêche, du manioc, mais qui suscitent beaucoup moins l'intérêt des chercheurs. Donc ces populations-là, ce sont les riverains.

C'est des populations traditionnelles, métissées, riveraines, qui vivent vraiment sur les berges du fleuve. Et c'est ça qui fait leurs caractéristiques. Quand il me fait part de cette nouvelle possibilité d'aller quand même travailler en Amazonie avec ces populations-là, je trouve que c'est génial. Je trouve ça passionnant et je me dis...

Ces gens-là, ils ne font pas l'intérêt des chercheurs, mais finalement, est-ce que ce n'est pas encore plus intéressant d'aller travailler avec eux ? Du coup, à la fin du mois de janvier 2017, je prends l'avion et je pars en Amazonie brésilienne.

Première arrivée en Amazonie et immersion

pour un séjour de six mois. Il y a une assez grande appréhension. C'est la première fois que je pars si longtemps ou si loin et dans un endroit où j'ai aussi peu de repères. Très peu le portugais, j'ai quelques bases. Je pars six mois loin de mon amoureux. On ne s'est jamais séparée autant.

Et à la fois, j'ai tendance à faire ça. Dès que j'ai quelque chose qui me met un peu la pétoche et qui à la fois fait partie de mes rêves, je décide de sauter dans le vide et de me dire... vas-y fonce, de toute façon, t'es là maintenant, donc il faut sauter et voir ce qui va se passer. J'arrive en pleine nuit chez ce chercheur-là qui est encore en train de travailler. Il m'explique que dans deux jours, il y a un rassemblement avec beaucoup de populations indigènes.

Et ça serait bien que j'y aille, il me conseille fortement d'y aller parce que ça peut être très intéressant pour ma recherche. Les populations, les leaders des populations locales indigènes se rassemblent pour essayer de trouver des solutions pour protéger leur... territoire et se défendre contre les exploitants forestiers, les orpailleurs, enfin tous ceux qui souhaitent rentrer sur leur territoire pour venir y piller leurs richesses et leurs ressources.

Je ne sais pas, en arrivant sur les quais du port, sur quel bateau aller. Je reconnais assez vite des gens qui ont des perturbs corporelles, donc je me dis que ça doit être là. Et sur ce bateau-là, je...

Je rencontre une jeune femme qui s'appelle Linda et qui va devenir mon amie et qui est très patiente avec moi, comprend vite que je ne comprends pas justement le portugais. On a à peu près le même âge et elle est brésilienne, elle vient d'une région... pas très loin de là, et donc elle dort aussi en hamac, elle a des pratiques qui sont beaucoup plus proches de celles des Amazoniens que les miennes.

On part du fleuve Tapa Joyce et là, on prend le bateau et on arrive sur une des berges de notre branche du fleuve Tapa Joyce, le fleuve Arapions. Et on arrive donc en plein milieu de la nuit sur les berges d'un fleuve. sans savoir du tout ce qu'il y a autour, puisque c'est le noir le plus total. C'est très humide, il fait très chaud et je sens une présence...

assez dense autour de moi. C'est assez étrange comme sensation parce qu'on sent qu'il y a la forêt, que c'est très dense, qu'il y a beaucoup de choses qui vivent dedans. Et à la fois, c'est le noir total, donc je ne peux pas vraiment contempler cette forêt dense et à la fois, je la ressens tout autour. Il n'y a pas d'électricité dans ces villages-là. Il y a certaines personnes qui ont des groupes électrogènes pour permettre l'électricité. Donc on entend au loin des moteurs.

On a juste des petites lampes et on voit juste un petit chemin, moitié ça, moitié terre, avec des énormes plantes luxuriantes sur les côtés. On ne peut que suivre nos pieds et le pied de celui qu'il y a devant nous. pour accéder là où on va aller, donc la petite maison qui nous recevra pour la nuit. Et le lendemain matin, on se réveille. Et là, je découvre des maisons en terre, en bois, avec des toits en paille, en feuilles plus ou moins de cocotiers, pour faire simple.

On est accompagnés vers un grand rassemblement. Sur place, il y a beaucoup de gens qui sont en train de prendre un petit déjeuner. On voit que les femmes sont derrière les fourneaux, qu'elles ont tout préparé, tout étudié. Des personnes sont déjà en cercle à faire des danses d'ouverture de la rencontre. Et là, mon amie Linda me fait part de ses projets.

À la suite de cette rencontre, elle va partir dans un autre endroit, dans la forêt, avec une partie de la troupe qui est présente pour ce rassemblement. Elle va partir en forêt. Et elle m'annonce qu'une des personnes qui devait être là avec eux ne vient pas. Donc, si moi, j'ai envie de les accompagner, ça pourrait m'intéresser.

C'est en plus là que va mon principal interlocuteur de la population traditionnelle avec qui je dois travailler après. C'est bien pour moi si je les suis dans cette aventure-là. Elle me fait cette proposition. part à pied pour rejoindre un bateau qui rejoint un autre fleuve, qui est le fleuve Arapiouns. C'est ma première marche en forêt. Je suis donc la troupe qui avance...

comme s'ils étaient sur un chemin totalement classique pour eux et de leur quotidien. Et moi, je suis avec des yeux grands, ouverts, à regarder à droite, à gauche, à ne pas vraiment regarder mes pieds, ce qu'il faudrait peut-être que je fasse. Avoir un toucan qui passe à côté de moi, avoir un singe avec des poils bien blancs sur les côtés des joues qui saute pas très loin, avoir un serpent. Alors là, j'ai un guerrier qui m'arrête sur le côté. puis qui met un coup de hachette dans le serpent.

et des plantes luxuriantes assez incroyablement énormes. Des plantes qu'on a dans notre salon en plantes d'intérieur sont là, sur les arbres, sans vraiment de racines. Elles montent les unes sur les autres et c'est assez incroyable de voir, encore une fois, cette densité de forêt.

Tous les hommes sont des guerriers, en fait, entre un certain âge, entre 20 et 35 ans, c'est considéré comme des guerriers. Avant, c'est des soldats, des jeunes guerriers. Et après, ce sont plutôt des leaders ou des gens un peu plus mûrs. Et là, je suis avec des guerriers dans la forêt, des hommes assez trapus, assez costauds. Ils ont un visage qui est assez fermé.

Assez dur, ce n'est pas des gens qui ont le sourire aux lèvres en permanence. Au contraire, c'est assez impressionnant au début. Finalement, ils sont... très accueillant puisqu'il me montre plein de petites choses dans la forêt.

Notamment, il y en a un qui va s'arrêter en plein milieu du chemin, prendre sa machette, découper un bout d'écorce, le taper avec un bâton et après me montrer que ça fait plein de... de morceaux comme des feuilles de papier et il va fumer son tabac en enroulant dans ces feuilles-là. Donc tout ça, on m'invite à partager avec eux. Ils m'invitent, ils me montrent et ils se révèlent hyper sympas en fait et très accueillants malgré leur visage très froid et très fermé. Premier abord.

Intégration et rassemblement interethnique

Et je commence à montrer un peu lors de nos pauses ou au moment où on prend le petit bateau, je commence à montrer des photos de chez moi, de là où je vis. aussi dans une forêt, dans une yourte, donc dans un habitat qui ressemble un peu au leur, avec des animaux autour de moi, et en pleine nature, finalement pas si loin de leur vie à eux.

Il y a un des caciques du peuple Munduruku qui n'a pas pu venir parce qu'il est malade, et c'est son fils qui le représente, avec ce jeune garçon qui a à peu près mon âge, un peu moins de la trentaine. On crée un lien et là, il me dit, si tu es là pour faire ta recherche, viens nous visiter dans notre village. Mon père sera sans doute content de t'accueillir. Pour accéder au village Munduruku, il faut passer toute une série d'épreuves du feu, on va dire.

Il faut que je demande plusieurs autorisations, à la fois des coordinateurs des associations indigènes, des casiques, donc des chefs des villages. du président de la FUNAI, qui est la Fédération Protection de l'Indien au Brésil. Toutes ces étapes-là, je ne les avais pas encore passées, je n'avais pas commencé mes démarches et j'ai pourtant reçu la principale invitation qui est celle du chef du village en question.

On arrive sur les berges du village où va se passer ce deuxième rassemblement interethnique où sont représentés les chefs des villages principalement. C'est un village borari, c'est sur le fleuve Arapiunt. Tout le village, les hommes, les femmes, les enfants sont en cercle et nous accueillent. accueille les passagers de ce bateau-là en faisant à nouveau une danse avec les bruits des pas qui résonnent, qui font la percussion, avec un chant derrière. Et là, il y a une vieille dame.

qui passe avec la bière de manioc dans une calebasse, qui nous la fait boire à chacun et qui nous baignit avec des plantes et de l'eau, en nous tapant sur la tête avec des plantes. Je me dis, waouh, c'est incroyable. On se fait recevoir comme des princes. Et moi, je ne suis même pas sûre de savoir vraiment pourquoi on est là. Et je suis hyper intimidée.

Expédition de démarcation et adaptation

Je ne sais plus trop quoi faire, quoi faire de mes mains. Il ne faut pas que je me fasse remarquer parce que moi, je n'ai pas forcément la légitimité qu'ont les autres à être là. Le casic, il propose aux autres casics d'aller directement en fond.

Forêt, ce qui est dit, c'est allons-y, on prend nos affaires et on va passer quelques jours en forêt. Sur le moment, moi, je ne comprends pas que c'est quelques jours. J'ai l'impression qu'on va juste se balader en forêt pour aller voir directement ce qui s'y passe. Et finalement, on se retrouve à dormir quatre jours sur place. Les hommes ont pris les carabines pour chasser, pour trouver le gibier. Je comprends qu'on va manger.

le fruit de la chasse. Pour la première fois, je mange du singe et je mange de la tortue terrestre. Ça fait de nombreuses années que j'ai arrêté de manger de la viande, que je suis végétarienne. Donc, être là pour dépecer, découper les petites pâtes d'une tortue terrestre que je n'ai jamais l'habitude de voir en plus. c'est des animaux assez incroyables pour moi, et là, je vais les manger. Donc c'est assez surprenant, et à la fois, c'est aussi ça.

l'adaptation d'un anthropologue. Au contraire, je goûte et je fais comme tout le monde. Au bout de ce séjour d'une semaine, je commence à me détendre, à voir qu'en fait, de ne pas vouloir faire un pas trop à gauche ni à droite pour rester dans les clous, ce n'est pas du tout ça qu'ils font eux. Eux, ils sont hyper détendus. Les chefs des villages, c'est des gros blagueurs. Ils sont très, très forts en autodérision aussi. Je me sens de mieux en mieux en leur compagnie.

Avec Linda et avec d'autres membres du groupe avec qui j'étais dans la forêt, on rentre à Santarém et ensuite, moi seule, sans ces personnes-là, je vais partir avec... le représentant de la population traditionnelle que j'ai rencontrée dans la forêt, donc juste avant. On part à Itaituba, c'est ma prochaine destination. Là, j'arrive dans cette région.

Vivre avec les familles riveraines

Chez des populations traditionnelles, dites traditionnelles, j'arrive dans leur maison. Je vis dans des maisons de famille. Je découvre ce mode de vie entre l'eau et la forêt. Il n'y a pas de chemin terrestre pour arriver chez eux. L'eau, le fleuve et à la fois la voie de communication, à la fois la laverie, le lavomatique, on lave ses vêtements, on lave sa vaisselle, on se lave nous-mêmes, on va picher, c'est le garde-manger.

Le fleuve fait partie intégrante de leur vie quotidienne et de leur environnement. Pareil qu'avant, je ne veux pas être une charge pour eux. Je fais toutes les activités du quotidien. Ça peut être toutes les tâches ménagères, faire la vaisselle, préparer à manger, m'occuper des enfants comme je peux. Je commence à être très bien intégrée dans ces familles-là et à me sentir de plus en plus chez moi.

Retour en France, deuxième voyage financé

Là, j'arrive au bout de mes six mois de recherche où j'ai pu voir un tas de choses incroyables et où j'ai pu vraiment m'adapter et intégrer les communautés locales. Je rentre en France pour la première fois tout en sachant que deux mois plus tard, je repars tirer en Amazonie parce que j'ai réussi à trouver une bourse qui me permettait de refaire trois mois de terrain de recherche.

C'est vrai que je suis très contente de retrouver Victor. On profite à fond de ces deux mois où on va passer tous les deux. Bien qu'ils soient un peu inquiets, un peu tristes de savoir que je vais repartir aussi sec, on se remplit l'un l'autre de tout ce qu'on peut vivre ensemble et pour à nouveau se séparer trois longs mois.

Mais on se dit que c'est que la moitié de ce qu'on vient de vivre, donc ça sera peut-être plus facile. Mais en tout cas, là, quand on se retrouve, on profite à fond de ces retrouvailles. Fin 2017, à l'approche de l'automne, je repars en Amazonie en sachant que je vais pouvoir vivre une expérience, celle de l'autodémarcation.

C'est une pratique qui a déjà été mise en place pour le territoire Munduruku, c'est-à-dire que les endroits où ils vivent, les territoires où ils vivent ne sont pas légalement leurs territoires. traditionnel, mais il y a eu des preuves qui montrent que les mundorokus ont vécu là il y a très longtemps et c'est pareil pour les populations traditionnelles et c'était leur tour.

maintenant, de démarquer leur territoire pour faire entendre leur droit à habiter là où ils habitent et arrêter de se faire piller leurs ressources. Pour moi, c'est une des façons les plus concrètes de sauvegarder plusieurs centaines de milliers d'hectares de forêt.

Deuxième séjour : se sentir chez soi

Pour mon deuxième séjour, je suis en terre connue. J'ai tous mes repères, j'ai l'impression de rentrer à la maison. J'ai apporté plein de cadeaux que j'ai achetés en France, notamment des hameçons de pêche, tout du matériel. pour la pêche, des petits bijoux pour les petites filles que j'ai rencontrées ou des lampes torches qui se rechargent et qui n'utilisent pas de piles parce que c'est extrêmement cher les piles chez eux.

Quand je reviens sur les terres Munduruku, je suis accueillie dans un village où je suis déjà allée. Le cacique et sa femme doivent se rendre à un rassemblement autour du système éducatif. Et donc il me dit, je ne pourrais pas être là et t'accueillir, mais comme tu sais aller chercher l'eau au puits, comme tu sais préparer à manger, te préparer un riz.

Et du manioc, je te laisse te débrouiller toute seule. Tu te feras ton repas, tu pourras te préparer ton café. Et donc, il s'en va en me laissant un peu sa maison, ce qui est une énorme marque de confiance. Et je me retrouve à gérer. la maison et à en plus préparer le repas pour

Pour la famille. Quand les hommes rentrent de la chasse, ils ont l'habitude de partager entre toutes les familles la viande. Et sachant que moi, je suis responsable de la maison du cassique, ils m'amènent un quart de tapir. Et après, avec ça, il faut que je me débrouille. Donc, il avait déjà dépecé et vidé.

Parce qu'en général, pour dépecer, j'aidais les femmes, mais je ne le faisais jamais toute seule. Et là, il fallait par contre que je découpe la viande, que je la cuisine, que je la prépare seule. Et donc, j'arrive à cuisiner ce dernier morceau de tapir. Et c'est ce jour-là que le classique... rentre à la maison et donc il peut déguster ma viande, les haricots et le riz que j'ai préparé.

Moi, je regarde pour voir s'il tombe sur un morceau d'os, si je veux avoir une remarque. Et puis finalement, ils me disent, le cacique Walt me dit... waouh, tu prépares les haricots encore mieux que ma femme. Je me dis, c'est bon, j'ai passé cette épreuve, ça y est, je sais tenir une maison Munduruku, je sais préparer à manger, c'est la base.

Rencontre et connexion avec Adilson

Là, c'est le moment de la démarcation. Et là, je vois deux jeunes hommes que je n'avais jamais vus, mais qui sont Munduruku, que j'avais croisés rapidement. Et je leur dis bonjour en Munduruku, Kabiha. Et ils me répondent, on se serre la main. Ils ont aussi le visage assez fermé, comme j'ai l'habitude de le voir. Donc, on n'échange pas plus que ça. Je fais plus ample connaissance avec l'un d'eux, qui s'appelle Adilson.

Il est en fait le chef des guerriers du milieu Tapa Joyce. C'est un jeune gars qui a à peu près mon âge, la trentaine, qui est... assez costaud, qui fait pratiquement ma taille. Alors que les autres sont plutôt plus petits que moi, en général, ils se démarquent un peu, ils correspondent un peu plus à ce qu'on peut imaginer d'un Indien d'Amazonie avec ses cheveux longs.

sa façon de se tenir. C'est un guerrier assez sérieux. Il commence à faire les peintures corporelles des uns des autres. Il me fait la peinture corporelle avant d'aller en forêt. Et il m'explique que ce qu'il est en train de dessiner sur moi, c'est la peinture de la première guerrière Munduruku. Et là, il me raconte l'histoire, la mythologie de la première guerrière Munduruku qui, en fait... très courageuse, c'est le symbole vraiment du courage.

Je trouve qu'il parle de son peuple et de sa culture avec ses propres mots à lui, mais à la fois il me raconte cette mythologie en ajoutant des chansons rituelles. des chansons traditionnelles et je trouve ça assez formidable et il me le raconte à moi comme s'il voulait vraiment partager quelque chose avec moi Là, on arrive dans une communauté où on va avoir lieu la préparation pour entrer en forêt.

Et sur place, il y a les représentants des Munduruku qui viennent appuyer la démarcation des populations traditionnelles, il y a les représentants des populations traditionnelles et il y a aussi des blancs qui accompagnent le groupe. Il y a aussi deux femmes blanches qui ont à peu près mon âge, qui travaillent depuis des années avec les populations locales en tant que chercheurs ou que défenseurs des droits, etc. Et je ressens comme un peu de la compétition avec moi.

Quelques temps que je le ressens, Linda en a fait déjà les frais avec une d'entre elles. On avait un peu l'impression que c'était ses populations traditionnelles à elle et qu'il ne fallait pas trop... S'en approcher, j'ai eu l'impression de ça. Dès que je lui disais quelque chose, elle le descendait. Et donc, elle me voit très familière avec les uns les autres, puisque j'ai vécu vraiment au cœur de leur famille. Donc, je fais partie presque membre de leur famille.

Je vois qu'elle me regarde souvent un peu du coin de l'œil et qu'il y a une méfiance et parfois même une défiance. Là, on commence à partir en forêt et on n'a plus d'eau. On n'a plus de réserve d'eau et il faut marcher encore longtemps pour arriver à un point d'eau. Donc, on décide de s'arrêter, peut-être de rebrousser chemin jusqu'à la première maison communautaire. Mais ça nous fait faire un gros détour. Et là, je propose tout simplement, il commence à pleuvoir.

période des pluies. La période des pluies commence. Là, je propose de sortir les bâches et de récupérer l'eau de pluie. Ces deux filles... ne prennent pas du tout en considération ce que je propose et presque disent « non mais toi, tu ne comprends rien, laisse tomber ».

Et puis, en fait, ce sont les guerriers qui me disent, en fait, c'est une super idée et donc on va faire ça. Et ils se mettent à... sortir la bâche et à récupérer de l'eau qui coule de la bâche dans leur bouteille et on a un peu d'eau pour tenir au moins jusqu'à arriver au prochain point d'eau.

Comme je commence à me sentir un peu mal, je n'ai pas l'habitude d'être en conflit avec des personnes, surtout avec des jeunes femmes avec qui on a plein de points communs, qui pourraient être des copines. Je ne suis pas très à l'aise. Et Adilson me rassure, m'observe, et il me dit beaucoup, tiens, je t'ai vue observer la nature, t'es beaucoup, tu regardes beaucoup.

Je trouve ça chouette. Ce n'est pas souvent qu'on voit des Blancs qui observent vraiment et qui sont à l'écoute de ce qui se passe autour d'eux. Ils m'aident comme ça à me sentir à ma place, à me redonner confiance. dans ce que je fais, dans ce que je propose et dans ce que même je suis sur place.

Avec Adilson, on commence à de plus et plus s'échanger. Lui, il aime raconter les récits mythologiques de son peuple. Durant des pauses dans la forêt, il va me dire, tiens, avec Aloussakaïbe, notre dieu, il a construit l'école.

pour empêcher les Moudroku transformés en pécari de venir récupérer son fils. C'est des récits très complexes, mais à chaque fois, il me raconte une petite anecdote, une petite aventure. Petit à petit, on crée... une vraie amitié puisque moi je suis très très friante de ce genre d'histoire et lui aime beaucoup les raconter donc avec des bouts de chansons dedans

Et il y a en plus de juste des récits, des récits de son peuple et moi, de ce que j'ai vécu, des échanges d'idées. En plus de ça, il y a aussi une certaine culture commune parce qu'il vient d'un village munduruku. près de la ville, donc il écoute aussi des musiques des Etats-Unis, notamment des groupes de rock, les Doors, les Pink Floyd. Et là, on se retrouve aussi là-dessus, donc c'est assez marrant. On a des références communes, ce qui n'est pas forcément évident.

quand on est avec des gens très différents de nous. Et finalement, on se met à accrocher nos hamacs l'un à côté de l'autre le soir pour pouvoir justement continuer ces discussions et ces échanges très profonds et de plus en plus intimes. Au bout de deux jours, il y a une des deux femmes blanches qui accompagnaient le groupe qui se fait mal et l'autre qui a des rendez-vous, etc. Donc, ils ne peuvent pas participer à l'ensemble de la semaine de démarcation.

restent les deux premiers jours et elles s'en vont. Et moi, je me retrouve seule femme avec 23 guerriers hommes. Et donc, comme c'est les femmes là-bas qui font à manger, comme je sais faire aussi, je commence à prendre cette responsabilité-là, à me dire, mais c'est là que je vais être utile vraiment, les sustenter, leur faire à manger matin, midi et soir. Là, j'ai plusieurs...

Personnes qui sont autour de moi, un vieil ami qui m'aide à faire le feu et Adilson qui est toujours prêt à m'aider à laver avec moi les casseroles, à m'accompagner, à discuter. avec moi autour de feu quand les autres sont dans leur hamac en se reposant avant le repas. Il est très présent et un soir, pendant nos échanges avant d'aller dormir, il m'offre.

son collier. Et pour moi, ça c'est un symbole, une marque du fait que je suis sans doute quelqu'un qui a de l'importance pour lui et avec qui il s'est passé un réel échange.

L'aventure en forêt et les adieux

Petit à petit, les jours passent et on se rapproche avec Adilson de plus en plus. On se rapproche aussi physiquement, on s'effleure la main, et puis après, ça part, on s'embrasse, et puis je vais dans son hamac, et voilà, il y a une réaventure amoureuse qui émerge, une aventure. comme ça très momentanée puisque c'est que quelques jours dans la forêt. Avec Victor, avant mon départ...

Au Brésil, je lui avais dit clairement que si j'avais une aventure, j'aurais envie de la vivre parce que c'était aussi ça le truc. Je savais que... Au retour de toute cette expérience-là, je me poserais vraiment à un endroit, je me poserais avec lui et on construirait une famille. Donc là, j'avais... comme prévu, de vivre une dernière aventure, même sur le plan émotionnel et avec une personne, avant finalement de m'enraciner quelque part. Il m'a dit, ok...

une relation, c'est OK, mais j'aimerais juste que vous protégiez. Si ça arrive, que tu te protèges. En tant qu'anthropologue, quand on fait une recherche sur un terrain, ce n'est pas très bien vu d'avoir des relations avec les populations. chez qui on est hébergé. Adilson a 28 ans, donc il est forcément marié. Il ne m'en parle pas, mais je suppose qu'il est marié. pas tout à fait légitime, c'est pas légitime même du tout, donc on se cache.

Et en même temps, je suis OK avec ça. Je sais que c'est peut-être l'aventure du voyage que je vais vivre. Je sais que le voyage touche à sa fin. Je ne sais pas si je vais pouvoir revenir, si je vais pouvoir obtenir une autre bourse. pour revenir encore une fois. Je rentre en France dans pas longtemps et je sais que cette relation n'aura pas de suite.

Au bout de cette deuxième étape de démarcation, on est allé jusqu'au dernier point GPS qu'il fallait marquer. C'est bon, on avait conclu cette étape-là. Et je rentre chez ma copine Linda à qui je raconte mon périple et notamment mon aventure sentimentale. Là, elle me fait bien comprendre qu'il ne faut pas trop que je le crie sur tous les toits, parce qu'il est marié, en effet, elle, elle en est sûre.

Et à la fois, elle est contente de ce qui m'est arrivé. Elle me dit oui, en effet, à Dilson, c'est vrai qu'il est beau. On est copine avant tout. Et donc, on échange un peu là-dessus pendant les jours qui suivent. Adilson, à un moment, doit venir récupérer ses affaires. Il y a certaines affaires de l'association qu'il a laissées chez Linda.

Et donc, je sais qu'il doit revenir les récupérer. Et pour l'occasion, moi, j'en profite. Je me dis, c'est sans doute la dernière fois que je le vois. J'en profite pour me faire jolie. Je n'ai pas d'habits sur le moment. pour être à mon avantage. Je vais carrément acheter des nouveaux vêtements dans la ville. Il arrive et là, on a encore une deuxième fois une aventure ensemble. Donc là, il s'en va assez vite.

De la maison, parce qu'il a sa femme, il doit le retrouver, elle ne doit pas avoir de doutes, etc. Il ne faut surtout pas que quelqu'un sache qu'il est venu ici et qu'il s'est passé quelque chose. parce qu'on est quand même dans les locaux d'une institution qui vient en aide aux populations indigènes, donc il ne faut surtout pas qu'il y ait de soupçons, notamment sur Linda, parce que ce n'est pas moi qui habite là, en manière générale.

Et là je me rends compte que j'ai peut-être fait quelque chose de pas cool, pas correct. Avant le départ, la veille du départ, on se donne un dernier rendez-vous sur les berges du fleuve. pour se dire au revoir, on échange des derniers moments et on se dit finalement adieu, puisque lui n'ayant pas de téléphone, moi je n'ai aucun moyen de le joindre.

Ça aura été une superbe rencontre et à la fois j'ai hâte de rentrer chez moi, de retrouver l'amour de ma vie parce que c'est ce qu'est Victor pour moi. La veille de mon avion, la veille au soir, je suis revenue dans la grande ville pour pouvoir prendre cet avion. Et là, je reçois un appel d'Adilson qui a récupéré un téléphone. et qui demande à me voir. Et là, je lui dis, ben non, tu sais bien, je suis déjà partie, j'ai mon avion, ça y est, je ne suis plus là déjà.

Et là, je comprends avec ce dernier coup de fil que finalement, il commençait à être accroché. Il y avait autre chose. Ce n'était pas juste une histoire comme ça, légère, qui n'avait pas d'importance. Il a cherché à me revoir juste avant le départ.

Retour en France et confession à Victor

Là, je rentre en France. C'est un plein mois de décembre. Il fait très froid. Donc là, j'ai un gros choc thermique. C'est au moment des fêtes, donc on retrouve la famille, on retrouve beaucoup de monde autour. Tout le monde est très content d'écouter mon récit. Et très vite, dans la journée de mon arrivée, je dis... tout ce qui s'est passé à Victor. Je lui explique que j'ai vécu une aventure. Lui, très sereinement, me dit « je sais, je m'en doutais ». Je suis très contente de sa réaction.

Il me dit, OK, c'est OK. La première question qu'il me pose, c'est est-ce que tu as rempli le contrat ? Est-ce que vous êtes protégé ? Je lui ai dit, ben non, il y a un moment où on ne s'est pas protégé. Et je lui explique pourquoi.

En face de sa réaction, je me dis « Waouh, mais il est incroyable, je ne m'attendais quand même pas à ça. » Et je me dis « C'est un mec hyper étonnant. » Dans les jours qui suivent mon retour en France, je repense évidemment aux personnes que j'ai quittées sur place, à tout ce que j'y ai fait, et puis je repense aussi à Dilsson, à mon aventure. Mais c'est comme si c'était loin, c'est comme si c'était une autre moi qui était à un autre endroit, dans une autre réalité, voire même un rêve presque.

Mariage, grossesse, préparation troisième voyage

Début de l'été 2018, Victor me demande un mariage, donc c'est prévu pour l'année suivante, le jour de nos 7 ans. A peu près au printemps 2019, j'apprends qu'il y a une nouvelle bourse d'études qui ouvre. Et je vais pouvoir repartir en Amazonie pour terminer ma recherche pendant trois mois, parce que je peux être financée. Et c'est là qu'arrive le mariage.

Quand j'apprends à Victor que je vais repartir en Amazonie, il ne le prend pas très bien. Il commence à construire quelque chose. Il n'a pas vraiment envie que je reparte pendant trois mois. Mais il va me laisser faire et me soutenir. Malgré tout, on se marie. Juste après, on part en lune de miel et c'est là qu'on décide de commencer à mettre en route un bébé.

Je ne sais pas si je suis enceinte au retour de cette lune de miel et c'est juste avant mon départ en Amazonie pour mon troisième et dernier terrain de recherche que mon test de grossesse est positif. Malgré que je sois enceinte, je décide d'y aller, donc de faire ce voyage en me disant que trois mois, ça va passer vite, que je suis au début de ma grossesse, donc je n'aurai pas forcément de symptômes.

et que ça ne se verrait pas physiquement. Plus le temps passe, plus j'ai peur d'y aller. Victor... Il a des appréhensions aussi. Il me soutient dans mon projet. Mais en revanche, il me demande de ne pas avoir de relation avec d'autres hommes. Et je lui promets, je lui dis évidemment, ça n'arrivera pas. Je suis enceinte de toi.

On vient de se marier, c'est hors de question. Avant de partir, je remarque qu'Adilson a créé un compte Facebook. C'est très étonnant parce qu'il n'avait pas du tout ça avant qu'on... qu'on se quitte la première fois. Et il me demande un ami Facebook, ce que j'accepte, parce que je me dis qu'on a vécu avant tout une amitié, avant que ce soit une aventure amoureuse. J'arrive en Amazonie début septembre.

Troisième voyage difficile et retrouvailles

Donc à un mois de grossesse, j'ai l'impression que tout m'agresse sur place. Les bruits, les odeurs, les gens, tout. Même si c'est très inconfortable, je me dis, t'as pas le choix, t'as fait ce choix-là justement, et donc il faut aller jusqu'au bout. J'ai envie d'une chose, c'est de reprendre l'avion et de repartir tout de suite, mais en fait, j'ai pas le choix. Je me dis, allez, tu vas aller.

jusqu'au bout de ton truc et tu vas faire ces trois mois et une fois que ces trois mois seront passés, tu pourras vraiment repartir avec ton chéri et poser tes valises pour de bon. J'arrive sur place, je poste quelques photos de mon arrivée. Là, j'ai des commentaires d'Adilson qui se rend compte que je suis sur place, qui me passe son numéro de téléphone en public. Et là, on reprend des échanges sympathiques, mais dans ma tête, c'est...

C'est évident qu'il ne se passera absolument rien de plus que notre relation d'amitié. Là, on a quelques échanges encore. Par message, on se raconte un peu ce qui s'est passé dans nos vies réciproques pendant ces deux années où on ne s'est pas du tout donné de nouvelles. Et il finit par me dire, voilà, je n'étais pas oubliée, j'ai fait une grosse dépression après tout.

au départ, et j'avais qu'une envie, c'était de te voir, et je ne t'ai jamais oubliée. Et là, je me suis dit, je suis mal. Je suis mal barrée. Je lui explique que cette fois-ci, c'est différent pour moi. parce que je me suis mariée et que je porte la vie à l'intérieur de moi. Je ne sais pas si le message est passé, mais en tout cas, je lui ai dit, en gros, c'est très différent de la dernière fois. Et là, il me dit qu'il veut être là pour mon arrivée en bateau, donc je lui donne mon horaire.

Là, le bateau a énormément de retard, donc je me dis qu'il ne sera pas là à l'arrivée. Et puis finalement, il est là, il a attendu. Il m'explique que là, il est devenu coordinateur de l'association indigène. la nécessité d'avoir un compte Facebook, d'avoir un téléphone portable, d'avoir une adresse mail et d'être connecté. C'est pour ça qu'il a un peu changé aussi dans ses pratiques.

Cette soirée-là, on échange vraiment cordialement, on se fait une accolade au moment de partir, il m'explique qu'il a bien envie de m'accompagner le lendemain dans les communautés traditionnelles et j'accepte l'invitation avec plaisir. Et rien de plus. Moi, je suis sûre de mon coup. Je ne vais pas faillir à ma promesse. Le lendemain, on fait la route ensemble.

À la fois, je maintiens cette distance, je ne suis pas du tout dans des relations de séduction, et à la fois, on est à côte à côte dans la voiture, et j'ai l'impression que mon cœur va sortir de mon corps. cœur balachamade et je ne peux pas réfréner ces émotions, ces sentiments-là qui me font me rappeler de ce que j'avais vécu deux ans auparavant dans la forêt.

Quelques jours après, il me dit qu'on va se revoir, qu'il va revenir dans cette même communauté où il m'a déposée. Et en effet, quelques jours après, il revient. Là, on se retrouve tous les deux, vraiment seules au bord d'un ruisseau. On discute et puis au bout d'un moment, on s'embrasse. Je ne peux pas m'empêcher d'y aller. J'ai l'impression de...

d'être attirée par cet homme-là. Là, il doit partir. Je sais qu'on n'aura pas de contact parce qu'au milieu de la forêt, on ne peut pas communiquer. Et je n'arrête pas les jours qui suivent à penser à se baiser. Là, je lui explique que j'ai perdu les seuls entretiens que j'avais fait avec lui deux ans auparavant. Et il me propose de venir me retrouver à l'hôtel pour qu'on refasse cet enregistrement. Puis là, on commence à avoir...

de nouveau des rapports intimes, mais je refuse qu'il y ait plus que ça. Je lui dis non, ce n'est pas possible, je porte un enfant et je veux respecter ma parole. Il n'y aura pas de pénétration, pas d'acte sexuel proprement parlé. S'en suivent plusieurs rencontres et puis assez vite, je transgresse ma promesse. Finalement, on passe à l'acte.

La liaison reprend et s'intensifie

Première fois que ça arrive, je me sens vraiment très, très mal. J'ai même des hauts le cœur, envie de vomir. Ça ne va pas du tout. Et pourtant, j'y retourne. On a de plus en plus de liens l'un avec l'autre et sans suivre. trois mois de relations, presque de couple. On vit une relation extra-granjugale, clairement. Lui, il est dans un lâcher-prise total, à faire de moins en moins attention, à revenir à l'heure pour sa femme, à cacher des choses. Il a envie de me prendre la main dans la rue.

Et voilà, on commence à partir dans un truc qui est pratiquement incontrôlable, qui n'est plus du tout dans l'objectif qu'on s'était fixé au départ, en tout cas moi, l'objectif que je m'étais fixée. Il y a des empailleurs qui me prennent en photo pour m'identifier comme membre d'ONG et soutien. Donc là, on me dit clairement que je suis en danger, donc il faut que je fasse attention à moi. Et la présence d'un homme qui m'aime à mes côtés, qui est un guerrier, ça me raconte. rassure beaucoup.

Et lui, il me fait des grandes déclarations, il me dit qu'il deviendra cassique, que moi je deviendrai la femme du cassique, qu'on aura un village, qu'il va me construire un village, et que je pourrai faire mon jardin aussi, et tout ce que je fais. France, mais là. Et je rigole quand j'entends ça. Ça me fait plaisir, ça me valorise, ça nourrit mon orgueil. Mais à la fois, je lui dis clairement, ça n'arrivera pas. Ma vie, elle n'est pas là.

Culpabilité et la découverte de Victor

Plus ça va, plus je m'enfonce dans cette relation, plus je me dis ça, c'est indicible. Jamais je pourrais l'expliquer, me justifier face à Victor. Là, j'ai complètement trahi et pas respecté du tout les règles. Et là, jamais je ne vais pouvoir dire ça en rentrant. C'est hors de question. Je vais le perdre. Et là, je n'ai aucune envie de le perdre. Et j'en parle à une très bonne amie, à moi et à ma sœur, qui ne me soutiennent pas du tout.

complètement craqué. T'es avec un mec super, vous aimez, vous venez de vous marier, il y a tout qui va bien, et là, mais qu'est-ce que tu fais, quoi ? Là, je sais que la date du retour approche et que je vais devoir garder tout ça pour moi. Donc, j'essaye au maximum de profiter des derniers moments avec Adilson.

tout en essayant de ne pas penser à ce qui va se passer après, parce que c'est trop dur. Et donc, je suis complètement dans un autre monde et à me désengager de mes responsabilités sur le moment. mes bagages, quand je prépare mes affaires pour repartir, tout va bien. Je n'ai pas l'impression d'avoir l'émotion. Je suis très, très contente de retrouver Victor, de retrouver ma vie, de finir ma grossesse.

Et en fait, c'est juste avant de reprendre le dernier avion que là, je me rends vraiment compte de la future séparation, que je vais partir définitivement de cette région et que je vais quitter Aldilson pour de bon. Et là, je fonds en larmes en faisant ma dernière valise parce que jusqu'à présent, toutes ces émotions-là n'étaient pas encore arrivées jusqu'à mon cerveau, je pense.

Donc là, je rentre chez moi en France, j'arrive à Toulouse, j'ai ma mère, Victor, ma sœur qui sont venues me chercher à l'aéroport. On rentre, c'est... un retour plein d'émotions parce que dès qu'on rentre, je décide d'annoncer que je suis enceinte. Il n'y a que Victor qui est au courant. Et donc là, elles sont hyper surprises. Ça pleure, c'est génial.

à la fois, wow, mais t'es partie en Amazonie avec un bébé dans le ventre. Tu délires en total. Les premiers jours de mon retour en France, j'ai... étonnamment, beaucoup de mal à retrouver le contact avec Victor. Et ça, je ne m'y attendais pas du tout. Là, j'ai une grosse surprise parce qu'en fait, il a toujours été dans le centre de mon cœur, on va dire. Je n'ai jamais remis en doute mon amour.

que j'avais pour lui. Et là, je n'arrive plus à apprécier les échanges physiques, les câlins, etc. Parfois, après certains rapports, je fonds en larmes. Parce que justement, je me dis, mais est-ce que ça va revenir un jour ? Est-ce que je vais à nouveau aimer son corps ? Et lui, il interprète ça comme une difficulté à... de mon retour, les hormones qui jouent, etc. Mais ils ne se posent pas particulièrement de questions, sinon.

Adilson commence à me manquer vraiment. Je continue à maintenir une relation par message avec lui, des échanges très fréquents. Tous les jours, on s'écrit. plus je recommence à retrouver toute la complicité avec Victor, à revenir à lui et lui à moi. Vraiment, on se retrouve. On passe une super fête du 31 décembre. Et au retour, je me dis, c'est bon, je ne peux plus cacher ça. Je n'ai pas envie.

de lui mentir, en fait, pas à lui. Il ne mérite pas, il est tellement incroyable, c'est tellement l'homme de ma vie et avec qui j'ai envie vraiment de vieillir. Je décide de lui dire le premier et le 2 janvier, on a notre première échographie ensemble. l'échographie des cinq mois pour notre bébé.

Le jour où c'est l'heure de lui annoncer, je suis hyper nerveuse, je bouge dans tous les sangs, j'ai le cœur qui palpite. Et là, je lui annonce en lui disant, il faut que tu acceptes le fait que j'ai deux amoureux, toi et Adilson. Là, il est très surpris, très choqué. Il tombe de haut. Je pense qu'il ne s'y attendait pas. Il voit que je l'ai trahi. Je n'ai pas du tout respecté le contrat. Il ne peut pas me dire s'il veut rester, s'il veut partir.

il n'arrive pas encore à vraiment digérer la nouvelle. Là, on arrive au jour de la première échographie. Il est là, il est présent. Je suis très touchée par son comportement. On voit notre bébé. À la fin du rendez-vous, l'échographiste nous dit... Vous n'allez pas pouvoir faire un accouchement à la maison puisque votre bébé a une malformation. Elle va naître avec les intestins à l'extérieur. Donc ça va être un parcours compliqué, un parcours hospitalier compliqué, mais ça se soigne.

Il n'y a pas de séquelles plus tard. On apprend ça et pareil, c'est un monde un peu qui s'écroule. On est à la fois dans... Dans ce choc très proche l'un de l'autre, en se disant, on va affronter ça ensemble, et à la fois assez distant, parce qu'il vient quand même d'apprendre que je l'ai trahi la veille, il a appris ça. On est à la fois dans la distance et à la fois dans le soutien l'un envers l'autre. Après ça, moi, je pars vivre chez ma mère.

pour lui laisser de l'air. Il revient, on discute beaucoup, il se pose beaucoup de questions parce qu'il gamberge beaucoup sur ça, sur ce qui s'est passé. Dans ces moments d'échange, notre complicité, elle est toujours là. Je vois dans ses yeux qu'on a toujours les mêmes blagues, qu'on se charrie sur les mêmes choses. Et je me dis... C'est bon, c'est toujours là et ça, ça va perdurer et je suis confiante sur l'avenir.

Conséquences : Rupture et Réconciliation

Un jour, quand il est chez nous et que moi je suis chez ma mère, il va sur mon compte Facebook qui est ouvert avec le code sur son ordinateur. Il y entre très facilement et il voit les conversations que j'ai avec Adilson et il passe toute la nuit à traduire ce qu'on se dit. Et là, il a un gros choc parce qu'il se rend compte que ce n'est pas juste une aventure comme ça. mais qui a vraiment de l'amour et il décide d'enlever son alliance et de me dire voilà on s'arrête

Je ne sais pas. C'est le monde qui s'écroule autour de moi. J'ai l'impression que ça y est, je l'ai vraiment perdue. Ça y est, ça l'a vraiment touchée. Il fait le geste d'enlever son alliance. Je me dis que toutes ces années... Notre futur bébé, notre future vie de famille, tout ça, je l'ai explosé.

Et là j'ai juste envie de disparaître, de revenir en arrière. On s'est beaucoup vus, on a beaucoup pleuré ensemble, beaucoup parlé, beaucoup échangé. Moi j'ai toujours maintenu mon discours en disant que c'était lui l'homme de ma vie, que je n'avais aucun doute sur l'amour que je lui portais.

Et d'avoir tenu bon, ça a fait qu'on était vraiment dans l'échange et dans le lien. Juste avant la naissance de notre fille, on décide de partir tous les deux, de s'extraire de notre vie quotidienne et de partir en Espagne. sur le bord de la plage, à peu près un mois et demi de l'accouchement, il remet sa bague. Il me dit qu'en gros, c'est le moment pour lui de refaire alliance avec moi.

Naissance, l'épouse d'Adilson, le choix final

Notre fille née quelques jours après, peut-être deux semaines après. Je passe deux mois à l'hôpital à la suite de sa naissance et c'est à l'hôpital que je reçois un message de la femme d'Adilson. Et là, elle me dit, je sais ce qui s'est passé avec mon mari. Laisse-le tranquille. Va te trouver un mari, toi, qui pourra élever ta fille. Lui, il a déjà des enfants et une vie. Laisse-le.

Donc là, je me rends compte qu'en fait, il y a des gens qui sont au courant, ce que je ne savais pas. Beaucoup de gens au courant sur place. Ça commence un peu à m'effrayer parce que... Elle ne me menace pas vraiment, mais elle me fait comprendre que comme elle est très bien intégrée dans la communauté et qu'elle fait partie des guerriers Armando Roku, je ne serai plus la bienvenue.

Tous les échanges que j'ai avec Adilson, c'est plus pour se donner des nouvelles. Il n'y a plus de déclarations, il n'y a plus de liens vraiment amoureux entre lui et moi. même si sûrement qu'il y a des sentiments. Mais en tout cas, les échanges ne se seront plus sur cette base-là. Après l'échange avec sa femme, j'apprends qu'ils se séparent, tous les deux.

Et que lui a recommencé à boire. Et là, je me sens encore plus mal. Je me dis, mais à quoi bon ? Est-ce que ça va valer vraiment le coup ? J'ai foutu le bordel partout. Et Victor voit que je continue quand même à lui écrire et il me demande juste de faire le bon choix. C'est-à-dire, lui me laisse vraiment décider en me disant, je ne veux pas que tu restes avec moi par confort. Je veux que tu le fasses par choix, vraiment.

Notre fille a une série de quatre opérations en quatre mois de vie. Et au moment de son quatrième mois, quand elle subit la dernière opération, il me dit... Là, je pense que c'est le moment pour toi de réfléchir à quelle relation tu veux continuer à entretenir avec Adilson, sans pour autant jamais me culpabiliser, mais en me disant, voilà, ça c'est ton choix et il va falloir que tu prennes vraiment une décision ferme maintenant.

Quelques semaines après le retour de l'hôpital, je décide de contacter mon directeur de recherche en lui disant j'arrête la thèse. plus aller au-delà, j'ai besoin de me consacrer à ma vie sur place. Et donc, je mets un terme total à ma nécessité de continuer ce lien-là avec l'Amazonie et avec Adilson. Je sais, après coup, que ma relation avec Adilson...

peut poser problème maintenant si je souhaite retourner là-bas, notamment avec les femmes guerrières, qui sont des amis de son ex-femme. Et en fait, ça peut biaiser mes rapports que j'ai avec les mondes de Roku.

Réflexions actuelles et vie présente

Aujourd'hui, je suis agricultrice. On a eu notre deuxième enfant. On est très, très heureux de vivre cette aventure familiale. En même temps, je pense qu'on a vraiment retrouvé ce qu'on était au départ. quand même quelque chose qui s'est brisé en lui, dans sa relation de confiance envers moi. Quand je pense à Adilson aujourd'hui, je n'arrive plus à retrouver à l'intérieur de moi les sentiments que je pouvais éprouver avant. Je n'ai vraiment plus du tout de sentiments envers lui.

Quand je relis des trucs ou que je repense à des trucs, je me dis que c'était super un gars ce qu'il m'a envoyé. Il m'a envoyé des chansons, des trucs. Je me dis que c'était bidon. Est-ce que je n'ai pas à recréer quelque chose, transférer une super relation que j'avais avec mon chien ? à un moment où j'en avais vraiment besoin. Et finalement, parfois, je n'arrive pas à comprendre comment j'ai pu tomber amoureuse de cette personne-là.

Vous venez d'écouter Transfer, épisode 246, un témoignage recueilli par Hélène Pagesy. Cet épisode a été produit par Slate Podcast. Direction éditoriale, Christophe Caron. Direction de la production, Sarah Koskiewicz. Direction artistique et musicale, Benjamin Septemours. Production éditoriale, Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours.

Prise de son et réalisation, Victor Benhamou. Musique, Arnaud Denzler. L'introduction a été écrite par Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours. Elle est lue par Aurélie Rodriguez. Retrouvez Transfer tous les jeudis sur Slate Audio et sur votre application d'écoute préférée. Deux fois par mois, Transfer Club donne accès à du contenu exclusif, des histoires inédites et les coulisses de vos épisodes préférés.

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