Le prix de la bougie - podcast episode cover

Le prix de la bougie

Oct 21, 202124 minSeason 6Ep. 160
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Summary

Lorsque Joseph rejoint une nouvelle agence, il tisse rapidement des liens forts avec son collègue des finances, Nico. Leur amitié se renforce au quotidien, partageant confidences et défis professionnels. Mais une simple erreur de courrier pendant les vacances de Nico révèle une série de détournements financiers. Joseph et d'autres collègues mènent une investigation qui dévoile un système d'escroquerie de près de 100 000 euros, menant à une confrontation dramatique et l'arrestation de Nico.

Episode description

Il a été médecin, avocat ou pilote de ligne, mais avant de devenir le héros du film Arrête-moi si tu peux, Frank Abagnale Jr. était un escroc à la petite semaine. Comment un adolescent de 16 ans en arrive-t-il à falsifier des chèques? Et qu'est-ce qui le pousse à aller toujours plus loin?
Quand Joseph fait la connaissance de Nico, il trouve en ce collègue de travail un véritable ami. Un ami qui, pourtant, ne partageait pas tous ses secrets.

L'histoire de Joseph a été racontée au micro de Nina Pareja.

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Crédits:
Transfert est un podcast produit et réalisé par Slate.fr, sous la direction de Christophe Carron et Benjamin Saeptem Hours.
Production éditoriale: Sarah Koskievic
Montage: Aurélie Rodrigues et Victor Benhamou
Musique: «The Heist», Silent Partner / «Epic Spy music», SoundCrowd / «The Heist», Tino Mendes
Pour participer au podcast: transfert@slate.fr.


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Transcript

Intro / Opening

Cet épisode de transfert vous est présenté par Bouygues Télécom, engagé avec ses clients contre l'exclusion numérique grâce à l'opération Don de Giga. Chaque mois, les clients Bouygues Télécom peuvent offrir des gigas symboliques à l'association de leur choix. Quatre partenaires participent à cette initiative. Les petits frères des pauvres, le Secours populaire, la Fondation des femmes et l'APF France Handicap.

Ces gigas sont ensuite transformés en forfaits et smartphones pour des personnes en situation d'exclusion numérique. Cette année, plus de 925 000 gigas ont déjà permis à des milliers de bénéficiaires de se reconnecter et ainsi de rester en lien avec leurs proches et la société. Pour découvrir l'histoire de ce beau projet et l'impact concret de vos dons, n'hésitez pas à aller voir la vidéo Giga Merci sur la chaîne YouTube ou le site de Bouygues Télécom.

Il a été médecin, avocat ou pilote de ligne, mais avant de devenir le héros du film Arrête-moi si tu peux, Frank Abagnale Jr. était un escroc à la petite semaine. Comment un adolescent de 16 ans en arrive-t-il à falsifier des chèques ? Qu'est-ce qui le pousse à aller toujours plus loin ? Quand Joseph fait la connaissance de Nico, il trouve en ce collègue de travail un véritable ami. Un ami qui pourtant ne partageait pas tous ses secrets.

Vous écoutez Transfer épisode 160, un témoignage recueilli par Nina Pareja.

Arrivée et première rencontre avec Nico

J'ai 26 ans et je viens de terminer mes études. Je suis allé un an aux Etats-Unis après ces études et en revenant à Paris, je cherche un travail dans les ressources humaines puisque c'est ma formation initiale et en discutant avec des potes autour d'un verre. Je leur dis que je cherche un job. Et ils me parlent de leur agence. Ils travaillent dans une petite agence à Paris qui est en train de grossir et qui veulent, eux, se structurer.

Et le but, c'est de trouver quelqu'un qui va gérer les ressources humaines. Donc il va vraiment remettre tout à plat pour pouvoir être plus efficace. En arrivant dans cette boîte, moi je suis sur toute la partie RH. Et la partie RH est souvent liée à la partie financière dans les boîtes. On travaille en duo tout le temps.

Et je ne savais pas mais le premier jour de mon arrivée, on m'indique qu'il y a une recrue qui va arriver la semaine suivante pour lui structurer toute la partie finance. Donc ce que je vais faire moi sur la partie RH, lui va le faire sur la partie finance. Première semaine, je découvre les équipes. La boîte est assez jeune, les gens sont hyper accueillants, hyper chaleureux, donc du coup ça permet de prendre facilement sa place.

Une semaine plus tard, mon collègue de la finance arrive pour lui structurer toute cette partie-là. Je ne le connais pas, je ne l'ai jamais rencontré puisque son recrutement a été fait avant mon arrivée. Donc il s'appelle Nicolas, on l'appelle très vite Nico. Il se présente en se disant qu'on peut avoir un diminutif. Et il est hyper souriant. Je suis assez surpris parce que j'ai une image assez, on ne va pas dire négative.

mais assez stéréotypes des gens de la finance, de la compta, etc. Et au contraire, il correspond hyper bien à la boîte. Il est plutôt jeune, il a une année de moins que moi à peu près. Quand il se présente auprès de tout le monde, il a, au-delà de son sourire hyper communicatif, sa façon de parler.

hyper clair. Ce qui me rassure, c'est de se dire qu'on est tous les deux sur deux sujets différents, mais qu'on a vraiment envie d'apprendre parce qu'on est assez jeune et qu'on a envie d'y aller. Hyper rassurant de me dire que sur ces premiers contacts qu'on a l'un vers l'autre, on va pouvoir s'entendre. En tout cas, il y a vraiment... Un premier contact qui est hyper positif, donc je suis hyper rassuré par rapport à ça.

Les premières semaines, on est dans cette agence qui est une petite agence. Tout est en open space, donc il n'y a aucune confidentialité entre les bureaux. Et on est placé, nous, sur des bureaux qui sont juste à l'entrée. Donc on se prend vraiment les entrées, les allers-retours, etc. Ce qui est hyper compliqué. ont fait un job qui peut être un peu confidentiel, c'est qu'on a besoin de cette confidentialité, de pouvoir discuter de sujets que les autres équipes n'ont pas forcément à entendre.

Ça ne fait pas très longtemps qu'on travaille tous les deux, mais on est dans notre quotidien. Et c'est donc une petite agence avec de superbes ambitions. C'est génial pour apprendre, c'est vraiment canon pour un premier job, mais c'est épuisant. On en demande beaucoup aux équipes, comme beaucoup j'ai ce qu'on peut appeler.

J'ai appelé le syndrome de l'imposteur en me disant « c'est pas fait pour moi », etc. Et je pars le vendredi en Normandie chez mes parents, vu que je suis normand. Après avoir discuté avec ma famille de ce nouveau travail, c'est trop de stress, trop de pression, je me sens pas à base, je suis pas capable de le faire, très clairement.

il y a trop d'enjeux, donc tout le côté hyper positif du début, on va structurer toute la boîte, ça va être super, se transforme en plutôt négatif et je reviens lundi complètement dépité au bureau. Et je retrouve Nico, avec qui je travaille depuis quelques semaines maintenant. Et il voit très bien à ma tête que ça ne va pas. Et je lui dis, non, en effet, ça ne va pas.

Un duo qui se soutient

Et on en discute beaucoup, en fait. Il me dit, mais t'inquiète pas, on est tous les deux dans le même panier. Moi aussi, c'est hyper prenant, mais en fait, il faut qu'on y aille à deux. On est arrivés ensemble, on est sur deux fonctions qui sont très complémentaires. Si tu pars, je pars, ne pars pas. Et on se soutient et on est là vraiment l'un pour l'autre. Donc on va trouver...

des solutions pour que tu puisses rester et que tu puisses retrouver la motivation. Et il est vraiment... moteur de solution et se dit mais on va essayer de réagencer aussi les bureaux les différentes équipes pour qu'on puisse se trouver un bureau et en fait il y a un bureau qui est fermé qui est un peu un bocal ou en tout cas il y a des baies vitrées qui ferment tout ça mais c'est ce bureau qui est fermé qui est très peu utilisé parce que c'est le bureau du

boss à la base et lui l'utilisant très peu il me dit on va essayer de négocier pour pouvoir récupérer ça et au moins on sera tous les deux en mode confidentialité totale et ce sera beaucoup mieux que d'être installé un peu à l'arrache sur nos bureaux à l'entrée où il y a le passage où on peut parler de rien

et du coup ça renforce aussi ce sentiment de on va pas s'en sortir on va y arriver tu m'as vraiment relevé le moral ou en tout cas j'y crois un peu plus je reste je m'engage à ce qu'on fasse un bon duo et on y va quoi À partir de ce moment-là, on arrive à négocier ce bureau, à réaménager quelques équipes, etc., pour avoir un peu une meilleure organisation.

Et on se retrouve tous les deux dans ce bureau qui est beaucoup plus confidentiel, où on peut parler sans soucier de savoir si quelqu'un va arriver, va entendre ou quoi que ce soit. Et forcément, ça amène des discussions plus perso. On arrive à parler de nos vies et le lundi, on se raconte nos week-ends. Ça nous permet de découvrir qu'on a, en plus, pas mal de choses en commun.

qui vont être sur nos âges, on le savait, sur la musique qu'on écoute très bien, sur le fait qu'on soit tous les deux en couple, tous les deux en couple avec des mecs. Et du coup, forcément, ça permet encore plus d'avoir le côté sécurité qu'on va avoir l'un en fait. vers l'autre, à se dire il n'y a rien à prouver, il n'y a pas à mentir sur telle ou telle chose. Donc on s'élargit plus sur ce côté perso qu'on n'avait jamais eu auparavant.

On se rapproche, on a parlé de nos vies et on sait qu'on a plein de choses en commun. Et forcément, comme deux bons collègues qui apprenons à nous connaître, on arrive un peu plus à se dire ce qu'on pense de tel ou tel collègue, de celle qui vient...

pleurer tous les matins parce qu'elle a trop de boulot, à celle qui s'habille n'importe comment. C'est pas forcément très intelligent, mais en tout cas, ça nous détend et c'est vraiment cette relation qui naît sur ce côté-là. Sur le boss aussi, le boss est hyper complexe, il a plein d'ambitions, il est super.

mais il faut réussir à le suivre, il a mille idées à la minute, il te demande de faire quelque chose, et en fait il s'en sert jamais, ce qui permet de se soutenir encore une fois, de se dire, on est en zone de sécurité tous les deux, du coup quand tu pètes un plomb, tu me le dis, On ne réagit pas à chaud, on reste factuel et on fait en sorte qu'on s'entraide pour ne pas juste avoir envie, encore une fois, de se barrer et juste de détester tout le monde.

J'ai de plus en plus confiance en lui, parce que j'ai pu lui dire plein de choses sur ce qui allait, sur ce qui n'allait pas, et il a toujours réussi à me rassurer, il a toujours réussi à faire en sorte que je reste et que je continue un peu l'aventure. C'est quelqu'un avec qui je partage mon quotidien, je suis hyper content de le retrouver.

Confiance, amitié et train de vie

le matin quand je viens bosser. Donc j'ai totale confiance en lui. Ce qui est hyper intéressant dans notre relation pro, c'est qu'on est très complémentaires. D'un côté, ma partie, qui est la partie RH, et lui sur la partie financière. Et souvent, les financiers voient les personnes comme des chiffres. Une personne correspond à un salaire qui correspond à tant de dépenses. Et à contrario, le RH a plus la partie humaine. Donc ce qui est génial, c'est que moi, j'arrive vraiment à lui faire...

s'adresser différemment aux équipes sans leur faire sentir que ce sont juste pour lui des chiffres et moi j'apprends beaucoup plus sur cette partie financière à me dire en effet chaque personne est un budget et du coup chaque budget une dépense etc donc on se pousse vraiment l'un et l'autre sur cette évolution pro

On est aussi très différents sur nos parcours. Lui sort d'une grande école de commerce. Moi, j'ai fait une licence d'une école publique, etc. Donc, on est vraiment sur deux parcours différents. Moi, j'arrive tout juste à Paris. C'est mon premier job. Je n'ai pas un salaire mirobolant du tout. Donc, je pars peu en haut.

Sous-titrage Société Radio-Canada blindé de photos de ses super voyages dans ses super hôtels c'est toujours on va les vues absolument incroyables en bord de mer il est toujours aussi habillé avec des grandes marques ou en tout cas il a toujours des super fringues je me fais un raccourci très simple en se disant

Je vois les payes d'un peu tout le monde. Donc je me rends compte que pour avoir un train de vie aussi important, à mon avis, c'est que du côté familial, ses parents doivent avoir pas mal de thunes pour pouvoir financer tous ses voyages.

Ce qui est hyper agréable, c'est qu'il nous raconte tous ses voyages et on voit toutes ses photos, etc. Mais il est hyper accessible. Il n'y a pas un moment où il se la pète à raconter de ces trucs-là. Il est content de nous montrer les photos, mais comme n'importe qui. Moi, quand je pars en week-end, je montre les photos. vraiment ce côté est accessible et pas du tout pédant, pas du tout prétentieux, ce qui rend le personnage encore plus agréable à côtoyer. Donc on est dans notre bureau fermé.

On a pas mal de boulot et on mange pas forcément tous les midis avec les collègues à l'extérieur ou quoi que ce soit, donc souvent on va chercher à manger. On ramène à manger et on mange dans notre bureau, devant notre écran, on finit ce qu'on a à faire. Et du coup, forcément, notre bureau est fermé. Il n'y a pas d'aération ni rien. Donc après les déjeuners, que ce soit la nourriture qu'on vient de manger, et alors ça doit être bon, c'est un peu chiant de se garder cette odeur dans notre bureau.

qu'on ne peut pas ouvrir ni rien. Je rappelle qu'on est vraiment dans une boîte. Hyper sympa. Nico revient après un déjeuner avec une grosse bougie. Un truc qui sent hyper bon en se disant c'est bon, j'ai trouvé la solution. On peut déjeuner tranquille. On allume notre bougie. Je suis un peu touché par cette...

attention, donc c'est pour nous deux, c'est pas grand-chose, mais se dire qu'au moins il a pensé à acheter cette bougie pour que ça nous serve à tous les deux, je trouve ça assez sympa et je trouve ça assez cool. Et détail, mais je vois que c'est une bougie qu'on trouve facilement en para ou en pharmacie et qui coûte assez cher.

Ce qui est hyper agréable, c'est que j'ai l'impression qu'il me prend un peu sous son aile et qu'on a une relation qui est un peu fraternelle, c'est beaucoup dire, mais en tout cas, c'est hyper agréable de se dire qu'on se connaît bien, on connaît toute notre vie. Il n'y a aucune drague entre nous, ce qui est aussi hyper agréable et qui rend la relation hyper saine. On est vraiment une team qui avançons et il me prend en effet un peu sous son aile.

Depuis quelques semaines et depuis que je suis arrivé, on parle souvent de mon salaire. Je suis arrivé sur un salaire assez bas, premier job, j'ai pas du tout négocié comme il le fallait. Donc il me dit, t'es vraiment pas assez payé.

va négocier, c'est pas possible de rester avec cette rémunération-là, et je n'y vais pas, et c'est souvent les coordonnées les plus mal chaussées, mais ressources humaines, et je ne vais pas négocier, mais lui revient un après-midi, enfin il revient d'une réunion, et il me dit, bon c'est bon, j'ai négocié, ton augmente. Et je me dis pardon. J'ai discuté avec le boss, on est d'accord, tu as une augmente qui est rétroactive au début du mois, donc à partir d'aujourd'hui tu passes à tel salaire.

Et je suis en mode trop cool, on est une vraie team, donc je le remercie. Je ne sais pas trop quoi faire pour le remercier, mais je trouve ça vraiment très cool. Forcément, sur ces relations avec les collègues qui se passent bien, en fin de journée, en fin de semaine, on va régulièrement boire des verres.

Alors, soit avec les équipes, enfin, qui est dispo vient, ou tous les deux quand personne n'est dispo, mais on boit régulièrement des verres à la sortie du taf pour discuter de la journée et des trucs positifs, ce qui nous a un peu saoulés.

Les premiers indices de suspicion

Ça fait à peu près un an que je travaille dans cette agence. et un vendredi soir on organise un pot la boîte organise un pot où chacun peut ramener quelqu'un pour créer un peu cette communauté et je me dis c'est clairement l'occasion enfin que mon mec puisse rencontrer Nico parce qu'il en entend parler depuis hyper longtemps on a jamais eu l'occasion de se croiser

connaît pas physiquement, donc je suis hyper content de pouvoir le présenter, de pouvoir les présenter enfin l'un à l'autre. Mon mec arrive, la soirée commence, et Nico n'est pas là. Donc je l'appelle pour savoir où il est, et il me répond qu'il n'est pas disponible. Et il nous envoie une photo de lui chez Gucci avec sa coupe de champagne, son pote. train de faire du shopping.

Je comprends qu'il ne viendra pas, il est chez Gucci, très bien. Et je lui dis, on se revoit lundi, passe un bon week-end. Il me dit, mais non, lundi, je ne suis pas là, je suis en vacances, je vais à Miami avec mon mec. Et je me dis, ah oui, c'est vrai, on a entendu parler de Miami. Écoute, bonnes vacances, ramène-nous, enfin, vois-nous des photos. Mets-nous du soleil et profite bien des Etats-Unis.

Le mercredi, je suis au bureau avec le stagiaire de Nico pendant que lui est en vacances et j'ouvre le courrier. Normalement, chacun se débrouille avec ses enveloppes. Mais là, je prends tous les courriers qui lui sont destinés, donc tous les courriers de la banque. Je les ouvre pour les trier et lui préparer son retour.

Et je vois sur un des courriers qu'il y a un mouvement de 500 euros d'un retrait en carte bleue. Ça m'interpelle puisque Nico est le premier à nous dire de ne jamais retirer d'espèce avec la carte bleue pro. Je prends ce courrier-là et je le donne à son stade. Son stagiaire se connecte sur la banque en ligne

L'enquête commence : Le compte caché

et me regarde en me disant, écoute, c'est très étonnant, mais il y a un conte que je n'avais jamais vu, dont je n'ai pas connaissance de quoi que ce soit, hyper bizarre. Donc je dis, écoute, regarde ce qu'il en est, à quoi ça correspond, est-ce qu'il y a forcément une raison pour laquelle ce conte existe ?

Et il me dit, le dernier mouvement qu'il y a sur ce compte, c'est un paiement de 180 dollars d'une dépense aux Etats-Unis. Donc je me dis, ok, hyper étonnant, est-ce qu'on s'est fait voler, pirater, etc., on ne sait pas. Et je lui dis, donne-moi l'intitulé du virement, en tout cas du paiement. pour qu'on puisse retrouver ce que c'est. Et je vois que ces 180 dollars correspondent à un restaurant situé à Miami. On se regarde et il y a un peu un gros blanc où on se dit non, c'est pas...

Et il y a un petit flottement et on comprend qu'en fait, on se doute que Nico a quelque chose à voir avec cette dépense à Miami de ce restaurant. On est un peu abasourdi quand même en se disant, n'allons pas trop vite sur ces conclusions, mais regarde s'il n'y a pas d'autres dépenses qui peuvent être surprenantes ou peu importe. Donc il descend les lignes de compte sur le compte en ligne et il me dit, tiens, il y a un montant d'à peu près 560.

euros. Pareil, je ne vois pas à quoi ça correspond. Donc on recommence et je lui dis, écoute, donne-moi l'intitulé. On regarde l'émetteur de cette dépense et il me semble que ça correspond à un magasin Gucci. Et je me dis, mais où était Nico vendredi dernier chez Gucci dans le Marais ? Donc je regarde le stagiaire de Nico et je lui dis, écoute, je vais...

Je vais aller voir en boutique directement, disant que notre collègue a fait un achat pour un cadeau client, qu'on n'a pas la facture, qu'on doit justifier cette dépense à la compta, etc. J'enfile ma veste et je vais directement dans la boutique Gucci. Il me dit « Ah oui, oui, très bien, je vois très bien de qui vous parlez. Oui, votre collègue est venu. » C'est étonnant parce qu'il n'a pas mis la facture à son nom, mais au nom de son copain avec qui il était. Mais tenez, voici le duplicataire.

Donc je ressors avec la facture, je vois que c'est des chaussures qui ont été achetées et du coup je me dis que ça peut pas être un cadeau client puisqu'on a toujours le doute de se dire bon peut-être que c'est des dépenses qui sont faites pour la boîte mais là ça semble compliqué. Je rentre au bureau avec la facture que je donne à son stagiaire, au stagiaire de Nico,

Bon, là, plus de doute. Donc, je te propose de continuer à regarder sur le compte si tu ne découvres pas d'autres choses. Évidemment, on tombe sur d'autres dépenses. Et ma collègue du juridique arrive et elle voit nos têtes en arrivant dans le bureau complètement dépité. On lui dit, écoute, assieds-toi.

Et elle nous regarde avec ses grands yeux en lui disant, qu'est-ce qu'il y a, je suis viré ? Et on lui dit, ah non, non, non, crois-moi, on va avoir besoin de toi sur les journées qui arrivent, parce qu'on pense que Nico se sert clairement de l'argent de la boîte à titre perso.

L'ampleur des détournements révélée

Donc, on se met vraiment en ordre de marche pour se dire, OK, on regarde les nouvelles dépenses, on regarde à quoi ça correspond et comment on peut les lier à lui. Est-ce que c'est lié à lui ? Oui, non. Et on arrive très vite à trouver des factures d'avion. des factures d'hôtels 4 étoiles avec des informations pour justifier ça sur les factures, sur des opérations qui n'ont jamais existé et on retrouve

toujours sur ces hôtels 4 étoiles, sur ces billets d'avion, une publication sur l'Instagram de Nico qui correspond à tout ça. On comprend un petit peu mieux comment il fait pour financer ses vacances.

Et on tombe un peu tous des nus, mais on se met vraiment en hors de marche en se disant, on réfléchit pas, c'est très étonnant, mais on y va. On se dit, ok, là on a quelque chose d'assez important sous la main, on continue à chercher. Donc on retrouve... des tonnes de billets d'avion et au bout d'une demi-journée d'investigation, on remonte à quasiment 40 000 euros de dépenses qui ont été faites par lui pour son titre perso.

Du coup, on va sur son Instagram et sur toutes ses publications et on prend un maximum de captures d'écran de son Insta par rapport à la destination où il était, par rapport au billet d'avion. Et avec ma collègue du juridique, on y va en se disant OK, donc là, on doit monter un dossier. hyper béton parce qu'on est mercredi, il revient lundi donc il va falloir qu'on puisse accumuler un maximum de preuves pour que ça puisse tenir la route.

Le lendemain, en fin de journée, donc ça fait 48 heures qu'on a découvert toutes ces infos-là, on se rend compte qu'il fait aussi des virements Paypal pour des virements sur des faux clients. En tout cas, il utilise des clients qu'on a, nous, à l'agence pour justifier ces virements Paypal, sauf que ces virements Paypal vont sur...

son compte directement. Il se fait après un virement Paypal, il s'organise pour que tout arrive sur son compte et on arrive donc en 48 heures à pas loin de 100 000 euros de dépenses qu'on a tous les trois retrouvés.

On a dans l'équipe un rituel d'aller au Starbucks. Alors pas forcément tous les jours, mais en tout cas, l'un va commander pour les autres. Et à tour de rôle, chacun paye la tournée en fait Starbucks. Et on découvre à ce moment-là que même ça, c'est payé sur la carte de la boîte. Donc c'est juste un petit peu vexant.

à ce moment-là de se dire que finalement rien n'a été sincère. La dernière facture qu'on retrouve c'est la facture de la fameuse bougie qu'il avait achetée au tout début de notre collaboration et finalement je me dis que c'est là que tout a commencé.

Alerte au boss et préparation

Le lendemain, j'organise un point avec mon boss pour savoir si Nico a plus de liberté avec l'argent que nous et que n'importe quel autre salarié. Et il me dit, écoute, oui, donc je le sens un peu dans l'hésitation et du coup, je sors le dossier sur lequel on a travaillé depuis 48. et je lui demande si ses libertés vont à hauteur de 100 000 euros. Et à son visage, je comprends que pas du tout.

Donc, suite à ce rendez-vous que j'ai avec mon boss, on se met encore plus en action de marche pour devoir aller trouver un avocat, aller chez l'avocat pour connaître la procédure et savoir déjà si notre dossier tient la route parce qu'on a monté ça, mais on en reste finalement assez. sceptiques ou en tout cas vraiment dans le feu de l'action. Et du coup, en découle le fait de devoir aller déposer plainte, aller au commissariat pour pouvoir raconter toute l'histoire.

Et on est vendredi à ce moment-là, le commissaire qui nous accueille nous dit « Bon, écoutez, très bien, bon dossier, en effet, il faut faire quelque chose. » Sauf qu'on est vendredi, on est en fin de journée, et du samedi au lundi, on ne peut pas avoir accès au compte de quelqu'un.

puisque les banques ne fonctionnent pas. Donc il va falloir attendre mardi pour qu'on puisse vraiment venir vers vous. Nico revient lundi de vacances et mon boss me dit qu'on va devoir passer à l'action numéro 2 qui est l'accueillir comme si de rien n'était le lundi à son retour de congé. J'ai dit à ceux qui ont monté le dossier avec moi, donc son stagiaire et celle du juridique, de ne pas venir, de rester chez eux pour ne pas avoir à le confronter, pour que ce soit plus simple pour eux.

Le retour de vacances et l'arrestation

et on attend du coup le retour de Nico qui arrive normalement vers 9h au bureau et il est 11h et il n'est toujours pas là donc on s'inquiète un petit peu de savoir Pourquoi il n'est pas là alors qu'on l'attend réellement pied ferme ? Et on a toujours le stress de se dire, est-ce qu'on a liké une photo ? Est-ce que quelqu'un lui a fait passer quelque chose ? On est un peu dans ce stress qu'en fait qu'il ne vienne jamais.

Et en fait à 11h30 il arrive, il nous envoie un message en nous disant mon avion est eu du retard, j'arrive dans 20 minutes, je suis dans le taxi. Et c'est très étonnant de le retrouver après la semaine qu'on a passée. Et son sourire qui est hyper avenant et finalement peut-être juste faux. Et toute la perception du mec que j'ai à la base, avec qui j'ai passé un an en tête à tête dans le bureau, s'effondre un peu complètement.

Donc c'est vraiment ce moment-là où je dois complètement jouer avec lui pour ne pas qu'il sente qu'on a tout découvert. Mais c'est assez perturbant de me dire que toute cette relation ne tenait rien, ou en tout cas pas grand-chose. Et au fond, je me demande qui est vraiment cette personne. Dans l'après-midi, on se fait un point avec mon boss et mon boss me dit c'est bon, j'ai eu un retour des flics, on a les preuves.

de tout, donc tous les virements, etc. C'est bien sur son compte. Donc on va devoir organiser demain matin un point avec lui pour le convoquer à une heure précise et on aura deux gendarmes en civil qui seront là pour nous accompagner pendant cet entretien-là. Le mardi arrive, l'entretien est à 10h et on se voit juste avant et Nico me dit, relou, j'ai un point qui a été calé avec le boss, ça va durer trois plombes, trop chiant. Donc moi je suis pas dans la salle avec eux.

Je laisse le boss et la DG faire l'entretien et j'attends à l'extérieur avec les deux flics qui sont en civil. De l'autre côté de la salle, du coup, j'entends que mon boss lui remet sa mise à pied avec tout le détail de ce qu'on lui reproche. On l'entend nier et hausser le ton. Et mon boss lui dit, écoute, tu vas pouvoir t'expliquer avec telle personne, telle personne. Et c'est à ce moment-là où... flics en civil arrivent dans la salle pour du coup continuer l'entretien.

Et ça ne se passe pas très bien à entendre les échanges et la voix qui hausse un petit peu. Ils sont là donc clairement pour le mettre en état d'arrestation. Et c'est à ce moment-là où les portes s'ouvrent. Et je vois du coup Nico avec les menottes au poignet. On se regarde dans les yeux. Il tourne la tête. Je vois mon collègue que je pensais connaître, que j'aime beaucoup en plus, se retourner et me regarder. Il a un flic de chaque côté, les menottes au poignet et il s'en va.

Et en me regardant, je pense que s'il avait pu me tuer, il l'aurait clairement fait. Il a un regard qui a complètement changé. C'est-à-dire que j'ai toujours eu... Beaucoup de bienveillance pour lui et beaucoup d'accompagnement dans son regard. Et en deux secondes, il comprend très bien qui est à l'origine de tout ça, de tout ce qui lui a été reproché. Et son regard est hyper flippant parce que je ne le connais pas comme ça.

Conséquences et regard final

Et ce dernier regard me fait un peu froid dans le dos. Donc il part avec les flics, et c'est à ce moment-là où il y a toute une pression qui retombe de la semaine qu'on a accumulée, quasiment la semaine. et je m'effondre et me mets à chialer comme un gamin avec mes collègues. Je pars prendre l'air. Il y a plein de sentiments qui se mélangent à ce moment-là sur la pression qui retombe et surtout un sentiment où je me sens hyper bête. Tout est hyper clair avec le recul.

Et je me sens très con de me dire, on n'a rien vu avant, mais on aurait dû lui poser plus de questions. Et sa famille, enfin finalement, on ne connaît rien de lui avec le recul. C'est vraiment se dire ce sentiment un peu de trahison, mais surtout, on se sent hyper bête. Il a après toute cette histoire été condamné à 15 mois de prison avec sursis et a remboursé la totalité des sommes qu'il avait volées. Je ne l'ai après ça jamais revu, jamais recroisé. Il m'a bloqué de tous les réseaux sociaux.

Même LinkedIn, je n'ai aucune possibilité de voir s'il travaille aujourd'hui, etc. J'ai des potes qui l'ont croisé une ou deux fois dans Paris, qui m'ont pris même des photos de lui de dos, etc. En me disant, regarde qui je viens de croiser, Nico. Mais je n'ai jamais eu de... plus jamais eu de nouvelles par aucun biais de cette personne. Et je n'ai absolument pas envie de lui parler. J'avais envie, en fait, après, de me dire « Mais pourquoi t'as fait ça ? »

Enfin, qui es-tu vraiment ? Il y a toujours ce sentiment qui est un peu resté de me dire, on a passé un an, on s'est tout raconté, pourquoi t'as été si bête ? Est-ce que t'aurais pas pu le faire un petit peu plus subtilement ? Et t'aurais été à la bougie. – Sous-titrage FR 2021 Sous-titrage Société Radio-Canada Pour proposer une histoire, vous pouvez nous envoyer un mail à l'adresse

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