Le grand voyage (Michelle et Virginia 2/2) - podcast episode cover

Le grand voyage (Michelle et Virginia 2/2)

Oct 30, 202522 minSeason 10Ep. 447
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Summary

Cet épisode suit Virginia, adoptée à Djibouti, alors qu'elle navigue entre le sentiment d'appartenance à sa famille adoptive et la quête de ses origines. Après des années de recherches infructueuses et de questions non posées, un voyage surprise à Djibouti, offert par son compagnon, lui offre des révélations et un profond sentiment de connexion. L'expérience la confronte à la réalité de son pays natal et lui apporte une sérénité inattendue concernant son identité.

Episode description

Enfants biologiques. Enfants adoptés. Enfants d’un mariage précédent. Dans une même famille, on trouve parfois des frères et sœurs d’origines différentes. Ils ne sont pas nés au même endroit, pas nés des mêmes parents, pas nés d’une même culture. Ils sont différents les uns des autres. Et pourtant ils sont pareils. Élevés de la même façon.

Virginia ne s’est jamais sentie différente de sa sœur. Pourtant, elle a toujours voulu retrouver ses racines. Alors, un jour, elle entame un grand voyage. Celui qui, peut-être, lui apportera des réponses.

L’histoire de Virginia a été recueillie au micro de Téa Gianoli-Souffir. Elle est la deuxième partie d’une histoire en deux parties. N’oubliez pas d’écouter le premier épisode, raconté du point de vue de Michelle.

Transfert est produit par Slate Podcasts.
Direction et production éditoriale: Sarah Koskievic et Benjamin Saeptem Hours
Chargée de production: Astrid Verdun
Chargée de postproduction: Mona Delahais
Prise de son: Johanna Lalonde
Musique originale: Sable Blanc

L'introduction est écrite par Sarah Koskievic et Benjamin Saeptem Hours. Elle est lue par Aurélie Rodrigues.

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Transcript

Introduction Et Premières Différences

Dans une même famille, on trouve parfois des frères et sœurs d'origines différentes. Ils ne sont pas nés au même endroit, pas nés des mêmes parents, pas nés d'une même culture. Ils sont différents les uns des autres et pourtant ils sont pareils. Ils sont élevés de la même façon. Virginia ne s'est jamais sentie différente de sa sœur. Pourtant, elle a toujours voulu retrouver ses racines. Alors un jour, elle entame un grand voyage qui peut-être lui apportera des réponses.

L'histoire de Virginia est la deuxième partie d'une histoire en deux parties. N'oubliez pas d'écouter le premier épisode raconté du point de vue de Michel. Vous écoutez Transfer. Ce témoignage a été recueilli par Théa Giannoli Souffir. Je nais le 22 juin 1993 à Djibouti d'une mère biologique somalienne qui fuit la guerre de Somalie et qui doit m'abandonner dans un orphelinat.

J'arrive donc le 24 décembre 1993 à Paris pour être adoptée par ma famille actuelle. Mes parents me racontent mon histoire assez rapidement. Ils me disent que... Ma maman n'a pas pu s'occuper de moi. Comme elle m'aimait fort et qu'elle ne pouvait pas s'occuper de moi, elle m'a confié à une autre famille. Quand j'ai trois ans, ma petite sœur Victoria naît. On se dispute beaucoup pour un petit peu tout et rien.

Je ne sais pas pourquoi, mais je ne suis pas gentille avec elle. Je ressens des différences physiques, notamment les cheveux. Ça peut paraître bête, mais elle a les cheveux longs, lisses, faciles à coiffer et pas moi. Mais à part ça...

Je ne sens pas de différence où elle, elle est blanche et moi, je suis noire. Toute mon enfance, je ne suis pas une enfant noire. J'ai l'impression d'être une enfant blanche parce que tout le monde autour de moi est blanc. Et du coup, je n'ai pas cette différence de couleur de peau, mais vraiment de cheveux.

Ça me marque beaucoup, cette différence de cheveux. Je ne sens pas non plus de différence avec mes parents. Ils sont, à mon sens, pareils avec elles qu'avec moi. Je ressens plus de différence de grande sœur par rapport à une petite sœur. La différence de l'aîné où ma sœur a toujours eu plus que moi, c'est toujours à moi qu'on dit les choses et jamais à elle. Donc ça, je sens plus des différences de frères et sœurs lambda qui ont les mêmes parents biologiques.

Ma maman, elle a une rétinique pigmentaire. C'est un handicap visuel. Elle est née avec un œil qu'ils ne voyaient pas du tout. Au quotidien, ça ne nous impacte pas avec ma sœur quand on est toute petite. On ne sent pas cette différence. Et quand je suis en primaire, là, effectivement, il y a quelque chose qui est différent. Le handicap de ma maman, je m'en rends compte, ça ne change pas grand-chose à la maison non plus. Et elle ne se plaint pas de son handicap.

Elle en parle de façon naturelle quand on pose des questions, mais elle n'en parle pas plus que ça. Un exemple tout bête, c'est toujours ma maman qui retrouve les choses à la maison. Mon père perd tout, ses lunettes, sa tasse à café, ses chaussettes, et c'est ma mère qui les retrouve.

Ma mère, elle voit clair, puisque finalement, c'est elle qui retrouve tout ce qu'on perd à la maison. Quand je suis en primaire, ma petite sœur, elle est en maternelle, donc personne n'a vu que j'avais une famille blanche dans ma classe. Donc, le fait que ma maman arrive à l'école...

avec un handicap et qu'elle soit blanche et que moi, je ne le suis pas. Ça fait beaucoup, beaucoup de différence. Quand je me rends compte que ma maman, elle est différente, je me rends compte que je suis différente aussi. J'ai une maman qui est handicapée, j'ai une maman aussi qui est blanche, et là je sais qu'il y a une différence de couleur de peau. Quand j'arrive au collège, c'est un petit peu plus difficile.

L'Éveil Des Questions Identitaires

Quand je rentre en sixième, j'en suis à ma quatrième école. Donc me faire des amis, c'est difficile. Les enfants au collège sont particulièrement méchants. Je suis dans un collège privé catholique. où sur 2000 élèves, on doit être deux ou trois personnes noires. Et là, je ressens vraiment qu'il y a une différence de couleur. J'en veux pas à mes parents, mais je suis assez en colère parce qu'on m'a pas préparée à ça.

On ne m'a pas préparé à être une enfant noire dans un collège de blancs avec beaucoup de préjugés. Et je suis assez agacée. Je ne veux pas être la personne différente parce que là, je suis assez pointée du doigt.

parce que je suis noire, parce que j'ai une maman blanche, parce que j'ai une maman handicapée. Et donc, je commence à vouloir faire un peu plus de recherches. Je me rends compte qu'il y a la guerre en Somalie, donc il y a très peu de chances que j'ai de la famille biologique qui soit encore en vie.

Mais je suis curieuse et je regarde. Et mes parents, ils me donnent quelques petites informations au compte-gouttes, notamment le nom de l'orphelinat, mon prénom et mon nom de famille. Ça, je les connais depuis toute petite.

Ils me disent à ce moment-là qu'effectivement mon adoption passe par une association parce que le pays dans lequel je suis né en 1993 est beaucoup trop dangereux pour faire venir des familles françaises dans les orphelinats. Comme se fait une adoption classique, les parents viennent visiter l'orphelinat.

Mais là, Dubouti, ce n'est pas possible. Il est absolument hors de question que des Français viennent dans un pays en guerre. Donc, c'est une association qui fait les échanges. Je suis un peu dans un... Un mélange d'émotions où je veux en savoir plus et en même temps, j'ai peur de détruire cette jolie histoire que mes parents adoptifs m'ont racontée quand j'étais petite. À force de poser des questions, mon...

Mon père me dit qu'il y a un film sur la guerre de Somalie qui s'appelle « La chute du faucon noir ». Il me précise que c'est un film qui est très difficile à voir, même pour quelqu'un qui n'est pas touché de près ou de loin par la Somalie, et donc que ça va être très difficile à voir pour moi.

Concrètement, c'est la vie que ma mère biologique a dû vivre et il propose de le regarder avec moi. Je déteste les films de guerre. C'est beaucoup de violence. Je ne veux pas forcément le voir, mais en même temps, je me dis qu'il faut...

Je suis entourée, je ne le vois pas toute seule, je le vois avec mon père. La Somalie, pour moi, ce n'est qu'un pays de guerre. Et je me rends compte que je suis une rescapée, en fait, même si moi, je n'ai pas fait la guerre. Je me rends compte que si je n'avais pas été adoptée par mes parents actuellement...

Peut-être que je serais encore à Djibouti ou encore en Somalie, peut-être morte. Donc à ce moment-là, je me dis ok, mes parents adoptifs m'ont un peu sauvé la vie en fait. Mais ça, je ne le montre pas à mes parents.

Je ne veux pas leur dire parce qu'on est éduqués avec ma petite sœur dans une famille où on ne montre pas trop ses émotions. On ne se dit pas beaucoup qu'on s'aime, on ne se fait pas beaucoup de câlins, on ne se fait pas beaucoup de bisous. On sait qu'il y a beaucoup d'amour dans cette famille, mais on est un peu pudique.

Et donc, je ne veux pas leur dire parce que ça serait admettre effectivement que j'ai des parents biologiques et des parents adoptifs. Alors qu'en fait, pour moi, je n'ai que des parents. C'est ceux avec qui j'ai vécu. À la fin de ce film, je fais une pause sur mes recherches. J'ai déjà largement assez d'informations. L'objectif de mes recherches, c'est certainement pas de retrouver ma mère biologique à aucun moment. C'est juste d'en savoir un petit peu plus sur d'où je viens.

Quel est mon pays ? Et je pense qu'après ce film, je comprends d'où je viens. Ça me suffit largement. Je viens d'un pays en guerre, d'un pays pauvre. Et je n'ai pas besoin d'en savoir plus à ce moment-là.

Le Dossier D'adoption Et La Quête Avortée

À mes 18 ans, mes parents me donnent mon dossier d'adoption sans que je leur demande, mais c'est parce que j'ai 18 ans et je range ce dossier dans mon placard et il va y rester plusieurs mois. Je déménage à mes 19 ans. Je vide mes placards, je fais mes cartons et je retombe sur ce dossier, un gros dossier jaune où il y a marqué adoption dessus. Et puisque je suis en train de faire le tri dans mes affaires, je trouve que c'est le bon moment pour ouvrir le dossier.

Et là, je tombe sur pas mal de papiers très intéressants, et notamment la déclaration d'abandon de ma mère, qui a été traduite en français. Mon nom de famille, sur le prénom de ma mère, sur le prénom de mes grands-parents maternels.

et sur le nom de l'orphelinat et le nom de l'association. Un petit mot aussi des sœurs de l'orphelinat qui demandent à mes parents d'en faire une enfant de Dieu, donc de me faire baptiser. Donc j'ai des nouvelles informations, mais... pas de nouvelles informations qui vont avancer mes recherches, mais juste sur la vie que j'ai eue à Djibouti, finalement.

Quand j'ouvre le dossier et que j'en parle justement à mes parents, ma maman, elle, elle me dit « Peut-être que t'as des frères et sœurs, t'aimerais pas savoir, tu veux pas regarder un petit peu, si t'as besoin, moi je peux t'aider, ça me ferait plaisir. » Ça me titille effectivement. Je me dis oui, ça se trouve, j'ai des frères et sœurs quelque part dans le monde. J'en sais absolument rien. Et très vite, je me rends compte que l'orphelinat, il n'existe plus.

L'association qui a permis mon adoption a arrêté les adoptions à Djibouti deux ou trois ans après mon arrivée. Il n'y a plus de possibilité de faire des recherches. À chaque fois que je tire un fil, ça ne marche pas. C'est un dossier très important. Il ne m'amène nulle part. Je ne sais pas comment chercher, donc j'arrête.

Rencontre Et Soutien De Johan

À 23 ans, je vis chez un ami en colocation. Un des colocataires invite un de ses meilleurs amis. Il rentre dans la pièce le soir et moi, je ne suis pas du tout dans l'optique de rencontrer quelqu'un. Ça fait à peine un an que je suis séparée de mon ancien compagnon avec qui j'ai vécu. Et en fait, quand il passe la porte...

Je ne sais pas pourquoi. J'ai envie d'aller vers lui. J'ai envie de parler avec lui. On est 15 à la soirée et je passe toute ma soirée avec lui. Je fais exprès de lui garder une place à côté de moi pour qu'on puisse discuter. Je finis par me donner son prénom. Il s'appelle Johan et on parle. toute la nuit, de tout et de rien. Il repart le lendemain matin chez lui. Moi, à midi et demi, je prends le train pour le rejoindre à Paris. On n'a pas eu le temps de tout se dire.

On passe la journée du dimanche à se balader dans Paris, à prendre des cafés, à toujours plus parler encore et encore. Et je rentre le soir à 23h. Je suis épuisée. Mon ami de mon colocataire qui a ramené Johan à la soirée me dit « Ah ok, là il y a quelque chose, il est réservé d'habitude, tu ne parles pas autant, tu dois lui plaire. » Et je vois que toi aussi, et moi je me dis « Non mais pas du tout. »

C'est quelqu'un de gentil, mais je n'ai pas la tête à avoir un copain en ce moment. Je le connais depuis 12 heures. C'est juste que c'était une bonne journée et sans plus. Et ce n'est pas vrai, je mens complètement à ce moment-là. Je suis fan de lui.

J'ai envie de le voir tous les jours. Et c'est ce qui se passe. On se voit très rapidement, très souvent. On se parle tout le temps. On passe plusieurs jours par semaine à la maison. Et je ne réfléchis pas à si c'est mon copain, pas mon copain. On est ensemble, en fait. On ne se dit pas « est-ce que tu veux sortir avec moi ? » ou « est-ce que tu vois d'autres personnes ? » C'est hyper naturel. Trois mois plus tard, je cherche un appartement, puisque j'en ai marre de vivre en colocation.

Donc je lui dis en fait je peux venir m'installer chez toi quelques semaines, le temps de trouver quelque chose de plus stable et on vit ensemble alors que ça fait trois mois que je le connais. Quand j'emménage avec lui, je ramène mes affaires au fur et à mesure.

L'air de rien. Et il y a toujours ce dossier jaune. Je lui dis, ça, c'est les papiers de mon adoption. Il y a pas mal de choses dedans qui m'ont appris des choses. Mais ça ne nécessite pas de recherche plus que ça. C'est juste des papiers que je veux garder pour moi. Mais il n'y a rien à en faire de ce dossier.

À part le ranger et faire attention qu'il ne soit pas perdu, qu'il ne soit pas brûlé. Mais c'est plus un dossier de souvenirs qu'autre chose. Donc il se rend vite compte que ce n'est pas que je m'en fiche de mon adoption, c'est que ce n'est pas un sujet en fait. Quelques mois avant mes 30 ans...

Le Voyage Inattendu À Djibouti

peu avant Noël. Ça fait sept ans que je suis avec lui, ça fait dix ans que j'ai arrêté mes recherches, si tant est que je les ai vraiment commencées un jour. Il m'offre un paquet cadeau. Il y a un livre de Zanzibar. Je crois comprendre qu'on part en vacances à Zanzibar dans un magnifique paradis. Et il me donne un mot et il me précise bien.

On part quatre jours à Djibouti. Après, on part dix jours à Zanzibar pour se remettre des émotions. Mais quand je me rends compte qu'on va partir là-bas, j'ai un peu peur, je suis un peu excitée. Je trouve que c'est incroyable ce qu'il a fait comme cadeau. Je pleure pendant 10-15 minutes. Je n'y vais pas pour chercher ma mère, je n'y vais pas pour chercher quelque chose, j'y vais. Mais surtout, j'y vais avec Yoann et du coup, je suis plus sécure.

parle à mes parents quelques jours après. Mon père trouve ça fou. Il est super content. Ma mère, elle s'inquiète beaucoup. Il y a une vraie différence de réaction entre mon père et ma mère. Mon père me dit « Ah, c'est incroyable ! » Il est avec moi dans ce voyage. Ma mère, c'est plus... C'est un pays dangereux, c'est un pays pauvre. Tu fais attention, tu nous tiens au courant. Vous vérifiez bien tout, donc je sens qu'elle est un peu stressée. Mais ils finissent par être très contents pour moi.

Et mon père me dit, il est vraiment bien quand même, Yann, il est vraiment bien de penser à ça. Tu me raconteras comment c'est. Ils sont contents et je les dis à ma sœur et ma sœur... Très, très, très émotive. Elle montre tout ce qu'elle ressent et elle hurle de bonheur en disant « Ah, mais c'est incroyable, ça va être trop bien, tu te rends compte, tu vas aller à Djibouti, tu te rends compte, il t'a offert ça, tu vas partir à Djibouti, je veux tout savoir. »

Découverte De Ses Racines Et Choc

excité que moi j'ai l'impression. Quand j'arrive à Djibouti, à peine le pied posé, Les douaniers reconnaissent tout de suite que je viens d'ici. Je pleure. Il y a des traits communs et ça se voit. Moi, ça fait 30 ans que je vis en France. Il y a peu de Somaliens, donc je n'ai jamais vu de personne qui me ressemblait.

Sur le chemin de l'aéroport à l'hôtel, c'est très pauvre, c'est très sale. Les voitures sont d'un autre temps, il fait très chaud, c'est pas agréable du tout comme endroit. On arrive ensuite à l'hôtel. Le seul hôtel de Djibouti, mais c'est que des expats. On passe du taxi à l'hôtel et on a trois ou quatre enfants qui nous sautent dessus pour nous demander à boire, à manger, une pièce.

Et on rentre dans l'hôtel et là, c'est climatisé. Il y a à manger, il y a à boire. Donc c'est un choc un petit peu difficile. On arrive dans l'hôtel et pareil, je comprends que je ressemble bien à une Djiboutienne ou à une Somalienne, puisque la personne qui prend nos bagages dit « Ah, mais vous, vous venez de Somalie, ça se voit, vous avez les traits de Somalie, vous allez voir de la famille ? »

Et donc, je dois expliquer que oui, je suis de Djibouti, mais non, je ne viens pas voir de la famille. Et on dit qu'on est là pour le tourisme, parce que c'est un peu ça. Et c'est là qu'on comprend que ce n'est pas du tout un pays touristique. On se dit pour le tourisme, on n'a jamais eu ça du tourisme. Mais OK, on va installer nos affaires et on décide de ce qu'on va faire pendant ces quatre jours. On voit qu'il y a deux kilomètres pour aller à l'orphelinat, donc ce n'est pas très loin.

Mais on met peut-être deux heures à y aller parce qu'on se perd, parce qu'en fait, il n'y a pas de route. C'est des espèces de grands terrains vagues. On voit des gens allongés par terre, des chiens errants, des gens fatigués, des gens affamés. Et des gens qui passent à côté, qui s'en fichent. Ça sent très mauvais. Je me rends compte que j'aurais pu vivre ici. Il a été détruit, l'orphelinat. C'est devenu une école. Et donc, on essaye de rentrer dans l'école.

C'est fou d'être devant l'orphelinat dans lequel j'ai été, même si ce n'en est plus un aujourd'hui. C'est le même endroit, il y a encore des sœurs qui travaillent dedans, donc je veux absolument prendre une photo devant l'orphelinat et l'envoyer à mes parents. Je l'envoie à mes parents. Je ne sais pas exactement comment ma mère réagit. Mon père m'envoie un pouce avec un cœur, ce qui est le maximum de ce qu'il peut faire, mais je sais qu'ils sont contents.

Ça les rassure un petit peu de savoir que c'est pauvre, mais ce n'est pas si dangereux que ça, que j'ai pu me balader, qu'on a pu prendre une photo. Il y a le couvent qui est derrière moi sur cette photo. C'est très joli. Il y a des murs tout neufs avec des palmiers. On dirait presque que je suis en vacances.

Et juste de devant, il y a une plage avec des barbelés et des détritus absolument partout. Donc le contraste montre bien la ville de Djibouti. Je pleure toute la soirée. Pas du tout de tristesse, mais je crois qu'il y a trop d'émotions. Il y a un mélange de fatigue, évidemment, mais il y a beaucoup d'émotions. Et à chaque fois que j'essaye de parler, je me mets à pleurer. Je suis hyper contente. Je remercie Johan tellement de fois de me permettre de vivre ces moments-là.

Un Sentiment D'appartenance Retrouvé

On est aussi choqués par la vie à Djibouti. Donc vraiment, il y a et de la reconnaissance et de la tristesse de voir les conditions de vie des gens qui sont là, la joie de voir des gens qui me ressemblent. d'entendre des personnes qui me disent « je ressemble à une Djiboutienne, je ressemble à une Somalienne », c'est une sorte de reconnaissance. J'appartiens à quelque chose, j'appartiens à une communauté. Je sais que ma mère biologique est somalienne, je ne sais absolument pas.

D'où vient mon père biologique ? Il pourrait être somalien, il pourrait être djiboutien, éthiopien. Il pourrait même être un occidental, puisque les États-Unis et la France sont là au moment de la guerre de Somalie. Donc, il peut venir de n'importe où. Et donc, je ne sais pas exactement.

à quoi je ressemble. Je ne sais pas si je suis métisse ou si je suis somalienne. Et quand on me dit vraiment que je ressemble à une Somalienne, je fais OK. Bon, ça me donne une petite idée sur d'où vient mon père biologique aussi. Là, je me rends compte que vraiment, je ressemble à ces gens-là et je suis tellement contente de les voir que c'est beaucoup, beaucoup de joie quand même, mine de rien. Le lendemain, on part visiter le lac de sel, qui est un lac...

tout blanc où on peut marcher dessus. On fait quelques heures de route et c'est là où on se rend compte que le pays est très joli en fait. Il y a beaucoup de choses à voir. On a des photos où on marche sur... Une espèce de terre volcanique toute noire sous un soleil monstrueux. Mais la vue est sublime. On voit vraiment des paysages très jolis.

où il n'y a absolument personne. Et donc pendant ce voyage, je n'ai pas plus d'informations que ça sur ma famille biologique. La boucle est un peu bouclée. J'ai vu mon orphelinat, j'ai vu les gens qui me ressemblaient et j'ai des réponses ou des questions que je ne me posais même pas. Peut-être parce que je ne voulais pas me les poser en me disant, puisque je n'aurais pas de réponse, autant pas me poser ces questions-là. Je suis repartie avec une certaine sérénité sur mes origines.

Vivre Avec Son Histoire Aujourd'hui

Quand je reviens à Paris, mes amis savaient que je partais pour ce voyage, donc ils m'envoient beaucoup de messages, comment ça va, comment c'était, il faut que tu nous racontes. Et j'ai besoin de prendre quelques jours pour souffler un petit peu. Moi, je me sens bien. Je suis contente d'avoir fait ce voyage. C'est mon petit cocon à moi, à Johan, à la limite. Mais je n'en parle pas plus que ça. Mes émotions, je les garde pour moi et pour Johan à la maison.

J'ai 32 ans aujourd'hui, donc ça fait deux ans que j'ai fait ce voyage. Je garde toujours précieusement mon dossier jaune, il restera là tout le temps. Je sais exactement d'où je viens, même si je n'ai pas beaucoup d'informations. Les gens de là-bas m'ont bien fait comprendre que si, si, je venais de Somalie et qu'il n'y a pas de doute là-dessus. Donc, je n'ai aucun doute maintenant sur d'où je viens.

Avec Johan, on est toujours ensemble. Donc ça fait 9 ans. C'est toujours aussi naturel qu'au début. Je me suis incrustée chez lui il y a 8 ans et demi. Je n'ai jamais reparti. Je pense que c'est parti pour durer. Je pense qu'au bout de 9 ans, on peut se dire que c'est une relation solide, en fait. Ma petite sœur vit en Islande maintenant depuis 10 ans.

Aujourd'hui, ma petite sœur, c'est plus que ma meilleure amie et c'est plus que ma sœur. C'est vraiment la personne la plus importante de toute ma vie. Même si j'aime beaucoup mes parents et j'aime Yohan, ça reste ma petite sœur la personne la plus importante. On s'envoie des messages tout le temps sur des sujets importants comme sur des sujets nuls. Je lui dis absolument tout et elle aussi. Et j'échange beaucoup avec mes parents par message et par appel. Ma mère, c'est la...

Pour moi, la personne la plus forte que je connaisse, c'est ma maman en fait. C'est pour ça que je n'aime pas dire ma mère adoptive, c'est ma maman. Sous-titrage Société Radio-Canada Joanna Lalonde. L'introduction a été écrite par Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours. Elle est lue par Aurélie Rodriguez. Retrouvez Transfert tous les jeudis sur Slate.fr et sur votre application d'écoute préférée. Pour vous abonner, c'est simple.

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