¶ Intro / Opening
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À 20 ans, Kenji a un job, promener les touristes dans les coins les plus chauds de Tokyo. Il connaît tout de Kabukisho et il sait comment divertir ses clients. Un jour, le héros de Miso Soup, un roman de Ryu Murakami, doit jouer durant trois nuits les guides pour Franck, un Américain de passage. Peu à peu, le doute s'installe, ce client ne semble pas comme les autres. Kenji délire-t-il ?
Et Franck est-il en réalité un dangereux psychopathe bien décidé de profiter à sa manière de son séjour au Japon ? A peine plus âgé que Kenji, Émilie trouve un job dans une chocolaterie parisienne. Peu de temps après son arrivée, Mélissa... une nouvelle employée est embauchée. Très vite, les deux jeunes femmes se lient d'amitié. Vous écoutez Transfer, épisode 229, un témoignage recueilli par Hélène Pagesy.
¶ Amitié Naissante et Premiers Conflits
Je commence à travailler à la chocolaterie-confiserie en mars 2022. J'ai été assez très rapidement embauchée même. C'est un travail qui me plaît beaucoup au début. C'est un bon cadre, l'équipe est sympa, je m'entends bien avec mes collègues, notamment avec... Un collègue qui s'appelle Marc, avec qui je développe un peu une complicité au début de mon travail là-bas. Au quotidien, c'est une mission de vente assez simple, accueillir les clients, les encaisser.
Faire des réassorts dans les rayons. Donc je me dis que je peux me plaire là-bas et que je pourrais rester longtemps. Bon entente avec l'équipe, bon travail, je me plais. Au bout de quelques semaines, il y a une nouvelle recrue qui arrive dans la boutique qui s'appelle Mélissa.
Et très vite, je me fais copine avec elle. En fait, c'est la seule fille de mon âge dans l'équipe. On est à peu près sur la même longueur d'onde. Donc très vite, je vois qu'on est hyper différentes. On est carrément aux antipodes l'une de l'autre. On n'est pas du tout dans le même milieu, on n'a pas du tout les mêmes principes, les mêmes idées, on ne fait pas les mêmes choses, on ne sort pas du tout aux mêmes endroits, on n'a pas la même conception d'énormément de choses.
Mais bizarrement, on se rapproche quand même, on se trouve des terrains d'entente et je commence à développer une affection pour elle amicale assez forte. On s'autorise des choses entre nous. On se fait confiance. Par exemple, normalement, on n'a pas de pause cigarette de 5 minutes dans la journée.
Elle me demandait quand on était toutes les deux d'y aller et je la laissais et je lui disais oui, vas-y. Et ça, on ne faisait ça qu'entre nous et on était beaucoup plus libres et beaucoup plus tranquilles ensemble en fait. On se voit souvent en dehors, elle vient chez moi après le travail, on prend l'apéro.
Elle m'emmène en virée en voiture, on va faire les magasins ensemble. Ouais, on traîne pas mal ensemble. Très vite, on s'envoie des messages rapidement. C'est elle qui me contacte souvent. Elle me demande de mes nouvelles. Si je lui envoie pas de messages, elle... Je le prends presque mal en se disant que je m'en fiche d'elle. Je suis contente parce que c'est bien de recevoir une amitié comme ça. Ça me fait hyper plaisir, ça me fait chaud au cœur et ça m'attendrit.
Je la sens très protectrice avec moi, donc elle va vouloir prendre ma défense auprès de mes autres collègues sans que je lui demande rien. Par exemple, un jour, Marc décide de faire la caisse. C'est à moi de la faire normalement.
Et moi, je ne dis rien, je m'enfuche un petit peu, je laisse passer. Et quand je ne suis pas là, Mélissa profite de mon absence pour en toucher un mot à Marc, alors que ça fait seulement deux jours qu'elle est là. Et elle lui dit, pourquoi c'est toi qui fais la caisse ? Ça me touche parce que je me dis, elle est protectrice avec moi. C'est agréable, mais en même temps, je me dis, je ne t'ai rien demandé. Pourquoi tu vas te mêler de ça et pourquoi tu en parles comme si j'avais m'en plaigné ?
Plusieurs jours après, ils ne se parlent pas, ils ne disent même pas bonjour quand ils se voient. Donc une ambiance très, très tendue. Quelques jours plus tard, ils se croisent et rebondissent sur un truc sur lequel ils n'étaient pas d'accord et ils commencent à s'engueuler. Et Mélissa commence à insulter Marc, mais de façon vraiment virulente, menaçante presque, carrément menaçante même. Elle lui dit qu'elle va lui ramener ses frères, elle insulte tous les noms.
elle pète un câble. Et moi, je ne suis pas là à ce moment-là. C'est quand j'arrive après au travail, quand je commence ma journée un peu plus tard, qu'elle me le dit. Et à ce moment-là, je me dis « Waouh ! C'est quoi cette fille ? » Et en même temps...
Je m'empêche un peu de le penser vraiment parce que c'est mon amie, parce que je suis attachée à elle à ce moment-là, je la fréquente en dehors du travail et je sais qu'elle a confiance en moi et qu'elle m'aime beaucoup aussi. Donc je n'ai pas envie de penser du mal d'elle.
¶ Ambiance Toxique et Braquage Violent
La responsable de la boutique vient un jour à la boutique contrôler que tout va bien, etc. Et elle en profite pour me demander à moi et mes collègues si Mélissa se débrouille bien, si ça se passe bien avec elle, etc.
Et là, un de mes collègues lui dit à la responsable, moi je trouve qu'elle travaille trop vite, il y a plein de trucs qu'elle ne fait pas très bien, je trouve qu'elle ne s'en sort pas très bien. Et je me dis, ce n'est pas super cool, on ne dit pas ça à la responsable, même s'il le pense, bon voilà.
Vaut mieux lui dire à elle en privé plutôt qu'à la responsable. Et du coup, je m'empresse de prendre sa défense et d'intervenir et de dire « Moi, je trouve qu'elle travaille très bien, elle se déroule très bien à la caisse, soit qu'elle a l'expérience, etc. »
Pour des missions simples qu'on effectue ensemble, je ne vais pas être d'accord avec elle, mais je n'ose pas forcément le dire, parce que tout simplement je vois qu'elle a un caractère, un sacré tempérament, et je ne préfère pas entrer en conflit avec elle, surtout quand je vois...
Comment c'est quand elle entre en conflit avec quelqu'un après sa dispute avec Marc ? Et même là, je ne suis pas d'accord avec elle, mais je n'ose pas lui dire, parce que tout simplement, je préfère être dans ses bonnes grâces et qu'avec moi, elle n'ait pas de problème.
C'est surtout que j'ai de l'affection pour elle. Je suis très heureuse que Mélissa soit dans l'entreprise. Mais c'est vrai que, mine de rien, l'ambiance se dégrade complètement. Il y a des frictions, des conflits entre tout le monde. Ça crée un climat vraiment anxiogène depuis son conflit avec Marc. C'est vrai qu'entre Marc et moi, c'est très froid. On ne se parle quasiment plus, on ne se dit plus bonjour, alors qu'on s'entendait très bien jusque-là. Malgré moi...
Avec elle, je me lis contre le reste de l'équipe et c'est à partir de ce moment-là que je ne me sens pas du tout bien dans la boutique, que je ne me sens pas à ma place alors qu'initialement, je me sens très bien, je m'entends bien avec mes collègues. J'essaie de reprendre un peu d'anxiolytique du coup. à hauteur de par jour quand je vais travailler parce que ça m'angoisse et parce que l'ambiance est très pesante. Ça fait deux semaines que Melissa est dans l'entreprise.
On est fin mars, elle est en conflit avec Marc et moi aussi maintenant, parce qu'on sait plus ou moins toutes les deux liguer contre lui. Et du coup, Marc, à ce moment-là, ce qu'il fait, c'est que... Il va éviter Mélissa à tout prix. Il change ses horaires pour partir cinq minutes avant qu'elle arrive. Un dimanche soir, on doit fermer tous les trois, Marc, Mélissa et moi.
Et Marc s'est arrangée pour finir plus tôt et partir avant qu'elle n'arrive. Mélissa, quand elle apprend que Marc a changé ses horaires, qu'elle voit qu'il fait tout pour l'éviter et qu'il ne se croise plus... Elle rigole carrément, elle dit « Ah ah, il a peur de moi, je lui fais peur. Le gars, il a 30 ans, il a peur d'une fille de 21 ans. » Elle jubile, quoi. Clairement, elle est contente, elle a un peu l'impression d'avoir gagné, je pense.
Ce dimanche soir, on se retrouve finalement toutes les deux au lieu d'être à trois avec Marc. C'est une fermeture à la cool. Et Mélissa, ce soir-là, elle me dit « Bien, on ferme 5 minutes plus tôt ». à 20h25, alors que normalement la fermeture, c'est à 20h30. Je sais qu'en acceptant ça, je prends un risque, que c'est abusé, que je ne devrais pas le faire, mais encore une fois, je n'ose rien dire. Donc on ferme, je commence à faire la caisse.
de mon côté, et elle, elle commence à passer à la serpillère du côté de l'arrière-boutique. Deux, trois minutes passent, et très vite, on entend un toque à la porte. Moi je laisse passer, c'est pas la première fois que j'entends des fois les gens quand ils passent ils toquent à la vitre. Donc voilà je me dis c'est juste quelqu'un dans la rue. Donc je réponds pas. Et là il y a un autre toque à la porte.
par lesquels les employés rentrent et sortent pas par la porte d'entrée du magasin à laquelle les clients ont accès. Je dis toujours rien, mais on se regarde et elle me fait « on va ouvrir, si ça se trouve c'est un voisin ». Quelqu'un a besoin d'un truc, bref. Du coup, elle ne me laisse même pas le temps d'en placer une. Elle se précipite à la porte, elle ouvre. Et là, il y a deux mecs habillés en noir, plus ou moins cagoulés, masqués, qui débarquent et qui l'attrapent.
Et il commence à me crier dessus en me disant « Ouvre le coffre, on va faire une dinguerie ! » Et elle, Mélissa, elle commence à dire « C'est une blague, c'est une blague ou quoi ? C'est une blague, là ! » Et moi, je ne dis rien. Je pense qu'avec mes anxiolytiques, je suis un petit peu déphasée. Je suis très calme, trop calme. Donc, les gars mettent le couteau sous la gorge de Mélissa et le coffre est déjà ouvert. Donc, je leur dis, prenez, c'est ouvert.
Très vite, ils prennent presque l'intégralité du coffre et quittent la boutique en courant comme ils sont rentrés, en passant par la même porte par laquelle ils sont rentrés, la porte de derrière qu'ils donnent sur une rue déserte. Ils ont quitté la boutique. Silence. On s'assoit.
¶ Conséquences du Vol et Départ Forcé
On se regarde et je rigole parce que je me dis, qu'est-ce qui vient de se passer ? C'est pas possible, c'est le choc. Et en même temps, j'ai l'impression que ce qui s'est passé, c'est pas réel. Mélissa, elle, elle rigole pas du tout.
Elle ne fait que répéter, on n'est pas en sécurité ici, moi je me barre. Elle me dit non, on ne fait même pas le ménage, on laisse tout en plan, on s'en va, je ne veux pas rester une de plus ici. Donc je me dis qu'elle est plus traumatisée que moi, que ça a été plus violent pour elle. Donc on quitte la boutique.
Et là, on se dit qu'il faut qu'on appelle notre chef. C'est un peu logique que ce soit moi qui parle à ma chef parce que je suis là depuis beaucoup plus longtemps dans l'entreprise. Depuis plus longtemps que Mélissa, elle me connaît mieux.
Donc je passe un coup de fil à ma chef, je lui raconte tout ça, elle me dit d'accord, il faut appeler les policiers, ensuite vous les attendez devant la boutique et vous verrez ce qu'ils vous disent, etc. Après l'appel avec ma chef et après avoir appelé les policiers,
On les attend du coup dans la rue, à côté de notre travail. On s'allume une cigarette. Moi, ça redescend et je commence à me sentir un peu sonnée et un peu choquée. Je tremble un peu, j'envoie un message à mes parents. Et Mélissa, je la trouve quand même... étonnamment, vachement détendue, pour une personne qui vient de se prendre un couteau sous la gorge, elle s'assoit sur un scooter en position...
Plage quoi, genre tranquille, détente. Et elle fume sa clope et il y a un gars qui vient lui taxer un truc dans la rue et elle parle avec lui comme s'il ne venait pas de se passer un truc de ouf. Et donc moi, à ce moment-là, je ne comprends pas trop et je me dis...
Bon, chacun sa façon de réagir, me dit elle est en état de choc et voilà, on ne réagit pas tout pareil. Donc les policiers arrivent, on réentre dans la boutique, on leur raconte ce qui s'est passé, on répond à leurs questions, etc. Et voilà, ça dure peut-être une demi-heure.
Ensuite, ils partent. Le soir, moi, je revets à la boutique pour accueillir la police scientifique qui ne trouve rien parce que les gars étaient cagoulés, gantés. Et ensuite, je rentre chez moi ce soir-là et on s'envoie des messages avec Mélissa en disant...
C'est fou ce qui s'est passé, j'en reviens pas. Je suis trop sous le choc, je me sens pas en sécurité là-bas. Quand elle me dit ça, je comprends, je me dis, elle s'est pris un couteau sous la gorge, c'est chaud, je ferai la même chose, je pense. Et d'ailleurs, même moi... Le lendemain, j'étais en congé et j'en profite pour contacter mon médecin, lui raconter ce qui s'est passé et avoir un arrêt de travail.
Le surlendemain du braquage, je suis appelée au commissariat pour témoigner. Et Mélissa, je lui demande si elle y va, elle me dit non, ça ne sert à rien. Donc je suis arrêtée pendant une semaine. Ensuite, je renouvelle mon arrêt. Donc au total, je ne suis pas là pendant deux semaines.
Et entre-temps, Mélissa me dit qu'elle s'est fait renvoyer par message. Et je lui demande, ah oui, mais pourquoi ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Et elle me dit, j'ai eu un mail. Ils n'expliquent pas pourquoi, mais ils ne me gardent pas. Ma période d'essai est interrompue. Donc tout de suite, je me dis, c'est par rapport à son conflit avec Marc, qui a été quand même vachement violent et elle a été abusive. Donc je me dis, c'est normal, c'est pour ça qu'il se fait virer.
Quand même, c'est dur parce qu'il vient juste se passer un braquage, elle est traumatisée, il la vire juste après la pauvre. J'ai de la peine pour elle.
¶ Amitié Hors Pro et Possessivité
Pendant mon arrêt, j'en profite pour appeler ma chef et lui dire que je veux me démissionner, que je veux quitter l'entreprise parce que depuis quelques semaines, je ne me sentais plus du tout bien là-bas avec tout ce climat anxiogène. Quand je reprends mon travail, on est mi-juin, donc j'ai plus que deux semaines dans l'entreprise. Mélissa n'est plus là, du coup à mon retour. À la fois, ça me fait plaisir que Mélissa soit plus là, parce que c'était mon allié, clairement. Et en même temps...
Pas plus mal, au fond, parce que je me dis, si on avait continué de travailler ensemble longtemps, il y aurait eu des moments où on aurait eu des désaccords. Moi, j'aurais transgressé toujours plus de règles pour lui faire plaisir, parce que je n'osais pas lui dire non.
Et je me dis finalement, c'est pas plus mal qu'on soit amis en dehors et pas collègues. On s'envoie des messages régulièrement, on continue de se voir. Je lui raconte ce qui se passe dans la boutique, je la tiens au courant de tout. On reste en très bons termes.
On reparle à peine du braquage, à part un moment pendant un apéro où on va se dire « Ah ouais, quand même, c'est facile finalement de braquer cette boutique, on aurait dû y penser plus tôt. » Elle me fait « Ouais, on aurait carrément dû y penser plus tôt. » Les gars, avec leurs 7000 balles, ils doivent se mettre bien. En dehors de ça, c'est vrai qu'on ne reparle pas du tout. On passe quand même près de deux semaines sans se voir. C'est comme si presque il ne s'était rien passé.
Donc un soir, j'organise un apéro chez moi avec mes meilleurs amis et je lui dis de se joindre à nous. Et ce soir-là, j'invite aussi une nouvelle collègue que je viens de rencontrer à la boutique et avec qui je m'entends bien. Et ce soir, c'est vrai qu'elle a un comportement particulier parce que ça la dérange de me voir...
faire ami-ami avec une nouvelle collègue. Elle me dit, ouais, mes copines, je les partage pas. C'est la dernière fois qu'elle vient chez toi, des trucs comme ça. Et en même temps, je me dis, c'est pas possible, elle rigole. Et je le prends bien parce que je me dis, c'est mignon, mais ça veut rien dire, elle le pense pas. Et moi, mes amis, ils remarquent quand même ce comportement, ils me disent, c'est bizarre quand même, elle est vachement possessive, vachement jalouse, bizarre.
Début juillet, je rentre un peu chez mes parents pour les vacances et j'envoie un message à Mélissa. On parle, je lui dis que je ne suis pas là. Et elle me demande si elle peut en profiter pour venir squatter dans mon appart. Je lui dis, ouais, qu'est-ce qui se passe ? Et elle me dit, écoute, je ne t'en ai pas parlé, mais j'ai des problèmes avec ma mère en ce moment, on s'engueule beaucoup, et là, je ne veux pas rester chez moi. Je lui dis, mais elle t'a virée, je m'inquiète.
Et elle me dit non, c'est juste que c'est moi qui ne veux pas rester là-bas. Même si on est proche et que j'ai l'impression que ça fait longtemps qu'on se connaît, ça me dérange un peu quelque part au fond de moi de laisser mon appart comme ça, de laisser la clé à quelqu'un que je connais depuis si peu de temps.
Mais en même temps, je me dis, c'est mon amie, je peux lui faire confiance, on se fait confiance, elle a besoin d'être dépannée, donc je ne vais pas laisser, je l'aide, bien sûr. Elle reste chez moi pendant quelques jours, et quand je reviens, mon appart est nickel, je n'ai rien à dire.
¶ Séjour Chaos dans l'Appartement
À part quelques trous de clopes qu'elle m'a fait un peu partout. Mais je me dis, si c'est que ça, c'est pas grave. On continue de se parler, on reste en contact. Et des fois, quand je la vois, je lui demande, tiens, mais qu'est-ce qui s'était passé avec ta mère ? Parce qu'elle m'a...
rien n'expliqué du tout. Finalement, elle ne m'a pas dit clairement ce qui s'était passé. Et elle reste toujours très vague. « Oh, tu sais, des engueulades, c'est comme ça et tout. » Mais elle ne me dit jamais de quoi ils en retournent vraiment. Quelques semaines plus tard, je quitte à nouveau Paris pour me rendre à un festival. Elle sait que je pars et me demande est-ce que je peux revenir garder ton appart ?
Non, mais pour m'assurer que tout va bien, elle me dit bon ok, honnêtement j'aime bien ta petite terrasse que tu as aménagée, j'aime bien aller traîner là-bas. Je me dis bon, elle habite chez ses parents, peut-être qu'elle se sent un petit peu bloquée là-bas, je comprends qu'elle...
puisse vouloir avoir un petit endroit. Moi, c'est ma copine, je ne vois pas de raison de lui refuser. Même si, là encore, je me dis, bon, là, tu n'es pas dans le besoin. C'est un petit peu abusé. C'est vrai qu'on se connaît depuis maintenant, je ne sais pas, deux mois. C'est un peu abusé, mais je lui dis, OK.
Donc je suis à mon festival tranquille et un matin je me réveille à 6h et j'allume mon portable et je vois un message de ma voisine qu'elle m'a envoyé à 4h du matin en me disant c'est quoi ce bordel chez toi ? Ta copine s'engueule avec son mec, ça réveille tout l'immeuble, c'est vraiment très chiant. Et là, je commence à m'angoisser parce que je me dis, je suis loin de chez moi. Ma voisine se plaint, ma voisine avec qui j'entretiens des très bons rapports.
et qu'il ne se plaint pas pour rien. Donc je me dis « Ouh là, qu'est-ce qui se passe dans mon appart ? » Donc je commence à m'inquiéter et je lui envoie des messages en prenant des pincettes parce que je connais ses réactions.
Donc je préfère être gentille et lui dire « Coucou, ma voisine s'est plaint, elle m'a envoyé un message. Qu'est-ce qui s'est passé ? S'il te plaît, fais attention, gentiment. » Elle me dit « Ta voisine est raciste. Quand tu fais des apéros à 10 sur ta terrasse, elle dit rien. »
Je me dis, ok, bon, je ne la crois pas, mais tant qu'elle a ma clé, tant qu'elle est là-bas, que moi je suis loin, je préfère ne pas l'énerver et faire comme si je la croyais complètement. Et je vais dans son sens. Quand je rentre du festival,
Je décide d'appeler ma voisine pour savoir ce qui s'est passé. Parce que là, elle me renvoie des messages en me disant, écoute, si elle est restue longtemps, moi, je vais dormir ailleurs. On s'appelle et là, elle me raconte tout ce qui s'est passé. Et là, je ne reviens pas, je tombe des nues. Elle me dit, ma voisine, que...
Elle était complètement bourrée avec son copain, alors que déjà, elle ne m'a même pas parlé d'inviter son copain. Il s'engueule hyper fort. Il l'enferme sur ma cour. Donc, dehors, elle tape à la fenêtre pendant trois heures pour qu'il lui ouvre. Il s'insulte de tous les noms. Gros bordel. Ma voisine me dit que Mélissa a laissé la fenêtre grande ouverte. C'est ma voisine qui a dû aller sur la cour pour pousser les bâtons. C'est le gros bordel sur ma terrasse ainsi qu'à l'intérieur.
¶ Haracèlement, Peur et Confrontation Ambigue
Et là je me sens hyper angoissée, j'ai qu'une hâte c'est de rentrer pour voir les dégâts en fait, parler avec ma voisine etc. Et la confronter elle et j'ai récupéré mon double en fait. Avant que je rentre à Paris, je décide de calmer le jeu avec Mélissa et de lui parler hyper gentiment par message, de faire comme si j'en avais rien à faire de ce que ma voisine m'avait dit, que je ne la croyais pas, etc. Pas parce que c'est mon amie.
Vraiment parce que j'ai peur pour mon appart. Je veux juste rentrer et récupérer ma clé. Et j'apprends qu'effectivement, elle n'a pas du tout mis ma clé dans la boîte aux lettres, mais qu'elle l'a gardée avec elle. Je rentre chez moi. et mon appartement est nickel. Et je me dis, ok, bon, elle est revenue entre-temps, elle a fait le ménage, mais vraiment, elle m'a tout fait, elle m'a fait mes lessives, elle m'a tout nettoyé de fond en comble.
J'ai juste hâte à la voir pour qu'elle me rende mon double et ensuite c'est fini, je ne lui parle plus, je ne lui réponds plus, je ne veux plus la voir. Donc on se donne rendez-vous près de chez elle.
Quand je la vois, elle est toute douce, toute gentille. J'essaie de tâter un peu le terrain, de parler de ce qui s'est passé, du message de ma voisine. Et elle me dit « Oh mais non, on a juste rigolé un peu, on a pris l'apéro et voilà ». Je ne m'étends pas, je dis « Ok ». Elle me dit « J'ai oublié ton double, je te remonte le chercher dans mon appart ».
Donc là, on remonte dans son appart et elle me dit « attends-moi sur le palier, rentre pas, il y a mon frère et ses potes ». Je me dis « ok, j'attends ». Et elle me rapporte mon double avec un paquet de gâteaux en me disant « tiens, pour ton goûter, prends ça et tout ».
Elle est toute mignonne, je me dis, ok, bon, je ne sais plus trop sur quel fidancier. Là, vraiment, je suis complètement perturbée parce que deux heures avant, je me disais, je ne veux plus la voir. Elle a été hyper irrespectueuse. Et là, je ressens à nouveau son amitié envers moi, son affection.
Elle est toute mignonne, donc je me dis, bon, est-ce que je passerais pas l'éponge, quoi, finalement ? Quand tout ça s'est passé lors de mon festival, j'avais partagé ça avec mes amis, je leur avais dit ce qui s'était passé. Et tout le monde m'avait dit, mais cette fille-là ne lui parle plus, elle t'a complètement manqué de respect, c'est n'importe quoi. Et après, du coup, j'ai presque honte de dire, finalement, je lui parle encore, je l'ai revu, ça s'est bien passé.
Et je leur dis, bon écoutez, elle est spéciale, on n'a pas les mêmes façons de faire, de réagir, de se comporter, mais je vois bien que ce n'est pas une mauvaise personne, qu'elle a une affection sincère envers moi et c'est pareil de mon côté. Donc je me dis, je n'ai pas envie de mettre un terme. à cette relation, je passe l'éponge. Un jour, un matin, je lui envoie un message vocal de 15 secondes où je lui raconte très vite fait ce que j'ai fait de ma soirée de la veille.
Elle le prend mal, elle me répond sèchement, elle me dit bonjour d'abord, l'air de dire... Ne me raconte pas ta vie avant de m'avoir demandé si moi ça va, etc. Elle me le dit clairement après. Et je lui dis, mais pourquoi tu t'énerves pour ça ? C'est rien, je ne comprends pas. Elle me dit, c'est irrespectueux. Moi, je ne dis pas ça comme ça à mes amis. On dirait qu'on a dormi ensemble. Ce n'est pas le cas.
Du coup, je me dis OK. Donc, ça me refroidit. Je me dis, c'est quand même vachement bizarre et vachement extrême comme réaction. Et ça me fait doucement rire. Je me dis, waouh, le culot, quand elle me dit que je suis irrespectueuse, parce qu'elle a fait n'importe quoi quand je lui ai prêté mon appartement.
Elle m'a foutu la honte, clairement, devant mes voisins, qui sont pleins. Elle m'a laissé des trous de club partout. Elle a laissé ma fenêtre ouverte. Il y a vraiment beaucoup trop de trucs qui font qu'elle n'est pas en position de dire un truc pareil. On commence cette conversation. Elle commence à devenir vraiment agressive, violente dans ses paroles. Elle m'insulte, en fait. Elle me dit, si on se voit...
En vrai, tu vas te pisser dessus, des trucs comme ça. Et je me dis, ah oui, d'accord, je ne sais pas du tout à qui j'ai affaire, en fait. Là, je découvre vraiment une nouvelle facette de sa personnalité que finalement, je connaissais déjà, mais pas avec moi, parce que je n'avais jamais eu de conflit avec elle. Au cours de cette conversation...
Elle place dans la discussion qu'elle a perdu ses airpods chez moi, qu'après son passage chez moi, elle ne les a pas retrouvés. Et elle me demande de fouiller pour les retrouver, ce que je fais.
Et je retourne mon appart, je déplace des trucs que je n'ai jamais déplacés et je ne les trouve pas. C'est Airpods, donc je dis, écoute, je ne les trouve pas. On continue de se disputer. Elle me harcèle de messages, en fait. Ce soir-là, je sors, je veux juste passer une soirée tranquille avec des amis. J'arrive en tremblant presque parce que...
parce qu'elle m'intimide, parce qu'elle me fait peur et que je reçois des messages hyper anxiogènes, hyper angoissants. Et au bout d'un moment, la conversation se termine, j'arrive à y mettre fin, elle ne m'envoie plus rien, je me dis ok.
Je me dis, c'est fini pour de bon, cette fois, elle a vraiment dépassé les limites. Je la supprime de mes contacts Instagram. Et quelques jours plus tard, alors que je me dis, ça c'est assez, elle va m'oublier, c'est fini. Elle me renvoie un message en me disant...
« Ah ouais, tu me supprimes » et tout. Elle revient à la charge. Et là, ça recommence. Le harcèlement, les insultes, les propos hyper virulents, etc. Et je décide de lui dire « Bon, écoute, tu sais quoi ? On s'appelle, on téléphone. Comme ça, on règle ça une fois pour toutes en me disant que je vais être... » hyper calme et prendre des pincettes encore une fois, l'aménager et faire semblant d'être sympa, même si j'ai envie de l'insulter. À ce moment-là, je la déteste.
Et je me dis, je vais être hyper calme avec elle parce qu'elle me fait peur et parce que je préfère me protéger d'elle en me disant, on met un terme à tout ça, une bonne fois pour toutes. Et elle me dit, non, on se voit en vrai, ne parle pas par message et pas le temps. Je dis, OK.
On donne rendez-vous dans un parc. J'ai le stress, je tremble. C'est limite si je demande à mon meilleur ami de m'escorter et de faire seulement lire un journal dans le parc à côté. J'y vais toute seule. On est en plein jour dans une rue publique.
Et je m'attends à la voir en furie, à presque s'avancer vers moi, je ne sais rien. Vouloir peut-être me frapper, même j'en sais rien. Je commence à me faire des films, quoi. Elle est tellement violente par message que je me dis à qui j'ai affaire. Et j'arrive, et elle est hyper calme.
Elle me dit, viens, on marche, on va se poser sur un banc. Et elle me dit, bah alors, qu'est-ce qui s'est passé ? En me souriant, l'air de dire, qu'est-ce que tu m'as fait ? Hyper calme, hyper gentille. Le truc se tasse en deux minutes. Je parle hyper calmement. Elle aussi, sauf que moi, c'est parce que j'ai peur.
¶ Menaces Croissantes et Fuite Paranoïaque
Et elle, c'est parce que vraiment, c'est bon, elle est tranquille, sa crise de colère est passée, donc voilà. Après, elle commence à me raconter sa vie en me disant « Ouais, qu'est-ce qui s'est passé de beau chez toi ? Moi, il s'est passé ça avec mon mec, machin. » Et je me dis « Oulah, mais on repart dans quoi ? Je vais jamais m'en sortir de ses griffes, quoi. »
Et après, elle commençait à me dire, viens, on va faire les magasins et tout. Je fais OK. Et du coup, je la suis tétanisée, on va à H&M et tout. Et je me dis, c'est quoi ce... Dans quoi je suis encore ? Je ne vais jamais pouvoir m'en défaire. Et j'essaie de lui faire comprendre quand même. Bah écoute, j'ai...
Je trouve que ça a été vraiment très, très, très dur, très, très violente. Et je n'aime pas cette façon d'agir. Je ne peux pas, moi, parler avec des gens comme ça. Je lui explique quand même que ça a marqué et que... pas tolérer ça et elle me dit bah ouais on est différente et tout je dis ouais c'est clair qu'on est différente parce que toi tu trouves que envoyer un vocal sans dire bonjour ça va c'est irrespectueux alors que
À côté de ça, elle me fait mille fois pire que ce soit dans ses propos, quand elle s'adresse à moi, quand elle m'insulte, me menace presque, sur le coup de la colère. Et elle me dit, oui, mais c'est parce que je t'aime bien que je fais ça. Parce qu'il n'y a qu'avec les gens que j'aime que je me comporte comme ça.
Ok, donc là, je ne sais même pas quoi dire. Je dis oui, mais comprends bien que pour moi, ça va être un peu compliqué. La pilule, elle n'est pas encore passée. Donc voilà, je traîne avec elle une vingtaine de minutes. Et après, je lui dis écoute, j'ai un truc à faire. J'y vais.
Et elle me dit « Ok ». Elle me dit « On se revoit ». Je lui dis « Ouais, mais attends un peu ». Je lui fais comprendre qu'il me faut un petit peu de temps. Je m'attends à voir une fille hyper violente et énervée. La fille, elle est adorable.
Elle fait avec moi comme si c'était une petite histoire toute pourrie, de rien du tout. Et là, je me dis, qu'est-ce que je vais pouvoir faire pour la dégager de ma vie pour de bon ? Et en même temps, oui, elle me fait comprendre que je compte pour elle. Et là, je commençais à me dire... qu'en fait, ouais, elle m'aime vraiment bien. Enfin, il y a toujours ce petit côté complicité et j'ai un petit peu d'affection pour elle, donc j'arrive pas trop à...
à lui résister entre guillemets, je vais quand même rigoler avec elle et m'attendrir un peu. Donc je trouve ça mignon quelque part. Et en même temps, je me dis non, ce n'est pas une raison, je ne peux pas non plus accepter n'importe quoi. Au bout d'un moment, tu ne peux pas faire n'importe quoi comme ça et t'attendre à ce que tout soit normal après. Ce n'est pas possible.
Après ce rendez-vous avec Mélissa, hyper bizarre et surprenant, je me dis, bon, je commence à mettre une place, une stratégie dans ma tête pour la rayer de ma vie sans le faire trop brusquement. Je me dis que je ne veux plus jamais la voir. Et en même temps, j'ai...
pas envie d'être trop cash avec elle, quitte à mentir et à faire semblant de l'apprécier encore un peu, je me dis tant pis, je me mets en sécurité parce qu'elle me fait peur et parce que je sais pas de quoi elle est capable. On reste en bons termes comme ça encore.
je ne sais pas, deux semaines. Et puis, il y a une nouvelle tension. Enfin, il y a un nouveau conflit qui éclate parce qu'elle m'envoie des messages. Une conversation se finit sur un truc très simple, genre OK, un truc auquel on ne répond pas. Donc moi, je ne réponds pas, normal. Et elle commence à m'insulter.
Et là, je lui dis, bon, écoute, on arrête, tu parles trop mal, je ne veux plus te voir. Et là, elle se déchaîne complètement. Elle pète un câble, elle commence à m'insulter, à me prêter tous les noms, à me dire qu'elle va m'attraper, qu'elle va m'apprendre la vie. Elle me reproche d'avoir perdu son boulot à cause de moi parce qu'elle m'aurait défendue. Elle part dans un délire bizarre et encore une fois qui me fait hyper peur. Et là...
Alors que pendant qu'on était en bon terme tout ce temps, et qu'elle ne me parlait pas de ses Airpods, elle me ressort son histoire d'Airpods. Elle me dit, je t'ai laissé un mois, maintenant c'est mort, tu me les rends, et si tu ne les trouves pas, tu me rembourses.
Et là, elle me dit 300 euros, elle m'envoie une vidéo de sa boîte AirPod et tout. Donc moi, en panique, je me réfugie un peu chez mon meilleur ami, on en discute, je suis hyper angoissée, je ne dors pas, j'en tremble. Pendant des jours, je ne suis pas bien. Je n'ose plus sortir de chez moi. Je diminue mes déplacements au maximum. Je passe mes après-mêmes tairées sous ma couette, mortifiées. J'ai peur au moindre bruit, je sursaute. Mon amie qui habite à deux minutes de chez moi.
Il me propose d'aller manger chez lui. Je sors de chez moi et je reste bloquée sur le palier. Je n'ose pas sortir, je n'ose pas descendre de l'escalier. Je lui demande de venir me chercher. Limite, si je laisse les rideaux... fermée toute la journée parce que j'ai peur qu'elle vienne toquer à ma fenêtre en passant par ma cour. Je me fais des films dans ma tête. Je suis paralysée par la peur. Et au bout d'un moment, elle me dit « Je viens chez toi ».
¶ Révélations sur Mélissa et le Braquage
Et donc, elle avait vécu chez moi. Elle était venue chez moi plein de fois. Donc, elle a mes codes de porte. Et je lui dis, OK, mais je ne suis pas chez moi de toute façon. Et là, je panique. Je me lève en pyjama. Je ne me change même pas. Je prends un sac à dos, je prends deux, trois affaires importantes, mon ordi. Je sors de chez moi le plus vite possible. Et là, du coup, je marche dans la rue. Je ne sais pas où je vais. Je ne sais pas ce que je fais. Je sors de piche. Bref, j'ai trop peur.
Je marche sans savoir où je vais. Je veux juste m'éloigner le plus possible. Je me réfugie chez ma sœur pendant deux jours. Je tremble tout le temps, je suis hyper inquiète. J'ai l'impression d'être en cavale. Et ce soir-là, avec ma sœur, c'est vrai qu'on reparle du coup de cette fille, de Mélissa, et on en vient à reparler du braquage.
Entre-temps, j'avais appris avec la directrice de l'entreprise qui tient tous les magasins en France de cette franchise que c'était le premier braquage de toute l'histoire de la boutique. Et avec ma sœur, quand même, on en parle, on en parle beaucoup et on se dit... C'est quand même dingue. Il n'y a jamais eu aucun braquage dans toute l'histoire de la boutique. Et là, cette fille arrive. Et deux semaines après, c'est le chaos. On se fait cambrioler. On se fait voler 7000 euros.
Et on se dit quand même qu'il y a plein de trucs qui font que ce braquage est quand même louche. Parce que déjà, les gars qui ont débarqué, ils avaient le code de la porte. D'une porte par laquelle seulement les employés ou les gens de l'immeuble au-dessus rentrent.
Ensuite, je commence à me dire, c'est vrai qu'elle m'a demandé de fermer 5 minutes avant, qu'elle avait l'air impatiente de fermer, qu'elle se trouvait juste à côté, comme par hasard, en train de passer de la serpillère à côté de la porte au moment où ils ont toqué. Comme par hasard, c'est elle qui s'est pris le couteau sous la gorge. Moi, ils ne m'ont pas touchée.
C'est vrai qu'elle a été vachement étendue après. En fait, le puzzle se met en place dans ma tête. Avec ma sœur, on se dit que c'est quasiment sûr que c'est elle qui a fait le coup. Et en même temps, je me dis que c'est fou si c'est elle. Mais c'est carrément possible. Et à ce moment-là, je me dis, je ne connais même pas cette fille, en fait. Je ne sais pas sur qui je suis tombée du tout, clairement. Ça ne m'étonnerait même pas, en fait.
Je reste deux jours chez ma sœur et Mélissa me harcèle de messages. Elle m'appelle en numéro masqué une vingtaine de fois en deux heures. Pendant ce week-end, j'en profite pour aller... au commissariat pour déposer une main courante. Comme ça, les flics sont au courant de cette histoire et si jamais il se passe quelque chose, si jamais elle vient rôder ou que...
qu'elle fait quelque chose, qu'elle passe à l'action, je les appelle et ils débarqueront plus vite. En gros, on m'a expliqué que c'était ça la main courante. C'est pour ça que j'ai fait ça. Je raconte en détail l'histoire du harcèlement, des menaces et de la tentative d'extorsion d'argent aux policiers. Et j'en profite pour glisser qu'il y a eu un braquage dans la boutique où je travaillais avec elle.
Il y a quelques mois de ça et que je pense aujourd'hui que c'est elle. Ils me disent, écoutez, ça c'est une autre histoire. Pour l'instant, ce n'est pas ce qui nous intéresse maintenant, ce n'est pas sur quoi on va se concentrer. Donc ça, on met de côté. J'avais hâte à avoir le...
le policier, pour qu'il me dise un peu la marche à suivre, pour qu'il me donne des conseils. Et en fait, il me dit que clairement, il n'y a pas de solution que l'affronter. Il me dit, écoutez, en tout cas, sur les réseaux, votre téléphone, vous la bloquez de partout, vous ne répondez plus à ses messages. ce que je fais immédiatement. Mais il me dit, par contre, la seule solution sur deux problèmes, la seule façon d'y mettre un terme, c'est de...
de l'affronter un jour ou l'autre. Vous ne pouvez pas fuir éternellement. Et il me dit, vous ne pouvez pas vivre dans la peur, ça marche, ce qu'elle fait, c'est tout ce qu'elle veut, vous faire peur, et ça marche. Il ne faut pas lui montrer que vous avez peur, il ne faut pas marcher dans son jeu, il ne faut pas vivre terrifié comme ça.
Je me dis, vous êtes marrant, si elle vient toquer à ma porte, ou que son mec, qui a une racaille comme elle, m'attend en bas de mon immeuble, parce que son mec, il habite à deux rues de chez moi, je commence à m'imaginer des trucs de fou, je me dis si elle a été capable de...
de demander à deux mecs de venir braquer une boutique, qu'est-ce qu'elle peut me faire. Je commence à être vraiment perturbée et bouleversée par cette histoire. Je décide d'appeler mon ex-responsable pour lui parler de mes doutes quant au braquage.
¶ Crainte des Représailles et Fausse Fuite
Parce que je suis sous le choc, je suis bouleversée. Je me dis, est-ce que c'est vraiment ça qui s'est passé ? Et j'ai besoin de lui en parler et de voir si elle, elle sait des choses. Du coup, je l'appelle et je lui demande, je voulais savoir si vous aviez du nouveau par rapport à l'affaire du braquage.
Et elle me dit non. Elle me dit pourquoi ? Vous avez des idées ? Vous voulez me parler de quelque chose ? Et là, je lui dis non de Mélissa. Et direct, elle me dit ah oui, c'est elle, je pense. Et là, je me dis ok, d'accord, c'est pas du tout dans ma tête. Et du coup, elle me raconte à ce moment-là qu'elle est quasiment sûre que c'est elle, mais qu'elle n'a aucune preuve, en tout cas pas assez pour l'accuser, pour la suspecter. Et c'est vrai que je me suis rappelée...
de cet entretien avec le policier, de mon témoignage. Et je me rappelle qu'il m'a posé des questions clairement visées par rapport à ma collègue en me disant quelles étaient ses réactions, comment elle s'est comportée, après elle était comment, etc.
Et je m'étais dit, ah ouais, il la suspecte. Mais moi, dans ma tête, je me disais, c'est impossible. Qu'est-ce qu'il raconte ? Et là, du coup, elle me dit, mon ex-responsable, que quand elle a parlé de Mélissa au policier, elle a dit son nom. Elle ne se souvenait plus de son famille.
Et seulement son prénom. Ils lui ont montré une photo, ils lui ont demandé ce que c'est elle. Elle a fait oui. Ils ont dit, elle est bien connue de nos services. Je tombe des nues parce que là, c'est la confirmation que j'ai raison, que c'est sûrement 99% ce qui s'est passé.
Sinon, c'est des énormes coïncidences. Vraiment, je tombe de 10 étages parce que je me dis avec qui j'ai copiné pendant tout ce temps. Je n'ai aucune idée d'à qui j'avais affaire. La fille, elle est connue des flics, je ne sais pour quelle raison. Elle m'a mis dans un braquage, sans soucier de ce que ça pouvait me faire, en étant mon amie, parce que je pense que c'est sincère en plus, c'est le pire. Et je me dis, à quel genre de fille j'ai affaire ? J'ai très envie de l'entuber.
de lui faire payer tout ça et d'aller au commissariat pour dire ce que je pense, pour émettre mes doutes. Finalement, je me dis, est-ce que j'ai envie de m'attirer encore plus de problèmes ? Comme par hasard, si elle se fait interpeller par les policiers après que je modifie mon témoignage.
Alors que ça fait des mois, cette histoire, et qu'on vient juste d'avoir un énorme conflit, je suis grillée, donc je ne veux pas qu'elle s'en prenne à moi. Donc je me dis, je vais passer avant, tant pis, ça au pire, je verrai plus tard si...
quand tout ça sera tassé, mais là, je n'ai pas envie de m'embêter avec plus de problèmes. Comme j'ai bloqué Mélissa de partout et qu'elle n'a plus aucun moyen de me joindre, elle contacte mon meilleur ami, qu'elle connaît un peu, avec qui elle a déjà pris des apéros.
Lui, il réagit vachement intelligemment. Il décide de lui parler très calmement, le plus calmement possible. Bizarrement, elle n'est pas trop énervée avec lui. Elle lui sort quand même des tapotes la voleuse. « Je veux mon argent, dis-lui de me faire un virement. » Et avec mon ami, on est ensemble qu'au moment où il lui répond, on décide de faire croire à Mélissa que j'ai quitté Paris, que je déménage, que je ne vais plus revenir qu'un jour ou deux le mois d'après pour faire mes cartons.
et rentrer à Brest, mais que vraiment, je déménage. Donc, elle jubile, elle dit « Ah, elle a peur, elle s'en va. » Et après, je dis à mon amie « Tu la bloques. » C'est prévu que j'aille chez de la famille dans l'Est.
Je rentre chez moi en express, escortée par mon meilleur ami parce que j'avais trop peur de rentrer chez moi toute seule. Je ne pouvais plus sortir chez moi. J'avais trop peur. Du coup, je fais ma valise en 15 minutes chrono et on remarque avec mon ami que je n'ai plus de paillassons.
Et je me dis, elle est venue chez moi pendant que je n'étais pas là. Elle est vraiment venue. Elle m'a volé mon paillasson pour me faire comprendre qu'elle a mes codes de porte, qu'elle revient quand elle veut et qu'elle a accès à mon appart. Donc là, j'arrive chez mes cousines dans l'Est et je passe une semaine de décompression, de récupération. Tous les jours, je me réveille tard et tous les jours, je dors pendant des heures.
parce que je pense la retombée du stress, je souffle après tout ce stress, et là je me sens en sécurité, je me sens beaucoup mieux, je suis avec ma famille qui m'écoute, qui me conseille, je leur parle de toute cette histoire. Elles émettent l'idée de... de déménager avec elle, chez elle, en tout cas dans leur ville, et de m'héberger tant qu'il faudra. J'aimais beaucoup ma vie à Paris depuis un an, et là je me dis...
Tout me dégoûte, ça en tâche complètement l'image que j'ai de la ville. Donc je me dis que je veux déménager et je commence à y penser, y penser encore et encore. Quand je rentre à Paris, après ma semaine chez mes cousines, je remarque que mon nom n'est plus sur la boîte aux lettres. Il a été arraché, il n'y a plus de nom. Là, je bug, je reste devant, je me dis qu'est-ce qui s'est passé ? Du coup, je contacte mon meilleur ami en me disant peut-être que pour...
pour que notre histoire de déménagement ait l'air réelle, il a carrément enlevé mon nom de la boîte pour que si elle revient, elle se dise « elle n'est plus là ». Et du coup, quand je vois mon meilleur ami, je lui dis « t'as enlevé mon nom de la boîte aux lettres ? » Il me fait « non, pas du tout ».
Et là, je me dis, OK, elle est venue. Peut-être en tant que le paillasson, je ne sais pas. Elle a enlevé mon nom de la boîte aux lettres. Elle m'a délogée, la fille. Est-ce que c'est une stratégie pour voir si je le remets ? Est-ce qu'elle veut venir vérifier si j'habite toujours ici ou si c'est un mensonge ?
¶ Justice Rétablie et Nouvelle Vie
Quelques jours après être revenue sur Paris, je vais dans la librairie dans laquelle je devais travailler. Je leur dis, écoutez, il s'est passé quelque chose de très imprévu dans ma vie. Je vais devoir quitter Paris et rentrer dans ma ville d'origine. Je ne suis pas encore sûre, mais je me dis...
Je me laisse le temps de voir. Je reste un mois sans chercher de travail. Juste le temps de voir si je peux encore me sentir bien à Paris. Les semaines passent et au final, je réussis à me sentir mieux. Je n'ai plus aucune nouvelle de Mélissa. Je me sens de nouveau chez moi, j'ai l'impression d'être à nouveau bien chez moi et en sécurité. Finalement, je décide de rester à Paris. Au bout d'un mois, je réussis à retrouver un travail. La vie reprend son cours.
je prends soin de moi, je récupère après cette histoire, mes amis sont là, tout se passe beaucoup mieux. Un matin, je reçois des appels manqués, en numéro masqué. Et là, je me dis, oh non, elle revient. Du coup, je ne réponds pas, bien sûr, parce que depuis ça, tous les appels en numéro masqué, je ne réponds pas. Et au bout d'un moment, on me laisse un message vocal. Donc j'écoute, et en fait, c'est le commissariat qui avait traité cette affaire de braquage, qui me rappelle en me disant...
On a besoin que vous veniez poste, c'est urgent. Du coup, je m'y rends le lendemain matin comme prévu. Et j'apprends que Mélissa a été arrêtée et mise en garde à vue. Il m'explique que des communications ont été tracées entre elle et un des braqueurs, des SMS, des appels, le jour du braquage et après. Ils l'ont arrêté un matin, ils ont toqué à sa porte, elle n'a pas ouvert, ils ont défoncé sa porte.
Ils ont trouvé des dizaines de téléphones portables chez elle. Donc, ils m'ont montré le sac, une dizaine de téléphones portables. Je me suis dit, oh, waouh, OK. Vraiment, sur qui je suis tombée, quoi ? On propose de...
d'avoir une confrontation avec elle. On me demande si je veux la voir, lui parler, et je refuse catégoriquement parce que je ne veux plus la voir, parce qu'elle m'a traumatisée, je ne veux plus jamais voir cette personne. Donc je leur dis non. En plus, je leur raconte mon histoire de harcèlement.
ma main courante, que j'avais déposée dans un autre commissariat. Donc ils comprennent bien que je ne suis plus du tout amie avec elle, que je ne veux plus la voir, et je pense qu'ils comprennent là aussi que je n'étais pas du tout impliquée dedans, parce qu'ils me disent quand même à un moment donné...
Pour être honnête, on avait des doutes sur vous. Ils se sont dit que peut-être j'étais liée à ça ou qu'elle m'avait mis dans la confidence ou quelque chose, que j'étais complice. Du coup, j'en profite pour apporter plein d'éléments en plus sur cette histoire, plein d'éléments dont je me suis souvenue après coup, donc cet été quand j'ai...
quand j'ai fait le lien entre tout ça. Mon témoignage veut bien leur servir parce que j'ai plein d'éléments qui sont assez accablants. Par exemple, le fait qu'elle ait demandé à fermer 5 minutes plus tôt, chose que je n'avais pas dite parce que je n'avais même pas fait gaffe, parce que c'était...
son importance pour moi, la première fois où j'ai témoigné. Je suis contente de la savoir en garde à vue. Je me dis qu'elle a bien ce qu'elle mérite. Et surtout, je me dis qu'elle est hors d'état de nuire, elle ne va plus m'embêter. Donc là, je suis la plus heureuse.
Récemment, j'ai eu un courrier du tribunal de Paris me proposant de me porter à partie civile si je voulais dans cette affaire. J'ai refusé parce que je n'avais tout simplement pas envie de me remettre là-dedans. Je ne voulais pas qu'elle...
qu'elle ait des nouvelles de moi. Je préfère qu'elle imagine que je suis loin, que je n'ai pas retémoigné. Je veux juste qu'elle n'ait plus aucune nouvelle de moi et qu'elle ne sache pas que je m'en suis mêlée. D'ailleurs, j'ai bien cité auprès des flics pour ne pas qu'ils lui disent
pour pas qu'ils la mettent au courant de mon nouveau témoignage. Ce courrier m'informe du coup que Mélissa est en détention provisoire. Aujourd'hui, je sais pas où elle en est, je sais pas s'il y a eu encore un verdict ou pas. En tout cas, je suis toujours dans mon appartement. Finalement, je n'ai pas bougé de Paris et je ne le regrette pas parce que finalement, il fallait juste attendre que ça se tasse. Et maintenant, j'ai un nouveau travail qui me plaît. Je m'entends bien avec mes collègues.
Et c'est vrai que je me méfie beaucoup plus quand je rencontre des gens. Je reste sur mes gardes parce que cette expérience m'a vaccinée. Vous venez d'écouter Transfer épisode 229, un témoignage recueilli par Hélène Pagesy. Il a été produit et réalisé par Slate.fr sous la direction de Christophe Caron et Benjamin Septemours.
Production éditoriale, Sarah Koskiewicz. Prise de son, montage et réalisation, Victor Banamo. Musique, Thomas Lupias. L'introduction a été écrite par Christophe Caron et lue par Aurélie Rodriguez. Retrouvez Transfer tous les jeudis sur slate.fr et sur votre application d'écoute préférée. Découvrez aussi Transfer Club, l'offre premium de transfert.
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