¶ L'ombre de Madoff et la confiance brisée
La scène a lieu en 2017 dans un petit deux-pièces de la ville de Greenwich dans le Connecticut. Rousse Madoff accueille un journaliste de Paris Match. celle dont toute l'Amérique connaît le nom et le visage, a quitté son appartement bourgeois de l'Upper East Side après avoir tout perdu. Son mari, ses relations, ses villas en Floride, sur la côte d'Azur ou dans les Hamptons. La journaliste constate combien sa vie a changé. Loin du luxe, loin d'une société qu'elle fuit désormais.
Rousse Madoff est la victime collatérale de la plus grande escroquerie financière du XXIe siècle mise en place par son époux, Bernard Madoff. Il aurait détourné jusqu'à 65 milliards de dollars. Une somme étourdissante cumule de toute une série d'arnaques faisant de nombreuses victimes. 1000 euros, 100 euros, même 30 euros, perdre de l'argent est toujours douloureux. Encore plus lorsqu'on a fait confiance à un proche.
Quand Andrea décide d'accorder la sienne à son amie, la chute est vertigineuse. Vous écoutez Transfer, épisode 331, un témoignage recueilli par Oriane Guérito.
¶ Rencontre à Bruxelles et amitié fusionnelle
J'arrive à Bruxelles. en avril 2015, parce que je vais rejoindre une école de marketing en septembre. J'ai arrêté les études, je travaille en usine depuis quelques temps et je sais que c'est un peu... l'étude de la dernière chance, donc j'arrive vraiment gonflée à bloc, mais avec énormément de distance aussi, parce que moi j'ai 23 ans, et eux ont peut-être 18-19 ans, donc je sais que c'est peut-être pas l'endroit où je vais me faire...
des potes. Je suis très distanciée et en même temps, assez excitée aussi d'être là. Il y a une fille qui sort un peu de nulle part, qui va venir me voir et... Et tout de suite, faire plein de blagues. Et donc, elle débarque un peu comme ça, avec toute cette joie de vivre. Et voilà, très vite, on fume une clope, on rigole. Je ne suis pas dans l'étincelle de « c'est ma meilleure amie ».
Mais oui, il y a quelque chose qui se passe et qui est chouette. Elle a un sacré style. C'est une fille qui est congolaise, qui a des tresses. Elle est hyper souriante. Elle est comme moi, elle est assez petite de taille. Elle a cet accent belge qui me fait rigoler dès le début. Oui, très mignonne, une tête d'ange. Je vais lui donner un surnom assez rapidement.
parce qu'il y a plusieurs personnes qui s'appellent Marine dans la classe. Du coup, je vais très rapidement l'appeler Marinette pour la différencier. Finalement, Marinette va faire un peu cette introduction au monde. Pas de la richesse, mais des gens qui ont un peu plus de moyens que moi. Elle est issue d'une famille assez aisée. Elle vit du coup dans un château. Ça me fait rire.
Et ça m'excite dans le sens où j'apprends des nouveaux codes et je vois des nouvelles choses. Très rapidement, on va être très proche parce qu'on a le même sarcasme. On a le même goût pour l'humour noir. Et cette espèce de tourner les choses en ridicule aussi. On est très proche parce qu'on est très aligné sur ces choses-là, même si elle vient de cette bourgeoisie ou de cette noblesse, j'en sais rien. Elle reste quelqu'un de foncièrement naturel.
qui rigole, qui a beaucoup, beaucoup d'humour. Et c'est ça, en fait, qui nous rapproche de fou. C'est qu'on a la même façon de rigoler sur les mêmes choses. Et petit à petit, l'école, c'est aussi très intense parce que moi, je n'ai pas envie de me foirer non plus. Je ne suis pas là pour faire du tourisme. C'est déjà, ça coûte cher.
Et en plus de ça, c'est ma dernière chance. Donc, il faut que j'aille assez vite, il faut que j'aille assez fort et il faut que je sois la meilleure, en gros. Donc, moi, ce que je vise, c'est être majeure de promo et puis avoir un chouette job derrière.
Marinette, clairement, c'est quelqu'un qui va être un peu partner in crime. On va faire des podcasts ensemble, on va faire de la radio ensemble, on va faire des projets, des campagnes publicitaires. On peut s'endormir à 3h du matin en se disant « OK ». Moi, me réveiller par angoisse au bout d'une heure en me disant « Non, les slides 3 ne sont pas assez bons. On est sûr que Marinette va se réveiller avec moi et taffer comme ça en pyjama. » On a vraiment une fusion qui est incroyable.
Ça va vite, ça rigole fort, ça travaille bien. On découvre plein de choses. Moi, je découvre la ville aussi. Du coup, je découvre les bars. Elle, elle ne vient pas de Bruxelles elle-même. Donc, elle aussi, elle découvre tout ça.
¶ Une vie rapide et illimitée
Vraiment, c'est hyper excitant et je crois qu'en plus du copinage qu'on peut avoir quand on débarque dans une ville, en plus là, on a quelqu'un... de tangible sur qui compter aussi un peu dans ce marasme de l'inconnu à l'école. Donc c'est vraiment cool. Elle a beaucoup d'argent, mais elle ne le fait pas sentir du tout non plus. C'est ça qui est très cool d'ailleurs. Ça ne se sent pas. Ça se sent parce qu'il y a toujours plein de cash dans les poches, mais des très gros billets.
C'est des billets de 100, des billets de 50, etc. Ça flambe. On peut vite finir en after dans un hôtel, juste pour s'amuser ou aller dans un spa comme ça. C'est des grosses voitures qui viennent nous chercher ou qui la déposent elles. Mais ce n'est pas décadent, en fait. Il y a beaucoup de blagues, il y a beaucoup de soirées, il y a beaucoup de drogues. La vie va très, très, très vite et on est un peu des petites stars aussi.
On arrive à des soirées, on met un peu le bazar. On a l'impression de jamais trop prendre de râteaux ou de choses, de stop. On ne se prend pas de stop, en fait. Donc, il y a vraiment tout qui est un peu illimité.
¶ Le mensonge de la leucémie
À un moment, on a ce cours qui nous apprend en marketing à poser sa voix et à s'exprimer en communication politique. Et donc, pour le prof, c'est hyper important de nous faire des exercices un peu complexes et de parler d'un sujet qui va être très touchy devant toute la pièce. Et en fait, Marinette, elle arrive et elle sort un dessin qui ressemble à un dessin d'enfant.
Elle a raconté que la famille pour elle était super importante parce qu'en fait, elle est atteinte d'une leucémie et que ses jours sont comptés et qu'elle fait beaucoup de séjours entre l'hôpital, la maison, etc. Ça me choque parce que je me dis « waouh, ok, je ne savais pas ». Et en même temps, ça enclenche une amitié encore plus profonde où là, on va traiter de plus gros sujets.
Moi, ma mère aussi a eu un cancer et donc d'un coup, on parle pas que des blagues et pas que des cours. Ça opère un peu un switch, en fait. Quelque chose de plus deep, mais peut-être un peu plus... protecteur aussi, je pense. Mais petit à petit, quand j'essaye de venir à l'hôpital, d'avoir son numéro de chambre, je commence à prendre des stops.
Elle me met un peu à l'écart et dit que c'est plutôt un moment de famille. C'est super triste. Ce moment-là, il est un peu compliqué, parce que c'est quand même une amitié qui compte. Et je trouve que cette maladie, je l'ai vécue aussi avec ma maman. Et je me dis, j'aimerais être là pour toi. Et je n'arrive pas trop à comprendre pourquoi je ne peux pas l'être.
D'un autre côté, je pense aussi à ce dessin et je me dis, ok, c'est peut-être le contexte dans lequel elle se met pour se protéger et puis pour être avec des gens de confiance, j'en sais rien. La maman aussi va m'appeler. En me disant qu'il ne faut pas s'inquiéter, que c'est des épisodes de poussée. Donc parfois, il n'y a rien pendant des mois. Et puis parfois, c'est hyper compliqué avec l'hôpital, etc.
La leucémie, ce n'est pas forcément une maladie que je connais beaucoup. Donc, je pose des questions, mais je n'ai pas beaucoup de réponses. Donc, c'est vraiment le flou pour moi, cette maladie. Je suis juste très empathique et très full bonnes vibes pour toi.
¶ Marinette change, la distance s'installe
je devrais toujours attendre qu'elle sorte pour la revoir. Donc de fait, on commence à se voir un peu moins, son caractère change, elle devient peut-être un peu méchante ou impatiente. Elle prend plus de drogue. C'est des choses qui sont encore plus fortes, plus grandes, plus ceci. Donc, elle part à Londres comme fille au père. On est tous très contents aussi pour elle. Elle est super excitée.
Elle s'occupe d'enfants et elle adore. Elle a aussi décroché un job dans une boutique de fringues. Et nous, on a du coup ce nouveau groupe d'amis. Il y a maintenant carrément une fluidité finalement avec ce nouveau groupe d'amis et elles. Chacun vit ses choses et c'est vraiment bonne ambiance.
¶ Les difficultés d'Andrea et le retour de Marinette
Ça se passe super bien à l'école. Et alors, rapidement, il faut aussi me trouver un job alimentaire. Et je trouve un chouette job dans un café vegan. Et en fait, je vais... au bout de quelques semaines, être manager de cette boutique-là. Ça se passe, par contre, de moins en moins bien avec mon copain parce que...
Parce qu'on prend beaucoup de drogue et il y a un côté très... On est les rois du monde, on met le bazar dans un bar, on danse du rock, on danse sur les tables, on s'assoit par terre et c'est génial. Et d'un autre côté...
Cette dualité aussi dans ma tête de c'est bientôt la fin, il faut que je sois majeure de promo, il faut que j'ai la meilleure note au grand oral. On commence à ne plus avoir vraiment les mêmes codes et ça devient un petit peu lourd. On se dispute, on se dispute et puis on se sépare. J'appelle Marinette pour lui expliquer un peu tout ce qui se passe. Elle va me dire « Je débarque. Allez, je viens. S'il est parti, tant mieux. » Et c'est ce qu'elle va faire, très rapidement.
Au bout d'une semaine, peut-être. C'est vachement rapide. Ce n'est pas un moment facile parce que je perds beaucoup de poids. Mon poids de forme, normalement, il est de 55. Et là, je suis à 42. Et en même temps, le fait d'avoir quelqu'un qui est avec moi un peu en full support me met un peu aussi des paillettes, arrondis un peu les angles en fait. Et finalement, ces semaines-là, elles vont aller assez vite.
¶ Le début des disparitions et des vols
Et en même temps, elle commence à être de plus en plus épuisante. Je ne sais pas, j'ai de l'argent qui disparaît, je perds ma carte bancaire, je perds une autre carte bancaire, je perds mon téléphone. Cette impression de chaos qui m'accompagne un peu tous les jours. Tous les week-ends, il se passe un truc. un peu égale au fun parce que ce qu'on fait, on a toujours un peu cette impression d'être dans un film, donc c'est quand même cool. Mais d'un autre côté, c'est aussi très épuisant.
On est invitées chez des copines à nous et je débarque avec Marinette et ma sœur. Pendant cette soirée, une des copines va arriver en disant qu'elle s'est fait voler 30 euros. C'est pas qu'on la prend pas au sérieux, mais c'est qu'on va lui dire, mais voilà, ils sont quelque part. Tu vas les retrouver, ils sont quelque part. On bouge à une autre soirée. Nous, on va prendre un métro et un bus. Et on a l'habitude avec Marinette de frauder. Sauf que ma sœur...
passe le concours pour être gendarme. Et en fait, elle a vraiment un très gros souci avec ce qui est vol, fraude, etc. Donc, elle est là. Non, non, non, non, non, j'ai trop peur. Prenez ma carte et puis allez chercher les tickets. Donc, pour aller très vite, Marinette prend la carte de ma sœur.
va retirer et puis comme ça, on a un peu de cash pour payer les billets. On va à cette soirée, c'est une soirée techno, tout le monde s'amuse, tout le monde est complètement mort. On rentre avec ma sœur qui n'est pas très fan du boum boum et on se rend compte que du coup, elle a perdu sa carte.
On se dit que ce n'est pas très grave, qu'on va peut-être bloquer l'argent. Et finalement, on dort, on ne le fait pas. Et du coup, elle va se faire voler d'abord un billet de 50 et puis ensuite 400 euros. Et à partir de ce moment-là, il y a... plein de vols qui se passent et qui s'enchaînent très vite. C'est pratiquement pas tous les jours, mais toutes les semaines. On est en décembre et je dois rentrer en Bretagne pour les fêtes.
J'ai aussi perdu ma carte. Encore une fois, le week-end d'avant, j'appelle ma mère pour lui dire « Est-ce que je peux juste avoir tes codes de cartes ? » Comme ça, je prends un BlaBlaCar et puis je peux rentrer. Et donc, je note ça sur un bout de papier et je réserve du coup le BlaBlaCar pour rentrer en Bretagne. Directement, on va aller au café. Et à peine un verre de bière, ma mère m'appelle et elle me dit « Mais qu'est-ce qui se passe ? Je viens de recevoir un message de la banque. »
me disant que 450 euros avaient voulu être prélevés de mon compte. Et je viens juste donner les codes de carte. Et je lui dis, mais ce n'est pas possible. C'est blabla carte, je suis sûre. Je n'ai pas pu mettre ça sur un autre site. Ma mère m'envoie le message dans lequel il est marqué que cet essai de prélèvement de 450 a essayé d'être fait par Western Union.
C'est quand même assez étrange parce que la seule personne qui utilise Western Union, à part les gros scammers, c'est Marinette. Je demande en fait, c'est trop bizarre. Qu'est-ce qui se passe ? Et en fait, Marinette va répondre. vraiment d'une manière super light, un peu par humour, en disant « Ok, nickel, comme il y a un code de sécurité, ta mère ne s'est pas vraiment fait retirer cet argent-là. » Et du coup, bonne nouvelle.
¶ Le profil en ligne et le doute
Quelques jours plus tard, on est invité chez mes voisins. On n'est pas beaucoup, on est en tout petite communauté. Pareil, c'est du son trop chouette, de la drogue, c'est cool. Et à un moment, je reçois un appel d'un gars qui me dit « Bonjour, le tarif me convient. Êtes-vous disponible pour ce soir ? » Et donc, moi, j'ai l'air de rire. Et je me dis, mais pardon, je pense que c'est un mauvais numéro. Et il me fait comprendre qu'en fait, il cherche une escorte.
Je suis quand même bien dans cette soirée, donc je le vis avec beaucoup, beaucoup, beaucoup d'humour. Mais donc, je lui fais comprendre que ce n'est pas vraiment possible parce que je ne suis pas la bonne personne et que c'est forcément un faux numéro.
Et finalement, cinq minutes plus tard, le gars me rappelle. Je me permets de vous rappeler parce que je viens de re-regarder sur le site et c'est bien votre numéro de téléphone qui est affiché sur le profil. Et du coup, je lui demande quel est le site.
Et donc, je suis un peu choquée, mais je me dis « Ok, ça doit être un bug, en fait. » Je le vis plutôt d'une manière un peu bizarre, en me disant « Lourd, mais c'est pas grave. » Je reviens sur l'ordinateur, là où est balancé le son, et je me rends compte qu'un onglet est ouvert et c'est le même nom du site que ce que me disait le gars trois minutes avant.
Et là, je deviens un peu zinzin parce que du coup, c'est une blague. Si c'est une blague, ce n'est pas drôle. Je prends l'ordi et je suis un peu en train d'agresser les gens en leur disant qu'est-ce qui se passe ? Qui est allé sur ce site ? Quand ? Pourquoi vous faites ça ?
Tout le monde me regarde d'une manière un peu bizarre en me disant, mais enfin, non, t'es malade. Et je regarde Marinette en lui disant, t'as fait ça, toi ? Et elle me dit, mais pas du tout. Mais pour qui tu me prends ? Et un peu... comme si j'abusais, comme si je gâchais peut-être même la soirée. Je ne suis vraiment pas très à l'aise, comme c'est un moment où ma vie n'est pas non plus la plus sécure. Il se passe beaucoup de choses, je maigris, je prends beaucoup de drogue, je bois beaucoup.
Et je suis en train de me dire, c'est peut-être moi qui est en train de phaser. Pas que j'ai inventé ce site, parce que ça paraît quand même très rationnel et très réel, ce qui vient de se passer. Mais d'un autre côté, vu que tout le monde... semble complètement déconnectée de ce que je suis en train de vivre, je me sens complètement perdue. Je vais décider de ne pas trop traîner. Je vais embarquer Marinette avec moi et on va aller dormir.
Je me sens super anxieuse et je commence à pleurer, je ne suis pas bien du tout. Je me rends compte que mon ex me manque, que je ne suis pas sûre de vivre la meilleure des vies. C'est un peu difficile. Mais Marinette est trop mignonne, elle me prend dans les bras, on va faire dodo ensemble et elle me caresse les cheveux et je finis par m'endormir.
¶ Le cambriolage et la rupture
Le lendemain, je dois aller au travail. J'ai une grosse enveloppe en fait parce que je suis payée en cash en même temps que d'être payée aussi normalement, mais je suis aussi payée en cash parce que je travaille beaucoup, beaucoup, beaucoup. J'ai une grosse enveloppe d'à peu près 1200 euros que j'ai eue depuis pas longtemps, je pense 2-3 jours, quelque chose comme ça, que je cache dans les palettes, dans un fauteuil, au fond, dans mon salon.
Je me réveille, je prends un billet de vin, je vais d'abord chercher un jus de fruits et un paquet de cigarettes pour Marinette. C'est un peu classique, on vit ensemble du coup, c'est devenu un peu ma coloc. Et puis je file au travail. Il y a vraiment beaucoup, beaucoup de monde. C'est bientôt les vacances, en fait, de Noël. Donc l'ambiance est assez chouette, mais il y a un gros soleil. Bon, il fait froid, forcément. Mais c'est une belle journée. Et Marinette va débarquer.
en même temps qu'un flot de personnes pour son smoothie habituel. Je ne réfléchis pas trop, je fais son smoothie préféré. Je sais très bien qu'elle adore ça. C'est des dates avec un peu de sirop d'érable, une banane et du lait d'avoine.
Normalement, ça se fait assez rapidement, mais on peut fumer une clope. Et là, je lui dis, je ne peux pas prendre de pause, il y a trop de monde. Elle me dit, ce n'est pas pour ça. Et elle a vraiment un visage genre complètement à plat. Et elle me dit, on vient de se faire cambrioler.
Et je crois que je n'arrive pas du tout à comprendre ce qui se passe, ce qu'elle a vraiment dit. Je me retrouve un peu bête. Un des gars qui travaille avec moi me dit « Mais cours ! Dépêche-toi, cours, ce n'est pas grave, je te couvre. » Je commence à courir, il y a bien sûr une palpitation incroyable et j'arrive à l'appart, je rentre, rien n'a bougé. Le linge qui est étendu, il n'y a pas une chaussette par terre.
Je vois qu'il y a mon Mac. Marinette se tient debout. Je lui demande plusieurs fois « Qu'est-ce qui s'est passé ? T'as vu des personnes ? T'as vu quelqu'un ? Je ne sais pas. Le Mac, c'est normal. J'étais avec et je prenais mon bain. » Donc j'étais dans la salle de bain, la porte était fermée. J'ai entendu quelqu'un qui est rentré, j'ai pensé que c'était ton ex. Je sors de la salle de bain et là je tombe nez à nez avec un gars.
qui du coup avait l'air un peu confus en disant « Oups, pardon, je me suis trompée d'appartement » et qui part. Et là, en même temps qu'elle me raconte ça, je repense à l'enveloppe. Et du coup, je bouscule les fringues, je cherche du coup dans la palette, j'ouvre mon sac, là où est l'enveloppe, et l'enveloppe et puis là. C'est ça en fait qui a disparu.
Elle me dit, tu vois, je sentais qu'il y avait quelque chose. Je le savais, il avait l'air louche. C'est trop bizarre. En même temps, je suis sûre que c'est quelqu'un que tu pourrais connaître. Je suis sûre que là, si on regardait sur ton Facebook, on pourrait peut-être le trouver. Ça peut être quelqu'un qu'on rencontre en soirée.
Là, ça monte et j'ai des frissons partout. Et je commence à aller chercher ailleurs. Et je me dis, mais c'est bizarre, mais pourquoi aussi cibler ? Mais je viens juste de le recevoir. Comment je vais faire ? Et là, j'éclate en sanglots et je suis super vénère. C'est des émotions.
qui sont genre horribles parce que tu te dis, il se passe plein de trucs qui sont nuls, je le fais, je continue, je perds mes cartes bancaires, je perds de l'argent, ma soeur perd aussi de l'argent, des gens, etc. C'est pas grave, mais là...
Comment je vais faire pour payer ce loyer-là ? Et pourquoi j'ai un cambriolage ? Je ferai pas de mal à une mouche. Pourquoi j'ai ça, quoi ? Et elle me dit, tu vois, là, c'est plus possible. T'es vraiment en train de filer un mauvais coton et je crois que même toi, là, tu te reconnais pas et c'est plus possible. Hier soir, on était en train d'en parler. Enfin voilà, stop quoi. Moi, je crois qu'il me faut du temps et il faut que je parte un peu. Et pour moi, c'est trop de toxicité.
Et donc là, je m'excuse. Je lui dis, ben non, je suis désolée. Pourquoi ? Je suis vraiment désolée, je ne sais pas. J'ai l'impression de ne pas maîtriser ma vie. J'ai l'impression que... Il y a quelque chose qui me réaspire sur quelque chose que je ne maîtrise pas et je ne comprends pas pourquoi c'est autant chaotique. En gros, je me fais larguer par Marinette.
¶ La police, les soupçons et l'enquête
Finalement, j'appelle mon ex et je lui dis « Je suis désolée de te déranger, mais il faut que tu viennes. Je ne sais pas quoi faire. La police devrait arriver. » Je me suis fait cambrioler. Donc lui, il arrive en même temps à peu près que la police. Ils sont deux, ils sont super sympas. Ils vont me demander où est le témoin de tout ce qui vient de se passer.
Et là, je dis qu'elle est partie. Je dis, essayez de l'appeler. C'est hyper important, il faut qu'elle soit là. Donc j'appelle, j'appelle, j'appelle et elle ne répond pas. J'envoie des messages, je dis que c'est hyper important, que la police est là, qu'on a besoin de son témoignage, qu'il faut aller quand même un peu vite.
Même si elle peut juste décrocher et que je le repasse au téléphone, mais il faut faire quelque chose, quoi. Et rien. Les messages ne sont même pas vus, en fait. Et là, ils me font comprendre que... ce cambriolage-là est ciblé et qu'il fallait connaître la planque de cette enveloppe, que ça n'arrive pas comme ça de se dire « tiens, on force, on va là et puis on essaye sous le matelas ». En même temps,
Je n'arrive pas du tout à accuser Marinette de ce vol-là. Ce n'est pas possible. Elle est blindée. Elle est riche. Elle n'a pas besoin d'argent. C'est quelqu'un qui était avec moi, du coup, là, toutes ces dernières semaines pour m'aider dans le... les pires moments. Et en fait, ils partent et je suis dans un silence horrible. Ça me donne le tournis, en fait. Ça me donne envie de vomir. Je n'ai plus du tout d'équilibre.
Est-ce que c'est des mensonges ? Est-ce que c'est la réalité ? C'est super compliqué de savoir ce qu'il faut faire. Là va commencer cette espèce... d'enquête FBI où je vais clairement concentrer toute cette énergie dans la recherche. J'arrive à demander à quelqu'un de hacker son compte Messenger et finalement j'y ai accès.
Et là, je vais découvrir plein de choses. Je découvre des messages de sa mère qui va réclamer énormément de sommes d'argent. On sent qu'il y a plein de complexités financières dans la famille, ce qui est même... horrible et qui commence aussi à me donner des frissons, c'est que des messages sous-entendent qu'elle est OK avec le fait que sa fille se prostitue. Ce qui, du coup, commence à raccorder avec la chose de l'escorte.
Tout commence un petit peu à prendre un peu de sens. Je vais commencer à faire une timeline et dans cette ligne du temps, je me rends compte que chaque message où on va demander une énorme somme d'argent coïncide avec un vol. un vol de ma mère ou une tentative de vol. Tous les jours, je décide d'ajouter au moins dix personnes de son compte Facebook pour envoyer un message et pour en apprendre plus. Ça va durer des mois.
Et pendant toute cette enquête-là, je me rends compte que Marinette n'est pas du tout la personne qu'elle disait être. Moi, c'est quelqu'un que j'ai fait rentrer chez moi, qui se douchait dans ma douche, qui met mon parfum, avec qui on échange ses fringues, etc. On est au creux de l'intimité. Donc, quand on se rend compte que c'est...
Peut-être pas la même personne, ça fout des frissons partout parce qu'on se dit mais qui ai-je fait rentrer dans ma vie en fait ? Je peux pas me permettre de mettre un KO en accusant quelqu'un à tort, j'ai pas de preuves en fait. C'est pour ça que cette enquête, elle est si profonde et si intense. À un moment, quand je collecte assez, c'est-à-dire que j'ai peut-être cinq témoignages différents de vol et d'arnaque, je vais...
prendre contact avec une de nos autres copines très proches et je vais lui dire mes soupçons et peut-être qu'on pourrait organiser quelque chose. Elle me dit « Ok, je lui donne rendez-vous au bar et on essaye de la ramener à la maison et on voit ce qui est possible. »
Ça ne sonne pas comme un guet-apens de sa part de lui proposer un verre, parce qu'il n'y a que moi qui me retrouve dans cette situation d'enquête et de recul. Je suis la seule qui réalise, en tout cas dans ce groupe, ce qui est en train de se passer.
¶ La confrontation et la vérité
par rapport aux mensonges. Elle lui donne rendez-vous dans un bar, elle se voit, elle arrive à trouver un peu cette excuse pour la ramener à la maison. Et moi, je la rejoins là-bas. Ça fait des mois que je suis toute seule dans cette enquête. Ça fait des mois que je ne suis pas bien et que j'ai besoin que cette vérité éclate. Je suis dans une obsession et j'ai envie d'en sortir. Et je vais lui dire, mais qu'est-ce que tu as fait ? Je sais tout.
Il va falloir que tu rendes l'argent. Il va falloir que tu justifies. Et maintenant, on va aller au commissariat. Et tu vas tout dire. Elle me prend de haut. Elle se rebascule un petit peu sur sa chaise. Et elle se rebascule un petit peu et elle me regarde et elle me dit « t'es complètement malade, donc ça va toujours pas mieux ». Et là, je commence à…
pété un plomb. Je commence à crier et je dis « bah non, ça va toujours pas ». Et donc, je prends son sac, je le vide et il n'y a rien. Et j'ai l'impression que je vais pouvoir trouver une carte d'identité.
C'est hyper bizarre. Il n'y a absolument rien dans cet énorme sac. Je la prends, en fait, et je lui dis qu'on va au commissariat et que finalement, elle n'a pas le choix. Je la tiens par la main et on avance. Et là, il se passe quelque chose de... très déconcertant, c'est que j'ai l'impression que tout son personnage tombe et il y a comme un masque qui tombe, en fait, et qui fait super peur parce que ce n'est pas le même regard, ce n'est pas la même chaleur, ce n'est pas la même voix.
pure étrangère, et elle me dit « Ok, je vais le faire, mais est-ce qu'on restera copine ? » Et là, je suis prise dans ce piège où j'ai l'impression que je dois aussi manipuler pour la garder pour arriver à mes fins. Et c'est horrible. Parce que du coup, je dois la regarder droit dans les yeux, dans des yeux que je ne reconnais pas, pour lui dire oui, oui, on y va. Je lâche même la main. On n'est plus du tout dans un rapport de force. On est même peut-être...
ex aequo dans cette espèce de manipulation horrible. On arrive jusqu'au commissariat. Le policier va avoir du mal à la reconnecter avec une fiche de citoyenneté parce que son nom sur sa carte d'identité... n'est pas reconnue par la mairie, la commune. Donc là, elle pose sa déposition. Si on n'arrive pas à la retrouver, cette histoire peut-être ne va pas se résoudre. Et on sort de là. Et c'est un peu un mélange de soulagement et un mélange de... Finalement, je ne sais pas si...
Cette quête folle dans laquelle je me suis mise m'a vraiment servi à quelque chose. Maintenant, je sais que c'est vrai. Elle n'est pas Marinette, elle n'est pas la fille avec qui j'ai rigolé, partagé. Ce n'est pas sa vie qu'elle m'a exposée pendant trois ans. Ça s'arrête là d'une manière assez plate. Et elle va juste me dire « on va boire un verre ». Et je vais lui dire « non, pas ce soir ».
C'est comme si on devait aussi garder cette espèce de légèreté et ne pas dire quelque chose de super violent ou d'empirer cette situation. Elle est tellement déjà tragique. Et le fait que... Son visage n'est plus son visage, que sa voix n'est plus sa voix. C'est comme si c'était déjà fini, en fait. On se sépare à ce moment-là et c'est terminé. Cinq ans plus tard.
Je décide de lui envoyer un message sur Messenger dans lequel je lui dis que je ne veux pas tendre le bâton pour me faire battre, mais plutôt avoir une conversation. Deux jours après, elle me répond. Et on organise les retrouvailles. Et je la retrouve dans un café à Bruxelles. Je m'entraîne pour ne pas connoter des choses trop réelles de ma vie, pour me protéger. Parce que du coup, je ne sais pas où s'arrête le crime.
Et elle lève ses lunettes et elle me dit « So you need closure ? T'as besoin de tourner la page. » Dans mes rêves les plus fous, je l'aurais plutôt tapé et essayé de récupérer ses 1200 euros. Et là, il y a une légèreté. Elle est partie à un moment aux toilettes et elle avait des rubans bleus dans les cheveux.
Un ruban est tombé par terre et j'ai récupéré le ruban. Je ne sais pas pourquoi, mais ça m'a fait plaisir d'avoir une partie d'elle. Je ne sais pas, c'était limite poétique en fait. Je ne sais pas, mais ça m'a permis de tourner la page. Vous venez d'écouter Transfer, épisode 331, un témoignage recueilli par Oriane Guérito. Cet épisode a été produit par Slide Podcast. Direction éditoriale, Christophe Caron.
Direction de la production, Sarah Koskiewicz. Direction artistique, Benjamin Septemours. Production éditoriale, Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours. Presse de son, Victor Benamou. montage et habillage musical, Johanna Lalonde. L'introduction a été écrite par Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours. Elle est lue par Aurélie Rodriguez.
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