¶ Intro / Opening
Quand la famille Farber arrive dans sa maison de vacances, chacun n'a qu'une envie, profiter d'un repos bien mérité. Mais le rêve tourne vite au cauchemar quand des invités indésirables s'incrustent et prennent la famille en otage. C'est le pitch du film Funny Games de Michael Hanke. Un thriller psychologique particulièrement violent.
¶ Une enfance idéale
Augustin grandit dans une famille idéale. Lui et son petit frère Charles sont élevés dans une ambiance bienveillante, nourris par l'amour de leurs parents. Mais quand ceux-ci rencontrent un nouvel ami, la stabilité familiale penche et se déséquilibre jusqu'à se renverser totalement. Vous écoutez Transfert, ce témoignage a été recueilli par Louise Nguyen. Je grandis dans une banlieue riche de Bruxelles, un petit village.
où la vie s'écoule tout simplement. Mon père gagne son argent tout seul, c'est-à-dire que je viens d'une famille un peu aisée au niveau de mes grands-parents, mais on n'a jamais rien reçu. Mon père travaille beaucoup et il se fait vite un an dans le métier. Il gagne son argent, il le dépense beaucoup pour nous. Là où j'habite, on aime bien avoir la dernière veste à la mode, on aime bien manger.
Le super sandwich, le midi, on mettra plein la vue, on est tous un petit peu comme ça au niveau de l'école. Et voilà, il faut avouer que mes parents viennent à mes besoins et sont très généreux.
progressivement on va pouvoir avec l'argent accumulé faire des voyages On va aux Etats-Unis, on fait la Californie, on fait la Floride, les parcs d'attractions, on va à Hawaï, on fait énormément de choses, on découvre pas mal de choses, on va beaucoup dans les musées et on se fait plaisir, c'est très gai, c'est très chouette. C'est vrai que mes parents sont très généreux avec moi mais ils le sont aussi avec les autres.
Il n'est pas rare que je retrouve chez mes amis proches une housse de couette à l'effigie de Tintin. Mais c'est la mienne, cette housse de couette. Un téléphone, ce téléphone, mais il était dans ma chambre il y a deux mois. C'est vrai que j'en ai reçu un nouveau, mais ah, Julien a mon téléphone. Voilà, et je me rends compte qu'on aide les amis qui sont peut-être un petit peu plus dans le besoin que moi.
mais aussi l'homme de ménage, les amis de la famille. On fait profiter au lieu de jeter à la poubelle. On fait profiter. Mes amis qui ont moins la possibilité que moi d'avoir des nouvelles choses dans leur chambre. Et ça, ça me fait plaisir aussi. J'apprends de ça et je trouve ça chouette. Le fait que ma maman donne comme ça, peut-être un peu frénétiquement.
sans me demander, sans devenir vite une blague. Je me dis mais enfin, où est passé ceci, où est passé cela ? Je me dis tiens, c'est chez un tel, chez un tel, mais je n'ai pas de jalousie. Je n'ai pas de jalousie puisque je suis assez vernis. Les choses qui sont données, elles sont remplacées. Mes amis, je les aime, donc il n'y a pas de problème pour ça.
Je grandis dans une famille très aimante, entourée d'amour, où la communication est le maître mot. Mes parents sont très amoureux et ils s'entraident beaucoup. Mon père est psychiatre. Et ma mère l'aide. Ma mère l'aide. Ma mère s'occupe de mon frère, de moi. Elle nous fait un manger. Elle nous fait un peu les devoirs. Mais je ne vois pas beaucoup mon père. Je ne le croise pas beaucoup le matin. Je le vois tard le soir.
J'ai, nous, avec ma mère, une relation particulière, presque amie aussi, on est presque amie, on est amie finalement. Elle a une autorité, certes, mais elle m'écoute, je peux faire mes bêtises. Ça l'amuse peut-être même, les petites bêtises que je fais. Et l'amour que j'ai pour ma mère est très fort et je communique beaucoup. J'ai beaucoup de peur, j'ai beaucoup d'angoisse. Les jeudis matin, alors que je sais que les problèmes de mathématiques vont m'attendre.
En petite scolarité, là j'ai des mal de ventre et ma mère est toujours là pour m'aider, ma mère est toujours là pour me soutenir et elle sent à moi une profonde sensibilité. Et elle est là pour moi. Et c'est très chouette. C'est un pilier pour moi. Et je communique beaucoup. Et mon père, quand il rentre tard le soir, on discute de ce qui s'est passé. Et on s'entraide. Et on essaye que le jeudi suivant, ces angoisses, elles puissent autant que faire se peut diminuer.
J'ai une crise d'adolescence assez frappée. Je découvre que je suis homosexuel vers l'âge de 12-13 ans. Je m'affiche auprès de mes amis proches qui me suivent depuis longtemps. Je leur dis, débutant en blanc, ça ne pose aucun problème.
Mais dans les lycées, il y a beaucoup de monde. Il y a beaucoup de jeunes. Il y a beaucoup de nationalités. Et les choses ne se passent pas aussi simplement qu'on le veut. Je pense que mes parents le savent. Mais je ne me sens pas de l'annoncer. Ça se fera. Ça se fera. Quand, je ne sais pas. Mais ça se fera.
Ça c'est certain. De toute façon, je suis homosexuel. J'ai envie d'être heureux comme eux. J'ai envie de trouver quelqu'un de bien. Et donc, ils le seront. Peut-être que c'est pas pour le moment. Mais voilà. Je suis toujours dans cette bulle d'amour, de partage, je sens qu'ils sont là, je sais qu'ils sont là, je pense qu'à tout moment le dialogue est ouvert et il n'y a pas de problème pour ça et je sens qu'ils sont toujours là évidemment et bienveillants, ça c'est sûr et certain.
Je termine le lycée, je pars aux Etats-Unis un an.
¶ L'amour et la stabilité
Je rentre entre deux formations. Je travaille dans un magasin de déco. Et là, je vois un gars arriver. Mon Dieu, quelle beauté. Il est magnifique. Il a l'air tellement sympa. Tellement beau, je me dis mais c'est pas possible. Je ressens un truc au plus profond de moi-même, une intuition. J'ai toujours été dans l'intuition et je ressens quelque chose. C'est un dimanche, c'est les soldes, je viens m'acheter des mugs.
Et là, je me dis, ce gars, c'est pas possible, il me le faut. Je le sens. Dimanche soir. Je le recroise en boîte. Je le vois à 4h du matin. Je lui dis, écoute, comment tu t'appelles ? Grégoire, me dit-il. Je dis, écoute, Grégoire. Toi et moi, c'est pour la vie. Et se lie entre lui et moi une relation extraordinaire d'amour passionnel, de partage.
d'amitié incroyable. Il m'aide, je l'aide, il est beau, il est brillant. Je vois en lui quelqu'un d'extraordinaire. S'en est suivi des années magnifiques, magnifiques, magnifiques. Indirectement, je reproduis. le dialogue, l'amour, le partage, l'image du couple que j'ai absorbée, je veux le retraduire, je veux le remettre en musique Субтитры сделал DimaTorzok
En 2015, j'ai 34 ans, je suis marié, donc depuis peu avec Grégoire, qui d'ailleurs a construit la nouvelle maison de mes parents dans cette riche banlieue de Bruxelles. Il a construit une super maison avec un jardin, un très chouette jardin.
¶ L'arrivée de l'ami mystérieux
ni trop grand, ni trop petit, mais qui demande beaucoup d'entretien. Un jour, ma mère m'appelle, elle me dit « Écoute, Augustin, Ton père a enfin trouvé un ami. Tu sais, toutes ces années passées à travailler, il a enfin trouvé un ami, c'est chouette, c'est vraiment quelqu'un de bien.
Eh bien, maman, qui est-il ? Ah, écoute, je te raconterai. Mais bon, c'est le jardinier. Écoute, c'est quelqu'un d'HPI. Il est haut potentiel. Il est très intelligent. Il est très spécial. Ton père s'est pris d'amitié pour lui. écoute il a 15 ans à nouveau dans sa tête c'est fantastique
Tu sais comme ça a été difficile pour lui de nouer des relations dans sa jeunesse, tu sais au nombre d'études qu'il a faites, tu sais que ça n'a pas toujours été simple, et vraiment c'est chouette et tout. D'ailleurs, il faudrait qu'on vous le présente. écoute, maman, pourquoi pas ? J'ai pas de soucis.
Bien sûr, bien sûr, pourquoi pas. Je suis très content de cet appel parce que je me dis que c'est chouette pour mon père, il le mérite, c'est quelqu'un de chouette qui a donné tellement aux autres et si lui maintenant peut un petit peu enfin se confier. Mes parents ont des amis d'enfance, mais c'est très épisodique. Et en fait, ils m'invitent mes parents à rencontrer.
Ce jardinier, je me dis mais c'est chouette, voilà on va rencontrer quelqu'un, moi je suis toujours à la fille de rencontrer des gens. Quelques semaines passent, le rendez-vous est bien pris, donc mon frère et moi, nous nous rendons chez mes parents, dans cette maison, ce jardin, on mange dehors, justement. Je rencontre le jardinier, voilà, quelque chose chez moi se passe, épidermique, je me dis mais qu'est-ce que c'est que ce gars ?
Qu'est-ce que c'est que ce gars ? Alors, il est à mon âge. C'est étonnant quand même. Mais c'est pas grave, moi j'ai des amis de 20 ans, j'ai des amis plus âgés. Mais quelque chose se passe à l'intérieur de moi. Je me dis mais c'est quand même quelqu'un de très étrange. Il est blond, il est méché. Je me dis on dirait Pascal Sauvran. Je ne vois pas le truc, je ne comprends pas le gars, je ne sais pas ce qui se passe. Mais il y a un truc horrible en moi-même qui se passe. et ce truc là
Je le vois chez mon frère, c'est en train de se passer également. Mes parents sont normaux, mon père s'allume une pipe, un cigare, chose qu'il ne faisait plus depuis longtemps. Je me dis, voilà une deuxième jeunesse, pourquoi pas, c'est très bien, je le vois en jouer. Ma mère aussi. Nous, on ne passe pas un super moment parce qu'on a encore une fois ce truc qui se passe en nous. Le dîner se passe. On est très, très sur la réserve, mon frère et moi.
On est courte, on est courte, on est courte, on ne fait pas du rire, ça c'est certain. On s'en va, la va vite avec un drôle de sentiment. Quelque chose s'est passé, je ne sais pas, il y a quelque chose qui ne va pas.
¶ Inquiétudes croissantes et comportements étranges
Le lendemain, j'appelle mes parents pour provoquer une petite discussion. J'ai ma maman en ligne qui me dit... le jardinier sera de toutes les fêtes, de tous les anniversaires, il sera là, il sera là tout le temps, comme ça. Je lui dis, mais pourquoi ? Pourquoi quelqu'un va venir s'immiscer dans cette vie de famille ? Je lui dis, mais pourquoi ? Comment ? Je ne comprends pas. Finalement, la discussion coupe court.
de la même façon que le dîner de l'autre fois dans le jardin, un petit peu rapidement, de peur de ne peut-être pas avoir envie d'aller dans les détails, de ne pas rentrer dans un espèce de conflit qui n'a peut-être pas lieu d'être, alors on ne rentre pas dans les détails. On laisse couler, on se dit bon ben voilà, les choses passent. Alors après ce dîner, ce coup de téléphone, j'en parle à Grégoire, je dis écoute, il se passe quelque chose.
Ils sont tombés sur un drôle de gars quand même, là. Je me dis, c'est pas possible. Alors, je sais pas. J'ai appris quand même qu'il avait des enfants. Tu te rends compte, Grégoire ? Enfin... Il a deux enfants en bas âge, il est divorcé. Qu'est-ce qu'il trouve à mes parents ? Qu'est-ce que finalement il va trouver ?
Chez eux, quelle est la nature de cette relation ? Je me dis, mais c'est bizarre quand même. Alors Grégoire me dit, mais tu sais, laisse couler, ils ont besoin de rencontrer des gens. Tu le sens pas, c'est certain, mais tu sais... On peut se tromper sur les gens, tu sais, c'est comme ça, ça peut se passer. Quelques temps plus tard, on est invité au restaurant à midi de nouveau avec mes parents, comme on fait souvent.
Restos très chic, voituriers, fruits de mer, on se rend là, en voiture, Grégoire et moi, on donne notre renom pour la réservation, on voit mes parents, mes parents sont déjà là, on voit quelqu'un avec eux. Alors on devait être quatre, et puis on voit une cinquième personne. Je m'approche. Bah, c'est le jardinier. Il est là. Il est là, le jardinier. Ok, bon, qu'est-ce qu'il fait là ?
Je regarde Grégor et moi, on va prendre sur nous, on va pas faire chemin inverse, on est là, on est là, on va manger. Je me replie complètement sur moi-même, j'ai dans l'estomac un truc qui se passe, dans l'estomac, c'est physique. Et alors ? On commande du poisson, une purée, les plats arrivent.
Ma mère fait des messes basses à ce gars. Et puis elle porte une cuillère de purée à la bouche du jardinier. Je me dis mais c'est pas possible. Qu'est-ce qui se passe ? Mais qu'est-ce que c'est que ce délire ? Mon père ne réagit pas. J'ai l'impression que tout est normal. J'ai l'impression que cette situation, elle existe, elle est là. J'ai comme l'impression qu'en fait ils se sont vus plein de fois.
Et que tout d'un coup, c'est quelque chose de normal que de se faire des messes basses, que de donner la cuillère de purée à la bouche, je ne sais pas ce que c'est. Tout semble normal pour tout le monde, sauf pour Grégoire et moi, évidemment. Je n'arrive plus à manger. Je dis, écoutez, on va y aller. Je coupe court plus rapidement encore que les deux dernières fois, je coupe court.
On donne les clés de la voiture au voiturier, la Porsche de mon mari arrive, le jardinier sort, chote dans la voiture et me fait le signe du pouce avec la main sous la gorge. Je me dis mais qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce qui se passe ? Il vient littéralement de choter dans la bagnole et de me faire le coup avec le pouce. Je vais te tuer. Sans le dire, évidemment. Je suis estomaqué. Estomaqué.
Il re-rentre dans le restaurant, nous on s'en va, la voiture n'est pas amochée, il a tapé dans le pneu, il re-rentre. Et j'imagine que le dîner de leur part, de leur côté, suit son cours. Évidemment, mes parents n'ont pas vu cette scène de la voiture.
Moi, je ne sais pas ce qui se passe. Je ne sais pas ce qui se dit ensuite, bien sûr. Je rentre chez moi. Je pleure pendant une heure. Non pas de peur, évidemment. Je n'ai pas peur de ce gars, mais de tristesse et d'angoisse. Je suis en position de fœtus. Et je pleure, je pense et je sais que quelque chose se passe. Quoi ? Je ne sais pas. Je fais le choix de ne pas en parler à mes parents. Je fais le choix de garder pour moi, comme si au fond de moi-même, la situation était en train de déraper.
qu'il faut mâcher ses mots, les choisir avec parcimonie pour ne pas créer de tension. Parce que je ne veux pas qu'il y ait de tension entre mes parents et moi. Je reste à l'écoute. Il y a assez de gens à la maison qui passent. Il y a l'homme de ménage qui vient chez moi.
qui est tout le temps à la maison. Il y a assez de gens pour essayer de comprendre ce qui se passe, parce que je vais un peu creuser quand même, parce que c'est pas normal. Les jours passent, les semaines passent, et via via, que ce soit les amis de la famille qui croisent mes parents, que ce soit via...
L'homme de ménage, j'apprends que ce gars est tout le temps là. Il est tout le temps là. Il est chez le coiffeur avec mon père. Il est au cinoche avec mon père. Mes parents nettoient les caleçons des gosses de ce gars. Ils vont au resto tout le temps à trois. Ils sont partis en Autriche ensemble. Ils font tout ensemble. J'en parle à mon frère, je l'écoute.
C'est pas possible ce qui se passe là. Qu'est-ce que c'est ? Il y a un truc qui va pas. Oh écoute, c'est Augustin, c'est dans tes fantasmes, tu sais. Laisse-les vivre. Ils sont peut-être en train de faire une crise d'adolescence. C'est pas très grave. Tu sais, ils ont toujours été généreux. par un... s'ils ont envie de donner à ce gars, qu'ils donnent un peu à ce gars, s'ils ont envie d'aller...
Faire un cinoche, qu'ils aillent au cinéma avec lui, on s'en fait pas, on s'en fait pas, t'inquiète. Lâche prise, t'as angoissé, t'as beaucoup de boulot, reste tranquille, t'inquiète. Alors je respecte évidemment mon frère, son point de vue.
Mon frère est en train de fonder une famille. Je pense que son énergie va là-dedans. C'est tout à fait respectable et bien entendu. Donc les mois passent, je n'ai plus de contact avec ce gars. Moi, je ne veux pas en entendre parler. Je ne veux plus en entendre parler. Ce n'est plus possible, il se passe quelque chose. je veux pas le savoir mais en tout cas je sais pas la nature de leur relation
Je ne comprends pas, mais je ne veux pas le voir. Je ne veux plus en entendre parler. C'est l'heure de question qu'on en parle au téléphone. Je ne veux plus entendre ma mère dire quoi que ce soit à son sujet. La relation avec mes parents n'est pas la même. Je prends mes distances. Ils prennent les leurs.
¶ La course-poursuite de Noël
Et les choses ne sont pas pareilles. Mais Noël arrive. Noël, c'est une fête importante pour nous. Et là, on se rend évidemment chez mes parents, mon frère et moi, Grégoire. tout le monde et on y va en voiture. Bien sûr que le jardini n'est pas là, encore heureux.
C'était clairement un souhait de notre part. On l'avait quand même dit à mes parents, mon frère et moi, que c'était hors de question de voir ce gars. On est à un an de la première rencontre. Il faut savoir que la dernière fois que je l'avais vu, c'était au resto quand il m'a fait le signe de la main. avec son pouce en dessous de sa gorge et que moi après je l'ai plus vu quoi
Noël se passe, alors on picole un peu. C'est bien sûr hors de question de conduire en ayant bu deux ou trois verres de vin. Donc mon père, très généreux, nous offre le taxi. Donc nous rentrons en taxi. Le lendemain, il faut venir rechercher la voiture. Donc on prend l'autre voiture. On se rend à nouveau chez mes parents. Là, personne. Et on rentre dans l'allée, c'est une longue allée. Mes parents habitent une maison avec des chevaux autour, donc ce grand jardin.
Une longue allée, je reprends possession de la voiture et au bout du chemin, je vois la voiture de ma mère. Et là, je me dis, mais qu'est-ce qu'elle fout au bout du chemin ? Je l'appelle. Allo maman, tu es où ? Je suis chez le coiffeur, me dit-elle. Ah bon, tu es chez le coiffeur ? Ok. Mais tu rentres quand ? Je ne rentre pas tout de suite. Mais maman, je vois ta voiture au bout du chemin. Je la vois là au loin. Tu ne me vois pas ? no no no no
Je raccroche, je dis Grégoire, démarre. Et là, on démarre, on s'approche de la voiture de ma mère. Et hop, elle démarre en trompe. S'ensuit, une course poursuite. Alors on se rapproche de la voiture. Et en fait ma mère elle est pas seule dans cette voiture. Y'a quelqu'un en volant, elle conduit pas mais y'a quelqu'un en volant. Mais merde, c'est ce gars, c'est
C'est le jardinier. Qu'est-ce qu'il fout là ? Il est au volant. Je l'appelle. Maman, mais enfin, mais je suis derrière toi en voiture. Qu'est-ce que tu fous ? Je suis derrière toi. Oh, c'est rien Augustin, c'est rien, c'est rien. Laisse tomber. Mais qu'est-ce que c'est ? C'est quoi l'affaire ? Qu'est-ce que c'est quoi ce truc ? C'est dangereux ce qu'on est en train de faire. Ralentis, qu'est-ce qui se passe ? C'est pas possible ce qui se passe.
Je te vois bien, là. T'es pas seul. Tu me racontes des bêtises, là. Et un quart d'heure, 90 km dans les champs, mais c'est dangereux. Et... On décide de couper court à cette course-poursuite rocambolette. Avec mon mari, on freine et littéralement nos chemins se séparent dans les betteraves.
Je rentre chez moi. Même chose qu'après le restaurant. Position du fœtus. Je pleure. Je pleure parce que quelque chose se passe. Quoi, j'en sais rien. Et moi, ne pas savoir, ça va pas. Mais merde, c'est grave là. Le lendemain... Je les appelle pas, qu'est-ce que je dois dire, moi c'est fou là ce qui se passe, on sait rien, je les appelle pas. Et puis quelques jours passent, et puis les semaines aussi quand même, ça se raréfie nos conversations, c'est pas normal ça se raréfie, ça me rend triste.
¶ Amour, argent et peur
Et là, Grégoire me dit « En fait, j'ai appris, via ma belle-sœur, que ta maman échange des baisers furtifs comme ça, dans le rayon fruits et légumes du supermarché du coin. » C'est pas possible. Ça y est, j'ai le truc. S'installe un jeu amoureux. C'est ça qui se passe. Ma mère est tombée amoureuse de lui. Comment se fait-il ? Après tout ce qu'il y a, reçu de mon papa tout l'amour
Comment ça se fait ? D'où ça vient ? Moi j'ai des copains qui ont des parents divorcés. Je sais ce que c'est. Mais moi, mes parents, ne plus être amoureux, c'est pas possible. Et pourquoi lui ? Pourquoi ce gars ? Pourquoi ? Qu'est-ce qu'elle lui trouve ? Enfin, je ne comprends pas. Il y a quelque chose, c'est pas normal. C'est pas normal, il y a quelque chose qui se passe.
Alors j'entends que peut-être ma mère est tombée amoureuse de lui, voilà. J'entends bien, mais moi je pense que le jardinier, il en veut à son argent. Il en veut à son argent, je pense que ma mère... lui a parlé. Il a parlé de quoi ? A parlé du fait que ma grand-mère a pas mal d'argent. C'est pas un secret pour quoi avoir ce qu'il y a des propriétés. Il y a beaucoup de luxe autour et donc on peut pas trop se cacher.
Et je pense que ma mère en a fait part. Et au fond de moi, j'ai l'impression que ce gars, tout ce qu'il veut, c'est entretenir un train de vie ou un futur train de vie. Donc ça pour moi c'est clair. J'en parle à mon père, j'en parle pas, alors j'en parle pas. Je décide de pas en parler à mon père.
Est-ce que c'est à moi de lui dire que maman change des baisers avec ce gars-là ? Non, je ne sais pas. Est-ce que c'est à moi de le faire ? Est-ce qu'il est au courant ? Est-ce qu'il n'est plus au courant ? Est-ce que je dois attendre que quelque chose se dise, se passe ? Je ne sais pas. Pendant cette période, je me mets en arrêt deux mois parce que je suis à bout. Je suis à bout de souffle, je suis à bout d'émotions, je suis à bout de tout en fait.
Les mois suivants, j'apprends qu'il y a des cadeaux qui se font. Il y a beaucoup de cadeaux qui se font au jardinier. Il y a des canapés de marques de luxe pour meubler sa nouvelle maison à ce gars. Il y a des montres, que sais-je. Là, ça commence un peu à devenir intriguant parce que...
Il ne faut pas que ça aille trop loin non plus dans ces histoires, même si ça ne me regarde pas. Je pense que tout doucement, ça commence à me regarder parce que je n'ai pas envie qu'il y ait un petit peu de l'abus de faiblesse. Qu'est-ce que lui pense de ma mère, de mes parents ? Est-ce qu'il est encore ami avec mon père ? Est-ce qu'il aime ma maman ? Est-ce que ma maman l'aime ? Est-ce qu'il en veut à l'argent ? Je me remets tout en question. Je n'arrête pas de faire le film dans ma tête.
tous les soirs, tous les soirs, en rentrant du boulot, de 20h à 1h du mat. Avec Grégoire, nos soirées, elles ne sont que là-dessus. Il faut m'épauler, il faut m'écouter, je dois exprimer, je dois... parler, j'ai besoin, j'ai besoin, je tape dans les murs, je bois, j'ai besoin de m'exprimer, j'appelle les copines de ma mère, j'appelle les copains de ma mère, j'appelle les potes de mon père.
J'appelle mes potes, j'appelle les potes de mon frère, j'appelle tout le monde, faut que je le dise, je suis seul, il se passe quelque chose, personne ne veut m'écouter, il se passe quelque chose, on va vers le drame, mais j'en sais pas, je sais pas quand, je sais pas quoi. Sachant que les relations avec mes parents sont de plus en plus rares. Je parle même des coups de fil. À ce moment-là, j'ai besoin d'avoir mes oreilles, les oreilles des autres, les yeux, les yeux partout, des micros.
pas aux figurés, mais voilà, qui sont des alertes. J'ai mes lanceurs d'alerte particuliers qui sont au taquet et qui sont de mon côté parce que les choses ne tournent pas rond, c'est clair. Donc je reste dans un flou intersidéral.
¶ Incidents inquiétants et soupçons
Une autre amie me dit, écoute, je crois que j'ai vu ta mère monter dans une chambre d'hôtel. Avec un gars, moi j'en peux plus, je suffoque tous les soirs, je suis là. Et en fait, ça s'enchaîne non-stop. Les histoires s'enchaînent, les alertes s'enchaînent. Il y a un cambriolage chez mes parents, le chien n'aboie pas. des objets bien précis, bien cachés. sont volés, l'alarme ne sonne pas, mon père fait un accident de voiture, un matin avec la voiture du jardinier qui lui a été prêtée.
Il n'y a plus de frein. Il est dans la forêt, dans un fossé. Je pense que le jardinier est maléfique, ça c'est clair. Je pense qu'il est derrière tout ça. J'ai croit dur comme fer. Ce n'est pas possible. Mon père n'a jamais fait d'accident de voiture. Comment se fait-il qu'un jour...
Il se retrouve avec le 4x4 du jardinier sans frein dans un fossé. Comment ça se fait qu'on viole à la maison sans que l'alarme ne sonne, sans que le chien aboie, qu'on prenne le coffre fort qui est planqué. Je ne sais pas où, c'est pas possible, mais moi je ne sais pas où il est planqué. Il ne sait jamais rien passer comme ça dans notre vie. Comment tout ça s'enchaîne là ?
¶ Confrontation et réaction du père
C'est pas possible, tout ça c'est pas possible. Je veux parler à mon père. On va faire abstraction de tout. Je suis fort, j'en peux plus. Il n'y a pas que Grégoire qui doit tout prendre dans sa gueule le soir. Je veux parler à mon père. 3 ans que le jardinier est là, dans la vie de mes parents. Puis au fait, Grégoire me dit quand même, j'ai un client pour qui je construis une maison. Eh bien, ce gars-là... Il est jardinier chez lui et il lui a fait des avances.
Ce gars, il est en train d'agir à Kimio Miola. Chez qui, chez quoi, des gars, des filles, des vieux, des jeunes. Des hommes... Là, j'en peux plus. Il faut que je parle à mon père. C'est plus possible. Il faut renouer quelque chose. Je propose à mon père d'aller manger au resto. On n'est pas dans l'animosité. On se rend compte.
On s'assied, on commande. Je lui explique tout ce que j'ai sur le cœur. Il y a quelque chose qui ne va pas. Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? Vous ouvrez les yeux, vous êtes en train de vous faire avoir. Mais non, Augustin, enfin bon, qu'est-ce que tu sais ?
Il me fout une torniole. Là, ça y est, tout a explosé. Je ne sais pas ce qui s'est passé. J'étais mollo, je lui ai parlé simplement. Je lui ai expliqué, écoute, il y a quelque chose qui ne va pas quand même, papa. Enfin, excuse-moi, mais là, bon... c'est quoi le truc quoi alors bon non alors hop je ferme les yeux mes oreilles ma bouche
Je te raccompagne à la maison, je te hurle bien dessus et on n'en parle plus. Ok, très bien. Je rentre, Grégoire, voilà, ça s'est bien passé. Bah non, ça s'est pas bien passé, je lui raconte et puis c'est tout. Retour à la case départ.
Je décide de parler à ma grand-mère, avec qui les relations sont très compliquées. C'est une dame très complexe, issue de la bourgeoisie belge, qui est assez spéciale, il faut l'avouer. J'écris une lettre, je dis voilà, j'aimerais venir... te voir avec mon frère on a besoin de te parler de quelque chose parce que voilà entre temps
Mon frère a très clairement compris ce qui se passait. On a beaucoup discuté. On a décidé de faire bloc et de reprendre les choses en main et d'avoir vraiment les yeux et les oreilles pour comprendre ce qui se passe. Et on décide donc d'aller voir ma grand-mère et de, dans tout cas, communiquer. On ne sait pas où ça nous mène, on fonctionne au jour le jour, on ne sait pas, mais toujours est-il qu'on y va. On se fait recevoir dans cette magnifique maison. On est face à cette dame très chic.
Très austère, on lui explique. Elle tombe pas des nues. Elle dit « Je sais qu'il y a quelque chose qui se passe. D'ailleurs, figurez-vous que j'ai eu des coups de fil de la banque et que les comptes sont en train de se vider. » Bon, les comptes sont en train de se vider.
¶ Démarches légales et aveux
On sort de là plus déterminés que jamais, mon frère et moi. On va à la police, c'est clair. On va à la police. Faire quoi, j'en sais rien. Ma mère n'est pas folle. Elle n'est pas folle, ma mère. Vous faites ce que vous voulez de votre argent et c'est bien normal et heureusement, j'en conviens. Donc on va, mon frère et moi, trois heures de déposition. Voilà, il y a 10K qui sont partis là, 20K, 30K, 50K.
Et puis voilà, petite anecdote, le policier à la fin nous dit mais bon moi avec 70K je refais mes châssis, mais bon on n'avait pas compris qu'on parlait de milliers d'euros. Alors, il prend note, il y a 5-6 pages de déposition, on essaie d'être très factuel, d'expliquer. Et bien entendu, on a le discours de votre maman, elle fait ce qu'elle veut parce que c'est son argent. Mais on a quand même le soutien. On a quand même le soutien. On sent qu'il y a quelque chose qui se passe.
On explique quand même les choses, c'est pas normal, c'est clair. Et donc voilà, ils vont aller le questionner, ils vont aller le trouver. Et donc mon frère et moi, on va avoir l'avocat, on lui dépose les papiers de la police, on lui explique bien ce qui se passe. Il a un rôle de conseil, il nous répète un petit peu les...
Il est loin en vigueur par rapport à ce type de situation. Nous, l'argent, mon frère et moi, on n'en a rien à faire. On veut mettre un stop simplement, c'est tout. Il y a une vie de famille à vivre, il y a des choses à vivre. Il y a plein de choses qui nous restent à faire dans cette vie, mais c'est pas possible, on va pas laisser un gars nous pourrir le truc sous prétexte d'un. Et donc l'avocat lui explique, mon père se réveille.
Les enfants, on va faire bloc, là c'est plus possible. Alors papa, mais qu'est-ce qui s'est passé ? Mon père craque en fait, mon père craque littéralement. Mon père nous explique qu'il avait fait une grave erreur en laissant cette personne s'introduire dans le couple, dans la vie de famille, dans tout ça. Mon père m'annonce que ma mère est tombée amoureuse de ce gars. Mes craintes étaient fondées et qu'elle est partie vivre dans un pavillon, un pavillon qui est en location, qui est à nous.
J'apprends aussi que pendant ce temps-là, ma mère va voler avec ce gars, les propres parents du jardinier, dans leur maison à la mer du Nord. Elle va voler des tableaux, vendre des bijoux en or. C'est Bonnie & Clyde, quoi. Moi, j'en reviens pas. Et je me dis, mais enfin, ce gars a des gosses. qu'il soit en bas âge, il a une ex-femme...
Est-ce qu'il faut aller en parler ? C'est vraiment surréaliste. Je pense vraiment, réellement, que ma mère a fait à l'âge la fortune qu'elle aurait plus tard, que ce gars le sait très très bien et qu'en fait, il n'y a plus d'amour, plus d'amitié, plus de rien qui traîne. Il n'y a que clairement l'argent qui compte.
Je me dis, Augustin, ce gars, il en veut qu'aux thunes. Il veut que l'argent de ta mère, l'argent qu'elle va hériter de ta grand-mère. Et c'est l'enfer, quoi. Mon père est au plus bas. La première chose qui me saute aux yeux, c'est comment est-ce qu'un psychiatre peut... Alors qu'il voit des gens toute la journée, on parle de schizophrènes, de pervers narcissiques, on parle de...
de cas très graves. C'est quelqu'un de renom, quelqu'un de super. Comment se fait-il que les alertes n'ont pas été allumées quelque part dans un coin de son cerveau ? Ça, je ne l'expliquerai jamais. Il ne l'explique pas non plus.
Mais c'est pas la question, de toute façon, c'est pas la question, on ne remet rien en cause, on ne remet rien en jeu. Nous, de toute façon, ce qui compte, c'est de retrouver l'amour, la communication, la paix et la stabilité familiale pour que tout le monde puisse revivre une vie normale. Que leur amour, plus tard, soit telle, telle forme, qu'ils se séparent ou pas. On s'en fout. Nous, on veut que ce gars, il dégage, il dégage, il dégage, vite, avant que je ne sais quoi se passe.
¶ La crise et l'emprise
Mon père m'appelle en pleurant trois fois par jour, en crise de panique complète, comme si tout lui avait sauté au visage. Il est à bout de souffle, vidé par ce gourou. C'est impressionnant d'avoir son père au téléphone. 4 fois par jour en pleurs, c'est très très impressionnant. Il me demande de gérer la situation. Donc ça y est, moi j'ai pris le rôle du père de famille, mon frère aussi quelque part, mais mon frère étant un vrai père de famille pour le coup, avec ses enfants.
il a beaucoup à faire mais au moins on fait blog de plus en plus à ma mère à ce moment là Elle est absente, elle ne répond plus de rien. Qu'est-ce qui se passe, on ne sait pas. Mon père continue à avoir contact parce qu'il faut savoir que... Ma mère n'a pas d'argent elle-même. On comprend que les choses sont sous emprise complète et il faut quand même que ma mère puisse continuer à vivre. Qui va lui donner de l'argent ? C'est mon père.
Toutes ces histoires me rendent fou. Il faut m'enchaîner. Le soir, il faut m'enchaîner pour que je n'aille pas aller péter les jambes de ce gars. Ou faire une autre bêtise parce qu'on en est là. Il faut fermer la porte à clé. La porte a été fermée à clé à double tour. Les clés dans la poche de mon mari parce que j'allais aller le buter. C'était moi qui allais aller en taule. pas le but évidemment, c'est pas moi. de savoir si j'en veux là
Mais pour moi, en fait, elle n'est plus elle-même. Je ne peux pas lui en vouloir. Moi, je veux la sauver. Je l'aime, en fait. J'aime ma mère. Je l'ai toujours aimée. Je l'aimerais toujours. Je sais qui elle est. Je sais la personne que c'est. Je sais... l'excellente mère que ça a été, l'espoir il est là et je vis avec en fait.
¶ Une tentative de suicide
Donc un lundi matin, première journée de télétravail, on est avant le Covid, après le télétravail arrive, dans les sociétés, je suis content, je vais pouvoir me faire un petit café chez moi, enfin je suis content. La situation est horrible et complexe, je suis en train de vivre un truc affreux. Je survis. Je lis 2-3 mai. À 10h, mon père m'appelle. « Augustin, il faut vite que tu ailles voir ta mère. Ça fait plus de 24h qu'on n'a pas de nouvelles. »
Il faut savoir qu'il y a deux jours, elle a déjà avalé tous les anxiolytiques de la pharmacie. Je pense que ça ne va pas du tout. Il faut aller voir s'il respire encore. Ce sont ses mots. Va voir si ta mère respire encore. Donc voilà. Je savais que les gens en étaient là, en fait. En fait, c'était soit lui, soit elle qui allait avaler toute la boîte anxiolytique. Donc je prends ma bagnole, je dis rien à mon employeur.
Et en fait j'alerte l'homme de ménage qui a toujours été là pour moi, qui a été un peu l'œil de Moscou.
toutes ces histoires et je lui dis écoute j'ai le premier sur place on casse une fenêtre s'il faut mais moi là je suis dans une crise de panique complète et puis on fait le chemin, et lui était le premier sur place, et il ouvre parce qu'il avait les clés là-bas, et puis voilà, ma mère respire, mais effectivement elle dormait depuis 24 heures, en ayant pris je ne sais quoi de la pharmacie pour la deuxième fois, et là j'en peux plus, là ça fait 4 ans, j'en peux plus.
Ça va se terminer comme en... C'est plus une séparation, c'est plus l'argent, c'est quoi ? C'est la mort, c'est le suicide, c'est quoi ? On va vers quoi en fait ? C'est vraiment pas possible.
J'apprends quelques temps plus tard, mais les minutes, les heures, les jours me paraissent des éternités parce que je suis dans... dans une angoisse, une oppression au niveau de l'estomac et ma tête bourdonne et je suis aux oubliettes littéralement parce que je suis très très en affaires et j'apprends que ce gars a demandé ma mère en mariage. Waouh, ma mère en mariage. Tout d'un coup, ma mère reste remariée avec ce gars, mais ce n'est pas possible.
C'est bien sûr l'argent. On le sait, mais c'est fou quand même. On peut se dire qu'à chaque élément, chaque jour qui passe, conforte l'idée. Mon frère et moi, on convoque ma mère chez moi. Alors ma mère vient à la maison. Première fois, on la retrouve. Je ne l'avais pas vue depuis au moins 6-7 mois.
Toujours est-il qu'elle se présente naturellement face à mon frère et moi, et on s'assied, et là, c'est le drame absolu. En fait, on ne sait pas contenir notre émotion, mon frère et moi, on ne sait pas se contenir. On lui dit tout, là, y'a plus de blabla, c'est bon, tu fais que de la merde, c'est plus possible, c'est quoi cette affaire et tout, là, écoute, où est-ce qu'on va ? Enfin, tu te rends compte ?
Elle veut foutre le camp en deux secondes, on ferme la porte à clé, elle s'assied par terre, des larmes, des larmes, enfin une crise de nerfs, pas possible, on essaie de... de lui faire comprendre, mais c'est pas le moment, voilà, c'est toujours pas le moment, elle est encore sous l'emprise, et on sait que...
que ce moment-là ne va pas mener sur quelque chose, cette discussion ne mènera pas sur quelque chose de concret. On finit par ouvrir la maison, et puis elle s'en va, comme un pas sur une toile serrée, elle s'en va, et puis hop, elle s'en va. Et mon frère et moi, on est là, épaules baissées, ne sachant pas de quoi demain sera fait. Mais c'est un peu notre quotidien depuis cinq ans. Donc on essaye des choses, on essaye des choses.
¶ Médiation et prise de conscience
Quelques temps plus tard, pas trop longtemps, mon père m'appelle et me dit écoute ta mère souhaite que vous vous voyez ton frère et toi. avec elle simplement moi je ne serai pas là avec une psychologue, médiatrice qui, en plus d'être psychologue, pourrait éventuellement être là pour écouter ce que vous avez à vous dire, modérer une conversation, éventuellement pondérer les colères. Je me dis écoute papa
Avec grand plaisir, puisque moi, le but ultime avec mon frère, c'était de retrouver pied. Donc moi, médiatrice, ce n'est qu'un ingrédient en plus pour pouvoir sauver la soupe. Donc ok, on y va, on y va, ok, on y va. Au-delà du fait que mon père me dise vous allez vous voir si vous êtes ok avec cette médiatrice, il me dit que c'est quand même bien ma mère qui a fait la demande. Donc voilà, une porte s'est ouverte.
Le rendez-vous arrive assez rapidement. La semaine qui suit, cette demande, cet accord de pouvoir se voir avec cette psychologue médiatrice, ça se fait assez rapidement. Donc on fonce. premier rendez-vous, on arrive, donc une petite bonne femme qui nous reçoit, mon frère, ma mère, moi. Ça dure 10 minutes. Ma mère est dans un déni.
on explique ce qui se passe, ce qui s'est passé pendant ces dernières années, les dangers, surtout les craintes qu'on a. Je n'ai pas envie de parler de ses erreurs parce que je ne suis pas en train de l'accuser de quoi que ce soit. Ma mère a le droit d'avoir la vie qu'elle veut et je ne me suis jamais dit le contraire. C'est vraiment l'emprise de ce gourou qui me fait peur. Ma mère est hors de contrôle. Elle me traite d'alcoolique. Je me demande ce que ça vient faire là. Je me barre en courant.
C'est moi qui pète un plomb. Je me dis qu'on est foutus parce qu'il n'y a rien qui va se passer. Comme c'était prévu, une deuxième séance arrive. On est sur 7 jours d'écart. Une deuxième séance arrive. Plus calme, plus posé. Je pense qu'on joue un peu le bâton de la parole. Chacun prend le temps d'exprimer un peu son ressenti à son tour. Mais ma mère est encore forte sur la réserve. Elle est forte sur la réserve. Elle est plus dans l'écoute.
c'est dans la bienveillance en fait donc on explique ce qu'on ressent et on se sépare et la troisième date est prise puisqu'il y a trois séances donc ou plus ou moins mais bon voilà il y a trois séances de prévues Bon, alors je ne sais pas où tout ça va nous mener, mais en tout cas, il y a un contact qui est rétabli, on dirait. Voilà, il y a un contact. Le contact est là. Troisième séance, une semaine plus tard de nouveau, ma mère se livre plus.
Elle se rend compte, elle nous dit qu'elle se rend compte quand même que... Quelque chose ne va pas, quelque chose ne tourne pas rond. Elle nous explique qu'elle voit en parallèle quelqu'un qui est aussi une psychologue. Elle comprend que les choses ne sont pas normales. Elle comprend... qu'elle s'est fait embrigader dans une histoire rocambolesque qui l'a dépassée. Elle met pour la première fois elle-même le mot pervers narcissique sur cette personne.
Elle met un mot sur ce qui lui arrive. Je suis sous l'emprise. J'ai été sous l'emprise, elle dit même. Et donc j'ai été sous l'emprise. Ça veut dire qu'on est sur un, je pense, je me le dis, sur un mieux.
¶ La libération de l'emprise
Et donc, la séance touche à sa fin. Et en fait, cette séance, elle était salvatrice. Au bout de cinq ans d'enfer, ma mère, tout d'un coup, se rend compte qu'en fait, il n'y a rien qui va dans cette histoire. Je ne l'explique pas. Et en fait, elle m'appelle un jour, elle me dit, tu sais, Augustin, cette bague, cette bague de fiançailles, de ce con, elle me dit, de ce con. Je dis, waouh, alors, ok, ce con, enfin, oui, ça, c'est clair.
Je l'ai jeté dans un étang. Et en fait, c'est terminé. Moi, je ne veux plus jamais le voir. Ce n'est pas possible. Ce qui s'est passé, tu te rends compte ? Ok, maman. On se dit encore qu'on est avec quelqu'un qui se remette ses émotions. qui se remet d'un coma, qui se remet d'une anesthésie générale, j'en sais rien, mais on ne va pas bousculer et aller trop vite. On apprend à réécouter, on est dans la confidence.
progressivement on se dit ok on va commencer à pouvoir discuter on va commencer à pouvoir envisager de comprendre certaines choses ce qui veut être dit, de ce qui peut être dit. Alors, bien entendu, je fais le débrief des séances avec mon père, qui je sens pour la première fois depuis des mois. mais relâche aussi la pression
comme si quelque chose était quand même dénoué. Il me dit que pour le moment, les choses vont rester telles quelles. Ma mère dans le pavillon, elle ne veut plus le voir, très bien, il reste.
séparer mais moi s'ils se séparent c'est pas grave c'est des adultes ils ont le droit de se séparer ma mère elle est comme moi elle veut un truc elle l'a même si elle a perdu pied elle est intuitive quoi et elle s'est dit mais non c'est fini à partir du moment Dès que j'ai pu reprendre une communication sincère avec ma mère...
que j'ai retrouvé quasi du jour au lendemain, ce que j'expliquais encore toujours pas. On a commencé à discuter un petit peu plus en profondeur, en respectant, je dirais, le... le timing de chacun au niveau émotionnel Je veux vraiment à ce moment-là lui expliquer que je l'aime, que je serai toujours là pour elle, que je peux être là pour discuter, que je peux être là pour comprendre et partir de ce moment-là et naître une relation de confiance ultime. où tout s'est dénoué, tout s'est raconté.
Tout a été dans les détails, le détail qu'elle a peut-être voulu choisir de me dire. Encore une fois, je n'ai pas une liste. avec qu'est-ce qui s'est passé à ce moment-là, dans ta tête, on n'était pas là. Au niveau de la famille, les quatre en tout cas, donc mon frère, mon père, ma mère et moi exprimaient ce qu'on avait sur le corps et pas de se justifier à aucun moment.
¶ Reconstruire et retrouver la paix
Noël arrive. Ma mère est rentrée. Rentrée à la maison. Je peux enfin revenir aussi chez moi. Ça faisait des années que je n'étais plus rentré chez moi, chez mes parents. Donc c'est quand même symbolique aussi. Je fête Noël chez moi. Et puis... Contre toute attente, ma mère fait un joli discours à l'apéro. Ça n'a pas été simple, mais vous avez été là. Je vous en remercie. Ce discours n'est pas très long, mais il est très sincère et très touchant. Je regarde les mains de ma mère.
Et je vois une alouette sur sa main droite. Et elle me dit, oui, je me suis fait tatouer une alouette, symbole de ma liberté retrouvée. J'ai moi-même pas mal de tatouages et je trouvais ça assez fun. que ma mère qui est quand même un peu une rockstar aussi à sa façon se fasse tatouer comme ça, symboliquement, cette petite alouette toute mignonne et nos relations sont super aujourd'hui.
Cette histoire, elle a été évoquée, évoquée énormément par elle, par moi. Ça nous a permis de comprendre un peu plus, même si certaines choses n'ont pas... comprendre, sont compliqués à comprendre mais c'est chouette de pouvoir en discuter et ça rejoint cette chose que j'ai toujours appris, c'est la communication.
C'est de ne pas lâcher, de pouvoir imaginer que même si la porte est fermée à clé, il y a toujours une clé pour l'ouvrir. Il y a toujours même un double des clés. Donc il y avait du souffle, il y avait de l'espoir. Et cet espoir, j'y ai cru. On y a cru. Et je pense qu'elle y a cru aussi. plus de nouvelles du jardinier aujourd'hui ma mère la plus jamais croisé on vit pas du tout dans la peur on vit dans le bonheur quand on est Et quand on est heureux, on n'a pas à avoir peur des gens à stade.
dem Ours. Aurélie Rodriguez abonnés.
