La course-poursuite la plus lente du monde - podcast episode cover

La course-poursuite la plus lente du monde

Oct 03, 201932 minSeason 4Ep. 86
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Summary

En road trip dans le sud des États-Unis, Aurélien et Alex, fans de culture américaine, se voient plongés dans une scène digne d'un mauvais polar. Une infraction routière involontaire déclenche une course-poursuite lente suivie d'une arrestation musclée par des policiers armés. Face à l'incompréhension linguistique et culturelle, les amis vivent un moment de terreur absurde, confrontés à une réalité bien différente de l'Amérique fantasmée des films et de la musique. L'épisode explore ce choc entre le rêve et la dureté inattendue du pays.

Episode description

Si vous avez déjà visité New York, vous vous souvenez sûrement de ce que vous avez ressenti en vous baladant pour la première fois dans la ville.

Les tuna salad qu’on peut acheter tard dans la nuit, Central Park et ses écureuils, le café filtre à volonté, les cheesecakes et les pickles dans les déli de Woody Allen; le métro à Times Square. Presque comme dans les films : immense, vertigineux, excitant. Mais l’Amérique des films n’est pas toujours New York, pas toujours son meilleur visage. Que se passerait-il si en guise de voyage linguistique, vous étiez plongé dans une scène de mauvais polar? Dans cet épisode, Aurélien raconte son road-trip aux Etats-Unis au micro de Cyrielle Bedu.

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Cet épisode a été mixé par Jean-Baptiste Aubonnet. La musique est de Adrien Casalis. Maureen Wilson était à l’édition et à la coordination. Transfert est présenté par Charlotte Pudlowski et produit par Louie Média pour Slate.fr.


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Transcript

Message Sponsor - Bouygues Télécom

Cet épisode de transfert vous est présenté par Bouygues Télécom, engagé avec ses clients contre l'exclusion numérique grâce à l'opération Don de Giga. Chaque mois, les clients Bouygues Télécom peuvent offrir des gigas symboliques à l'association de leur choix. Quatre partenaires participent à cette initiative. Les petits frères des pauvres, le Secours populaire, la Fondation des femmes et l'APF France Handicap.

Ces gigas sont ensuite transformés en forfaits et smartphones pour des personnes en situation d'exclusion numérique. Cette année, plus de 925 000 gigas ont déjà permis à des milliers de bénéficiaires de se reconnecter et ainsi de rester en lien avec leurs proches et la société. Pour découvrir l'histoire de ce beau projet et l'impact concret de vos dons, n'hésitez pas à aller voir la vidéo Giga Merci sur la chaîne YouTube ou le site de Bouygues Télécom.

Message Sponsor - Audible

Bonjour, ce n'est plus Catherine, mais Axel de l'équipe Audible. Chez Audible, nous avons toujours à cœur de soutenir la créativité des programmes de podcast, comme pour Transfer, qui depuis trois ans déjà, dévoile une partie de notre intimité. Audible, appli de divertissement audio.

L'Amérique Rêvée Face à la Réalité

Vous souhaitez une bonne écoute ? Je me souviens bien de ma première fois à New York. J'étais ado, je découvrais les tuna salades qu'on pouvait acheter tard dans la nuit, Alphabet City, qui était encore un repère de drogués, je me souviens de Central Park et des écureuils, d'une erreur de direction dans le métro.

qui nous avaient plongé dans le Bronx, mon frère, ma sœur et moi. Du café filtre à volonté, des cheesecakes et des pickles dans les délits de Woody Allen. Je me souviens de sortir du métro à Times Square, les écouteurs reliés au mini-disque de ma sœur, et de me dire...

C'est comme dans les films. C'était immense, vertigineux, excitant, comme dans les films. Mais l'Amérique des films, c'est pas toujours New York. Pas toujours son meilleur visage. Que se passerait-il si, en guise de voyage linguistique, Vous étiez plongé dans une scène de mauvais polar américain. Vous écoutez Transfer, un podcast de Slate.fr produit par Louis Médias. L'épisode d'aujourd'hui raconte l'histoire d'Aurélien, au micro de Cyrielle Bedu.

Il y a toujours eu ce fantasme de l'Amérique globalement. C'est quand même le berceau du jazz, le berceau du blues. Il y a une authenticité qu'on veut vraiment aller chercher là-bas. Que ce soit à travers les films de Tarantino, d'Oliver Stone, les dorses. Il y a une sorte de brutalité globalement sur laquelle on tripe énormément.

Les Etats-Unis, c'est assez impressionnant parce qu'au final, on est baigné par la culture américaine dans les films. Et je pense que c'est à peu près ce que chaque personne qui va là-bas dit. C'est comme dans les films. Et c'est vrai, c'est comme dans les films. Le flic avec son beignet, le...

la dame qui fait son jogging. Enfin, je sais pas, tous les éléments, genre, tu te retrouves au Texas, t'as le gars avec son chapeau de cow-boy, t'as des gens à dos de buffle, enfin, c'est n'importe quoi. Et en même temps, tous ces trucs-là te parlent parce que, genre, tu les as vus partout dans les films.

donc t'as l'impression de te trimbaler dans une sorte de carte postale géante avec plein d'éléments que tu connais et en même temps qui te font ton plaisir t'as l'impression d'être dans un film Abonnez-vous !

Préparation du Road Trip dans le Sud

Alex, on s'est rencontrés, on était au lycée. On s'est rencontrés dans un petit billard du lycée, un truc comme ça. Bref, coup de foudre amical. On s'est retrouvés assez rapidement à être coloc à la suite du lycée. C'est vraiment très bon ami. On a décidé de bouger à Montréal. On s'est dit qu'avant de partir, on va quand même se faire un petit road trip.

sur la route. Donc on s'est dit, on est tous les deux assez fans de rock, genre toute la culture américaine, les Tarantino, les Dors, même Elvis, tous les gros trucs identitaires. Les Américains, ça nous fait pas mal triper. Donc du coup, on s'est dit, avant d'aller au Canada, si on est sur le continent nord-américain, on va se faire un gros trois semaines de road trip avant de monter à Montréal.

Donc on se dit, vas-y, on va relier, on va partir de Austin et on va aller jusqu'à Nashville. Donc c'est le sud des Etats-Unis. Et ensuite, on remonte. Donc ça fait comme une sorte de aile renversée. On prend une voiture de place avec à l'arrière...

pour pouvoir dormir à l'arrière de la voiture, genre deux nuits sur trois, un truc comme ça, donc un peu à l'arrache. Donc on se dit, bon, on va faire des économies, et puis en même temps, c'est un peu le kiff de pouvoir se balader, de dormir un peu n'importe où, genre sur des parkings, tu t'en fous, c'est un peu, voilà.

Donc là, du coup, on part d'Austin. On a fait des étapes un peu pas hyper intéressantes. Et donc, on s'apprête à aller à la Nouvelle-Orléans. On avait toutes les États-Unis des cow-boys avec le Texas. Et là, on arrive plus dans le côté... un peu mystérieux, il y a toute la culture vaudou aussi qui est là-bas, le jazz, genre c'est ça, il y a plein de cultures qui se mélangent. Donc à la Nouvelle-Orléans, on loge dans un hôtel un peu miteux.

au bord de la ville. Je crois qu'on reste 4 jours, quelque chose comme ça. 3-4 jours. Et on fait ce que font la plupart des gens qui débarquent à la Nouvelle-Orléans. On fait la fête, beaucoup. On boit, beaucoup. On écoute de la musique, beaucoup. On visite, on prend pas mal de photos, on découvre la cuisine Cajun, tous les trucs un peu de touristes normaux quand on a 28 ans.

On vit un peu notre rêve de voir toute cette culture-là. Et c'est ça, donc on part un peu émerveillé, un peu shooté par les images qu'on a en tête. Il y avait un petit groupe de rue qui vendait son CD, qui faisait de la musique avec plein de trucs de bric à broc. Je ne sais plus, les gars avaient des chaises. Les gars faisaient de la musique avec...

n'importe quel truc qui leur tombait sous les mains. On leur avait acheté un petit CD, donc on se mettait ça dans la voiture, on réécoutait encore une fois tous les gros morceaux de blues, les Black Keys, des trucs comme ça.

La Course-Poursuite et l'Arrestation Surprenante

Voilà, on est en train de vivre notre rêve. Donc on prend la voiture, puis c'est la nuit, et on se dirige vers Memphis, donc la ville du King. C'est moi qui conduis, Alex n'a pas le permis. Du coup ça, on part, on a le... On roule assez normalement, mais on met la musique à fond, on ferme les fenêtres et c'est ça. On se marre pas mal en se racontant un peu toutes les histoires qui s'est passées au cours des dix jours précédents.

Et puis arrive ce moment où on a une voiture qui se met juste derrière nous. Donc on se dit, ah, c'est les flics. C'est un peu con, mais on a un peu l'image de la police française.

pour demander de s'arrêter, elle va se mettre à notre hauteur et puis elle va nous faire un petit signe pour nous dire de nous arrêter. Donc là, vu que la voiture de police reste derrière nous, on se dit bon, finalement, ça ne va pas être urgent. Peut-être qu'il a laissé son giro. Je dis à Alex, c'est marrant, une petite bagnole de flics. Et puis il me dit, tu crois que c'est...

pour nous. Si jamais c'était pour nous, il se mettrait à notre hauteur, il nous ferait un signe et puis on s'arrêterait, comme en France. Donc on est un peu dans ce niveau-là d'insouciance. Et du coup, je dis à Alex... Viens, juste filme la bagnole de flics avec les gyrophares. Ça va nous faire un petit effet sympa dans le film. Je ne sais pas, la voiture reste derrière nous. Du coup, on continue d'avancer. Et je me dis, bon...

Je vais quand même ralentir un peu. Je devais être à 90 et puis je descends à 80 ou 70. Je roule vraiment, je ralentis. Et puis là, on continue d'avancer, on continue d'avancer, on continue d'avancer. Toujours le truc de flic derrière. Je ralentis juste pour me dire qu'elle va nous dépasser. En fait, elle ne dépasse pas et ça continue pendant...

4, 5 kilomètres, un truc comme ça, une distance assez signifiante. Et je sais pas, arrive un moment où on se dit, bon, c'est quand même bizarre qu'ils veuillent pas nous dépasser, peut-être que c'est pour nous. Et en fait, le truc, c'est qu'on...

On ne se rendait pas trop compte parce qu'on avait la musique à fond, les fenêtres fermées. Du coup, je baisse le son. Je commence à entendre qu'en effet, ça hurle un peu. Et là, je baisse la fenêtre. Et là, j'entends vraiment que ça hurle à la mort dehors. et donc du coup là je me dis putain je crois qu'en fait c'est pour nous quoi Donc là, je me gare.

assez rapidement sur le côté il y avait une sorte de petit espace de sable et là en deux secondes on se retrouve avec pas une mais en fait il y avait trois voitures derrière nous deux voitures qui se calent en arrière de nous et une autre voiture qui se cale sur la gauche donc pour en gros c'est vraiment comme dans les scènes d'arrestation américaine

pour éviter que tu repartes c'est à dire que t'as la voiture sur la gauche de policier pour éviter que tu repartes et les deux voitures qui te bloquent à l'arrière pour éviter que tu recules et là je me souviens juste d'une lumière blanche aveuglante de leur torche et j'entends « Get out of the car ! Sortez de la voiture ! Sortez de la voiture ! » Et là, on se regarde avec Alec, on ne comprend pas du tout ce qui est en train de se passer.

J'ouvre la voiture et là je vois que tu as des flics qui font vraiment des sortes de gros fusils braqués sur nous de façon vraiment hyper impressionnante. Je me dis, est-ce que c'est des vrais policiers ? Est-ce que c'est des mecs qui sont déguisés en policiers ? Qu'est-ce qu'ils nous veulent ? C'est quoi le truc ? T'en as trois qui braquent des flingues sur moi. Je sais qu'Alex de l'autre côté...

Apparemment, c'est pareil. Mais du coup, c'est hyper intimidant. Je suis assez terrorifié à ce moment-là. Donc on sort chacun d'un côté de la voiture. Donc moi, je ne vois pas ce qui se passe pour Alex, parce que je sors de mon côté. Et là, je vois que les gars sont... Mais c'est vraiment comme dans les films américains, ils sont derrière leur portière de voiture.

au-dessus de la fenêtre, avec le flingue, t'as vraiment trois flingues qui sont braquées sur toi, tu vois. Et tu sais que t'es vraiment l'élément central, le point névralgique de leur flingue. Et surtout... Enfin voilà, t'as plein d'images qui se passent en tête. Tu te dis, est-ce que c'est des vrais flics ? Puis t'as toutes les images de bavure judiciaire aussi aux Etats-Unis où ils ont quand même la gâchette un peu facile.

La situation est tellement absurde et j'ai tellement le sentiment d'avoir rien à me reprocher que je me dis, il y a une incompréhension totale que tu te fais un peu tous les scénarios pour essayer de comprendre une situation que tu ne comprends pas. J'ai l'image du son de la balle qui va partir. J'ai vraiment cette image-là.

Je me dis, peu importe où, mais il y a moyen que ça fasse mal. Et je pense à mon poche, je suis hyper stressé, j'ai hyper peur pour Alex, j'ai peur pour moi, j'ai peur pour nous, globalement. Mais j'ai l'image de, dans une seconde, ça va partir. Il y a moyen que je meurs et en fait je ne saurais même pas pourquoi.

L'Incompréhension Face à l'Autorité Américaine

On est confronté à la réalité du pays et les armes, c'est très présent dans leur culture. Donc là, j'ai les mains derrière la tête pour prouver que je n'ai rien à cacher.

Je sais pas, j'essaie de dire, je crois que j'ai dit un truc genre, we're French, un truc comme ça, tu sais, j'essaie de justifier un peu du truc en me donnant des touristes, je crois que j'ai dit, ouais, we're touristes, et genre, les mecs, ils n'ont rien à foutre, quoi, les mecs, ils sont fous royalement, donc ils me hurlent dessus, genre.

couche-toi au sol, couche-toi au sol et là je me couche et j'entends que les gars continuent de gueuler couche-toi au sol, couche-toi au sol mais du coup de l'autre côté à Alex Je suis couché au sol et je vois en dessous de la voiture qu'Alex est lui toujours à genoux et en fait qu'il ne comprend pas. Il ne comprend pas qu'il faut qu'il se couche parce qu'il ne parle pas bien anglais. En plus dans le contexte, ce n'est pas le meilleur moment.

pour apprendre la langue donc il comprend pas en fait qu'il faut se coucher au sol et du coup là je lui hurle de l'autre côté couche toi au sol bordel et là du coup donc il se couche il comprend Et là on se regarde en fait, on a vraiment ce moment où on se regarde en dessous de la voiture et on se regarde tous les deux en mode mais qu'est-ce qui se passe quoi ? Là ça nous dépasse complètement quoi.

Et en fait, le fait que je lui ai hurlé dessus, enfin, que je lui ai dit en français « couche-toi au sol », ça les a rendus fous. Eux, ils avaient l'impression qu'on échangeait des messages codés, qu'on parlait dans notre langue. Donc c'était « Shut up ! Taisez-vous ! Taisez-vous ! » Là, il y en a un qui s'approche. Maintenant que je suis au sol, il me met le genou sur la colonne vertébrale. Il commence à m'enfiler les menottes qui m'étranglent les mains. Et il me dit...

La phrase que tu entends dans les films, c'est genre vous êtes en état d'arrestation, tout ce que vous direz pour être retenu contre vous, blablabla. C'est encore une couche supplémentaire de qu'est-ce qu'on a fait ? Donc ils font pareil à Alex. Et je lui dis, ouais, non, we're French. Genre, we're tourists. Les mecs, en plus, c'est vraiment...

L'image que t'as du policier américain du sud des Etats-Unis, tu sais, genre hyper costaud, genre hyper massif. Tous, vraiment tous sont hyper, hyper massifs. Et ils rigolent pas, quoi. Ils sont dans leur métier un peu à fond. Tu sens qu'ils ont le pouvoir, ils ont l'arme, ils peuvent l'utiliser. C'est hyper intimidant. Et bref, ils essaient de parler avec Alex.

He doesn't speak English. He doesn't speak English. Et du coup, ils se disent, lui, il ne nous sert à rien. Donc, ils le mettent dans une des voitures à l'arrière. Et donc j'essaye de lui dire, je lui dis, ouais, we're French, we're tourists, we hear from music, we don't understand. On ne comprend pas ce qui se passe. Et il dit, pourquoi vous n'êtes pas arrêté avec la lumière ?

Je ne comprends pas trop de quelle lumière il parle, en fait. Il dit, pourquoi vous n'êtes pas arrêté avec la lumière ? You should stop, il faut vous arrêter quand il y a la lumière. Il faut s'arrêter, tout ça. Et du coup, j'essaye de façon assez minable de lui expliquer que, genre en France, les policiers se mettent à notre hauteur.

pour pouvoir nous demander de nous arrêter. Et pour faire ça, en fait, je lui explique avec mes pieds, parce que c'est le seul truc que j'ai disponible, parce que mes mains sont attachées, et genre, il y a le sable qui est au sol, et du coup, avec mon pied, j'essaie de lui dessiner une sorte de mini-schéma, et je lui dis, là...

Là, c'est moi, c'est nous. Et là, c'est vous. Et là, vous, vous êtes resté derrière. Mais normalement, hop, vous nous dépassez. Et je lui dessine ça avec le pied. Et en fait, là, j'ai un moment où je réalise. Quand on est rentré dans le village, il y avait un moment où il y avait une sorte de lumière.

de feu mais pas un feu tricolore c'est juste une sorte de feu qui clignotait à un croisement le feu c'est un peu on a un feu comme ça qui dit qu'on peut passer et que c'est en travaux en ce moment en France et que du coup on a la priorité pour passer et du coup je suis passé avec celui-ci et en fait je pense que j'ai grillé une sorte de feu rouge sans le vouloir et du coup c'est pour ça qu'eux sont mis derrière nous et c'est pour ça qu'ils sont mis à nous poursuivre

Et en fait, on aurait dû s'arrêter parce qu'on avait grillé un feu rouge. Sauf qu'en fait, je réalise ça à ce moment-là. Et là, je dis, on ne savait pas qu'il fallait qu'on s'arrête à ce feu-là. On ne savait pas qu'il fallait qu'on s'arrête derrière le policier. Du coup, c'est ce que j'essaye de lui raconter. Merci à tous.

ça lui passe toute la tête. Lui, il a l'impression qu'on a un truc à se reprocher. Et je le vois dans ses yeux, il ne va rien lâcher. Et puis surtout, on n'est pas dans une grosse ville, on est vraiment dans un... Une sorte de petite ville en périphérie de la Nouvelle-Orléans. Il n'y a rien autour. Et tu as un peu l'image de justement les policiers de ces petites bourgades-là où les gars, dès qu'il y a...

le moindre truc, ils savent qu'ils vont pouvoir faire la une du journal, qu'ils vont pouvoir se vanter d'en arrêter un trafic de drogue et tout, parce qu'ils doivent avoir moins de travail la plupart du temps. Donc du coup, là, ils sont à fond sur l'affaire et ils font un peu trop de zèle, finalement.

Je vois que dans son car, il me dessine presque un nom quand il me parle. En mode, non, je sais que c'est pas vrai. Je sais que c'est pas vrai. Avec leur sorte de, encore une fois, de rudesse un peu. Et là, du coup... Il me dit, vous avez des flingues dans la voiture ? Et là, la question est surrélle pour nous, en tant que Français, d'avoir des armes dans la voiture.

Et je lui dis mais non, on est juste des français en visite, on est des touristes et je sens que ça passe pas, qu'il y a forcément un truc. Et genre là, il commence à inspecter avec ses collègues. Donc ses collègues commencent à regarder partout dans la voiture, à tout retourner, les sacs, à tout sortir et tout. Et après il dit, est-ce que vous avez de la drogue dans la voiture ? Et là je dis...

Non, on est juste des touristes, on est en visite, on est là pour la musique, pour écouter. Je me souviens lui répéter exactement le même truc de façon hyper simple. On est juste des Français, on visite. on vient pour la musique, on adore les Etats-Unis. Bref, j'essaie de lui dire qu'on est là pour les capitales de la musique. En même temps, il fouille la voiture. Et là, il y a un de ses collègues.

qui vient le voir avec... On avait le guide du routard et sur... sur une des dernières pages où tu peux mettre les notes en fait on avait noté le nom des bars où on voulait s'arrêter où des gens nous avaient parlé de bars et tout et donc du coup voilà on avait noté tout ça à l'arrière avec des dates et tout et du coup donc un des policiers

arrive vers celui qui était en train de m'interroger et lui dit « Regarde ! Regarde ce qu'on a trouvé ! » Et là, il lui montre, du coup, les adresses des bars. Et là, du coup, le gars me regarde en mode « Mon gars, t'es cuit, quoi. Genre, on a trouvé, quoi. »

Et je le regarde, je fais « It's just bars, c'est juste des bars, c'est juste des endroits où on s'arrête pour des concerts et tout. Regardez, c'est des noms de bars. » Et en fait, lui était persuadé que c'était des endroits où on allait se poser pour faire du deal de drogue. Et là, je me dis, mais... En fait, je suis un peu partagé, parce que d'un côté, je me dis, mon Dieu, ils sont vraiment bêtes. Genre, ils ont toutes les preuves devant eux, mais ils voient rien.

Et en même temps, je me dis quand même, putain, bon, faut quand même pas que ça dérape. Et surtout, je me dis, putain, est-ce que eux... vont pas planquer un truc de drogue. En fait, j'ai un peu les deux trucs. Je me dis, j'espère qu'eux vont pas planquer un truc de drogue ou ont pas déjà planqué un truc de drogue pour pouvoir nous faire porter une faute ou s'assurer une sorte de coup du siècle pour eux.

et du coup j'ai un peu les deux j'ai un peu le côté j'espère que ça va pas mal finir parce qu'ils ont ils ont l'air d'être tellement bêtes finalement que peut-être ils seraient capables de faire ce genre de truc et bref du coup c'est un peu les deux sentiments que j'ai à ce moment là quoi

Fouilles, Oreillers et Mensonges Policiers

On avait dormi dans la voiture, on s'était acheté une couette, des oreillers. De temps en temps, on dormait dans la voiture. Après, je vois qu'ils ouvrent le coffre. Ils avaient récupéré le sac avec le livre, c'était à l'avant. Là, ils ouvrent le coffre et là, ils voient...

genre nos deux oreillers. Et dans ce contexte-là, je me dis, putain, c'est sûr. C'est sûr, ils vont penser qu'il y a des trucs dedans, quoi. Donc au moment où le coffre s'ouvre, je vois les deux policiers qui se regardent, les gens qui sont vraiment en mode, ça y est, on l'a trouvé.

Et là, je vois que t'en as un des deux qui commence à prendre le truc. Il commence à appuyer sur l'oreiller pour essayer de voir s'il y a de la drogue dedans ou s'il y a un truc dedans. Et je le vois, il palpe un peu le truc. Et là, je me dis mais les gars, il n'y a rien. C'est juste, on dort dans la voiture, on est des touristes, on est là en vacances. Il me regarde et il me dit, est-ce que t'es un terroriste ? Je dis, mais non.

Alex de son côté, lui, il est enfermé dans la voiture. Il est hyper serré à l'arrière. Et tu as un policier qui vient le voir. Et il lui dit, ton pote a avoué. vous avez 500 000 dollars dans la voiture. Alex est un peu choqué, un peu perturbé. Il se dit, mais attends, mais genre... Encore une fois, comme moi, où tu te fais 1000 scénarios et tu essaies de combler les vides, il se dit, est-ce que...

Est-ce qu'ils ont planqué de l'argent dans la voiture ? Est-ce qu'Aurel a avoué un truc sans faire gaffe ? Il a dit qu'ils avaient de l'argent. Est-ce qu'ils ont essayé de lui mettre la pression, une sorte de torture pour qu'il dise un truc ?

Il comprend rien. Et surtout qu'en plus, à ce moment-là, on avait un peu explosé nos plafonds de cartes bancaires et tout. On réussissait plus à retirer de l'argent et on avait genre, je crois, 200 euros et on pouvait limite plus retirer d'argent. Et le gars lui dit, ouais, ton pote a avoué...

Vous avez 500 000 dollars dans la voiture ? Et Alex comprend à moitié pas, donc il lui demande de répéter. Et le gars lui dit, parce qu'en anglais, parce qu'il ne comprenait pas hyper bien, donc il lui dit 5, 0, 0, 0, 0, 0, dans la voiture ! Ton ami a dit ça. Non, on a juste deux, zéro, zéro. On n'a rien. Donc là, il commence à comprendre enfin qu'on n'a rien à se reprocher.

L'Explication de l'Infraction et l'Amende

Et du coup il me dit, bon bah en fait, est-ce que ton ami peut conduire ? parce que toi, tu viens de faire une infraction, donc en fait, tu peux pas conduire... L'infraction, c'est une double infraction, c'est de pas s'être arrêté au feu rouge, et de pas s'être arrêté le délit de fuite, en fait. Donc, je dis, merde, désolé, on a pas réalisé...

On avait la tête dans les étoiles, on revient de là-bas. Pour nous, c'est notre rêve. Je lui explique un peu le truc. Du coup, on n'a pas vu, on ne savait pas. Par contre, il faut quand même que je vous amène au poste pour vous payer une amende.

mettre les trucs et tout mais bon à ce moment là je pense que je commence à souffler un peu dans ma tête quand même et je me dis bon bah c'est bon ils ont compris donc c'est un peu l'objectif principal c'était déjà de passer de l'autre côté et de faire en sorte que j'en sois plus dans le doute ou dans le côté ils vont planquer des trucs mais plus dans le côté genre la situation

La situation est résolue. Et à ce moment-là, c'est bon. Je sais qu'il y a juste à aller au poste, qu'on va régler deux, trois trucs et que ça va aller. Je suis toujours un petit peu méfiant, mais j'ai quand même enlevé tout le stress du côté les flingues, tout le côté danger de mort. Je pense que le côté danger de mort, c'est un peu écarté. Donc là, ils disent que normalement, c'est Alex qui doit conduire, mais que...

vu qu'il n'a pas le permis, donc c'est à moi de les suivre jusqu'au poste. Et du coup, là, on repart sur la route. Donc je reprends le véhicule, eux partent devant, et du coup je me retrouve à suivre avec les trois, avec le gyrophare. Et à ce moment-là, le fait de partir pour la gendarmerie, pour moi, c'est presque une libération. Je suis la voiture de policier jusqu'à la gendarmerie qui doit être à 15 kilomètres de là, un truc comme ça.

Et là, on arrive, on se retrouve avec Alex. Il y a une sorte de putain mec, c'est fou ce qui s'est passé. On est tous les deux un peu sur le cul. Et du coup, lui me raconte cette histoire.

Du fait qu'ils sont venus dans la voiture, qu'ils lui ont dit que j'avais avoué, il me dit mais je comprends pas pourquoi il me parlait de l'argent qu'il y avait dans la voiture. Et puis moi je lui explique ouais mais moi ils m'ont dit, ils pensaient qu'il y avait de la drogue dans la voiture, ils pensaient qu'il y avait des armes. Et bref, et du coup, un des policiers, donc là, le chef m'amène dans la salle, donc il me fait une sorte de délit d'infraction, de procès verbal. Et là, il me dit...

Il ne me dit même pas « sorry », il ne me dit même pas « désolé ». C'est un peu en mode « bon, tu sais les gars, d'un côté, vous avez un peu merdé quand même, donc je ne vais pas non plus dire « désolé », parce que d'un côté, vous êtes un peu responsable de ce qui s'est passé. Je paye une amende 70 balles, un truc comme ça. On va dans la voiture pour aller chercher l'argent et on avait 200 dollars. On regarde et on trouve, je ne sais plus, genre...

100 dollars, tu vois, mais il y a vraiment une somme significative, plus de 100 balles qui me manquent. Et Alex me dit, putain, je sais, c'est... Quand ils ont fait la fouille, qu'ils ont retourné les affaires, ils ont à un moment donné mis tout sur le capot. Ils ont retourné l'ensemble de la valise sur le capot de la voiture avec les billets. Et il me dit, je me souviens, j'ai vu plein de billets s'envoler.

quand j'étais à l'arrière de la voiture et il me dit mais genre ils ont perdu de la thune du coup on a juste à peine pour payer le truc et genre après je sais pas trop comment on va faire quoi

La Recherche Absurde des Billets Perdus

t'as un peu envie d'en finir et de rentrer chez toi mais en même temps c'est quand même 100 balles du coup je me dis bon bah je vais essayer de négocier comme ça je pourrais faire réduire le prix de l'amende donc je lui dis ouais par contre voilà au moment de la fouille vous avez perdu il y a 100 dollars qui ont disparu dans les airs et tout et genre il n'y a pas moyen de réduire l'amende et tout parce que là du coup c'est un peu hors de question machin mais

On va retourner sur les lieux et on va retrouver l'argent. Et là, du coup, on se retrouve à repartir avec eux. Et du coup, on se retrouve à arriver sur les lieux du non-crime, finalement, et à se regarder. Et là, à voir les policiers qui allument leur plein phare de voiture. et qui se mettent avec nous à chercher dans le petit désert où on était les billets qui s'étaient envolés. J'ai l'impression d'être dans une scène de Breaking Bad.

Tellement la scène est absurde de se retrouver à chercher des billets qui sont envolés dans le désert avec des policiers. Ça n'a vraiment pas de sens. En même temps, je suis soulagé. J'ai un peu flippé. Une sorte de mélange d'émotions où tu ne sais pas trop ce que tu fais là. Et là, du coup, il y en a un qui fait « J'en ai un ! J'en ai un ! » Ah mince, c'est juste un dollar. Et du coup, on a continué de chercher, on ne trouvait rien. Et puis à un moment donné, on leur a dit « Non, mais ça va. »

Ne vous inquiétez pas, rentrez. On va se débrouiller parce que j'en ai juste une envie, c'était aussi d'en finir. Pas d'oublier, mais juste d'arrêter d'avoir leur présence en tout cas de côté. Ce qui devenait un petit peu envahissant finalement.

du coup on leur a dit ouais laissez tomber on va se débrouiller quoi donc là les policiers repartent dans la voiture nous on a l'extérieur et là du coup au moment de partir donc t'as le policier qui ouvre sa fenêtre qui nous regarde et genre là il met c'est vraiment le signe de Bye bye, mais à l'américaine, ils sont toujours un peu dans le spectacle.

Et du coup, la fenêtre est baissée. Il met les deux doigts sur sa tempe. Il nous salue. Et là, il nous dit « Have a safe trip, boys. Passez un bon voyage. Soyez prudents sur la route. » Il démarre hyper rapidement comme des... Je sais pas, juste hyper ridicule comme scène. Eux, ils ont l'impression d'être les mecs les plus cools du monde. Et toi, tu les regardes, t'es juste en mode... Vous êtes un peu des losers quand même.

Silence, Soulagement et Réflexions

Donc avec Alex, on se retrouve tous les deux dans une sorte de silence total. Et je me souviens de ça, parce que pendant tout le long du truc, au final, ça a été hyper bruyant. Le moment où on est dans la voiture, on a de la musique, les gyrophards, les gars qui hurlent, les sirènes, genre reprendre la voiture, se retrouver au commissariat, j'ai l'impression d'avoir une sorte de bruit constant. Et là, finalement, enfin...

Genre, il y a vraiment du silence, quoi. Et genre, c'est hyper apaisant, finalement, comme silence à ce moment-là. On repart, et en plus, c'est ça, on devait prendre un hôtel. On n'a pas d'argent, donc on se dit, bon, bah... On va se trouver une sorte de parking sur la route parce qu'on devait aller jusqu'à Memphis. On se dit, bon, voilà, pas le courage de refaire encore deux heures de route. On s'arrête sur un petit parking, on dort là et genre, voilà.

Du coup, tu as un peu plus, quand tu continues le voyage, cette image-là de te dire, je fais attention, mais un petit peu plus, tu es un peu moins insouciant. Finalement, nous, on a de la chance de comment ça s'est fini. Mais je pense surtout qu'on a réalisé ça aussi quand on repense au moment où on a voulu échanger des mots en français.

en se donnant des conseils de « mec, fais ça ». Et on a senti que le fait de parler une autre langue, finalement, eux, ça les mettait en furie. Mais on se dit « pour d'autres gens qui ne comprennent pas, peut-être comme Alex, Alex ne comprenait pas finalement l'anglais ».

Et si tous les deux on n'avait pas compris, tu essayes de continuer à parler en français et tu peux vite arriver à ce que ça dérape de façon hyper plus tragique. Parce que tu ne parles pas la bonne langue, tu n'as pas la bonne couleur de peau.

Et nous, finalement, on a été assez privilégiés dans la situation. Je ne pense pas que ça ait enlevé le fantasme américain. Je pense que ça l'a plus... On se rendait... compte que derrière le fantasme t'as aussi une réalité t'as l'habitude de voir ces images là à télé, sur internet et que là au final elles sont hyper concrètes et tu te rends compte que c'est vrai c'est vraiment comme ça que ça se passe

Générique et Remerciements

Cet épisode de transfert a été réalisé par Cyrielle Bedu. La musique a été composée par Adrien Casalis. Il a été mixé par Jean-Baptiste Aubonnet. Maureen Wilson était à l'édition et à la coordination. Transfert est un podcast de Slate.fr produit par Louis Média. J'espère que cet épisode vous a plu et si c'est le cas,

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