¶ L'obligation D'être À La Hauteur
Dans trois des huit strophes qui composent l'un de ses plus célèbres poèmes, « Si », le britannique Rodyard Clipping dit « Si tu peux rester digne en étant populaire, si tu peux rester peuple en conseillant les rois, et si tu peux aimer tous tes amis en frères sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi. » Il poursuit. « Si tu peux être dur sans jamais être en rage, si tu peux être brave et jamais imprudent, si tu sais être bon,
si tu sais être sage, sans être moral ni pédant. Si tu peux rencontrer triomphe après défaite et recevoir ces deux menteurs d'un même front, si tu peux conserver ton courage et ta tête quand tous les autres les perdront.
¶ Une Journée Bouleversée Par Le Drame
Et il conclut d'un dernier vers « Tu seras un homme, mon fils ». Un mercredi de janvier, François entame une journée dont le déroulé est organisé à la minute près. Mais dans la matinée, on l'avertit, un drame vient de se produire. Vous écoutez Transfer, épisode 300, un témoignage recueilli par Christophe Caron et Sarah Koskiewicz. C'est un jour comme les autres, sauf que déjà nous sommes dans une séquence de vœux.
Et pour le président de la République, c'est un certain nombre d'obligations qui s'imposent à lui, recevoir son gouvernement, s'adresser aux Français, je viens de le faire le 31, et avoir déjà des échanges. pour préparer l'année. Donc c'est à la fois un jour comme les autres, mais c'est un des premiers jours de l'année qui justifie donc un agenda assez serré.
Je m'appelle François et j'étais président de la République de 2012 à 2017. Il y a un rendez-vous avec le patron de Total, mais c'est là qu'intervient... Le drame qui va bouleverser non pas simplement la journée, mais va bouleverser, je pense, le quinquennat lui-même et la France en particulier.
¶ Premières Alertes Sur L'Attentat
Parce qu'avant même que je n'ai fait introduire le président total dans mon bureau, j'ai des informations qui me viennent selon lesquelles il y a un attentat qui se passe dans les locaux de Charlie. Ce n'est pas la première fois que la rédaction de Charlie était visée. Donc j'y attache du prix, mais je n'ai pas encore conscience de la gravité de ce qui s'y produit.
Est-ce simplement une bombe qui a explosé ? Est-ce que c'est un tireur qui est rentré dans la salle de rédaction ? Je n'en sais pas plus que ce que m'en donne un certain nombre d'informations du ministère de l'Intérieur.
¶ L'Appel De Patrick Pelou Et L'Horreur
des agences de presse. Et c'est à ce moment-là que je reçois un coup de téléphone inattendu de Patrick Pelou, que je connais depuis longtemps, qui est membre de la rédaction de Charlie. Il se trouve que j'avais reçu cette rédaction. quelques semaines avant le drame et avant l'attaque terroriste. Et donc, je comprends que lui-même peut être dans la salle de la rédaction. Il ne l'est pas en réalité, il ne l'est pas en tant que partie prenante de ce qui s'est produit. Il l'est.
Parce qu'il est dans l'équipe d'urgence qui va porter les premiers soins. Et là, je comprends à peine ce qu'il me dit. Il l'a appelé sur un portable et il me dit que c'est affreux, qu'ils sont tous morts, qu'ils pleurent. Je comprends qu'il y a eu non seulement une attaque terroriste, non seulement les terroristes ont pu rentrer dans la salle de rédaction, mais ils ont sans doute décimé l'ensemble de l'équipe.
La conversation dure quelques secondes, pas davantage. D'ailleurs, il n'est pas en état, Patrick Pelou, d'aller beaucoup plus loin, mais il tient à m'informer de l'intérieur de ce qu'il voit. J'accueille néanmoins M. Pougané et je lui dis que notre entretien ne va pas durer plus de quelques minutes dès lors qu'il se passe une attaque terroriste dans notre pays et qu'il comprendra que je mette un terme tout de suite.
¶ Recevoir L'Information Officielle Et Humaine
ou en tout cas très rapidement, à ce qui devait être un rendez-vous et qui n'a plus de sens. Il y a deux temps. Il y a un temps où j'ai des informations qui me parviennent officiellement par le ministre de l'Intérieur. donc Bernard Cazeneuve, et puis aussi par mon propre cabinet qui m'informe qu'il y a une attaque terroriste au sein de cet immeuble et sûrement dans la salle de rédaction de Charles Hedot. Mais je n'ai pas beaucoup plus de détails, je n'ai pas le nombre de victimes.
Pas encore. Je n'ai pas exactement le nombre de terroristes. Et c'est pour ça que le témoignage de Patrick Pelou, même s'il est désordonné, même s'il est celui d'un homme choqué, même s'il apporte aussi son intervention de médecin, le signal que nous sommes devant une attaque de très grande ampleur et avec un grand nombre de victimes.
¶ Réaction Présidentielle Et Décision D'Aller Sur Place
À ce moment-là, quelle peut être ma réaction au-delà de ce que j'éprouve, puisque je connais pour l'essentiel l'équipe de rédaction de Charlie Hebdo individuellement et collectivement ? Je les ai reçus, c'est une rédaction qui avait des problèmes pour financer le journal, donc c'était la raison pour laquelle il m'avait demandé un rendez-vous, d'ailleurs pas à l'intermédiaire de Patrick Pelouche, donc forcément choqué, ému par ce qui se produit.
Je dois prendre une autre décision, c'est de faire en sorte, ça c'est le rôle de la police et du ministre de l'Intérieur, de faire en sorte que les auteurs des attentats soient appréhendés, mais je dois aussi aller sur place. Donc je demande à mon équipe de sécurité dans quelles conditions je peux me déplacer jusqu'au lieu, rue à paire, de ce qu'était l'immeuble de la rédaction de Charlie.
Et faisant leur travail, l'équipe de sécurité, en tout cas sa chef, la commandante, me dit qu'il n'est pas raisonnable d'aller sur place compte tenu... Le fait qu'on ne sait pas s'il y a encore des terroristes qui pourraient agir, quel pourrait être le système de sécurité qui serait à mettre en place dans un délai très court. Bon, donc il me dit soit non, mais il me...
des courage, d'une certaine façon, à juste raison, d'y venir. Néanmoins, je leur demande de faire... très vite, de façon à ce que le système de sécurité puisse être de toute façon mis en place, puisque la maire de Paris va s'y rendre, un certain nombre de personnalités, à commencer par le ministre de l'Intérieur lui-même, et le Premier ministre, à un moment ou à un autre, vont également aller sur...
place, donc même si pour le président il y a sûrement des précautions encore plus importantes à prendre, mais personne ne comprendrait que je n'y sois pas. Donc je pars et je me rends sur les lieux.
¶ Sur Les Lieux Du Drame
où j'assiste à la sortie des blessés, et hélas, au recensement du nombre de décès. Une liste, c'est terrible de le dire, mais une liste m'est donnée et je comprends qu'il y aura des pertes très importantes d'amis. et surtout de journalistes, de dessinateurs de grands talents, mais aussi de personnes qui se trouvaient là. D'abord le policier qui était supposé protéger Charbes et aussi un policier qui a été également assassiné, les deux terroristes ayant tué lâchement M. Bervé.
Donc je reste avec les autorités qui sont sur place de longues minutes, à la fois dans une posture de recueillement. mais aussi de soutien psychologique et également de responsabilité, puisque j'ai à prendre un certain nombre de décisions. Mais, très vite, il m'est demandé de m'exprimer.
¶ La Première Déclaration Aux Français
Je m'écarte du lieu même où a été commis l'attentat et je demande à mon service de presse de rassembler les journalistes qui sont là, nombreux, et je fais une déclaration qui sera la première.
aux Français pour à la fois dire ce qui s'est produit, c'est-à-dire une attaque directe contre un journal, et pas n'importe quel journal, un journal... qui avait publié des dessins, des caricatures, un journal qui était connu pour son impertinence, pour sa très grande liberté, un journal qui était aussi lié à notre histoire, les journalistes eux-mêmes.
Les dessinateurs nous avaient accompagnés ces 30 dernières années. Donc ce sont des personnalités très connues des Français. Je m'adresse donc pour d'abord exprimer mon soutien, mais pour aussi dire ce qui est commis. Pourquoi ces actes ont été perpétrés ? Pour viser ce qui est le cœur même de notre identité nationale, c'est-à-dire ce que nous représentons, la liberté. Et donc nous devons être tous à la fois, bien sûr, en croissance.
compassion, mais en mobilisation. On ne peut pas accepter que nous puissions être visés par des terroristes islamistes parce que justement nous sommes le pays de la liberté. Mais je mesure aussi ce qu'est l'inquiétude. Qui sont ces terroristes ? Ils n'ont pas été encore appréhendés ? Où vont-ils aller ? Vont-ils commettre d'autres actes ? D'autres rédactions sont-elles visées ? Est-ce qu'il y aura d'autres équipes ? Toutes ces questions-là...
Je les ai à l'esprit, je ne peux pas forcément les révéler au moment où je m'exprime, mais en tout cas, je les ai déjà formulées pour rassurer les Français en disant que nous allons... tout faire pour appréhender les terroristes et pour faire en sorte qu'il y ait une maîtrise de ce qui est un processus qui, hélas, n'était pas terminé. C'est forcément un message qui est improvisé au sens où il vient, non pas spontanément, parce que pendant toutes ces minutes j'avais réfléchi à ce que je...
¶ Équilibrer L'Humain Et La Responsabilité
pouvait dire sans pouvoir écrire quoi que ce soit. J'avais donc deux attitudes. Adopter une attitude humaine, tout simplement. Celle, il se trouve d'un président, mais aussi d'un responsable politique qui avait, pendant un temps, participé à un procès qui avait concerné Charlie, où j'avais témoigné en faveur de ce journal, justement sur la question des caricatures. Un journal qui m'était proche, humainement.
Politiquement, c'est autre chose, mais qui m'était personnel presque dans la relation que j'avais avec chacun. Je devais avoir cette réaction d'homme et d'ami, mais je devais aussi... La complication qu'a forcément le statut présidentiel, c'est-à-dire qu'il y a à la fois ce qui relève de la personne, de l'individu, de ce qu'il ressent, mais aussi de sa responsabilité.
S'il n'est que sur la responsabilité, il perd une partie de son authenticité de ce qu'il est au plus profond. Il ne porte pas un masque. Mais s'il n'est que sur l'aspect humain, l'opinion, les Français peuvent considérer qu'il n'est pas en état de répondre avec sang-froid à une attaque de cette ampleur, de cette gravité. Il convient toujours de trouver des mots qui répondent à ces deux obligations, être forcément dans l'émotion et être forcément dans la décision.
¶ Réunion Du Conseil De Défense
La réunion que je préside à l'Elysée est une réunion qu'on appelle le Conseil de défense, mais qui rassemble là tous les services qui ont à intervenir, c'est-à-dire la DGSE, le service extérieur pour savoir... d'où vient l'attaque, la DGSI, c'est-à-dire le service de sécurité intérieure, de renseignement pour savoir si l'on en sait davantage sur les auteurs ou sur leurs complices, et puis les autorités ministérielles qui sont là, parce que c'est...
leurs responsabilités. Et donc nous avons deux objectifs à ce moment-là. Le premier, c'est appréhender les auteurs, savoir qui les a mandatés, instrumentalisés, accompagnés, éventuellement financés. Et deuxièmement, savoir s'il n'y a pas d'autres attaques qui se préparent. Et donc de tout faire pour qu'il n'y ait pas une succession d'attaques qui puissent mettre en péril notre pays et surtout provoquer des victimes.
Nous pouvons être sidérés, mais nous sommes préparés. C'est ça le paradoxe. On est forcément sidérés quand il se passe un événement aussi lourd qu'une attaque terroriste contre une rédaction de presse. Mais nous sommes préparés depuis déjà... plusieurs mois, pour ne pas dire plusieurs années, le terrorisme islamiste, il avait déjà frappé notre pays, avant même que je ne sois président, et même une fois...
que j'accède aux responsabilités, nous avions déjà évité quelques attentats et quelquefois subi un certain nombre d'attaques. Pas de cette ampleur, pas avec ce symbole. Donc nous sommes préparés. J'ai tout de suite l'information sur les deux auteurs, puisqu'ils ont laissé leur papier, avec l'interrogation pourquoi deux terroristes laissent leur papier dans un taxi. Souvent, on essaie de prêter une attention là où il n'y a qu'affolement.
et ils se moquent pas mal de savoir s'ils sont identifiés. C'est bien là le problème de l'attaque qui nous est portée, c'est-à-dire les terroristes ne sont pas dans une volonté de survivre, ils ont une volonté de nous infliger le plus. de pertes possible.
Nous connaissons les deux auteurs, les frères Kouachi, nous devons en savoir davantage au sens où est-ce qu'il y a des complices, est-ce qu'il y a à un moment un troisième homme, il avait été évoqué, quelles sont les relations dans leur famille respective, donc les autres.
Les autorités responsables sont au travail. Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, chaque minute informé de ce qui se passe. Et ça va durer des heures et des heures, une nuit entière, avant que nous puissions... trouver comment les arrêter.
¶ Visite Aux Survivants De Charlie Hebdo
Je suis allé à l'hôtel Dieu parce que je savais qu'étaient là les survivants, ceux qui n'avaient pas été blessés, mais ceux qui, par définition, puisqu'ils étaient survivants, n'avaient pas été tués. et qui étaient rassemblés dans une pièce. Et c'était terrible de savoir qu'ils étaient sans contact avec l'extérieur, sans savoir exactement si les blessés avaient pu en réchapper et si on avait pu...
appréhender les terroristes. Je n'y vais pas avec inquiétude, je n'y vais avec une appréhension. La vie est faite de circonstances et de rencontres. Quand je suis arrivé à l'hôtel Dieu, j'ai été reçu par le chef de service qui était un camarade de lycée. que je n'ai pas revu depuis peut-être 35 ans, 40 ans. Et donc, voilà, d'un seul coup, je me retrouvais dans une scène inimaginable avec un camarade que j'avais bien connu.
où j'avais perdu de vue, qui lui accueillait médicalement les survivants. Et moi, je les accueillais en tant que président de la République. Plus exactement, je venais vers eux pour leur parler. Des femmes, en l'occurrence il y en avait plusieurs, des hommes, venaient de vivre un attentat. Comment pouvaient-ils réagir ? D'abord, ils étaient effondrés par ce qu'ils avaient vu.
La perte de leurs camarades. Ils étaient sans doute, et j'ai entendu, et je m'y attendais aussi, des cris de révolte. Comment c'est possible qu'on nous tue ici, en France, dans une salle de rédaction ? Il n'y avait pas de mise en cause des services de sécurité. Ce qui leur est tourmenté, c'est pourquoi nous tuer ? Pourquoi venir ici pour nous tuer ? C'était cette question-là qui était la leur.
Comment on peut aller jusqu'à tuer des journalistes parce qu'ils ont usé de leur liberté ? Et avec l'interrogation, qu'est-ce qui va se passer ? Est-ce qu'on est rentré dans un cycle effroyable ? Pendant des années, des islamistes fanatiques vont nous empêcher de vivre. Est-ce qu'il y a encore une possibilité pour faire la mission qui était la leur et qui est toujours la leur ? Et puis, il y avait une part aussi, c'est terrible de le dire, de...
Questionnement, pourquoi eux sont-ils morts et pas nous ? C'est ça le problème des survivants. On dit, vous avez eu de la chance, vous en avez réchappé, non. Bien sûr que mieux vaut vivre que mourir, mais la cicatrice d'avoir été là et d'avoir... Vu des amis tomber et soi-même avoir été sans doute pris dans une peur terrible, mais avoir survécu, ça vous poursuit. C'est lancinant. Voilà ce qui était le contact que j'ai eu, qui souvent passe par des paroles, mais...
¶ Incarner L'Autorité Face Au Traumatisme
par des gestes, par des regards, par des soutiens, par des actes humains, tout simplement. Incarner l'autorité, ce n'est pas simplement parler. Incarner l'autorité, c'est se situer dans une scène. Donc, d'arriver avec la gravité qui convient, l'humanité indispensable, la façon de remobiliser autant qu'il est possible les consciences. Donc, je n'ai pas eu besoin de faire un discours, je n'ai pas fait de discours.
Je me suis mis là et j'ai parlé à chacun et à chacune individuellement. C'est le président qui doit être là. Ce n'est pas l'ami. En plus, je n'avais pas forcément de lien avec les personnes qui étaient là. Donc, il fallait que ce soit l'autorité qui soit là. Pas simplement un homme qui venait partager leurs souffrances et leurs tourmentes. Non, non, il fallait que ce soit presque un acte d'autorité.
pour leur permettre de reprendre, non pas le cours de leur vie, il était interrompu, mais reprendre l'esprit. Tout simplement l'esprit, après ce qui leur était advenu, c'est-à-dire un coup terrible qui leur était porté et des amis qui étaient morts par rapport à cette scène qu'ils avaient vécue, il était très important de montrer que la République était là, qu'ils n'étaient pas...
simplement des individus qui avaient été victimes d'un traumatisme. Non, ils avaient été victimes d'une attaque qui nous était portée collectivement. La consolation, oui, c'est nécessaire. Mais l'action est indispensable. C'est-à-dire que si je n'étais que dans la compassion, d'essayer d'apaiser, je ne pouvais pas leur répondre. Je devais leur démontrer que nous n'allions pas nous laisser faire. Quand je dis pas nous laisser faire, c'est bien sûr appréhender, neutraliser les terroristes.
Mais nous allons continuer à défendre la liberté, à défendre la démocratie, à défendre les valeurs qui sont les nôtres, à ne pas nous laisser impressionner, même si c'est terrible avec cette accumulation de morts, mais continuer à affirmer ce que nous faisons. sommes devons pas reculer c'est ça qu'on attend aussi du président de la république à ce moment là
¶ Préparer Le Message À La Nation
L'après-midi, j'avais été pris par mille occupations, à la fois le suivi de ce qui pouvait se produire sur le plan de la sécurité, la recherche d'informations sur le groupe terroriste qui avait pu nous frapper, les contacts internationaux. que j'avais eu. Donc il y avait plein de raisons qui faisaient que j'étais rivé à mon bureau. Je savais que je devais m'adresser aux Français. J'avais moi-même fixé ce rendez-vous à 20h. Et j'ai écrit...
peut-être une demi-heure avant, quelques mots sur un papier, que là aussi, je n'ai pas vraiment utilisé. J'avais, si je puis dire, une charpente de ce que j'allais vouloir dire. Mais je l'ai largement aussi improvisé dans les mots, mais je savais ce que je devais faire, c'est-à-dire convaincre les Français que c'était la liberté qui était en cause. parler des journalistes qui étaient assassinés et déjà fixer un rendez-vous, c'est-à-dire leur dire que j'allais revenir vers eux pour leur...
donner toutes les informations et les assurer que nous ne resterions pas impuissants face à un phénomène terroriste comme celui que nous connaissions. Donc il y avait à la fois quelque chose qui munissait aux Français, parce que cette réduction de Charlie, elle était dans notre patrimoine.
elle était dans notre culture. Et puis il y avait la démonstration que nous étions attaqués, nous tous ensemble, pas la rédaction de Charlie en particulier parce qu'elle avait fait des caricatures. Non, c'était la France qui était attaquée. Je ne voulais pas qu'on puisse laisser penser que, en réalité, ces journalistes, ils avaient été trop loin et que c'était eux qui avaient pu provoquer une indignation qui s'était transformée. Non, non, ce n'était pas ça l'explication.
c'était la France qui était attaquée. La France en tant que patrimoine de culture, en tant que liberté, en tant que valeur, en tant que république. C'était nous, notre mode de vie qui était attaquée. pour que tous les Français soient solidaires de ce qui se passait et comprennent bien l'enjeu.
¶ Solidarité Internationale Et Appels Des Chefs D'État
Les coups de téléphone entre chefs d'État sont effectivement organisés. Ce n'est pas un appel qu'on reçoit inopinément. On décroche, tiens, c'est... Président Obama, non. Donc l'appel était prévu. Bon, le décalage horaire fait que Barack Obama prend l'attentat dans l'après-midi, pour nous, dans la matinée pour lui. Et donc, il a déjà fait un certain travail et il me donne des informations.
Il se trouve que je les ai déjà, les informations, mais ce n'est pas le problème. Heureusement que ce sont les mêmes, en tout cas. C'est-à-dire qu'un des terroristes a été au Yémen quelques années. Plutôt qu'il est sans doute activé par un groupe lié à Al-Qaïda. Donc voilà, il y a d'abord de la part de Barack Obama, au-delà de la solidarité et du soutien face à un acte qui suscite forcément une émotion internationale.
Il y a l'échange d'informations entre alliés, entre partenaires. Avec Vladimir Poudin, c'est plus protocolaire. Vladimir Poutine lui-même a été confronté à des actes terroristes en Tchétchénie avec des méthodes de répression qui ne sont pas tout à fait les nôtres. Donc je n'ai pas retenu ces conseils sur le plan de la réaction. Mais je pense qu'il y avait... une part de sincérité.
pas toujours voir du cynisme, même si chez lui, sincérité et cynisme se confondent, mais de dire, vous voyez, vous êtes aussi victime d'actes terroristes, d'islamistes, donc vous devez être plus indulgent quand vous proférez un certain nombre de réflexions sur nos... Mais en tout cas, c'était important qu'au plan international, finalement, aussi bien Obama, Poutine viennent nous exprimer leur solidarité.
Le président est forcément seul à un moment. Seul avec lui-même. Il n'y a personne autour de lui. C'est la nuit. Mais il n'est pas solitaire. C'est-à-dire qu'il est en rapport, et je l'étais, avec le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, comme avec Manuel Valls, le Premier ministre. Et avec Bernard Cazeneuve, nous avions des échanges toute la nuit.
Savoir ce qui se passait. Il y avait un moment, une information selon laquelle les terroristes avaient pu aller du côté de Reims. On essayait de savoir s'il y avait des appuis familiaux qui auraient pu leur permettre de se sauver par là.
¶ La Nuit De La Traque
Il n'y a pas de nuit qui ferait parenthèse. Non, il n'y a pas de parenthèse. La vie continue, même si le sommeil peut venir, mais il n'y a pas de parenthèse par la nuit. Le président ne connaît pas la peur. L'inquiétude, oui, il peut l'avoir. L'inquiétude de savoir s'il ne va pas y avoir une répétition. L'inquiétude de savoir si on va pouvoir rassurer les Français en appréhendant les terroristes.
Inquiétude de savoir aussi comment les Français vont réagir face à des attaques terroristes. Est-ce que ça va être une attitude de cohésion ou de division ? Je sais bien qu'il y a des éléments dans le pays qui veulent la division, qui veulent que nous nous séparerions sur une affaire comme celle-là, ou qui veulent que nous puissions nous stigmatiser telle ou telle religion ou population.
Donc il est très important que le président puisse assurer l'union, la solidarité et la cohésion. Le lendemain, il y a une information qui nous est donnée selon laquelle il y a eu une...
¶ Nouvelles Attaques Et Réactions Politiques
policière municipale, Montrouge, qui a été tué. Donc le Conseil de défense essaye de savoir si ce crime, cet assassinat, est lié aux terroristes que nous cherchons. Nous pensons tout de suite que ce ne sont pas les deux fugitifs qui sont à l'origine de cette attaque. Nous ne savons pas si elle a un lien et nous ne connaissons pas l'auteur. Au moment même où j'ai cette information, la mort d'une policière municipale, je reçois Nicolas Sarkozy car j'ai voulu avoir avec...
Nicolas Sarkozy, ancien président de la République, mais qui avait repris ses fonctions de président des Républicains, un contact, le premier contact avec l'ensemble des acteurs et actrices de la vie politique française. Pour Nicolas Sarkozy, c'est la première fois qu'il revient.
à l'Elysée, donc j'imagine que c'est un moment qui n'est pas forcément facile, mais compte tenu de ce qui vient de se produire, il était important qu'il y ait cet échange et que je lui communique toutes les informations dont je pouvais disposer, notamment celle-là. Est-ce que la mort de cette policière municipale pouvait être reliée à ce qui venait de se produire ?
¶ Rencontre Avec Nicolas Sarkozy
Lui comme moi, lui avec son expérience, moi avec la mienne, nous ne pouvions pas être certains, mais c'est vrai qu'il y avait comme une coïncidence fâcheuse. Ce n'est jamais simple quand deux présidents de la République se retrouvent, parce qu'il y a toujours... Un qui est en poste et l'autre qui ne l'est plus. Donc celui qui l'est doit montrer qu'il peut donner des informations et qu'il peut surtout recueillir un témoignage d'une expérience qui peut être précieuse.
En l'occurrence, c'est ce que j'ai eu à faire, c'est-à-dire donner à Nicolas Sarkozy, qui n'était pas simplement qu'un ancien président de la République, qui était aussi un chef de parti, toutes les informations dont je pouvais disposer, de l'associer... non pas à toutes les décisions, mais de l'associer en tout cas à ce que nous avions convenu de faire, une grande manifestation, et de tout faire pour, bien sûr, appréhender les terroristes, et d'agir au plan international.
mais aussi recueillir son expérience, puisqu'il avait vécu, c'était la fin du mandat, j'étais moi-même candidat, il y avait eu l'attentat de Montauban et de Toulouse, il avait vécu ce que c'était qu'une attaque terroriste. même si c'était commis par un individu qui avait des complices, mais qui n'était pas un loup solitaire, qui était déjà appuyé par une organisation terroriste et qui était lui-même un acteur du terrorisme islamiste. Voilà, j'ai voulu aussi entendre Nicolas Sarkozy sur ce...
domaine-là, où il avait eu à agir lui-même. À ce moment-là, notre échange, au-delà de ce que nous pouvions dire sur le terrorisme islamiste,
¶ Préparer La Manifestation Républicaine
Il était question d'une manifestation qui avait été lancée par des partis politiques, en l'occurrence de gauche, pour répondre à cette attaque sur Charlie Hebdo. Et la question assez légitime que... pose à ce moment-là Nicolas Sarkozy. S'il doit y avoir une manifestation, elle ne peut pas rester simplement celle de la gauche. Elle doit se faire avec l'ensemble des partis politiques, ce qui était évident, je pense, à la part des auteurs de cette initiative. Mais c'était mieux.
de le confirmer et de savoir si lui-même, en tant que président de parti, pouvait y aller. toutes les conditions de sécurité, ce que je lui ai garanti, et surtout avec un esprit de concorde, de rassemblement, puisque c'était de ça dont il était question. C'est pour ça que je voulais à la fois avoir une rencontre avec Nicolas Sarkozy, comme...
le lendemain ou l'après-midi déjà, avec l'ensemble des familles politiques du pays, pour que nous puissions avoir la réponse la plus unanime, la plus forte à ce qui venait de se produire. Donc, comme je recevais... Mme Le Pen, un peu plus tard, en réalité le lendemain, je lui ai dit la chose suivante. Écoutez, c'est une manifestation où tous les Français doivent venir, le plus nombreux possible. Si vous décidez d'y venir...
Vous n'avez pas à y être invité. Si vous décidez d'y venir, je vous assure que vous serez accompagné, protégé comme il convient. Donc il n'y avait pas d'invitation officielle à la manifestation. Mais il y avait de ma part, et c'était encore plus vrai lorsque nous avons organisé une manifestation internationale, c'est encore plus vrai d'avoir une manifestation dont personne n'était exclu, mais où.
Personne en particulier n'était invité. Donc si Mme Le Pen avait décidé de venir à cette manifestation, en tant que président de la République, je réveillais à ce qu'il y soit conduite en toute sécurité.
¶ Le Vendredi Des Assauts Coordonnés
Alors le vendredi matin, assez tôt d'ailleurs, nous avons des informations toujours par les mêmes canaux. Le ministre de l'Intérieur, les services de police, de gendarmerie. La presse, car pendant toute cette période, les chaînes d'information sont là. Et comment les empêcher ? Au nom de la liberté d'expression, nous avons le devoir de soutenir.
Charlie, et donc au nom de la liberté d'expérience, nous devons admettre aussi de travailler avec les chaînes qui sont là, qui colportent quelquefois des informations qui ne sont pas exactes, qui interrogent des personnes.
dans des moments qui ne sont pas forcément appropriés, qui sont surtout regardés par les terroristes. C'est-à-dire que les chaînes d'information, il n'y a pas que les gens honnêtes qui les regardent. Tout le monde les regarde avec ce risque que le terrorisme puisse, grâce à ce qui est... livré par les chaînes d'information, par les télévisions ou par les radios, avoir connaissance de ce que nous allons faire.
Nous vivons dans cet environnement, dans ce contexte-là, et j'ai donc à connaître qu'effectivement, les frères Kouachi sont retenus dans une imprimerie d'un Martin-en-Goel. Nous avons toutes les informations sur ce qu'est cette imprimerie qui n'est pas un grand bâtiment. Nous savons qu'il y a non seulement le chef d'entreprise, mais il y a un de ses employés qui est caché et qui, si il est découvert, peut être supprimé, y compris le...
le chef d'entreprise lui-même. Donc nous savons qu'il y a les frères Kouachi qui sont là, qui retiennent donc pour l'instant l'imprimeur et puis qui attendent. À l'heure du repas, vers 13h, j'apprends. qu'il y a une prise d'otage à l'hypercachère. Nous avons donc la confirmation que le preneur d'otage est celui qui a tué la policière.
Ils se réclament d'un groupe qui n'est pas celui des frères Kouachi. Mais nous savons qu'ils se connaissent. Donc nous pouvons imaginer, et forcément j'ai cette crainte, qu'ils sont en communication. et qu'après qu'il ait déjà tué plusieurs otages, il puisse tuer d'autres otages si les frères Kouachi sont appréhendés et a fortiori neutralisés. Je convoque donc pour l'après-midi.
Le Premier ministre, Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, la ministre de la Justice, Christiane Taubira, puis... Petite équipe, toute petite, chef d'état-major particulier et puis le secrétaire général, nous sommes très peu. Et nous attendons une partie de l'après-midi. Avec l'idée, c'est la mienne, qu'il ne faut pas attendre.
Qu'il ne faut pas faire ce qui a été fait dans d'autres circonstances, d'autres périodes, faire fatiguer le preneur d'otages pour penser qu'une intervention sera possible ou qu'il se rendra. Il ne faut pas non plus permettre aux preneurs d'otages de se servir des instruments de communication, c'est-à-dire de pouvoir finalement lui-même faire l'information. Donc je conviens avec le Premier ministre et...
personnes qui sont autour de nous, et notamment Bernard Cazeneuve, ils en comprennent parfaitement le sens. Je décide donc que nous allons faire une intervention à 18 heures qui sera coordonnée, c'est-à-dire qu'il y aura une... double attaque, et à Damartin, c'est la gendarmerie, et à Paris, à Vincennes, avec des forces de police.
Et que ça doit se faire simultanément pour éviter précisément que le preneur d'otages puisse tuer les clients de l'hyper-cachère qu'il retient. Il se trouve que finalement les frères Kouachi... de leur propre initiative, sortent de l'imprimerie et tirent sur les gendarmes. À ce moment-là, je demande à Bernard Cazeneuve de donner l'ordre, ce qu'il fait par téléphone, avec son portable.
petit portable qui a parfaitement fonctionné, de donner l'ordre d'intervenir aux forces de police à l'hypercacher. Nous attendons, c'est des minutes très très longues, si je puis dire le résultat de nos décisions. Qu'est-ce qui s'est passé à Damartin ? Qu'est-ce qui s'est passé à l'hypercachère ? À Damartin, très vite nous arrive la confirmation que les deux frères ont été tués.
Avec des échanges de tirs assez nourris. Donc il voulait tuer encore. Il voulait tuer des gendarmes. Et les gendarmes ont riposté. Mais j'attends encore plusieurs minutes ce qui s'est passé à l'hypercaché. Une intervention extrêmement compliquée. où il faut qu'il y ait des policiers qui, en prenant un bélier, rentrent dans l'hypercachère, et avec le risque que le preneur d'otage tue les personnes qu'il retient, et vise les policiers qui rentrent.
Il faut donc bien imaginer, je l'imagine, je suis dans mon bureau, on est tous là, qu'une intervention comme celle-là, il y aura forcément des blessés. Quand on donne un ordre, je donne cet ordre à des policiers pour qu'ils interviennent. Ils savent, les policiers, que les premiers qui vont être en face du terroriste vont tirer, bien sûr, mais vont avoir sans doute à subir les tirs du terroriste. Et donc, après ces longues minutes d'attente...
Bernard Cazeneuve reçoit donc le retour et il nous est dit, c'est un immense soulagement, que certes il y a eu deux policiers qui ont été blessés, mais aucun otage n'a été tué et le terroriste a été neutralisé.
¶ La Responsabilité De La Décision Finale
C'est au président de la République de prendre la décision. Le président de la République, il est forcément le seul à décider. Il faut qu'il y ait une responsabilité, ça ne peut être que la sienne. Si ça n'est pas la bonne décision, il en paiera. A juste raison les conséquences. Et si c'était la décision la plus juste, il est possible, ce n'est pas certain qu'on lui en tiendra crédit.
Mais c'est très important de comprendre que, bien sûr, s'il n'y a qu'une seule personne qui décide, elle ne décide pas sans prendre d'avis. Nous sommes cinq autour de la table. Je fixe ce qui me paraît être la meilleure déposition, une intervention à une heure dite. Et ce n'est pas du tout parce que c'est moi qui l'exprime, mais parce que ça paraît être la position la plus adaptée, la plus efficace. Donc c'est un consensus. Mais il faut bien qu'il y en ait un qui décide.
Après, c'est au ministre de l'Intérieur de donner l'ordre. Ce n'est pas le président de la République qui prend son téléphone et qui donne l'ordre. Il faut respecter aussi les responsabilités, les compétences, les hiérarchies. Et donc c'est le ministre de l'Intérieur qui a... à donner formellement l'ordre d'intervenir. Ce que nous ressentons, parce que là nous sommes plusieurs, c'est terrible d'avoir à un moment un sourire quand il a autant de drame, non pas une joie.
Comment être joyeux, c'est impossible, mais comment avoir un soulagement qui vous donne un éclair de sourire, de satisfaction, de savoir que, bon, voilà, c'est terminé. Non pas que le terrorisme islamiste était éradiqué, ça, hélas, il ne l'était pas, mais au moins que sur l'attaque du mois de janvier, nous en avions terminé.
Donc c'est vrai que ça a été un moment où nous nous sommes tenus, entre nous, la main, nous nous sommes salués, parce que nous savions bien qu'il y avait la fin d'un processus. Sauf que quelques minutes après, il y a eu un... une fausse information, ou en tout cas une menace qui n'a pas été confirmée, qui avait...
Peut-être un autre acte qui était en train d'être commis, donc on était forcément très vigilants, ça n'a pas eu du tout de réalité. Mais voilà, on était à la fois soulagés et vigilants.
¶ La Manifestation Internationale Du 11 Janvier
La manifestation avait été lancée en tant qu'idée par des partis politiques. Ensuite, l'ensemble des formations républicaines avait convenu que ça devait être une grande mobilisation. d'union nationale, pas simplement à Paris, mais partout en France. Et donc c'était à mon sens déjà une fierté commune de se dire que par-delà les clivages, par-delà les ressentiments ou peut-être même les polémiques qui allaient s'ouvrir plus tard, il était...
possible en France de se retrouver, je l'ai dit sans exclusif, dans une grande manifestation. Elle était prévue le dimanche 11 janvier. Et il se trouve que le vendredi, Mme Merkel me dit, voilà, moi je vais venir à la manifestation parce qu'on avait prévu un déjeuner entre Mme Merkel et moi à Strasbourg le dimanche.
Donc forcément, ce déjeuner n'avait plus de sens, n'avait plus de réalité. Mais elle me dit, bon, puisque nous ne pouvons pas déjeuner à Strasbourg dimanche, et puisque la France est attaquée, mais c'est nous, Européens, qui le sommes aussi, ce qui était juste. Eh bien, je vais venir à la manifestation. Je lui dis, je la remercie beaucoup pour ce geste, mais je lui dis, mais si vous venez à la manifestation, je vais, à ce moment-là, inviter tous les autres Européens qui le voudront.
Ou sans les inviter, je pense qu'ils comprendront que si vous êtes là, ils doivent être également présents. Mais elle m'a dit, au contraire, ça sera une très belle initiative qui montrera que tous les Européens seront dans la rue. avec vous. Mais très rapidement, ça a dépassé le cadre européen, puisqu'il y a eu des pays africains qui ont demandé à être représentés.
Le président du Mali de l'époque tenait à venir. Il y avait des pays arabes qui entendaient montrer qu'ils n'avaient bien sûr rien à voir avec cette conception de l'islam qui aboutissait à ces actes barbares.
Il y avait des monarques, il y avait des présidents, il n'y avait pas que des démocrates qui souhaitaient intervenir. Et à la fin de la journée du samedi, le premier ministre israélien, Netanyahou, me dit que lui veut venir, dès lors que des juifs ont été attaqués comme juifs, il considère que la présence du gouvernement israélien est logique, ce qui peut avoir effectivement du sens. Et je lui dis, je comprends parfaitement, vous êtes bienvenu.
Mais je vais également prévenir M. Mahmoud Abbas, le président de l'autorité palestinienne, parce qu'il m'avait envoyé un signal que lui aussi était solidaire et qu'il était prêt à venir si tant est qu'on arrive à lui trouver un moyen de transport. Je n'ai pas suggéré à Netanyahou de prendre le même moyen de transport. Je ne suis pas sûr que ce soit possible à ce moment-là.
Mais en tout cas, bien sûr Netanyahou n'a pas fait d'objection, il n'avait pas à en faire, et Arbo Damas a pu venir. Et c'est vrai que cette manifestation, elle a pris un caractère extraordinaire à tous les sens du terme. C'est la première manifestation de chef d'État.
¶ Une Marche Sans Précédent De Chefs D'État
contre des chefs d'état on en connaît beaucoup mais une manifestation de chef d'état dans les rues c'est assez rare c'est pas forcément la première fois mais c'est assez rare j'ai non d'organiser cette manifestation avec un point de rencontre qui était l'Elysée. pour que nous partions tous ensemble à cette manifestation dont on savait qu'elle ne pourrait pas forcément pour les chefs d'État et de gouvernement durer plus d'une heure.
Et donc, ils sont tous venus à l'Élysée et j'avais affrété plusieurs cars pour ensuite nous déplacer dans Paris jusqu'à boulevard Voltaire et arriver au point de la manifestation. Sûrement, et j'avais été moi-même prévenu, qu'en termes de sécurité, c'était hallucinant d'organiser un tel déplacement.
Peut-être aussi ça explique que le président des États-Unis, Obama, même s'il y avait des contraintes de temps et qu'il a dû le regretter, n'était pas à la manifestation. Mais c'est vrai que tous les services de sécurité nous mettaient en alerte en disant que c'était assez facile. Des chefs d'État qui se transportent à Paris en masse, collaient les uns les autres. Bon, c'était peut-être des cibles. Donc nous sommes dans le bus et c'est vrai qu'à un moment...
Le premier ministre israélien me dit, mais le bus, il est blindé. C'était un bus, bien sûr, que nous avions affrété. Je pense que le bus était résistant, mais enfin, il n'était pas blindé. Pour le rassurer, éviter qu'il descende du bus, j'ai dit que, bien sûr, toutes les conditions de sécurité étaient réunies, qu'il n'y avait pas de risque à être dans le bus. Après, le même Premier ministre m'a dit, mais le boulevard Voltaire, là où... Il ne savait pas que c'était le boulevard Voltaire, mais...
mais là où nous sommes, vous avez fait évacuer la population. C'était une bonne question d'ailleurs, parce que quelqu'un pouvait se mettre au balcon et lancer, forcément des choses graves, enfin lancer quand même des pierres ou je ne sais quoi. Je n'ai pas vraiment répondu à sa question, mais en tout cas, nous avons manifesté. C'était une bousculade, c'était...
Néanmoins, chacun avait sa place. Il y avait des services de sécurité qui se mêlaient à la manifestation. Si vous voyez la photo, il y a des personnages que vous ne reconnaissez pas. Les personnages que vous ne reconnaissez pas, ce sont des membres de la sécurité. Et c'était une manifestation exceptionnelle.
¶ Fierté Nationale Face Au Terrorisme
et qui fait la fierté de la France. Je le dis souvent, des pays qui ont été frappés par le terrorisme, il y en a eu beaucoup. Par le terrorisme islamiste, il y a eu des crimes atroces qui ont été commis, souvent dans des pays d'ailleurs musulmans. Mais pourquoi y a-t-il eu cette solidarité, cette présence de chefs d'État et de gouvernement à Paris ? Parce que c'est précisément Paris, parce que c'est précisément la France. La France avait ma fierté.
Dans ce moment tellement difficile, le fait qu'il y ait 4 millions, peut-être davantage, de citoyens et de citoyens qui se sont mis dans la rue. Le fait qu'à Paris, il y avait sans doute plus d'un million de personnes. Le fait que nous ayons été capables de l'organiser, cette manifestation, alors que nous étions sous la menace. Le fait qu'il y ait eu des chefs d'État et de gouvernement du monde entier qui soient là.
Le fait que la rédaction décimée de Charlie était là aussi. Le fait que des policiers aient été embrassés, salués dans cette manifestation. Le fait qu'il y ait eu un instant peut-être... ça n'a pas duré très longtemps, de concorde nationale, oui, je pense que c'était un sujet de fierté. Je regarde François Hollande qui s'était fait élire.
¶ Réflexion Sur La Fonction Présidentielle En Crise
sur plein de sujets d'ordre intérieur, le chômage, la question des inégalités, la justice sociale, une forme d'honnêteté dans la gestion des deniers publics, d'exemplarité. même s'il y a eu toujours des entorses, et qui n'avaient pas été forcément programmés pour vivre ce qu'ils étaient en train de subir, c'est-à-dire une attaque terroriste.
Je me dis que, voilà, il y a sûrement que la fonction, à un moment, vous donne une force, non pas un courage, on doit l'avoir avant, mais en tout cas une obligation d'être à la hauteur. Peut-être aussi, on critique nos institutions, et parfois c'est avec raison. Mais il y a un moment où c'est forcément autour du chef de l'État, quand il se passe un drame, une épreuve, un événement, une catastrophe de cette ampleur.
que l'on se retrouve. Et donc, si j'avais été citoyen, j'aurais été autour de François, président de la République à ce moment-là. J'espère qu'il n'y a pas trop d'écart, de différence entre les deux François. Mais je le regarde... comme ayant affronté une épreuve avec l'idée sûrement que c'était le moment le plus important de son quinquennat. Mais en réalité, il y en a eu d'autres.
Vous venez d'écouter Transfer épisode 300, un témoignage recueilli par Christophe Caron et Sarah Koskiewicz. Cet épisode a été produit par Slate Podcast. Direction éditoriale Sous-titrage ST' 501 Prise de son, Aurélie Rodrigues. Montage, Mona Delahaye et Aurélie Rodrigues. L'introduction a été écrite par Christophe Caron. Elle est lue par Aurélie Rodrigues.
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