¶ Intro / Opening
Cet épisode de transfert vous est présenté par Bouygues Télécom, engagé avec ses clients contre l'exclusion numérique grâce à l'opération Don de Giga. Chaque mois, les clients Bouygues Télécom peuvent offrir des gigas symboliques à l'association de leur choix. Quatre partenaires participent à cette initiative. Les petits frères des pauvres, le Secours populaire, la Fondation des femmes et l'APF France Handicap.
Ces gigas sont ensuite transformés en forfaits et smartphones pour des personnes en situation d'exclusion numérique. Cette année, plus de 925 000 gigas ont déjà permis à des milliers de bénéficiaires de se reconnecter et ainsi de rester en lien avec leurs proches et la société. Pour découvrir l'histoire de ce beau projet et l'impact concret de vos dons, n'hésitez pas à aller voir la vidéo Giga Merci sur la chaîne YouTube ou le site de Bouygues Télécom.
¶ Introduction Et Présentation De L'épisode
Nous sommes la génération qui a décidé que si vous ne nous regardez pas, nous nous regarderons nous-mêmes. Ces mots, ce sont ceux qui ouvrent le premier épisode de la série britannique I May Destroy You. Michaela Cole, la scénariste et actrice de la série, a reçu un Emmy Award qu'elle a dédié aux femmes victimes d'agressions sexuelles. Quand Léa a rencontré Valentin, elle ne se doutait pas que l'amour pouvait être synonyme de destruction, et que le reste du monde n'est pas toujours du bon côté.
Vous écoutez Transfer, épisode 158, un témoignage recueilli au micro de Nina Pareja. Attention, cet épisode aborde des sujets qui peuvent heurter. Pour en savoir plus, reportez-vous au texte de description de l'épisode.
¶ Enfance Isolée Et Recherche D'amitié
Je suis une enfant diagnostiquée au potentiel depuis des années. Ça ne s'est jamais très bien passé à l'école, en primaire. J'ai beaucoup de mal à m'entendre avec... Tout le monde. Il n'y a personne qui accroche vraiment avec moi, avec ma personnalité, avec mes centres d'intérêt, ma manière de parler. Donc ça, ça se passe pendant des années et des années. Je me suis un peu habituée à l'idée, mais ça commence quand même à peser assez lourd et au collège.
¶ Première Amitié, Acceptation Puis Rejet
J'arrive en cinquième et je fais la rencontre de deux garçons et de leur bande d'amis. Et j'ai enfin l'impression d'avoir une opportunité, d'avoir des liens forts, des liens d'amitié. Donc je les rencontre à travers un...
Un club basé sur la pop culture qui faisait des sortes d'exposés au CDI tous les mercredis après la cantine. Donc on commence à de plus en plus se parler, par message, à travers les réseaux sociaux. On se voit aux récréations, j'essaye de les capter dans les couloirs, etc. Donc, pour la première fois de ma vie, depuis peut-être le CP, j'ai l'impression d'avoir une place dans un groupe, en termes d'amitié, d'être un petit peu plus comme les autres collégiens, comme les autres collégiennes.
Ils me font bien sentir que le fait que je sois quelqu'un d'écarté, d'un peu isolé socialement à la base, c'est quelque chose qui... Ils mettent un peu ça en avant. Ils disent « Oh, c'est super, t'es pas comme toutes ces autres filles-là. Toi, t'aimes pas le maquillage, t'aimes les jeux vidéo, t'es pas pareil. » Donc, je m'enfonce encore plus dans ce côté rejet.
de la féminité, rejet des autres, rejet surtout des autres filles, où je me dis maintenant je suis validée, je suis vraiment mieux que vous parce que je ne suis pas pareille, moi j'écoute de la vieille musique, je ne m'habille pas comme vous, je n'aime pas le maquillage, et donc ça rend encore plus difficile l'entendre avec qui que ce soit d'autre.
Ça m'ostracise encore plus dans mon seul cercle d'amis possible. Ma priorité, c'est ces personnes-là. Donc, ces nouveaux amis que je me fais sont plus âgés que moi d'un an. Donc, eux, ils sont en quatrième et moi, je suis en cinquième à ce moment-là. Un des garçons dont...
dont je me suis un peu intégrée au groupe qui s'appelle Valentin. Je me rapproche particulièrement de lui. Je me pose même des questions sur si la relation n'est pas en train d'évoluer vers peut-être un couple dans le futur, etc. Il est grand. il a les cheveux bouclés, il est brun. Au bout de quelques mois, après leur avoir parlé de problèmes personnels typiques d'une adolescente très seule de cet âge comme l'automutilation, ces garçons-là insistent.
Valentin et son meilleur ami, pour que je leur montre mes cicatrices, pour que je leur montre mes blessures. Et ils sont tellement dégoûtés, rebutés, qu'ils décident de me lâcher complètement. Du jour au lendemain, je me retrouve... complètement seule à nouveau au collège, encore pire qu'avant, parce que c'est une chose d'être toute seule et d'être habituée à être toute seule, mais c'en est une autre d'en sortir et d'y revenir.
¶ Retour De Valentin Et Réconciliation
Donc après à peu près une année comme ça de regard noir à travers les couloirs, d'isolation complète, Valentin, un jour... revient me voir dans la cour de récréation et il m'explique qu'il a lâché le meilleur ami et que du coup maintenant il est prêt à redevenir ami avec moi, à tisser à nouveau des liens d'amitié avec moi et il s'excuse en gros.
Donc moi, à ce moment-là, je suis extatique, je suis super contente, je me dis génial, je vais retrouver une super amitié que j'avais connue en cinquième, qui est super, c'est quelqu'un qui aime les mêmes choses que moi, la même musique, le même jeu vidéo.
les mêmes vêtements, je me sens vraiment contente et un peu redevable, même sans rancœur, je me suis un peu laissée écrasée, j'ai passé sous silence un peu à quel point ça a été difficile de vivre cet abandon-là, parce que je me suis dit, super, maintenant tu veux bien de moi à nouveau.
comme si c'était rien de m'avoir abandonnée à la base. Je suis en toute fin d'année de quatrième, je vais presque entrer en troisième, donc quelques jours seulement après qu'on ait renoué le contact, c'est les vacances d'été.
¶ Début De Relation Passionnelle Et Pression Sexuelle
Donc on ne peut pas se voir, en tout cas pas immédiatement. On se met à énormément communiquer à partir de Skype. On est tout le temps en train d'envoyer des messages et quand on ne s'envoie pas de messages, on est en appel visio. Donc on est en appel visio, vraiment 5, 6, 7 heures par jour. On se couche très tard la nuit pour rester à discuter.
On sent bien qu'il y a des rapprochements, que ça va vers une destination de couple. Et ce mec-là, il a un peu une obsession avec la vie sexuelle qu'il aimerait expérimenter. Il est très... connaisseur, on va dire, du sujet. Il regarde énormément de pornographie, il en parle beaucoup. Moi, c'est quelque chose qui m'intéresse beaucoup moins que lui. Je ne suis pas complètement fermée à la question, mais à part les quelques questions que j'ai en tête, je suis plutôt banale.
Moi, ça me met un peu mal à l'aise, mais quand on commence à flirter, ou passer un peu d'une amitié à un flirt, je suis contente, je vais me dire. de vraies relations amoureuses. Il a l'air vraiment bien. Et déjà, je me suis attachée très, très vite à cette personne-là. Donc, on se met ensemble à travers un appel visio.
Donc moi je suis super contente, je descends l'escalier, je viens dire à mes soeurs, à mes parents, je suis en couple avec Valentin, je suis super contente, il est super. Et ça devient très très vite assez passionnel. C'est-à-dire qu'on parle tout le temps, on se dit des mots doux, des « je t'aime » tout le temps, on est très sentimentaux l'un avec l'autre. En fait, ça ressemble très vite à une relation un peu d'adulte.
On est très vite persuadé qu'on a un amour fou et une connexion. Moi, je n'ai aucune expérience de relation ni amoureuse ni d'amitié.
¶ Premières Rencontres Et Attentes De Valentin
Ça va très très vite, ça ne me fait pas vraiment peur parce que j'ai hâte de pouvoir avoir des vrais liens sociaux avec quelqu'un. Donc très très rapidement, au bout de moins d'une semaine, Valentin commence à... être insistant, il veut que je lui envoie des photos de moi nue, il veut... qu'en appel visio sur Skype, je lui montre ma poitrine. Moi, je n'ai aucune expérience sexuelle à ce moment-là, ni en termes de simplement du flirt, des choses parlées, des photos envoyées, jamais de ma vie.
Donc je suis réticente à l'idée, mais surtout, je n'ai surtout pas envie de le perdre. Moi, je ne me considère pas comme quelqu'un de si intéressant que ça. Je me dis, ok, il faut absolument que je suive tous ces plans. je lui fais confiance, tant pis, on va y aller, ça peut pas être si terrible. Donc au bout de...
six jours de couple, je lui montre ma poitrine en appel visio et il est content et il en redemande tout le temps, tous les jours, ça lui suffit pas, il lui faut souvent des photos de moi nue. Très rapidement, au bout de deux semaines, on convainc nos parents de nous laisser nous voir. Donc il vient chez moi et n'ayant pas assez de matériel et de connaissances en termes de contraception, je refuse absolument tout rapport sexuel, mais il se passe quand même des choses...
c'est-à-dire que lui, il me touche, il me pelote, etc. Donc moi, je ne suis pas très enthousiaste, mais... Je le suis, c'est-à-dire que je suis ce qu'il veut, je suis son plan et en fait je ne me pose même pas la question de est-ce que moi j'en ai envie ? Est-ce que là tout de suite ça me plaît de faire ça ? Est-ce que je ne préfère pas faire autre chose ? Je ne me pose même pas la question.
Après les vacances d'été, entre la quatrième et la troisième, je vais au planning familial pour prendre la pilule. Donc au bout de quatre mois à peu près de couple, on se met à être actif sexuellement. Donc je fais ma première fois avec ce garçon-là. Je prends la pilule. Donc lui, il n'a pas à s'inquiéter pour la contraception. Il me demande de me préparer d'une certaine manière avant. Il faut absolument que je sois rasée comme ça.
mieux que je m'habille comme ça. Donc tout ce qu'il veut, c'est ce qui est normal. Donc au cours de l'année de troisième, au collège, il me présente ses amis du lycée, puisque lui, ayant un an de plus que moi, il est déjà en seconde.
Et le collège et le lycée dans cette petite ville-là sont reliés, c'est les mêmes bâtiments. Je décide donc d'aller... rencontrer ses amis du lycée, je m'entends très bien avec eux et je me rends compte à quel point lui est un peu cette figure charismatique dans les groupes d'amis un peu nombreux, 10-15 personnes.
C'est le mec populaire, c'est le mec qui fait rire, c'est le mec qu'on écoute parler, c'est le mec qui explique son opinion comme si c'était la vérité absolue et tout le monde se remet en question. Ah, je suis con, j'ai pas pensé comme ça. Heureusement qu'il m'a expliqué.
Et moi, j'ai cette place privilégiée de la copine d'eux. On me voit comme étant sa petite copine et pas comme étant juste moi en tant que personne. Ils font tous partie du club cinéma du lycée. Moi, c'est le cinéma un sujet qui m'intéresse beaucoup à ce moment-là. Ça fait des centres d'intérêt en commun. J'ai vraiment envie de me rapprocher de ces gens-là. Donc je passe le plus de temps possible avec eux. Et en cours d'année troisième, du fait de mes précocités intellectuelles,
J'essaye de tout faire pour pouvoir sauter une classe, donc passer en seconde en cours d'année, ce qui a été rarement fait. Donc je m'entretiens avec la directrice, avec la sous-directrice, qui m'explique que c'est possible à condition que je passe mon brevet quand même tout en étant en seconde. Et comme j'ai des bonnes notes et...
plutôt des facilités, ça se fait. Donc je passe de plus en plus de temps dans la classe de seconde jusqu'à la rejoindre complètement, la classe de seconde où Valentin est et où tous ses amis sont.
¶ Relation Toxique: Fusion, Contrôle Et Jalousie
On est de plus en plus fusionnel. Déjà au début de notre relation, on se parlait tout le temps. Là, c'est chaque quart d'heure de chaque heure de chaque jour. de la semaine de chaque mois. Moi, si je ne lui réponds pas pendant une demi-heure, j'ai peur. Je sais que la prochaine fois que je vais envoyer un message, il va soit être en colère. Tu m'as pas répondu, j'étais super inquiète, qu'est-ce que tu faisais, avec qui t'es ? Ou alors, il va être...
Triste selon lui, donc me culpabiliser un peu émotionnellement. J'étais si mal, j'étais si inquiet pour toi, je me retrouve tout seul, tu sais, moi je vais mal quand tu n'es pas là. Donc, même pendant les semaines de cours, ça nous arrive de passer les week-ends entiers chez l'un ou chez l'autre.
Au lycée, on est dans la même classe, on est dans la même option tout le temps, on mange ensemble, on rentre ensemble, et quand je ne suis pas en sa compagnie, on parle ou on est en appel visio. L'année de seconde finit.
Je passe mon brevet, j'ai mon brevet avec mention très bien, donc il n'y a aucun problème pour moi pour passer en première l'année d'après. Pendant les vacances d'été, c'est une occasion de plus d'avoir énormément de temps libre, et énormément de temps libre, ça veut dire ne le consacrer. qu'à Valentin. Il fait des séjours très longs dans ma famille, dans les maisons de ma famille, il va voir mes grands-parents. Et les seuls moments où je vois d'autres personnes...
c'est quand on fait des soirées avec lui, ou c'est lui qui m'invite, parce qu'on est dans son groupe d'amis de l'Option Cinéma. Plus on se voit, plus la vie est difficile quand je ne suis pas avec lui parce qu'il veut absolument connaître tous mes faits et gestes, avec qui je suis, avec qui je parle et ça compte les réseaux sociaux.
Donc il demande à avoir mes mots de passe Facebook, Instagram, Twitter, tous mes réseaux sociaux. Je lui donne mes mots de passe et il s'en sert beaucoup. Tous les jours, il va voir tous mes messages avec tout le monde. Il lit mes messages des années précédentes, il m'en reparle, il est... extrêmement jaloux. S'il voit la moindre interaction avec un autre garçon, ou même avec une fille, mais à qui je parle un peu plus, il m'engueule.
Concrètement, il est très en colère, il m'explique à quel point lui, il a surtout pas envie de me perdre et je lui fais du mal et il a l'impression que je ne lui suffis pas quand je parle à d'autres gens. Donc c'est vraiment pas une possibilité pour moi d'être proche de quelqu'un d'autre puisqu'il le saurait.
¶ Violences Verbales Et Contrôle De L'apparence
et qu'il ne me laisserait pas être proche de quelqu'un d'autre. Donc les vacances d'été se termine, je me pose des questions, je me dis est-ce que c'est normal qu'à chaque fois qu'on s'engueule, et on s'engueule régulièrement, ça soit très violent, verbalement. Chaque dispute... part de rien et se transforme en quelque chose, une espèce de chaos, de violence verbale et psychologique, où l'un comme l'autre, on s'insulte. C'est-à-dire qu'il y a des connasses, des salauds, qui fusent tout le temps.
dès que quelque chose va mal entre nous. Et après, on se réconcilie. Moi, je pense que c'est normal. Je pense que c'est ce qui se passe dans tous les couples autour de moi. Je suis avec ce garçon depuis plus d'un an. Je me dis...
C'est sûr, on est le couple parfait. Lui, il me dit qu'on est le couple parfait, qu'on a un amour parfait, une histoire de film, et que ça ne peut pas se passer mieux que ça. Et quand j'entre en première et que je constate d'autres couples au sein de la section cinéma...
et que je vois des copines de la section cinéma qui parlent de leur couple avec d'autres garçons, je me pose des questions, je me dis comment ça se fait qu'elle n'a pas l'air de dire que c'est mauvais côté, c'est pas des choses... Comme les miennes. Pourquoi est-ce que ses mauvais côtés ne sont pas pareils ? Pourquoi est-ce qu'elle, quand elle parle de dispute, elle ne parle pas de...
de crises d'insultes et de larmes tout le temps. Et je me dis simplement que c'est ce qui se passe dans tous les couples et que les gens le passent au silence et que c'est simplement tabou. Mais que ça arrive partout, c'était sûr. Je ne m'imagine même pas qu'on puisse avoir... une relation différente avec quelqu'un qu'on aime énormément au début de l'année de première moi qui étais plutôt à l'aise avec les vêtements
assez révélateur, pas énormément, mais porter des jupes, parfois des résis, des t-shirts courts, ça fait partie de mon style vestimentaire. Et quand j'arrive au lycée, avec une jupe, avec un short, tout de suite, je me prends des réprimandes. C'est vert de sa part, il n'y a aucun intérêt, je ne comprends pas du tout, c'est vraiment un truc de pute, arrête et change-toi tout de suite. Mais c'est quelque chose qui me choque. Un jour, il dit ça en face.
d'un de ses meilleurs amis et je lui demande à son meilleur ami est-ce que toi tu trouves que ce short il fait pute et salope et qu'il est beaucoup trop court ? Il ne me répond pas du tout. Moi, ma réaction à ça, ce n'est pas de me défendre et de défendre mon style vestimentaire et mes envies et mes choix. C'est de me plier à ses demandes, me plier à ses envies, me plier à ses reproches.
Parce que j'entre aussi dans une optique de me changer le plus possible. Tout ce qui est différent de lui chez moi doit changer. pour être la petite copine parfaite, en tout cas à ses yeux. Donc je me mets à écouter toutes les musiques que lui il écoute, je me mets à préférer tous les jeux que lui il préfère, à porter les vêtements qu'il veut lui que je porte, et je me dis que...
Je lui dois bien ça, puisque lui, à côté de ça, quand il me présente ses sentiments, il les présente comme des sentiments extrêmement forts. Selon lui, je suis la plus belle fille qu'il ait vue de sa vie. Je suis la plus intelligente, la plus intéressante, je suis unique et pas du tout comme les autres, et spéciale. Et je me dis qu'il faut que je conserve cette image-là et que je l'approfondisse.
¶ Doutes Et Rencontre Avec Matisse
À partir de la classe de première, les classes changent et ma classe n'est plus uniquement constituée de la bande d'amis venant de l'option cinéma. Une de ces classes que j'ai... qui mélange un petit peu tout le monde, c'est la classe d'allemand dans laquelle je me rapproche d'un garçon qui s'appelle Matisse. C'est la première fois que je me sens à nouveau proche de quelqu'un avec une amitié réelle.
un petit peu d'égal à égal. Je le trouve très amusant et surtout, il est très gentil et je ne suis plus habituée à avoir un rapport comme ça avec quelqu'un. Donc, je commence à développer. des sentiments un peu parallèles pour ce garçon-là, et surtout je me sens en sécurité avec lui. Je commence à me rendre compte que si je me fais la réflexion, c'est que je ne me sens pas en sécurité avec Valentin. À côté de ça, ma relation avec Valentin continue d'être...
Un petit peu une pente glissante qui n'arrive pas de se dégrader. Je me pose de plus en plus de questions, surtout que ça fait plusieurs mois que notre vie sexuelle est devenue un petit peu plus... désagréable pour moi dans le sens où lui insiste énormément il veut beaucoup de rapports sexuels il veut tout le temps en avoir partout à n'importe quel moment
Et si je refroidis un petit peu la situation en disant « non, là tout de suite, je ne suis pas vraiment dans l'ambiance », il m'occupabilise. Il me dit « mais je n'ai pas signé pour être avec une sainte ni touche, qu'est-ce que c'est que ça, c'est n'importe quoi ». 95% d'un vie sexuelle, c'est de son initiative.
et pas toujours complètement suivi par moi et mes envies. Arrivent les vacances de la Toussaint, je vais passer un séjour de quelques jours chez lui, et on a une dispute sur un sujet vraiment insignifiant.
¶ L'agression Sexuelle
qui monte et qui monte et qui devient de plus en plus violente où moi je l'insulte, lui il m'insulte, je me mets à pleurer. On est à l'entrée de sa chambre et il me pousse. Et assez violemment, je tombe sur un matelas qui est posé sur le sol de sa chambre.
Et il se met sur moi et il essaye de me maîtriser physiquement. Donc moi je me débats et il enlève mon pyjama de force. Pendant que moi non seulement je lui dis arrête, non j'ai pas envie etc. mais j'essaye de le repousser avec mes bras, j'essaye de lui donner des coups de pied, mais lui est beaucoup plus fort physiquement que moi, il est beaucoup plus grand que moi, j'ai pas ma chance de le repousser physiquement quand lui avait décidé de me déshabiller.
Après m'avoir déshabillée de force, moi je continue d'essayer de le repousser, de lui dire de partir, etc. Je comprends que lui est en train d'essayer de me violer. Il m'a déshabillée, il est en train de me maîtriser physiquement et il commence à me pénétrer. Donc moi, tout de suite, ce qui se passe dans ma tête, c'est que je...
Je suis complètement consciente de ce qui est en train de m'arriver, et donc je me dis exactement à ce moment-là, merde, c'est pas possible, je suis en train de me faire violer. Et là, mon cerveau shut down complètement, je passe en état de tétanie. Je ne peux plus bouger, je ne peux plus parler, ouvrir les yeux, c'est impossible. Je suis un peu spectatrice de la situation qui est en train de m'arriver. Lui, au bout d'un laps de temps assez court, il remarque...
que je suis complètement tétanisée, complètement vide, en train de pleurer, et je pense qu'il change un peu d'avis. Donc il se retire et il s'en va dans la salle d'à côté.
¶ Après L'agression: Choc, Silence Et Peur
me laissant, moi, en boule, en train de pleurer dans son lit. Donc, dans les heures qui suivent, moi, je suis dans un état complètement second. Je ne suis pas vraiment moi-même. Je n'arrive pas à... vraiment être présente mentalement à réfléchir à me bouger physiquement et je me dis simplement que je vais attendre que mon père vienne me chercher le lendemain comme c'était prévu et je me sens
complètement incapable de lui expliquer ce qui m'est arrivé. Donc je rentre chez moi et je ne dis rien à personne, ni à mes amis, ni à mes parents, pour ne pas les inquiéter, ni à mes sœurs. À partir de ce moment-là, je pousse un peu... ce qui s'est passé de côté. J'essaye d'oublier, j'essaye de passer au-dessus, j'essaye de me dire que c'est pas si grave, tant pis, et j'ai pas l'impression que le quitter...
C'est une option. Je n'ai pas l'impression que c'est possible. Je me dis que je serai en danger, que personne ne va me croire, que je vais être complètement isolée, que je vais être obligée d'en parler à ma famille et à tout le monde. Et je n'ai vraiment pas envie qu'il soit au courant, surtout pas.
Pour ne pas les inquiéter. Et pour ne pas trop changer leur image de moi et de la relation que j'ai vécue pendant longtemps. Pour leur faire croire que je suis capable de vivre une vie sociale complètement saine. Parce que je me dis aussi que ça va les décevoir. de voir que la seule vie sociale que j'ai eue depuis 15 ans, c'était une vie sociale complètement toxique et presque inexistante à part une personne. J'ai un malaise physique.
de plus en plus présent, dès qu'il m'approche physiquement, quand il me fait un câlin, quand il me touche, je ne suis pas bien, je tremble, mais j'essaye le plus possible de donner le change, parce que je me sens en danger avec lui, et étant donné qu'il s'énerve, à chaque fois que lui a une envie et que moi je ne réponds pas je me dis que je ne peux pas lui dire ça me dégoûte quand tu me touches l'épaule à peu près deux mois après
¶ Briser Le Silence: En Parler À Valentin Et Matisse
je décide de lui en parler ça commence à devenir très lourd à passer sous silence et je décide au cours d'une dispute de lui renvoyer ça de lui dire oui mais toi tu m'as violé et il ne nie pas du tout sa réponse c'est en gros C'est vrai, pardon. Sans en faire quelque chose de dramatique, il le présente comme quelque chose qui est arrivé, une erreur de sa part, et tant pis.
Dans sa tête, c'est impossible que ce soit même un motif de rupture. Donc il m'envoie à partir de ce moment-là énormément de messages assez régulièrement pour me dire...
J'ai lu tel article sur les conséquences du viol, je suis vraiment désolée, je me rends compte de ce que j'ai fait, je m'excuse, pardonne-moi, etc. Et je finis par accepter ces excuses parce que je n'ai pas l'impression que ce serait très... pour moi de le rejeter encore plus parce que je me sens toujours en danger même quand il adopte un comportement pseudo bienveillant donc pendant ce temps
Les cours ont quand même repris depuis plusieurs semaines. Je vois toujours Matisse pendant les cours d'allemand. En étant de plus en plus proche de lui, c'est la seule personne qui me fait me sentir assez en confiance. pour lui expliquer ce qui m'est arrivé. Donc je décide de choisir un moment où Valentin n'est pas là pour aller parler à Matisse et lui dire ce qui m'est arrivé. Je lui explique et il est complètement choqué. Il me dit tout de suite à quel point c'est grave que...
Je devrais fuir le plus loin possible, quitter Valentin, porter plainte que c'est gravissime, atroce, etc. Moi, je me rends compte avec ça qu'il a certainement raison.
¶ La Rupture Face Aux Menaces De Suicide
Mais en même temps, ça fait des mois et des mois que j'essaye de le quitter. J'ai essayé de le quitter beaucoup de fois et à chaque fois, sa réponse, c'est la même. Ils font... On désespoir et m'explique qu'il va se suicider si jamais je le quitte, qu'il ne peut pas vivre sans moi, qu'il ne peut pas faire sans moi, que c'est impossible. Plusieurs fois, il m'a envoyé des photos pour menacer de se suicider.
comme des photos où il y a ses pieds au bord d'une fenêtre ou des choses comme ça. Je décide de le quitter pour de bon. Je prends mon courage à deux mains et j'ignore complètement les menaces de suicide. J'y arrive. Je lui dis clairement, tant pis.
des menaces de suicide, je m'en fiche, c'est fini, et puis c'est tout, ne me parle plus. Au bout de même pas une semaine après l'avoir quittée, sous les conseils de Matisse, je décide d'en parler à ma grande sœur, qui a trois ans plus que moi. Un soir...
¶ Révélation À La Famille Et Dépôt De Plainte
Je la prends à part parce que toute ma famille se demandait aussi pourquoi cette rupture. Donc j'explique à ma soeur ce qui s'est passé. J'explique que Valentin m'a violée. Et sa réaction immédiate, c'est de me soutenir complètement. et de m'accompagner dans la chambre de mes parents pour aller leur expliquer ce qui s'est passé. Pendant des heures, on discute. Eux sont complètement choqués. Ils s'en veulent énormément de ne pas avoir compris avant ce qui s'était passé.
Il me propose d'aller porter plainte le lendemain matin. Je ne me pose pas de questions, je me dis tout de suite... Oui, c'est logique, ça ne me pose aucun problème. Et il faut savoir que j'ai très confiance en la justice. Je me dis que le viol s'est puni de tant euros d'amende, de 15 ans de prison. Donc je vais expliquer.
aux gendarmes comment ça s'est passé, et dans six mois, il est en prison pour 15 ans. En gros, je me dis que c'est aussi simple que ça, et que ça va être une procédure rapide, pas très désagréable, et que ça vaut le coup. On se rend à la gendarmerie la plus proche le lendemain matin.
Je suis plutôt bien reçue. On n'attend pas très très longtemps. Comme je suis mineure, je ne peux pas tout de suite témoigner. Donc c'est mon père et ma sœur qui expliquent tout ce qu'ils savent. Et on me renvoie chez moi en me disant qu'on vous donnera des nouvelles et on vous couvranquera pour...
faire des témoignages filmés dans une section spéciale un peu plus tard. Donc, je ne reviens pas au lycée pendant plusieurs semaines et lui, il est assez rapidement notifié de la plainte, du fait que j'ai porté plainte contre lui. Et tout de suite, son attitude change complètement. Il ne m'envoie plus aucun message d'excuses, il n'y a plus aucune repentance, d'excuses, de pardon, de « je suis désolée, j'étais extrêmement amoureux de toi », etc. Ça se transforme en...
en agressivité complète, et il arrête assez rapidement d'envoyer des messages complètement pour pas avoir de problème par rapport à la justice. Parce qu'il sait qu'être en contact avec moi et m'envoyer des messages d'insultes, c'est pas la meilleure idée pour avoir une super image auprès des gendarmes.
¶ Retour Au Lycée: Rumeurs Et Isolement
Au bout de plusieurs semaines, je finis par revenir au lycée. Tout le monde est au courant. Mais tout le monde est au courant de ce que Valentin leur a expliqué. Donc les gens de la section cinéma pensent en gros qu'il n'y a pas de partie à prendre. que c'était un viol, mais pas vraiment. Ils ne savent pas exactement ce qui s'est passé. Et tout le monde me regarde bizarrement. La rumeur a commencé à énormément se propager.
Quand je marche dans un couloir, je peux entendre des dizaines de chuchotements, les gens me regardent bizarrement et mes amis ont un énorme malaise avec moi. Donc je me rends compte que je suis d'un coup complètement isolée et moi qui pensais que les gens...
une fois qu'ils allaient être au courant, allaient comprendre et me soutenir complètement et être choquées et aller contre Valentin. On fait complètement l'inverse et on décidait de rien dire, d'être neutre et de me regarder bizarrement. Je reçois assez régulièrement...
des paroles de la part de personnes que je ne connais pas, voire très peu. Il y a même une fille qui vient me voir un jour pour m'expliquer qu'elle ne me croit pas du tout parce qu'une vraie victime de viol, ça se promène en jogging. Moi, ça m'arrive encore de rigoler avec des gens et de mettre des jupes. Donc, en gros, je n'ai aucune crédibilité.
Je ne comprends pas du tout pourquoi les gens réagissent comme ça, puisque autour de moi, les gens sont quand même plutôt informés, les gens se présentent comme étant féministes, comme soutenant les femmes, comme écoutant les victimes de viols. Et dès que ça touche à leurs amis, ils se disent, en gros, c'est pas possible.
Pas mon ami, je ne veux pas l'appliquer pour ce cas-là. Lui, il ne ferait pas de mal à une mouche. Il y a une fille que je ne connais pas du tout, qui n'est pas du tout dans ma classe, pas du tout dans la section cinéma, qui arrive pour me poser des questions en me disant...
Il paraît que tu t'es fait violer, mais tu sais qu'il y a des faux viols et des vrais viols. Et elle me pose des questions du genre, est-ce qu'il t'a pénétré ? Avec quoi il t'a pénétré ? Parce que si c'est ça, c'est un faux viol. Si c'est ça, c'est un vrai viol. Étant très mal à l'aise, je lui explique. en gros, ce qui s'est passé, et repart toute contente en me disant « Ah bah super, c'est un vrai viol, ok ». Et en plus de ça, à côté, je commence à...
¶ Impact Psychologique Et Nouveau Soutien
Avoir des rendez-vous avec des psychiatres, avoir un stress post-traumatique très très important. Je prends des antidépresseurs, des anxiolytiques, du Xanax. Je fais régulièrement des crises d'angoisse, je dors mal, je dors peu, je fais des cauchemars, j'ai des flashbacks, des crises d'angoisse.
des crises de panique assez régulières. Donc la vie au lycée est très difficile puisque je suis toute seule avec mes angoisses, avec mes crises de panique. J'ai perdu tous mes amis et Valentin est tout le temps là.
Il est dans mes classes, il est dans mes options, il est dans la cantine, il est dans les rues quand on sort, il est près de mon bus. On m'a octroyé le droit de sécher tous les cours que je voulais et venir quand j'en avais envie. Et je viens très très peu. Il y a des énormes périodes où je...
Je ne pose pas un seul pied en dehors de ma chambre pendant des mois. Le seul point positif, c'est que je me suis mise en couple avec Mathis et que ça se passe très bien et que c'est quelqu'un de très bienveillant, de très gentil, de très calme, qui respecte. mes problèmes, mon consentement, qui m'écoutent. J'ai énormément de mal à avoir n'importe quel contact physique de près ou de loin, à avoir une intimité émotionnelle. L'intimité physique, c'est même pas la peine d'y penser.
Et lui, c'est quelque chose qu'il comprend très bien. Donc c'est un point positif, j'ai quelqu'un de bienveillant qui est à l'opposé complet de ce que Valentin a été en termes de comportement. Les gendarmes ont trouvé qu'il n'était pas assez dangereux pour justifier un renvoi du lycée complet. La directrice ne fait pas grand-chose pour m'aider ou pour me faire sentir...
en sécurité ou à ma place donc je suis forcée de le croiser tout le temps. On l'a changé de classe au bout de plusieurs semaines mais je le vois tout le temps encore partout dans le self, dans les couloirs, dans le bus, etc.
Et quand on le change de classe, il se retrouve dans la classe dont le professeur principal est mon père, puisqu'il est prof dans ce lycée-là. On notifie à Valentin qu'il n'est absolument pas obligé de venir dans ces cours-là, qu'on ne comptera pas pour absent, puisque c'est mon père qui enseigne.
Mais il décide de venir quand même, de narguer mon père. Ça met mon père dans un état atroce, c'est-à-dire qu'il fait des crises de larmes que je n'avais jamais vues faire, où il est obligé de quitter le cours et de se rendre dans la salle des profs. pour essayer de se calmer, l'option cinéma a un groupe de conversation sur un réseau social où tout le monde discute très régulièrement. Et un jour, une fille en terminale vient me voir au milieu de la cour de récréation.
Et me prend dans ses bras en m'expliquant qu'elle a entendu ce qui m'était arrivé, que c'est injuste qui se passe pour moi et qu'elle me croit et qu'elle me soutient à fond. Cette fille-là, je m'en rapproche puisque c'est un des rares soutiens que je peux avoir et j'ai été très touchée par ce qu'elle m'a dit. Je lui montre une des preuves que j'avais qui était des captures d'écran, des messages que Valentin m'avait envoyés juste avant que je porte plainte.
où il admet, où il s'excuse, où il dit « oui, j'étais violée, je suis désolée, je me suis informée sur le viol, comment j'ai pu te faire ça ? » Elle décide d'envoyer ces preuves-là, ces captures d'écran-là, sur la conversation de l'option cinéma.
Ils remettent un petit peu en question ces captures d'écran-là, mais il y a de plus en plus un malaise où il y en a certains qui commencent à se rendre compte, qui commencent à se poser des questions, qui commencent à changer d'avis, où ils se disent « Merde ! » Peut-être qu'effectivement, on n'a pas réagi de la bonne manière et c'est beaucoup plus grave que ce qu'on pensait.
Peu de temps que je passe au lycée, je réussis quand même à me reconstruire un entourage constitué de quelques filles qui sont très bienveillantes, qui me soutiennent à fond. Je suis toujours en couple avec Matisse, ça se passe toujours très bien. Donc à la fin de la première, je me retrouve quand même avec...
Un bon entourage de construits avec un petit copain qui me soutient. Et j'apprends pendant les vacances d'été après la première que Valentin change de lycée et que l'année prochaine, il ne sera plus dans mon établissement. Donc ça, ça me soulage. énormément étant donné que même s'il y a encore toutes les rumeurs même s'il y a encore la procédure en cours qui est stressante même s'il y a encore tous mes anciens amis qui m'ont quand même lâché à mes yeux le danger physique
¶ La Lenteur Et Les Épreuves De La Justice
qui représentent, ça s'éloigne énormément. Donc je me dis que l'année prochaine va être bien moins difficile à vivre. En parallèle de toute l'ambiance pesante du lycée, il y a toute la procédure qui se déroule très lentement, de manière...
très stressante. Quelques semaines après avoir porté plainte, j'ai ma première audition où je suis entendue par des gens qui sont bienveillants. L'ambiance est assez glauque, mais les questions qu'on me pose ne sont pas trop difficiles à vivre. Moi, je suis quand même très affectée.
J'en avais jamais parlé à des forces de l'ordre. Je me retrouve toute seule face à plusieurs officiers, des caméras, des micros, des gens qui écrivent tout ce que je dis mot pour mot sur un clavier. Mais on me pose des questions qui me... qui ne me retourne pas trop. Et même si c'était très difficile, j'étais assez fière de moi et ça s'était plutôt bien passé. Donc quelques mois plus tard, après avoir eu aucune nouvelle pendant très longtemps, la justice est complètement silencieuse.
Moi, je me sens un peu toute seule face à tout un truc qui me dépasse. On me convoque pour une deuxième audition parce que lui a auditionné récemment. Donc, cette deuxième audition se passe. moins bien que la première, carrément moins bien que la première. On me pose des questions... Je sens qu'on essaye un peu de me cuisiner, on me pose des questions un peu pièges, on sous-entend des choses dans les questions, on me demande par exemple quelque chose qui a...
sur lequel les gendarmes ont complètement bloqué, c'est comment ça se fait que tu sois resté encore plusieurs mois en couple avec ce garçon alors qu'il t'avait violé. Donc j'explique, moi, plusieurs fois... Toujours en détail la pression psychologique, les raisons, le fait que je sois toute seule, que je ne puisse pas en parler à d'autres personnes, que je n'ai pas envie d'essayer mes parents, etc. Ils ont beaucoup de mal à l'entendre, donc je sens qu'on commence à me remettre en question.
On pose aussi des questions assez déplacées. Par exemple, comment j'étais habillée à ce moment-là ? Et quand je dis que j'étais simplement en grosse combinaison de pyjama, il y a quelqu'un qui m'a demandé... Oui, mais il y avait combien de boutons ouverts ? Est-ce que vous l'avez regardé avec un regard un petit peu langoureux ? Est-ce que votre attitude aurait pu faire penser que, alors que je leur avais déjà expliqué évidemment que, pas du tout, qu'il y avait...
Rien dans mon attitude qui laissait penser que j'étais consentante. Je sens qu'on me remet en question et c'est assez difficile à vivre. Après ça, toujours aucune nouvelle pendant des semaines, des mois de la part de la justice en ce qui concerne la procédure. La plupart du temps, ça n'avance pas, et si jamais ça avance, on ne va pas me le dire.
Quelques mois plus tard, après la deuxième audition, on me convoque pour une expertise psychologique. Je me rends à cette expertise psychologique avec juste moi, avec un homme qui me pose des questions. plus ou moins général, plus ou moins personnel, en me disant par exemple comment s'est passé votre collège, vous avez été diagnostiqué par qui ?
Est-ce que votre vie sexuelle, maintenant, elle a repris ? Comment est-ce que vous vous sentez ? Comment est-ce que vous dormez ? Racontez-moi un petit peu les faits. Et donc, on me scrute. Mais rien de très choquant à vivre.
¶ Confrontations Difficiles Et Remises En Question
Après avoir passé l'expertise psychologique, il y a encore quelques mois de silence et on me convoque un peu plus tard à une confrontation. En gros, un moment où moi, Valentin, nos avocats et des gendarmes, on va être assis dans une pièce, on va nous poser des questions à l'un puis à l'autre, on va écrire nos réponses pour essayer de comprendre exactement qu'est-ce qui explique les différences entre nos versions. Moi, je suis...
très très stressé à l'idée de me retrouver avec lui dans une pièce, de l'entendre parler, de le voir, de parler de tout ça, d'être confronté à ce que lui il a à dire qui est complètement faux, à des mensonges que...
Je me dis comment je vais faire pour prouver comment ça s'est vraiment passé. Et en plus de ça, je m'y rends avec mon avocate commise d'office, avec qui il n'y a pas un super feeling. Elle est un petit peu... très exacerbée, très audacieuse et j'ai un petit peu peur qu'elle fasse n'importe quoi avec les gendarmes et qu'elle soit trop dans la confrontation, trop dans l'attaque et j'ai pas très envie de passer pour quelqu'un de très agressif.
Donc j'arrive à la confrontation, j'attends avec mon avocate dans un endroit différent, on le fait entrer dans la pièce avant moi, comme ça tout est fait pour que je ne vois pas son visage, donc ça c'est quand même très pratique pour les victimes. C'est mieux. C'est évidemment stressant de me retrouver à côté de lui, mais je ne le vois que de dos. Il est assis devant moi. Je le vois de dos, je ne vois pas son visage, j'entends juste sa voix, ce qui est déjà...
Très difficile pour moi. Je fais en larmes plusieurs fois. Donc, les gendarmes se mettent à nous poser des questions séparément. On ne doit pas se couper la parole entre nous. En gros, on pose une question précise à Valentin. Après...
on me pose une question par rapport à sa réponse. Pourquoi est-ce qu'il dit ça ? Pourquoi est-ce que vous, vous dites ça ? Lui, sa défense, quand un gendarme lui pose une question un peu précise, ou qu'il sous-entend, ou qu'il prend à ton accusateur, ou qu'il sous-entend des... et qu'ils sont dans sa responsabilité. La réponse de Valentin est très souvent à côté de la plaque. En gros, il répète « je sais pas », « je suis pas sûr », « tant pis ». Et il garde...
Vraiment tout au long de la confrontation, cette attitude victimaire. Il passe son temps à rappeler à chaque question sur moi.
à quel point lui, il se sent mal, à quel point lui, sa vie est bouleversée par l'accusation et la plainte, à quel point lui, il souffre, lui, il pleure tout le temps, lui, il a peur de perdre ses amis, et il modifie juste... tout le temps sa réponse pour en revenir à ça et tout le monde se rend compte et c'est assez ridicule en fait et c'est assez difficile à vivre pour moi de le voir lui se plaindre alors que c'est lui l'agresseur alors qu'il se pavane avec mes amis alors que lui il a
¶ Trouver Le Bon Soutien Juridique: Anne Bouillon
Pas de problème dans sa vie à cause de ça. Après tout ça, je décide, étant donné ma mauvaise expérience avec l'avocate que j'avais eue, de chercher... une nouvelle personne pour me représenter. Du coup, je regarde un artiste de journal qui est en gros un top 30 des avocats les plus puissants en France à ce moment-là, avec un petit surnom à côté.
Et donc, dans les deux, trois premiers avocats, il y a une femme qui s'appelle Anne Bouillon, dont le surnom était La Féministe. Je vois que c'est une avocate très compétente, très douée, très reconnue. dont la spécialité, c'est de défendre les femmes victimes de violences. Donc je décide d'essayer à tout prix d'avoir cette avocate-là pour me représenter. Donc on a un entretien avec elle, on lui envoie des mails et elle décide d'accepter.
Au moment où je la rencontre, moi je suis déjà en terminale, je vais avec mes parents et on lui explique en gros tout ce que j'ai vécu, on explique ce qu'on a déjà fait jusqu'ici, comment ça se passe au lycée, comment je me sens. Elle me pose des questions un petit peu aussi sur ce que je veux faire, jusqu'à où je veux aller, qu'est-ce que j'attends, pourquoi est-ce que j'ai porté plainte, qu'est-ce que je pense qui va arriver. Elle essaye aussi de me...
De me rappeler que la plupart du temps, la justice est très difficile d'obtenir quoi que ce soit. de leur part dans les affaires de viol, que la plupart des gens ne vont pas aller en prison, que la plupart des gens vont carrément ne rien avoir du tout, ne pas aller en procès ou ne pas aller dans un procès au cours d'assises.
Mais je lui explique que moi je suis prête à tout pour aller jusqu'au bout et que la raison pour laquelle je porte plainte c'est parce que j'ai envie d'éviter que ça se passe avec quelqu'un d'autre et j'ai envie de... D'avoir le sentiment d'être cru que la justice reconnaisse officiellement auprès du pays tout entier que oui, j'ai été victime de ça, que oui, Valentin est un agresseur sexuel. Elle me donne tout de suite l'impression d'une femme...
très charismatique, avec énormément de présence dans la pièce, qui est extrêmement compétente, qui a vraiment les pieds sur terre, qui sait exactement ce qu'elle veut, et elle met tout de suite en confiance. C'est-à-dire qu'elle est très compréhensive avec moi, elle m'offre un soutien émotionnel qui est...
vraiment bienvenue. Tout de suite, j'ai l'impression de voir la femme que j'aimerais devenir dans une dizaine d'années. Elle devient rapidement une sorte de modèle pour moi. J'ai vraiment envie de lui ressembler. Je veux faire... le métier d'avocate depuis que je suis toute petite, d'avoir un projet, d'avoir un vrai but, parce que je me dis...
Je veux faire la même chose. Moi aussi, je veux être avocate spécialisée en droit des femmes. Je veux défendre des femmes. Je veux être aussi compétente qu'elles. Je veux mettre en confiance des femmes qui sont un peu toutes seules face à un système qui les dépasse. Et je veux faire comme elles et être aussi compétente qu'elles.
À côté de ça, l'année terminale, évidemment, c'est mieux que l'année première, puisque les gens parlent un peu moins de ce qui m'est arrivé, en tout cas les personnes que je ne connais pas. Et surtout, Valentin n'est plus à l'intérieur du lycée, donc je me sens bien plus en sécurité physiquement.
Mais c'est quand même très difficile, même avec l'entourage que j'ai, même en étant en couple avec Mathis, puisque ça... même quand il n'est pas là, il y a quand même sa présence qui est restée quelque part, parce que dans la section cinéma, dans laquelle je vais encore souvent, les gens continuent de lui parler, de parler de lui, des gens sont...
extrêmement mal à l'aise avec moi et il y a cette espèce de loi du silence où comme il ne reste que moi, on me parle et on est mon pote et on est mon ami, etc. Mais par contre, on me fait bien comprendre qu'à la seconde où je mentionne le sujet de Valentin,
C'est inacceptable et on va vraiment me lâcher. » On m'accuse en gros d'avoir cassé l'ambiance. Et la plupart des gens décident d'adopter cette attitude de « moi j'attends que la justice réponde et se prononce, et quand il y aura un procès, si jamais il est condamné, déclaré coupable. » Moi, je changerai d'avis, je te soutiendrai. Mais ils ne savent pas que les délais de la justice, c'est très très long. Je me rends compte qu'après avoir été la copine de Valentin...
Maintenant, je ne suis toujours pas vue comme moi-même ou je suis vue comme la fille qui s'est faite violer. Donc, je décide de quitter Matisse vers la fin de l'année terminale parce que même si lui n'avait aucun comportement... particulièrement mauvais. J'ai juste envie de passer à autre chose. Je me sens prête à changer un petit peu d'ambiance dans ma vie et toute ma relation avec lui est quand même très liée.
au fait de me soutenir, de me parler beaucoup de ce qui s'est passé avec Valentin et j'ai envie d'autre chose. Je décide de me motiver toute seule pour pouvoir passer le bac parce que je veux aller en fac de droit après. Donc je m'automotive, en un mois et demi, je fais un petit peu tous les chapitres des matières les plus importantes et je finis par avoir mon bac avec Mention Bien. Après avoir eu mon bac...
J'obtiens mes résultats par cours sup. Je suis prise à Panthéon-Sorbonne pour la licence de droit. Donc c'est un petit peu...
¶ Nouveau Départ À Paris Et Guérison
Un miracle pour moi. Et je me dis, c'est génial. Et j'envisage le fait de tout quitter complètement, d'aller à Paris. Je vais tout lâcher et repartir complètement ailleurs, refaire ma vie à partir de zéro. Et donc, je décide de déménager à Paris.
En première année de droit à Panthéon-Sorbonne, je suis bien installée à Paris, je commence à me refaire un entourage, je suis de plus en plus satisfaite de ma vie, je commence à aller mieux, j'arrête peu à peu les antidépresseurs, les anxiolytiques, j'ai moins de stress post-traumatique.
J'ai une convocation après des mois et des mois de silence encore une fois pour témoigner auprès du juge d'instruction qui s'occupe de mon affaire. Donc une des dernières étapes avant la fin, avant la clôture de mon dossier, avant la fin de l'affaire et peut-être aller dans un procès. après. Je me rends au rendez-vous avec mon avocate. J'attends un petit peu. Mon avocate arrive et là, elle m'explique un petit peu en panique.
qu'ils se sont trompés dans le courrier qu'ils m'ont envoyé et qu'il ne s'agit pas d'une audition auprès du juge d'instruction mais d'une confrontation auprès du juge d'instruction donc en cinq minutes je commence à paniquer parce que je me rends compte que non seulement je vais devoir parler de ce qui s'est passé etc mais en plus
ce sera une confrontation, ce sera à côté de Valentin. Je me dis, au moins, il y a des mesures qui sont mises en place, en tout cas pour la dernière confrontation, qui, logiquement, font que j'attends dans un endroit différent, ou au moins à plusieurs mètres de distance, que je n'ai pas à voir son visage, qu'ils le font entrer avant, etc. Là, la procédure est complètement bâclée. Dire qu'on me fait attendre dans un couloir, et Valentin entre.
par la même porte dans laquelle je suis entrée il y a quelques minutes, et passe devant moi, me fixe, me regarde dans les yeux, s'assoie à même pas 2 mètres de moi, et attends vraiment à côté de moi. Donc ça, ça peut paraître anodin, mais c'est quelque chose qui me... qui me met dans tous mes états à ce moment-là. Il me fixe, il a l'air haineux. Moi, j'étais en train de pleurer. Je croise son regard qui est super malveillant. Donc, ils nous font entrer dans la salle...
dans le bureau du juge d'instruction. Et donc là, on fait une deuxième confrontation où lui... Toujours, il perd ses moyens, il répond à côté, il se victimise énormément. Mais cette fois, je suis accompagnée de Anne Bouillon, mon avocate que j'admire énormément.
qui est super compétente, qui arrive très bien à appuyer sur les points qui clochent, à appuyer sur le fait qu'ils répondent à côté, qu'ils se victimaient énormément. Le juge d'instruction est d'accord avec elle. Je vois bien que c'est quelque chose qui est plutôt positif pour moi. Je suis notifiée quelques temps après que c'est la fin de l'enquête, dans le sens où il n'y aura plus aucun acte qui me sera demandé, plus aucune audition, plus rien.
Et que la dernière chose à faire avant que l'enquête soit complètement close et qu'on aille dans un procès ou pas, ou que l'affaire soit abandonnée, c'est que le juge d'instruction doit décider si, oui ou non, on met en examen Valentin. Au bout d'un long moment, on finit par avoir la réponse du procureur et du juge d'instruction qui est de mettre en examen. Et donc on me dit qu'il y aura un procès.
Je suis en deuxième année de licence quand je reçois un mail de mon avocate m'informant qu'il y aura un procès, comme prévu, mais qu'il se tiendra non pas deux ans et demi plus tard, comme ça qu'on m'avait dit de m'attendre depuis le début, mais dans un mois et demi.
Donc moi, je suis à la fois super contente, puisque ça fait quand même trois ans de procédure que c'était très long, très difficile, très lent, que je le gagne ou pas, ce procès, si bien qu'il arrive, parce qu'après, je pourrais enfin passer à autre chose.
Mais en même temps, un mois et demi, c'est très très peu pour me préparer psychologiquement à le revoir, à faire un procès, à jouer. Tous ces trois ans de batailles super difficiles vont se jouer là. Donc au final, pendant c'est un mois et demi, moi je préfère plutôt me changer les idées.
voir mes amis et parler à tout le monde, à ma famille, etc. Une semaine avant le procès seulement, je commence à relire toutes les pièces du dossier qu'on m'a données pour pouvoir voir les témoignages des gens, toutes les pièces que je ne savais pas pendant tout ce temps-là. Je découvre des choses...
qui me mettent assez mal, qui sont assez choquantes. Par exemple, le témoignage de la directrice de mon lycée qui me remet en question parce que j'étais en gros une élève turbulente et que pour elle, c'était une raison suffisante de dire que je n'étais pas très crédible.
Je relis ce que moi-même j'ai dit quelques années avant mot pour mot, ça me replonge dans l'état dans lequel j'étais au début. Après toute cette semaine-là à relire des dossiers, la veille en étant très très mal, etc., je me rends au procès.
¶ Le Procès: Déroulement Et Verdict
avec ma famille, mes deux sœurs, mes deux parents, mon nouveau petit copain. Donc j'entre dans la salle du procès, lui aussi. Et je suis assez rassurée d'emblée puisque le procureur, tous les juges, la greffière sont des femmes. Donc rien que ça, je me sens un petit peu... Je me dis qu'elles seront plus aptes à comprendre ce que j'ai vécu, comment j'ai ressenti les choses, etc.
Mon avocate demande à la juge si, malgré les restrictions à cause du Covid, si mes sœurs peuvent assister à l'audience. Donc la juge dit, je pense qu'il n'y a aucun souci. Et là, d'emblée, l'avocate de Valentin se lève et fait un... crie un gros objection, madame le juge. Et en gros, elle avance l'idée que la présence de mes sœurs serait un facteur d'angoisse pour son client parce que Valentin...
En gros, m'accuse de faire exprès de venir avec toute ma famille pour qu'il se sente menacé. Encore une fois, tout tourne autour de lui et de ses sentiments, et c'est pas du tout moi qui voulais être soutenue par mes proches. Bref, à cause de ça, les juges finissent par refuser. la présence de mes soeurs au tribunal, donc il y a seulement moi et mes deux parents. Donc tout le procès dans son ensemble se passe bien pour moi, je m'attendais à quelque chose de bien pire à vivre.
On me met assez à l'aise. J'ai l'impression que les juges remettent très peu ma parole en question. La procureure fait toute une intervention sur le consentement, le fait qu'être complètement tétanisé, ce n'est pas un consentement, le fait que...
même si sa version était vraie et que je ne m'étais pas débattue selon lui etc même si c'était le cas ça resterait quand même un viol ça ne change rien à la gravité des faits mon avocate avance des arguments super Valentin répond aux questions complètement à côté les juges me posent des questions qui sont
pas trop directe, pas trop agressive, pas trop personnelle. Je me sens vraiment à l'aise et je sens que dans le tribunal, il y a une ambiance de donner de la valeur à ma parole. C'est ce que j'attendais depuis des années. bien d'être ici. Je pleure peu, je panique peu par rapport à toutes les auditions que j'ai faites avant. Une des preuves que mon avocate utilise pendant le procès, par exemple, c'est le fait que Valentin m'avait envoyé une lettre quelques temps après notre rupture.
où il s'excusait 14 fois de m'avoir violée. Et donc l'avocate de Valentin répond à ça. Oui, mademoiselle, il s'est bien excusée 14 fois de vous avoir violée. Mais vous savez, c'était un garçon extrêmement amoureux. Et moi, j'ai compté les « je t'aime », mais il y en a douze. Enfin, quelque chose de complètement à côté de la plaque. Je me dis, mais peut-être qu'il m'aimait, mais moi, je m'en fiche. Ça ne change rien, il m'a violée.
¶ Culpabilité Et Signification De La Peine
Tant pis. Après 4 ou 5 heures de procès, c'est terminé. Pendant que je suis en train de tenir fermement la main de ma grande sœur, les juges nous annoncent. que Valentin ait déclaré coupable. Donc déjà, on nous a dit de ne surtout pas faire de bruit, de ne pas parler pendant... Pendant qu'on donnait le résultat, on se serre très fort les mains, on commence à avoir des larmes de joie. Tout le monde est très heureux, en tout cas de mon côté du banc. Et on nous annonce qu'il a un an de sursis.
Et une bonne quantité d'amende pour dédommager moi, ma famille, les frais de mon avocate, etc. Enfin, j'ai la conclusion que j'attends depuis trois ans, qui n'est pas celle auquel je me serais attendue tout de suite après avoir porté plainte.
Mais il y a un an, je ne me serais attendue à rien du tout. C'est génial. On me croit très très longtemps que j'attends ça. Et surtout, c'est bon, j'aurais plus à me lever tous les matins en me disant je vais regarder mes mails, voir s'il y a du nouveau. C'est fini. Et donc le fait que ce soit fini, c'est quelque chose qui...
a complètement changé ma vie. Ça fait du bien, c'est enfin derrière moi. Et un an de sursis comme peine, ça peut paraître peu, en tout cas aux gens qui n'ont pas vécu des procédures pénales. difficile et longue et rarement très bien punie comme celle-ci. Mais tout de même, en ans de sursis, ça représente quelque chose d'énorme pour moi. Ça veut dire que pendant cinq ans, à la moindre infraction...
à la moindre charge contre lui où il est déclaré coupable, il va un an en prison. Ce qui veut dire que, pendant 5 ans, il a une épée de Damoclase au-dessus de la tête de 6...
il est pris en train de sortir après le couvre-feu ou de fumer des substances illégales, il va en prison un an. C'est un stress pour lui et son entourage que je trouve très mérité. Parce que ça veut dire que même... dans le doute s'il agresse quelqu'un à nouveau et que la personne porte plainte on verra d'accord le mec a déjà été condamné le mec a du sursis au-dessus de la tête et ça rendra la nouvelle victime si elle existe ce que je n'espère pas
¶ Clôture, Reconstruction Et Engagement Futur
Ça rendra sa vie quand même plus facile auprès de la justice. J'ai envoyé, quelques jours après mon procès, un message sur la conversation de l'option cinéma du lycée en disant « Salut, juste pour vous informer, Valentin a été déclaré coupable. » à l'instant. Donc, il y en a quand même peu qui me répondent. La plupart mettent juste un petit émoji de réaction sur ce message et j'ai reçu aucun...
Message d'excuse de la part des personnes qui étaient encore très amies avec lui à ce moment-là. Dire que les gens qui auraient pu changer d'avis... Les mêmes qui me disaient au lycée, on attend simplement d'avoir une réponse de la justice, c'est pas qu'on te croit pas, mais on veut être neutre. Une fois qu'on aura la réponse, on va trancher. Ils n'ont pas réagi. Aucun de ses amis actuels ne l'ont lâché à cause du verdict.
Il faut savoir que déjà au moment où je subissais clairement de la part des gens du lycée, de la part de Valentin pendant notre relation, du slut shaming, du victim shaming, etc. J'étais déjà informée sur ce sujet-là. Je savais déjà ce que c'était. Je savais ce que c'était que le viol. Je savais ce que c'était que le viol conjugal. Je savais ce que c'était que toutes les notions super importantes de consentement, la pression psychologique.
le slow shaming, etc. C'est juste que, même en étant informée sur ce sujet-là, je ne l'ai pas appliqué à moi. Parce que, en tombant dans une emprise psychologique, on peut oublier à quel point ce qui nous arrive à nous...
C'est grave, on se dit, si ça arrivait à qui que ce soit d'autre, je le prendrais extrêmement au sérieux, mais c'est moi. Peut-être qu'on a une mauvaise estime de soi, peut-être qu'on se dit, je le mérite, ou c'est un petit peu ma faute, même si on est très informés sur tous ces sujets-là. Je pense que j'aurais eu besoin...
Dès le début, des personnes aussi informées que moi pour me dire à ce moment-là, cette relation, ça ne doit pas se passer comme ça. Aujourd'hui, en 2021, ça va quand même beaucoup mieux. La procédure est terminée, je fais beaucoup moins de cauchemars, j'ai une super relation avec mon nouveau petit copain, qui est quelqu'un d'absolument incroyable.
On se comprend très bien sur tous ces sujets-là. Tous mes nouveaux amis me soutiennent énormément. Je me suis construit un entourage incroyable sur Paris. J'ai gardé les quelques personnes de ma bande de copines du lycée, qui étaient les seules qui me soutenaient à l'époque. C'est-à-dire que j'ai fait un ménage énorme dans ma vie et maintenant ça va beaucoup mieux. Et je continue toujours mes études de droit et j'ai toujours le...
le fervent projet de devenir avocate spécialisée en droits des femmes. Je veux défendre les victimes d'agressions sexuelles, de violences en tous genres et je compte bien aller jusqu'au bout. Vous venez d'écouter Transfer épisode 158, un témoignage recueilli par Nina Pareja. Il a été produit et réalisé par Slate.fr sous la direction de Christophe Caron et Benjamin Septemours. Production éditoriale Retrouvez tous les épisodes de transfert sur slate.fr ou sur votre application de podcast préférée.
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