Justice pour toutes - podcast episode cover

Justice pour toutes

Dec 18, 202546 minSeason 10Ep. 461
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Summary

Cet épisode suit Victoire dans son long et douloureux combat pour la justice après avoir été violée par son ancien patron, Marc. Elle détaille l'agression, les épreuves du système judiciaire français, les deux procès qui ont abouti à une condamnation puis à une peine réduite en appel, et les lourdes conséquences psychologiques. Victoire partage également sa résilience, sa quête de thérapies efficaces, et sa décision de se reconvertir pour soutenir d'autres victimes face aux lacunes de la justice.

Episode description

Dans le film de Justine Triet Anatomie d'une chute (2023), le doute s'installe dès la première minute. La violence s'immisce autour d'un seul mot: la vérité. Dans l'arène du procès se met en place une machine qui expose, broie et dissèque, jusqu'à flouter la frontière entre culpabilité et légitimité.

Le rêve de Victoire était de devenir avocate. Son premier combat sera de se défendre elle-même. Elle découvre alors que le droit peut-être utilisé contre elle et que la justice ne protège pas toujours.

L'histoire de Victoire a été recueillie au micro de Céline Martelet.

Attention, cet épisode aborde des sujets sensibles. Ceux-ci sont précisés à la fin de ce texte. 

Transfert est produit par Slate Podcasts.
Direction et production éditoriale: Sarah Koskievic et Benjamin Saeptem Hours
Chargée de production: Astrid Verdun
Chargée de postproduction: Mona Delahais
Montage et prise de son: Johanna Lalonde

L'introduction est écrite par Sarah Koskievic et Benjamin Saeptem Hours. Elle est lue par Aurélie Rodrigues.

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Les sujets sensibles abordés dans cet épisode sont: viol.


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Transcript

Introduction et Aspirations Juridiques

Dans le film de Justine Trier, Anatomie d'une chute, le doute s'installe dès la première minute. La violence s'immisce autour d'un seul mot, la vérité. Dans l'arène du procès se met en place une machine qui expose, broie et dissèque jusqu'à flouter la frontière entre culpabilité et légitimité. Le rêve de victoire était de devenir avocate.

Son premier combat sera de se défendre elle-même. Elle découvre alors que le droit peut être utilisé contre elle et que la justice ne protège pas toujours. Vous écoutez Transfer Ce témoignage a été recueilli par Céline Martelet. Attention, cet épisode aborde des sujets sensibles. Si vous voulez en savoir plus, retrouvez tous les détails dans la description de l'épisode.

J'ai passé la majeure partie de mon enfance et de mon adolescence dans le Nord. Mes parents se sont séparés depuis que j'ai 4 ou 5 ans. C'est ma mère qui nous éduque, mon frère et moi, et donc c'est un modèle pour moi et mon frère en termes d'affirmation de soi, de confiance en soi. C'est quelqu'un qui est très ouvert, qui a des valeurs de liberté, d'indépendance, de respect.

et qui va nous éduquer mon frère et moi dans ces valeurs-là toute notre enfance et une partie de notre vie. Je pense que ça joue beaucoup. Sur ce goût que je vais développer pour les droits de l'homme et donc évidemment la question du métier que je vais faire à la fin de mes études va se poser et pour moi le métier d'avocat c'est celui qui me permettra le plus d'atteindre mes objectifs, de défendre certains droits.

Pour moi, le métier d'avocat ne comporte que des avantages et des qualités. Je décide de quitter Lille à la fin de ma licence de droit. Je sais qu'il y a des facs un peu plus prestigieuses à Paris, je sais que j'ai les capacités et les notes pour accéder à ces écoles-là, et du coup je postule dans plusieurs facultés.

pour cette raison et principalement en Master 1. Je fais mon Master 1 en droit public à Nanterre. J'ai 21 ans. Je suis super contente. Je me refais des amis. J'ai certains amis qui ont quitté Lille pour venir s'installer à Paris et poursuivre leurs études. en même temps que moi, donc on continue à se fréquenter, mon cercle d'Amy s'élargit, j'adore ma première fac à Nanterre et j'adore la Sorbonne où je fais mon Master 2 aussi.

Stage et Comportement Dégradant

Donc on a énormément de cours toute l'année et donc on a le choix entre un stage et une alternance et le stage doit faire au minimum trois mois. Donc on est en 2017 et je fais mon stage à partir du mois de mars. Quand j'arrive dans le cabinet d'avocats, ce qui est assez cool, c'est qu'on est énormément de stagiaires, 4 ou 5 avocats, donc un associé et des collaborateurs et collaboratrices.

et peut-être une dizaine de stagiaires. On crée très vite une bande d'amis, on est tout le temps ensemble, on a des horaires assez denses. Ce qui dit cabinet d'avocat a dit on arrive tôt et on part tard. On est payé au lance-pierre, mais on s'en fout. Tout le monde a envie de devenir avocat et on se crée un groupe d'amis avec des filles, des garçons super solides. Donc, c'est assez motivant d'aller travailler tous les jours avec des gens qu'on apprécie.

Avec les avocats, il y a un rapport hiérarchique qui est beaucoup plus fort et on répond à deux patrons dans le cabinet. L'un qui est très... professionnel, qui est adepte du vouvoiement, qui a une distance avec les stagiaires, qui ne va jamais boire de verre avec nous. L'autre qui est un peu la version dépravée du patron.

Il s'appelle Marc, et vraiment tout le monde le considère comme tel. Il arrive souvent en retard parce qu'il est sorti la veille, il a une allure débraillée, il tutoie tout le monde. Et c'est pas quelqu'un d'intéressant. Donc, il a juste l'air un peu moins successful que le premier, on va dire. Et donc, je cumule le stage.

La fin de la rédaction de mon mémoire de recherche et des castings et des petits jobs en tant que mannequin. Donc je fais ça sur ma post-déj le week-end. Il va y avoir une journée de stage. C'est difficile pour moi parce que je rends un travail et la collaboratrice à qui je rends ce travail va se plaindre à un de nos patrons du fait que je ne l'ai pas rendu, ce qui est faux.

Et en sortant du cabinet, je m'effondre et je croise un collègue juriste et un collègue stagiaire avec qui je m'entends très bien et qui me propose d'aller boire un verre. Marc est présent et va boire un verre avec nous. À cette occasion, Marc va me dire que des stagiaires ont trouvé ce qu'on appelle un book, en tout cas des photos de mannequins de moi sur Internet. Il faut savoir que...

Quand on fait du mannequinat, en général, on n'a pas son nom de famille associé aux photos. Donc, ils ont fait des recherches, ils ont trouvé mes photos. Donc, c'était juste des photos de mannequins. Rien de transcendant. Mais il s'avère que sur une des photos, on voyait, je le cite, Marc, mes tétons par transparence, et que du coup, ce Marc avait décidé de me surnommer tétons. Et donc là, je suis...

Ulcéré et mes deux collègues qui sont avec moi ont la même réaction, le même choc face à cette révélation de Marc. Et on va tous les trois lui demander « Mais pourquoi tu dis ça ? Et pourquoi tu dis ça maintenant ? » Pourquoi tu choisis un moment où je suis dans un état... J'ai passé une mauvaise journée et une mauvaise fin de journée. Pourquoi tu choisis ce moment pour me dire ça ? Je me dis juste que...

il est complètement à côté de la plaque et qu'il ne se rend pas compte que ses propos sont dégradants et sexistes. Je ne comprends pas pourquoi il dit ça.

La Nuit de l'Agression Sexuelle

Je termine mon stage au mois de juin-juillet, donc après trois mois au centre du cabinet d'avocats, et j'obtiens mon master 2, j'ai les résultats à peu près à la même période. Et je décide de ne pas passer le barreau dès le mois de septembre qui suit et de le passer au mois de septembre de l'année suivante pour avoir le temps de faire une préparation au concours du barreau.

pour entrer à l'école d'avocat et in fine devenir avocate. Donc à la fin du mois de septembre 2017, je vais à une soirée d'anniversaire de l'un de ses anciens stagiaires. On se retrouve dans un bar du 11e arrondissement. Vers les coups d'une heure du matin, on a toujours envie de s'amuser, de faire la fête, donc on se demande comment poursuivre la soirée. On se met d'accord entre nous et on décide d'aller...

chez cette amie juriste du cabinet dans le 10e arrondissement. Il y a d'autres amis de ce juriste qui sont là, et également un de nos anciens patrons, Marc. Il a l'air d'être encore une fois au lendemain de soirée. Pour certains, il a pris de la drogue la veille. Pour d'autres, il a fait after. Nous, on s'en fiche, on fait notre soirée, mais dû à ça ou pas, je ne sais pas, il veut parler avec plusieurs stagiaires et donc il va me proposer d'échanger avec lui.

Et moi je m'en fiche vraiment, j'ai rien à lui dire. J'ai 23 ans à ce moment-là et lui en a 35. Et donc je repousse le moment de lui parler et à plusieurs reprises je lui dis... Oui, oui, tout à l'heure, tout à l'heure. Et puis je continue à parler avec des gens de mon âge qui m'intéressent plus. Plus tard dans la soirée, donc là, les invités commencent à partir.

Et moi, je décide de rester parce que je passe vraiment une super bonne soirée. À la fin de la soirée, il n'y a plus que moi, Marc, et le juriste chez qui la soirée se déroule. ce qui ne m'intimide pas du tout. Moi, j'ai beaucoup d'amis garçons, peut-être dû à mon éducation ou à ma vision des choses.

Je ne me sens pas du tout en danger ou pas à ma place quand je suis la seule femme dans la pièce. Et à un moment donné, je vais aux toilettes. Et en fait, pour aller aux toilettes, il faut passer par la chambre. Donc j'y vais tout simplement.

Et en fermant la porte, je me rends compte que Marc m'a suivi. Et donc je lui dis, je vais aller aux toilettes et puis tu vas rester là, va-t'en. Donc je ferme la porte des toilettes, je fais ce que j'ai à faire et quand je sors, il est toujours dans la chambre. Et là, il s'accroupit en face de moi. Il me fait clairement des avances sexuelles. Il mime avec ses mains, le fait d'écarter mes cuisses. Il ne le fait pas, mais il le mime. Et il sous-entend que...

propose un cunnilingus et il me dit, parce que je refuse, il me dit que je n'aurai rien à faire et qu'il s'occupera de moi. Là, je vrille et je lui dis pas du tout. Je vois absolument pas pourquoi tu me proposes ça. Je pense que tu as trop vu. Donc on sort de cette chambre. Et là, quand même, je suis très énervée. Et je reste un moment sur la terrasse pour me calmer. Et Marc ne va plus m'adresser la parole. Donc je reste.

à cette soirée, parce que je n'ai toujours pas peur. J'ai dit non, il s'est arrêté, il ne dit plus rien. On continue à discuter, surtout avec mon ami juriste. Là, il est vraiment tard, donc la soirée se termine définitivement. Le juriste chez qui on est me propose d'aller dormir dans son lit et lui de dormir sur le canapé. Et je refuse. Je lui dis que je vais...

m'assoupir sur le canapé quelques temps avant de reprendre les transports en commun parce que j'ai plus de batterie, j'ai pas de chargeur. Et Marc refuse de rentrer chez lui. Pour moi, c'est son problème. contrefou. Et donc, mon amie va se coucher dans sa chambre. Moi, je m'allonge sur le canapé. Enfin, je m'allonge à moitié. J'ai encore mes chaussures au pied. Je m'affale un peu sur la coudevoire. Je m'apprête à dormir.

Et Marc va décider de s'assoupir sur le même canapé que moi. C'est un grand canapé de trois places. On peut être deux personnes allongées, même l'une à côté de l'autre, sans se toucher. Donc je m'endors sur le canapé. avant que je m'endorme, il va quand même me dire que je ne sais pas ce que je rate. Et moi, ça me fait trop rire, en fait. Je me dis... Mais minable, en fait, le mec. Et en fait, je suis réveillée. Je porte une jupe.

Et je suis réveillée par une pénétration vaginale. C'est ça qui me réveille. Donc je vais essayer de le repousser. Je vais lui dire que je ne suis pas d'accord. Et... En fait, il a une emprise physique sur moi. Déjà, moi, je me réveille, donc on s'imagine être réveillée par ça et devoir réagir tout de suite. Et en plus, j'ai peur de bouger le bas de mon corps. Parce que j'ai peur qu'ils voient ça comme un mouvement sexuel de plaisir. Donc j'utilise que mes bras pour le repousser.

Et en fait, il va me mettre sur le dos et poursuivre son viol et ça va s'arrêter spontanément parce qu'il va se retirer. Et donc, dès qu'il se retire, je me lève. Je baisse ma jupe et je prends mon sac à main et je m'apprête à partir. Et juste avant de quitter l'appartement, je me retourne pour voir s'il me suit. Et je le vois la tête dans les mains, en train de dire « Oh non, qu'est-ce que je viens de faire ? »

Choc et Premières Démarches

Je suis dans la rue, je pleure, je sais ce qui vient de se passer, je sais que c'est un viol. Et je suis extrêmement stressée, un niveau de stress que je n'ai à ma connaissance jamais vécu. Et j'arrive tant bien que mal devant une station de métro, donc à Gare de l'Est. Et là, je me sens incapable de rentrer dans une station de métro avec mon mascara qui a coulé jusqu'au cou.

Mes cheveux en bataille, mon état de choc. Je me sens absolument incapable de rentrer dans une rame bondée de monde. Et juste à côté de la station de métro, il y a un hôtel. toujours pas de batterie donc je ne peux pas appeler de taxi ou de beurre et donc je rentre dans l'hôtel et je vais voir la réceptionniste et je lui dis je suis en détresse est-ce que vous pouvez m'appeler un taxi ?

Et au lieu de m'appeler un taxi, elle me dit écoutez je vais vous servir un verre d'eau, vous allez venir vous asseoir avec moi et vous allez me raconter ce qui se passe. Donc je m'exécute, je lui dis que je viens d'être... violée par mon ancien patron. Et elle me dit, d'accord, je ne vais pas vous appeler un taxi, je vais appeler les secours. Et moi, je ne réagis pas, en fait, je continue de pleurer. Elle met mon téléphone en charge pour que je puisse prévenir mes proches.

Et j'attends dans le lobby de l'hôtel avec elle, donc les pompiers arrivent, puis les policiers. Et donc là, je leur explique comme à elle, j'ai été violée par mon ancien patron. Pour l'instant, je ne sais pas ce que je veux faire. Si je leur donne son nom, c'est parti. Et moi, j'ai besoin déjà de redescendre. Et je refuse du coup de donner son nom à ce moment-là. Et je leur dis que je vais aller fumer une cigarette.

Et ils me disent non non, vous ne sortez pas, on ne vous laisse pas sortir, à partir de maintenant vous restez avec nous. Ils m'indiquent qu'on va se rendre à l'UMG, à l'unité médico-judiciaire, pour passer un examen post-viol. avec un médecin et j'arrive à l'accueil des urgences devant tout le monde. Je sais ou pense savoir que tout le monde sait ce qui vient de m'arriver. J'ai quand même ma tenue de soirée, mon maquillage qui a coulé.

Je suis avec des policiers. C'est assez évident que je viens d'être violée. Et donc j'ai honte, j'ai honte. Je voudrais... me cacher dans un trou de souris et disparaître. Je me sens sale, j'ai vraiment une honte, un sentiment de honte que je n'ai jamais ressenti. Ils me mettent dans une chambre tout au bout du couloir des urgences, qui donne sur une cour.

Examen Médical et Soutien Maternel

Et la police me dit que je dois prévenir mes proches. À ce moment-là, je ne sais pas si j'ai envie de le faire.

En fait, tout va très vite. On me dit de faire beaucoup de choses. On me dit, il faut déposer plainte. Il faut donner son nom. Il faut prévenir vos proches. Et moi, je ne suis pas lavée. Je suis complètement choquée. J'ai toujours envie d'aller fumer. Il me demande de... de m'allonger sur le lit de la chambre et en fait au moment de m'allonger je me sens ultra vulnérable et je leur dis il est hors de question que je reste allongée sur un lit

Je vais aller fumer, et vous pouvez rester avec moi si vous voulez, mais je vais aller fumer dans la petite cour où il n'y a personne, donc c'est ce que je fais, je fume clope sur clope. Et là, il y a plusieurs infirmières et médecins qui vont venir me voir. pour me poser quelques questions sur ma contraception, mes vaccins. Je vais répondre à leurs questions, ce qui va leur permettre de me donner une pilule du lendemain, puisque je n'ai pas de contraceptif.

Ils ont donné aussi une dose de trithérapie en prévention d'une potentielle contamination au VIH. La police insiste toujours pour avoir son nom. C'est hors de question pour moi. de m'en prendre un avocat. J'ai 23 ans, un master 2 depuis deux mois en droit. Je ne suis même pas inscrite au barreau. Et moi, petite étudiante, fraîchement diplômée, je vais...

m'engager dans une procédure pénale contre mon ancien patron, avocat. Ça me semble complètement ubuesque et en plus j'ai hyper peur de mener cette procédure. Dans une corporation, parce que c'est une corporation, les avocats, c'est un petit milieu, tout le monde se parle, et je ne veux pas être vue comme celle qui a dénoncé les faits d'un avocat.

parce que j'ai peur pour ma réputation. Je ne suis même pas encore avocate, que j'ai déjà peur que ça me retombe dessus plus tard, et que personne ne veuille travailler avec moi en disant que je vais dénoncer ce genre de fait. Et je dois prévenir ma mère.

Mais je me demande comment je vais faire pour lui dire ça sans la traumatiser. Et donc je lui envoie un message complètement incohérent en lui disant « Je suis à l'hôpital, il faut que tu viennes, voici l'adresse, mais surtout ne t'inquiète pas. » truc qui inquièterait absolument toute mère sur Terre. Et elle me rejoint à l'hôpital. Et en fait, elle est aussi dans un état de choc. C'est-à-dire qu'elle ne manifeste aucune émotion, alors que ma mère est quelqu'un de très émotive comme moi.

Et elle me dit, je suis ta mère et je te dis que tu dois déposer plainte, donc tu vas déposer plainte. Ce qui en soi fonctionne. À ce moment-là, c'est peut-être la seule personne qui est légitime pour moi à me dire ça. Et là, on va attendre des heures. qu'un médecin légiste soit disponible pour m'examiner. Mais je ne m'inquiète pas trop parce que je me dis que ça va être comme un examen gynécologique annuel. En fait, pas du tout. Déjà, je suis en état de choc.

Et je ne suis pas du tout dans une situation normale. Je vais avoir un interrogatoire par ce médecin légiste. Vraiment, j'essaie de répondre le plus précisément possible. Et il y a une infirmière avec lui qui patiente à côté. Et il me dit, on va pouvoir passer à l'examen physique. Et là, je lui dis un truc que je n'ose pas dire depuis le début de l'entretien. J'avais eu mal au ventre la veille et j'avais mis un tampon hygiénique.

En allant aux toilettes pour les prélèvements d'urine, je n'ai pas vu la ficelle de mon tampon. Et donc j'ai super peur. Je ne sais pas où est mon tampon et a priori, il n'est pas au bon endroit du tout. Et donc j'ai honte, mais tellement honte de lui dire ça, mais je lui dis je suis désolée, il faut bien que je vous le dise parce que il faudrait que vous l'enleviez en fait, parce que je ne vais pas rester avec un tampon coincé au mauvais endroit. Et là je passe à l'examen gynéco.

qui est impossible parce que mon corps est complètement contracté. Je me retrouve à faire des exercices de respiration avec le médecin légiste pour qu'il puisse m'examiner. Ce qu'il parvient à faire, il retrouve mon tampon et il fait son certificat médical avec les constatations des différentes lésions qu'il a pu constater et le fait qu'il avait retrouvé... ce tampon. Et après ça, je me rhabille et je prends un Uber ou un taxi avec ma mère pour rentrer chez moi. Et j'ai pas du tout le même...

Les mêmes sentiments sécurisants. Et en plus, ma mère, qui n'a pas réagi vraiment jusque-là, va s'effondrer à ce moment-là. Et en fait, là, je... Là, je pète un cap parce que je supporte pas de l'avoir pleuré, en fait. Et là, je m'effondre, en fait. Je lui dis, mais comment ? Comment je vais faire pour m'en sortir ? On dort pas très bien, ni l'une ni l'autre.

Dépôt de Plainte et Déni de Marc

Et on se lève finalement assez tard parce qu'on s'est couché extrêmement tard et que juste le fait d'être debout, on est rincés toutes les deux, épuisés. Donc on va dans le commissariat du 12e, il me semble. Parce qu'il y a une commissaire de police femme qui est spécialisée dans les sujets de violence sexuelle. Je prends mes vêtements portés la veille et je les mets dans des enveloppes craft.

Comme le médecin légiste me l'a expliqué. Et en sortant du commissariat, donc on est déjà à la fin de la journée puisque tout ça a pris très très longtemps, j'appelle l'ami juriste chez qui la soirée s'est déroulée. Parce qu'en fait, je sais qu'on est dans une procédure criminelle. Je ne suis pas spécialisée en droit pénal, mais je comprends que crime égale garde à vue égale perquisition et que tout ça va être extrêmement...

traumatisant et lourd pour beaucoup, beaucoup de monde dans mon entourage. Et donc, je l'appelle en lui disant Marc m'a violée chez toi quand on était dans le salon et je sors du commissariat, je viens de déposer plainte.

Il fait une chute de 10 étages parce que pour lui, Marc ne peut pas faire un truc pareil. Mais il me croit. Et donc je pense qu'on va se retrouver devant les policiers pour une confrontation et qu'il va avouer que ce n'est pas du tout... ce qu'il se passe parce que les policiers déjà vont attendre dix jours avant de le mettre en garde à vue, le temps de récolter les résultats ADN, perquisitionner le lieu où le viol s'est produit.

En garde à vue une dizaine de jours après le viol. Garde à vue, il se rend sans son téléphone portable. Il nie les faits. Non seulement il nie les faits, mais en plus, il a une défense assez particulière parce que... On pourrait s'attendre à ce que quelqu'un qui nie l'effet dise que le rapport a été consenti. Mais lui, il va quasiment m'accuser d'agression sexuelle. Il va dire que c'est moi qui l'ai chauffée.

et que j'ai pris son sexe pour le frotter contre le mien. Ce qu'il ne sait pas et ce qui lui est opposé pendant la garde à vue, c'est le compte-rendu du médecin légiste. Donc il ne s'attend pas. à ce qu'on lui oppose des lésions vaginales constatées, au-delà même de l'ADN, ni à ce qu'on lui demande d'expliquer pourquoi on a retrouvé mon tampon écrasé au fond de mon vagin.

Et pourquoi j'aurais entrepris même des préliminaires avec lui, alors que je portais un tampon. Et donc, là, sa stratégie va un peu s'effondrer. Et à l'issue de sa garde à jus, va être mis en examen pour viol et placé en détention provisoire. Ce qui, selon mon avocate, est assez rare.

Traumatisme, Thérapie et Échec Professionnel

Et elle me dit, ne t'habitues pas trop à cette décision parce qu'il va bientôt sortir. va effectivement sortir de prison. En revanche, ils vont le placer sous contrôle judiciaire renforcé selon une avocate, c'est-à-dire qu'il n'a pas le droit d'être à Paris. Et donc il doit aller vivre chez ses parents dans le Var, dans le Sud.

Il n'a pas le droit de se rendre à Paris. Ça me fait du bien déjà de savoir que je ne vais pas le croiser, qu'il ne va pas pouvoir m'intimider ou me menacer, même si je suis déçue qu'il sorte de prison. Je suis soulagée de ne pas avoir à être confrontée à lui, ce qui est super compliqué. C'est déjà tous ces symptômes de traumatisme. J'ai l'impression d'être complètement folle, de ne pas du tout me reconnaître.

Je perds le fil de mes phrases. Je commence à parler de quelque chose, je ne sais pas terminer. Je ne me rappelle vraiment plus de ce que j'étais en train de dire initialement. Je me vois de l'extérieur. J'ai un dégoût alimentaire. Je ne dors pas. Quand j'arrive à m'endormir, je me réveille parce que j'ai fait un cauchemar. Vraiment, je sens que ça ne va pas bien. Donc c'est un psychiatre que je vais d'abord voir. Je suis étudiante, je n'ai pas d'argent, enfin pas beaucoup.

Et du coup, je vais dans un centre de santé où il y a le tiers payant. Et en fait, je rencontre une psychiatre qui m'écoute pendant 20 minutes. Je lui dis que je ne veux pas prendre de médicaments parce que je sais qu'il y a des effets secondaires terribles en termes de mémoire et que ma mémoire est déjà vraiment très affectée et que je n'aime pas ces trucs-là.

Et elle me prescrit malgré ça cinq médicaments différents, des anxiolytiques, des antidépresseurs, des somnifères. Donc elle ne me parle même pas de stress post-traumatique. Elle me dit que si je souffre autant, c'est parce que je n'ai pas assez souffert dans ma vie avant. Le viol. Donc en sortant de ce rendez-vous, je brûle l'ordonnance. J'ai besoin de concrétiser cette rage qui brûle en moi. Donc j'arrête ce suivi psychiatrique.

Je décide d'aller voir une psychologue qui n'a pas de spécialité particulière. Et en fait, cette psychologue s'endort. Je fais deux, trois séances avec elle et elle s'endort devant moi. Je me dis que c'est si inintéressant ce que je lui raconte. Elle peut s'en foutre, mais franchement, c'est quand même au moins grave. De là à s'endormir quand même.

Et donc là, j'arrête, j'abandonne tout suivi psychiatrique, psychologique, je laisse complètement tomber cette partie-là pendant presque un an, en fait. Je laisse tomber, totalement. Et il s'avère que je vois ma gynécologue, parce que j'ai aussi des dérèglements hormonaux dû au manque d'alimentation, cette gynécologue va me conseiller une psychiatre qui fait de l'hypnose.

Ça ressemble à de la méditation de pleine conscience, mais faite par un tiers, où on va juste se concentrer sur sa respiration, fixer un point, des choses vraiment très très basiques. Et malgré ça, à l'issue de la séance, je sors et je ressens la faim. Je n'avais pas eu faim depuis presque un an et je vais donc poursuivre cette thérapie parce que je suis vraiment convaincue. Je suis très contente d'avoir trouvé quelqu'un qui m'a d'abord écoutée, qui n'a pas essayé de me shooter.

passe par une forme de thérapie qui marche vraiment, c'est... En une heure, elle a réussi à amoindrir un symptôme qui me pourrit la vie depuis des mois et des mois, donc je suis vraiment convaincue et je vais donc faire ce... Ce suivi en parallèle de ma préparation au barreau pour l'examen de septembre 2018, je sais que je vais me planter un des symptômes du stress peu traumatique, c'est les troubles de la concentration.

Et effectivement, je me plante lamentablement. J'ai des notes vraiment pourries. Et ce qui est ultra choquant pour moi, parce que même si je savais que c'était mal parti, j'ai toujours été une super bonne élève. Je n'ai jamais été au rattrapage. J'ai eu des mentions. L'école, c'est hyper important pour moi. Et là, je n'ai pas raté à un point l'examen. Je me suis vraiment rétamée. Et donc, ça ne va pas aider pour mon bien-être psychique cet échec.

Attente Judiciaire et Début du Procès

Je me dis que je leur passerai l'année prochaine. L'instruction dure quatre ans. Et après, il y a des délais. C'est-à-dire qu'une fois qu'on a décidé, qu'on a envoyé aux Assises, il faut que la cour d'Assise soit constituée. Donc en tant que telle, ça va plutôt durer 4 ans, plus 1 an de vide. Et donc tout ça fait qu'on arrive... en cours d'assise seulement fin 2022, alors que le viol a eu lieu en septembre 2017. Pour une durée de trois jours. Il s'avère que le premier jour, j'arrive en retard.

Parce que je prends un Uber et que je suis bloquée dans les bouchons. Donc j'arrive en retard, je suis hyper stressée, je tremble, mais niveau 10. Quand j'arrive dans la salle d'audience, tout le monde me regarde, puisque tout le monde est déjà arrivé. Le violeur est là, il compare libre, puisqu'il est sorti de détention provisoire dès le début de l'instruction. Il s'est marié.

avec sa fiancée de l'époque, ce qui lui donne une certaine stature d'homme marié, entrepreneur, avocat. Marc a l'air très à l'aise. Il n'a même pas mis un... Il a mis un pantalon de costume et un pull colvé. Il a les mains dans les poches. Vraiment, on dirait qu'on est devant le tribunal de commerce pour un litige commercial.

Il est très, très à l'aise, pas du tout intimidé. Et il a beaucoup d'avocats. Il en a trois associés de différents cabinets qui sont là avec lui, des grands pénalistes, entre guillemets. Et je suis avec mon avocate du début. Et j'ai également, quelques jours avant le procès, demandé à une association qui m'avait pas mal soutenue au téléphone et aidée à comprendre ce qui m'arrivait.

qui est le collectif féministe contre le viol, le CFCV. Et en fait, une association peut se constituer partie civile, et je leur ai demandé de le faire. C'est la femme de marque qui est interrogée en tout premier, ce qui me choque beaucoup parce que je trouve que s'il y a une personne qui a rien à voir avec les faits, c'est elle. C'est un peu la caution morale de Marc. Puis c'est à mon tour. Et puis c'est Marc qui est interrogé. Donc j'ai, selon lui, toujours frotté son sexe contre le mien.

Je suis partie en claquant la porte parce que j'étais énervée qu'il ait refusé mes avances. Et sur les preuves médicales, lui et sa défense, ses avocats, leur stratégie, c'est de dire que... J'avais des IST et que c'est ça qui a causé des légions vaginales, que j'avais oublié mon tampon au fond de mon vagin et que toutes les constatations qui ont été réalisées par le légiste...

ne sont que le reflet de mon manque d'hygiène et de mes errances quant au port de tampons. Il a évidemment révisé son discours avec ses avocats et c'est plutôt au moment des questions de la juge. Qu'on va voir son tempérament, qu'il va commencer à s'énerver, qu'il va dire que je viens d'un petit milieu et que mon échec professionnel est dû à ça.

et que sa vraie personnalité va rejaillir dans le cadre des questions. Après l'avoir cuisinée, quand le temps passe et que son discours appris par cœur n'est plus suffisant, moi je tremble.

Témoignage de la Seconde Victime et Verdict

Ça fait du bruit, ça résonne dans la salle d'audience, mes talons qui tapent par terre, donc je dois sortir assez souvent. Il y a des témoins qui seront interrogés à la barre, essentiellement des anciens stagiaires qui étaient présents à la soirée. Et parmi ces témoins qui vont être entendus, il va y avoir une autre ancienne stagiaire qui a été en stage avant notre génération de stagiaires, on va dire.

et qui, lorsqu'elle a appris ce qui m'était arrivé, s'est manifestée pour raconter ce que Marc lui avait fait subir également. Et donc elle vient, lors du procès, raconter cette histoire. qui ressemble très bizarrement à mon récit. Dans le cas de cette victime, elle avait bu. On ne saura jamais si elle avait été droguée, mais en tout cas, elle n'était visiblement pas en état.

de quoi que ce soit elle s'était d'ailleurs réfugiée aux toilettes parce qu'elle se sentait trop mal et Marc l'a suivie aux toilettes ce qu'il a fait avec moi et il lui a imposé un cunnilingus tel qu'il me l'avait proposé donc Elle permet de démontrer que déjà, il l'a fait plusieurs fois et qu'en plus, il a toute une stratégie. Cette victime n'a jamais déposé plainte. À l'époque des faits, là, on ne parle pas à la police.

Et quand elle se manifeste auprès des forces de l'ordre pour raconter son histoire en lien avec la mienne, elle n'y pense pas, parce qu'elle pense qu'elle n'a pas de preuves. À l'issue du procès, on a toutes les plaidoiries et on attend le délibéré. Là, c'est quelques heures d'attente assez interminables et difficiles où je reste avec tout mon entourage et on revient dans la salle.

Pour l'annonce du verdict, il me semble que le procureur avait requis 7 ans d'emprisonnement, notamment parce que Marc demeurait dans le déni de ce qu'il avait fait et que sans sanction... Il n'y avait pas de possibilité de remise en question de sa part. Et la cour a suivi ses réquisitions et a condamné Marc à 7 ans de prison. Et 7 ans, c'est beaucoup.

Sept ans, c'est bien, sept ans, c'est juste par rapport à ce qu'il a fait, sachant que les faits pour la seconde victime ne sont pas jugés, c'est simplement pour moi. Mais ça me correspond être une panne à la hauteur des souffrances que j'ai endurées. non seulement lors du viol, mais aussi pendant les années qui ont suivi. Donc il y a un mandat de dépôt. Et à ce moment-là, les policiers interviennent pour menotter Marc et le faire partir en camionnette à la maison d'arrêt.

pour commencer son incarcération. Je suis hyper contente de cette décision. Je fais même un post sur Instagram avec une photo de mes amis. Je dis à tout le monde que c'est génial, qu'en France, il y a une justice, que ça y est, c'est bon, on a compris ce que c'était les viols et que c'est super.

qu'on doit tous être rassurés parce que maintenant ça va aller mieux. Je suis pleine d'espoir, je suis ravie. J'ai vraiment une période de plusieurs semaines de retour à la joie, une forme d'insouciance que j'avais vraiment perdue. qui revient et je suis super contente. Je vais faire la fête avec mes amis. Je célèbre cette victoire et je suis vraiment convaincue que c'est juste et c'est tout ce que je voulais que ce soit juste.

Procès en Appel et Peine Réduite

Ça ne dure pas parce qu'il fait appel, donc quand on fait appel, on n'est plus incarcéré, en tout cas emprisonné comme un détenu qui effectue sa peine, on est présumé innocent. Retour à la présomption d'innocence. Donc, il a le droit de demander à être remis en liberté, ce qu'il va faire.

La première demande va être rejetée assez fermement, on va lui dire, qu'il a pris 7 ans et qu'il y a trop de risques qui s'enfuient, qu'il a de l'argent, qu'il peut partir dans n'importe quel pays du monde et ne jamais revenir. Et il fait une deuxième demande, il peut en faire autant qu'il veut. Donc il en fait une deuxième. Et là, ça passe. Là, il peut sortir. Et toute...

La sérénité que j'avais retrouvée disparaît de nouveau et je suis remise dans cet état traumatique, intense. Et en plus, j'y ai peur parce que maintenant, je me dis qu'il a vraiment des raisons de se venger. Et c'est pas parce que c'est un col blanc qu'il n'est pas dangereux. La preuve, il a été condamné pour un crime aggravé.

Je ne me sens pas du tout protégée. Ça fait vraiment rejaillir beaucoup de symptômes des cauchemars, la peur d'être toute seule chez moi. Je commence les séances de MDR à ce moment-là. qui me convainc beaucoup, c'est comme l'hypnose, c'est assez rapide, on voit la progression assez vite, comme dans le cadre de l'hypnose, et donc je vais entamer cette thérapie et la poursuivre.

assez longtemps parce que j'ai encore des échéances de ce procès en appel qui arrivent, qui sont très traumatisantes, retraumatisantes. Le procès en appel arrive seulement deux ans plus tard, presque sept ans jour pour jour après les faits. Marc a eu un enfant entre les deux procès. Il arrive avec une autre stratégie, beaucoup plus conquérant. Et comme le dit mon avocate, il va tout donner.

Il nie toujours les faits, évidemment. Il ne sait toujours pas pourquoi il est là. Il ne comprend pas ce qui lui arrive. Il voudrait juste qu'on le laisse vivre tranquille avec sa femme et sa fille. C'est encore un procès qui va durer trois jours. Ça va être encore très intense. Je resubis d'autres faits de victimisation secondaire où on me confronte sans sommation aux photos de reconstitution, où on explique encore que...

Je me suis fait des lésions en utilisant du papier toilette ou parce que j'avais une mycose, des choses très dégradantes qui en plus sont complètement fausses d'un point de vue médical. Ils sont bien sûr contestés par des experts à la barre, mais voilà, je le subis.

quand même. Et à la fin de ces trois jours extrêmement éprouvants, franchement, je le sens moins bien. Il comparaît libre, il a une femme, il a un enfant, il a changé de stratégie, donc il est moins agressif, même si je m'en suis pris plein la tronche. Il a l'air moins infâme que la première fois. Alors que le procureur requiert une nouvelle fois sept ans de prison, il va être condamné non plus à sept enfermes, mais à deux enfermes.

Et trois avec sursis. L'asso qui est toujours là, le CFCV, ses avocates, mon avocate, mes amis avocats, tous les gens qui sont de mon côté, on va dire. Tout le monde baisse la tête. Parce que tout le monde sait, en tant que juriste ou avocat. Que deux enfermes, c'est rien du tout. Et qu'en fait, il ne va pas faire de prison très peu. Je sors de la salle d'audience parce que je ne supporte pas de le voir sauter de joie et de se réjouir de cette pseudo-victoire. Qui néanmoins va...

Être menottée et envahie en prison aussi. Je rentre chez moi en pleurant toutes les larmes de mon corps. Je me dis que je ne vais jamais me remettre. Ça va être très très dur. J'ai retrouvé des troubles du sommeil.

Conséquences de l'Appel et Engagement Personnel

perdu l'appétit encore une fois et je me suis dit mais mince je vais tout le temps rester dans ce c'est infini, c'est un jour sans fin

Je commence à perdre mes cheveux, en fait. Vraiment des touffes de cheveux, de stress, quoi. Et c'est la goutte d'eau, et donc là, j'accepte de prendre pour la première fois en 7 ans des antidépresseurs. Je déteste les effets, mais je décide que je dois... passer au médicament parce que mon corps lâche en fait c'est plus possible 6 mois après son incarcération il va sortir avec un bracelet électronique et à partir de ce moment là il réside à 400 mètres de mon lieu de travail

On est en mars 2025 quand il sort de prison avec ce brasset électronique. Le juge d'application des peines prend en compte le fait qu'il va vivre à côté de mon lieu de travail et on n'en tire pas plus de conséquences que... lui donner une interdiction de se rendre sur le travail. Et ce port de bracelet électronique et ses interdictions ne vont durer elles-mêmes que six mois.

Marc n'exécute plus sa peine depuis fin septembre, début octobre 2025. Il n'a plus aucune interdiction d'entrer en contact avec moi, ni de se rendre sur mes lieux de vie. Et je n'ai même pas la possibilité de savoir s'il vit toujours au même endroit. Donc je vais travailler tous les jours sans savoir si je vais le croiser, sans savoir ce qu'il peut se passer. Et si jamais il décidait de se venger, de me menacer, de me contacter, la seule chose que je pourrais faire, c'est...

aller au commissariat et commencer une toute nouvelle procédure judiciaire. Ce qui va me permettre de tenir, c'est de rester dans l'action. Donc c'est super difficile de rester dans l'action quand la condamnation est devenue définitive. Moi, je ne peux pas contester la peine qu'il a eue.

Mais en fait, je vais avoir des avocats spécialisés dans cette matière et je me renseigne pour pouvoir assigner l'État pour dysfonctionnement du service public de la justice en raison des délais excessifs de jugement. Et également en raison des atteintes à d'autres droits fondamentaux, donc l'interdiction des traitements inhumains et de sorte de fait de torture en fait. Moi j'estime que c'est vraiment de la torture.

atteinte au droit au respect de la vie privée et discrimination, qui sont des droits fondamentaux protégés au niveau conventionnel. Et mes avocats me disent, ça va être dur, étant donné que c'est aussi, pour moi, du fait de l'absence de... de justice, en fait. C'est la responsabilité de l'État, ce recours contre l'État, même s'il ne vaut rien sur sa peine. Ça ne va pas permettre de le renvoyer en prison ou d'allonger sa peine. Ça me permettrait de voir

Les faits dont j'ai été victime reconnus, et ça je pense que c'est important. Et je sais que quand j'en ai parlé à mes avocats au début, ils m'ont dit que j'avais aucune chance. et que la jurisprudence a évolué, et c'est toutes ces victimes qui vont aller jusqu'au bout du processus, qui vont apporter leur pierre à l'édifice.

Et je ne suis pas du tout celle qui décide de ne pas continuer ce parcours judiciaire parce que je l'ai vécu, c'est un rouleau compresseur. Mais moi, être dans l'action, c'est quelque chose qui m'a permis de redémarrer à plusieurs reprises pendant ces huit années. Et force est de constater que me battre m'a permis de me relever, d'arrêter la médicamentation, de terminer ma thérapie également.

Reconversion Professionnelle et Militantisme

Et je serais toujours sensible à ça, mais j'ai l'impression d'avoir fait les choses correctement et en phase avec ma personnalité. Et du coup, j'aimerais bien... créer mon entreprise et utiliser les connaissances que j'ai accumulées pour éventuellement développer une app en soutien aux victimes. Je pense qu'il y a tellement à faire qu'il y a énormément de place parce que rien n'existe et que la justice est complètement à la ramasse.

que ça, ce serait un moyen pour moi de concilier un peu mes ambitions professionnelles, mon goût intarissable pour les droits fondamentaux. J'ai plein d'idées, parce qu'il y a vraiment beaucoup de choses à faire. Par exemple, des tâches administratives qui sont extrêmement difficiles à vivre pour les victimes, de devoir documenter tout un tas de choses. Ça, ça peut s'automatiser très facilement. Un avocat, on peut le payer aussi cher qu'on le souhaite.

ne pourra jamais faire ces démarches-là à la place d'une victime. Il y a beaucoup de choses qui sont très simples à mettre en œuvre et qui n'existent pas. Parce que malheureusement, j'ai décidé que...

Je n'utiliserai pas ma troisième tentative pour passer le barreau et que j'avais fait le deuil de cette carrière potentielle. J'ai un problème avec les tribunaux. Je ne me sens pas bien. C'est un peu comme les gens qui n'aiment pas être dans les hôpitaux. Moi, les tribunaux, ça me fout les boules. Je ne me sens pas à l'aise.

Et cette profession m'a un peu dégoûtée. Alors moi, je suis très contente des avocates qui m'ont représentée, mais en fait, je vois tout à fait le manque de moyens qu'elles ont, elles, parce que quand on est avocate de partie civile, ce qui pourrait m'intéresser. On n'est même pas une partie. On est partie civile dans un procès pénal. C'est le proc contre l'accusé. Et donc, ça me semble un peu titanesque et j'adore.

mes avocates et je trouve que ce qu'elles font c'est super mais je leur laisse le soin de poursuivre ces combats là dans ce cadre là parce que moi j'y ai passé 8 ans et ça me suffit Ce qui me satisfait, c'est que la condamnation est définitive, donc plus personne ne peut m'opposer la présomption d'innocence.

Et ça, ça fait du bien parce que oui, c'est un principe essentiel, mais il est vraiment instrumentalisé par les avocats de la défense. Et en fait, ça suffit. Je suis très contente de ne plus avoir ce poids-là et de pouvoir dire oui, il l'a fait. Il est en prison. C'est un violard et il a commis un viol aggravé.

Vous venez d'écouter Transfer. Ce témoignage a été recueilli par Céline Martelet. Transfer est un podcast produit par Slate. Direction et production éditoriale Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours. Chargée de production, Astrid Verdun. Chargée de post-production, Mona Delahaye. Prise de son, Joanna Lalonde. Musique originale, Thomas Lupias. L'introduction a été écrite par Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours.

Elle est lue par Aurélie Rodriguez. Retrouvez Transfer tous les jeudis sur Slate.fr et sur votre application d'écoute préférée. Découvrez aussi Transfer Club, l'offre premium de Transfer. Trois fois par mois, Transfer donne accès à du contenu exclusif. des histoires inédites et les coulisses de vos épisodes préférés. Pour vous abonner, c'est simple, rendez-vous sur slate.fr.

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