¶ Intro / Opening
Bon, je fais vite, je vois que vous conduisez, mais franchement, quelle idée d'aller faire les courses avec les enfants ? Mais non, faites plutôt un drive. Et en plus, nous, chez Carrefour, on vous garantit que le prix du drive est le même qu'en magasin. Et en cas d'écart de prix sur un ou plusieurs produits alimentaires, on vous rembourse la différence et on vous offre 5 euros en bon d'achat. Alors commandez vite sur l'appui Carrefour !
Carrefour, on a tous droit au meilleur. Limité à un bon d'achat valable en drive ou livraison hors promotion en cours.
¶ L'amour Maternel et l'Avenir Rêvé
C'est l'histoire de l'amour démesuré d'une mère pour son fils et des ambitions folles qu'elle nourrit pour lui. Arrivé de Pologne à Nice avec sa mère, Romain est destiné à un avenir d'exception. Dans son roman autobiographique La promesse de l'aube, Romain Garry raconte tout ce que sa mère a fait pour lui offrir l'avenir d'exception dont elle rêve. Un acte d'amour.
qui va le porter au-delà de tout ce qu'il aurait pu espérer pour lui-même. Virginie voit un amour sans faille à sa fille. Alors que les choses se compliquent à l'école, elle refuse de baisser les bras. Elle s'engage dans un parcours du combattant pour continuer à offrir à son enfant une instruction rigoureuse et digne. Vous écoutez Transfer, épisode 373, un témoignage recueilli par Hélène Carbonelle.
¶ Les Premières Difficultés Scolaires de Laïa
On est en 2009, j'ai 31 ans. Ma fille vient de naître, donc c'est mon premier enfant. Je suis très heureuse, elle est accueillie avec amour, dans la joie et elle est très bien entourée. Quelques années plus tard, elle a 7 ans, son papa et moi, nous nous séparons. On garde cependant de très bons rapports, on est en très bonne relation et on entretient une relation amicale, même si on ne vit plus ensemble.
On est en 2016, donc l'AIA est en CP. Ça se passe bien, on n'a aucun retour particulier concernant d'éventuelles difficultés ou autres. Elle prend plaisir à aller à l'école. Un jour, l'institutrice nous souligne, même si tout va bien et qu'elle nous dit vraiment qu'il n'y a pas de difficultés particulières, elle nous souligne quand même que Laïa a une lenteur d'exécution. Elle a besoin de temps pour faire les choses.
Donc, c'est quelque chose que son papa, comme moi, on sait. Cela dit, c'est la première fois qu'on nous signale cette caractéristique hors de la maison. On est tous les deux peut-être un peu surpris parce qu'on n'avait pas conscience que... Ça pouvait impacter peut-être ses apprentissages ou autre. Mais en même temps, il n'y a rien d'inquiétant. En 2020, Laïa est en CM2. J'ai une double activité. Je suis à la fois rédactrice web en freelance.
Et je suis aussi auteure pour les guides du Petit Futé. Le confinement arrive mi-mars. Ces deux activités s'arrêtent brutalement avec le confinement. Je suis donc disponible pour accompagner Laya. Et puis son frère, puisque j'ai un autre enfant, qui a trois ans de moins que l'AIA. L'instituteur, en l'occurrence de l'AIA, nous envoie tous les matins la liste du travail à faire pour la journée.
Donc, Laya en bonne élève, studieuse, s'y met vraiment aucun problème. Elle est très assidue. Elle fait tout ce qui est demandé. Sauf que je constate assez rapidement que ça lui prend beaucoup de temps. En gros, elle passe la journée à faire ce qui, moi, me paraît être faisable en quelques heures. Cela dit, je ne suis pas institutrice, donc je la laisse faire. Je vois vraiment que ça lui prend du temps, que ça lui demande des efforts, mais qu'elle y met de la bonne volonté.
Autant elle est très à l'aise pour tout ce qui est calcul, travaux de géométrie, les maths en général par exemple, et à l'inverse, elle semble vraiment avoir nettement plus de difficultés pour tout ce qui est plus littéraire.
¶ Montée des Inquiétudes et Décalage
Un événement m'alerte un jour. L'instituteur lui demande d'imaginer la suite d'un petit dessin animé de quelques minutes et l'AIA bloque totalement. Donc là, je ne comprends pas parce que ça me semble... assez facile. Surtout, c'est une petite fille qui a beaucoup d'imagination. Elle est super créative. Je ne comprends pas pourquoi ça bloque. J'ai beau insister, j'ai beau l'aider, je vois bien que c'est très compliqué.
Le confinement prend fin au bout de deux mois. Je décide d'aller rencontrer l'instituteur de l'AIA pour évoquer la lenteur, le temps qu'il lui fallait pendant le confinement pour réaliser le travail qu'il demandait. Et là, ce qu'il me dit, c'est que ce qu'il demandait, c'était censé être fait en quelques heures, mais pas six heures comme c'était le cas pour l'ailleurs. Ça confirme juste mon ressenti. Je suis encore en état de vigilance et je me dis que je vais continuer.
à être vigilante par rapport à Sprong. Alors, l'été 2020 arrive, donc il est bienvenu, après un printemps assez chargé. Donc, nous partons en vacances. Et là, Laïa passe un après-midi entier à rédiger un brouillon de carte postale pour sa meilleure amie. Son frère et moi, nous allons nous promener dans la ville. Et quand on revient, elle est toujours sur son brouillon de carte postale.
Là, je m'énerve. En fait, là, je ne comprends pas. Je pense que je commence alors pas à paniquer, mais je me dis que ce n'est pas possible. Tu n'as pas passé l'après-midi à rédiger ton brouillon. Ce n'est pas possible. Et je prends vraiment conscience du décalage.
¶ L'Entrée au Collège et les Échecs
entre ce qu'on attend d'elle, de la rapidité du rythme et de ce qu'elle est en capacité de fournir. Donc là, je m'inquiète. Septembre arrive, donc la veille de la rentrée. Je vais consulter le site internet du collège. Et je constate, alors qu'elle était supposée être avec sa meilleure amie, puisque les instits ont fait en sorte que les élèves soient au moins par binôme, je constate qu'elle sera le lendemain toute seule dans sa classe.
toute seule de son ancienne école. Donc je me dis que ce n'est pas forcément les meilleures conditions pour aborder une rentrée au collège, ce qui reste quand même un événement important. Mais en même temps, je préfère garder ça pour moi, pour ne pas l'alarmer. Donc, je ne dis rien le lendemain matin et je lui souhaite une bonne journée, une bonne rentrée. Mais je ne suis pas plus inquiète que ça, parce que moi, j'ai un bon souvenir de ma rentrée au collège, de mes années collège.
Le soir de la rentrée, ses premières paroles, c'était trop bien aujourd'hui. Donc là, je suis rassurée. Mais elle enchaîne tout de suite en me disant, par contre, je suis toute seule dans ma classe. Donc la rentrée commence. Un soir, elle a un travail à rendre en histoire-géo qui suppose qu'elle réponde à des questions, qu'elle fasse un petit paragraphe de l'expression écrite.
Et donc, je suis là, j'observe et je vois que le temps passe et qu'il n'y a rien qui vient. Je viens l'aider, elle est un peu en difficulté. Au final, au bout d'une bonne heure, je pense, elle a réussi à écrire peut-être une ou deux phrases. Donc là, à un moment, je lui dis, écoute...
Moi, je considère que c'est bon. Il n'y a rien d'autre qui sortira, donc on arrête. Et donc, le lendemain, elle rentre du collège en m'annonçant qu'elle a eu une remontrance de la part du prof parce qu'il lui a reproché de ne pas avoir fait son travail. Là, je suis un peu blessée pour elle.
Je commence à m'inquiéter. Je panique pas, mais je m'inquiète. Quelques jours après cet épisode, le prof de français m'envoie un message via Pronote, donc c'est la plateforme de communication entre les familles et les enseignants, pour me dire que Laïa a rendu une copie blanche en français. et que quand elle l'a interrogée à la fin du cours pour savoir pourquoi elle n'avait rien écrit, elle n'a pas été capable de répondre quoi que ce soit.
Je lui demande à Laïa, quand elle rentre, j'essaie d'avoir des explications. Pourquoi elle n'a absolument rien écrit ? Et elle me fait la même réponse que celle qu'elle a faite à la preuve, c'est-à-dire « je ne sais pas ». Je ne comprends pas pourquoi elle n'arrive pas à m'expliquer ce qu'il y a. Je vois bien qu'il y a un problème. J'ai l'impression d'être face à une partie d'elle, en tout cas, qui m'est inconnue que je découvre là.
¶ Les Maux de Tête et le Refus d'École
Quelques jours après cet événement, un matin avant d'aller au collège, elle me dit qu'elle a mal à la tête et qu'elle ne peut pas aller à l'école. Là, je lui dis, si tu as mal à la tête, je vais te donner un médicament et puis ça devrait passer et ça ira bien. Tu vas voir, tout va bien se passer, ça arrive. Par contre, ce n'est pas pour ça qu'on ne va pas à l'école ou qu'on ne va pas travailler quand on est adulte.
Et puis là, ça continue, ça s'intensifie. Et puis, elle se met à pleurer. Et elle me dit qu'elle a vraiment mal et qu'elle ne peut vraiment pas aller à l'école. Là, je finis par céder. Je dis OK. culpabilisant un peu, en me disant est-ce que ce n'était pas un peu surjoué ? Est-ce que je n'aurais pas dû insister un peu plus ? Mais bon, elle ne va pas à l'école. Je préviens le secrétariat, la vie scolaire, pour dire qu'elle ne sera pas à l'école aujourd'hui.
Et là, je me sens un peu pas coupable, mais je ne me sens pas forcément très sereine. Pour moi, ce n'est pas une explication rationnelle, en tout cas un mal de tête. Quelques jours après, ça se répète à plusieurs reprises, une fois par semaine et puis après deux fois par semaine. Et c'est de plus en plus fort. Je vois qu'elle n'est vraiment pas bien.
Donc, on discute avec son papa. Lui aussi, je vis la même chose de son côté quand elle est chez lui. On est un peu démuni. On ne sait pas trop comment réagir. Et en même temps, on ne se voit pas la traînée de force dans le bus. ou en voiture, pour la déposer au collège. Elle est dans un état qui est quand même assez inquiétant. Elle pleure et se plaint vraiment de douleur à la tête.
Professionnellement, je suis freelance, donc je travaille de chez moi. Le confinement est fini depuis quelques mois seulement, donc mon activité a repris, mais pas non plus à 100%. Donc, j'ai quand même un peu de disponibilité pour être là, pour l'accompagner, surtout pour essayer de comprendre ce qui est en train de se passer parce que je vois qu'il se passe quelque chose qui me dépasse et qui, visiblement, la dépasse aussi.
¶ La Phobie Scolaire et la Quête de Sens
Après plusieurs absences, je reçois le premier appel de la CPE, qui s'inquiète en tout cas des absences qui commencent à être répétées de l'AIA. On essaie de voir s'il n'y a pas du harcèlement, s'il n'y a pas un problème avec un prof en particulier. Donc là, Laïa nous rassure en disant qu'elle n'est pas harcelée. Elle nous dit aussi qu'il n'y a pas de problème particulier avec les profs.
Et pour autant, elle n'est pas capable d'expliquer pourquoi ces mots de tête, pourquoi elle ne veut pas aller à l'école, pourquoi elle ne peut pas aller à l'école. Au fil du temps, je me rends compte que le matin, non seulement il y a les maux de tête, mais je vois bien aussi qu'il y a une tristesse qui s'installe, qui a vraiment un mal-être. En lui souhaitant bonne journée, je lui souhaite bon courage, je lui dis que ça va aller.
À un moment, je me dis que c'est trop. Il y a vraiment quelque chose qui ne va pas. En parallèle, je découvre qu'elle est en difficulté pour prendre les cours, qu'elle est en difficulté aussi, qu'elle n'arrive pas toujours à écrire tous les devoirs sur son agenda. La CPE, elle me parle d'une anxiété qui la paralyse. Elle me parle aussi, elle évoque le terme de phobie scolaire.
Moi, j'avoue que ça ne m'évoque pas grand-chose de mon côté, parce que c'est un mot que j'ai peut-être vaguement entendu comme ça, mais qui ne représente rien de concret pour moi. Je ne sais pas ce que c'est, je ne sais pas ce que ça implique. Je me renseigne, j'essaie de savoir ce que c'est, de ce dont il s'agit. Je tombe sur des lectures, je tombe aussi sur des structures, des associations. Je parle aussi autour de moi de ce qu'on est en train de vivre.
Je me rends compte qu'il y a d'autres enfants. Donc, il y a Erwan dans sa classe qui vit la même chose scolaire, c'est-à-dire qu'il est angoissé à l'idée d'aller au collège. Et lui, il est carrément déscolarisé. Là, en fait, il n'y va plus du tout.
En parallèle, je découvre que j'ai une amie qui a vécu la même chose avec sa fille. Je n'étais absolument pas au courant. Ça se manifestait par des malaises. Elle a même été hospitalisée. Elle se levait le matin et un jour, en allant à l'école, elle est tombée. Le fait que je sache maintenant qu'il s'agit de phobie scolaire...
D'accord, c'est une chose, mais pour moi, en fait, ça veut tout dire, ce mot, et ça ne veut rien dire, parce que ce que je comprends, c'est qu'il y a autant de cas de phobie scolaire que d'enfants, en gros. Le mot phobie scolaire, c'est un peu le sommet de l'iceberg, mais que dessous ou derrière, il y a quelque chose.
¶ Le Deuil, la Dépression et la Déscolarisation
Et c'est ça qu'on doit trouver, qui explique cette anxiété qui la handicap aujourd'hui à un point où elle ne peut pas aller à l'école. Donc là, on est fin 2020. Je suis donc inquiète. parce que je ne sais pas ce qui va se passer, je ne sais pas comment elle va évoluer, je ne sais pas si elle va pouvoir retourner au collège. En parallèle, je suis doublement pas bien, parce que j'accompagne aussi mon papa qui est en fin de vie. La fin de l'année 2020, c'est assez...
C'est un peu lourd, émotionnellement. Fin janvier, mon papa décède. À partir de là, Laïa atteint un état qu'on peut qualifier d'état dépressif. Elle n'est pas bien du tout, elle est triste, elle ne parle plus. Ça lui arrive même de se cogner la tête contre les murs, c'est un état de souffrance, en tout cas souffrance psychologique, on voit bien que ça ne va pas du tout. Elle est complètement vide, elle est triste, elle est apathique.
Là, on est quand même très inquiets. Un soir, elle me dit que c'est trop dur d'aller à l'école, qu'elle n'y arrive pas, mais qu'elle ne sait pas pourquoi. Elle me dit aussi qu'elle nous cause des soucis et que peut-être ce serait mieux si elle n'était pas là. Je suis triste, je ne m'y attendais pas, c'est quand même violent.
Et en même temps, je me dis, au moins c'est sorti, parce que ça devait être quand même pesant pour elle. D'avoir ce sentiment, je la rassure, je lui dis, non, évidemment, on va trouver des solutions.
¶ Recherche de Diagnostic et Jugement Social
À partir de là, on décide de la déscolariser jusqu'aux prochaines vacances. Playa va être absente pendant plusieurs semaines à l'école. Je commence à m'inquiéter par rapport aux apprentissages. Je n'ai pas envie qu'elle prenne du retard, donc je fais appel à une amie qui est enseignante à domicile. et qui vient une heure par jour l'aider à ne pas trop décrocher, à garder pied. Donc, on avance. On prend des rendez-vous avec orthophonistes.
On prend rendez-vous avec une neuropsy pour faire un bilan autistique. J'ai ça en tête, la possibilité qu'il y ait un trouble cognitif. Et dans les deux cas, les résultats sont négatifs. Il n'y a pas de dyslexie, il n'y a pas de trouble dys et il n'y a pas non plus de trait autistique. Je suis presque déçue qu'il n'y ait pas de trouble autistique, qu'il n'y ait rien, parce que ça m'aurait permis de comprendre.
Et là, je me dis, OK, on a fait tout ça, mais au final, on n'en sait toujours pas plus. Donc moi, je poursuis mon travail de compréhension, mon enquête et tout ça. Et j'en parle aussi ouvertement de ce qu'on est en train de vivre, parce que c'est important pour moi de ne pas garder tout ça secret. Un jour, mon frère m'appelle pour prendre des nouvelles.
Il est au courant de la situation, que là, il ne va plus à l'école. Et puis, au fil de la conversation, il me sort cette phrase « Virginie, tu ne crois pas que tu es un peu trop laxiste ? » Laïa, voilà, peut-être il suffirait de la pousser. Tu peux aussi forcer un peu, peut-être que ça suffirait. Quand il emploie ce mot laxiste...
Ça m'affecte parce que je me dis, il n'a rien compris et il n'a pas à me dire ça. Ce n'est pas sympa et c'est mon frère quand même. Et en même temps, je me pose aussi des questions. Je me dis, mais s'il n'avait pas raison ? Et si j'étais trop laxiste ? Et s'il fallait juste la pousser ? C'est des questions qui me viennent. Et en même temps, rapidement, même en en parlant avec son papa, ce n'est pas une histoire de laxisme. On se rend compte que...
Notre enfant n'est pas bien et on ne va pas la prendre, la tirer par les cheveux pour aller la mettre dans un quart scolaire alors qu'elle ne peut pas y aller. Ça me motive encore plus justement pour que les gens sachent de quoi il s'agit, à parler, faire en sorte qu'on comprenne.
¶ Nouvelles Tentatives et le Trouble Cognitif Lent
pour éviter justement le jugement et le regard qui peuvent avoir un impact pas positif du tout, en tout cas pour avancer. Au printemps 2021, on commence un suivi thérapeutique. On essaie la psychologie classique. Ça ne fonctionne pas parce que le problème, c'est que Laïa n'arrive pas à mettre en mots ce qu'elle vit. Donc, on lui pose des questions et elle ne sait pas répondre. Elle n'y arrive pas.
Ça a juste pour effet de la mettre face à son échec et donc à amplifier le problème, sans compter que ça lui demande beaucoup d'efforts, d'énergie, donc vite on arrête. Et on se tourne plutôt vers une psychothérapeute qui est aussi hypnothérapeute. Et donc, avec l'AIA, elle pratique l'hypnose et c'est plutôt très efficace et concluant. En parallèle, avec la CPE, on met en place des conditions pour une reprise.
Donc, Laya, elle est super contente. En fait, elle n'est pas plus angoissée que ça. Et le soir, quand elle rentre, elle est emballée, elle est super contente. Un peu comme le jour de la rentrée de septembre. Donc, ça tient. Un jour ou deux, et puis rebelote. L'incapacité de se lever après, elle n'y arrive pas. Et puis le mois de juin, elle décroche totalement, elle n'y va plus du tout. On est fin juin 2021, le conseil de classe arrive.
L'équipe enseignante nous conseille un redoublement, puisque ce qui se comprend, Laïa a été absente très nombreuses fois, elle a raté beaucoup de cours. Cependant, on refuse. Laïa ne veut pas non plus redoubler. Moi, je considère, et son papa aussi, on considère que ce serait un peu comme une double peine, parce que ce n'est pas qu'elle ne voulait pas, c'est qu'elle ne pouvait pas y aller. Le passage en cinquième est validé quand même.
L'été qui se suit, l'année de sixième, il est vraiment bienvenu. On oublie. Laïa va mieux quand même. Elle va bien, elle est contente, elle découvre de nouvelles choses, elle fait du canyoning, elle revit.
Le mois de septembre arrive, donc Laya est en cinquième. Elle est dans la classe de Lilou, sa meilleure amie. Quelques jours après la rentrée, il y a un rendez-vous que j'ai pris plusieurs mois auparavant avec une neuropédiatre. Donc je l'informe que je vais venir la chercher en cours de journée.
pour aller au rendez-vous. Donc là, je vois que ça la met dans une panique, elle paraît que je ne comprends pas. Elle me dit que non, non, ce n'est pas possible, elle ne pourra pas aller de la journée, c'est mieux si elle ne va pas à l'école de la journée, elle ne pourra pas quitter comme ça l'école en plein jour.
Donc là, ça me paraît un peu pareil démesuré, mais bon, je n'insiste pas. Je fais OK, tu ne vas pas. Je vais prévenir la vie scolaire que tu as un rendez-vous médical et que voilà. Donc, on va au rendez-vous. Sauf que le lendemain, en fait, elle ne peut pas aller à l'école. Donc elle a tenu une semaine, ça s'est très bien passé, et au bout de huit jours, incapacité à se lever pour aller à l'école. Donc je m'en veux.
Je ne sais plus, en fait. Est-ce que je fais les bons choix ? Est-ce que c'était une bonne idée de la réinscrire ? Est-ce que ce n'était pas trop tôt ? Je culpabilise et puis je me remets beaucoup en question. Les semaines passent, donc elle n'y retourne pas. Elle n'arrive toujours pas à aller au collège. Moi, je m'inquiète vraiment au niveau des apprentissages, parce qu'elle n'y va plus du tout, contrairement à la sixième. Tous les jours, elle essaye d'y aller.
Et tous les jours, c'est le même qu'en ça. Elle n'y arrive pas. Donc, au bout d'un moment, au bout de deux mois, je pense, fin octobre, juste avant les vacances de la Toussaint, on décide d'arrêter l'acharnement parce que ça s'assimile un peu à de l'acharnement. Là, elle n'y arrive pas.
Et puis, de faire le choix, même si ce n'est pas du tout ce qu'on souhaite, ni pour elle, ni pour nous, du CNED, pour faire l'école à la maison. Je me dis qu'en tout cas, ce sera la solution pour l'année de cinquième. Mais moi, ce n'est pas une solution qui me convient du tout, parce que déjà, d'une part, je ne suis pas enseignante.
Donc, ça ne va pas de soif pour moi de lui faire l'école à la maison. Ce n'est pas une solution parce que je pense que humainement, relationnellement pour elle, ce n'est pas du tout non plus bénéfique. En parallèle, je découvre une école, un collège-lycée à Nantes. qui est le plus petit de l'académie, qui compte 200 élèves de la 6e à la terminale et qui est spécialisé, entre guillemets, sur la prise en charge des enfants ayant des profils cognitifs atypiques.
et surtout des enfants en phobie scolaire. Et je me dis que c'est l'établissement qu'il lui faut, qu'elle sera trop bien ici. Et voilà, donc on remplit un dossier, on va rencontrer le directeur adjoint. Laïa vient, elle est OK pour la rentrée de quatrième. Au fur et à mesure que je comprends un peu ce qui se cache derrière la phobie scolaire, que je découvre plein de choses, je fais des rencontres, l'idée d'écrire un livre me vient assez naturellement.
À la suite de l'apparition du livre, je suis contactée par plusieurs familles qui vivent la même chose et qui sont en recherche de réponses et puis aussi qui ont un besoin d'échange et de partage, de partager leurs expériences. Puisqu'il n'y a pas de recette miracle et que chaque cas de fobie scolaire est singulier et unique. Et du coup, c'est une enquête, en gros, une exploration sur mesure à chaque fois. Pour moi, c'est ce qui s'apparente à un problème de société.
La neuropédiatre qui suit Laïa me contacte au printemps 2022 pour m'informer qu'elle vient tout juste d'assister à un colloque. sur un trouble cognitif qui s'appelle le trouble cognitif lent. En anglais, c'est sluggish cognitive tempo. Et que, pour elle, ça correspond complètement à ce qu'elle vit, à comment elle fonctionne.
Je comprends et ça me libère, ça me soulage. Je vais voir, je vais me renseigner, je suis les infos qu'elle me donne. Et là, parmi toutes les caractéristiques de ce trouble, je vois l'AIA. C'est un trouble qui se caractérise notamment par une tendance à la rêverie, par une apathie, mais vraiment une apathie très puissante et invalidante.
qui peut s'avérer handicapante, par une difficulté à mettre sa pensée en mots, difficulté pour tout ce qui est expression, écrite, orale. Il y a une dizaine de caractéristiques, mais ça, c'est peut-être parmi les plus importantes, et je comprends.
¶ L'Acceptation du Rythme et le Choix du CNED
que Laya était vraiment en difficulté à cause de ce trouble. La rentrée en quatrième arrière, moi, je suis super contente parce qu'elle a été acceptée dans le collège. Je suis convaincue que ça y est, c'est bon, c'est derrière nous, le plus dur est derrière nous et que ça va super bien se passer. Sauf que je déchante rapidement. Le jour de la rentrée, elle n'arrive pas à se lever.
Et elle me dit qu'elle ne peut pas y aller, qu'elle n'est pas prête, que c'est trop tôt. Donc là, je me mets en colère. Je me dis non, mais ce n'est pas possible. Tu ne peux pas. Je me suis démenée pour que tu aies une place.
J'ai fait prendre conscience que cet établissement, les places sont chères, qu'il y a beaucoup de familles qui aimeraient avoir une place. Donc là, je me mets en colère, vraiment. J'avertis l'établissement qu'elle ne sera pas là pour la rentrer. Pendant deux mois, on essaye.
conjointement avec l'établissement, qui est super présent aussi. Et puis, en tout et pour tout, elle arrive à y aller deux heures. Mais au prix d'un effort, c'est important. Donc, pareil, au bout de deux mois, on arrête l'acharnement et puis ce sera de nouveau le CNED pour la quatrième.
Je comprends à ce moment-là que je dois lui faire confiance, que si elle dit qu'elle n'est pas prête, c'est qu'elle ne l'est pas. En tout cas, que là, ce n'est pas le moment. Je mets plusieurs jours quand même à avaler le truc. Et puis, de nouveau, je finis par accepter. Pas le choix. Donc l'année, voilà, de quatrième se passe au CNED. En mai, elle me dit un jour, alors je ne m'y attendais pas du tout, je suis prête, ça y est, je vais retourner au collège.
On essaie de trouver les solutions qui vont permettre de l'accueillir dans les meilleures conditions tout en ayant conscience qu'on ne sait pas encore exactement de quelle mesure elle va avoir besoin puisqu'elle a été déscolarisée pendant un certain temps. Donc, on se dit que de toute façon, on sera hyper vigilants, l'équipe enseignante sera hyper vigilante et que les mesures se mettront en place progressivement. Le jour de la rentrée en troisième, alors...
Évidemment, il y a une inquiétude le soir. Elle est quand même stressée. Je m'y attendais. Son papa vient pour la rassurer. On est tous les deux en train de la rassurer. Et puis finalement, ça va. Je ne sens plus le poids qu'il y avait avant en sixième. Donc, elle y va. Elle est ravie. Elle est super contente de retrouver ses amis, de retrouver une vie normale. Elle est hyper contente et ça fait vraiment plaisir.
Et puis, les jours passent et je vois que quand même, elle est toujours en difficulté pour prendre ses notes, pour noter ses devoirs. Je vois aussi que plus les jours passent et plus elle a l'air fatiguée. parce qu'elle reprend à temps plein, direct. En fait, pour elle, c'était tout ou rien. Je reprends, mais comme les autres. Je vois que le rythme, ça a l'air de ne pas du tout lui convenir et que ça devient de plus en plus compliqué. Donc, la première semaine passe comme ça.
La deuxième semaine aussi, ce que là, c'est de plus en plus difficile de se lever le matin. Et la troisième semaine, là, c'est fini. Elle ne peut pas se lever le lundi de la troisième semaine. Ça l'atteint beaucoup parce qu'elle était tellement contente d'y retourner qu'elle est vraiment hyper triste. Mais en même temps, elle réagit rapidement. Et en fait, elle comprend qu'elle ne peut pas.
Elle comprend qu'elle a des besoins particuliers en termes de rythme. Elle comprend qu'elle ne peut pas suivre une journée. Ça lui demande trop en termes d'énergie, d'efforts. Ça l'épuise. Pour la première fois, elle verbalise tout ça. Elle verbalise aussi le fait que c'est OK pour elle maintenant le CNED pour la troisième. Jusque-là, ce n'était pas du tout le cas. C'était vraiment un choix par défaut. Là, c'est son souhait de faire le CNED pour la troisième.
¶ Le Brevet, les Ambitions et le Futur
Depuis la sixième, elle a un projet. Elle veut être décoratrice d'intérieur. C'est ce projet qui lui a permis un peu comme une bouée de sauvetage de maintenir un peu la tête hors de l'eau. Pendant ces quatre années, on découvre une formation, un bac pro à Nantes. Donc, elle fait un dossier de candidature pour cette formation. L'année troisième se fait au CNED. L'année troisième, c'est aussi le passage du brevet.
C'est une étape que j'appréhende avec beaucoup d'interrogations. Elle le passe en candidat libre dans son établissement de secteur, mais je ne sais même pas si elle arriverait à y aller. J'ai aussi conscience qu'elle a pris du retard. scolairement. En parallèle, je fais des démarches pour des aménagements. Quel est du temps supplémentaire ? Quel est une aide humaine ?
Il y a plusieurs sujets au brevet à l'oral. Elle, elle choisit l'orientation. Elle parle du métier qu'elle vise, c'est-à-dire décoratrice intérieure. Elle présente le métier de décoratrice intérieure. Je n'ai aucune idée de comment ça va se passer. Là encore, la veille au soir, c'est une catastrophe. Elle est dans un état de panique abominable.
Le lendemain matin, je la laisse se préparer. Elle vient me prendre le petit-déj. Je m'installe avec elle. Et là, je vois que ça a l'air d'aller, en fait. Je suis un peu étonnée. agréablement surprise, je l'accompagne. Elle passe le matin dans les premières, donc c'est plutôt une bonne chose. Elle a une personne qui est là à ses côtés si besoin, parce qu'elle a choisi aussi de présenter des slides.
pour son exposé, ce qui n'était pas obligatoire, c'est juste elle qui a choisi ça. Elle ressort, elle me dit « ah non, j'ai été nulle » et la personne qui l'accompagnait la félicite devant moi. Bref, je ne sais pas trop. Mais en tout cas, elle a l'air quand même super soulagée et quand même super contente. Donc, pour moi, la victoire, c'est déjà le fait qu'elle ait réussi à y aller. C'est déjà la victoire, peu importe le résultat.
Les épreuves écrites, c'est début juillet. Là encore, c'est grosse inquiétude. Est-ce qu'elle va tenir ? Bon, on ne sait pas. Elle les passe. Et là encore, je suis assez bluffée. Elle a l'air de bien gérer. Je suis vraiment étonnée. Elle maîtrise complètement son angoisse, son stress. Je suis vraiment étonnée. Et puis, le temps passe. On part en vacances. Et mi-juillet, donc... On est dans un parc ornithologique en Camargue. Et là, elle arrive vers moi en disant « J'ai mon brevet ! »
Et avec mention, bien ! Et elle est trop contente, elle a des étoiles dans les yeux et tout, et c'est génial. Il n'empêche qu'entre-temps, on a reçu la réponse pour la formation, elle n'est pas prise. On s'en doutait un peu parce que le dossier... Il était quand même assez fragile, avec des trous, notamment scolairement. Donc là, elle décide, elle fait le choix de refaire une année de troisième, bien qu'elle ait son brevet, pour améliorer son dossier.
et de suivre des cours de dessin en parallèle pour se donner toutes les chances de décrocher cette fameuse formation qu'elle vise tellement. Donc Laya aujourd'hui, elle a 15 ans et demi, donc elle a ce projet de devenir décoratrice intérieure. Et moi, en parallèle, ma vie professionnelle, elle a évolué aussi. Il y a un an, j'ai créé ma maison d'édition.
pour éditer des auteurs qui me touchent, qui ont des messages à transmettre. Le fait qu'elle ait ce projet, qu'elle ait cette connaissance, cette détermination, moi, ça m'a beaucoup inspirée. Et je pense que ça a été moteur aussi dans mon évolution professionnelle et personnelle. Donc, je me rends compte qu'avant, j'avais des EIR, j'étais en mode automatique. C'était comme ça, un enfant va à l'école, point, je ne me posais pas de questions.
Et je me rends compte aussi des limites du système scolaire actuel, qui est quand même très formaté et surtout qui ne correspond pas à une certaine...
proportion d'enfants de plus en plus élevés. Et que ces jeunes, en fait, qui n'arrivent pas à rentrer dans ce moule, sont en souffrance. Et que c'est un phénomène qui est... suffisamment important pour qu'on en prenne conscience et surtout qu'on prenne les mesures nécessaires pour éviter cette souffrance qui est juste insupportable chez des enfants.
Vous venez d'écouter Transfer, épisode 373, un témoignage recueilli par Hélène Carbonelle. Cet épisode a été produit par Slate Podcast. Direction éditoriale, Christophe Caron. Direction de la production, Sarah Koskiewicz. Direction artistique, Benjamin Septemours. Production éditoriale, Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours. Chargée de pré-production, Montage, Johanna Lalonde. Habillage musical, Mona Delahaye. L'introduction.
a été écrite par Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours. Elle est lue par Aurélie Rodriguez. Retrouvez Transfert tous les jeudis sur Slate.fr et sur votre application d'écoute préférée. Sous-titrage Société Radio-Canada Rendez-vous sur slate.fr slash transfertclub. Pour proposer une histoire, vous pouvez nous envoyer un mail à l'adresse transfert.fr.
