¶ Intro / Opening
Slate Podcast
¶ Rencontre en Ligne et Vie Heureuse
Des rumeurs, des murmures, des cris, puis une panique générale. En un instant, les rumeurs ne sont plus de simples échos. Un virus inconnu dévaste la population humaine. Dans The Last of Us, Joël doit tout abandonner avec un seul but, survivre. La plupart des scénarios catastrophes commencent de cette façon. Mais Béatrice s'est rendue compte que, parfois, la fiction se confond avec la réalité.
Vous écoutez Transfer épisode 153, un témoignage recueilli par Laura Taouchanov. Il a été produit et réalisé par Slate.fr. 2019, ça fait à peu près 4-5 ans que je suis divorcée. Je suis célibataire à cette période-là et je suis très heureuse de l'être. C'est une situation qui me convient très très bien. J'ai une vie assez remplie. Je vis avec mon fils qui a 16 ans.
Je suis heureuse, je peux dire que je suis heureuse. Et d'un point de vue sentimental, je n'ai pas du tout envie de me poser. J'ai des rencontres plutôt légères qui ne font que passer. Je rencontre parfois des gens qui ont envie de... de s'installer avec moi. Mais moi, ce n'est pas du tout mon souhait. Je n'ai aucune envie de me remettre dans une configuration de couple classique. C'est vraiment ma volonté de faire des rencontres, de profiter de la vie.
Dans la vie, je travaille dans le marketing, dans la vraie vie. Et puis, le slam, c'est un loisir, c'est une passion que j'ai à côté. En plus de mon travail, c'est un peu une petite soupape. Et puis, un jour, en allant sur un site de rencontre, c'est là que je rencontre un peu les... les garçons que je vois à ce moment-là, je vois un profil qui m'interpelle.
Alors, les photos ne sont pas géniales, en fait, parce que le gars, il fait un peu le pitre. Il y a une photo, il a une perruque. Enfin, physiquement, on ne peut pas dire que ce soit le coup de cœur. En revanche, ce qu'il écrit dans l'affiche, ça m'interpelle vraiment parce que... Il parle de ses passions qui sont le slam, la lecture. Il y a plein de choses qui me parlent vraiment.
Et il écrit aussi qu'il cherche une femme épicurienne, à la joie de vivre, communicative, attentionnée, indépendante. Et quand je lis cette phrase, je me dis « c'est moi ». Je discute beaucoup avec d'autres personnes sur le site, donc je ne prends pas contact avec ce garçon.
Je le garde un petit peu dans un coin de ma tête, finalement. Et puis, je crois que c'est deux jours après, il y a une soirée slam à la cartonnerie. C'est la salle de spectacle à Reims où on se produit. Donc, il y a 200 personnes qui viennent écouter les slameurs qui montent sur scène.
Ce soir-là, j'ai prévu de faire un texte un peu marrant où c'est une belle histoire d'amour qui commence et puis à la fin du texte, la fille découpe son mari en morceaux et le met au congélateur pour que son amour dure toujours. Donc je suis assez contente, c'est un texte que j'ai déjà fait auparavant. Je suis contente de faire ce texte parce que je sais que ça va faire rire les gens en général, mais surtout les nanas.
Quand on parle du slam, on pense souvent à un grand corps malade. On pense à la musique un peu triste, un peu... Un peu mélancolique. Et en fait, pas du tout. Le slam, c'est un art. Et quand on est sur scène, on raconte un peu ce qu'on veut comme texte. Ça peut être de la poésie, ça rime, ça ne rime pas, c'est triste, c'est drôle. On exprime ce qu'on veut pendant trois minutes qui sont à nous sur scène.
Et mon style à moi, c'est plutôt un style comique. Je me suis créé un petit personnage. Sur scène, je m'appelle Bambi. Donc, j'ai un petit personnage de tueuse en série. Et en fait, dans mes textes, j'ai envie d'un peu de venger les femmes. On est toujours un peu dans le schéma où, au départ, c'est tout beau, tout rose avec un homme. Et puis après, on se retrouve à faire des tâches ménagères, à s'occuper des enfants.
Moi, j'ai 42 ans, j'ai plein de copines du même âge qui sont un peu dans ce genre de configuration. Et donc, je vais à la soirée, à la cartonnerie. Et quand on arrive, on fait toujours la queue pour aller s'inscrire. On met son nom dans un chapeau et l'ordre de passage est tiré au sort pour savoir qui va passer sur scène.
¶ Surprise à la Soirée Slam
Et donc, dans la file des slameurs qui vont s'inscrire pour slamer ce soir, surprise, je vois le gars que j'ai vu sur le site de rencontre. Je me dis, ce n'est pas possible. Là, il y a 200 personnes. En plus, moi, je viens à toutes les soirées. Je ne l'ai jamais vu auparavant.
Et là, il est là en face de moi dans la file d'attente. Donc moi, je le reconnais tout de suite parce que j'ai vu les photos. Lui, il ne me reconnaît pas parce que sur le site, je n'ai pas mis de photos sur mon profil. En fait, je travaille dans un milieu assez masculin. Je suis dans le marketing, mais dans une entreprise du bâtiment.
Donc, j'ai beaucoup, beaucoup de collègues masculins. Certains sont sur le site de rencontres et je n'ai pas trop envie de m'afficher, en fait. Je n'ai pas trop envie que ça se voit et que j'ai envie de séparer un peu ma vie pro et ma vie perso. Donc, je n'ai pas mis de photo et généralement, c'est moi qui contacte les garçons sur le site.
Je suis née à née avec ce garçon que je trouve vraiment beau, beaucoup plus beau que sur les photos. Je me dis que c'est incroyable de le croiser là. On s'inscrit tous les deux au milieu d'autres slammers pour passer. À un moment donné, c'est son tour. Il est appelé à monter sur scène. Et là, je le découvre. Donc, j'apprends son prénom à ce moment-là. Il s'appelle Simon. Il n'a pas de petit pseudo. A priori, c'est son vrai prénom.
Et il monte sur scène et il fait un slam magnifique, un texte très poétique. C'est quelque chose de très sensible. Et je m'aperçois qu'il a une voix, mais à tomber par terre. Et là, je suis subjuguée. Il n'y a plus rien qui existe dans la salle.
Oui, j'ai quelque chose de physique qui se passe en moi. J'ai mon cœur qui bat plus vite. Je ne me reconnais pas parce que je ne suis pas très sentimentale d'habitude. Et là, d'avoir un coup de cœur comme ça pour quelqu'un que je ne connais pas, c'est assez bluffant pour moi. Et je bois ses paroles. Et je me dis vraiment, il faut que j'aille lui parler après le slam.
Je décide d'aller le voir à l'entraque en me disant que c'est quand même plus sympa de lui parler entre slameurs plutôt que sur un site de rencontre. Je lui cours un peu après dans la salle. Il y a beaucoup de monde, il y a des gens qui m'arrêtent pour me féliciter, donc je suis un peu ralentie.
Et je lui cours après jusque dans l'escalier en me disant quand même là, tu es en train de te ridiculiser. Je suis en train de courir après un garçon. Et puis finalement, il m'échappe un peu comme Cendrillon. Il part avant la fin de la soirée. Il part comme ça et je n'arrive pas à le rejoindre.
¶ Connexion en Ligne Révélations
De retour chez moi, le lendemain, je me dis que je vais saisir l'occasion, que c'est quand même un sacré coup de chance de l'avoir vu comme ça, d'avoir ressenti cette émotion. Donc, je décide de le contacter sur le site de rencontre.
Et ce qui est rigolo, c'est que comme je n'ai pas de photo, que mon pseudo sur le site de rencontre est différent de mon pseudo sur scène, ce n'est pas du tout qui je suis. Donc, je lui fais un petit message en disant « Bonjour Simon, bravo pour ton texte hier à la cartonnerie ». C'était vraiment un très joli texte.
Il me répond, on commence à discuter, et il n'est pas du tout curieux de savoir à quoi je ressemble. En fait, il ne me demande pas de photos, alors que plutôt sur les sites de rencontres, les mecs sont un peu lourdingues. Et lui, au contraire...
Il cherche vraiment à me connaître, à savoir qui je suis. Alors, ça l'intéresse, ça le rend curieux de savoir que je l'ai vu à la cartonnerie. Il me pose plein de questions, mais il n'arrive pas à trouver qui je suis. En fait, il m'a suggéré plein de filles qu'on connaît au slam et que tout le monde a vues. Et il cite tout le monde, sauf Bambi.
Donc je me dis, si ça se trouve, je ne lui plais pas. Et j'ai un petit peu peur à ce moment-là de la suite de l'histoire, en fait. Donc on commence à discuter tous les deux sur le site. Et c'est assez rigolo parce qu'il y a un petit côté Edmond de Rostand.
Avec Cyrano de Bergerac, il me cite des passages de ce livre qu'il adore. Moi, je suis déjà subjuguée par son côté intellectuel, la sensibilité. On discute à ce moment-là de plein de choses, de livres, de choses qu'on aime, notamment du slam. Et il ne sait toujours pas qui je suis. Et c'est assez rigolo de discuter à l'aveugle et vraiment de se découvrir sans parler du physique, sans se voir, sans avoir le traditionnel rencard où on va boire un café avec un mec.
J'aime vraiment bien la façon dont ça se passe. Et puis finalement, par déduction, de fil en aiguille, il finit par découvrir que c'est moi Bambi. Et il a l'air plutôt content, donc je suis un peu rassurée. Je me dis qu'on va pouvoir continuer à se voir.
¶ Rendez-vous Insolite Boxe
Et dans le fil de la discussion, on discute de tas de choses, de passions, de choses qu'on aime. Et je lui explique que j'ai pris des billets pour aller voir un spectacle de Full Contact à Reims, un spectacle de boxe. Alors en réalité, je ne sais pas du tout pourquoi j'ai pris des places pour ce spectacle, parce que j'aime...
pas spécialement la boxe. J'ai prévu d'y aller avec mon fils. Il n'aime pas trop ça non plus. On s'est dit, tiens, c'était une idée comme ça. Je ne sais pas d'où c'est sorti. Et je dis ça à Simon en lui disant, voilà, vendredi, deux jours plus tard, je vais voir un spectacle de boxe.
Il me dit, c'est incroyable. Moi aussi, j'ai pris des places pour ce spectacle parce que je pratique le full contact. Donc, on peut se retrouver là-bas. C'est très rigolo parce qu'on se retrouve à avoir une sorte de rencard. Mais moi, j'ai prévu d'y aller avec mon fils, lui avec le sien.
Donc, mon fils, moi, il a 16 ans, donc je peux quand même lui expliquer que j'ai prévu de voir un garçon que j'ai rencontré au slam. Et c'est un truc un peu surréaliste où c'est à la fois une sortie en famille. Lui, il a aussi là-bas plein d'amis puisqu'il pratique le full contact, donc il connaît tout le monde. pas trop si on se positionne comme deux slammers, comme deux potes, comme une rencontre sur un site. C'est un peu en dehors de toutes les cases et c'est assez rigolo comme soirée.
Quand on arrive à la salle de spectacle, Simon m'attend. Il est là avec son beau sourire. On se fait la bise un peu timidement. Il y a les enfants. Mon fils à moi, il est mort de rire parce qu'il voit que maman a un petit rendez-vous. Son fils à lui, il est plus petit, donc il ne se rend pas trop compte.
Et puis voilà, on s'installe dans les gradins, on commence à regarder les matchs de boxe. Enfin, regarder, c'est un grand mot parce qu'on n'arrête pas de discuter, de se sourire, de se marrer. Il me présente toute une foule de gens qui connaît, dont j'oublie le nom instantanément.
Et on passe la soirée à rire, à se voler des bisous pour pas que les enfants nous voient. C'est vraiment une soirée folle pour moi. J'en garde un souvenir incroyable. On rit beaucoup, on discute beaucoup et puis on sent qu'il y a une... tension et une attirance entre nous qui est vraiment incroyable. On s'embrasse à cette soirée, alors c'est pas très courant, mais on s'embrasse au spectacle de Full Contact avec les enfants qui sont dans les parages, donc c'est assez marrant.
¶ L'Histoire D'amour Démarre
Et puis, c'est le démarrage de notre histoire. On se revoit rapidement, on se revoit le lendemain. On s'aperçoit, c'est le hasard, qu'il habite à cinq minutes de chez moi. Et on passe à ce moment-là beaucoup de temps ensemble. On est très en face sur plein de choses. Simon est très indépendant, moi aussi. Et on se rejoint sur beaucoup de choses. Il a une grande sensibilité, il a beaucoup d'humour, il fait du sport. On partage les mêmes choses, les mêmes passions pour l'écriture, la lecture.
On est vraiment en phase sur tout. Pour moi, c'est très nouveau parce que je n'ai vraiment pas envie de me caser. C'est la première fois que je ressens quelque chose d'aussi fort pour un garçon depuis mon divorce. J'ai eu des histoires, mais qui n'ont pas vraiment compté.
Et là, ce que je vis avec Simon, c'est un truc incroyable. Et je me dis, la façon dont les événements se sont enchaînés pour qu'on se rencontre, c'est comme un clin d'œil de l'univers, c'est comme un signe qu'il y a vraiment quelque chose de fort à... à vivre tous les deux. C'est un peu nouveau et je me laisse porter par ça, je me laisse un peu griser par cette histoire qui démarre.
¶ Premières Vacances Ensemble Marrakech
Quelques mois après notre rencontre, on décide avec Simon de partir en vacances. Alors ça, c'est très nouveau pour moi parce que partir en vacances, c'est ce que je considère comme un engagement avec un mec que je n'avais vraiment pas envie de vivre. Jusqu'à présent, je suis toujours partie en vacances avec mon fils ou mes copines.
Pour la première fois, j'ai vraiment envie de partir avec lui. Donc ça nous fait beaucoup rire et on se dit que c'est un vrai cap dans notre relation. On décide de partir une semaine à Marrakech. On prend les billets, on s'organise. Moi, je suis très, très contente de partir. J'ai vraiment envie que ce soit des super vacances, que ce soit parfait.
Je me rachète des fringues, j'ai envie d'être à mon avantage, même quand on voyage dans l'avion, d'être en moins conforme et un peu sexy. J'ai envie que tout soit parfait pour ces vacances.
Et surtout, j'ai envie que ce soit des premières vacances. Ça veut dire qu'il y en ait d'autres par la suite. J'ai envie que ça continue après. Quand on arrive à Marrakech, c'est génial. C'est une très belle ville, très colorée, avec beaucoup de bruit, de parfum. On est vraiment très heureux d'être là. Il fait très, très beau.
Et on commence nos vacances de rêve tous les deux là-bas. Donc, on fait plein de choses ensemble. Ce qui est super, c'est de voir qu'on est vraiment en phase sur les envies, c'est-à-dire qu'on a le même rythme de se lever plutôt de bonheur, de faire des balades, de planifier.
Sans trop organiser non plus, c'est-à-dire qu'on planifie la veille pour le lendemain. On fait beaucoup de découvertes, de balades à pied. On profite, on va dans des bons restaurants. C'est vraiment des super vacances. Et puis un soir, on...
¶ Rencontre Fortuite et Annulation Vol
On est tranquillement en train de boire un verre. Simon regarde un peu son téléphone. Il va un peu sur Facebook. Et là, il se rend compte qu'il a un de ses frères qui vit à Paris, qui est à Marrakech aussi pour les vacances. Il s'appelle souvent, mais pas très régulièrement non plus. Donc finalement, il ne savait pas qu'il était à Marrakech. On se rend compte qu'on est dans la même ville, on est à quelques minutes l'un de l'autre. Donc Simon décide de me présenter son frère.
C'est un sacré coup du hasard. Ça fait quelques mois qu'ils ne se sont pas vus. Et finalement, on se retrouve ici, presque à l'autre bout du monde. C'est assez marrant. Donc, on retrouve son frère. On passe une soirée géniale. Il est avec des amis dans un riad.
On rigole beaucoup, on se parle. Donc moi, je suis très contente parce que c'est la première fois que je rencontre quelqu'un de la famille de Simon, en dehors de ses enfants. Je suis très fière qu'il me présente. Je prends ça aussi pour un engagement pour la suite.
Et je suis ravie d'être là avec eux à ce moment-là et de partager tout ça. Et c'est une soirée géniale où on rit beaucoup, on parle beaucoup par la suite. Pour notre dernière soirée à Marrakech, on a envie de faire un beau restaurant parce qu'on a passé une semaine vraiment géniale. où tout était beau, tout était fluide entre nous. On s'est vraiment beaucoup rapprochés. Alors, on décide de faire un beau restaurant.
Et quand on est à table, on est entre l'entrée et le plat, j'allume mon téléphone et je vois que j'ai un email de la compagnie aérienne qui nous dit que le vol de demain est annulé. Donc le vol retour pour la France est annulé. Il n'y a pas de mail, il n'y a pas de plan B.
On a vu à la télé le président Emmanuel Macron qui annonçait que les écoles étaient fermées. Mais on était à ce moment-là des fois dans des restaurants ou des bars où on n'avait pas le son. On voyait juste des images avec des bandeaux. Ça nous paraît un peu fou parce que nous, on est en vacances, on est à Marrakech, personne ne parle du virus, personne ne parle de ça, personne n'a de masque. Ça ne paraît pas réel à ce moment-là.
Ce n'est pas qu'on ne prenne pas la chose au sérieux, mais on a l'impression qu'on s'occupera de tout ça quand on va rentrer en France. On essaye de faire bonne figure, c'est-à-dire que je n'ai pas envie de montrer à Simon que je suis quand même un peu stressée par le fait de ne plus avoir de billets.
Je pense que lui, il est dans le même état d'esprit. On se dit qu'on ne va pas gâcher la dernière soirée avec un coup de stress. Donc, on se dit qu'on va profiter quand même de notre soirée au restaurant, puis que demain est un autre jour et qu'on avisera à ce moment-là.
Après le restaurant, on appelle l'ambassade pour avoir des nouvelles et on nous rassure, on nous dit que le vol sera maintenu et que les Français pourront rentrer en France, donc on a envie d'y croire. Le vol était prévu initialement à 16h.
¶ Chaos et Panique à L'aéroport
Et puis, on a passé une petite nuit un peu stressante de se demander comment on allait rentrer. Donc, on décide d'aller à l'aéroport à 10 heures du matin. On ne veut vraiment pas louper le départ, si toutefois, il y en a un. Et quand on arrive à l'aéroport...
Là, c'est la catastrophe. C'est-à-dire qu'il y a des milliers de gens qui sont là. Il y a une tension qui est incroyable. Il y a des gens qui crient, il y a des gens qui pleurent. En fait, on se rend compte, on prend conscience à ce moment-là que tous les avions sont bloqués.
plus aucun avion ne peut décoller de Marrakech et que l'espace aérien est fermé. Et on rentre dans une espèce de zone incroyable où tout le monde est mélangé. Alors là, pour le coup, le virus, on se dit, s'il faut faire attention...
Au distance, c'est impossible parce que les gens sont les uns sur les autres. Les gens se bousculent pour faire la queue. Il y a des files d'attente incroyables avec des centaines et des milliers de personnes qui sont là. Il fait une chaleur pas possible. Et là, on prend conscience qu'on est un peu dans le chaos. et que ça va être vraiment compliqué de rentrer. La file d'attente, elle dure des heures.
Les gens deviennent fous, les gens sont inquiets parce qu'on a tous une bonne raison de vouloir rentrer chez soi. Il y a des gens qui crient, il y a des gens qui tapent dans les vitres des guichets. Il y a des gens qui pleurent, il y a des gens avec des enfants. Je vois des mamans qui allaitent leur enfant assise par terre, même le sol. Il y a des personnes âgées. Pour tout le monde, c'est la panique, l'incompréhension. Le plus dur, c'est qu'on n'a aucune information.
Personne n'est capable de nous dire, les employés des compagnies aériennes sont comme nous, c'est-à-dire qu'on leur a dit que les avions ne partaient pas et ils n'ont aucune autre information à nous donner. Donc on fait la queue, on fait la queue pendant plus de 4 heures et quand on arrive au guichet, il n'y a pas beaucoup de...
d'éléments supplémentaires, c'est-à-dire que la fille nous dit, l'espace aérien est fermé, tous les vols sont supprimés, je ne peux rien faire pour vous. Donc là, on a un moment quand même de... de panique et d'incompréhension. C'est-à-dire que ce n'est pas possible, il faut qu'on trouve une solution. Moi, je dois reprendre le travail, mon fils m'attend, Simon aussi. Tous les gens qui sont là dans l'aéroport ont tous une raison de rentrer chez eux impérativement.
Et la seule chose que peut faire la fille de la compagnie aérienne à ce moment-là, c'est d'échanger mon billet. Elle me dit, si vous voulez votre billet pour Paris aujourd'hui, je peux vous le transformer pour un billet vers Dusseldorf dans quatre jours.
Pour moi, l'Allemagne, ce n'est pas non plus la solution idéale, mais j'ai surtout envie que mon billet ne soit pas perdu, c'est-à-dire qu'il ne soit pas fermé. Et je me dis, avoir un billet ouvert pendant quatre jours, ça nous permet quand même de... d'avoir toujours une possibilité de rentrer ou au moins de le changer. Il y a plein d'informations contradictoires qui circulent. Et surtout, on n'a aucune information de l'ambassade. On appelle...
Des dizaines de fois, on n'arrive pas à joindre ni le consulat ni l'ambassade. Personne ne répond. On tombe sur les répondeurs. Et en fait, même sur les sites Internet, on n'a aucune réponse et on n'a aucune idée de combien de temps on va rester là. On passe des heures à faire la queue et une fois qu'on a notre billet pour Düsseldorf, on accepte qu'elle nous change notre billet. On décide de partir de l'aéroport parce qu'il n'y a plus rien à faire à part attendre et rester dans ce chaos.
¶ Chercher Refuge et Solutions Désespérées
On a rendu notre hôtel, donc on n'a plus nulle part où aller. On décide de rappeler le frère de Simon, parce que dans le riad où il est, il reste une place, il reste une chambre. Alors, on l'appelle et puis on le rejoint. Et au moins, on se dit, on a quand même une sacrée chance de l'avoir rencontré là. On a une sacrée chance qu'il ait encore une place. Et donc, on se retrouve dans le Riyad. Alors, c'est une soirée beaucoup moins festive que celle de la veille, puisque...
On est tous très angoissés. On ne sait pas du tout ce qui va se passer. Le frère de Simon aussi a prévu de rentrer en France. Ses amis doivent rentrer en Côte d'Ivoire. On n'a aucune information. C'est ça le pire, c'est qu'on ne sait pas du tout ce qui va se passer pour nous et combien de temps ça va durer.
On prend conscience petit à petit qu'en fait, ce qu'on croyait être une grippe, alors à ce moment-là, le coronavirus, on en parlait plus ou moins, on y croyait plus ou moins, et là, on se dit, il y a un truc historique. qui est en train de se passer, c'est-à-dire que l'ensemble des avions vont rester au sol. Le monde entier ferme ses frontières. Nous, on n'est pas chez nous, on est loin. Et là, on réalise qu'il est en train de se passer un truc incroyable, un truc de dingue.
Et on commence un peu à avoir peur. On passe une nuit assez compliquée puisqu'on essaye de se reposer. On ne sait pas trop si on doit défaire notre valise à nouveau. On ne sait pas si on va pouvoir repartir.
¶ Retour Aéroport Espoir Déception
On sait que notre billet pour Dusseldorf est dans trois jours, mais on décide quand même de retourner à l'aéroport. On se dit qu'on va avoir d'autres informations et puis on espère qu'on va être rapatriés. On retourne à l'aéroport et là, c'est le même chaos que la veille. Il y a des gens qui ont passé la nuit sur place. Je vois des personnes âgées qui ont dormi sur le carrelage, qui n'ont pas eu une couverture de survie, qui n'ont pas eu une bouteille d'eau, pas d'infos.
Je rencontre des gens pour qui c'est les premières vacances, qui n'avaient jamais pris l'avion auparavant. Ils sont complètement paumés. Tout le monde est angoissé, tout le monde a peur. Il y a cette espèce de menace qui plane de ce virus, mais on ne sait pas trop ce que c'est. On ne sait pas si on doit prendre ça au sérieux, si les gouvernements ont exagéré et puis en fait, ils ont alerté tout le monde pour rien, finalement, ça ne sera pas si grave.
C'est très compliqué de réaliser. En fait, on est partagé entre réaliser qu'il y a une catastrophe qui est en train d'arriver. Et puis, moi, j'ai quelque chose qui me dit non, mais ce n'est pas possible. Ça ne peut pas arriver. On se croirait dans un film.
j'ai envie de croire qu'on va encore rentrer chez nous facilement. Et Simon a une phrase à ce moment-là, il me dit, tu sais chérie, nous ne sommes plus des touristes, nous sommes des ressortissants. Quand il me dit cette phrase, je réalise qu'on est vraiment dans une grosse galère. Je réalise qu'on est vraiment coincé loin de chez nous, que ça peut durer un moment et que personne ne va nous aider.
¶ Rester Fort Face au Chaos
Ce qu'on voit sur les réseaux ou à la télé, c'est que la France va rapatrier les Français. Et en réalité, il n'y a rien qui se passe. C'est-à-dire que les gens achètent des billets retour pour la France à prix d'or. Il y a des billets qui sont à 1 500 euros, là, les simples.
Et les gens achètent leurs billets sur Internet. Donc, dès que quelqu'un dit que les billets sont en vente, tout le monde se rue sur son téléphone. Les personnes âgées ou ceux qui n'ont pas Internet, c'est foutu pour eux, ils ne peuvent pas commander un billet. Et ceux qui commandent, ils achètent à prix d'or des billets retour pour voir l'avion qui est annulé quelques minutes après. J'essaye de rester très positive. J'ai envie de...
de croire qu'on va trouver une solution parce que je me dis que ce n'est pas possible, on ne va pas pouvoir rester ici dans cette galère. Moi, je dois rentrer. J'ai vraiment envie de croire qu'on va trouver une solution. Simon, lui, il reste très calme, très posé.
Il s'emballe pas trop. Il a l'air de plus prendre conscience que moi qu'on est vraiment dans une situation dramatique. Mais il reste très serein. Et ce que j'apprécie vraiment à ce moment-là, c'est qu'il reste toujours aussi gentleman. Il s'assure que j'ai à boire. Il va me chercher à manger. L'information commence à circuler entre les gens. On discute un peu avec les touristes, certains qui sont français ou francophones, qui nous disent qu'on ne peut plus retirer d'argent aux distributeurs.
Donc, ce qui nous reste comme cash, on l'économise. On en est à partager les bouteilles d'eau et les paquets de biscuits. C'est quand même le genre de situation où on pourrait s'engueuler finalement avec son conjoint. On ne se connaît pas tant que ça et on est...
On est dans une situation critique et pourtant on reste très soudés, très souriants, c'est peut-être un grand mot, mais on reste vraiment positifs l'un pour l'autre et on se soutient l'un et l'autre. Comme on est à l'aéroport et qu'on n'a aucune nouvelle de l'ambassade, On décide de refaire la queue à nouveau au guichet et d'essayer de changer notre billet d'avion pour une autre destination ou peut-être un délai plus court. On fait la queue pendant des heures.
Je crois que ça dure six heures. Et en fait, on s'aperçoit... La queue, elle avance très, très lentement. Et en fait, la file d'attente, on s'aperçoit qu'elle diminue seulement quand les gens abandonnent et repartent chez eux. Parce qu'en fait...
Au bout de la file d'attente, il y a quelqu'un au guichet, mais qui n'a aucune info et qui n'a surtout aucune solution pour nous. Pendant qu'on fait la queue comme ça, j'aperçois une personne qui travaille pour notre compagnie aérienne. Je dis à Simon, reste là, continue de faire la queue.
¶ Une Chance Inespérée à l'Aéroport
Je vais aller essayer de le voir. Donc, je cours après ce gars et je lui explique ma situation. Je lui dis, voilà, on est coincé, il faut qu'on rentre en France, on a un impératif. Et en réalité, il y a des centaines de personnes qui lui posent les mêmes questions. Il est interpellé par tout le monde parce que tout le monde veut rentrer et tout le monde se raccroche à ce qu'il peut.
Et lui, évidemment, il n'a pas de solution. Donc, je reste un peu avec ce gars et je lui dis, écoutez, on nous a donné un billet pour Düsseldorf en Allemagne dans trois jours. Qu'est-ce qu'on peut faire ? Et là, il me dit, ah, pour Düsseldorf, j'ai peut-être une solution. Je peux vous changer votre billet. pour un vol qui part ce soir. Ça me paraît être une super idée, je ne sais pas trop s'il faut y croire ou pas, mais il me dit « ne bougez pas, je reviens ».
Et en fait, je n'ai pas envie de le laisser partir dans l'aéroport parce qu'il est interpellé sans cesse par ses collègues, par des clients, par des passagers en français, en arabe, en anglais. Il court partout. Donc, je me dis, je ne vais pas le laisser filer. Et en fait, je le suis.
Je suis tout le temps derrière lui et je lui demande toutes les cinq minutes s'il ne m'a pas oublié. Parce que comme il est en train de parler parfois en arabe, je ne sais pas s'il est en train de gérer mon cas ou autre chose. Donc je lui demande toutes les cinq minutes, vous ne m'avez pas oublié, je suis là.
Il me dit, je ne risque pas de vous oublier, vous êtes collé à moi en permanence. Et donc, ça dure une heure où je le suis dans l'aéroport, dans plusieurs bureaux, on court partout comme ça. Puis finalement, on revient au guichet et il imprime une feuille.
sur Word, une feuille A4 qui me donne. Il me dit, c'est votre billet pour Düsseldorf pour ce soir. Donc, ça ne ressemble pas du tout à un billet d'avion. Je ne sais pas s'il m'a donné ça pour se débarrasser de moi parce que je le colle depuis un moment ou si c'est vraiment un billet d'avion.
Donc, je décide de prendre ça. De toute façon, je n'ai pas d'autre solution. Je prends ce papier et je retrouve Simon dans la file d'attente en lui disant « je crois que j'ai un billet pour ce soir pour l'Allemagne ». Simon n'est pas tellement convaincu. Ce qui nous perturbe, c'est qu'on voit tous les vols qui sont affichés sur les écrans qui s'éteignent les uns après les autres. C'est marqué « cancel », « cancel ». Et tous les vols s'éteignent.
Et effectivement, on voit notre vol pour Düsseldorf, mais on ne sait pas du tout s'il va exister ce vol, s'il sera réel. On décide quand même de faire la queue pour embarquer les valises. Donc à nouveau, on fait la queue pendant plusieurs heures, on est assis par terre.
On commence vraiment à être fatigué. C'est un moment un petit peu difficile, mais moi, j'ai vraiment envie d'y croire. Et je n'arrête pas de dire à Simon, on va le prendre, cet avion, on va rentrer, on va rentrer à la maison, ne t'inquiète pas.
On se dit que rentrer en Allemagne, même si c'est loin de la même zone, même si c'est loin de Reims, on est dans les terres, on est en Europe. Et je me dis que de là, on pourra trouver plus facilement une solution. Ça me rassure de pouvoir penser qu'on va rejoindre l'Europe.
¶ Doute Persistance Espoir D'Europe
On fait la queue pendant des heures pour enregistrer notre valise. Et la fille me donne une carte d'embarquement écrite à la main avec simplement mon prénom et un numéro de siège. Là, on commence un peu à douter, à se dire, est-ce qu'on va vraiment pouvoir décoller avec un truc comme ça ?
De toute façon, elle n'a rien d'autre à nous donner. Elle n'a pas d'informations. Et elle me dit, de toute façon, l'espace aérien est fermé, vous ne partirez pas. Et elle me donne ça. Moi, j'ai envie d'y croire. Je n'arrête pas de répéter, on va le prendre, ça va marcher, ça va aller. J'ai toujours pensé, en fait, que... Ce qu'on imagine, ce qu'on visualise, ça se réalise. J'ai toujours pensé que nos pensées deviennent réalité. Et je n'arrête pas de le répéter.
Donc on attend à nouveau, on passe la sécurité, donc tout prend un temps infini parce qu'il y a énormément de gens, il y a la panique un peu partout, le personnel semble un peu avoir disparu, il y a des endroits où il n'y a personne, on ne peut pas demander de renseignements nulle part.
Donc, on finit par passer la sécurité et à chaque étape, on se dit que c'est un petit pas vers chez nous. C'est illusoire parce qu'on est toujours à Marrakech, on est toujours dans l'aéroport, on est juste dans le bâtiment d'à côté. Mais j'ai envie de croire que chaque étape nous rapproche de la maison. On arrive dans la salle d'embarquement. On attend à nouveau pendant des heures. Et là, c'est désertique, c'est-à-dire qu'il y a des passagers, il y a beaucoup d'Allemands qui rentrent chez eux.
Mais il n'y a pas de personnel de la compagnie aérienne, il n'y a pas le petit écriteau ou le petit écran qui indique le vol. On est juste là, à la porte d'embarquement, et on est complètement démuni. On attend à nouveau, le vol est prévu pour 19 heures, et en fait, il n'y a pas d'avion. Et ce qui est très angoissant, c'est qu'il n'y a aucun bruit d'avion. Quand on est à l'aéroport, on entend toujours...
Le bruit des avions qui arrivent, qui repartent. Et là, on n'entend absolument aucun avion. Et on commence à se dire, celui-là, il ne partira pas non plus. Il ne va peut-être même jamais arriver. À ce moment-là, j'ai un petit coup de fatigue. Je suis un peu stressée, je commence un petit peu à douter. Je suis fatiguée, je commence à avoir mal à la tête.
Je ne suis pas vraiment bien. On mange deux, trois bricoles qu'on a. Il nous reste un tout petit peu de monnaie. Donc, on achète des petits biscuits, des trucs au chocolat. On essaye de garder notre argent aussi parce qu'on ne sait pas combien de temps ça va durer, surtout si on ne peut pas retirer de cash au distributeur. Et donc, on est là, on est sur les sièges devant la porte d'embarquement un peu fantôme.
À ce moment-là, j'entends parler français parmi les gens qui sont autour de nous. Et ça me fait chaud au cœur. Je me dis, tiens, il y a des gens qui sont dans la même galère que nous et qui vont faire le même voyage vers l'Allemagne. C'est un jeune couple. Je vais voir ces gens. Et on commence à discuter. Ils sont tout jeunes. C'est leur première vacance en amoureux, un peu comme nous. Et même s'ils sont beaucoup plus jeunes que nous.
Je discute avec eux et je leur demande, mais vous aussi, vous rentrez en France ? La fille me dit oui. Je dis, mais quand vous serez à Dusseldorf, comment vous allez faire pour rentrer en France ? Et elle m'explique que son papa va venir la chercher en voiture, donc ça représente plusieurs heures de route, mais qu'il n'y a pas d'autre solution.
Et elle m'explique qu'elle habite à Reims. Là, je me dis, mais c'est un truc incroyable. C'est un coup de l'univers ou du destin qui a mis sur notre chemin des gens qui habitent dans la même ville que nous. Et je trouve ça assez dingue. Et à ce moment-là, ce petit clin d'œil de l'univers, ça me redonne espoir. Je me dis, c'est sûr, on va réussir à rentrer, on va repartir.
Et je demande à la fille si elle peut nous remmener avec eux en voiture. J'explique qu'on est deux, qu'on a la valise. Et elle ne me dit pas de souci, je vais appeler mon père, je vais lui demander de prendre la plus grosse voiture et comme ça on pourra vous remmener avec nous, on vous remmène à Reims.
Je vais voir Simon, je lui dis c'est arrangé, j'ai un plan, tout va bien se goupiller, ne t'inquiète pas, on rentre à la maison. Et à ce moment-là, l'avion arrive. Donc vraiment, on commence à reprendre espoir, on se dit c'est super, on va rentrer.
Il y a une grande foule de gens qui veulent monter dans cet avion. Tout le monde est un peu sous tension, donc ça joue un peu des coudes. On monte dans l'avion. Timon et moi, on n'est pas assis l'un d'un côté de l'autre, puisque c'est un peu chaotique. Et en fait, je vois tous les passagers qui montent dans l'avion.
Et je m'aperçois que le petit couple de jeunes ne monte pas. Et j'entends que ça crie un peu à la porte, que ça discute un peu fort. Et je réalise qu'en fait, ils ont surbooké le vol parce qu'évidemment, tout le monde voulait repartir et qu'eux n'ont pas eu de place et qu'ils restent sur le tarmac de Marrakech. Et par-dessus les sièges, je crie à Simon.
On n'a plus de plan. On ne sait pas comment on va rentrer en France. Donc, on fait le vol de nuit. Ça nous prend quelques heures pour rentrer en Allemagne. Là, je suis fatiguée. J'aurais voulu être assise à côté de Simon. Il est loin. Je suis à côté d'un type qui prend toute la place, qui mange, qui me gêne. Je n'arrive pas à dormir, je suis épuisée. Et surtout, je me dis, mais comment on va faire pour rentrer à la maison ? Comment on va faire du Seul d'Or France ?
¶ Arrivée Düsseldorf Chaos Européen
Après quelques heures de vol qui ne m'ont pas du tout reposé, on arrive à Düsseldorf, on atterrit en Allemagne. Et là, ce qui se passe, on a vraiment une impression incroyable. C'est-à-dire que tous les passagers de l'avion se dispersent. Chacun rentre chez soi ou trouve un taxi, une voiture.
Et en fait, c'est désert. Et une fois que les passagers se sont dispersés, l'aéroport, il est désertique et c'est fantomatique. Et là, j'ai une angoisse de me dire, mais on est comme dans un film. À ce moment-là, ça paraît fou. Je me dis, mais...
Ma vie, elle est devenue infirme. À quel moment ma vie m'a échappée ? Je n'arrive pas à croire que je sois dans cette situation. Et je crois qu'à ce moment-là, on aurait vu débarquer des zombies ou un truc surréaliste. Ça ne nous aurait pas plus surpris que tellement c'était bizarre comme situation. L'aéroport est complètement désert. Il est une heure du matin. On est épuisé. On n'a pas bu beaucoup d'eau. On est un peu déshydraté. On n'a pas beaucoup mangé. On est très fatigué.
Ça fait des heures et des heures qu'on cherche une solution pour rentrer et là, je commence vraiment à me sentir un peu mal, j'ai un peu la nausée et on ne sait pas trop quoi faire. On entend, on regarde un peu sur le téléphone, sur les réseaux, on voit que l'Allemagne va fermer ses frontières à 8h du matin. et qu'il faut trouver une solution pour quitter l'Allemagne. Et là, on est complètement démunis, on ne sait pas du tout comment s'y prendre.
¶ Trouver Voiture Retour Reims
C'est un moment où on est assez tourné sur soi. C'est-à-dire que je suis fatiguée, j'ai mal à la tête. Et à ce moment-là, ce qui est génial, c'est que Simon prend énormément soin de moi. Il me fait asseoir, il me donne le peu d'eau qui nous reste. Il est toujours aussi prévenant, aussi gentil. Et je me dis, c'est incroyable ce...
Quelque part dans la galère dans laquelle on est, son comportement, son attitude, ça me fait vraiment chaud au cœur et ça me donne de l'espoir pour me dire qu'on va trouver une solution pour rentrer. Donc on décide d'essayer de louer une voiture, ça nous paraît être la meilleure solution pour rentrer.
Donc on va au comptoir où il y a toutes les locations de voitures et évidemment, il commence à être une heure et demie du matin, tout est fermé, tous les guichets sont noirs et on est tout seul avec nos valises.
Et puis, tout au bout de l'allée, on voit un petit guichet de location de voiture qui est resté allumé. Alors, on prend les valises, on court parce qu'on a peur qu'il nous échappe. Et on va voir le gars et il dit « Vous avez de la chance parce que d'habitude, à cette heure-ci, tout est fermé. »
de la situation un peu extraordinaire. Je devais dépanner un client, donc je suis encore là. Mais vous avez vraiment du bol de me trouver. Et on lui explique qu'on veut louer une voiture. Donc, il nous dit pas de problème. On commence à choisir le modèle, à discuter. Alors, on lui parle en anglais. Et puis, il dit ben...
Vous rentrez où ? Parce qu'on ne lui parle pas en allemand, donc il comprend qu'on n'est pas de l'Allemagne. On lui dit qu'on veut rentrer en France. Il nous dit « Ah mais je suis désolée, je ne peux pas vous louer une voiture parce que les véhicules ne peuvent pas quitter le territoire. Je peux vous louer une voiture uniquement pour l'Allemagne. »
mais pas pour la France, je suis vraiment navrée. Donc là, on est complètement abattus. Simon me fait asseoir parce que je crois que je suis à deux doigts de tomber dans les pommes tellement je suis fatiguée et dépitée. J'ai l'impression que toutes les solutions nous échappent les unes après les autres.
Et puis, la fatigue, les heures qu'on a passées comme ça, ça m'épuise moralement. On s'éloigne un petit peu du guichet de location de voiture. Et puis, le gars nous rappelle en disant, attendez, j'ai peut-être une solution. J'ai une voiture.
qui a été louée en France et qu'on m'a amenée ici et que je dois ramener à son point de départ. Donc, si vous pouvez prendre celle-là, il faudra la ramener. Alors, on dit oui, oui, on la prend, on la ramènera. Et le gars regarde dans son ordi, il nous dit « Reims, vous connaissez cette ville ? »
Alors, c'est fou pour nous, parce qu'on se dit, c'est un miracle. Le gars, j'ai envie de l'embrasser tellement je suis contente. Et donc, il nous loue la voiture qu'on doit ramener à Reims. On est très contents, on est fatigués, mais là, vraiment, on se dit qu'on est tirés d'affaires.
L'allocation de voiture, ça nous coûte 300 euros juste pour la ramener en France. Comparé à ce que d'autres ont dépensé pour avoir un billet d'avion qui n'a jamais décollé, on se dit que finalement, ce n'est pas grave. On prend la location sans sourciller, on est tellement content de pouvoir rentrer que peu importe le prix. On charge la voiture, on met les valises et on part tout de suite.
Donc, il doit être deux heures du matin à ce moment-là. On sait que l'Allemagne va fermer ses frontières au petit matin. On a lu ça partout. On ne sait pas trop ce que ça veut dire, fermer ses frontières, parce qu'on va prendre l'autoroute, donc on ne sait pas à quoi s'attendre. Donc, on décide de partir et de rouler.
Je suis dans la voiture et je me dis vraiment que ma vie, c'est devenu un film. J'envoie à ce moment-là des messages à mes proches parce que toute ma famille s'inquiète. Et je leur envoie le message qui dit on a loué une Jeep. On va essayer de passer la frontière avant le lever du jour.
J'ai l'impression d'être dans un western ou dans un film d'action, ça paraît surréaliste. Et on roule comme ça, on s'arrête sur une aire d'autoroute en Belgique. Alors déjà, quand on passe la frontière belge, je me sens un peu chez moi. C'est un pays que j'aime beaucoup, où je suis souvent allée. Et être en Belgique, c'est déjà être un peu à la maison. On s'arrête sur une aire d'autoroute un peu pourrie. La carte bancaire fonctionne, donc on s'achète des sandwiches.
C'est un peu horrible d'être sur l'autoroute, sous le néon, à côté du local poubelle. C'est vraiment un moment qui n'est pas du tout glamour, mais on est très heureux parce qu'on est tous les deux. On est sur le chemin du retour. On est confiants et malgré la fatigue et le contexte un peu glauque, on est super contents d'être ensemble.
¶ Le Retour à La Maison
On décide de repartir et je m'endors dans la voiture, c'est Simon qui prend le volant et on roule comme ça pendant des heures. Et quand je rouvre les yeux, en fait, on est à Reims, on est à la maison. Et là, je suis tellement contente, tellement soulagée, je réalise un peu tout le...
et toutes les péripéties qu'on a vécues pendant les dernières heures, ça paraît un peu fou. Et puis subitement, je me retrouve chez moi. Quand on est parti, on était parti de l'aéroport de Beauvais. Donc ça veut dire qu'on a laissé la voiture de Simon à Beauvais.
qui est à peu près à deux heures de route de Reims. Donc, il est gentleman jusqu'au bout. Il me laisse à la maison. Il me dit, tu prends une douche, tu vas te coucher, tu te reposes. Et donc, il contacte son frère qui part avec lui à Beauvais. Je retrouve ma maison. Je retrouve...
¶ Confinement et Leçons de La Galère
Mes affaires, mon quartier, je suis super contente de rentrer. C'est le 16 mars 2020. Et en fait, le lendemain, toute la France se confine. Et je réalise... que j'ai de la chance d'être chez moi, parce que je fais comme tous les Français, je vais chercher mes affaires au travail, je m'installe en télétravail à la maison, je fais un peu de provision de nourriture, et comme tous les Français, je me cloître un peu chez moi.
Et je réalise la chance que j'ai d'avoir réussi à rentrer. On apprend que nos amis ivoiriens qui sont restés à Marrakech sont toujours à Marrakech. Ils sont restés, on le saura après, deux mois sur place.
en galère complètement, d'argent, pour le travail, etc. Donc, grosse galère pour eux. Et donc, nous, on savoure le fait d'être rentrés en France et le confinement, finalement, on le vit plutôt bien parce qu'on se dit que ça aurait pu être bien pire en étant à des milliers de kilomètres de chez soi. On ne confine pas ensemble parce que Simon récupère ses enfants.
Moi, je décide de ne pas prendre mon fils parce que j'ai un peu peur d'avoir attrapé le virus. On est tous très inquiets de tout ça. Et j'ai un peu peur d'avoir attrapé le virus pendant le voyage, notamment à l'aéroport. Donc, je laisse mon fils chez son père pendant trois semaines. Simon, il est dans une autre configuration, il faut qu'il récupère ses enfants. On confine chacun chez soi pendant plusieurs semaines. Alors on triche un peu, c'est-à-dire que...
Même si on n'a pas le droit vraiment de se voir et qu'on est censé confiner chacun chez soi, quand Simon n'a plus ses enfants, il vient s'installer avec moi pendant quelques semaines. Et on savoure tous les deux d'être ensemble, d'avoir traversé tout ça. Je voulais que ces vacances soient inoubliables. Je pense que ça, c'est mission accomplie. Je voulais aussi que ces vacances nous rapprochent. Et en fait, cet épisode, ces événements, c'est quelque chose qui nous a rapprochés avec Simon.
C'est un souvenir incroyable. Et puis ça nous a montré en fait un peu la vraie personnalité de chacun. Parce que quand on est dans une situation de crise, quand on est stressé, on est loin de chez soi, on est en galère. C'est là qu'on voit un peu parfois le mauvais côté des gens. Et là, j'ai découvert que Simon, il était égal à lui-même, qu'il était prévenant, qu'il était calme, il était rassurant. Et lui, je pense aussi qu'il a découvert un côté de moi où j'ai toujours une...
Une idée que ça va bien se passer, j'ai toujours confiance. Et même s'il y a des moments où j'ai un peu douté, je pense qu'il a constaté que ça nous a rapprochés. C'est facile de s'aimer quand on est dans un bel hôtel, dans des belles conditions, on est en vacances, tout va bien. Oui, c'est facile de se montrer sous son meilleur jour. En revanche, quand on est dans une situation vraiment critique, où on se sent en danger, c'est là qu'on montre ce qu'on est vraiment.
¶ Aimer et Soutenir dans Crise
C'est beau de pouvoir s'aimer dans cette galère, de pouvoir s'aimer et se soutenir dans ces moments difficiles. Un an après cet épisode, on n'est pas reparti en vacances pour le moment. On a fait quelques petits voyages en France. On est toujours aussi amoureux. On est très indépendants tous les deux, donc on a fait le choix de ne pas vivre ensemble. Il y a toujours cette complicité incroyable entre nous et je sais que je peux compter sur lui dans n'importe quelle circonstance.
Ça m'a rassurée sur ce qu'il était. Ça m'a montré qui il était vraiment. Et on est toujours aussi amoureux et aussi confiants. Notre point commun à tous les deux, c'est qu'on ne fait pas vraiment de plan sur l'avenir.
On vit les choses au jour le jour. Notre seul projet pour le moment, c'est de repartir en vacances. Finalement, cette expérience ne nous a pas tellement traumatisés. On se dit que si on a survécu à ça, on pourra survivre à d'autres choses. On pense que les prochaines vacances seront certainement plus calmes. Mais on a hâte de partir tous les deux. Quand je pense à...
Tous les petits coups du destin, je ne sais pas si on peut appeler ça le destin ou l'univers, ou on l'appelle comme on veut, mais tous ces petits clins d'œil que nous a donné l'univers, que ce soit quand on s'est rencontrés sur le site de rencontres, le combat de boxe, les vacances incroyables, enfin...
Je pense qu'il y a vraiment quelque chose de très fort entre nous, qu'il ne faut pas ignorer tous ces signes du destin, et que c'est vraiment notre karma d'être tous les deux ensemble et d'être heureux ensemble. Vous venez d'écouter Transfer épisode 153, un témoignage recueilli par Laura Taouchanov. Il a été produit et réalisé par Slave.fr sous la direction de Christophe Caron et Benjamin Septemours. Sarah Koskiewicz, productrice éditoriale.
Victor Benhamou et Aurélie Rodriguez, réalisation et montage. Notre stagiaire était Vincent Pellegrino. La musique a été composée par Dombrance. Retrouvez tous les épisodes de transfert sur Slate.fr ou sur votre application de podcast préférée.
