¶ La Maternité n'est pas Toujours Lumineuse
Dans un heureux événement, le roman d'Éliète à Bécassis, Barbara découvre que la maternité n'est pas toujours lumineuse. L'accouchement, l'amour maternel, tout ce qu'on lui avait promis semblent lui échapper. L'héroïne sombre dans une solitude que personne ne veut nommer. Parce qu'on ne dit pas ça et on ne pense pas ça quand on vient de donner la vie. Camille a toujours voulu être mère. Ce bébé, elle en a rêvé.
Mais le jour où elle le tient dans ses bras, quelque chose se fissure. Commence alors une chute silencieuse et un long combat pour retrouver son fils. Vous écoutez Transfer. Ce témoignage a été recueilli par Camille Urcy. En 2012, je sors d'une relation longue. Je décide de m'inscrire sur Tinder pour re-rencontrer quelqu'un. Je tombe sur un profil avec lequel j'ai matché. Il s'appelle Kevin.
Dès le début, je suis à fond dans nos discussions. Et au bout d'à peu près un mois et demi, on décide de se voir et on se met ensemble. Pour moi, c'est un coup de foudre. C'est un homme qui est assez petit, carré. Il est brun, il a de la barbe et un peu style méditerranéen et moi je le trouve super beau. On ne se voit pas beaucoup parce qu'il habite à Paris et moi je suis de Normandie donc on a une heure et demie de route entre lui et moi.
Et puis au bout de deux mois, ils décident de me quitter par message. Et alors que ça fait que deux mois qu'on sort ensemble et que je suis plutôt un petit cœur de pierre, j'ai le cœur en miettes. Après Kevin, je vais avoir une relation de à peu près 3 ans. Et en fait, cette relation de 3 ans se termine très mal parce qu'en fait, au bout de 3 ans, ce garçon décide de m'avouer.
après beaucoup d'insistances de ma part, qu'ils ne souhaitent pas avoir d'enfants. Moi, j'ai toujours rêvé d'avoir une famille, des enfants. Je ne peux même pas vraiment dire que c'est un rêve. Pour moi, c'est une évidence, quoi. Et j'habite en Normandie, et les normes en Normandie, ce n'est pas les mêmes que dans les grandes villes. Donc à 28 ans, toutes les filles quasiment qui étaient au collège ou au lycée avec moi, elles ont toutes eu des enfants.
Tout le monde a commencé à faire sa vie, à acheter une maison, etc. Et moi, je me retrouve célibataire, sans enfant, et j'ai vraiment l'impression que je suis en train de rater ma vie.
¶ Le Confinement et la Reconnexion
Le confinement vient d'être annoncé par le gouvernement. Moi, je travaille en banque, donc les banques ne sont pas fermées pendant le confinement, donc tous les jours, je vais travailler. C'est une période où je me retrouve, mais...
J'ai un peu peur de craquer. Parce que malgré tout, je vois quand même personne le soir, etc. Je ne peux pas voir mes amis, je ne peux pas voir ma famille. Je sors quand même d'une relation qui a été très compliquée. Et j'ai peur de flancher. Et je réfléchis comme ça et je me dis mais... Qu'est-ce que je pourrais faire pour ne pas flancher ? Et je me dis, si je rencontrais un autre garçon, ça m'aiderait plutôt pas mal. Sauf que confinement oblige...
Impossible de rencontrer qui que ce soit. Les applications, hors de question. Et je me dis, ce que je devrais faire, c'est que je devrais parler à un garçon, le genre de mec qui ne va pas me lâcher. Et là, je repense à Kevin qui régulièrement essaye de m'ajouter sur les réseaux ou quoi. Et je me dis, lui, je suis sûre que si je vais lui parler, il ne va pas me lâcher.
C'est un peu une idée comme ça qui me passe. J'ai réfléchi pendant dix minutes et hop, je vais sur Instagram et j'ai la joute. Puis je lâche mon téléphone et je vais prendre ma douche. Et en fait, dans ma tête, je passe à autre chose. Et quand je sors de la douche, je vois qu'il m'a... déjà accepté et qui m'a déjà envoyé un message. Tout le reste du confinement, je lui parle d'abord par message et puis vers le milieu du confinement, on commence à s'appeler. Voilà, on flirte quoi.
On sent très bien qu'on n'est pas juste deux vieux amis qui rattrapent le temps perdu. C'est le dernier week-end du confinement. J'ai trop envie d'aller le voir et je sais que je vais faire l'aller, entre guillemets. illégalement parce que c'est le confinement et le retour, on ne sera plus dans le confinement. Tant pis, je n'y vais, j'ai envie de le voir. Donc j'arrive chez lui, on se fait la bise et au début en fait c'est gênant.
On se sent mal à l'aise, lui comme moi, parce qu'on a une super alchimie au téléphone, mais là, on est en face et ce n'est pas pareil. Et il va nous falloir une petite demi-heure, le temps de briser la glace entre lui et moi. On boit un verre et ça aide à détendre un peu l'atmosphère. Et en fait, l'alchimie reprend parfaitement, on se voyant et on passe une super soirée tous les deux. À un moment donné, on s'embrasse.
Et dès qu'on s'embrasse, je l'arrête tout de suite. Et je lui dis, par contre, il faut être très clair. Là, on s'embrasse, mais ce n'est pas le truc à la mode. On s'embrasse, on voit ce que ça donne. Non, non. On s'embrasse, donc on est ensemble. C'est comme ça. Je lui dis, et si tu ne veux pas qu'on soit ensemble ? On ne s'embrasse pas. Et si...
tu penses que c'est que pour ce soir, eh bien, il faudra me quitter dans les règles de l'art. Donc, tu prendras ta petite voiture, tu viendras me voir et tu me quitteras en face. Et il me dit, non, non, mais moi aussi, je veux me marier et avoir des enfants. Et du coup, après, on ne va pas se lâcher, on va passer tous nos week-ends ensemble. Et dès qu'on a un moment, on le passe ensemble. Je crois que ça va prendre dix mois. pour que je le rejoigne sur Paris au mois de mars.
Notre relation, elle continue exactement de la même façon. On est tout le temps collés l'un à l'autre. On sort beaucoup au restaurant, boire des verres, voir un humoriste. C'est l'avantage de la vie parisienne, il y a plein de trucs à faire. Et en fait, dès lors qu'on habite ensemble, on se met d'accord sur le fait que pendant six mois, on voit si ça fonctionne le fait de vivre ensemble. Et si au bout de six mois, ça fonctionne, on essaie d'avoir un bébé.
¶ Le Long Parcours de la PMA
Ces six mois se passent, très bien. Et donc, comme c'était prévu, j'arrête la contraception pour essayer de tomber enceinte. Moi, dès le début, je suis un peu stressée quand même. J'ai un peu peur que ça ne prenne pas, je fais vraiment une fixette sur mon âge. Donc très vite quand même, je tombe un peu dans ce truc de calculer mes cycles, faire attention à ma période d'ovulation, etc.
Ça fait déjà longtemps que j'ai envie d'être mère. Et là que ça y est, j'ai tout pour, j'ai envie que ça arrive vite. Mais évidemment, ça ne se passe pas très vite. Parce que ça ne se passe pas du tout. Ça prend pas. Et je me dis, je voudrais faire un bilan de fertilité avec ma gynécologue, au moins pour savoir si tout fonctionne bien. Les tests sont très bons. pour Kevin, et pour moi c'est bon, mais ma fertilité correspond à une femme de 35 ans.
Donc voilà, j'ai une fertilité un peu plus basse par rapport à mon âge, mais ça n'empêche en rien du tout d'avoir un enfant par contre. Malgré tout, ma gynécologue me dit « ok, ça va », donc si elle me dit « ok, ça va », c'est « ok, ça va ». Je patiente et elle me dit, on attend encore quelques mois et puis quand ça fera un an, si ça n'a toujours pas pris, je vous donnerai en gros de quoi booster un peu la fertilité.
Et donc c'est ce qui se passe. Donc elle va aider sous forme de cachet en fait pour être sûre que j'ovule correctement. Moi, je prends ça quand même de la présenter comme un petit coup de boost, en fait. Sauf que non, en fait, c'est le début de la PMA.
Moi, la PMA, je la vis très mal. Je la vis très mal déjà parce que je suis inquiète. Je me dis, ici, ça ne prend jamais. C'est-à-dire que je ne vais jamais avoir d'enfant dans ma vie. Adopter en France, c'est super compliqué. Je me pose mille questions. Je m'inquiète beaucoup et j'ai trop peur de ne pas avoir d'enfant. Franchement, j'ai trop peur que ça ne fonctionne pas pour moi.
Pour Kevin, je me prends trop la tête. Il pense que tout va aller bien. Franchement, il ne s'inquiète pas du tout. Je me sens seule par rapport à tout ça, mais ça va tellement bien avec Kevin que malgré tout, je suis quand même heureuse dans ma vie.
¶ Une Grossesse dans l'Extase
Donc au bout de deux ans d'essai et un an de PMA, je tombe enceinte. Pour mon plus grand bonheur. A partir du jour où je sais que je suis enceinte, même si ce bébé au final c'est même pas encore un bébé au début, il est absolument minuscule, moi c'est un bébé, je sais déjà comment il va s'appeler, il va s'appeler Théo.
Je fais tout avec Théo. Quand je mange, je mange avec Théo. Quand je vais me coucher, je vais me coucher avec Théo. Quand je suis dans ma voiture toute seule, je ne suis plus toute seule, je suis avec mon bébé. Je suis dans un état d'extase, de bonheur complet.
Le jour où j'ai appris que j'étais enceinte, c'est le jour où je suis devenue mère pour moi. Il est hors de question de me dire que je peux faire une fausse couche parce que je n'ai pas été prudente ou quoi. Moi, je ne veux prendre aucun risque. On décide avec ma sage-femme que j'arrête de travailler et que je me mette au repos.
Et donc assez vite, à partir du deuxième trimestre, je suis en arrêt. Donc je passe beaucoup de temps allongée, mais ça m'est complètement égale. En fait, avec Kevin, on est complètement à l'ouest. On ne se rend pas compte que je suis à une semaine de mon terme. Et donc ce soir-là, c'est le soir de la fête de la musique. Lui sort sans capter que potentiellement, cette nuit, je peux accoucher. Et moi aussi, on est dans un déni total.
On ne se rend pas du tout compte que ça peut arriver. Alors pourtant, tout est fait pour qu'on se rende compte. La chambre est prête, ma valise est prête. J'ai fait tous mes cours de préparation à l'accouchement, mais non.
¶ L'Accouchement et le Choc Émotionnel
Et en fait, en pleine nuit, je perds les os en dormant. Et là, je suis choquée, quoi. Je me dis, j'ai perdu les os. Et lui, il bondit du lit, il dit, c'est pas vrai. Et du coup, on fait comme si on était très sereins. Je dis, non, attends. Je vais prendre ma douche, j'ai vu dans les conseils qu'il vaut mieux aller prendre sa douche avant d'y aller. Je prends ma douche et on y va tranquillement. Quand on part à la maternité, on n'a pas prévenu nos familles, c'est décidé de cette façon.
Parce que j'ai pas envie d'avoir plein de messages, de tenir au courant les gens, etc. Donc je ne préviens qu'une seule personne, c'est ma meilleure amie. J'ai envie que ce moment nous appartienne. On arrive à la maternité. Au final, Serge est perdu les os, mais je n'ai pas de contraction. Donc on patiente. Je dors même.
Le lendemain, les contractions arrivent. Elles sont très douloureuses. Au bout de deux heures, on me fait la péridurale et tout se passe très bien. Je n'entends pas du tout pleurer alors qu'apparemment il pleure et on me le pousse sur moi. Et là, je fais...
Oh mon dieu ! Je comprends du coup qu'on vient de me poser mon bébé sur moi mais je m'y attendais pas. Je pensais qu'il allait falloir que je continue de pousser en fait. Et je sens qu'il est tout chaud quoi. Il a été posé sur mon ventre et il est juste tout chaud quoi.
J'essaie de le regarder, j'essaie de voir son visage mais sa position sur moi fait que je n'arrive pas à voir sa tête et je suis tellement là, je me sens complètement à la fois shootée et épuisée que je n'ai pas la force de relever la tête pour... voir ses yeux par exemple. Mais il va falloir lui faire ses soins, ils ont des contrôles à faire. Et en fait, à ce moment-là, j'ai l'impression qu'on m'arrache mon bébé. C'est bizarre, je me sens exclue.
Enfin, je l'ai eu pendant neuf mois que pour moi. Et là, je viens d'accoucher et je ne sais pas combien de temps, peut-être au bout d'un quart d'heure à peine, on me le retire. Je trouve ça hyper violent, quoi. Ça ne me met pas en colère, ça me rend triste. Je me sens rejetée en fait à ce moment-là. Je me sens trop. Donc après on vient et on veut me le reposer sur moi. Et au final je refuse. Je refuse en fait...
parce qu'on est en train de me recoudre. Et ça me fait un peu souffrir quand même. Et j'ai l'impression que si on me le pose sur moi, j'ai pas assez de force pour le tenir. Dès qu'on a fini de me recoudre, on me le redonne, mais au final, c'est le moment de monter à la chambre. Donc je me relève, je m'assois sur la chaise roulante, et là, je dis à Kevin, je vais tomber, appelle quelqu'un.
¶ Le Malaise et les Visites à la Maternité
Et là, je ne me souviens plus de ce qui se passe. Et je me réveille, je suis allongée, il y a six personnes autour de moi. Et ma première réaction, c'est, je dis, j'ai fait tomber Théo ! J'en suis sûre. Et là, en fait, je comprends que non, Théo va bien, il est dans son petit berceau et c'est juste moi qui ai fait un malaise sur la chaise roulante et l'équipe médicale m'a allongée. Une fois montée dans la chambre...
Là, je décide de faire un fast time avec mon papa pour lui présenter mon bébé. Et donc, c'est à ce moment-là que je lui présente mon fils et que je lui annonce. Non seulement que j'étais à maternité, mais en plus que j'ai accouché. Donc le lendemain matin, j'ai une puricultrice qui vient pour me montrer les soins du bébé, comment changer la couche, comment nettoyer son nombril, le petit cordon, tout ça.
Et en fait, ce n'est pas du tout le bon moment pour moi parce que je suis encore très affaiblie de l'accouchement. C'est aussi le moment du premier bain de mon bébé et j'ai envie d'être présente. Je n'ai pas envie de passer à côté de ce moment-là. Mais en fait, je suis présente physiquement, mais je ne suis pas trop là mentalement parce que je suis en train d'essayer de lutter pour réussir à tenir debout et puis pour ne pas tomber dans les pommes.
ni que je finis par aller m'asseoir sur le lit parce que ça tourne tellement, j'ai tellement des vertiges qu'il faut que je m'assoie. Et là, la famille de Kevin arrive. Et en fait, juste avant qu'ils arrivent, c'était déjà sur la route, Kevin me dit mais ça te dérange pas si ma famille vient ? Et je regarde, je dis bah évidemment que ça me dérange. Parce que tu sais très bien qu'on avait convenu que je voulais pas de visite.
En plus, là, ça ne fait même pas 24 heures que j'ai accouché, j'ai fait un malaise. Ce matin, je ne me sentais pas bien, j'ai besoin de repos et ce n'est pas le bon moment. Mais c'est dimanche et le lendemain, ses parents travaillent. Donc, c'est soit aujourd'hui, soit non. Clairement, là, je fais plaisir à Kevin, je fais plaisir à ses parents et je m'oublie. Parce que moi, c'est pas ce que j'ai envie. Mais c'est comme ça. Honnêtement, j'ai pas le choix.
Donc j'ai accouché le samedi à 18h30. Voilà ma journée du dimanche. Arrive donc le lundi, le matin. On recommence. Les médecins, les médecins, les médecins. Impossible de... En fait, impossible de rentrer en relation avec mon enfant. J'ai l'impression que moi, j'ai besoin d'intimité. Je peux pas être dans ce truc avec mon bébé s'il y a tout le monde qui arrête pas de...
de me déranger tout le temps. Les médecins et Kevin vont inciter pour que j'aille marcher. Ils veulent absolument que j'aille marcher. Ça fait du bien une femme qui vient d'accoucher d'aller marcher. Donc, je vais marcher. autour de la maternité. Je fais des tours, je sais pas, pendant une demi-heure. Et puis bon, le temps passe dans tout ça et je remonte, il doit être 16h dans ma chambre et là je regarde Théo. Je le regarde et je me dis mais c'est pas Théo ça ?
Et là, je me dis, il y a un problème là. Je lui dis, mais c'est sûr que c'était où ? Et je pose une petite question comme ça, comme si de rien n'était à Kevin. Et je dis, mais t'es restée dans la chambre ? tout ce temps-là, quand j'étais pas là ? Et il me dit, bah oui, pourquoi ? Je dis, non, comme ça. En fait, cette question, elle est pas... Il y a quelque chose derrière cette question, c'est que j'ai l'impression qu'on m'avait changé mon bébé. Physiquement, je ne reconnais plus le bébé.
Je m'en inquiète pas trop, je me dis c'est qu'une petite pensée comme ça, je viens d'accoucher, je suis un peu à l'ouest, ça va aller, demain on rentre à la maison, ça va aller mieux, ça va passer.
¶ La Distance Grandissante et le Déni
Quand ça arrive à la maison, en fait, il y a des moments où tout se passe bien, je suis super heureuse. Et il y a des moments où je ressens une distance avec ce bébé. Mais une distance... Terrible ! Où vraiment j'ai aucun lien avec lui quoi. Je le regarde, ouais c'est un bébé. J'ai pas l'impression que ça soit le mien. J'ai pas du tout l'impression qu'il a été dans mon ventre. J'ai l'impression qu'il s'est rien créé entre lui et moi. Il n'y a rien. Et le pire, c'est qu'en fait, je fais semblant.
Je fais semblant devant Kevin, je fais semblant pour ce bébé. Donc je fais celle qui est super heureuse, qui fait des gazouilles à son bébé, qui le prend dans ses bras, etc. Mais je ne ressens rien du tout de tout ça. Tout ça, c'est que de l'acting. Tout ça, je fais semblant. Et ça commence à m'inquiéter parce que les jours commencent à passer et ça ne s'améliore pas, ça ne stagne pas, ça s'empire. Je n'arrête pas de me dire si je ne ressens pas le lien.
Je crois que je sais pourquoi. C'est parce qu'on m'a échangé mon bébé. Quand je suis partie marcher, on a dû m'échanger mon bébé à la naissance. Et c'est pour ça que je n'ai pas de lien. Parce que ce n'est pas le mien. Et mon instinct maternel... Ça doit faire à ce moment-là à peu près une semaine que Théo est né. Et je l'ai dans mes bras, dans le lit. C'est le soir, Kevin rentre dans la chambre et je lui dis, je crois qu'il y a un problème.
Je suis en pleurs, en fait. Je lui dis, je crois qu'il y a un problème. Et là, il me dit, qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qu'il a, Théo ? Et là, je lui dis, non, non, Théo, va bien, c'est moi. Je lui dis, j'ai l'impression que c'est pas mon bébé. J'ai l'impression que c'est pas le mien. Et en fait, il ne comprend pas. Il me dit, mais comment ça ? Oui, c'est ton bébé. Je dis, oui, mais je ne ressens pas ce truc.
Et lui, en fait, il me rassure. Il me dit, non, mais je te vois commenter avec Théo. T'es folle de lui. T'arrêtes pas de lui le sourire, de le regarder. Tu t'inquiètes trop pour rien. Tout va bien. Et je lui dis non mais je fais semblant. Il dit non mais tu fais pas semblant, tu t'inquiètes trop. Je me dis bon, ok, peut-être que je m'inquiète trop en effet. Je cherche sur internet ce qui est en train de m'arriver.
¶ Recherche de Réponses et Rythme Quotidien
Parce que je me dis que, entre guillemets, ça tourne pas rond là. Donc je cherche. Qu'est-ce qui m'arrive ? Est-ce que je fais un baby blues ? Est-ce que je fais une dépression postpartum ? C'est un début. Est-ce que je fais ce qu'on appelle une psychose purpérale ? Est-ce que, je ne sais pas, j'ai accouché, il s'est passé un truc dans mon cerveau qui a lâché, je n'en sais rien, et je perds un peu la tête. Qu'est-ce qui est en train de se passer en moi ?
Et Kevin, il comprend pas en fait. Il m'écoute, il est très à l'écoute. Et il parle beaucoup avec moi. Mais il sait pas m'aider. Il sait pas trop quoi me dire. À part me dire que ça va passer, que c'est rien de grave. que voilà, c'est certainement un baby blues, etc. Il va commencer à avoir un rythme qui va s'installer de mes journées et il va être tout le temps le même pendant plusieurs mois. Le matin, je me réveille avec une anxiété extrême.
Je fais des crises d'angoisse. Kevin peut me retrouver, je suis allongée sur le carrelage de ma cuisine, en train de trembler. L'anxiété est tellement forte que ça se transforme en crise d'angoisse. J'ai aussi beaucoup d'agitation. Je ne peux pas rester assise. Il faut que je marche, j'ai envie de courir.
Il faut que je danse, il faut que je bouge. Je ne peux pas rester assise. C'est trop compliqué de rester assise. C'est vraiment des périodes d'agitation fortes. L'après-midi, je suis dans les vapes. Je ne suis pas là. Je suis là, mais je ne suis pas là. Je suis à l'ouest, je suis dans mes pensées. Et le soir, pourquoi je ne sais pas, je reviens à moi.
Théo redevient Théo, je n'ai plus aucun doute. Tout est naturel, oui c'est bien mon bébé, oui tout va bien. Je ne sais pas ce qu'il m'a appris aujourd'hui, je ne sais pas ce qu'il m'a appris ces derniers jours. Je reviens à la raison. Et je me dis, chaque soir je me dis, ça y est. Le baby blues est fini. C'était chaud, mais ça y est, c'est fini. Sauf que chaque matin, quand je me réveille, ça recommence. Chaque matin.
Mes pensées reviennent, chaque matin l'anxiété est à nouveau présente, chaque après-midi je dis soucis, et chaque soir je reviens à moi. Et je reviens à moi particulièrement quand je bois un verre d'alcool. ne serait-ce qu'un verre. Rien qu'avec un verre, je ressens l'effet de l'alcool. Et c'est compliqué de le dire, mais c'est vrai, ça me fait du bien de boire de l'alcool.
¶ Les Premières Tentatives d'Aide
Sur internet, ils disent que quand ça dure plus de deux semaines, c'est plus qu'un baby blues. Donc, je le dis pas à Kevin, je décide de prendre rendez-vous avec ma sage-femme en prétextant que j'ai mal à ma cicatrice, post-accouchement. Mais je ne prends pas du tout rendez-vous pour ça. Je prends un rendez-vous pour lui parler de ce qui se passe dans ma tête. Et donc j'arrive chez Massage Femme avec mon bébé.
Et à sage-femme, elle me dit ça. Alors, comment ça va ? Et en fait, je ne parle même pas de l'histoire de ma cicatrie. J'ai un peu mal, mais je m'en fiche complètement. Ce n'est pas le problème. Je lui dis, j'ai un problème avec Théo. Je crois que je ne l'aime pas. J'ai l'impression que ce n'est pas mon fils. Et là, elle me regarde, je vois ses yeux et il s'écarquille. Elle me dit, pauvre bébé. Et là, je perds la voix. J'ai honte. J'ai honte de ce que je lui dis.
Et donc, je baisse la tête. Et là, je sens qu'au bout de quelques secondes, elle se reprend tout de suite. Elle fait non, mais bon, bon, ok, alors bon, dites-moi. Elle me regarde, elle pince des lèvres, elle me dit... Moi, le psychologique, je sais pas trop. J'étais suivie par deux sages-femmes. Elle me dit, écoutez, l'autre sage-femme est en congé. Elle revient dans trois semaines. Quand elle revient, prenez rendez-vous avec elle. Et là, dans la tête, je me dis, trois semaines ?
C'est long trois semaines quand on va pas bien. Mais j'insiste pas, je dis bon bah d'accord. Une semaine se poursuit et là, en fait, c'est toujours le même rituel. Chaque matin, chaque après-midi, chaque soir. C'est tout le temps, tout le temps la même chose. Sauf qu'à chaque jour, ça monte d'un cran. Chaque jour, c'est plus grave que la veille. Au lieu de faire une crise d'angoisse, j'en fais deux.
J'en fais trois. Mes mains tremblent en continu. Je vomis de stress, d'anxiété. Et là, je me dis trois semaines. Ça fait déjà une semaine. Je suis déjà au bout. Je ne vais pas tenir. Et surtout avec cette relation avec mon bébé qui s'empire parce que la distance s'installe de plus en plus entre lui et moi. J'arrive pas du tout à connecter avec lui. Je décide d'aller voir la PMI. pour demander de l'aide.
La PMI, c'est un endroit où quand on est maman, on peut aller avec son bébé. Au début, il pèse votre bébé chaque semaine. Et vous pouvez aussi avoir un sujet médical pour votre bébé. par la suite, pour ces vaccinations, etc. Mais en fait, quand j'y vais, je n'ose pas le dire à Kevin. En fait, j'ai entendu des mauvaises expériences de d'autres mamans sur la PMI, que je ne connais pas, des trucs que j'ai lus sur Internet, et des femmes à qui on a retiré leur bébé.
Et moi je me dis, mais là avec ce que je vais leur dire, ils vont me retirer Théo. C'est sûr ! Donc j'y vais avec ma poussette toute tremblante là. Et je me dis, une chance sur deux que je revienne sans ma poussette. Mais dans ma tête, je me dis, écoute, si la PMI décide de faire ça, c'est que c'est le mieux pour Théo. Alors tu vas y aller, tu vas leur dire. Et eux, ils décideront.
Donc j'y vais en ayant conscience de tout ça, mais j'y vais surtout parce que comme je sais qu'il y a des psychologues, j'aimerais bien être suivie en fait. J'aimerais bien parler à quelqu'un et que quelqu'un me dise ce qui m'arrive quoi. Et là j'arrive, je suis à l'accueil et je dis, j'ai accouché il y a trois semaines maintenant, je ne vais pas bien et j'aurais voulu prendre rendez-vous avec un psychologue.
Et là, on me dit, ah oui, mais là, ça va être le mois d'août, là. Il n'y a pas de place avant le départ en vacances de la psychologue. Donc moi, j'avais peur qu'on me retire la garde de mon enfant. Et en fait, tout le monde s'en fout. Tous les jours, je vais me trouver quatre trucs différents. Un coup, je suis devenue bipolaire.
Un coup, je suis devenue schizophrène, un autre coup, c'est un baby blues, puis finalement, c'est une dépression postpartum. Voilà, moi, je n'arrive pas du tout à trouver ce que j'ai. J'ai besoin d'un pro, quoi. J'ai besoin de quelqu'un dont c'est le métier. Et avec Théo, je fais comme si tout allait bien. C'est des grands sourires, qu'est-ce que t'es beau, etc. Mais je sens que ça devient de plus en plus compliqué de faire semblant.
C'est vraiment éprouvant pour moi, à faire comme si tout allait bien devant mon fils, parce que je ne veux pas qu'il en souffre, je ne veux pas qu'il se rende compte qu'il y a un problème.
¶ Urgences Psychiatriques et Pensées Suicidaires
Ça va faire un mois que j'ai accouché. Je me souviens que j'ai eu un petit dépliant à la maternité. Et dans ce dépliant, c'est marqué, si ça ne va pas bien, psychologiquement, appelez la maternité. Donc, je décide d'appeler la maternité. Je tombe sur une infirmière de la maternité, enfin on me la passe, et elle me dit ça va. Et là j'arrive même pas à répondre. Parce qu'en fait je suis en train de pleurer. Et si j'ouvre la bouche avant d'entendre que mes sanglots.
Et elle me dit, c'est dans la tête, c'est ça. Et là, je lui explique et je lui dis que je suis en train de penser à quitter mon domicile à ce moment-là parce que je me rends compte que je suis une très mauvaise mère. que c'est pas du tout ce que ce bébé a besoin, et que j'ai plus ma place ici, et que ce bébé serait bien mieux sans moi. Bien bien mieux, qu'il reste qu'avec son papa, c'est mieux de pas avoir de mère qu'une mère comme ça.
Je me dis écoutez, là au vu de ce que vous me dites, là c'est grave, il faut que vous alliez aux urgences psychiatriques. Ni une, ni deux. Je dis à Kevin qui est en télétravail, tu t'occupes de Théo cet après-midi, moi je dois aller aux urgences psychiatriques. J'y avais déjà pensé, mais j'avais honte d'y aller. Donc je prends ma petite voiture et...
Je me rends compte que là, juste le trajet pour aller aux urgences psychiatriques, c'est la première fois en un mois que je suis sans Théo. Et je sens une pression qui retombe. Je sens que j'arrive à souffler là dans ma voiture. J'arrive aux urgences psychiatriques. On va me recevoir, donc je me retrouve dans la salle d'attente avec une télévision qui est mise sous cage. Oh, je me dis...
Ça fait un choc quand même de se retrouver là. C'est à mon tour. Le psychiatre me reçoit. Il est tout le temps dérangé. Il ne se passe pas 4 minutes sans que son téléphone sonne. Il s'excuse tout le temps. Il fait de son mieux. Mais il me dit, je suis tout seule, je suis obligée de répondre au téléphone, je n'ai pas le choix. Donc bon, voilà, je finis de raconter un petit peu mes petits problèmes, et puis il me prescrit des anxiolytiques, et voilà.
Là, je rentre. Théo, il est tout mignon. Il est dans son petit nidange. Il fait dodo sur le canapé. Il est tout chou. Et là, je le regarde et je me dis... Je ne le supporte plus. Ce bébé-là, je ne le supporte plus. Je commence vraiment à en avoir marre de m'occuper d'un bébé qui n'est pas le mien. Et je sens une montée d'agressivité en moi. Je sens de l'énervement contre lui. Vraiment.
Ça tiendrait qu'à moi, je le pousserai de mes mains. Je l'écarterai de moi en lui disant, mais pousse-toi ! Arrête de me coller, je n'en peux plus ! Pousse-toi ! Je le dis tout de suite à Kevin. Je dis, ça va pas là. J'ai dit là ça va pas, je lui explique ce que je viens de ressentir. Et même lui il est sous le choc, il sait plus quoi me dire. Je regarde sur internet.
Et je vois que dans les cas sévères de dépression postpartum, il y a un risque de suicide chez la maman. Et il y a un risque d'infanticide pour le bébé. Et je lui dis à Kevin, je dis, il faut protéger Théo. C'est la priorité. Il faut le protéger et il faut le protéger de moi, sa mère.
¶ Diagnostic, Antipsychotiques et Hallucinations
Au final, ça y est, les trois semaines sont passées, je revois ma sage-femme et elle est géniale. Et elle me dit, ok, il faut qu'on trouve une solution maintenant. Et là, elle prend son téléphone. Et elle va passer à un nombre incalculable d'appels. On est le vendredi. Elle dit, bon, écoutez, la situation, de toute façon, elle est trop grave. Quand vous rentrez chez vous, vous trouvez sur Internet un rendez-vous en ligne, là, avec un psychiatre.
pour le temps du week-end. Et lundi, vous aurez un vrai rendez-vous, on va dire, avec un service spécialisé pour les mères en difficulté. Donc ok, là je rentre, je prends un rendez-vous en ligne avec un psychiatre et lui il va me faire un diagnostic. Il m'explique que j'ai eu un choc émotionnel, que je m'étais complètement faite au fait que j'étais bien enceinte.
mais pas du tout au fait que j'allais devenir mère, que j'ai des symptômes psychotiques et qu'en effet, c'est sérieux. Et là, il me donne une ordonnance et là, ça ne rigole pas l'ordonnance. Il y a des antipsychotiques, il y a des anxiolytiques, des grosses doses. Je cours à la pharmacie, je veux prendre les médicaments au plus vite. Je veux que tout ça, ça s'arrête.
Et je commence les médicaments pour le week-end en attendant mon entre-endez-vous avec le psychiatre. Et là, je rentre. Et là, Kevin, il me dit, j'ai réservé un week-end. On part à Chantilly, dans un hôtel spa un peu luxe avec Théo. On va prendre l'air. Ah, je suis trop contente. Je sors de cette maison, je sors là de cet enfer. Ça va être plus facile de supporter ce week-end loin. Sur la route, je me sens bien. En même temps, si c'est le soir, comme chaque soir, je me sens bien.
On arrive dans la chambre et tout, et puis tout va bien. Et tout d'un coup, je commence petit à petit à reperdre la parole. Et là, Kevin y comprend. Je suis repartie, ça va de nouveau plus. Je suis repartie dans mes pensées. Je suis repartie avec l'anxiété. Je ne suis plus vraiment là.
Donc je décide d'aller me coucher et en fait j'ai mis en place des petits rituels pour essayer de me sortir de ces phases d'anxiété et tout. J'essaye de me reconnecter à la réalité et quand je fais ça, je regarde des photos de mon fils en fait. Sauf que là, je regarde ma photo et je vois qu'elle bouge. Je colle ma tête presque à mon écran de téléphone et je vois l'image bouger. Je me dis mais c'est pas possible.
Une photo, ça bouge pas. Et là, ça bouge et ça fait Théo avec un sourire machiavélique, en fait. Et je me dis, mais c'est le diable, en fait, ce bébé. Ce bébé, c'est le diable. À nouveau, je passe d'un état à un autre. Je reviens à moi et je me dis, qu'est-ce qui vient de se passer ? Qu'est-ce qui vient de se passer là ? Et là je comprends, j'ai envie d'avoir une hallucination.
Je ne m'arrête pas de pleurer pendant ce week-end à Chantilly. C'est un week-end horrible. À un moment donné, je décide de le dire à Théo ce qui se passe. Je ressens ce besoin de lui expliquer pour le rassurer. Donc je le prends dans mes bras et j'ai l'impression que c'est la première fois que Théo et moi, on se regarde droit dans les yeux. J'ai l'impression qu'avant ça, on ne s'était jamais regardé. Et je lui explique. Je lui dis que je ne vais pas bien.
que ça n'a rien à voir avec lui, que ça n'a à voir que moi, que c'est que moi, que maman qui ne va pas bien dans la tête, et que je vais aller très très vite mieux, et que ça sera bientôt fini tout ça, et je lui demande pardon. Je lui dis, excuse-moi, tu viens de naître. Je devrais être une super maman, m'occuper de toi. Et c'est pas du tout ce que je suis. C'est injuste pour toi.
¶ Dépression Post-partum Sévère et Mariage
On rentre de ce week-end de l'horreur. Et le lundi, j'ai donc ce rendez-vous dans ce service spécialisé pour les mères en difficulté. Et donc je leur présente l'ordonnance que le psychiatre m'a donnée. Je leur dis aussi le diagnostic qu'il a fait, et là, elles me disent, non, non, mais c'est pas du tout ça qui vous arrive. Qu'est-ce qui m'arrive ? Elles me disent, vous faites une dépression postpartum sévère.
Je leur explique les hallucinations, l'agressivité que j'ai déjà ressentie une fois. Elles me disent non, non, mais ça, ça rentre dans le champ de la dépression postpartum. Donc le traitement que le psychiatre vous a donné, vous l'arrêtez tout de suite. Ne le poursuivez pas. Et nous, on va vous en donner des antidépresseurs. Sauf que des antidépresseurs, ça n'agit pas tout de suite. Ça prend plusieurs semaines. Et donc, je compte, je les prends d'une manière très assidue.
Mais en attendant, les hallucinations, elles vont continuer. Avec Kevin, on décide de partir en Bretagne. On est en plein mois d'août pour me faire changer d'air. Il n'y a que Kevin qui est là pour moi. Il n'y a que Kevin qui me parle, qui m'écoute.
Il fait ce qu'il peut, il n'est pas parfait, mais vraiment il fait ce qu'il peut, il fait tout ce qu'il peut. Mais en dehors de lui, il n'y a personne d'autre. On avait décalé mon mariage, notre mariage, parce que j'étais enceinte et je ne voulais pas me marier enceinte. Donc au mois de septembre, on doit se marier dans un château, avec 100 invités, un traiteur et tout ce qui va avec. Et évidemment, c'est moi le personnage principal. C'est moi la mariée.
Il va falloir que j'organise les choses de dernière minute, que j'installe les tables. Mais je ne peux pas faire tout ça. Mais j'ai pas le choix. Les gens viennent de Bretagne, ils ont même réservé un minibus pour venir tous ensemble. Je peux pas leur dire, il y a des gens de 86 ans qui viennent à notre mariage, les grands-parents de Kevin. Je peux pas tout décaler.
Pour tenir bon sur ce mariage, voilà comment je vais opérer. Jusqu'à l'église, je réussis à tenir bon, parce que c'est aussi beaucoup de pression ce mariage. Tout le monde me sollicite, tout le monde veut faire des photos. Alors que je tiens à peine debout. Donc c'est comme ça que je fais. Dès que j'ai une montée de stress, je prends un oxydétique et un verre d'alcool. Il ne se passe pas une heure sans que je fasse ça. J'ai un petit garde-fou, c'est ma...
mon ami d'enfance, ma meilleure amie, qui travaille en pharmacie. Et quand même, à chaque fois que j'en prends un, je lui dis. Et à un moment donné, j'arrive à la limite, elle me dit non, t'en as vraiment trop pris, tu peux plus, sinon tu vas tomber. Donc voilà, mais je donne le change, je passe pour une mariée, je pense, un peu pompette. C'est rigolo. Mais en fait, je suis surtout une mariée qui est complètement droguie et alcoolisée, quoi. Mais mon mariage se passe comme ça le lendemain.
J'ai qu'une hâte, c'est que ça se finisse. Enfin, et que je rentre. Je n'en peux plus. Le soir, on rentre, on dort chez mon père en Normandie.
¶ Le Soutien Familial et l'Aide Spécialisée
Je vais me coucher, je crois, à 18h et je dors d'une traite. Et à 9h du matin, Kevin est en bas avec Théo. Et moi, je prends mon téléphone et je décide d'appeler ma belle-mère. La mère de Kevin. En fait, je comprends que je ne peux plus m'occuper de Théo comme je devrais m'en occuper et qu'il va me falloir un relais. Sérieux. Et la seule personne à qui je pense, c'est ma belle-mère. Elle a eu trois enfants.
Ils sont tous devenus bien, tous devenus normaux. Je sais qu'elle s'occupe très bien de ses enfants. J'y vais pour qu'elle s'occupe de mon Théo. Elle s'occupera bien de mon bébé à ma place. Elle me dit que oui, bien sûr, on est les biens nus chez elle. Et je laisse pas le choix à Kevin, je lui dis, on va chez tes parents, pour une durée indéterminée. On arrive chez mes beaux-parents, et moi je suis là pour que ma belle-mère s'occupe de mon fils.
Et à ma grande surprise, c'est de moi dont elle va s'occuper. Elle m'emmène marcher, elle me fait des petits plats réconfortants. Et je recommence à manger. Le soir avec son mari, il joue avec moi des jeux de société, aux cartes. Ça va être la première page de mon rétablissement.
Et elle et moi, on cherche sur internet et on trouve l'association Maman Blouse. Je les appelle. La dame que j'ai au téléphone est très gentille et elle me dit écoutez, je connais une personne, c'est une psychologue. Elle ne le consulte qu'à distance. Mais elle est très bien. Et j'ai trop hâte de rencontrer cette psychologue. J'ai trop de choses à lui dire. Et donc j'ai ma première consultation avec elle et je fais que pleurer.
Mais par contre, pour la première fois, je la vois. Elle me fait oui de la tête tout le temps. Je vois qu'elle me comprend. Elle me comprend assez exactement ce que je ressens. Elle est capable de finir mes phrases. Et je me dis... Enfin, enfin, quelqu'un qui comprend ce que je dis, et ça me fait vraiment du bien. Elle me dit qu'il ne faut pas que je laisse mon esprit divaguer. Il faut que je fasse des choses, il faut que je m'occupe.
Du coup je me dis ok, je rentre, allez, je vais mener ma guerre, je vais guérir, et surtout avec mon Théo, bah tant pis, le lien ne s'est pas créé à la naissance.
¶ Construire et Retrouver le Lien Maternel
Je suis dans un rejet total de ma relation avec mon bébé. Je vais améliorer tout ça. Je vais construire ce qui ne s'est pas fait naturellement. J'ai mes antidépresseurs, ma psy. ma psychiatre, mon mari, je vais y arriver. Je me renseigne sur tout ce qui est possible de faire avec son bébé. Alors on va faire une séance de bébé massage, une séance de bébé yoga.
La PMI a des portes ouvertes tous les lundis matin, donc on va y aller. Tous les jours, avec Théo, nous avons une activité. Ça marche, pas parfaitement, mais on arrive à tenir quand même comme ça. Il y a des fois où pendant trois semaines, je ne reconnais pas mon fils. Je regarde Théo comme un bébé inconnu. Et puis après, pendant deux semaines, en fait, on est connecté.
Et ça redevient mon fils. C'est très fatigant parce que je me dis, à chaque fois je reprends espoir, je me dis « Ah ça y est, je suis guérie ! » Ah ben non, je ne suis pas guérie. J'ai dû me dire au moins une centaine de fois que j'étais guérie. Quand Théo a 4 mois, je retombe enceinte et je suis complètement sous le choc de cette grossesse qui est complètement inattendue.
Avec mon mari, on ne prononcera jamais un mot, c'est le mot avortement. On ne veut pas le dire. On ne veut pas le dire, je pense qu'on y pense tous les deux. Parce que ça serait la décision raisonnable. Mais on prend la décision déraisonnable. de ne jamais en parler et de poursuivre cette grossesse. Je me dis pour l'instant c'est le moment de Théo, avec Théo on a trop de choses encore à faire, trop de choses à vivre. Ce nouveau bébé, on verra quand il sera là.
Mais pendant cette grossesse, j'en parle jamais, je touche jamais mon ventre. Tout ce qui compte pour moi, c'était haut. Petit à petit, les symptômes disparaissent. Les hallucinations s'arrêtent, l'anxiété s'arrête, les crises d'angoisse aussi. Tout s'arrête petit à petit. Un jour je vais me dire mais ça fait longtemps que j'ai pas eu du mal à reconnaître Théo.
Est-ce que je serai guérie ? Théo est né au mois de juin 2024. Ma fille est née au mois d'août 2025. Pour ma fille, ça s'est passé comme ce que tout le monde raconte. J'ai eu un coup de foudre. À la naissance, quand je l'ai vue, je me suis dit que c'était la plus belle chose que j'avais jamais vue de ma vie. Et je l'ai aimée à la folie dès le premier jour. Il y a une chose très importante.
que je me suis dite à plusieurs reprises, j'ai toujours refoulé cette pensée, j'en ai jamais parlé à personne, que ce soit ma psychiatre ou à ma psychologue ou à Kevin. C'est que parfois je me disais que si je me débarrassais de mon bébé, de Théo, j'allais retrouver mon vrai bébé. Ça faisait partie de mes pensées qui me hantaient.
Ça faisait partie de tout l'aspect psychotique de ce que j'ai vécu. Et heureusement, je n'ai jamais été jusque-là, mais n'empêche que j'y ai pensé. Quand ma fille née, je me rends compte que ça fait bien trois mois. que j'ai plus eu de problème, aucun. Je remange complètement normalement depuis longtemps maintenant. Mon fils, c'est bien mon fille. Je ne pense pas du tout qu'on ne l'ait changé. Je ressens un lien très fort avec lui. Tout se passe bien.
Tout se passe normalement en fait, tout simplement. Je ne saurais jamais exactement ce qui s'est passé, le terme médical. Au choix, il y en a eu plusieurs, mais ça a été très long. Et honnêtement, rien ne s'est créé naturellement avec lui. On a créé ce qui existe aujourd'hui entre lui et moi. Comme quoi, si ça ne vient pas naturellement, ça peut se créer. C'est dur, il faut s'accrocher, mais ça peut arriver.
Transfert est un podcast produit par Slate. Direction et production éditoriale, Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours. Chargée de production, Astrid Verdun. Chargée de post-production, Mona Delahaye. Sous-titrage Société Radio-Canada Découvrez aussi Transfer Club, l'offre premium de transfert. Trois fois par mois, Transfer donne accès à du contenu exclusif, des histoires inédites et les coulisses de vos épisodes préférés.
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