¶ Intro / Opening
Prête à embarquer pour un nouveau voyage cet été ? Pourquoi ne pas le faire avec Polar Steps, l'application pensée pour tous les voyageurs passionnés. Avec Polar Steps, vous pouvez planifier votre aventure grâce à des itinéraires personnalisés, créés par l'IA et adaptés à votre style. Une fois sur la route, votre trajet est automatiquement tracé sur une carte et vous pouvez y ajouter des photos, des vidéos et des stories tout au long du voyage. Et ce n'est pas tout.
Vous pourrez revivre votre périple en feuilletant un album photo imprimé ou en regardant un film de vos aventures estivales générées rien que pour vous. Vous rêvez de vivre vos vacances à fond ? Téléchargez gratuitement l'application Polar Steps et lancez-vous ! Holly et Jerry sont très amoureux. Ensemble, ils forment un couple parfait. Mais après la mort soudaine de Jerry, Holly sombre dans une dépression dont rien ne semble pouvoir la sortir.
C'est grâce au message que Jerry envoie à Oli après sa mort qu'elle pourra tourner la page et entamer une nouvelle vie. Cette histoire, c'est celle du livre « P.S. I love you » de Cecilia Ahern. Énorme best-seller très vite adapté au cinéma avec Hilary Swank et Gérard Butler. À l'approche de la retraite, rien ne semble pouvoir briser la routine installée entre Lise et son mari.
Mais en seulement quelques secondes, leur existence va être renversée. Attention, cet épisode aborde des sujets sensibles. Pour en savoir plus, reportez-vous au texte de description de l'épisode. Vous écoutez Transfer, épisode 369, un témoignage recueilli par Oriane Guérito.
¶ La Rencontre Inattendue de Lise
J'ai presque 24 ans, je suis en dernière année d'études en 1989. Et j'ai pris une colocation avec ma cousine. Donc en même temps, j'ai un emploi à mi-temps. À la Toussaint, elle invite un couple d'amis qui a deux enfants, que je ne connais pas, à venir passer le week-end. Quand ils arrivent, je vois cet homme, Denis.
Et j'ai l'impression qu'il se passe quelque chose entre nous. On échange des regards, mais c'est tout. Il est marié, il a deux enfants. Je me suis toujours promis de ne pas toucher un homme marié. Il me tend une boîte de pâtisserie. Il y a une tarte dedans. Je suis tellement perturbée que maladroitement, je la fais tomber sur le plan de travail. Denis a 32 ans quand je le rencontre. Il est assez svelte. Il a une personnalité...
attachante, communiquante. Et je suis séduite presque au premier regard. Il a les yeux bleus, mais pour moi, les yeux, ce n'est pas le plus important. C'est la bouche le plus important. Il se passe quelque chose. On passera ce week-end juste à échanger des regards, mais je me refuse à laisser parler les choses. Je ne suis pas dans une stratégie de séduction.
Pour moi, il est intouchable. Mais je sens qu'il se passe quelque chose. Il y a une attirance importante. On s'observe, en fait, au cours de ce week-end. Ils nous retournent l'invitation. Quinze jours après, on est en week-end chez eux. Pareil, toujours les échanges de regard, la sensation qu'il se passe quelque chose, mais sans qu'on s'autorise à quoi que ce soit, aucun geste, aucun contact.
À soirée sous prétexte d'un déplacement professionnel. Il vient seul, sans sa femme et ses enfants. Je suis seule, ma cousine n'est pas là. Il toque à la porte et on se regarde. Je comprends pourquoi il est là, et puis il s'approche, il m'embrasse. Et puis c'est parti, quoi ! On se voit en cachette.
¶ Amour, Vie Commune et Tensions
pendant quelques semaines, puis il quitte sa femme. Il m'appelle et je viens. Et on commence notre aventure, notre vie ensemble. Il divorce, donc on habite ensemble. On a une fille en 1999, Marie, et puis notre vie continue comme un couple normal, mais on s'aime toujours fort. On a une garde alternée avec ses filles. La vie se passe bien avec mes belles-filles. Denis prend sa retraite au moment du premier confinement et moi je continue à travailler. Donc il prend sa retraite à 62 ans.
Il fait un travail physique, en fait. Il travaille dans un entrepôt comme agent de réception. Et il est content de prendre sa retraite parce que physiquement, il est fatigué. Et intellectuellement aussi, parce que c'est pas très enrichissant. Et au moment où il prend sa retraite... Il prend plaisir à se consacrer à des activités « intellectuelles ». Ça n'a jamais été un sportif. Donc il dessine, il lit, il écoute de la musique.
Comme il a arrêté toute activité physique, il prend du poids, il n'a pas une alimentation très équilibrée. Moi, je continue de travailler pendant les confinements. Tous les matins, je pars prendre le RER, il est 7h20 alors que le réveil a sonné à 6h. Ça me pèse, j'ai 55 ans, j'en ai marre d'être obligée d'aller bosser. Je n'ai qu'une hâte, c'est être en retraite, mais ce n'est pas encore pour tout de suite. Et notre vie de couple est un peu tendue.
Parce que je pars au boulot le matin, juste il se lève pour me dire au revoir au moment où je vais prendre le RER et ça m'agace. Lui, il a la chance de rester à ne rien faire pendant toute la journée. Alors que moi, je dois aller au boulot. Donc, je me sens agressive. Je lui fais souvent des reproches, pas toujours justifiés. L'ambiance est un peu tendue entre nous. Et quelque part, je lui reproche d'avoir le...
la joie d'être à la retraite et pas moi. Ça fait 35 ans qu'on vit ensemble et ce quotidien où lui a maintenant la possibilité d'être détendu alors que moi j'ai la pression de l'activité et du travail. fait que je suis agressive, pas patiente. Je sens que je me détache de lui, quelque part.
Mais on a toujours une affection très forte et donc on n'a pas d'engueulade suffisamment intense pour pousser un non-retour quelque part. Mais surtout, mon ton est assez agressif à son égard. Ce n'est pas tant ce que je lui dis. qui est méchant que le ton que j'emploie. Et parfois, il me fait remarquer. Tu me parles avec agressivité. Ça me confronte à mon propre vieillissement. C'est difficile à accepter.
On n'est plus un jeune couple avec tout notre charme et donc c'est difficile aussi pour une femme d'accepter de vieillir et ça me rend agressive parfois.
¶ L'Arrêt Cardiaque Inattendu
Le 20 octobre 2021, c'est un mercredi, je pars au boulot comme d'habitude, je vais prendre le RER, donc je quitte l'appartement, il est 7h20, il vient de se lever, il vient me dire... Au revoir et refermer la porte. Comme d'habitude, je pars dans l'escalier avec toujours un point d'agacement. Donc la journée se passe. Pas de difficultés particulières au boulot. Je peux partir à peu près à l'heure et j'arrive à la maison, je vous la porte et j'échange deux phrases avec Denis.
demande si le RER a bien roulé, si ma journée s'est bien passée. Donc, lui dit oui, puis je pars à la salle de bain me changer. Et lui va à la cuisine finir de mettre la table. Et tout d'un coup, j'entends un grand bruit. Je me dis qu'il a cassé quelque chose dans la cuisine. Je m'approche en plaisantant un peu, en disant alors qu'est-ce que tu as cassé ? Et il ne me répond pas.
Et je le trouve allongé par terre, à plat ventre, dans la cuisine. Une chaise est renversée et il ne bouge pas. Je me précipite, je pousse la table. La chaise, je le touche pour voir, j'ai l'impression qu'il est tombé contre un meuble et qu'il s'est assommé, mais il n'a rien à la tête. Donc je le mets en position latérale de sécurité et puis j'essaye de voir ce qui lui arrive. Et en fait, il a les yeux grands ouverts et il ne respire plus. Je le mets sur le dos.
Sa langue commence à sortir, et je me dis, alors c'est comme ça que ça va finir, notre vie de 35 ans d'amour ? J'ai un moment de... de sidération. J'ai une pensée aussi un peu complètement absurde. Je me dis que ça va être compliqué d'organiser un enterrement.
¶ Lutte pour la Vie de Denis
Et puis, je ne sais pas ce qui se passe dans ma tête. Je ne peux pas le laisser comme ça. Donc, j'attrape mon téléphone portable et je me mets à agir. Donc, je compose le 15. Ça ne répond pas tout de suite. J'ai le message d'attente deux fois, trois fois. Alors, j'attrape le téléphone fixe et je compose le 15 aussi. En même temps, je vais ouvrir la porte d'entrée de l'appartement.
Finalement, ça répond sur mon portable. L'opérateur du 15 me demande ce qui se passe. Je lui explique que mon compagnon est mort dans la cuisine, mais que ça vient de se produire et qu'il ne respire plus. Et je comprends à des moments de silence que l'opérateur, je ne sais pas si c'est un pompier, il en déclenche les secours. Et en même temps, il me demande des renseignements. Puis il me dit, maintenant, il va falloir masser. Vous savez le faire.
Je me rappelle un peu. Je me mets à genoux, à côté de Denis, et je pose mes mains sur son sternum. Et le pompier me dit, vous mettez le téléphone portable au parleur à côté et vous comptez avec moi. Et à chaque chiffre, il faut faire une pression. Et c'est parti. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10.
Ça va vite, ça va plus vite que ce que je pensais. Et il faut toujours 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10. Je compte à voix haute. Et ce pompier au téléphone, il est celui qui me raccroche à la vie parce que j'ai l'impression... de ne plus personnifier. Je ne lui parle pas, je ne lui dis pas, tiens le coup, quoi que ce soit. Non, c'est un corps sur lequel je fais pression.
Ça craque dans sa poitrine. Je dis au pompier, je suis en train de lui casser les côtes. Il me dit, ça ne fait rien, continuez. Donc je continue. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10. Petit moment, je lui donne des précisions sur la situation de notre immeuble. C'est le plus au fond de la résidence. Il me dit, continuez, les pompiers vont arriver. Je sens... Une goutte de sueur qui coule au creux de mon genou, mais je sens pas le temps qui s'écoule dans le...
dans le fait de faire ce massage cardiaque. À un moment, le pompier me demande de vérifier s'il respire. J'arrête le massage et il y a un genre de râle qui sort de sa bouche, mais c'est comme si sa poitrine se regonflait parce que j'ai arrêté d'aller. appuyer dessus et il n'y a pas de respiration qui sort. Donc, il me dit reprenez le massage et je continue.
Les pompiers sonnent à l'interphone, ça m'agace parce que je sais que les pompiers, normalement, ils ont un badge pour accéder dans les immeubles. Donc j'arrête le massage, je me précipite leur ouvrir la porte et je retourne dans la cuisine reprendre le massage. Ils arrivent à l'entrée de l'appartement, ils m'appellent, donc je les appelle de la cuisine.
Ils arrivent et puis ils écartent tous les meubles qui les gênent. Ils repoussent la table jusque dans le salon. Un pompier prend le relais du massage cardiaque. J'ai toujours l'opérateur en ligne, l'opérateur du 15. Et il me demande de lui passer un pompier, donc je lui passe le téléphone, sans doute pour avoir confirmation qu'il se passe bien quelque chose.
En fait, j'ai eu le 15 en ligne, 14 minutes, ça veut dire que j'ai massé pendant 12 minutes. Je n'ai pas l'impression que ça ait duré aussi longtemps. L'un des pompiers demande qu'on coupe le t-shirt de Denis. J'attrape une paire de ciseaux qui est sur un meuble et la donne au pompier qui est chargé de couper le t-shirt. Et l'autre pompier lui pose des patches du défibrillateur sur la poitrine.
Et puis, il enclenche le défibrillateur. Moi, je me suis reculée un peu plus loin, je les laisse travailler. Le défibrillateur envoie une impulsion, mais il ne se passe rien. Je comprends que le cœur n'est pas reparti. Et le pompier fait une deuxième tentative d'impulsion du défibrillateur. Et là, il dit, c'est bon, j'ai un rythme. Denis ne reprend pas conscience. Et le SAMU arrive à ce moment-là.
¶ Le Coma, l'Attente et le Rôle de Lise
Je vais leur ouvrir la porte et je les guide dans la cuisine. Ils font le point avec les pompiers. Le médecin du SAMU m'explique qu'ils vont plonger Denis dans le coma artificiel immédiatement parce qu'ils vont lui faire des soins très douloureux. perce une voie osseuse, c'est-à-dire qu'avec une perceuse, il perce le tibia pour injecter les médicaments directement dans la moelle osseuse pour que ça aille au cœur sans avoir un obstacle dans une artère qui est bouchée.
Donc ils font ces soins. Je m'assois sur le canapé. Je regarde l'équipe du SAMU et les pompiers s'activer autour de Denis. Je suis... un peu immobile, tétanisée, tendue sur le canapé. Le médecin du SAMU me demande plein de renseignements administratifs, puis il me dit, mais ne vous inquiétez pas, vous avez fait tout ce que vous pouviez, vous avez fait ce qu'il fallait faire. Moi, je lui dis, oui, mais s'il se réveille comme un légume, il va m'en vouloir. Et il me dit, on ne peut pas savoir.
Après que j'ai donné tous les renseignements administratifs au médecin du SAMU, je sais qu'il faut que je prévienne Marie. Donc je l'appelle, mais je ne sais pas comment commencer ma phrase sans l'affoler complètement. Donc je lui dis...
Marie, c'est grave, c'est grave. Elle ne comprend pas ce que je veux dire, donc je lui explique la situation. Tout ce que je suis capable de lui dire, c'est que son père a... a fait un arrêt cardiaque, que les pompiers sont en train de le réanimer, qu'il est dans le coma et qu'on ne sait pas ce que ça va advenir.
À partir du moment où ça s'est passé, j'ai eu une tension parce que je sais que je suis celle qui doit tenir, je suis celle qui doit porter tout le monde, et donc je ne m'octroie pas le droit de craquer, je tiens. Il pose un espèce d'arceau sur la poitrine de Denis. pour attacher ses bras au-dessus de la poitrine. Et il m'explique que c'est un appareil automatique qui s'enclenchera s'il refait un arrêt cardiaque. Et c'est un appareil qui fait automatiquement le massage cardiaque.
Ils vont le transporter dans l'ambulance. D'autres pompiers sont arrivés entre temps. Ils sont six pompiers. Ils l'installent sur un brancard. Ils me demandent un petit coussin pour mettre en dessous de sa tête. Ils le descendent, ils l'installent dans l'ambulance des pompiers et le médecin m'explique qu'ils ne savent pas encore à quel hôpital ils vont l'emmener. Il est au téléphone avec la régulation et ils attendent de savoir dans quel hôpital ils ont une place pour l'emmener.
A aucun moment je ne... Je n'ai personnifié Denis. Il est dans l'ambulance, les pompiers s'affairent autour de lui. Je n'ai pas un geste pour le toucher, je n'ai pas un mot pour lui dire quoi que ce soit. Je me rends compte qu'il y a une barrière. Je garde une froideur. Je communique avec le médecin du SAMU, avec les pompiers. Ils m'expliquent que finalement, ils ont une place à l'hôpital de Corbeil.
Je demande si je dois l'accompagner. Il me dit que non, que j'irai demain. Il faut que j'appelle dans deux ou trois heures pour avoir des nouvelles. Je n'insiste pas, en fait. Je ne sais pas, j'ai l'impression d'être en dehors. qu'il y a une distance. Je ne m'autorise pas d'émotion, c'est bizarre. Je ne suis pas là à pleurer, je ne suis pas là à vouloir absolument suivre l'ambulance pour savoir tout de suite ce qui se passe.
Donc je prends les informations qu'il me donne et je sais que je devrais appeler l'hôpital trois heures après. Donc je remonte à l'appartement. Marie doit arriver avec sa sœur.
¶ Premières Visites et Incertitude
J'arrive dans cet appartement vide alors qu'il y a eu jusqu'à neuf personnes autour de nous. Je remets en ordre un peu tout. Je nettoie la flaque d'urine qui se trouve à l'endroit où était le corps de Denis. Peu de temps après, Marie et sa sœur arrivent. Elles pleurent, mais je leur explique qui s'est passé. Je leur dis qu'on en saura plus plus tard, qu'on ne peut pas dire que c'est fini, puisque ce n'est pas fini, il est parti à l'hôpital. On espère que les choses vont évoluer favorablement.
Je suis toujours dans cette tension. Je porte tout sur mes épaules, donc je ne m'autorise pas trop à pleurer. Je suis là pour rassurer les filles aussi. Vers 23h, j'appelle l'hôpital, il me passe le service de réanimation qui m'explique qu'ils ont pu lui déboucher une artère et qu'ils le maintiennent en coma artificiel. Et c'est tout. Et ils me disent de venir le lendemain. On va se coucher péniblement. Je ressens vraiment cette tension. Je dors par pointillés, mais en même temps...
Il faut dormir pour récupérer. J'ai besoin de sommeil. Le lendemain, on part à l'hôpital de Corbeil. Les médecins ont besoin de nous rencontrer avant, de nous permettre de voir Denis. Ils nous expliquent qu'ils ne peuvent pas savoir s'il a des séquelles neurologiques. Tout ce qu'ils me disent, c'est qu'ils le maintiennent en hypothermie, donc une température du corps plus basse, pour que justement son cerveau ait le temps de se régénérer.
Il nous accompagne dans le box de réanimation. Il est allongé sur cette table. Il est intubé. Il y a toutes les machines autour. Et son corps est froid. Mais je l'ai réinvesti. J'arrive à le toucher. J'arrive à lui parler, même si les larmes coulent un peu. Il nous fait sourire parce que, en fait, Denis porte les cheveux longs et il ne veut jamais les attacher. Et ils lui ont attaché les cheveux en haut du crâne et ils lui ont fait une natte.
Alors, avec ma fille, on sourit. Et puis, on ne peut pas laisser ça sans qu'il s'en souvienne. Et donc, on prend une photo juste du haut de son crâne. On ne veut pas prendre de photos de lui avec l'intubation. Mais sa natte, il fallait qu'on la prenne en photo. même si on ne savait pas s'il allait être capable de revoir cette photo. Et puis on passe un peu de temps avec lui, mais il est inconscient, il est froid.
Il ne faut pas craquer pour Marie. Ce n'est pas à ma fille de soutenir sa mère. C'est à moi de soutenir ma fille. Donc je tiens, même si c'est difficile. Si je m'angoissais à ce moment-là, ça allait devenir invivable. Et donc, il fallait que je tienne, minute par minute, sans projeter des inquiétudes qui n'ont pas lieu d'être. Parce que, de toute façon, c'est déjà une situation pas terrible.
Pas la peine de projeter et d'imaginer des choses pires. Donc je tiens, et puis on avance, parce qu'il faut avancer. Puisqu'ils ne sont pas capables de nous dire que tout est perdu, c'est que tout n'est pas perdu. Chaque jour, on ira l'après-midi voir Denis. Ça s'est passé un mercredi soir. Le dimanche, c'est difficile parce qu'ils ont essayé de le sortir du coma. allégé un peu les drogues, et il est agité, il n'a pas repris conscience, mais il ouvre les yeux, mais ses yeux sont révulsés.
Donc on voit le blanc d'œil, la tête qui va d'un côté et de l'autre alors qu'il est intubé. Mais à chaque fois qu'un infirmier lui prend la main en lui disant « serrez ma main si vous m'entendez ». Il ne réagit pas, donc c'est un peu difficile de le voir dans cet état-là. Donc je me dis, lundi, il faut que je retourne au travail parce que je...
chaque jour à attendre avec Marie. Elle aussi, il faut qu'elle reprenne le travail parce que ça ne sert à rien qu'on soit aussi dans l'attente et dans l'angoisse à la maison. Et le mardi matin, je vais au boulot.
¶ Le Réveil Inattendu de Denis
Dans la matinée, l'hôpital m'appelle et me dit qu'il est sorti du commun et il a demandé qu'on vous appelle. Ça veut dire qu'il se rappelle de moi, ça veut dire qu'il est capable de parler. un soulagement énorme. Je m'autorise à souffler, à pleurer et à relâcher la tension qui m'habitait depuis les cinq jours. Mes collègues de travail sont... Très empathique, donc je peux me permettre de me lâcher un peu. Je vais à l'hôpital confiante et quand j'arrive, il est assis dans un fauteuil.
Je le touche. J'ai besoin de le toucher. Il est vivant. Mais je le vois, les sourcils français, il n'est plus intubé et il est très agacé d'être dans cet hôpital. Et le fait qu'il nous reconnaisse, qu'il nous parle, qu'il marche... son corps qui fonctionne, sa tête qui fonctionne, puisqu'il sait qui on est. Il est capable de s'exprimer, même si on dirait qu'il est sous cocaïne.
C'est un soulagement énorme. C'est un soulagement de se dire, ça ne sera pas un légume. C'est lui, quoi. Même si c'est lui un peu énervé, c'est lui. On comprend qu'il n'a pas conscience de ce qui lui est arrivé. Donc, on est obligé de lui expliquer. Je lui explique qu'il est mort dans la cuisine et que c'est pour ça qu'il est à l'hôpital et qu'il faut qu'il reste à l'hôpital et qu'ils vont le soigner.
En même temps, il a des hallucinations, donc il voit des espèces de verres sur le mur. Il sait que c'est des hallucinations, mais il voit aussi des... des personnages. Il nous parle d'un chien jaune et il a un débit très rapide et c'est très étonnant de le voir alors que pendant cinq jours on l'a vu dans le coma. de le voir aussi énervé, aussi agité. On est déstabilisé, mais en même temps, il y a de la joie. Le fait qu'ensuite, on puisse prévenir tous les amis, toute la famille.
qui attendaient des nouvelles. C'est quand même une joie et un soulagement que de pouvoir les rassurer. Et nous-mêmes, on est rassurés.
¶ Reconstruction et Complicité Retrouvée
Donc les médecins m'expliquent qu'au vu de ces artères, il va falloir lui poser des stents. C'est des espèces de ressorts qui maintiennent les artères ouvertes quand elles sont en mauvais état. Denis était un gros fumeur jusqu'à ce qu'on ait marié. Il arrêtait de fumer quand elle avait deux ou trois ans.
Mais les médecins m'expliquent que les dégâts faits par le tabac aux artères sont irréversibles. Pendant deux ou trois jours, j'y vais à chaque fois l'après-midi. Il est toujours très agité, il a toujours ses hallucinations. On s'aperçoit en parlant qu'il a perdu deux mois de mémoire. Des choses qu'on a faites en septembre, en août, il ne s'en rappelle plus.
Lorsqu'il le transfère en soins intensifs, il est très affaibli, mais pendant cinq jours, ils l'ont lavé à l'éponge. Donc je lui propose de prendre une douche et de l'aider. à prendre sa douche. Dans le passé, j'avais douché mes parents âgés. Ça avait été une épreuve pour moi. Être confrontée à l'obligation et à la dégradation des corps de ses parents, c'est pas facile. Mais quand je le fais pour Denis, je ne ressens pas la même chose. C'est un acte d'amour.
Il y a de la tendresse, il y a de la complicité aussi. Je l'aide à laver ses cheveux, à les démêler pour défaire toute la natte qu'il avait emmêlée dans ses cheveux. Je ressens beaucoup le besoin de le toucher. toucher son corps pour vérifier qu'il est là, qu'il est bien là, qu'il est vivant. Comme je vais bosser le matin, j'y vais l'après-midi, chaque fois que je vais le voir, je m'allonge à côté d'lui, il me fait une petite place, on parle.
Je lui apporte des livres. Il n'aime pas trop regarder la télé. Il arrive à écouter la musique. Il avait toujours refusé d'avoir un téléphone portable. Je lui dis que ce serait quand même plus pratique que tu aies un téléphone portable à l'hôpital. Donc il accepte que j'aille acheter un téléphone portable et que je lui explique comment fonctionne un smartphone. C'est aussi un moment où on rigole un peu.
Lui et les technologies, il ne sait pas trop son truc. Il découvre l'usage du téléphone portable et des textos. Et donc, au lieu d'en écrire deux lignes, il en écrit 20. Mais on échange par texto des mots tendres aussi, parce qu'il a pris conscience de ce qui lui était arrivé. Et on est étonnés, tous les deux, de ce qui s'est passé, d'être ensemble.
encore ensemble et qu'il soit en vie. C'est plein de moments de tendresse. C'est un peu dur parce qu'il sait qu'il va devoir rester deux mois à l'hôpital puisque après un infarctus, il faut de la rééducation à l'effort et qu'il est très affaibli.
¶ Nouveaux Modes de Vie et Retour
Pendant les deux mois où Denis reste hospitalisé, c'est un peu comme une parenthèse, je ne me sens pas en vacances, je ne m'autorise pas à vivre, en fait je vis à son rythme. Je dors toujours de mon côté du lit au lieu de m'étaler. Je mange sur mon petit plateau devant la télévision. Ce n'est pas des vacances. C'est un peu fatigant parce qu'au début, j'allais à l'hôpital tous les après-midi. Après, j'y vais un jour sur deux. Il me manque, donc je m'aperçois que...
Ma vie de couple qui m'agaçait auparavant, en fait, elle est très importante pour moi, même si c'est un couple de 35 ans de vie commune. C'est lui et personne d'autre et je n'ai pas envie de me retrouver seule. Il me manque et les échanges qu'on a sont importants. Donc, j'attends avec impatience qu'il revienne. Ça a changé mon...
ma rancœur et mon agacement à son égard. Je sais qu'il ne me reste plus que deux ans à travailler, donc je prendrai ma retraite dès que je pourrai pour qu'on puisse être ensemble. Il rentre à la maison avant Noël. Il a perdu 14 kilos. Il a l'obligation de faire une activité physique. Lui qui n'était pas sportif, il faut qu'il réussisse un test d'effort pour qu'il le laisse à... rentrer à la maison. Donc il prend très à cœur le fait de suivre les préconisations qui lui ont été données.
Donc il va marcher tous les matins pendant 35 minutes, puisque c'est la durée minimum qu'on lui a donnée. Il n'en fera pas 5 minutes de plus, mais il marche 35 minutes. Il a complètement changé son alimentation. Il ne mange plus que des fruits et des légumes, pas de sel, très peu de sucre. Il met un point d'honneur à suivre ce régime alimentaire et à suivre cet exercice physique parce qu'il pense qu'il me le doit et qu'il doit à tous les médecins, les pompiers qui ont contribué.
à ce qu'ils soient encore vivants. Les filles ont... ont pris conscience de la mortalité de leur père et elles ont changé leur attitude alors que parfois elles étaient moqueuses, agacées. Là, elles ont pris conscience. que du jour au lendemain, elles pouvaient ne plus avoir de père. Elles sont beaucoup plus attentives à prendre des nouvelles, à être plus sensibles.
Par le travail, j'ai pu aller voir une psychologue quand il était encore à l'hôpital pour essayer de sortir un petit peu l'intensité du moment. En fait, je me suis aperçue que j'y pensais presque tout le temps. Le 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, il est resté longtemps dans ma tête. Et quand je cours, parfois... Je compte le rythme de mes pas. Même quand je marche, des fois, quand je vais à la gare, je me surprends à compter. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10.
Assez vite, j'ai quand même décidé de ne pas m'angoisser. Je ne peux pas rentrer tous les soirs en me disant « est-ce que je vais le retrouver mort ? » Je ne peux pas, lorsqu'il ne répond pas au téléphone, m'angoisser en me disant « qu'est-ce qui s'est passé ? » Ça va être invivable.
¶ Libération Émotionnelle et Avenir Commun
Donc j'ai décidé de ne plus m'angoisser sur ce sujet. Lorsqu'il revient à la maison, on retrouve des moments de tendresse, on retrouve de la complicité. Je ne veux pas le materner, donc je ne suis pas toujours à... prendre soin de lui. Il est capable de prendre soin de lui. Il a pris conscience de ce qu'il devait faire. Mais j'ai plus ces réflexions agressives d'avant.
Je suis contente de le retrouver le soir et d'échanger avec lui sur la journée. Je suis contente qu'il me dise bonne journée le matin quand je pars au boulot. Je peux prendre ma retraite à 57 ans. Je prends ma retraite le 1er janvier 2023. Les premiers temps de cohabitation 24 heures sur 24 sont un peu difficiles, mais je pense que c'est pour tous les couples à la retraite.
Il faut qu'on se trouve des rythmes, des choses à faire séparément. Denis se lève plutôt que moi et il aime dessiner le matin. L'après-midi, il aime écouter de la musique. Moi, j'aime aller me promener. Quand il fait moche, je vais au cinéma. On arrive à faire des choses séparément, des activités séparément. Je ne dis pas qu'il n'y a pas des fois des petites engueulades, mais c'est... Je ne ressens pas la tension qu'il y avait auparavant.
J'avais toujours eu le projet de partir un mois aux Etats-Unis seule lorsque je serai en retraite. Donc j'organise mon voyage, il est d'accord, il n'y a pas de difficultés entre nous à ce sujet. Donc je pars tout le mois d'avril 2023 aux Etats-Unis. Le fait d'être à 6000 kilomètres me permet de poser ce poids qui était sur mes épaules, cette responsabilité.
Je le laisse en France, je m'en vais et quoi qu'il arrive, je ne pourrai rien faire puisque je serai à 6000 kilomètres. Donc j'ai tout organisé pour que ses filles s'occupent de lui. Je n'ai plus cette tension, je n'ai plus ce poids sur les épaules que je portais depuis le 20 octobre 2021. On a tissé un lien fort.
Au-delà de notre vie de couple, je lui ai sauvé la vie. Il sait que je lui ai sauvé la vie. Je ne veux pas qu'il m'en soit reconnaissant parce que je sais qu'il aurait fait la même chose. Ça a resserré nos liens, ça a resserré notre amour et notre tendresse. Ça fait partie de notre vie et c'est quelque chose qui... qui nous accompagne. La mort est devenue un élément de notre vie sans être quelque chose de dramatique, finalement.
Quand on s'est rencontrés et qu'on a commencé à vivre ensemble, pour moi c'était une certitude. C'est l'homme avec qui je voulais vieillir, je lui avais dit. Ça l'avait surpris cette expression. Ce qui s'est passé confirme que je vieillirais avec lui. Je ne sais pas lequel des deux partira en premier, mais on est destinés à passer notre vie ensemble.
Vous venez d'écouter Transfer, épisode 369, un témoignage recueilli par Oriane Guérito. Cet épisode a été produit par Slate Podcast. Direction éditoriale, Christophe Caron. Direction de la production, Sarah Koskiewicz. Direction artistique et habillage musical, Benjamin Septemours. Production éditoriale, Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours. Chargé de pré-production, Astrid Verdun. Prise de son, Victor Benhamou. Montage, Mona Delahaye. Musique, Thomas Lupias.
L'introduction a été écrite par Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours. Elle est lue par Aurélie Rodriguez. Retrouvez Transfer tous les jeudis sur Slate.fr et sur votre application d'écoute préférée. Sous-titrage Société Radio-Canada Rendez-vous sur slate.fr slash transferclub. Pour proposer une histoire, vous pouvez nous envoyer un mail à l'adresse transfert at slate.fr.
