¶ Intro / Opening
Cet épisode de transfert vous est présenté par Bouygues Télécom, engagé avec ses clients contre l'exclusion numérique grâce à l'opération Don de Giga. Chaque mois, les clients Bouygues Télécom peuvent offrir des gigas symboliques à l'association de leur choix. Quatre partenaires participent à cette initiative. Les petits frères des pauvres, le Secours populaire, la Fondation des femmes et l'APF France Handicap.
Ces gigas sont ensuite transformés en forfaits et smartphones pour des personnes en situation d'exclusion numérique. Cette année, plus de 925 000 gigas ont déjà permis à des milliers de bénéficiaires de se reconnecter et ainsi de rester en lien avec leurs proches et la société. Pour découvrir l'histoire de ce beau projet et l'impact concret de vos dons, n'hésitez pas à aller voir la vidéo Giga Merci sur la chaîne YouTube ou le site de Bouygues Télécom.
L'existence précède l'essence. Cinq mots pour synthétiser la pensée existentialiste portée par Sartre et Kierkegaard. Cinq mots pour rappeler que selon eux, nos vies ne sont que ce que nous en faisons. que notre existence est le produit de nos choix et de nos actes, que le sens de notre présence est celui que nous lui donnons. Mais si nos choix nous définissent, ils définissent aussi la vie de celles et ceux présents autour de nous.
Joseph s'est longtemps laissé vivre, profitant d'une jeunesse de jouissance et de plaisir. Puis vint le temps pour lui, au mi-temps de sa vingtaine, de devoir décider de faire le choix qui signera le reste de sa vie. Vous écoutez Transfert épisode 165, un témoignage recueilli par Anthony Lesme.
¶ Jeunesse et Crise du Quart de Vie
Le 26 juillet 2018, je fête mes 25 ans. dans un bar à Paris. Une fête plutôt triste, j'ai envie de dire, parce que c'était un mardi soir ou quelque chose comme ça, et donc la plupart de mes potes sont partis avant minuit, et en fait je fêtais mon anniversaire à minuit. Pas forcément mémorable en termes de soirée, mais c'est 25.
ans était un peu une étape pour moi parce que c'était un quart de vie et que du coup c'était un peu un moment où malgré moi j'étais obligé un peu de faire le point parce que ça me paraissait être une année un peu symbolique. Et c'est un moment où tout va plutôt bien dans ma vie, ces 25 ans, où je sors, j'habite à Paris, qui est une ville que j'adore, ça marche plutôt bien professionnellement, j'ai beaucoup d'amis que j'aime beaucoup.
et j'ai une sorte d'équilibre qui est cool, mais ça fait pas mal de temps, on va dire... depuis que j'ai 18 ans, que je suis dans un schéma qui est un peu tout le temps le même, à savoir beaucoup de fêtes, beaucoup d'abus, beaucoup d'alcool, beaucoup de drogue, une vie de jouissance, qui me satisfait, on va dire, complètement.
qui ne laissent pas énormément de perspectives sur comment ça pourrait être autrement, et qu'est-ce que c'est une autre vie que celle-là, et notamment une vie plus adulte, avec plus de responsabilités, moins de fêtes, et tout simplement... Je ne voyais pas trop comment j'allais sortir de ce cercle-là qui m'apportait tant de plaisir et qui, en même temps, commençait sérieusement à ressembler à un cercle pas vicieux, mais en tout cas à quelque chose qui tourne en rond.
¶ Annonce Sereine de la Maladie Maternelle
En octobre 2018, quelques mois après ma 25e année, j'ai reçu un coup de téléphone de ma mère qui m'explique en gros qu'une maladie qu'elle traînait déjà depuis un an et demi, deux ans, s'était aggravée. Et que cette maladie, qui avait un nom très compliqué avant, pouvait aujourd'hui se résumer en leucémie. C'est-à-dire un cancer du sang. Depuis un an et demi, c'est quelque chose qui traînait un petit peu, mais...
un sujet que je n'avais pas vraiment pris au sérieux parce que j'avais toujours tendance à penser que ma mère dramatisait les choses et que, en vérité, ça ne m'intéressait pas tant que ça. J'avais d'autres choses en tête et que... On n'avait jamais parlé de pronostic vital ou quoi que ce soit, donc j'avais l'impression que c'était quelque chose de vraiment pas grave. Et à ce moment-là, effectivement, je réalise ce qu'elle m'appelle et qu'elle me dit la phrase.
A priori, il me reste un an à vivre. Donc ça fait un gros coup de massue derrière la tête parce que...
Je suis confronté à quelque chose auquel je ne m'étais pas du tout préparé parce que c'était normal que je ne m'y prépare pas. Personne ne m'avait vraiment prévenu et je n'avais pas prêté attention tant que ça. Et puis surtout, c'était une situation qui s'était dégradée et même les médecins eux-mêmes étaient très surpris de la... tournure que prenaient les choses donc en fait personne ne pouvait prévoir ce truc là et donc on parle je pense pendant une heure et demie, deux heures
Et moi, j'ai du mal à arrêter de pleurer parce que je ne comprends pas. Et qu'en même temps, ma mère a une manière très très sereine de me l'annoncer. Elle est très posée. Et pour elle, ce n'est pas du tout grave. Et du coup, vraiment, elle passe peut-être sur l'heure et demie qu'on a, elle m'annonce en un quart d'heure le truc, et le reste du temps, c'est me rassurer, moi en fait, en me disant que c'est le cycle de la vie.
Pas en me disant, elle ne me dit pas du tout, t'inquiète, finalement, je vais me rétablir tout ça. Non, c'est plus normal, c'est la continuité des choses et ça arrive peut-être un peu tôt, mais... Il n'y a rien de grave, il n'y a rien de dramatique là-dedans.
¶ Le Choix de l'Aide à Mourir
On se retrouve en décembre pour fêter Noël ensemble et elle nous prend à part, moi et ma sœur, pour nous annoncer déjà qu'à priori, ça serait notre dernier Noël ensemble. et que du coup, il fallait en profiter. Ensuite, qu'elle ne voulait pas essayer une grève de moelle, ce qui était la seule option possible.
Elle ne voulait pas essayer ça, notamment parce qu'il y avait peu de chances que ça réussisse et que ça voulait dire plus d'un an d'hospitalisation. Et que du coup, elle voulait avoir un contrôle sur quand elle allait partir. Du coup, elle avait contacté Dignitas, une entreprise en Suisse qui aide les gens à mourir.
et qu'elle avait commencé les démarches avec eux pour pouvoir choisir le moment de sa mort. Et est-ce que nous, on se sentait de l'accompagner dans ce dernier voyage, de faire la route ensemble ? Et elle voyait ça un peu comme une expédition de vacances où on louerait un van avec les gens qui étaient...
OK, pour venir la voir mourir. Cette idée-là l'excitait un petit peu en se disant ça va être super, ça va être un super moment, on va tous être dans le van et on va aller en Suisse comme ça, me dire au revoir. Je rentre à Paris, les mois passent.
¶ Vivre Dans le Déni Face au Déclin
Et pendant ces mois, tout est un peu léger parce que ma mère fait en sorte que ce soit léger. Elle fait en sorte d'avoir la même vie qu'avant. Elle prend le train, elle fait du vélo. Malgré le fait qu'elle soit très fatiguée, elle donne le change à fond. Et moi, ça m'arrange bien parce que je suis plutôt dans le déni dans ces mois-là. Je refuse de parler de sa maladie. Je veux juste...
profiter des moments que j'ai avec elle. Et comme elle donne vachement bien le change, il y a vraiment des moments où on oublie un peu ce truc-là, tout en essayant de profiter un maximum des moments présents et d'être ensemble. Elle monte me voir, je descends la voir, on va faire des ciné, on va faire des restos. On parle des problématiques basiques de nos vies communes. Je descends en juin, je descends à Avignon la voir, et au moment où je suis dans le train, prêt à arriver...
à Avignon. Je l'ai au téléphone pour régler une histoire de « tu viens me chercher en voiture » ou je ne sais pas quoi. Et là, elle me dit « écoute, j'ai eu un rendez-vous avec mon médecin il y a deux, trois jours, et il m'a dit qu'il était temps de vous parler. » Parce que tu esquives un peu le sujet à chaque fois que j'essaie de t'en parler. Mais maintenant, tu ne peux plus esquiver le sujet. Il faut que je t'explique. Là, ça va vraiment mal. Et ça va être pour dans pas longtemps.
Et même à ce moment-là, je lui dis « Ok, t'es sûr ? » En fait, ça suivait des analyses qu'elle venait de faire. Ça suivait son médecin qui lui parlait d'analyses qui venaient de tomber. Donc j'ai dit, bon, t'es sûr, t'es natalise, t'es remonté une fois, est-ce que là, ça peut pas remonter un petit peu ? Donc les globules rouges, les globules blancs, c'était des histoires de globules, quoi. Et...
Même à ce moment-là, moi, je lui dis OK, j'entends bien. Et elle me propose même qu'on aille voir son médecin ensemble. Donc je lui dis OK, on va faire ça, on va aller voir ton médecin ensemble. Mais pour l'instant, j'arrive et on ne va pas en reparler. Et donc le lendemain, on va avoir son médecin généraliste. Et je comprends juste que les choses vont s'accélérer. Et physiquement, je commence aussi à le voir, c'est-à-dire que...
En réalité, en 2-3 mois, ma mère a pris 10 ans. Elle faisait très jeune pour son âge et elle est vraiment devenue une vieillarde sur 2-3 mois. Donc forcément, ça se voyait. On ne peut plus faire ce qu'on veut en termes d'efforts physiques. Elle marche beaucoup plus lentement. Donc pour aller au ciné, ça met, je dis n'importe quoi, 30 minutes au lieu de 15. Son état s'empire de plus en plus. Elle est de plus en plus alitée. Elle a besoin d'une assistance quasiment 24 heures sur 24.
¶ Concilier Tournée et Soins Palliatifs
parce qu'elle refuse d'aller à l'hôpital, elle ne veut pas finir ses jours à l'hôpital. Et moi, c'est un moment où les festivals commencent. Étant musicien, j'ai beaucoup de travail à ce moment-là. Et ça ouvre une période où je suis... Je dirais un peu en démission, mais en tout cas, je ne suis pas forcément triste, pas triste profondément, mais en tout cas, je regarde les choses un peu plus d'en haut parce que je flotte dans un espèce de sentiment de non-contrôle. J'ai des choses à faire.
que je ne me sens pas de faire, c'est-à-dire monter sur scène, assurer une tournée, tout ça. En même temps, je suis obligé de les faire. Donc je dois couper le lien entre le moi scénique qui est là pour faire rigoler les gens, pour faire le show. Et l'enfant qui est en train de se dire, qu'est-ce qui se passe ? Maman s'en va et c'est quelque chose de très triste. Et en fait, assez étonnamment, je switchais de l'un à l'autre.
très vite dans une même journée parce que parfois je vais à Avignon voir ma mère et puis dans l'après-midi je prends un train pour aller faire un concert le soir. Donc ça ouvre une période un peu particulière. Oui, j'alterne entre quelque chose de très joyeux, c'est-à-dire retrouver tout le monde dans un contexte de festival.
se lie avec ma mère, un peu blanche et très vieille dedans, et les longues conversations qu'on peut avoir, enfin aussi longues que possible, sur sa mort et sur ma vie d'après, et sur plein de choses.
¶ Douleurs Inexpliquées et Appel Médical
Début juillet, ma copine Léa commence à avoir des douleurs au ventre très fortes, qui ressemblent un peu à ces douleurs de règles, mais en pire. C'est-à-dire qu'elle se réveille la nuit et elle se... tort de douleur, elle est obligée de se passer de l'eau froide sur la gueule pour se calmer et c'est des crampes en fait, c'est des crampes qui la tordent vraiment de douleur.
Et comme moi, je ne suis pas quelqu'un de super take care, je viens pas lui dire, va voir un médecin, je ne sais pas. En tout cas, on laisse le truc comme ça, où elle, elle n'a pas le temps d'aller voir un médecin, je ne sais pas trop, mais... Donc au bout de deux semaines, je pars moi en concert, aux trois dates. La première nuit de concert, elle m'envoie un message vers une heure du matin en disant...
J'ai appelé SOS médecin. Là, j'ai trop mal. Je n'arrive pas à dormir. J'ai peur tellement j'ai mal. Il devrait arriver assez vite. Donc voilà, en pleine nuit, j'ai eu besoin d'appeler SOS médecin. Je n'ai pas de nouvelles pendant une heure. Moi, je suis en train de faire la fête avec les gens qui m'accompagnent. On est en train de boire. Enfin, on est en mode détente après un concert, ce qui se passe en été, en plein air, je ne sais plus où, en France déjà. Et une heure...
Après, une heure et demie après, elle me dit, alors voilà, le médecin me dit que c'est soit un problème de rein, soit c'est une grossesse, mais si c'est une grossesse, c'est sûrement une grossesse extra-utérine, tellement j'ai mal. Je te tiens au courant, un truc comme ça. Donc moi, déjà, je suis un peu bourré de tout ça. Je dis, ah bon, attends. Puis j'envoie quand même quelques points d'interrogation au fur et à mesure. Ça fait un peu le suspense quand même.
¶ Nouvelle Étonnante : Une Grossesse Imprévue
Et donc, assez vite, elle me dit, bon, c'est pas les reins, donc c'est une grossesse, je file à l'hôpital pour voir si c'est extra-utérin ou pas, parce que si c'est extra-utérin, il faut tout de suite agir, ça peut être très grave. Et je crois que malgré tout, j'arrive à quand même m'endormir là-dessus. Pour dire que j'étais concerné, mais ça va quand même.
C'est le lendemain matin que je vois un texto qui date de 4h30 du matin. Je sors de l'hôpital, ce n'est pas extra-utérin. Je suis enceinte, mais c'est tellement récent qu'ils ne savent pas dire si l'œuf est fécondé. Quelque chose comme ça. Et moi, je ne comprends pas bien, donc je lui renvoie, mais tu es enceinte, point d'interrogation. Et elle me dit oui. Et donc là, à ce moment-là, oui, je me dis, ah bah tiens, il ne manquerait plus que ça, quoi.
Il n'y avait plus que ça. Parce qu'évidemment, ce n'était absolument pas prévu, ni voulu, ni rien du tout. Et que c'était juste au moment du changement de contraceptif qu'on avait déconné. Et que ce n'était pas dans les plans.
¶ Submergé et en Pilote Automatique
À ce moment-là, je me dis que ce n'est pas possible. C'est trop à gérer. Je suis dans cette tournée qui me prend énormément d'énergie, dans cette appréhension du décès de ma mère. Et puis là, le fait que Léa soit enceinte, c'est trop.
et donc à nouveau j'ai vraiment cette impression de flottement je me revois vraiment parce que je marchais dans le cagnard je faisais des tours à pied comme ça il faisait un gros soleil c'était à Aix-les-Bains je m'en rappelle Et je me vois marcher en me disant, presque en attendant une réaction de ma part.
qui ne venait pas. Vraiment, ça ne me provoque pas de réaction plus que ça, plus excessive. Je ne suis pas en train de crier partout en disant « Qu'est-ce que je fais ? Qu'est-ce qui se passe ? » Et je suis très étonné de ne pas avoir de réaction plus excessive que ça. Et en fait, ce que je ressens, c'est effectivement cette sensation de flottement, cette sensation de me dire, là, tu ne maîtrises absolument plus rien, il y a trop d'informations, donc...
Il faut que tu te mettes en pilote automatique, que tu fasses les choses comme on t'a appris à les faire et que tu attendes de voir comment ça va se passer, quelle va être la suite des événements. Et que tu prennes les trucs au jour le jour, vraiment, parce que tu ne peux pas commencer à te projeter sur qu'est-ce qu'il faut prendre comme décision.
Qu'est-ce que ça implique tout ça ? C'était trop. Là, c'est lundi, demain, c'est mardi. Aujourd'hui, je vais faire ça. Aujourd'hui, je vais faire ça. Avec Léa, on est un couple. Mais on est quand même un couple libre, on n'habite pas ensemble, on se fréquente depuis un an et demi. C'est notamment pour toutes ces raisons-là qu'on n'avait pas du tout prévu de faire un bébé ensemble.
Et parce qu'en plus, notre couple n'est pas très solide pour l'instant. On se cherche encore. Moi-même, avec tous les vices qu'on peut connaître d'un jeune... De 25 ans, justement. Bref, même si on est très amoureux l'un de l'autre, quelque part, on n'a pas vraiment la structure relationnelle pour gérer ça de manière... Et on décide assez vite, elle étant évidemment au courant de ma situation, de tout ça, qu'on reporte toute discussion à ce sujet-là à dans dix jours. Parce que dans dix jours...
on va aller faire un autre examen qui confirmera le fait qu'elle est vraiment enceinte ou pas. C'est-à-dire que l'examen qu'elle a fait là, ils lui ont dit vous êtes enceinte, mais on ne sait pas si l'œuf est fécondé. On a besoin de vous revoir dans dix jours. pour savoir s'il s'agit réellement d'une grossesse ou si vous avez fait une fausse couche ou si ceci cela. Et en plus de ça, comme il y avait toujours ces douleurs au ventre très persistantes, il y avait 50% de...
de nous qui étions presque persuadés que ça allait être une fausse couche ou qu'en tout cas, dans ce cadre-là de douleur, un bébé ne pouvait pas tenir. Donc, on évacue la question. Je pense qu'elle fait ça aussi pour moi. ou je sais plus si c'est moi ou elle qui a l'idée, mais on évacue la question en se disant, là, on ne parle plus de ce sujet-là tant qu'on ne sait pas, en fait. Parce que ça ne sert à rien d'en parler alors qu'on ne sait même pas si tu es vraiment enceinte ou pas.
¶ Derniers Moments et Partage de la Nouvelle
Habituellement, en juillet, moi je retrouve tous mes potes à Avignon, donc la ville où j'ai grandi. Et donc depuis 5-6 ans, on se retrouve tous, on est du Quatre-Coins de France ou même parfois un peu plus loin.
Et là, j'avais décidé de garder cette semaine-là en me disant, je vais garder cette semaine-là et ça sera aussi une semaine où je pourrai passer beaucoup de temps avec ma mère. Et je vais essayer de faire en sorte que cette semaine soit OK la semaine où je suis avec ma mère, mais aussi une semaine...
où je vois mes potes et où c'est aussi un peu des vacances pour moi parce que j'en ai besoin. J'arrive à Avignon et ma mère est installée chez ma grand-mère qui est dans une maison de retraite où il y a une assistance médicale. Et c'est un bon compromis qu'on a trouvé parce que ça permet à ma mère de ne pas être à l'hôpital, mais d'avoir notamment des infirmiers qui sont là pour elle.
Et donc j'arrive à ce moment-là, elle est complètement alitée, elle a besoin de personnes à son chevet. Je prends le relais de ma grand-mère et de ma sœur, et mes journées en gros se divisent. Je peux lui parler pendant une heure et demie, deux heures. C'est à peu près le temps où elle arrive à parler un peu avec moi et à être présente et à ne pas dormir, en fait.
et donc se met dans le lit, qui est un lit, une place, donc on est un peu serré, elle me fait un peu de place, elle se pousse un peu vers le mur, et moi je m'allonge à côté d'elle, et on parle, on parle de la vie, elle me fait aussi rentrer des rappels dans mon agenda. pour écrire à différentes personnes pour leur annoncer sa mort. Et elle, elle arrive encore à avoir un peu de légèreté là-dessus en disant « Qu'est-ce que tu crois que je vais mettre comme message Facebook ? »
Qu'est-ce que tu penses de ça ? J'ai demandé à Soanta, qui était une de ses amies, de le poster. en français, en espagnol, parce qu'elle a plein d'amis espagnols. Donc elle a été vraiment dans la préparation de ça de manière très sereine, et même on rigolait parce qu'elle avait un amant.
C'est-à-dire qu'elle avait un mec qu'elle voyait, mais pas très sérieusement, et donc qui n'était pas vraiment au courant qu'elle était malade. Elle me dit « Ah, il ne faudra pas que tu oublies de lui envoyer un message, parce que tu es le seul à l'avoir rencontré une fois. » Et même moi, à ce moment-là, j'arrive un peu à en rigoler. Parce que le moment est ce qu'il est et que dans ce moment-là, c'est ce qu'elle me donne et je le reçois. Et donc, on n'est pas dans quelque chose de triste.
Et elle est pas mal sous morphine aussi déjà à ce moment-là. En fait, elle semble aller un petit peu mieux, mais parce qu'elle est complètement sous morphine, donc elle souffre moins. Et de toute façon, elle, depuis un mois, elle me dit je veux partir, j'en ai marre, tu te rends pas compte à quel point je souffre. Donc là, j'ai qu'une envie, c'est partir. Et moi, je lui demande de rester au moins encore quelques semaines pour mon anniversaire, en gros.
Et elle me dit « Ok, je vais essayer ». Et dans ce moment-là, assez vite, je lui parle de ça. Je lui parle du fait que Léa est peut-être enceinte.
parce que ça fait deux ans qu'elle me tanne là-dessus, ça fait deux ans qu'elle me dit... ça serait bien que t'aies un enfant alors que ça n'a aucun sens avec la vie que j'ai, mais bon, elle me dit ça depuis deux ans en me disant tu penses trop à ta gueule, maintenant il faudrait que t'aies un enfant pour être un peu moins égoïste, ce genre de choses, très cash, et donc...
Et puis tout simplement parce que j'ai envie de partager ça avec elle, en fait. Donc je lui dis, ça l'émeut beaucoup, et elle y voit un espèce de signe en me disant, voilà, c'est le cycle de la vie, c'est normal. Et j'ai beau lui dire « Oui, mais attends, t'emballes pas, c'est pas sûr, on sait pas. » Et en fait, elle s'en fout complètement, elle écoute pas. Elle, elle a l'info. Et pour elle, c'est évident qu'il y a un enfant, en fait.
Même si je lui répète, c'est pas sûr. Et déjà, de une, c'est pas sûr. De deux, je suis absolument pas sûr de le garder. Elle me dit oui, oui, d'accord, bien sûr. C'est incroyable cette nouvelle. Donc elle s'en fout complètement du côté pas sûr du truc. Le lendemain, on se voit. Ça, ça dure trois jours. Le troisième jour, on se voit. Elle me dit que j'ai passé la nuit avec cette nouvelle-là. J'ai pleuré cette nuit tellement ça m'a rendu heureuse.
C'est incroyable, tout ça. Et moi, à ce moment-là, j'ai une mission, c'est-à-dire que je dois aller à l'hôpital récupérer de la morphine plus forte, en gros, parce que ça ne suffit plus. Donc, comme je n'ai pas de moyens de locomotion sur place, je dois aller prendre un taxi pour aller à l'hôpital, pour aller dans un service un peu spécial, avec plein d'autorisations, parce que normalement, c'est des médocs qu'on ne donne qu'à l'hôpital.
Et donc là, elle a dû faire une dérogation, tout ça. Je vais à l'hôpital, je me dis, je suis en lit, je suis quand même vachement sympa de faire ça. Je suis là, dans mon taxi, il fait chaud. Je vois quatre médecins parce qu'à chaque fois, ce n'est pas le bon médecin. Il faut aller parler à quelqu'un d'autre, c'est l'autre, l'autorisation. Et je récupère...
¶ Crise Finale et Départ Entre Mes Bras
Je suis très fier de moi de récupérer ce qu'il faut, les bons médocs. Donc je repars en taxi dans l'autre sens. Et en fait, quand j'arrive, on devait faire installer un lit médicalisé.
Et en fait, il y a des infirmiers pour installer le lit médicalisé, mais ma mère est en angoisse totale. Elle fait une espèce d'énorme crise d'angoisse, parce que dans sa tête, qui commence à être déjà sous morphine, puis les trucs commencent à être vraiment très flous, elle a l'impression qu'on va l'emmener à l'hôpital.
Et ça, ça l'angoisse complètement. Donc elle m'attrape par le bras, elle me dit « Mon fils, ils vont m'emmener à l'hôpital, je t'ai dit que je ne veux pas, tu ne les laisses pas m'emmener à l'hôpital ? » Et je lui dis « Non, non, mais là, juste, on t'installe un lit, en fait. » Il n'y a pas d'hôpital, juste on est en train de t'installer un lit. Et à ce moment-là, je suis moi avec elle, et il y a son amie qui était là pour m'aider à l'assister.
Et comme elle fait une crise d'angoisse, elle commence à avoir beaucoup de mal à respirer. Et de cette crise d'angoisse, elle ne s'en sort pas vraiment. Et il y a un moment donné où elle me tient vraiment le bras et elle me dit « Est-ce que t'es là, mon fils ? Est-ce que t'es là ? » Et je lui dis « Oui, je suis là, tu vois. » Et elle me dit « Non, je vois plus rien. Je vois plus rien. Je te vois plus. Je vois plus rien. »
À ce moment-là, moi, je commence à comprendre qu'elle devient de plus en plus blanche et de plus en plus paniquée, en fait. Et elle me dit, j'ai peur, j'ai peur. T'es où ? T'es où ? Parce qu'elle me voit pas. Et je lui dis, je suis là, maman, je suis là. Et en fait, là, il commence à y avoir un espèce de branle-bas de combat de façon autour de nous, avec les infirmiers qui étaient présents sur place. Parce qu'entre temps...
Plus la crise montait, plus je les ai appelées en disant « Attention, ça ne va pas du tout. » Je la vois, elle n'arrive plus à respirer. Et en fait, elle meurt complètement dans mes bras à ce moment-là. C'est-à-dire qu'elle part dans une espèce de crise d'angoisse pas du tout sereine, alors qu'elle voulait partir un peu sereinement, et de manière finalement très brutale.
où moi je me rappelle en fait ça m'a marqué parce que j'ai encore l'emblage en plastique à côté avec les médocs de morphine qu'elle n'a pas touché du coup et ce lit à moitié installé toujours pas installé et en fait Au dernier moment, quand moi je comprends le truc, j'explose dans une pièce à côté. En fait, j'ai pas le courage vraiment de voir ça, mais...
Au moment où je vais dans la pièce à côté, c'est déjà fini, plus ou moins, mais juste, personne ne me l'a dit. Personne ne me l'a dit, là, c'est fini.
¶ L'Après et La Mort Pour La Première Fois
Et en fait, c'est assez terrible parce que du coup, il y a juste deux pièces dans l'appart de ma grand-mère et donc je me retrouve dans la pièce à côté. Par chance, mon meilleur pote et Léa étaient pas loin, donc je les appelle tout de suite en disant « là, il faut venir parce que là, je suis tout seul ». Et je me retrouve, donc il n'y a que deux pièces. Elle est morte dans le salon, il y a la chambre.
Et moi je me retrouve vraiment seul dans l'appart avec le cadavre de ma mère à côté que je n'ose pas du tout regarder, je n'ose pas ouvrir la porte en fait. Je ne peux pas aller voir à quoi ça ressemble.
Je me retrouve seul au bout de 2-3 heures quand tout le monde a fait ce qu'il avait à faire. Et où j'ai eu la morgue au téléphone, ma soeur au téléphone. Et tout le monde arrive le lendemain. Mais là, pour l'instant, il n'y a personne. En attendant, tout va être réglé. Eux, ils vont arriver demain. On m'a juste dit de mettre...
Je me rappelle ça et on m'a dit mettez la clim à fond dans la chambre pour pas que ça pourrisse. Et donc là en fait heureusement du coup il y avait mon meilleur pote et donc on va avec Léa dormir chez mon meilleur pote. Moi, je m'en veux un petit peu, mais je me dis que je ne peux absolument pas dormir là, ce n'est pas possible. Et donc, c'est la première fois de ma vie que je vois vraiment la mort, en l'occurrence celle de ma mère.
Et sur le moment, forcément, je suis un peu choqué, parce que c'est un peu plus violent que ce qu'on avait prévu, puis c'est un peu plus violent, je pense, que quand t'es à l'hôpital et qu'on te dit « bon, voilà, là, c'est fini, il faut dire au revoir », parce qu'elle est partie dans une espèce de crise d'angoisse.
Et en même temps, bon, c'était très fort pour moi parce qu'elle est partie avec moi, quoi. J'étais là, quoi, vraiment. Et donc, le lendemain, ça va mieux. Ma soeur, ma grand-mère arrivent. Les choses, c'est plus moi qui suis vraiment en gestion. Ma grand-mère qui a été infirmière est très très courageuse parce que c'est elle qui aide les gens à déplacer le corps et puis nettoyer le lit surtout après.
Et je me souviens d'un entrebaillement de porte où je vois très vite le visage complètement mort de ma mère. C'est un entrebaillement, le moment où on n'a pas du tout envie de regarder, mais on regarde quand même. où la curiosité prend un peu le dessus. Et donc je jette un coup d'œil très vite fait. C'est une image forcément qui reste ancrée parce que c'est...
C'est plus la personne qu'on a connue, quoi, même 24 heures après, avec une manière d'ouvrir la bouche qui n'est pas du tout naturelle. Bref. Et on organise dans la foulée l'enterrement.
¶ Enterrement et Découverte des Battements
Je crois même pas trois jours plus tard. On fait l'enterrement dans le Gers, parce que ma grand-mère vient du Gers et que ma mère a toujours voulu être enterrée là-bas, donc on fait un enterrement. On rentre avec Léa, parce qu'elle m'avait accompagné dans le Gers. On rentre le dimanche 21 juillet, et le lendemain, le lundi 22 juillet, était programmé du coup le rendez-vous...
le rendez-vous gynécologique pour vérifier si Léa était bien enceinte ou pas. Et en fait, ça ne nous était pas sorti de la tête, mais disons que pendant les dix jours... qu'on s'était donné, on n'avait pas du tout eu le temps de penser à ça. Il s'était passé trop de choses. Tout était allé tellement vite qu'on n'avait pas du tout eu le temps de ruminer cette chose-là. Et donc, en fait, ce truc-là arrive comme...
comme le message d'une autre vie. Enfin, je ne sais pas comment expliquer ça. On venait d'un moment et on allait dans un autre. On retrouvait notre vie normale à Paris. On avait passé dix jours hors de Paris. Enfin, c'était autre chose qui s'ouvrait. Et on avait été dans un mood d'enterrement normal pendant quatre jours. Et tout d'un coup, on retrouvait plein de gens qui n'étaient pas au courant de la situation, plein de vies en fait. On retrouvait plein de vies.
On passait de la campagne totale où avait lieu l'enterrement en Gers à Paris, plein de vies, un rendez-vous un lundi matin à la Riboisière. Enfin bref, on rentre dans une pièce. Et dès qu'on arrive, l'infirmière dit à Léa de s'allonger. On ne s'attendait pas à grand-chose, mais en tout cas, elle s'allonge. Et très très vite, sans qu'on ait été prêts ou quoi que ce soit, elle colle un...
je sais pas comment ça s'appelle, le machin qu'on met sur le ventre, quoi. Et elle dit, ah bah tenez, ça c'est les battements du cœur. Et alors là, forcément, ça nous fait quelque chose de très fort, parce qu'en fait, nous, on était juste venus vérifier si Léa était bien ensemble. On ne savait pas qu'il y avait des battements du cœur au bout de trois semaines. Et ensuite, on ne pensait pas du tout qu'on allait nous montrer ça maintenant. Et donc, on entend le truc battre.
Et donc forcément, c'est quelque chose de très fort. C'est toujours un moment en mode, ah oui, il y a quelque chose qui vit là-dedans, ok. C'est quelque chose, c'est nous qui l'avons fait et il y a un cœur qui bat. Donc, ok, waouh. Donc en fait, on est un peu abasourdi. Après l'examen, on va au bureau où l'infirmière commence à nous expliquer comment ça va se passer la grossesse, tout ça.
Elle déroule tout son speech, et puis au bout d'un moment, c'est moi qui prends la parole et qui lui dis « mais si on veut avorter, qu'est-ce qui se passe ? » Et là, elle devient complètement blême. Et moi, je comprends dans ses yeux qu'elle n'avait pas du tout compris ça avec le dossier médical. Elle avait vu un arrêt de contraception, qui était en fait un changement de contraception, mais elle avait juste vu l'arrêt. Elle nous avait vu arriver main dans la main.
Et donc elle, elle était partie du principe qu'on voulait être parent. On sort de l'écho. On va boire un verre.
¶ Délibération Face à La Nouvelle Vie
Il fait beau, il fait très très beau, très chaud, tout le monde est en mini-jupes, en short, enfin c'est l'été quoi. Et donc on se pose en terrasse. Et on commence à discuter, à se dire, ok, cette discussion, il faut qu'on l'ait, donc on l'a. Est-ce qu'on le garde ? Est-ce qu'on ne le garde pas ? On fait une espèce de liste. Et évidemment, sur la liste, il y a beaucoup de contres, il y a très peu de pour, mais...
Moi, j'explique à Léa que ça me rendrait très triste de faire décès plus avortement, que c'est mort plus mort. En tout cas, moi, je le vois comme ça. Et que du coup, on s'en fout de tous les contres, on s'en fout de la rationalité, on va dire. Et oui, allons-y, soyons parents.
Et Léa me dit, je crois que tu ne te rends pas du tout compte de ce que c'est comme décision, je crois que tu ne te rends pas du tout compte des contraintes que c'est d'avoir un enfant, que ça ne va absolument pas avec le style de vie que tu as. Elle a la position très adulte de me ramener sur terre en disant...
En plus de ça, tu n'es peut-être pas du tout à même de prendre une décision, une bonne décision en tout cas. Tu le dis toi-même, que tu flottes au-dessus. Et peut-être que mon rôle à moi, c'est de te ramener sur Terre et de t'expliquer que... Là, ça te paraît être une bonne idée parce que tu sors de quelque chose de difficile et que, évidemment, tu y vois un espèce de signe de vie, comme si...
comme si c'était la suite logique des choses et qu'en plus de ça, je pense que tu as envie de compenser une grande peine que tu viens d'avoir ou que tu vas avoir. Mais tu ne te rends pas compte de toutes les responsabilités que ça représente, que c'est un choix d'une vie, que nous deux, ce n'est pas solide, même si on sait, mais qu'on n'a pas d'appart où le mettre. qu'on vit à Paris, qu'on ne va pas quitter tous nos potes du jour au lendemain, que Paris, c'est Paris et qu'on ne trouve pas...
On se dit, on en reparle dans deux semaines, parce que de toute façon, il y a le cadre légal qui fait qu'on ne peut pas prendre une décision dans deux mois.
¶ La Décision : Écouter Son Intuition
Et dans ces deux semaines en plus, on a une semaine où on n'est pas ensemble, donc on peut chacun y réfléchir de notre côté. Deux semaines plus tard, je vois Léa. Moi, j'ai réfléchi entre temps. Et tout ce qu'elle m'a dit a fait pas mal ping-pong. J'ai pris conscience effectivement de l'impulsivité que j'avais eue deux semaines avant.
J'ai entendu ces arguments, et je les ai digérés, et j'ai moi-même réfléchi là-dessus pendant deux semaines. Et donc on se retrouve, et quand on se retrouve, moi j'ai plutôt dans l'idée de lui dire « Ok, t'as raison, c'est trop tôt. » Vivons notre vie. Si on est encore ensemble dans 2-3 ans, ce sera le moment d'en refaire un. Ce n'est pas parce qu'on avorte de celui-là qu'on ne peut pas en refaire un plus tard.
On a encore plein de choses à vivre tous les deux, puis peut-être que ça ne tiendra pas, et puis on est encore un peu jeunes. Donc, t'as raison, faisons-le plus tard, dans 2-3 ans. J'ai envie d'être papa, mais maintenant c'est trop tôt, certainement. Donc je commence à avoir un peu cet argumentaire-là et elle, elle me dit, quelque part c'est trop tard pour moi. Il y a une forme d'attachement qui est née avec ce bébé.
Je ne m'attendais pas à ce que ça se passe comme ça, mais je ne me sens plus trop la force d'avorter. Et en même temps, c'est un peu plus vague que ça. Et elle me dit aussi, je ne le ferai pas toute seule, ce bébé. Moi je lui expose les arguments que j'ai qui sont très rationnellement corrects. Et je lui dis oui mais ça, oui t'as raison, oui mais ça. Et puis plus je vois que j'arrive à la convaincre.
plus il y a une espèce d'alarme intérieure en moi qui dit « Non, tu n'as pas du tout envie de la convaincre. Toi, tu as envie d'être convaincu par ce qu'elle te dit. Même si tes arguments sont valables, ce n'est pas ça que tu veux. »
Et en fait, à chaque fois que j'arrive plus ou moins à la convaincre, ça finit par « Non, non, mais je dis ça, mais en fait, c'est rien comparé à ce que toi, tu me racontes, en fait. » Parce qu'intérieurement, tout criait en moi, effectivement, que j'avais envie de ce bébé. La conclusion de ce vers, ça a été tant pis, on le garde. Il n'y a vraiment pas beaucoup de bonnes raisons de le faire, mais faisons confiance à ce qu'on ressent à l'intérieur.
Évidemment, ça fait écho en moi à une philosophie que m'a toujours transmise ma mère, qui est de toujours aller dans le sens de ce que la vie te donne, de laisser couler. Souvent, on rajoute beaucoup de difficultés à essayer d'aller contre, alors que si on fait avec, c'est plus simple.
Et elle, en tout cas, dans sa spiritualité, elle croyait vachement au fait que la vie lui donnait les bonnes directions et qu'elle l'avait juste allé suivre. D'une certaine manière, mon histoire fait un peu écho à celle de mes parents parce que... ma mère est tombée enceinte de mon père sans vraiment qu'ils soient ensemble elle s'y attendait pas du tout non plus quand mon père l'a appris il lui a dit pas de soucis on avorte
Et qu'en fait, elle lui a dit non, non, moi, je n'avorte pas. Même si on n'est pas ensemble et même si on ne va pas être ensemble, a priori, moi, je garde cet enfant de toi, même si je suis tout seul à l'élever. Donc oui, c'est vrai que ma position sur l'avortement, au-delà de l'aspect politique, où évidemment chacun fait ce qu'il veut de son corps, pour moi personnellement...
Ça a toujours été une question un peu plus épineuse et je me suis toujours dit que c'était quelque chose de triste dans tous les cas. C'était une possibilité qui s'éteint. et quelque chose de presque quasi nostalgique, enfin la nostalgie d'une vie qu'on n'aura pas, ou d'un bébé qu'on n'aura pas en l'occurrence.
¶ Parenthèse Sur le Deuil et La Paternité
Ce qui est sûr, c'est que moi, ça m'a fait beaucoup de bien, une fois que la décision a été prise, de l'envisager. Ça m'a vachement aidé dans mon deuil de me dire que j'allais être père. et que j'allais pouvoir donner beaucoup d'amour. Tout cet amour que je ne pouvais plus donner à ma mère, notamment pouvoir le donner à mon enfant. Et ça m'a fait du bien aussi de l'annoncer autour de moi, parce que malgré tout, c'est une bonne nouvelle.
Même si la plupart de mes potes, au moment du processus de décision, étaient un peu en mode « mais t'es complètement fou ». Pas du tout. Et puis quand j'ai annoncé ça, ils étaient très très très surpris parce qu'ils s'y attendaient pas du tout. qui me touche beaucoup, notamment c'est le moment où j'appelle mon père et je lui dis « viens, on va prendre un café, un verre ». J'ai un peu d'appréhension à lui dire parce que ça fait forcément écho un peu à notre histoire commune.
où lui, il a mis du coup un an à me reconnaître et où il a fait du mieux qu'il a pu, mais ça a été quand même plutôt un père un peu lointain et où notre relation s'est vraiment améliorée à partir du moment où... où je l'ai rejoint à Paris et où j'ai été un adulte. Je ne sais pas pourquoi j'ai un peu d'appréhension, non pas tellement qu'ils me disent « t'es complètement fou, tu ne peux pas faire ça », mais plus j'ai l'appréhension que ça lui fasse un peu...
de peine, que ça remue des choses en lui et qu'il se sente un peu coupable au moment où je lui annonce ça. Et au final, quand je lui annonce, il se met à pleurer vraiment de joie aussi. Il est très, très, très heureux. Et ça, ça me touche beaucoup. Parce que je me rends compte que... Et il me le dit d'ailleurs directement...
Je suis désolé de ne pas avoir été présent quand tu étais tout petit. Je ne sais pas bien faire avec les bébés. Ça me met mal à l'aise, les bébés. Je ne suis pas bon avec les bébés. Mais là, j'ai des choses à rattraper. Et je le ferai avec plaisir. Et ça me rend très très heureux d'être grand-père aujourd'hui. Et il n'est pas tout jeune, mon père. Et d'une certaine manière, je suis très heureux de pouvoir aussi lui offrir ça. C'est quand même chouette.
à ce moment-là, de pouvoir être grand-parent. Aujourd'hui, je suis papa. Je suis papa d'Ariel qui a... 16 mois, qui marche, qui sourit beaucoup, qui rigole, qui fait même des grimaces quand on lui demande. On s'est installé dans l'appartement que ma mère m'a légué, qui est un très joli petit appartement dans le 18e où il y a deux chambres. Donc, une chambre pour lui et une chambre pour moi et Léa. Et depuis 16 mois, avec le Covid, tout ça, je...
J'ai eu un angle à 360 degrés avec ma vie d'avant, parce que tous les matins, je prends la yo-yo et je vais à la crèche, que je change des couches, que je gère ma colère face aux pleurs, face aux... aux crises. Bref, que j'apprends à être papa, parfois bien, parfois pas bien, ce qui est normal. Enfin, parfois je suis bon, parfois je suis mauvais, quoi. Et j'arrive malgré tout à continuer à avoir une vie légère, avec beaucoup de soirées, beaucoup de teufs. Mais c'est sûr que...
Il y a des questions qui se sont effacées en étant père, en perdant ma mère. Il y a des questions sur la vie adulte, où en fait, tout d'un coup, ces choses-là se sont imposées à moi, sans même parler de responsabilité administrative ou quoi. En fait, je crois que quand...
Quand on perd un parent ou quand on devient parent soi-même, on a une responsabilité émotionnelle qui va de soi, soit la responsabilité de soi-même, soit la responsabilité de son enfant. Il n'y a personne, il n'y a pas maman, il n'y a pas papa. Il n'y a personne pour vraiment gérer. Et donc, OK, il faut y aller. Il faut être solide parce qu'il faut savoir encaisser, parce que maintenant, il y a des gens qui comptent sur moi, à commencer par moi-même. Et ce qui est pas mal, c'est que...
Avoir un enfant, en tout cas, même si, attention, c'est des contraintes énormes, et en vrai, avoir un enfant, c'est se couper d'une grande partie de sa liberté, ce qui est donc... si on en revient avec le début, complètement contre-intuitif avec tout ce que la société nous offre en termes de liberté. Je pense que ça remplace un vide qu'on peut tous avoir un petit peu au fond de nous.
un vide de sens, un vide de pourquoi je suis là, qu'est-ce que je fais, qu'est-ce que c'est le but de tout ça, qu'est-ce que c'est le but d'enchaîner les soirées, de mettre minable à l'alcool, bref, d'avoir ce job-là ou de ne pas en avoir un autre. Avoir un enfant, forcément, ça remplit ce vide-là. Et dans une conception du bonheur qui pourrait être un truc un peu linéaire, qui n'est pas un truc excessif, mais le bonheur un peu calme, c'est pas mal.
surtout dans mon cas où je peux avoir un peu le beurre et l'argent du beurre, c'est-à-dire que je continue à m'offrir des moments de vraie liberté avec mes potes, et en même temps je sais que j'ai la sécurité en rentrant chez moi d'avoir un magnifique gamin.
où je dois m'en occuper, je dois m'en occuper bien, je dois faire attention à lui, je dois être take care. Évidemment, je ne regrette pas du tout ce choix, mais surtout, j'ai l'impression que c'était effectivement ça le sens de ma vie, le sens où ça devait aller, et qu'en tout cas...
J'aime la direction que ça m'a obligé à prendre et je sais, au fond de moi, que je n'aurais pas pu l'apprendre autrement que si je ne l'avais pas gardée, j'aurais essuyé mon deuil dans encore plus de teufs, encore plus de drogues, encore plus de trucs malsains. Aujourd'hui, ce qui est le plus compliqué pour moi dans le deuil, c'est effectivement le fait de me dire que mon fils n'a pas de grand-mère, et notamment une grand-mère que j'aurais adoré, qu'il connaisse et qu'elle surtout connaisse.
C'est-à-dire qu'il y a plein de fois où je le vois faire des trucs et où je me dis que c'est dommage qu'elle ne soit pas là pour voir ça. Ce qui est un peu logique, mais c'est certainement ce qui me rend le plus triste aujourd'hui dans le deuil. J'ai passé les premiers mois à me dire arrête d'être triste, c'est bon, c'est passé, c'est derrière toi. Et en fait, plus le temps passe, plus c'est quelque chose auquel je m'habitue.
Et j'oublie petit à petit ce que c'était qu'elle soit là, en fait. Donc il y a forcément des moments nostalgiques où tout revient un peu de manière en cascade, dans ma tête, dans mon cœur, tout ça, il y a tout qui peut... Une Madeleine de Proust, un souvenir précis, sur une odeur, sur ce genre de truc, il y a tout qui peut revenir en cascade. Mais disons qu'au quotidien, ça revient souvent.
par Ariel et par les moments où il fait des trucs et où il est mignon, où je trouve qu'il me ressemble, où justement j'aurais des questions à lui poser en disant « Est-ce que moi je faisais ça comme ça ? À quel âge moi j'ai marché ? »
Cet espèce de lien de transmission qui est un peu bloqué, parce que pour le coup, mon père ne peut pas me donner ces réponses-là. Il ne peut pas me dire qu'est-ce que moi j'aimais manger, quel caractère j'avais, est-ce que mon bébé me ressemble quand moi j'avais son âge. Donc c'est ça qui me manque le plus, effectivement. Et en même temps, je sais que j'ai la capacité d'expliquer tout ça à mon fils, que j'aurai la capacité de lui raconter qui était ma mère.
qu'est-ce qu'elle m'a transmis et qu'est-ce que j'ai envie de lui transmettre par elle. Donc c'est jamais si grave que ça parce que je sais que... ce qu'on appelle le rippling, c'est-à-dire qu'elle rayonne en moi d'une certaine manière, ça fait très film un peu de ça, mais c'est vrai en fait, les gens qui disparaissent continuent à rayonner dans les autres gens qu'ils ont aimés, tout ça, et il y a quelque chose de... Si je dois l'imaginer de l'ordre de la vague qui continue à ricocher.
Vous venez d'écouter Transfer, épisode 165, un témoignage recueilli par Anthony Lesme. Il a été produit et réalisé par Sleight.fr sous la direction de Christophe Caron et Benjamin Septemours. Production éditoriale, Sarah Koskiewicz. Prise de son, Vincent Pellegrino. Réalisation et montage, Victor Benhamou. Musique, sable blanc. Retrouvez tous les épisodes de transfert sur slate.fr ou sur votre application de podcast préférée.
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