¶ Émotions Intenses Et Non Identifiées
Vous est-il déjà arrivé de ressentir très fort une émotion sans pouvoir vraiment l'identifier ? Comme un flot de sensations, de sentiments qui vous submergerait sans pouvoir être capable de le décrire ? Vous souffrez peut-être d'alexithymie. Réel trouble ou simple trait de la personnalité, il dénote entre autres d'une incapacité à identifier ses sentiments et concernerait 15% de la population.
Dès la petite enfance, Charlotte ressent des émotions qui la dépassent. Elle ne sait ni d'où elles viennent, ni comment les définir. Tout ce qu'elle peut en dire, c'est qu'elles prennent toute la place et qu'il lui faut s'en décharger par tous les moyens. Vous écoutez Transfer, épisode 303, un témoignage recueilli par Mona Delahaye.
¶ Anxiété Familiale Et Habitudes Compulsives
Moi, je nais dans une famille où on est trois filles. Je suis celle du milieu, j'ai une grande sœur et une petite sœur. Mon père est ingénieur et cadre dans l'automobile et ma mère travaille quand elle est plus jeune.
en tant que banquière, elle travaille dans la finance. Assez rapidement, ils achètent une maison en banlieue pavillonnaire. On habite en région parisienne, on bouge beaucoup avec le travail de mon papa, mais on a quand même toujours une maison dans un quartier assez calme avec d'autres familles.
On est très proche avec mes sœurs, on joue ensemble, on s'entend bien. Par contre, mes parents sont des personnes toujours pressées, très stressées, et ça se matérialise chez eux, soit par des hurlements, ils ont tendance à beaucoup crier, à beaucoup s'énerver, mais aussi par des manifestations. physique, que ce soit chez mes parents ou aussi du côté de mes oncles et tantes et au niveau de la génération précédente chez les grands-parents, tout le monde dans ma famille se ronge vraiment.
compulsivement les ongles ou a tendance à se faire du mal au niveau des mains, au niveau des peaux, au niveau du visage. Il y a vraiment beaucoup d'actes compulsifs autour des mains qui traduisent en fait une anxiété et ça permet de réguler.
c'est quelque chose qui détend les gens de ma famille. Ils s'arrachent les peaux, ils se défoncent les ongles parce que ça les calme, en fait. Mais du coup, ils participent à cette ambiance stressante, en fait, et où il y a toujours de l'anxiété un petit peu dans l'air, dans la famille.
¶ Réaction Physique Et Premières Crises
Je commence à être de plus en plus sensible et de plus en plus affectée par ces gestes qui traduisent de l'anxiété. Quand je vois... des gens faire ces gestes-là, se ronger vraiment les ongles. Je focalise dessus, je suis obligée de regarder, je commence à monter en pression. Je sens que mon cerveau n'est pas trop capable de se focaliser sur autre chose.
Dans mon corps, il y a des réactions physiques aussi qui commencent à se manifester. C'est beaucoup d'énervement, beaucoup de pression, de tensions nerveuses. Du coup, je deviens... ingérable parce que je réponds mal, que je commence à être très énervée tout le temps, que j'ai tendance à crier et à m'énerver en fait en disant mais arrête de faire ça, mais arrête, c'est insupportable, arrête, enfin arrête. Et personne ne comprend pourquoi je suis aussi...
énervée et je suis incapable de poser des mots doux, calmes pour expliquer et pour demander d'arrêter. Quand j'ai 7 ans, je pars en vacances avec mes deux sœurs chez mes grands-parents. Il y a un soir, comme tous les soirs, on est devant la télé. Moi, je suis assise dans les jambes de mon grand-père et face à moi, il y a le canapé sur lequel est assise ma petite sœur. Et je vois qu'elle commence à se mettre le doigt dans la bouche et à vraiment...
a vraiment rongé son ongle, a pas du tout lâché son doigt pendant tout le temps du programme télé. C'est très long et en fait, à partir du moment où je vois qu'elle fait ça, je sens tout d'un coup que je suis extrêmement excitée entre mes jambes.
que j'ai très très chaud, que j'ai le souffle qui se coupe. Je commence à être complètement en apnée. Mon cerveau n'est plus du tout capable de suivre le programme. Tout ce qui compte, c'est focaliser sur qu'est-ce qu'elle fait avec sa main, qu'est-ce qu'elle fait dans sa bouche. Et surtout, j'ai hyper mal dans mon corps. Ça me brûle. J'ai l'impression que tout mon réseau nerveux est extrêmement à vif et que je ne maîtrise plus rien. C'est juste...
tellement douloureux que je pète un câble. Et je lui hurle dessus en lui disant mais arrête, arrête de faire ça tout de suite. Évidemment, personne ne comprend. C'est la panique totale. Tout le monde me dit, mais qu'est-ce que t'as ? Ma sœur se sent hyper agressée et donc le prend très mal. Mes grands-parents me disent qu'il faut que j'aille me calmer. Et en fait, moi, je ne peux pas rester dans la pièce en étant témoin de ça.
Donc je m'enfuis et je vais dans le jardin. Tout mon corps est tellement tendu et sous pression que c'est horrible. Je sens tout d'un coup que je suis extrêmement excitée entre mes jambes, que j'ai très très chaud.
¶ Développement De Mécanismes D'Adaptation Compulsifs
que j'ai le souffle qui se coupe et je commence à sentir qu'il faudrait que je décharge, que je me frotte. Vraiment, je n'arrive pas à me calmer. Finalement, ma grande sœur, qui a vu que ça n'allait pas du tout, me suit, me rejoint dans l'attente. Mais je sens que c'est... pas suffisant et que vraiment l'état d'anxiété demeure. Ce soir-là, je me frotte un peu dans la tente pour essayer de me calmer, pour décharger.
Les vacances continuent, les vacances perdurent, mais après ça, je ne suis plus du tout sereine lorsqu'il s'agit de regarder la télé. Je ne suis pas du tout... à l'aise avec le fait d'être assise et de ne pas pouvoir bouger et de risquer de revoir ça. Donc il y a vraiment un climat de stress et d'anxiété qui s'installe pour moi de me dire peut-être que même sur un moment aussi tranquille que regarder la télé, je vais en fait...
pas supporter et être complètement bouleversée et surchargée nerveusement par un acte aussi anodin. Donc, je développe un certain nombre d'automatismes, de vérifications pour me rassurer qu'il n'y a pas de risque. qui est une situation un peu difficile. qui m'arrivent en pleine figure. Donc notamment, dans ma famille, je commence à régulièrement vérifier, quand je rentre dans une pièce, qui est assis et où. Est-ce qu'il y a quelqu'un qui se ronge les ongles ?
Il y a quelqu'un qui est énervé aujourd'hui. Je prends aussi la température des états des gens de ma famille. Est-ce que ma mère, quand elle rentre du boulot, elle est énervée ? Est-ce que ma soeur, elle a passé une mauvaise journée ? Parce que ça me renseigne sur le degré d'énervement, d'anxiété. Et du coup, je me dis, ok, là, il y a plus de...
chances que ça soit compliqué parce qu'à un moment, elle va avoir besoin de se ranger les ongles ou de se manger les peaux. Et donc, du coup, j'anticipe ces choses-là. Progressivement aussi, je deviens de plus en plus réactive à des stimuli qui ne sont pas forcément visuels, mais qui sont aussi sonores. Ma maman, par exemple, elle porte énormément de bagues à chacun de ses doigts.
Et ce qui fait que quand elle s'arrache les peaux, en fait, ça fait un bruit de bague, ça fait des petits clings, clings. Et moi, dès que j'entends ces bruits-là, c'est l'alarme directe, mon corps se rédit, toutes les sensations hyper... des agréables, hyper violentes, hyper nerveuses arrivent d'un coup et je suis comme figée, je me dis ok, c'est le signal qu'elle est en train de faire ça. Finalement, de plus en plus à la maison, le climat commence à être vraiment compliqué parce que...
tout est potentiellement dangereux. Tout est potentiellement vecteur de stress parce que quelqu'un est en train de faire quelque chose avec ses doigts.
¶ Premières Découvertes Sexuelles Et Fantasmes
Vers mes 9-10 ans, ma maman me donne un livre qui parle d'éducation sexuelle. C'est un livre qu'elle-même avait reçu de ses parents quand elle était petite. C'est un livre qui date des années 70. Et c'est la première fois, quand je découvre ce livre, que j'ai accès à des photos...
de personnes nues. Ça met en scène des adultes et des enfants qui sont nus. Ça met en scène des femmes enceintes avec des comparaisons avec des chiens. Et c'est très bizarre. C'est des schémas que je ne comprends pas. Les photos me mettent. hyper mal à l'aise et en même temps, je sais que là, j'ai accès à des images qui me sont habituellement refusées, à savoir des images de corps nus. À ce moment-là, que ce soit quand je vois des images à caractère sexuel,
qui m'excite ou quand je suis en état de très gros stress parce que je vois quelqu'un faire quelque chose qui me fait paniquer. La réaction physique, c'est la même. Je me frotte. Je me frotte très compulsivement. Souvent, je m'assois. Et vraiment, je frotte jusqu'à ce qu'il y ait une décharge. Et dans les deux cas, c'est la même sensation, ce sont les mêmes picotements nerveux et c'est la même décharge entre les jambes.
et le même soulagement, accompagné aussi des mêmes suffocations, accompagné de ce allaitement, du fait d'être en apnée, de ne plus arriver à respirer, d'avoir la température corporelle qui augmente, et surtout d'être... hyper, hyper crispé nerveusement. Mon corps, il est vraiment intégralement focalisé sur ce qui se passe.
Quand je me frotte, je ressens des picotements à l'intérieur de mon corps, au niveau de mes jambes. C'est hyper agréable, ça m'envahit complètement et à la fin, ça fait un peu une explosion. C'est hyper agréable et puis ça s'arrête. Comme j'ai envie de continuer à vivre ça, j'essaie d'aller de plus en plus vite et de provoquer le picotement très très fort pour que ça s'arrête plus rapidement. Et pour y arriver, je commence à avoir recours à des images.
dans ma tête, où je ne sais pas trop, j'imagine des corps, ce n'est pas très clair, mais j'imagine des corps nus. souvent des corps, on va dire, avec des attributs féminins, donc avec des seins. Pour moi, un sexe, ça ne veut rien dire, donc il y a juste un trou à cet endroit-là. Mais au moins, le corps, il ressemble à ce que j'ai pu déjà voir, de ce que moi, je comprends comme étant un corps féminin.
mais qui vivent des agressions, qui vivent des choses un petit peu violentes, et ça permet à mon esprit d'accéder plus rapidement à cette sensation de soulagement. J'ai 10 ans, une copine qui habite loin et que je ne vois pas souvent vient à la maison passer quelques jours en vacances.
À un moment, dans les trois jours où elle est là, je sors le livre et je lui montre et je lui raconte un petit peu ce que je ressens quand je regarde les images. J'ai envie de savoir si elle aussi, elle ressent ça et ce que ça lui procure. Et je lui explique mes sensations, que je me frotte. Et je lui demande si elle a déjà eu ces sensations et surtout qu'est-ce qu'elle ressent quand elle voit ces images. Le sujet ne prend pas du tout. Elle est hyper gênée.
Il y a un gros blanc, elle referme le livre, elle me dit « j'ai pas du tout envie de regarder ça ». Moi, je ne fais pas ça. Je ne veux pas parler de ça. On passe complètement à autre chose. Et vraiment, c'est évincé. En trois minutes, on n'en parle pas du tout. Et moi, je lui dis, OK, OK, on oublie.
Et on passe à autre chose et on va jouer à la poupée et tout va bien. Après cet épisode, je me dis qu'il ne faut vraiment pas que j'en parle et que de toute manière, ça n'a pas l'air d'intéresser les autres. Donc je garde vraiment ça pour moi, mais les crises s'intensifient.
¶ Intensification Des Crises Et Impact Scolaire
Tous les jours, je suis amenée à me cacher dans ma chambre et à m'asseoir sur mon lit ou sur ma chaise pour me frotter pour décharger. À l'école... D'une certaine manière, j'arrive à me contrôler parce que je sais que je suis dans un lieu public avec des gens. Donc justement, ça se passe bien. C'est dès que je rentre à la maison où toute cette ambiance de stress revient.
Sauf que ça commence à me poser vraiment problème quand j'arrive en CM1, CM2, parce que j'ai de plus en plus de devoirs. Dès que je rentre à la maison, je me mets au bureau. je veux faire mes devoirs, je le veux pas du tout, mais dès que je m'assois, c'est comme s'il y avait un interrupteur et que ça l'allumait, et ben bam, évidemment, ça me lance une crise, je suis incapable de faire autre chose ou de penser à autre chose que mes sensations.
mes sensations nerveuses. Je n'ai même pas besoin d'avoir entendu quelqu'un se gratter l'ongle ou quoi que ce soit. D'un coup, je passe en mode obsessionnel, donc je suis obligée de me frotter. Au début, quelques minutes, ça me permet de décharger, de me soulager, d'aller mieux. Mais au fur et à mesure du temps qui passe, au bout de quelques mois, il me faut une demi-heure. Puis après, il me faut une heure. Puis après, il me faut une heure et demie, deux heures.
trois heures, et ça se transforme en des soirées entières et des après-midi entières en rentrant de l'école où je m'assois à mon bureau et pendant trois ou quatre heures, je me frotte compulsivement au point que je suis mes... essoufflée, fatiguée, j'ai mal à la tête, je suis rouge.
Quand ça s'arrête, j'ai besoin vraiment de grands, grands moments de respiration. Je reprends mon souffle. J'ai tout de suite très envie d'aller faire pipi et ça me fait mal aussi quand je vais aux toilettes. Et surtout, je n'ai pas pu faire mes devoirs. Et c'est quelque chose sur lequel mes parents nous mettent énormément la pression. Et je ne trouve aucune solution, je ne sais pas comment faire pour arrêter ce cercle vicieux, en fait.
¶ Demandes D'Aide Et Solutions Inadaptées
Je décide d'en parler à ma maman parce que j'ai vraiment besoin d'aide. Mais je ne lui dis pas du tout ce que ça me provoque physiquement comme sensation. Je ne lui décris vraiment rien. Ma maman est très gênée. Elle ne sait pas trop quoi faire. Mais rapidement, elle met en place un protocole d'action. Elle souhaiterait qu'on mette en place trois choses. Donc la première, elle me propose de mettre un petit tabouret.
sous mon bureau, au niveau de mes pieds, pour me permettre de surélever mes pieds, ce qui, selon elle, permettra d'atténuer les sensations entre mon entrejambe et la chaise, puisqu'il y aura moins de contacts, il y aura moins de risques de stimulation. Ensuite, elle me propose de mettre en place un tableau sur lequel, chaque jour, je pourrais remplir des cases pour savoir si j'ai ou non bougé des fesses.
Quand je le fais, je mets une croix. Quand je ne le fais pas, je mets un rond. Et elle me dit à la fin de la semaine, on va regarder et en fonction du nombre de fois où tu l'auras fait ou pas, tu auras en fait comme un système de bons points. C'est comme si tu ramènes une bonne note à l'école ou au contraire là...
Là, tu n'as vraiment pas ramené une bonne note à l'école, donc ce n'est pas bien. Et la troisième chose qu'elle me propose dans le protocole, c'est de laisser la porte ouverte dans ma chambre. Comme ça, elle me dit... tu ne pourras pas le faire puisque tes sœurs, papa et moi, on peut passer devant ta chambre et te voir. Donc ce sera dissuasif, ça va te permettre de t'aider à ne plus le faire parce que tu sauras qu'on peut te regarder et ce n'est pas possible, tu ne peux pas.
être vue en train de faire ça. Ça dure quelques semaines. J'accepte les conditions, le temps de voir si ça fonctionne. Évidemment, ça ne fonctionne pas du tout. Ça se mélange avec énormément de culpabilité et de honte. Donc, je décide de dire à ma mère, après quelques semaines...
que c'est réglé, ça va beaucoup mieux, j'ai plus du tout besoin de ce tableau, on peut refermer la porte de ma chambre, franchement, maintenant ça va mieux, j'ai compris, je gère, t'inquiète pas. Elle me pose aucune question, juste on acte, qu'on arrête et que tout va bien à nouveau.
Comme je comprends que ma maman a du mal à comprendre et qu'elle ne peut pas trop m'aider, je me dis que peut-être c'est plus pertinent d'aller voir une psy du collège pour lui en parler, notamment par rapport à mes difficultés à l'école. Je lui dis juste que j'ai du mal à me concentrer le soir quand je rentre.
de l'école. Et donc, on ne rentre pas dans le détail. Et finalement, après cette année, je ne retourne pas voir la psy du collège et je me dis que il faut que je gère de mon côté. Donc, je prends l'habitude de faire mes devoirs sur mon lit ou dans des positions assises, mais qui me stimulent moins.
qui me sont moins stressantes. Et donc finalement, ça finit par s'arranger quand même. J'arrive à m'autoréguler, à me dire qu'à la limite, je frotte un petit peu, histoire de me calmer, mais qu'après, vraiment, ma priorité, c'est l'école. Donc finalement, ça se passe comme ça.
¶ Puberté, Fantasmes Violents Et Sexualité
La situation à l'école finalement est sous contrôle, je m'en sors bien, donc c'est moins stressant pour moi de penser à mon parcours scolaire et avec l'arrivée de la puberté. Mes fantasmes, ils évoluent énormément et comme ça ne fonctionne plus, les images...
que j'ai convoqués jusque-là, je commence à développer des fantasmes très précis avec des agressions, avec des viols, avec des agressions sexuelles avec plusieurs personnes. Il y a pas mal de situations aussi où il y a des femmes qui sont forcées d'être en scène.
et qui, du coup, sont violés puis ensuite maintenus jusqu'au terme de leur grossesse. Il y a énormément de situations comme ça qui reviennent, de viol collectif, d'agression, de torture. Et ça, c'est vraiment des images qui sont là au quotidien. Dès que j'ai une crise, c'est tout de suite ça que je convoque pour pouvoir décharger plus rapidement. Et avec l'arrivée de la puberté, je commence à vraiment penser énormément au sexe, tout le temps. Presque.
Chaque heure, chaque minute à l'école, dès que je m'ennuie un petit peu, j'ai des images sexuelles qui arrivent dans ma tête. Je commence à avoir des fantasmes de position, de relation. Je n'ai jamais vécu ça, mais j'y pense. Ça m'obnubile vraiment. Et j'ai vraiment comme objectif de trouver un copain. Je veux avoir une vie sexuelle avec un garçon au lycée. C'est hyper important.
Je rencontre un garçon qui a un an de plus que moi et qui a redoublé, Aurélien, mon premier copain, j'ai 16 ans, je suis hyper, hyper contente. Les premières fois qu'on a des relations sexuelles, moi je suis de toute manière une espèce d'adolescente en feu qui n'a qu'une envie, c'est ça. Donc même si au départ c'est pas forcément très agréable, tout de suite je suis hyper contente qu'on ait développé.
ça et donc j'ai envie de tout le temps, tout le temps faire l'amour avec lui. Pour moi, c'est vraiment un exutoire physique. Je ne fais pas du tout de lien avec... quand j'ai mes crises ou quand je me masturbe. Parce qu'en fait, pour moi, c'est vraiment deux choses différentes. Il y a d'un côté la masturbation qui est douloureuse, qui est pénible, que je ne choisis pas. Et donc ça, pour moi, ça n'a rien à voir. C'est juste un moment où physiquement, je peux me lâcher.
si on a une sexualité assez active qui me fait du bien, ça ne me permet pas non plus complètement de me réguler et je continue à avoir vraiment des crises, d'autant plus qu'avec la puberté, les signes de stress et d'anxiété... ont beaucoup augmenté et je suis encore plus réactive à n'importe quoi. Donc maintenant, le moindre bruit, le moindre geste est tout de suite épidermique pour moi.
J'en parle pas du tout à Aurélien, je ne lui parle absolument pas de mes crises. D'ailleurs, j'ai vraiment honte de ça, donc je n'en parle à personne. On a une sexualité très, très soutenue et moi, je le vois vraiment comme je fais du sport, ça me détend.
¶ Le Point De Rupture Familial
Je prépare mon bac, donc je suis vraiment très stressée. Et un soir, deux semaines, je vais dire bonne nuit à mes parents comme c'est la coutume chez moi. Ils sont dans le salon. Et quand j'ouvre la porte, je vois mon père assis sur le canapé qui est en train de s'arracher les ongles des doigts de pied. C'est... L'image la plus insupportable qui m'ait jamais été donnée à voir jusqu'ici. Je sens que je n'ai plus aucun contrôle. J'ai tellement mal.
C'est même plus la zone génitale, c'est tout mon système nerveux est en feu. J'ai l'impression que je suis en train de brûler de l'intérieur. J'ai mal à la tête, mon cerveau se déconnecte complètement et je me mets à hurler. Et je regarde un peu partout autour de moi où je peux sortir, comment je peux faire pour échapper à cette image. Donc j'ouvre la porte d'entrée en trombe et je me mets à partir en courant dans le jardin. Mon père me rattrape.
complètement déboussolée, il me plaque au sol, me tient les bras et finit par me calmer en me contenant et donc je finis par reprendre mes esprits, respirer un petit peu. Je pleure, je suis complètement saunée en fait. Et là, par contre, j'ai hyper peur parce que je me dis que je vais vraiment devoir aller en hôpital psychiatrique si ça continue. Tout de suite après, il me ramène à la maison, il me met au lit. Je suis tellement vannée que je m'endors.
directement, on n'en repart le plus jamais. J'obtiens mon bac et j'ai été acceptée dans une classe préparatoire, donc je pars l'année suivante.
¶ Anxiété À L'Extérieur De La Famille
En internat, c'est un choix comme ça me permet justement de ne plus vivre chez mes parents au quotidien et donc je suis beaucoup moins angoissée au quotidien. Par contre, je commence à me rendre compte... que ce qui me stressait chez mes parents et chez mes sœurs, mais qui ne me stressait pas du tout chez les autres personnes, là est en train de se développer aussi chez les autres.
Je commence à être très angoissée quand je vois d'autres personnes de ma famille avoir des gestes d'anxiété, notamment autour des doigts. Et dans la classe où je suis, ma voisine, qui est ma voisine pour l'année, on ne change quasiment jamais de place, comme ça, c'est attitré. est une personne qui se gratte compulsivement les peaux des doigts et donc elle s'arrache les peaux à côté de moi tous les jours en classe.
Au début, ça ne me fait rien du tout. Et en fait, au bout de quelques mois, je me rends compte. Du coup, je focalise là-dessus. En plus, le rythme de la classe prépa s'accélère et est très, très, très stressant. Et très rapidement, en milieu d'année, ça devient insoutenable. En fait, je n'arrive plus du tout à suivre en cours.
Et je lui demande des fois, de temps en temps, est-ce que tu pourrais arrêter ? C'est pas... Oh, bah dis donc, t'as l'air de te faire mal. Je passe par des chemins détournés, en fait, pour pas directement lui dire que moi, ça me rend folle. Mais elle, elle me dit non, non, t'inquiète. C'est bon. Et elle ne se rend pas du tout compte et je ne lui explique pas plus. Ce qui fait que je m'enferme dans une souffrance absolue où chaque heure de cours est une torture.
J'attends que ça passe. Je n'arrive plus à prendre de notes. Je suis tellement contractée. Je suis sur ma chaise. Je contracte complètement l'entrejambe. J'ai les mains crispées. Je sue et je suis mis en... En nage, j'arrête de respirer, donc évidemment, je suffoque, donc je suis dans un état de tension horrible. Et j'attends juste qu'une seule chose, c'est que la sonnerie...
que je puisse sortir de la classe. Je file aux toilettes, je me frotte compulsivement pendant des minutes et des minutes. Souvent, je passe la pause entière à faire ça, en essayant de faire le moins de bruit possible, parce qu'il y a des personnes autour de moi, on est dans les toilettes.
Et après, je sors, je suis rouge écarlate, je me mets de l'eau sur la gueule pour me rafraîchir, et hop, c'est reparti pour une journée de cours, en fait. Et ça, c'est tous les jours comme ça, donc c'est plus possible du tout.
¶ Hypnothérapie Et Déception
Là, vraiment, je commençais à perdre espoir, vraiment, et à sentir que je suis très démunie. Et je décide de contacter une hypnothérapeute dont j'ai trouvé la carte et qui a l'air de pouvoir s'occuper de ce genre de choses.
parce que je me dis que ça peut être une bonne option Quand je vois l'hypnothérapeute, je lui raconte que j'ai des obsessions, j'ai des blocages autour de certains gestes, autour de certaines personnes qui me stressent particulièrement et qui font que je ne suis plus capable de me...
concentrer du tout sur quoi que ce soit. Je ne lui donne pas le détail des sensations physiques, nerveuses, sexuelles, parce que j'ai archi honte. Et je sais quand même que c'est de la masturbation, donc finalement, je... pas du tout envie de lui dire ça, mais je lui explique l'essentiel, à savoir je suis obsessionnelle, je n'arrive pas à penser à autre chose, ça me bloque, ça me fait du mal physiquement, j'ai besoin de sortir de ce cercle vicieux.
Elle, elle me dit qu'elle connaît ça très bien, que ce sera réglé en deux, trois séances, pas de problème. Elle me fait faire des visualisations mentales, elle essaye de m'emmener dans des espaces de mon... palais mental pour pouvoir trouver des espaces de relaxation. Elle me fait beaucoup visualiser des choses. On fait donc à peu près quatre ou cinq séances. Et je suis hyper déçue. J'ai l'impression qu'elle m'a annoncé qu'elle allait me sauver.
Et en fait, pas du tout. Ça ne change rien. Je suis toujours aussi déprimée. Et là, je commence à me dire, OK, en fait, il n'y a pas de solution. Il va juste falloir vivre avec. Je vois que ça va m'emmener nulle part. Et en plus de ça, la classe prépa, c'est vraiment difficile.
¶ S'éloigner Pour Fuir L'Anxiété
et trop stressant, donc je décide de changer de cursus. Je déménage en 2012 dans une ville de province pour commencer mes deux ans de BTS. Ça me permet de m'éloigner à la fois de la région parisienne. et de mes parents, et je me dis peut-être que ça me fera du bien finalement de prendre le large, de voir autre chose, d'être dans un cursus peut-être moins stressant, et surtout d'être loin des gens qui m'angoisse le plus.
Je fais un BTS audiovisuel, donc c'est un autre univers avec des personnes très différentes. Je m'entends assez bien avec les gens de ma promo et finalement, ça me fait vraiment du bien d'être loin de ce que j'ai connu avant. Malgré tout, je continue à être très stressée. Et en fait, je me rends compte que malheureusement, l'éloignement ne change rien. Je ne vois plus mes parents, mais du coup, je suis stressée par d'autres personnes. Et maintenant, c'est quasiment...
Toutes les personnes qui sont un petit peu anxieuses et qui vont se ronger les ongles ou se gratter les peaux ou se toucher les cheveux, ça va vraiment être quelque chose de très compliqué pour moi. Donc, progressivement, aller à l'école, aller en cours, c'est compliqué. Je commence à sécher un petit peu. Je dors beaucoup. Je me mets à des emplacements stratégiques pour éviter les gens dont j'ai repéré qu'ils avaient tendance à se gratter les mains.
aller voir. Et là où ça commence à être un petit peu compliqué, c'est que comme je fais des études de montage en audiovisuel, on est vraiment obligé d'aller au cinéma souvent pour notre travail. Et être au cinéma, pour moi, c'est une source d'angoisse monstrueuse.
Il y a toujours des gens qui se grattent les mains parce qu'en fait, ils le font sans s'en rendre compte. C'est un automatisme. Et moi, quand j'arrive dans une salle de cinéma, je scanne la salle, je repère toutes les personnes qui peuvent me stresser. Et ensuite, je passe en mode, OK, comment je fais pour les éviter ?
Est-ce que je vais pouvoir me placer dans un siège à l'extérieur ? Sauf que quand on y va en groupe avec la classe, je ne peux pas vraiment expliquer pourquoi moi, je n'ai pas envie de me placer avec le reste du groupe. Et en fait, ça commence à être vraiment, vraiment hyper, hyper anxieux.
Je développe des phobies sociales. Je ne veux plus aller au cinéma, je ne veux plus aller au théâtre ou alors dans des conditions très particulières. Mais du coup, l'hypervigilance, elle est absolument constante. Pour compenser, je fais beaucoup la fête. Je commence à prendre de l'alcool, je commence à découvrir aussi ce que c'est la vie étudiante dans une ville de province. Et finalement, c'est ça qui me permet de bien tenir, c'est que je me fais des bons amis.
Je fais beaucoup la fête et du coup, je suis assez fatiguée, je suis assez stimulée et ça arrive à compenser comme ça. Ça fait un an que je suis en province pour mon BTS. Je rentre un week-end pour mon anniversaire avec mes parents.
¶ Conflit Familial Et Tentative D'Explication
Et au cours de ce week-end, il éclate une dispute monumentale parce qu'une fois de plus, j'ai dit à mon père « mais qu'est-ce que tu fais avec tes mains ? » et j'ai engueulé ma sœur parce qu'elle avait les mains sous la table et que ça me stressait. En fait, ça me stresse maintenant quand les gens ont les mains sous la table parce que je ne sais pas s'ils font quelque chose ou pas. Mais du coup, c'est pire par ce que j'imagine.
Donc, il n'y a plus rien qui passe quand je suis chez mes parents. Je suis juste une boule de nerfs qui scrute et qui observe compulsivement tout ce que tout le monde fait. Suite à cette dispute, mon père...
s'énerve et me traite d'hystérique, me dit que je suis intolérante. Il ne comprend pas du tout. Il a une réaction très, très violente. Il me chasse de la maison. Il me dit qu'il ne veut plus que je revienne, que dans ces conditions, c'est ingérable et que de toute manière, en fait, c'est moi qui... suis colérique et intolérante. Suite à ce week-end, je décide que je ne veux plus remettre les pieds chez eux pendant un certain temps.
Et surtout que la situation, elle est vraiment hors de contrôle. Je ne peux plus sortir de chez moi. Je commence à vraiment baliser à chaque fois que je vais au cinéma ou que je rentre chez mes parents. écrit une lettre très détaillée pour leur expliquer la situation, parce que ça ne peut plus durer cette incompréhension. Et donc, je leur explique en long, en large et en travers, dans une lettre de huit pages, tout ce que je ressens.
Je ne leur donne pas le détail de ce que je fais, de la masturbation, du frottement, parce que ça, je sais que c'est vraiment trop ponteux. Mais je leur explique à l'intérieur de mon corps ce que je ressens, que ça me brûle, que je n'arrive plus du tout à contrôler mon cerveau et surtout qu'en fait, ce n'est plus moi.
que je suis complètement dépassée. Et j'essaye de leur faire comprendre que ce n'est pas un caprice et que ce n'est pas de la colère, mais que c'est vraiment quelque chose qui me dépasse. Mes parents me répondent qu'il faut absolument que j'aille voir un psychiatre.
¶ La Quête D'Un Diagnostic Médical
Donc je décide de prendre rendez-vous avec le premier psychiatre que je trouve, pas très loin de la gare, ses proches, comme ça quand je prends le train je peux le voir. Lors de la première séance, je lui parle principalement de mes difficultés avec mes parents et de mes difficultés sociales. Et je ne lui détaille pas du tout l'aspect génital, l'aspect sexuel des manifestations corporelles que j'ai. Je lui explique simplement...
que je suis dépassée, que c'est obsessionnel, que tout mon corps m'échappe et c'est très nerveux et que je suis très contractée et surtout que je n'arrive pas du tout à me contrôler. Je ne sais pas comment faire pour reprendre un peu le contrôle sur ce qui se passe. Finalement, je le vois quelques semaines. Il me prescrit des antidépresseurs, mais il ne m'explique pas du tout pourquoi je vais les prendre et comment les prendre. Et ça ne m'aide pas du tout, voire même je trouve que ça empire.
Mes états de dépression et de stress. Et finalement, je décide aux vacances de la Toussaint que je ne veux pas retourner le voir. En plus, les antidépresseurs ne me font pas du bien, voire même ça aggrave ma paranoïa et mes obsessions. au lendemain, je décide de les arrêter, et ce, sans aucun avis médical.
¶ Relation Avec Volodia Et Imaginaires Partagés
À l'été 2013, je retrouve des amis de prépa pour un apéro et à cette occasion, je rencontre un garçon qui s'appelle Volodia. Moi, c'est une période de ma vie où je suis vraiment très très mal, je suis extrêmement déprimée. Les antidépresseurs n'ont pas fonctionné. Mes crises sont de plus en plus fréquentes. Et Volodia, ce garçon que je rencontre, il a un côté très sombre. Je vois qu'il a des galères lui aussi dans sa vie.
Et finalement, on se retrouve là-dessus et c'est quelque chose d'assez rassurant parce que je peux lui parler de mes problématiques, je peux lui parler de tout ce dont j'ai honte et je ne me sens pas du tout jugée parce que lui-même a les siens, ils sont différents, mais du coup, il comprend.
Je lui raconte notamment que j'ai un imaginaire fantasmatique extrêmement porté sur la violence, sur la contention, sur les viols. Et c'est quelque chose que je raconte pour la première fois parce que je n'ai jamais osé l'aborder tellement j'en avais honte. Lui, il est très réceptif à ça et on se rend compte qu'en fait, on partage ses imaginaires.
on est tous les deux inquiets vis-à-vis de ces imaginaires, mais qu'on se rend compte aussi que finalement, comme on les partage, c'est peut-être qu'on a le droit de les vivre. Et donc, on commence une relation amoureuse très intense, très fusionnelle et aussi basée sur une confiance mutuelle. du fait qu'on se partage des choses qu'on n'a jamais partagées à qui que ce soit. Et ça, pour moi, c'est un soulagement.
parce que je peux enfin avoir une sexualité qui est à la fois un exutoire, mais qui est à la fois aussi quelque chose de positif, de valorisé. Et ce n'est pas du tout une honte que d'explorer ça, au contraire. Et du coup, ça me permet vraiment de tenir dessus. Mais malgré tout, mes crises, elles continuent. En fait, ça ne s'arrête pas. C'est des petits moments d'accalmie, mais ça revient toujours à un moment ou à un autre.
Quand Volodia essaye d'explorer un peu mon corps, moi, je me ferme complètement. Je n'ai pas du tout envie qu'il ait accès à mes sensations. De toute manière, je n'ai pas accès à mes sensations. Je ne sais pas ce qui me fait plaisir. Je ne sais pas quels sont les zones érogènes de mon corps. C'est quelque chose que je n'ai jamais... exploré pour moi. La masturbation, c'est juste quelque chose de pénible et de subi.
Et j'essaie de lui expliquer, mais il a beaucoup de mal à comprendre parce que lui, il fonctionne sur un mode de pensée qui est que dans la vie, quand on veut, on peut, qu'il y a beaucoup de choses qui sont liées à la volonté et qu'en fait, si moi, je suis dépassée. par ses réactions physiques, c'est que je ne veux pas suffisamment fort que ça change. Et en plus de ça, il ne comprend pas mes accès de colère parce que comme c'est ma relation privilégiée, c'est mon...
Donc du coup, c'est vraiment auprès de lui que je me décharge quand je suis énervée. Souvent, après une journée de cours où j'ai été très stressée parce que j'ai vu des choses qui m'ont relancée, des crises, etc., je vais en fait m'énerver. Sur lui, je vais...
tout balancer sur lui. Je vais être hyper agressive, lui en mettre plein la figure, lui dire, mais c'est pas ma faute, je suis juste énervée, mais je contrôle pas. Et en fait, lui va me dire, bah oui, mais il y a un moment, tu peux pas m'en mettre plein la gueule comme ça. Et donc, on a aussi vraiment des moments difficiles.
où je n'arrive pas du tout à lui expliquer pourquoi je suis tout le temps énervée et il ne comprend pas du tout. Donc, on a beaucoup de difficultés de communication à ce niveau-là.
¶ Dissociation Et Exacerbation Des Crises
Je termine mon BTS. Volodia, lui, reste dans la ville où on étudiait. Mais moi, je monte à Paris pour faire une double licence. Et c'est de plus en plus compliqué parce que moi, finalement... J'ai 21 ans, je découvre ce que c'est que d'être dans une grande ville avec plein de possibilités. finalement, j'ai envie de m'ouvrir un maximum. Et puis, en fait, plus je fais des choses, moins je suis en contact avec mon corps, moins j'ai de crises.
Plus je bois de l'alcool, plus je m'amuse, plus je suis finalement dissociée de mes sensations. Et du coup, c'est vraiment quelque chose que je commence à faire beaucoup pour en tout cas limiter les crises. Et lui, il n'a pas du tout ce rythme-là. Donc, on s'éloigne, on ne se comprend plus.
Et comme je suis vraiment très stressée et que le rythme de cours est très soutenu, je bois du café matin, midi et soir. J'en bois une quinzaine par jour. Et je commence à rentrer dans un état de tachycardie constante. Donc, je suis de plus en plus... en plus intolérante face à n'importe quoi, un bruit, même la lumière, les publicités dans la rue. Il y a énormément de facteurs qui font que je fais des crises, mais vraiment tous les jours.
¶ Crise À La BU Et Nouvelle Thérapie
Un jour, je suis à la BU avec ma copine Clara, qui travaille avec moi. Et comme on est ensemble, je n'ai pas pu choisir ma place stratégiquement parce que j'étais avec elle, donc c'était plus difficile de négocier. Je suis à côté d'un garçon. Je me rends compte d'un coup qu'il est en train de se gratter les ongles avec un compas.
Et là, comme pour le jour où j'ai vu mon père dans le canapé, instinctivement, tout de suite, mon corps se met à brûler et j'ai vraiment envie de sauter par la fenêtre pour ne pas voir ça. Tellement c'est insupportable. Donc je prends toutes mes affaires, je décolle, je suis hyper gênée parce que ma pote, elle ne comprend rien de ce qui se passe. Je lui dis, là, je suis désolée, une urgence, je dois partir. Et je m'enfuis de la BU en courant comme j'avais fait.
je m'étais enfuie dans mon jardin. Et suite à ça, je suis tellement désemparée que j'appelle ma sœur et je lui dis écoute là vraiment, si ça continue comme ça, je ne sais pas quoi faire. Et là, elle, elle me conseille vraiment d'aller voir une psy et je prends mon premier rendez-vous.
au bout d'une semaine. Le premier rendez-vous a lieu en décembre et je la vois jusqu'à la fin de l'année, tout du long de ma scolarité et ça me permet vraiment de bien gérer ma scolarité, de bien gérer cette année qui était très mal partie. Quand je vais la voir, c'est pour lui expliquer que j'ai des phobies sociales, que je n'arrive plus à travailler, que je n'arrive plus à aller à la BU. Elle me fait beaucoup parler de mon enfance. On revient sur le contexte familial.
Plein d'autres choses qui n'ont rien à voir avec les manifestations physiques qui m'arrivent. Et en plus, je ne lui décris pas vraiment, toujours en termes génital, je lui explique juste que je suis submergée, que j'ai des pensées obsessionnelles, mais je ne lui donne pas le détail. Mais finalement, on ne parle pas beaucoup de ça.
Moi, c'est tellement honteux que c'est un sujet que je ne peux pas aborder, même avec une psychologue, mais je préfère parler de mes difficultés par des chemins un petit peu détournés. Et donc finalement, ça se passe bien parce que j'arrive à compenser le stress et l'angoisse des cours et des sensations physiques qui m'assaillent par...
remplir le vide et faire plein de choses, voir plein de gens. J'ai un besoin de vivre des choses intenses et j'ai un besoin de partir de la France. Donc, en fait, je commence à me projeter énormément dans mon Erasmus. Et cet Erasmus, pour moi, c'est le symbole du... nouvelle vie qui va commencer.
Je pourrais repartir à zéro. J'ai l'espoir que ça va me permettre de trouver une nouvelle identité qui soit autre chose qu'une nana hyper stressée tout le temps et angoissée. Et Volodia, lui, a une vie qui est compliquée. Ma priorité... c'est m'en sortir moins avoir mal, essayer de comprendre ce qui m'arrive et surtout faire mon travail psychologique, et puis partir de la France et vivre d'autres choses. Et je pense que pour moi, c'est évident que je vais partir et qu'on va se séparer.
¶ Erasmus : L'Anesthésie Par L'Excès
J'arrive à Prague pour mon année d'Erasmus. Je commence à rentrer dans un fonctionnement où je bois beaucoup d'alcool, je fais beaucoup la fête, je sors tout le temps, je rencontre des gens. tous les jours, je suis hyper sociable, j'ai l'impression d'être vraiment en roue libre et ça y est, de pouvoir être enfin cette personne drôle et extravertie et ouverte et pas du tout stressée.
Je me rase la tête pour pouvoir couper avec cette identité de fille aux cheveux longs qui se cache derrière ses cheveux pour ne pas voir les gens. Et en plus de ça, à Prague, je trouve que les gens sont beaucoup moins stressés, donc j'ai aussi énormément... moins de stimuli extérieurs qui me font avoir des crises. Donc ça, plus tout ce que je mets en place au quotidien pour vivre intensément.
Ça fait que je n'ai plus du tout aucune crise. Je n'ai jamais de problème avec mon corps. De toute façon, je suis tout le temps à droite, à gauche. Je remplis le vide. Et tout ce qui compte, c'est que je ne ressens plus rien autre que... de la joie, de l'excitation, être avec des gens, ne jamais avoir de pause. Et donc, je n'ai plus jamais aucune crise parce que je ne ressens plus rien. Mon corps est absolument anesthésiée.
Cette situation dégénère, elle dure plusieurs mois et je n'arrive pas à m'en sortir parce que je prends beaucoup, beaucoup de drogue même en semaine alors que je travaille, je suis immergée là-dedans et finalement, je me laisse porter. Et là, je me fais vraiment peur. Je me dis mais en fait, j'ai été capable d'aller...
jusque-là parce que je voulais oublier mes sensations corporelles. C'est grave, j'ai vraiment peur. Donc, je décide de rentrer, de vraiment faire une énorme pause, surtout essayer d'avoir un mode de vie beaucoup plus calme.
¶ Retour En France Et Autoprotection
Quand je rentre en France, je me réinstalle dans la ville où j'avais fait mon BTS. Pendant un mois, je m'enferme dans un appartement et je me focalise vraiment sur avoir une vie saine. J'arrête tout en me disant « là, c'est plus possible, sevrage total ».
Comme je ne bois plus d'alcool, je ne prends plus aucun produit et je suis vraiment uniquement au quotidien dans mon travail, dans ma vie, évidemment, les crises reviennent parce que l'environnement de stress revient et que je suis au contact de mon corps.
Mais j'en fais quand même moins parce que finalement, comme je ne vois quasiment personne, j'ai beaucoup moins de risques aussi d'être stressée. Donc je m'enferme beaucoup chez moi, j'ai une vie beaucoup plus sédentaire. Finalement, je me protège. de tout ce que je pourrais voir à l'extérieur. Et donc, même si j'ai quand même de temps en temps des crises, notamment quand je revois mes parents, franchement, j'en fais beaucoup moins et c'est beaucoup plus gérable.
¶ La Découverte De L'Orgasme Plaisant
Un soir, je regarde un film dans lequel il y a une intrigue amoureuse entre deux femmes et il y a une séquence où l'une des deux se masturbe en pensant à l'autre qu'elle fantasme et elle se masturbe dans sa baignoire. On voit qu'elle est dans sa baignoire, elle fait couler le jet et qu'elle pense à cette femme et qu'elle jouit comme ça.
Et moi, je suis trop choquée que ça puisse arriver. J'ai l'impression que c'est un énorme cliché. Et en même temps, ça m'intrigue énormément. Du coup, je décide de faire la même chose et de voir ce qui se passe. Et c'est la première fois que je me dis que peut-être que je peux stimuler cette zone de mon corps, donc mon sexe finalement, par une masturbation qui ne soit pas une masturbation forcée parce que je suis stressée et que je ne vais pas bien.
et par une masturbation qui soit autre chose que se frotter compulsivement et jamais en utilisant autre chose qu'un siège ou un lit. Donc j'essaye cette technique du bain. Je découvre pour la première fois la sensation d'un orgasme choisi. et agréable, et c'est absolument révolutionnaire. J'ai 24 ans, je n'ai jamais vécu ça avant, et je suis bouleversée et trop heureuse.
¶ Relation Avec Jason Et Communication Ouverte
Un soir de juin, je monte à Paris parce que je dois prendre un avion le lendemain très très tôt et je cherche à être logée sur place avant de reprendre mon avion. Je contacte plusieurs amis qui habitent à Paris et j'ai une réponse positive d'un ami du BTS qui s'appelle Jason et avec qui je suis restée en contact depuis toutes ces années. Jason, c'est quelqu'un que j'ai rencontré en BTS six ans plus tôt.
Pas un ami hyper proche, mais c'est vraiment quelqu'un en qui j'ai confiance. On est resté en contact, donc je suis super contente de le revoir. Et une chose en entraînant une autre, en fait, on passe vraiment une super bonne soirée. On rentre chez lui, on se met à danser et finalement... on passe la nuit ensemble et moi le lendemain matin je prends mon avion super tôt donc je pars alors que je viens de passer une nuit d'amour incroyable et évidemment je pense qu'à ça
Quand je reviens de mon voyage, j'ai envie de le revoir, on se recontacte. Je lui parle tout de suite de ce qui m'arrive, notamment d'un point de vue sexuel, parce que je décide que je ne veux plus cacher ça et que c'est sûrement ce qui m'a posé problème avant dans mes relations.
Je lui explique que j'ai des fantasmes sexuels très violents, que j'ai des difficultés liées à la masturbation, que pour moi, ce n'est pas du tout agréable, que d'ailleurs, je n'ai jamais eu d'orgasme avec qui que ce soit parce que c'était...
même par un enjeu que je découvre là depuis pas longtemps mon corps, mais que je ne suis pas du tout à l'aise en fait. Que tout ça, c'est vraiment des choses qu'il faut qu'il ait en tête s'il veut qu'on aille plus loin. Donc je lui en parle tout de suite et ça se passe extrêmement bien parce que lui...
Il me pose plein de questions, il est hyper curieux, il est hyper tendre et très doux. On prend le temps, on ne se met pas du tout à la pression. Et en fait, c'est vraiment possible de pouvoir parler de tout ça en confiance et sans avoir aucun jugement.
C'est un été plutôt tranquille. Je suis tellement sur un petit nuage parce que je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait une nouvelle relation qui arrive. Et en fait, c'est aussi un espace de libération physique, mais de libération de la parole. Donc finalement, c'est la première fois que dans une relation. amoureuse et intime, sexuelle, j'autorise quelqu'un à explorer mon corps avec moi.
Déjà que moi, je l'explore depuis pas très longtemps. Et là, c'est vraiment une grosse étape pour moi de partager ça avec quelqu'un et de le guider. Donc au départ, c'est pas simple, mais finalement... J'arrive vraiment à lâcher les barrières, à me laisser aller, à lui faire confiance. Et donc, c'est la première fois que j'expérimente aussi le fait de vivre un orgasme avec quelqu'un d'autre. et que ça se passe super bien et que ce soit un orgasme vraiment agréable.
¶ Le Collectif Et La Réappropriation Corporelle
On est en 2018 et j'ai 25 ans. Je déménage à Nantes. Je trouve un travail, ça se passe vraiment bien. Je continue ma relation à distance avec Jason. Je me fais des nouvelles amies et c'est une ville dans laquelle je sens qu'il y a vraiment une possibilité du côté militant. J'ai envie d'explorer ça.
Un jour de juin, je suis attirée par un événement qui m'interpelle. Je me dis qu'il faut absolument que j'y aille. C'est un documentaire sur les pratiques gynécologiques et le fait de résister aux violences obstétriques et gynécologiques en ne payant pas.
pas ces rendez-vous médicaux. Ça s'appelle « Paye pas ton gynéco ». Donc, il y a une séance de projection suivie d'un débat. Et au cours de cette projection, il y a plusieurs personnes qui interviennent en expliquant que face... aux violences obstétricales et gynécologiques, et notamment aussi aux abus de pouvoir qu'on peut avoir dans le monde de la santé, elles sont plusieurs personnes à avoir décidé de créer un collectif en non-mixité choisi, en l'occurrence 100 hommes cisgenres.
afin de... questionner tout le rapport autour de la santé, notamment sexuelle, et de trouver des solutions vraiment concrètes et pratiques pour limiter les abus, notamment par exemple organiser des rendez-vous médicaux où les personnes sont à... On les laisse pas toutes seules, on y va à plusieurs pour pouvoir avoir une personne en backup. Et on organise aussi des ateliers.
d'autogynécologie ou d'autossoins pour pouvoir développer un certain nombre de connaissances autour du corps et autour de la santé sexuelle. Je me rapproche de toutes ces personnes, je monte le collectif avec elles et à la rentrée de 2019, on commence les premiers ateliers. L'objectif, c'est vraiment de se réapproprier un certain nombre de pratiques.
corporelles, un certain nombre de pratiques somatiques, que ce soit de la relaxation, des étirements, des pratiques de Qigong ou de Douyin, tout un lot de pratiques que chacun, chacune maîtrise. propose aux autres afin de vraiment s'accompagner dans la santé et aussi partager nos connaissances sur le corps. Et l'objectif, c'est vraiment de s'autonomiser dans à la fois sa connaissance anatomique et aussi comment fonctionne le monde médical.
limiter les abus. Durant ces ateliers et au sein de ce collectif, je découvre vraiment des techniques qui sont beaucoup plus efficaces que tout ce que j'ai essayé jusqu'alors. Et là, j'ai des outils concrets, que ce soit de la relaxation ou même... connaissance ou même une meilleure connaissance de son alimentation, de qu'est-ce qui peut avoir des effets sur l'inflammation, qu'est-ce qui peut être des produits excitants qui du coup ont tendance à...
surcharger le système nerveux et donc qui sont des facteurs aggravants lorsque j'ai des crises. Donc je commence aussi à adapter mon régime alimentaire. J'arrête complètement de boire du café et de l'alcool et j'ai aussi beaucoup plus de conscience corporelle.
donc je fais attention à mes cycles, je regarde quand j'ai mes règles ou quand j'ai un pic de violation en fonction de mon cycle, ça a un impact aussi sur mes réactions, sur mes crises, est-ce qu'elles sont plus fortes ou pas. Je me rends compte que vraiment être en position assise trop longtemps, c'est compliqué.
je mets en place aussi des stratégies où je vais faire pas mal de mouvements du bassin, je vais faire pas mal de mouvements de danse pour m'apaiser et pour me permettre de me relaxer. Et tout ça, c'est des choses que j'explore en plus en groupe et en collectif. On en parle, on... on part, on voit ce qui a marché, ce qui n'a pas marché et on se fait nos retours et c'est extrêmement constructif et en plus, on crée vraiment...
une ambiance de confiance où c'est possible de se raconter. Moi, j'en dis pas trop, j'explique pas vraiment ce que j'aime, mais je sais que les gens sont pas là pour juger, je sais que c'est un espace où vraiment je vais être comprise et entendue, et du coup, je me sens hyper...
en sécurité. Comme c'est un groupe, on a vraiment envie de prendre en compte toutes les difficultés. À chaque fois qu'on se retrouve, on fait un tour de parole pour savoir comment on sent et puis s'il y en a qui ont des difficultés. Donc moi, je finis par expliquer. que j'ai vraiment des difficultés avec certains signes extérieurs d'anxiété, qu'en fait, avec les mains, c'est compliqué, que ça me crée des sensations corporelles.
extrêmement compliqué et que j'ai vraiment besoin d'une vigilance. Au début, j'ai un peu peur de parler de ça parce que je me dis, comme d'hab, je suis folle. Et c'est accueilli avec... énormément de bienveillance. Les gens comprennent très bien et me disent « oui, évidemment ». Et du coup, je me dis que ce n'était pas si compliqué. Il suffisait juste de dire « est-ce que tu peux être un petit peu vigilante quand tu te grattes là ? » Je ne veux pas t'embêter, c'est juste que vraiment pour moi...
c'est compliqué. Et en fait, en face, on me dit bah oui, oui, pas de problème.
¶ Mettre Un Nom Sur Le Trouble
Ça fait plusieurs mois que je suis dans ce collectif et qu'on se retrouve régulièrement pour des ateliers. Moi j'ai vraiment pris l'habitude de plus en plus de m'autonomiser dans la gestion de mes crises, d'essayer de comprendre comment ça fonctionne. Et un soir de mars 2020,
Alors que j'ai fait des exercices de relaxation et que je suis hyper détendue, je vais me coucher et malgré tout, j'ai ces sensations qui reviennent. Et vraiment, là, je ne comprends pas parce que ça fait plusieurs mois que je suis hyper alerte, hyper ouverte à sentir mon corps. Et là, je me rends compte.
que même en prenant toutes les précautions du monde, il y a toujours ça qui est présent. Et d'ailleurs, je me rends compte que c'est présent. Et je réalise que ça fait des années que je n'ai même plus conscience que le soir, je suis tendue tellement c'est normal et quotidien. Donc là, vraiment, je comprends que c'est pas normal que je sois pas détendue alors que j'ai tout fait pour l'être.
Et je me dis, bon, ce n'est pas ce soir que je vais régler la question, mais en attendant ce soir, je vais juste regarder s'il n'y a pas sur Internet des conseils pour calmer les douleurs. Et je tape douleurs clitoridiennes chroniques.
parce que je ne sais pas comment nommer ça autrement, en espérant trouver des conseils pour pouvoir gérer la situation. Dans les résultats de la recherche, je tombe... tout de suite sur un tas d'articles qui mentionnent un trouble dont je n'ai jamais entendu parler avant, qui s'appelle le syndrome d'excitation génitale permanente.
Je lis le descriptif, je lis les critères de diagnostic de ce syndrome. C'est... hallucinant à quel point ça décrit tout ce que je vis, c'est-à-dire des manifestations d'excitation génitale non désirée, qui tentent d'être libérées grâce à de la masturbation, mais ça ne marche pas, qui sont à des...
moment non souhaité, non désiré, parfois complètement incongru et arbitraire, qui procure évidemment beaucoup de honte et de culpabilité, etc. J'apprends que ça existe chez d'autres personnes, c'est surtout ça le plus fou. Ça me sort de cette solitude et de l'idée d'être complètement perverse et folle depuis l'âge de 5 ans. Tout de suite, je me sens vraiment beaucoup moins seule. Et en fait, j'ai l'impression qu'il y a un poids dans mon corps qui s'enlève parce que...
Ce n'est pas mon problème, en fait. Ce n'est pas juste mon problème. Je passe des heures et des heures à chercher tous les articles que je trouve. Je commence à faire un dossier d'informations. Tous les éléments que j'ai pu récupérer, je passe en mode obsessionnel, je ne dors pas de la nuit. Ce qui m'hallucine, c'est qu'en plus de 20 ans, je n'ai jamais une seule fois pensé à taper ça sur Google. Parce que je n'ai jamais imaginé que ça puisse être une réalité autre que...
ma problématique personnelle, de toute façon, c'est dans ma tête, c'est mon problème. Donc, je suis très triste aussi de me rendre compte que je n'ai même pas pu envisager que ça puisse être quelque chose sur lequel d'autres personnes s'étaient renseignées.
Je suis tellement heureuse et soulagée, je rentre dans une phase d'euphorie. J'en parle à tout le monde, je n'ai plus aucun filtre. J'ai l'impression que c'est la breaking news de l'année et que tout le monde doit savoir. Donc vraiment, j'en parle à tout le monde.
¶ Diagnostic Douloureux Par Une Sexologue
Et je décide qu'il faut absolument que je trouve quelqu'un qui me permette d'avoir ce diagnostic parce que je veux être sûre que c'est ça. On est confinés, je n'ai pas trop de solutions. Je cherche sur Nantes si je peux trouver un ou une médecin qui serait qualifiée pour me faire le diagnostic, sachant que sur Internet, tout ce qui est dit, c'est des sexologues, c'est un trouble très peu connu.
On en entend à peine parler, donc personne ne sera capable de vous orienter sauf quelqu'un spécialisé dans les troubles de la sexualité. Je trouve une sexologue qui accepte de prendre des rendez-vous assez rapidement. Comme on est confinés, c'est en visioconférence. Je m'y suis préparée, j'ai trop hâte, j'ai l'impression que je vais avoir la réponse à tous mes problèmes. J'attends ce rendez-vous comme la parole du Messie. On va enfin me confirmer que c'est bien ça. La sexologue me pose
énormément de questions. Donc, notamment, les images, les images de femmes enceintes, de viols, c'était comment ? Expliquez-moi, racontez-moi. Là, vous étiez dans quelle position ? Là, vous faisiez quoi ? Donc, j'ai jamais, jamais autant déballé ma vie. pas même à mon compagnon. Pour moi, c'est hyper bizarre de faire ça. C'est très confrontant. À l'issue de mon monologue de 50 minutes, il nous reste donc à peine 10 minutes de rendez-vous.
Elle s'arrête, elle me dit « Bon, je vais vous dire quelque chose qui n'est pas simple, mais les victimes comme vous, il faut qu'elles l'entendent. » Et donc là, elle m'explique que, oui, j'ai bien le syndrome d'excitation génitale permanente, mais tout de suite, elle le balaye en disant, vous, vous avez ça, mais bon, ce n'est pas le problème. Vous, ce n'est pas physiologique, ce n'est pas un problème anatomique. Vous, c'est psychologique.
traumatiques. En fait, vous avez été agressé sexuellement dans l'enfance, probablement par votre père, votre grand-père ou un ami de la famille. Bon courage, 90 euros. Le rendez-vous se termine et je suis complètement abasourdie. Je suis vraiment complètement sonnée. Et là, en fait, débute une vraie très longue période de paranoïa.
parce que même si je n'ai pas envie de croire du tout ce qu'elle me dit, que c'est abusif et que c'est basé sur rien, j'ai vraiment cette idée fixe en tête que peut-être elle a raison. Et je n'ai pas envie de penser ça, mais je ne peux pas m'en empêcher. Évidemment, du coup, je commence à baliser vis-à-vis de mes parents. Je n'ai plus envie de les voir. Je m'éloigne de ma famille parce que je suis vraiment complètement paranoïaque. Je me dis, mais évidemment que c'est faux, mais si c'était vrai.
¶ Comprendre Les Causes Possibles
Après cette sexologue, je décide que je ne veux plus jamais prendre un rendez-vous si on ne m'a pas conseillé avant la personne. Au moins, j'ai eu un retour positif. Grâce à des amis qui me conseillent des médecins, je change de médecin traitant.
qui, elle, prend très au sérieux tout ce que je lui explique et se renseigne sur ce syndrome pour pouvoir m'aider dans le diagnostic. Elle m'explique qu'il y a plusieurs causes aujourd'hui connues à ce syndrome et que pour comprendre ce qui m'arrive, il faut qu'on en élimine un certain nombre. les causes neurologiques, à savoir, il y aurait probablement un dérèglement hormonal ou neurologique qu'il faudrait vérifier en faisant des tests pour savoir si le système nerveux répond bien.
Donc je prends rendez-vous avec une neurologue, on fait les tests et on vérifie que tout va bien, c'est pas du tout ça le problème. Du coup, la piste la plus... Il y a eu un traumatisme psychologique et du coup, ça a laissé une empreinte physique puisqu'aujourd'hui, maintenant, cette zone de mon corps est particulièrement réactive et particulièrement sensible alors qu'elle ne devrait pas l'être.
C'est une période très frénétique où je vois énormément de spécialistes, de médecins, sages-femmes, ostéopathes, neurologues. J'essaye de ratisser un peu le plus large possible pour trouver des solutions. Finalement, parce qu'il n'y a pas de vrai diagnostic posé, je vais voir une spécialiste urologue pour un bilan. Lors du rendez-vous, elle me pose quelques questions, mais très rapidement, elle m'arrête et me dit « Vous ne savez pas ça du tout, vous ».
Donc moi, je tombe des nues, je suis vraiment désemparée parce que je pensais quand même que ça faisait sens. Mais elle me rassure quand même assez rapidement en me disant « Bon, vous avez les mêmes manifestations physiques, c'est juste que sur le plan clinique... » Le syndrome d'excitation génitale permanente, ça ne se développe que chez des adultes. À un instant T, et c'est assez court, c'est sur une période de six mois, un an maximum.
Et ensuite, ça s'arrête et ce n'est pas du tout lié à des signes extérieurs, ce n'est pas du tout lié à du stress, ce n'est pas du tout lié à des déclencheurs extérieurs. C'est complètement arbitraire. Tu es en train de travailler, tu fais tes courses et d'un coup, il y a une charge nerveuse.
génitale qui se déclenche sans raison et puis qui s'en va sans raison. Mais ce n'est pas lié à ce que vous me décrivez. Elle m'explique que pour elle, ça s'apparente beaucoup plus à un TOC, c'est-à-dire à une stratégie corporelle qui est mise en place face... à un moment trop plein, quelque chose qui est insupportable, et qui ensuite est utilisé pour réguler le stress. Et elle m'explique que les TOC, au début ça fonctionne, mais après ça ne fonctionne plus parce que le corps est habitué.
assez logique, finalement, pour moi, puisque aujourd'hui, quand j'ai des crises, même si je décharge, ça ne marche pas bien et tout ça. Sur le moment, je suis un peu désemparée parce que j'avais vraiment envie de ce diagnostic. Et en même temps, je trouve que ça fait assez sens de l'expliquer comme ça. Surtout qu'elle me dit concrètement votre problème, même s'il est psychotraumatique. Il y a quand même une empreinte physique dans votre corps.
¶ Vers La Gestion Par Le Corps Et L'Esprit
C'est comme un torticolis, il y a un nœud. Et si vous apprenez à faire les bons gestes et avec de la bonne rééducation, vous allez pouvoir défaire le nœud. Et en fait, du coup, quand il y aura un signe extérieur qui vous stressera, ce sera beaucoup moins fort pour vous parce que ce ne sera pas aussi...
douloureux à cet endroit-là. Elle me conseille donc de faire un travail de thérapie intégrative, à savoir travailler sur le plan sexo avec une sexologue et travailler surtout à faire avec une kiné de la rééducation périnéale. Quand même, elle m'explique que c'est des sujets très compliqués, que la plupart des soignants ne sont pas formés. Et elle me donne le contact de deux personnes dont elle sait qu'elles font très bien ce travail en me disant...
Vous ne pouvez pas aller voir n'importe qui si vous faites ce genre de rééducation. Il faut que vous ayez une kiné qui soit vraiment au courant de ces fonctionnements-là, de ces troubles liés à la vie sexuelle et quelle est cette compréhension globale, sinon ça ne servira à rien.
¶ Apaisement Par Le Mode De Vie Et La Famille
Avec Jason, on en parle beaucoup, j'arrive à trouver de l'apaisement. On est assez d'accord sur le fait qu'on a envie de quitter la ville et on décide, à la rentrée de 2022, de déménager à la campagne, de se faire un petit cocon là-bas. vois quasiment plus personne mais en même temps du coup j'ai vraiment plus du tout de stress ou très peu au quotidien et j'adapte en fait complètement ma vie pour limiter les crises et faire en sorte d'être beaucoup plus sereine.
Comme j'ai compris beaucoup de choses sur le fonctionnement de ce trouble, ça me permet aussi de mieux en parler à mes proches, notamment à ma famille, avec qui ça fait des années qu'on n'arrive pas à se comprendre sur ce sujet-là. Et je décide que j'ai aussi envie de consacrer plus de temps à ma famille, mais ça passe par le fait de leur expliquer ce que je vis. Donc j'en parle à mes sœurs, elles comprennent vraiment très bien, et toutes les deux sont...
hyper soutenante régulièrement. Elles savent, quand je leur demande de faire attention, elles ne se vexent pas, elles le comprennent et vraiment, ça se passe très bien. Avec mes parents, c'est peut-être un petit peu moins évident, mais je pense qu'ils saisissent à quel point c'est un gros enjeu.
pour moi et je vois qu'ils font énormément d'efforts du coup ça nous rapproche aussi parce que je comprends qu'ils sont attentifs à leur manière avec leurs possibilités et ça j'y suis très sensible donc j'ai vraiment confiance dans le fait que
Je peux arriver à dire les choses sans m'énerver, sans que ça crée du conflit, même si c'est toujours difficile parce que mes parents, pour moi, c'est les personnes qui sont les plus épidermiques. J'ai vraiment du mal à rester longtemps en leur présence, même quand ils font des efforts, ça reste des gens très... ... ... ... ... ... ...
On sait qu'on ne partira plus jamais en vacances ensemble parce que c'est trop compliqué, mais on arrive à se voir et à se comprendre et c'est vraiment une grande amélioration. Vous venez d'écouter Transfer épisode 303, un témoignage recueilli par Mona Delahaye. Cet épisode a été produit par Slate Podcast. Direction éditoriale, Christophe Caron.
Direction de la production, Sarah Koskiewicz. Direction artistique et habillage musical, Benjamin Septemours. Production éditoriale, Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours. Chargée de pré-production, Astrid Verdun. Prise de son et montage, Johanna Lalonde. Musique, Thomas Loupias. L'introduction a été écrite par Sarah Koskiewicz et Benjamin Septemours.
Elle est lue par Aurélie Rodriguez. Retrouvez Transfert tous les jeudis sur Slate.fr et sur votre application d'écoute préférée. Découvrez aussi Transfert Club, l'offre premium de transfert. Deux fois par mois, Transfer Club donne accès à du contenu exclusif, des histoires inédites et les coulisses de vos épisodes préférés. Pour vous abonner, rendez-vous sur slate.fr slash transferclub. Pour proposer une histoire,
