¶ Intro / Opening
Cet épisode de transfert vous est présenté par Bouygues Télécom, engagé avec ses clients contre l'exclusion numérique grâce à l'opération Don de Giga. Chaque mois, les clients Bouygues Télécom peuvent offrir des gigas symboliques à l'association de leur choix. Quatre partenaires participent à cette initiative. Les petits frères des pauvres, le Secours populaire, la Fondation des femmes et l'APF France Handicap.
Ces gigas sont ensuite transformés en forfaits et smartphones pour des personnes en situation d'exclusion numérique. Cette année, plus de 925 000 gigas ont déjà permis à des milliers de bénéficiaires de se reconnecter et ainsi de rester en lien avec leurs proches et la société. Pour découvrir l'histoire de ce beau projet et l'impact concret de vos dons, n'hésitez pas à aller voir la vidéo Giga Merci sur la chaîne YouTube ou le site de Bouygues Télécom.
On a tous un Tyler Durden enfoui en nous. Un peu comme dans Fight Club, on a un double que l'on voit agir sans pouvoir intervenir. Un autre, pour le meilleur ou pour le pire, dont les actes nous sont incontrôlables. Savons-nous vraiment qui nous sommes ? En s'installant sur une île paradisiaque, Rémi n'aurait jamais pu se douter que cette question deviendrait la pierre angulaire de sa vie, car un événement dramatique lui a révélé l'existence de son autre soi. Vous écoutez Transfert épisode 135
Produits réalisés par Slate.fr. Un épisode signé Lucas Scaltritti.
¶ Enfance Stricte et Voyages
J'ai été élevé dans un cadre assez strict. Deux frères et une sœur, famille militaire. Mon père était gendarme et a toujours travaillé là-dedans. Il a fait toute sa carrière et il se consacrait uniquement à cela tout le temps. Ma mère, quant à elle, elle ne travaillait pas justement pour faire en sorte qu'on puisse bien grandir.
Donc une éducation assez stricte avec le plus grand des frères qui était parti à l'école militaire tout jeune. Je l'ai assez peu vu et pourtant c'est avec lui que j'ai eu le plus de liens jusqu'à présent. Donc on a déménagé. toute ma jeunesse. Tous les 3-4 ans, on déménageait. Alors ça m'allait bien en fait, parce que déjà j'avais pas spécialement mon mot à dire, et puis ça me faisait découvrir de nouveaux endroits, mais c'était tout le temps très strict à la maison.
Il ne fallait pas faire de bêtises, sinon on en prenait une. Et c'était compliqué. Je fais mes études dans différentes villes. J'arrive pas loin de Grenoble. Donc à la fin de mes études, je rencontre une femme à Lyon.
¶ Une Île Paradisique Appelle
Et c'est un peu un petit coup de foudre. On s'entend tout de suite bien. J'apprends peu de temps après le début de notre relation qu'en fait, elle a d'autres partenaires. Sauf que j'étais un peu accroché. Je décide de quand même vouloir aller sur Lyon. Je fais des recherches. Alors je travaille à côté de Grenoble. Mais je ne trouve pas. C'est compliqué. Les logements, c'est pareil. Il faut vivre à Lyon pour avoir un logement. Donc c'est un peu compliqué. J'ai des amis.
qui s'avère être mon propriétaire, qui habite à Saint-Barthélemy, aux Antilles. Et je leur parle un petit peu de ma situation au quotidien. On s'appelle de temps en temps, avec 8-9 heures de décalage. Et ils me disent, en fait... Si tu ne sais pas quoi faire, si tu vois que sur Lyon, c'est compliqué, postule à Saint-Martélemy. Il y a tout le temps du travail et puis généralement, tu es logé.
Moi, avec ma situation amoureuse un peu compliquée, qui est en train de basculer et qui va se terminer, je me dis que c'est peut-être une solution. Ça me permettrait vraiment de couper court et de faire en sorte de... de voir autre chose en fait. Alors je continue, je continue à perpétuer en fait cette espèce de rite familial où je déménage et je me pose pas pour créer quelque chose mais ça me va bien. Vraiment j'ai...
J'y réfléchis pas, en fait. Donc je postule. Deux semaines plus tard, j'ai une réponse. Et je suis pris. Avec le logement, avec tout ce qu'il faut. Je mets tout en branle pour faire en sorte que... en un mois et demi, je puisse partir. Donc je l'annonce à ma famille, je l'annonce à mes frères, ma sœur, ma mère. Ils sont tous un peu sonnés, parce que c'est la première fois que quelqu'un fait un voyage aussi long pour travailler, pour sonner, mais bon, pas plus que ça.
On habite loin, en fait, les uns des autres. Donc, il se pose surtout des questions de pourquoi. Pourquoi est-ce que je décide de partir ? Quand mes amis me parlent de Saint-Barthélemy, tout de suite, je me mets sur mon téléphone et je regarde. sur internet. Alors, la première chose, c'est qu'apparemment, il y a sa Barthélémy qui existe, qui est en France, dans un trou baumé. Et je me dis, c'est bizarre. Je ne crois vraiment pas que ce soit là.
Puis je fais quand même quelques autres recherches. Et puis, dans le fil d'actualité, je vois marqué Johnny Hallyday, ce genre de choses-là. Donc tout de suite, ça me parle. Et donc, les photos, quand on voit les photos, les vidéos... J'imagine vraiment une île paradisiaque. Vraiment, c'est quelque chose pour moi. J'arrive sur une petite île de 20 ou 25 km². C'est de la végétation luxuriante. C'est des tortues, des requins.
des balades en yacht. Et puis, il y a toute une partie de jet set. Je ne sais pas spécialement ce qui m'attire quand je pars là-bas, mais c'est surtout le fait d'être vraiment dans la nature et un peu éloigné. Ça fait un peu voyage. Voyage exotique, ça y est, je pars à l'aventure, c'est quelque chose qui m'exalte un peu à ce moment-là. Et je me dis, waouh, ok, en trois semaines, je pars au bout du monde, dans une ligne.
paradisiaque et ça s'est fait comme ça. En fait, c'est vraiment réalisable de pouvoir partir sur une ligne comme ça et je trouve ça fou.
¶ Arrivée et Premières Impressions
L'arrivée à Saint-Barthélemy, j'ai pas mal d'heures de décalage. Je suis vraiment extatique. Vraiment, j'ai une énergie débordante. Je prends un petit coucou, un petit avion qui fait, je sais pas, 10, 12 places. Il y a tout qui tremble à l'intérieur, on se croirait dans un vieux film d'Indiana Jones, et on arrive sur l'île.
On survole toute l'île vers la fin de la journée et mes amis m'attendent. On fait un piqué, on arrive, on se pose à l'aéroport et mes amis, hop, ils me font monter dans une voiture, ils me disent rien et on part à la plage. Le soleil va se jeter dans l'océan et ils sortent les bières. Et puis là, je me dis « Waouh ! » Là, ça en jette. Je me dis « Ok, c'est cool ! » Je suis un peu claqué. On va quand même dans un restaurant.
Un super resto, vraiment. Il me paye tout et tout, c'est super. Et puis, on va se coucher. Alors, il me parle de la vie sur l'île, il me parle de qu'est-ce qu'il y a à y faire, comment, etc. Et on va se coucher. Là, je me rappellerai toute ma vie. Ils n'avaient pas de chambre. Ils avaient juste leur lit. Et ils me font coucher sur un hamac, sur le balcon qu'ils donnent sur l'océan. Ils habitent en haut d'une colline.
Je suis sur un hamac. Normalement, j'ai un logement prêté par mon employeur qui est au niveau de la plage. Donc, c'est là où je vais dormir. Mais je n'ai pas encore accès à ce logement-là parce qu'il n'est pas encore disponible. Donc je reste avec mes amis, et en fait, j'arrive le jeudi sur l'île, mes amis me disent qu'en fait, eux, ils partent le dimanche. Ils partent de l'île parce que chaque année, ce sont leurs vacances.
Ils ont un mois par an. Comme tous les métropolitains qui arrivent sur l'île, ce mois un peu creux dans l'année leur est alloué pour pouvoir partir. Donc ils partent dimanche et ils m'expliquent tout. Ils me prêtent leur voiture.
Ils me disent, voilà, écoute, là, on va encore travailler deux, trois jours. Prends la voiture et fais-toi plaisir, quoi. Donc là, moi, je suis censé commencer à travailler le mercredi. Alors je prends la voiture et puis je fais un tour de ligne, deux tours de ligne. Et puis c'est incroyable, quoi. Je pars nager.
D'un seul coup, il y a des tortues grosses comme une table qui sont en dessous de moi, il y a des raimentas, il y a des requins nourriciers qui sont pas loin. C'est vraiment quelque chose, quoi.
¶ L'Ouragan Approche : Premiers Signes
Alors j'apprends quasiment à mon arrivée qu'en fait, on est à la période des ouragans. En fait, c'est bête, mais j'y avais vraiment pas pensé. Je m'étais renseigné sur plein de choses, mais alors sur les ouragans, pas du tout. Et puis c'est surtout que je m'étais dit, mais en fait, bon, les ouragans...
C'est un peu loin de moi, en fait. C'est un peu loin de nous, en tant que métropolitains. De temps en temps, on n'a pas ça. On a des petites tempêtes, mais ça ne nous touche pas. Et donc j'apprends le vendredi, le samedi à peu près. qu'il y a des formations d'ouragan qui se créent depuis le début de semaine. Et celui-ci, apparemment, celui-ci, ça pue, quoi. Franchement, moi, je me dis, OK, qu'est-ce que ça entraîne, en fait ? On n'en parle pas spécialement.
Alors, mon amie s'inquiète pour moi, elle me dit, écoute, si jamais il y a besoin, monte dans le logement, parce que si jamais il y a un peu de vent ou quoi, un peu de houle... ton logement qui est au niveau de la plage, on ne sait jamais en fait. Il pourrait être, je ne sais pas moi, soufflé. Alors, elle ne sait pas trop non plus, mais elle s'inquiète. Donc, je me dis, d'accord, j'ai les clés, donc si jamais, j'irai. Puis, le dimanche, mes amis partent.
Là, on commence vraiment à entendre aux infos, dans le fil d'actualité, à la radio, que l'ouragan arrive et il est fort. On ne sait pas s'il va tourner, on ne sait pas s'il va remonter ou pas. Mais potentiellement, on devrait prendre un peu de vent. Et le lundi, on m'apprend que l'ouragan arrive sur nous. Il est remonté. Il ne devait pas spécialement venir sur l'île et il monte.
Alors je vois les gens qui se préparent. Je vois que les magasins commencent à être vraiment dévalisés. Alors je fais un peu pareil. Je m'informe, je me dis qu'est-ce qu'il faut que j'achète ? Des packs d'eau. Alors j'achète des packs d'eau, j'achète plein de conserves, de thon, parce que c'est...
En fait, je ne m'étais pas pris au bon moment. Et il ne reste quasiment que ça, en fait, en magasin. Tout ce qui est dans le périssable fraîche, il n'y en a plus. Et puis, je vois les habitants de l'île, eux, acheter des tolls. Et puis, ils se barraquent. Vraiment, ils se confinent. Et sur leur volet anticyclonique, ils mettent des énormes plaques de bois pour consolider leur maison, en fait. On voit, ils mettent des énormes rochers sur leur...
sur leur maison. Vraiment, moi, je tombe un peu des nus, je décide de monter dans le logement et je vois toute la population en bas de la colline s'affairer sur leur maison pendant que moi... Je suis sur mon balcon à regarder tout ça un peu peunot. Il n'y a pas trop savoir quoi faire. Je ne me barricade pas plus que ça. J'ai des volets anticycloniques. Ce n'est pas mon logement, donc je ne sais pas comment me barricader.
Donc à l'extérieur de la maison, je ne fais rien. À l'intérieur non plus. La porte d'entrée, c'est une porte trois points en fermeture. Il y a du double vitrage, il y a tout ce qu'il faut. Vraiment, je me dis, bon, moi, mon logement, il est récent. Il n'y a pas d'inquiétude à avoir, en fait. Donc, je me prépare. Très naïvement, je passe ma journée. Je me dis, allez, c'est la dernière fois où tu verras l'île comme ça.
En me disant, bon, j'exagère un peu, mais... Donc je descends la plage, je regarde un peu la houle qui commence à grossir. Et puis je remonte chez moi à 15h à peu près. Je suis assez calme tout du long parce que... Je reste branché, en fait, à mon téléphone et au fil d'information qui annonce, effectivement, je vois le graphique de l'ouragan qui remonte. Mais en fait, j'en parle avec plein de gens là-bas. Et ils me disent, en fait, nous, on a vécu l'ouragan Louis il y a...
Il y a de ça 20 ans, comparé à Louis, honnêtement, ça va juste être comme chaque année, de la pluie et du vent. Donc concrètement, pas de quoi s'inquiéter. Alors on barricade parce qu'il y a certaines habitations qui sont un peu branlantes, mais bon. Faut pas s'inquiéter, de toute façon, on a vraiment connu pire et j'étais encore dans ce restaurant à parler avec le cuistot qui me racontait ça. Donc moi, sur le moment, pas d'inquiétude. J'ai quand même BFM qui tourne, alors ils en parlent un peu.
mais c'est pas le sujet principal de l'actualité. Alors du coup, je suis sur les infos des anti-françaises qui, elles, sont un peu en boucle dessus en expliquant qu'il est passé ici. Là, l'ouragan Irma arrive. Il est sur nous, quoi.
¶ L'Ouragan Irma Frappe
Donc je fais ma sieste. Et alors c'est très perturbant parce que j'étais très calme jusque-là. Là je me fais réveiller par des gouttes d'eau, littéralement. Alors j'ai du mal à comprendre ce qui se passe, j'ai le fond sonore de la télé. qui grésille un peu, et il y a des gouttes d'eau qui me tombent dessus. Et là, d'un seul coup, je ne suis plus calme du tout. Je me réveille, je saute de mon lit, et le plafond entier est imbibé d'eau. Il y a le plafond qui goûte littéralement de partout.
Je suis à peu près trempé et je ne comprends pas. Je regarde l'heure, il est à peu près 21h, 22h. Il y a la télé qui tourne et qui explique que l'ouragan arrive. Il sera là d'ici 2-3h. On commence déjà normalement à sentir sur l'île les effets. Et effectivement, là, concrètement, je les sens, les effets. Là, je suis sous la flotte et je fais en sorte que les appareils électriques ne soient pas touchés.
Je mets des serpillères, je mets des serviettes partout. Et puis, il commence à y avoir un peu de vent qui souffle. Donc, je regarde les infos, j'essaie de transmettre... les infos à ma famille, je leur envoie des messages, je commence vraiment à baliser en fait. Je me dis, ok, bon, là c'est pas marrant. Et je sais pas, une heure, deux heures plus tard, coupure de courant.
La première coupure de courant, vraiment, elle me fait flipper. D'un seul coup, la télé s'arrête. Évidemment, je n'ai pas pensé à prendre des bougies. Vraiment, ça a l'air... Tellement naïf et candide, le mec, il va avoir un ouragan, il n'a pas pensé à mettre des bougies dans son appartement. Mais c'est le cas, donc je m'allume avec la lumière de mon téléphone.
Je cherche dans les placards parce que ce n'était pas mon appartement, donc je ne sais pas où c'est. Je trouve quelques bougies, j'arrive à l'allumer. Je m'éclaire comme je peux. Le courant revient. Je suis un peu tendu. Je me dis, oh là là, c'est compliqué. Allez, 20 minutes plus tard, de nouveau, le courant s'éteint, et cette fois, il s'éteint pour de bon. Donc, j'ai plus de télé, et là, l'ouragan est quasiment sur nous. Comment décrire ? On a... comme si...
On avait la poitrine comprimée. Vraiment. Quelqu'un qui vous presse entre le dos et le torse. Ça, c'est la pression atmosphérique qui est tellement intense qu'on n'arrive plus à respirer. On est un peu essoufflé. En plus de ça, il y a le vent. Et le vent qui tape contre à la fois les volets, à la fois la porte, et ça fait des appels d'air. Donc, on a la...
Les volets qui touchent pratiquement la porte vitrée. Il y a une pression incroyable. Et le vent, un bruit. Mais c'est même pas que le vent, c'est des chutes de pierre, c'est des débris qu'on entend taper contre les portes, contre la maison. Et on entend que ça, c'est assourdissant. Et puis plusieurs fois, j'entends vraiment la porte qui craque. Des craquements sinistres. Alors bon, ça me fait flipper, je déplace le canapé, je le mets contre la porte.
Je déplace le plus d'objets possible contre la porte pour essayer de retenir. Je me dis que ça ne va quand même pas exploser, mais quand même. En fait, la porte au volant n'est que là. Je me fais projeter dans la pièce. Plus de bougies, plus de téléphone. Je cherche à tâton quelque chose, mais avec le vent, avec les débris, des débris potentiellement fatales à chaque seconde, en fait.
Je crois que j'ai été sonné, mais je ne suis pas sûr. Je me réveille et j'essaie de choper un matelas qui était en dessous du lit principal. Je prends, je me mets dessous. Mais je suis à côté de l'entrée, l'entrée est à côté de la salle de bain. Et en fait, tout a explosé dans la maison, c'est-à-dire que tous les égouts seront montés par l'évier de la salle de bain, les toilettes, la douche.
la ville de la cuisine. Enfin, tout est remonté. Donc je me retrouve là, sous mon matelas de fortune, souillé par les égouts, par moi-même. Et à chaque instant, en fait, je me dis que c'est terminé, en fait.
¶ L'Œil du Cyclone et Dévastation
Il peut rentrer n'importe quoi à travers la porte. Il va y avoir une petite accalmie, alors ça pour le coup je m'étais renseigné. Je ne savais pas qu'il fallait des bougies pendant un ouragan, mais je savais qu'il y avait un œil du cyclone, un peu comme on peut en voir dans certains films.
où d'un seul coup, il n'y a plus rien, il n'y a plus un bruit. Et on voit presque la lisière des nuages du cyclone qui tournoie à quelques kilomètres de là. Et je sors à ce moment-là, je ne sais pas quelle heure il est... Je sors et là, complètement chaotique. Il faut imaginer une lumière violacée, un peu rosée, et comme si on était le matin très tôt avec cette brume légère.
sur une île marron-noir, avec des débris partout, et un calme, et un silence de... littéralement un silence de mort, quoi. Et je regarde ça, juste... j'accuse vraiment le coup, quoi. Je comprends rien. Il n'y a pas un animal, il n'y a rien. Dans le jardin, il y a un avion. L'un des petits avions que j'ai pris en arrivant, il est en morceaux.
dans le jardin, alors qu'il est à plus de 10 km de là où j'habite. Sur les collines, il y avait un jacuzzi, en dur, et ma maison allait défoncer. Vraiment, il n'y a plus aucune végétation, tout est mort. Et puis ça dure un gros quart d'heure comme ça. Et puis je me dis bon bah en fait il faut que je retourne à l'intérieur parce que ça va recommencer. Donc je retourne à l'intérieur, je referme bon gré malgré la porte comme je peux, je nettoie ce que je peux.
Moi compris. Enfin, je me change surtout. Et puis je passe la deuxième moitié de l'ouragan. Et cette deuxième moitié-là, elle est beaucoup plus calme que la première. J'apprends plus tard qu'en fonction de l'emplacement sur l'île, les vents ne frappent pas de la même manière.
Parce que les vents de rotation de l'ouragan ne frappent pas de la même manière l'île, donc sur la première moitié de l'ouragan, j'étais très impacté, la deuxième, beaucoup moins, mais par contre, une autre partie de l'île, elle, a été ravagée pendant cette seconde moitié de l'ouragan. Et au matin, alors je n'ai pas dormi de la nuit,
Et je découvre le carnage, quoi. Je déambule dans la colline, je descends, je me dis, bon, peut-être que je vais... Peut-être que je peux aider s'il faut des gens, j'en sais rien. Des gens qui sont sous des débris. Je les aide. L'ancien appartement, lui, a été complètement ravagé. Les eaux sont montées, donc il n'y avait plus rien. Puis tous les arbres sont tombés.
des bateaux en plein milieu de la ville des bateaux de plusieurs centaines de tonnes c'est pas une petite embarcation c'est des vrais bateaux et je vois ça C'est compliqué quoi. Et je suis vraiment agarre et je sais pas quoi faire.
¶ La Vie de Survie Après Irma
La vie après l'ouragan reprend assez difficilement. En fait, chacun est occupé à nettoyer sa maison. Littéralement tout le monde est affairé à... On déblée, on aide. Alors moi qui ne connaissais personne, j'ai aidé mes voisins. Et puis après, je suis allé un peu au travail parce que je ne savais plus quoi faire. Et puis les gens, je ressentais le besoin.
leur besoin d'être seul. Donc je vais à mon travail et puis j'aide comme je peux. Et puis la vie là-bas, après, tout le monde a perdu toutes ses habitations. Tout le monde a tout perdu, en fait. Donc la vie, c'est compliqué. pendant plusieurs mois, d'autant plus que les entreprises qui s'occupent de l'eau et de l'électricité ont été essoufflées. Donc j'ai plus d'eau potable, j'ai plus d'électricité et j'ai plus de moyens de communication parce que l'antenne...
relais qui était à Gustavia, la ville principale, a été soufflé. Apparemment, elle était censée résister à des vents de à peu près 500 km heure. Il n'y a plus d'antenne. Donc là, je suis coupé du monde pendant à peu près deux mois. Clairement, je me mets dans mon travail comme si j'étais devenu un secouriste. Donc au quotidien, comment ça se présente ? Comme il n'y a pas d'eau potable, il faut que j'aille chercher mon eau.
Donc j'ai des packs d'eau que j'avais achetés, que j'ai vidés. Je vais dans des citernes d'eau qui étaient soit éventrées, soit disponibles, soit certains puits. Il y a des maisons qui ont des puits d'eau qui reçoivent les pluies. Au quotidien, je prends un saut, littéralement, j'attache à une corde, je fais descendre dans le puits ou dans la citerne, et puis je transvase dans mes bouteilles d'eau.
Puis je ramène mes bouteilles d'eau dans mon sac à dos et je les ramène à la maison. Alors au début, ça se passe bien parce que c'est tout frais en fait. On est dans la mauvaise période de l'année. C'est une période de forte chaleur. Il y a eu de l'eau en abondance, donc il y a des moustiques. Et les moustiques d'ici, c'est pas les moustiques de là-bas. Au bout d'une semaine ou deux, toutes les eaux à peu près disponibles dans ce genre de contenant deviennent néfastes.
Tous les moustiques ont fait leurs œufs dans les eaux croupies. Donc en fait, il faut nettoyer cette eau. Je prends l'eau, j'y mets de la javel et puis je me douche avec ça. Et on a tout ça, en fait. des packs d'eau remplis un petit peu de Javel à l'intérieur. On prend une douche avec ça. Parce qu'on ne peut pas se baigner, en fait. Même si c'est de l'eau salée, ça ne rince pas.
Mais je m'étais dit, je vais quand même aller dans l'eau. Mais en fait, on ne peut pas parce qu'il y a énormément de métaux, de zébris qui sont dans l'eau. Et on ne peut pas se baigner parce que c'est trop dangereux, c'est trop toxique. Donc tous les jours, je rentre à la maison. Je prends mon sac, mes gourdes vides, je les remplis, et je fais ça au quotidien. Pendant plusieurs mois,
Émotionnellement, en fait, j'ai tout à enlever. J'agis au quotidien. Je n'essaie pas de trop réfléchir à ce que je fais, à ce que je vis, à ce que je vois, parce que sinon je ne peux pas traiter les plombs, en fait. Je ne peux pas communiquer avec ma famille. Je ne peux pas partir de l'aile parce que l'aéroport est détruit. Et je suis juste au quotidien à devoir faire des tâches que je n'avais jamais imaginées devoir faire un jour. Il y en a une qui est un peu éprouvante.
¶ Nettoyer les Ruines Humaines
Il y a deux grands magasins sur l'île. L'un, je suis responsable d'une partie. Et il y en a un autre qui, en fait, a été englouti. Englouti parce que tout le sous-sol, ce sont les stocks. Il y a besoin de déjà tout nettoyer. et donc de tout enlever.
On prend une pompe à eau manuelle parce que certains générateurs électriques portatifs étaient desservis pour d'autres tâches, les pompiers, ce genre de choses-là. Et donc, on va pomper toute l'eau du sous-sol. Et puis après, il faut descendre, en fait. Donc on est 4-5, même pas, je crois. On descend au sous-sol. Il n'y a pas d'ascenseur, forcément. Et donc c'est un escalier en collie maçon, en vieille ferraille, qui nous permet de descendre dans les stocks.
On ne peut pas imaginer en fait. Mais c'est deux semaines après l'ouragan. Tout ce qui était dans ce sous-sol-là a été rempli d'eau et coupé d'électricité. Donc tout est littéralement... On ne peut plus rien manger en fait. Et il faut tout jeter.
la totalité du stock doit être jetée, et donc on doit tout remonter à la main. S'il y a une odeur, ça vous prend, mais... Au début, quand je suis arrivé devant le magasin, je vois des gens qui sortent de là, qui se mettent à vomir partout, et je me dis, mais qu'est-ce qui se passe en fait ? Effectivement, clairement. Je descends et ils avaient nettoyé une partie, sauf que là, il faut ouvrir les frigos et il faut ouvrir les normes qu'on gèle. Et alors là, imaginez une pièce.
entière dévolue pour le stock du surgelé qui a été cycloné, c'est ce qu'on dit. C'est-à-dire que toutes les denrées alimentaires, elles ont connu une pression tellement basse que soit elles ont explosé, soit elles ont tourné. Je ne suis pas scientifique, donc je ne sais pas la raison de ça, mais en tout cas, les produits sont impropres à la consommation, en tout cas après un certain laps de temps. Donc tous les sachets...
ont explosé, tout a été rempli d'eau, et tout a moisi. Il faut sortir tout ça à la main, et le brûler, à côté. On a creusé un énorme trou monstrueux, et on amène tout là. Et ça prend au trip et c'est une odeur insoutenable pour laquelle je m'exécute. Parce qu'en fait, il faut bien. C'est ce que je me dis, il faut bien. C'est pas mon taf, mais je me dis qui c'est qui va le faire sinon.
Donc, qu'est-ce qu'on mange ? Du thon, des conserves, tous les soirs à peu près. Et même des fois, on mange des poulets qui étaient dans les surgelés. ... ... ... ... ... C'est cramé, mais au moins, on mange. On a fait une virée dans le stock du magasin qui n'est pas au même emplacement sur l'île. Et on a fait des paniers repas pour les gens.
Alors il faut savoir que c'est un immense entrepôt, la totalité du toit s'est effondée, donc on arrive là-bas avec juste l'équipe du magasin, et avec des gants, on enlève les décombres, et on fait des paniers avec tout ce qui n'est pas cassé. C'est des conserves de haricots rouges, de maïs. C'est des sachets de galettes de maïs sous vide, qui sont gonflés. C'est des chips qui ne sont pas écrasés, ce genre de choses-là.
Donc on fait des paniers pour la population qu'on va distribuer après. Et déjà, ça, c'était aussi quelque chose. On prend pour soi aussi. Donc c'est des conserves de thon, de maïs, de haricots qui ont un goût pas top.
mais qui apporte suffisamment pour se caler, en fait. Et tous les soirs, pendant à peu près deux mois. Puis après, il y en a qui avaient quand même la chance d'avoir fait des réserves plus conséquentes que moi, donc du coup, je m'invite chez Intel. C'est pas si moche, mais c'est éprouvant, parce qu'on n'est pas préparé et... Et quand on arrive sur une île paradisiaque, on se dit pas qu'on va manger des boîtes de thon et des produits qui sont plus consommables.
¶ L'Horreur sur la Plage
Quelques jours plus tard, je décide de me changer un peu les idées et je décide d'organiser avec plusieurs personnes de l'île une sorte de battue, de nettoyage en tout cas. d'une des plages, alors ils appellent ça des anses, là-bas. Donc on va dans une anse, et on nettoie, alors on fait un énorme feu, je sais pas moi, 5 mètres de diamètre, enfin quelque chose d'assez colossal, et tout ce qu'on trouve, qui est brûlable, ben on le met.
Donc des planches, des bouts de bois, des cordes, des filets. Et tout ce qui n'est pas brûlable, on le pose à côté du plastique, des métaux. Et donc je fais ça une bonne partie de la journée. Et on est... 5-6 à peu près. Et puis à un moment donné, je vais un peu plus loin sur la plage et je me dis, bon, je vais pas y rester longtemps. Et en fait, je regarde un peu à l'horizon et aller à 50 mètres à la nage.
Qu'on essaie dans des rochers, en fait, il y a des corps. Il y a des corps de personnes. Mais sur le moment, en fait, je ne me dis pas, n'y va pas, c'est ni ton rôle, ni ta place. Moi, je me dis, est-ce qu'ils sont là depuis longtemps ?
Il faut les sortir, je ne sais pas, est-ce qu'ils sont vivants ? Peut-être qu'ils n'ont plus la force, ils sont encore en train de surnager, j'en sais rien en fait. Donc j'y vais, et en fait ils sont six à peu près. Ce qui pour moi s'apparente à une famille, des enfants. des enfants parce qu'ils sont juste plus petits. Mais concrètement, je peux pas les reconnaître par rapport aux autres corps parce qu'ils ont passé trois semaines dans l'eau, donc ils sont dans un état de décomposition.
très, très, très avancé et mangé en partie. Enfin, bref. Je réfléchis pas, en fait. Je vois ça et je ramène. Je ramène les corps sur le rivage. J'en prends un. Puis je vais en chercher un deuxième et puis un troisième. Au bout du quatrième, je crois que j'en peux plus. Les autres personnes à côté, elles ont enfin capté ce qui se passait parce que j'étais un peu éloigné.
Elle continue à ramener les autres corps, et puis la suite, je crois qu'ils ont appelé des personnes pour s'en occuper, et moi j'ai fait du stop pour rentrer chez moi. C'est un couple qui me prend. Et puis ils me posent des questions parce que je sens le feu en fait. Je sens vraiment cette odeur de feu. Puis j'imagine de charogne. Puis ils me posent des questions. Qu'est-ce que t'as fait aujourd'hui ?
Et puis bon, je peux pas en parler en fait. Je peux pas en parler. Je rentre chez moi et je crois que j'ai vidé la totalité des bouteilles de Javel que j'avais chez moi. Pour me rincer, je crois que je ne me suis jamais autant rincé de ma vie. J'apprends d'une part par la population locale et d'autre part les réseaux sociaux qu'en fait c'est... l'ouragan le plus destructeur qui est passé sur des îles depuis... même avant Louis. Et Louis c'était dans les années 90.
tellement qu'ils ont dû rajouter une catégorie sur l'échelle d'intensité des ouragans. Et au niveau de la population, je suis retourné voir ce restaurateur avec qui je parlais le dimanche. qui m'a expliqué que, bon, bah, Louis, c'est pas... Enfin, c'était quelque chose, donc celui-là, ça va pas être fou. Je le retrouve, et... Et en fait, son restaurant, il a été détruit. Et il a passé...
l'ouragan dans ses toilettes. Et il me dit que l'ouragan Irma, c'est l'ouragan le plus destructeur qui ait pu passer sur l'île. Et qu'il ait pu connaître. Trois mois après l'ouagan, malgré que la vie reprenne son cours, et que je puisse aller de nouveau à certains bars qui réouvrent, je peux de nouveau aller me baigner, mais c'est pas souvent.
¶ Le Déclic : Retour à la Vie
Malgré ça, un jour, je reçois un appel. De mémoire, on est dimanche, je reçois un appel visio à 7h du matin. En visio, honnêtement, c'est pas sur l'île que les gens m'appellent, donc je me dis que c'est la France. Et je regarde mon téléphone et... C'était mon frère, qui m'appelle en visio, et il avait sa petite fille dans les bras, qui venait de naître. Et j'étais, je crois, peut-être le premier qui m'appelle. Alors ici, il était super tôt, et je crois que dans la journée...
Ma décision était faite. Ce n'est pas les cocktails, ce n'est pas la vie pure ni le paradisiaque. C'est le fait de pouvoir manquer une vie familiale qui me fait rentrer, qui me décide à rentrer en France. Je me dis, ok, en fait, si je reste, je vais louper trop de trucs. Je vais vraiment louper la vie, quoi. Après avoir connu la mort sur l'île, il n'y a qu'un seul truc qui est important, c'est la vie.
¶ Reconstruire à Lyon
Donc je décide de rentrer en France. Alors que c'était pas spécialement organisé, pas spécialement prévu, mais un mois et demi plus tard, je fais mes bagages et je rentre en France. Donc quasiment retour à la caisse départ, je vais revenir à Lyon.
où j'avais laissé mes affaires, sauf que j'avais un peu prévu le coup. Je connaissais des personnes que j'avais rencontrées quand j'étais à l'époque à Grenoble, qui avaient le projet de faire une création d'entreprise à Lyon, et je les recontacte en fait. Quand je suis à Saint-Barthélemy, je reprends contact. Et il s'avère que la création de leur entreprise, ça y est, ça aboutit et ça va être en mars. Donc moi, je me dis, ok, parfait. Donc je rentre à Lyon, je me trouve au logement.
Et je fais en sorte d'avoir ce taf. Et c'est ce qui se passe. Donc, concrètement, ça m'a pris trois semaines. Et je refais ma vie, en fait. Et je décide vraiment de m'installer et de créer quelque chose. Je me dis, bon, c'est bon. Je pense que t'as passé ta vie à déménager. C'est le moment, en fait. Tu te sens bien à Lyon, tu te sentais déjà bien à Lyon avant de partir à Saint-Barthélemy. Allez construire quelque chose, en fait. C'est le moment. Donc je m'y emploie.
Je me mets à fond dans mon travail. Vraiment, pas de pause. À fond, à fond. À fond dans mes amitiés nouvelles que je crée. Et puis, j'essaie quand même de rencontrer... Des femmes, vraiment, c'est pas ma priorité. Juste, je revois ma famille et j'essaie de créer quelque chose sur des bases solides, en fait. Et tout se passe vraiment très bien. Je me fais des amitiés.
qui me semble durable, plutôt stable. Je me mets également à fond dans ma pratique sportive de l'escalade, et c'est top, honnêtement. vraiment je m'épanouis et je me dis ok bah là c'est cool j'ai fait le bon choix en fait vraiment j'ai bien fait de rentrer parce que je m'épanouis ici et je sens qu'il y a quelque chose à créer donc c'est top avec les directrices ça se passe vraiment bien
On s'entend bien, on fait des apéros ensemble. Elles font la même pratique sportive que moi. Du coup, on se retrouve de temps en temps. J'arrive à avancer comme ça. Mais toujours à fond. Vraiment, je ne m'arrête pas. Depuis que je suis parti, il n'y a pas un seul moment où je me suis posé. Sur le moment, vraiment, je ne me dis pas « pose-toi, Rémi, tu en as besoin ». Pour moi, non, je suis dans l'action, je suis dans le moment.
C'est important de vite faire les choses, peut-être parce que je me dis que j'ai trop traîné. J'ai mis en suspens un peu ma vie et j'ai trop déménagé. Alors là, du coup, c'est le moment. Il ne faut pas s'arrêter, en fait. Et il y a un jour où ça s'arrête.
¶ La Chute : Vol et Ruine
C'est une date facile, c'est le 15 janvier. Le 15 janvier, c'est la Saint-Rémy. Je vais au travail et je fais mon truc. Et les directrices, elles arrivent. Alors je suis enjoué, parce qu'on s'était vu le week-end à l'escalade. Il y a un truc qui cloche. Elles me disent à peine bonjour. Elles me demandent de descendre au bureau. Je le prends un peu à la rigolade. Je le tourne à la dérision même. Je leur dis « Oh là là, c'est très cérémonial. Qu'est-ce qui se passe ? »
Donc je m'assois dans le bureau, et là, elles me disent, en fait, on sait tout, Rémi. Sur le moment, je crois qu'il se passe deux choses dans ma tête. La première, c'est facile, c'est le déni, puisque je comprends plus tard. C'est ce que je fais depuis un petit moment. Je fais du déni.
Et la deuxième, c'est peut-être, en fait. Peut-être qu'effectivement, elles ont compris. Et je leur dis, ben quoi, qu'est-ce qu'il y a ? Elle me dit, non, mais c'est bon, en fait. On t'a vu aux caméras, donc c'est plus la peine. voilà, on va te faire une démission, tu vas partir. Et puis tu vas partir maintenant, en fait. Et en fait, il s'avère qu'effectivement, ça faisait des mois et des mois et des mois que je volais. Je volais au travail.
Je suis dans une entreprise, c'est du commerce, et je voulais de la nourriture. De la nourriture, des bières, des salades, un petit peu tous les jours. Mais vraiment, à aucun moment j'en avais... besoin financièrement, et à aucun moment je voulais nuire à mes supérieurs qui, pour moi, étaient pratiquement en passe de devenir des... des copines, des amis, quelque chose, quoi.
Je n'en avais pas besoin. Il me semble que j'avais un salaire plus important qu'elle. Mais c'était plus fort que moi. Et je savais pertinemment qu'il y avait des caméras. J'en étais conscient. Mais je le faisais quand même. Juste après avoir...
à chaque fois je me disais non mais je vais pas me faire prendre de toute façon elles vont pas regarder et puis de toute façon c'est rien et puis de toute façon je le paierai demain et puis de toute façon et alors que j'avais tout ce dont j'avais besoin à la maison pour me nourrir Je ressentais ce besoin impérieux de voler pour quoi, en fait ? Et là, c'est la chute libre. C'est la chute libre parce que les amis que je m'étais faits, ils apprennent. Et puis je leur dis...
Je leur explique. Donc, j'ai plus de travail. 80% de mes amis, mes connaissances que je me suis fait pendant plus d'un an, me tournent le dos. Ils n'ont pas essayé de comprendre. Ils m'ont pas posé de questions, ils m'ont juste catalogué. Ils m'ont dit, voilà, ok, bah en fait tu t'es bien foutu de notre gueule. Ok, bah c'est bon, t'es plus dans notre vie en fait.
¶ Le Syndrome Post-Traumatique et Guérison
Donc le lendemain de l'annonce, déjà, je réalise que c'est plus ancien. Ce n'est pas juste cette année-là, ça remonte. Je ne sais pas expliquer comment. Je décide de voir une psychologue, une psychothérapeute, donc j'explique. Et puis après on remonte un petit peu dans le temps, et la psychologue m'explique que depuis plus d'un an et demi maintenant, en fait je...
J'ai un syndrome post-traumatique que je n'ai pas réglé. J'ai été confronté à des choses tellement violentes et tellement fortes sans être préparé que je n'ai pas su gérer. Sur le moment, elle appelle ça une dissociation émotionnelle. Je me suis mis dans l'action et je n'ai pas pris soin de moi. Je n'ai pas essayé de comprendre et de parler et de travailler ce que j'avais vu, ce que j'avais fait.
et ça a ressurgi sur un pan de ma vie que j'attendais pas et le fait de pas pouvoir me nourrir comme je le souhaitais et avec des denrées périmées pendant plus de deux mois sur l'île ça a travaillé des choses en moi et La résultante, c'était de voler dans mon magasin, même si j'en avais pas besoin, mais c'était pour survivre, comme j'avais fait avant. Alors dès que j'ai commencé ce travail de thérapie, tout est ressorti en fait.
Je crois que pendant un mois, j'ai été malade comme un chien. En fait, j'avais tellement accumulé de tensions, de stress et de non-dits. Je pense que c'est surtout ça, le principal, c'est que je n'avais jamais parlé de ce que j'avais vécu. que tout a été impacté. Donc j'avais plus de relations amicales, ou peu. J'ai quand même gardé un dixième des relations, et je pense que du coup c'est les meilleurs qui restent. Mais tout a été impacté, effectivement. J'en parle à ma famille.
Je leur fais un mail parce que pour moi, c'est plus simple d'écrire surtout des choses aussi importantes, sans être trop interrompu. Mais c'est un peu la douche froide parce que je ne suis pas écouté comme j'aimerais l'être. Je suis juste entendu. En fait, je me dis qu'on a eu une éducation tellement stricte que, outrepasser certaines règles, pour eux, c'est rédhibitoire. Donc, on n'en parle pas.
Ah oui, t'as vécu ça ? Ah oui, bon, ok. Et sinon, t'as mangé quoi hier ? C'est à peine caricatural. En tout cas, c'est comme ça que je le vis. Donc je fais ce travail. Je fais ce travail de déconstruction. au quotidien, alors c'est des suées nocturnes, c'est maintenant le moindre vent qui frappe contre mes volets, ça me réveille, et c'est des angoisses, mais voilà, je fais ce travail-là.
avec ma psychologue et puis j'en parle surtout avec mes amis et surtout je parle de cet après en fait des conséquences que ça a eu parce que parler des choses que j'ai vécu à Saint-Barthélemy c'est une chose Ne pas parler des conséquences, c'est comme si ça n'existait pas. Non, ça a bien existé. J'ai bien fait les choses que j'ai faites. Je m'en mords les doigts sur le moment. Pendant des mois et des mois, c'est très compliqué à vivre.
Je ne sais pas me regarder en face. Je prends conscience sur le moment de ce que j'ai fait, de ce que ça a impacté pour les directrices, même si ce n'est pas des milliers d'euros. Mais c'est une confiance en fait. C'est du lien que j'ai détruit par des agissements qui étaient pas bons, qui étaient pas sains pour moi et pour le reste des gens qui m'entouraient. Maintenant ça va mieux. Je culpabilise toujours.
D'autant plus que j'ai pas de contact. J'ai pas spécialement envie d'en prendre parce que, je sais pas, mais vis-à-vis de mes directrices en tout cas, ouais, j'ai toujours cette culpabilité-là. Je sais pas si un jour j'arriverai à me pardonner.
¶ Avancer Après la Tempête
Je pense que c'est peut-être un peu le prix à payer. Alors je sais pas si je suis un peu dur. Donc aujourd'hui, après successivement une longue période de chômage pour me reconstruire et... Et puis une période où maintenant je travaille et ça se passe relativement très bien, je suis en couple avec une femme formidable. Ça fait un moment et on a des projets de vie, construction de maisons.
Et j'essaye vraiment d'aller à l'encontre de ce schéma familial qui m'a été inculqué et qui était un peu gravé en moi. Et j'avance. Sous la direction de Christophe Caron, Benjamin Septemours et Sarah Koskiewicz avec Aurélie Rodriguez. Guillaume Assal était notre alternant. La musique a été composée par Dombrance. Retrouvez tous les épisodes de transfert sur slide.fr ou sur votre application de podcast préférée.
