¶ Le Duo Para ou Normal
Avec Liso, on se connaît depuis plus de 5 ans. Avec Eva, on partage beaucoup de choses, sauf une. Elle croit aux manifestations du paranormal, mais moi, je suis plutôt sceptique. C'est vrai que je passe énormément de temps à regarder des vidéos de paranormal, des docu, des émissions comme la soirée de l'étrange, et je lis beaucoup là-dessus. Depuis l'enfance, il m'arrive de sentir des choses que je ne peux pas toujours expliquer. Sous-titrage Société Radio-Canada
Bienvenue dans Para au normal. Meuf, tu vas jamais me croire. Il m'est encore arrivé un truc de fou. Je crois que mon appartement est hanté. J'étais en train d'enregistrer une vidéo de chant. Et là, derrière moi, dans l'image, je vois une forme blanche. Je crois qu'il y a un fantôme dans mon appart. Ça ?
C'est le genre de message que je reçois toutes les deux semaines depuis que je connais Eva. A chaque fois, je l'écoute attentivement mais je me dis, c'est pas possible. Pour ce premier épisode de Para au normal, j'ai décidé de lui faire rencontrer quelqu'un comme moi. Quelqu'un qui y croit. Je t'avoue, le réveil est quand même très compliqué. Faire lever à 5h et demi.
Un samedi, pour aller je ne sais où, rencontrer je ne sais qui. Franchement, je n'étais pas prête. Le seul truc que j'ai là, c'est qu'il faut que je me dépêche de me préparer. Parce qu'il faut que j'aille prendre la 9, ensuite la 6 et qu'on se retrouve à Montparnasse. Franchement, ça va être trop dur. J'avais envisagé autrement mon week-end. Je le fais juste parce que c'est toi. Les TGV numéro 8625 et 8025 vont entrer en gare voie 1. Éloignez-vous de la bordure du quai.
Je suis trop excitée, j'ai trop hâte. Pas toi ? Bof, pas trop. Je sais pas trop où tu m'embarques. Pour le moment... T'as un peu peur ? Non, j'ai pas peur. Honnêtement, je n'ai pas peur. Je pense que je n'aurais pas peur du tout. Mais c'est juste que... Il y a une petite appréhension mais qui ne s'apparente pas à de la peur. De se dire où est-ce que je vais, qui je vais rencontrer, qu'est-ce qu'on va me raconter.
Ah oui, c'est vraiment la campagne. On est au beau milieu de nulle part. On est perdu au milieu de nulle part. On est entouré de vignes et de champs, super. Ouais, on est perdu au milieu de nulle part, ça c'est clair. Merci Eva pour ce week-end très sympathique. Au moins c'est dépaysant. C'est clairement dépaysant. On est arrivés en Charente-Maritime. Si j'ai emmené l'ISO ici...
C'est parce qu'un ami m'a parlé de Carole. Carole a 32 ans et elle vivrait des phénomènes étranges dans sa maison. Ça fait quelques années qu'avec sa famille, ils sont persuadés de partager leurs murs avec des entités surnaturelles. Bon, ça va, il y a quand même quelques habitations autour de la maison qu'on s'apprête à visiter. Du coup, c'est celle-là ? Exactement, c'est celle-là. On est chez Carole.
Tu peux voir, c'est une maison qui est vraiment assez typique de la région. Oui, assez basique. Avec une façade blanche, tu as juste un seul étage, un toit en tuile rouge, c'est assez basique. Mais tu vois aussi que c'est une ancienne grange. Je ne sais pas si tu vois juste là. Ah oui, à droite, oui. Exactement. Tu as l'ancien espace de la grange. Bon, ça ne ressemble pas du tout à une maison hantée, par contre. C'est vraiment la maison basique de chez Basique.
Pourquoi tu t'attendais à voir Amityville ? Non mais je sais pas, je m'attendais à voir quelque chose d'un peu plus lugubre. Bon allez, on sonne ? Allez.
¶ La Maison Hantée de Carole
Bonjour ! Vous allez bien ? Ça va et vous ? Très bien. On peut se tutoyer, ça sera peut-être plus simple. Parfait. Merci beaucoup de nous accueillir. C'est ici que tu habites du coup. C'est ça, c'est ma demeure. La maison en thé. La fameuse. Vous avez de la chance, il y en a un qui est revenu. Parce qu'on avait fait nettoyer jeudi, comme j'avais dit par téléphone. Sauf qu'il y en a un qui est revenu là depuis deux jours.
Vous allez peut-être pouvoir voir ça. Vous pouvez nous faire la surprise. Je n'ai rien à dire par SMS. Je suis ravie. Je vous fais visiter la maison ? Oui, avec plaisir. Allez, on y va. En fait, Carole nous explique que tout ça aurait commencé avec son fils de 5 ans, Nicolas. Dès leur emménagement, en 2019, le petit garçon dit à sa mère qu'il voit des gens un peu partout dans la maison. À tel point que Carole décide de faire appel à une passeuse dame.
Une passeuse d'âme, c'est une personne qui pense pouvoir entrer en communication avec les morts et qui prétend être capable de les aider quand ils sont bloqués entre les deux mondes. Du coup, Carole emploie régulièrement des personnes qui seraient capables de purifier sa maison.
Et même son fils. Donc là, la chambre du bas. Chambre du bas, en fait, ici, dans le coin entre la coiffeuse et le cellier, j'ai ce qu'on appelle une porte astrale. Une porte astrale, c'est une porte qui donne accès un petit peu à tout au niveau de l'au-delà. En fait, une porte astrale, ce serait un portail entre le monde des vivants et celui des morts Un portail qui crée un passage pour aller et venir librement entre ces deux mondes
Et si Carole y croit, c'est qu'une passeuse dame lui a dit que chez elle se trouvait une porte astrale. Cette porte astrale se situerait à l'endroit même où une ancienne porte, une porte en bois cette fois, a été condamnée.
Donc j'ai un gardien des lieux qui est devant. Donc si on n'a pas de reconnaissance envers lui, il peut laisser passer tout ce qui est mauvais. Comment tu sais que cette porte, elle est là ? Parce que là, quand on voit comme ça, on ne s'imagine pas. C'est un mur avec un cadre et il y a un miroir.
C'est par là. C'est mon fils qui me l'a dit. Quand il voyait une porte ici, il fermait toujours la porte de la chambre. Il voulait toujours fermer sa porte. J'ai dit pourquoi tu fermes plein de fantômes. Liso, tu te sens comment dans cette pièce ? Ça va, j'ai un peu chaud et je suis un peu étouffée au niveau de la cage thoracique, mais un petit peu, mais ça va.
Ouais ça va, ça va. Non honnêtement j'ai déjà été dans des lieux où je me sentais vraiment pas bien et là ça va. Moi je me sens pas bien du tout. Alors là-bas dans la cuisine ça allait, mais là... Je me sens un peu oppressée. Et dans les toilettes, j'avais l'impression qu'on me regardait. Quoi ? Tu sais, parfois, quand tu peux te sentir observée, je me sentais observée. C'est souvent ça, oui.
Et là, je ne me sens pas très bien. Tu veux qu'on sorte ? Non, mais on va continuer. J'ai un peu... L'atmosphère qui est pesante. Comme si j'avais besoin de reprendre mon souffle, tu vois. Toi aussi, tu le sens comme ça ?
moi ça ne me fait plus rien maintenant t'es habituelle limite je m'y sens bien moi ici parce que je sais qu'il y a Georges donc en fait le maître des lieux s'appelle Georges pardon c'est vrai que ça peut vous paraître bizarre c'est vous qui lui avez donné son nom non c'est son nom vraiment en fait c'est la passeuse dame qui est venue
Il m'a dit, son prénom, il s'appelle Georges. Il est de 1928. Mais comment elle sait ça, elle ? Elle communique. Concrètement, il sert à quoi ? Il fait quoi ? Il protège la maison. On croit qu'il n'y a que des esprits de l'au-delà, mais il n'y a pas que des esprits, il y a aussi des bêtes méchantes, mais vraiment. Alors, ce n'est pas les monstres comme on voit à la télé qu'on soit bien d'accord, mais il n'y a vraiment des... Ce n'est pas des âmes, c'est des monstres méchants par les pensées.
En fait, c'est de l'énergie malveillante. C'est complètement ça. Parler, penser, c'est de l'énergie malveillante. Et donc, l'énergie peut venir de... Donc, en fait, il permet ça. Et il est là aussi pour nous faire passer des messages. Ton fils, il le voit, Georges ? Je ne suis pas sûre. On peut lui demander, mais... Tu veux qu'on sorte de l'âge ? On va aller à l'ésage. Ça va être pire.
Tu veux aller dehors ? Non, non, ça va, ça va. Mais je pense que sortir de la pièce, ça va. Mais elle ressent tout le temps les trucs. Ah oui, d'accord. Damien Karbovnik est sociologue, enseignant-chercheur en histoire des religions à l'université de Strasbourg et spécialiste de l'ésotérisme. Alors l'ésotérisme, c'est un large concept pour parler de tout ce qui affirme l'existence d'une vérité cachée.
et qui propose des moyens pratiques d'accéder à cette vérité-là. Et en général, cette vérité est toujours en opposition avec le discours dominant dans la société où l'ésotérisme se développe. On y a toujours cru, je pense, et on y croit toujours, et une part de nous y croit toujours, simplement parce que, contrairement à ce qu'on pense, nous ne sommes pas des êtres 100% rationnels.
Dans certaines circonstances, on a besoin d'expliquer ce qui se passe ou on a besoin de croire en certaines choses et que le paranormal, c'est un moyen d'expliquer l'incompréhensible finalement, d'expliquer ce face à quoi on est et qu'on n'arrive pas à interpréter.
¶ Gérer les Phénomènes et la Croyance
Donc là, on monte à l'étage où il y a les chambres de tout le monde. Ce que je voulais te demander tout à l'heure, c'est comment tu sais que les personnes qui viennent nettoyer ta maison ou l'exorciste auquel tu as fait appel, comment tu sais que ce ne sont pas des charlatans et que tu ne peux pas avoir confiance en eux ? Alors, le premier passeur d'âme, je me suis dit, quel est l'intérêt de la dame qui a son magasin qui me vend des pierres de me donner un mauvais nom ?
Ouais, si elle le donne à Novénon, demain je ne reviens plus dans son magasin. On est bien d'accord ? Donc je me dis, bon, et puis il te sors des choses quand même, tu te dis, bon, il ne peut pas inventer.
L'exercice, c'est par des amis. Donc, tu dis, bon, si les amis te conseillent, c'est que... Et lui, il l'avait utilisé, en fait, pour lui. Après, je pense que... Alors, il y a des charlatans, effectivement. Mais je pense qu'il y a aussi des gens qui sont plus compétents que d'autres. Et là, l'exercice n'est pas assez fort.
Le pasteur d'âme avant faisait, mais il n'était pas assez performant pour tout nettoyer. L'exorcisme, pareil. Et après, tu te rends compte que finalement, ce n'est pas le problème, c'est que c'est ton fils qui est entre guillemets le problème. Et que du coup, quoi que tu fasses, tu reviendras. Du coup, ton fils, tu l'as fait exorciser, on est d'accord ? Oui. Il n'y a pas une autre alternative qui existe pour essayer de le...
Le faire sortir ces démons-là ? Les pierres. En fait, là, c'est même plus une question de faire sortir, c'est une question de le protéger à l'avance. Et du coup, t'as les pierres, donc tu verras, j'ai mis des pierres dans sa chambre. Enfin, tu verras, il y a un peu des pierres partout dans la maison, c'est vrai que dans la chambre, dans la cuisine...
Dans la cuisine, il y en a. Dans la salle à manger, il y en a. Dans notre chambre, il y en a. J'ai mis des pierres un peu partout. Sinon, il n'y a aucune autre alternative qui existe. Et la prière. Les prières de protection. Bon, alors déjà, un petit enfant de cet âge-là qui voit des fantômes, c'est quelque chose qui arrive quand même assez fréquemment. Mardi Noir est chroniqueuse pour Slate. Elle est psychologue et psychanalyste. Un enfant qui dit j'ai...
Je vois un loup, je vois un fantôme, il y a un monsieur derrière la porte. Ça, c'est quand même des choses qui reviennent assez souvent dans les familles. Ça fait partie des peurs d'enfants. Je ne sais pas si c'est normal, je n'aime pas trop ce mot, mais en tout cas... Il y a des craintes qui peuvent arriver quand on est petit et qui peuvent s'incarner comme ça dans des grandes figures qui sont la sorcière, le loup, les fantômes. Et là, ce qui est quand même assez intéressant, c'est que...
C'est un petit garçon qui est dans une famille où la mère elle-même croit au fantôme. ou en tout cas même, je ne sais pas si elle y croit ou elle est sûre qu'il y en a, mais en tout cas où les esprits ont une place singulière. Donc on peut imaginer que dans une famille où les parents n'ont pas du tout un intérêt...
Pour le paranormal, ils vont dire à leur enfant « mais non, c'est dans ta tête, il n'y a pas de fantôme » ou « ah, t'as peur du fantôme ». Ils vont essayer peut-être de comprendre ce qui se passe. Là, je dirais qu'il y a presque une réponse quasiment immédiate de « mon enfant voit des fantômes ». C'est la preuve qu'il y a bien des fantômes dans la maison.
¶ Les Énergies de la Chambre de Nicolas
À ce moment-là de la visite, on demande à Carole de nous montrer la chambre de Nicolas, son fils de 5 ans. Ça fait combien de temps qu'il dort plus dans sa chambre ? Il faudrait plutôt compter combien de temps il a dormi dans sa chambre depuis qu'on est là. Il a peut-être dormi un mois dans sa chambre. D'accord. Donc c'est là. J'ai l'impression que je n'ai pas le droit de rentrer. C'est possible.
Ah ouais, je vais rester là. C'est hyper bien, ça m'a jamais fait ça. C'est possible parce que j'ai la copine de mon beau-frère qui n'a pas pu rentrer. Elle restait au couloir, elle ne pouvait pas. Comme si elle n'avait pas l'autorisation. Toi, tu ne sens rien. Je ne vous avoue, je ne sens rien du tout. C'est marrant parce que je me sentais plus mal dans la pièce où il y a la porte que là. Non, c'est juste l'architecture de la chambre avec le fait que ce soit mansardé, que ce soit tout petit.
et qui est une toute petite fenêtre aussi c'est un petit carré et que ce soit pas très lumineux mais après je sais pas t'as les yeux brillants ouais c'est un peu bizarre je sais pas mais
Je ne sais pas trop comment décrire ça. Ça ne m'a jamais fait ça. C'est un blocage. En fait, j'ai déjà vu ça parce que je regarde beaucoup de vidéos de Paranormal. J'adore ça, des explorations dans les châteaux, etc. Et j'ai déjà vu des personnes qui ne pouvaient pas revenir dans les pièces et je me disais n'importe quoi. Et en fait, je me rends compte que c'est pas n'importe quoi. C'est... Je sais pas, en fait, c'est comme si tu vois des aimants.
Comme si tu étais entrejetée. Comme si j'étais l'aimant opposé, que je ne pouvais pas rentrer par la force. C'est un peu bizarre. Tu sais ce que tu ressens exactement ? Non, je sens que je n'ai pas le droit de rentrer. Mais tu sais que tu as un regard assez paniqué, je trouve. Je ne suis pas bien du tout. En fait, déjà, là, dans le couloir, je sentais des énergies contraires qui me poussent. Tu vois ou pas ?
Des énergies qui te poussaient à ne pas... J'ai pas de mots. J'imagine deux aimants inversés. Mais du coup, la personne qui est ici, on sait qui c'est ? On a déjà parlé de Georges, le gardien des lieux bienveillants, mais dans la chambre de Nicolas, il y aurait aussi un ou des fantômes, et l'enfant dit en avoir peur. Toi, tu ne les vois pas du tout ? Pas du tout.
Il n'y a que tes deux enfants qui les voient ? Ouais. Et ils voient les mêmes personnes ? Ah ouais. Ok. Et il les voit sous quelle forme ? Est-ce qu'il a déjà essayé de te le dessiner ? Il a déjà essayé des fantômes, ouais. Et il me dessine flottant.
Ok. J'essaye de savoir, parce que moi aussi je suis assez curieuse de savoir comment lui le voit en fait, comment il arrive à distinguer par exemple que moi je suis quelqu'un de réel et comment lui il se rend compte que cette personne-là elle n'est pas réelle en fait. Moi c'est ce que je me demandais justement comme il est encore peu... Comment tu peux faire l'indistinction entre ce qu'il me raconte, je sais qu'il y a des fantômes, ou est-ce que c'est pas...
Son imagination ? Ouais. Et est-ce que c'est pas... Ouais. Au début, tu le penses. Au début, tu le penses. Tu dis, bon, c'est un enfant. Peut-être qu'il a vu un truc à la télé qui a fait, par exemple, Casper le fantôme, tu vois, ou des choses comme ça.
Dernièrement, alors moi, il faut faire confiance aussi à ton enfant. C'est-à-dire que tu te fâches au début. Tu dis, écoute, Nicolas, maintenant, c'est bon, tes bêtises, tes histoires, ça suffit, etc. Donc, ça a été violent aussi au début pour lui, finalement, parce que sa mère ne le croyait pas. Donc, tu ne peux pas rentrer là-dedans. Et moi, étant... Connectation.
On ne peut pas ne pas croire mon fils aussi, tu vois. Oui, mais tu as quand même eu cette réaction de te dire peut-être que c'est le fruit de son imagination. Bien sûr, parce que tu ne peux pas vivre qu'avec l'au-delà. Ce n'est pas possible. Tu as le terre-à-terre aussi qui existe. Un enfant, il a besoin de développer son imagination. Il a besoin de se créer des films, donc tu ne peux pas... omettre cette idée-là. Un enfant va se faire des scénarios quand même souvent à partir de...
d'éléments qu'il a pu percevoir dans sa journée ou la veille. Après, ça dépend de son âge et de la mémoire qu'il a, parce que c'est vrai que les petits, c'est plus sur ce qui s'est passé dans la journée ou la veille. Il peut aussi y avoir des choses qui reviennent avec des personnages de peut-être la semaine dernière ou Papi et Mamie, qu'on n'a pas vues depuis longtemps et qui quand même existent.
dans la tête de l'enfant. Mais après, on peut aussi penser que le scénario est purement inventé, a l'air complètement farfelu et sorti de... Mais parce qu'en fait, il y a beaucoup de transformations et qu'on est dans la psyché d'un enfant. Il y a cette faculté, je vais dire, qu'adultes, on perd un peu de pouvoir utiliser ces perceptions, ces observations et d'en faire quelque chose qui ressemble quasiment à du rêve.
Bien sûr que les enfants mentent. Mais bon, c'est sûr qu'un enfant qui va dire « j'étais hier sur une licorne », en train de voler, est-ce que c'est du mensonge ? Je ne suis pas sûre. Il est persuadé qu'il a été sur une licorne et qu'il était en train de voler. Donc à ce titre-là, ce n'est pas un mensonge. Mais on sait, a priori, rationnellement, que ce n'est pas vrai. Ce qui n'est pas pareil.
Dans la culture, la figure du fantôme, on ne peut pas dire que c'est quelque chose qui n'existe pas. C'est quand même fréquemment présent. Donc, même si cet enfant ne l'a pas entendu directement de la part de sa mère, il a peut-être pu l'entendre ailleurs, le verbaliser. Et comme c'est un point, en tout cas, apparemment...
très important pour cette mère, peut-être que tout de suite, ça fait des liens très forts entre ce fils et cette mère. Et c'est peut-être aussi une façon de traiter ce lien mère-enfant à travers une figure.
¶ Le Rôle du Mari et la Solidarité
de médiation qui est celle du fantôme. On en discute avec le père, Romain. Lui n'a pas tout à fait la même approche de la situation. Il ne croit pas à la présence de fantômes mais accompagne tout de même sa femme dans certains rituels. Alors moi je suis plutôt cartésien donc je ne sentais pas énormément de choses mais je sentais surtout des courants d'air. Et le fait qu'on vous ait dit qu'il y a une porte astrale dans cette pièce.
Vous n'y croyez pas trop ? Toutes ces choses-là, toutes ces personnes qui font des choses, ils disent des phrases bateau. Ils ne disent pas des choses où c'est pointu. J'y crois sans y croire là-dessus. Et quand votre fils vient vous parler de comment tu réagis ? Là, on est obligé d'y croire, sachant qu'il est tout petit, il ne peut pas inventer les choses. Il dit que c'est une dame, c'est un mec. Qu'est-ce qui te fait dire que ce n'est pas une invention ?
À cet âge-là, on ne peut pas l'inventer encore. Moi, je pense qu'on ne peut pas l'inventer. Est-ce que c'est aussi le fait que ta fille commence à le voir aussi ? Ça recoupe un peu les informations. C'est assez compliqué. Ma fille, je ne suis pas sûr qu'elle le voit. Ma fille, je pense qu'elle suit son frère.
D'accord. Quand son frère dit par exemple ça c'est rouge, par exemple c'est bleu, il va dire que c'est rouge. Il y a un mimétisme qui se crée. C'est ça, exactement. Je pense que c'est ça. Après, peut-être qu'elle voit les choses réellement, peut-être que c'est moi qui est dans le déni, mais bon, je sais pas. Et... Toi, tu t'es jamais mal senti là-haut ? Enfin, mal senti, je veux dire oppressé ? Si, si, si. Dans la chambre de Nicolas, si.
Mais après, je me dis, est-ce que c'est pas l'atmosphère qui fait ça ? C'est-à-dire que si on fait que d'en penser, d'y penser, d'y penser, est-ce qu'on se crée pas la chose ? Je sais pas. Est-ce que toi, tu remercies Georges ? Faut le faire, donc on va essayer, on le fait. Si ça peut aller combien, pourquoi pas ? Autant le faire. Ça serait bête de ne pas le faire, sachant que ça va peut-être accentuer les choses si on ne le fait pas. Et que toi, ça ne te coûte rien de le dire.
Damien Karbovnik, sociologue
C'est quelque chose d'assez typique, finalement, on a une puissance invisible qui veille, qui protège la famille. Et en échange, il y a une dette, il faut une reconnaissance. Alors là, ça va être simplement être de la politesse, bonjour, merci. Mais ça aurait pu être aussi un don de nourriture, ça aurait pu être... un sacrifice, mais le terme est fort, mais simplement on va offrir, on va brûler l'encens, donc là on est quand même sur une forme de rituel qui est assez typique.
Mais je pense que la question du conditionnement se pose, et y compris pour vous-même quand vous y êtes allé, c'était à mon avis une des clés de l'histoire en fait. Vous avez été conditionné avant. Si je vous dis ce que vous pouvez vivre, vous allez être beaucoup plus enclin à le vivre en fait.
On est quand même sur un récit qui est assez typique, en fait, et assez stéréotypé. Après, l'approche rationnelle consisterait à comprendre le contexte de l'achat de la maison, l'histoire de la maison, si la famille était au courant et comment les choses ont pu être ensuite.
réinterpréter, mais on est quand même sur un schéma de... On est des gens croyants qui vivent une expérience qui entre dans le cadre de leur croyance. Et donc peut-être qu'il y avait d'autres moyens d'interpréter ce qui se passait. La participation du mari, elle tombe sous le sens. Imaginez, vous êtes en couple avec quelqu'un qui est très croyant, vous ne l'êtes pas, ou inversement.
Par exemple à Noël, à Pâques, vous allez l'accompagner à la messe, ne soit-ce que pour faire plaisir ou par solidarité, ou par exemple vous êtes dans une famille qui va être très croyante, il va y avoir un enterrement, une cérémonie religieuse, vous ne l'êtes pas, vous allez quand même y participer.
Vous n'allez peut-être pas adhérer au discours, mais vous allez participer. Et je pense que le raisonnement du mari, c'est une solidarité, d'abord, et puis c'est se dire, je ne prends pas un grand risque à participer, et si ça peut aider ma femme et mes enfants, je vais le faire. En fait, ce qu'il faut comprendre, c'est que ce sont des croyances qui sont structurantes. C'est une manière de donner du sens à leur expérience de vie s'il n'y a pas ce système-là de croyances.
La vie n'a plus le même sens, donc nécessairement les enjeux sont les mêmes pour quelqu'un qui va être impliqué dans un grand système religieux, quel qu'il soit. Ce n'est pas parce que la croyance est individualisée et subjective qu'elle est nécessairement moins forte et moins importante. importante qu'un système plus vaste et socialement mieux représenté.
¶ Nouvelles Expériences Paranormales
Il y a un an, Carole et Romain ont rencontré Eric et Stéphanie qui vivent à quelques kilomètres. Les quatre sont devenus amis. A force de les côtoyer, eux aussi se sont mis à vivre des phénomènes étranges et à y voir des explications paranormales.
Chez eux, Éric qui se définit lui-même comme cartésien, croit en l'existence d'une porte astrale après le passage de la même passeuse d'âme que chez Carole et Romain. Et si chez Carole et Romain, le gardien des lieux s'appelait Georges, chez Éric et Stéphanie, c'est Monique. Ils nous ont raconté un petit peu leur récit au début. Alors moi, j'en rigolais intérieurement. Je me suis dit, c'est des mythos. Ils se racontent des films ou quoi que ce soit. Bon, après, ça peut se produire.
systématiquement, je ne peux pas vous expliquer, dès que j'allais dans mon garage, ici, je sentais une oppression, une énergie. Et systématiquement, dès que j'allais dans cette pièce, j'avais des poils qui étaient comme ça. J'ai froid ici. Ok, c'est censé être là, donc derrière les cartons. Je regarde la pile de carton. Je trouve que l'ambiance est beaucoup plus lourde ici. Bonjour Monique. Merci. Vous sentez quoi ? Une énergie. Ça m'envahit sur la tête.
Ça fait quoi, ça fait une pression ? Ah oui, là je suis complètement... Je te jure, ça y est. Ah oui, oui, j'étais sûr. Ok, et toi ? Non, pas trop. En rentrant un petit peu là, vraiment en arrivant là, j'ai recommencé à avoir une petite pression. Ok, qu'est-ce qui se passe ? Ah ouais, c'est hyper bizarre.
Elle est en train d'aller sur moi. T'as quoi ? J'ai le bras droit tout engourdi. J'ai l'impression qu'on est en train de me faire comme ça. Ah oui, qu'on te presse le poignet. Ça monte ? Ah putain. Pareil. ah c'est hyper bizarre j'ai jamais ça c'est drôle voilà ce que je vis régulièrement c'est hyper bizarre j'ai le bras droit tout engourdi
En fait, à ce moment-là, j'ai réellement l'impression que Monique ou une autre entité m'attrape le bras. Je suis persuadée de sentir une main sur mon avant-bras. Elle me prend la tête, toute son énergie est sur moi. C'est hyper fort. C'est encore pire que chez Carole. Attends, mais... C'est hyper bizarre. C'est pesant. Oui, c'est très pesant. Mais là, c'est le bras. Comme si on le faisait comme ça. Toi, elle te saisit le bras. J'ai l'impression qu'elle me fait comme ça. Oui.
Oui, toi aussi ? Non, pas du tout, rien. Vraiment, je suis désolée. Mais en mode ? Rien. C'est extrêmement fort. Je ne sais pas ce qui tourne là. J'ai une sensation bizarre. De ressortir, ça va aller ? Non, ça va, mais c'est assez impressionnant quand même. Je sais, oui. Ah oui, c'est... Les enfants, ça leur fait rien. C'est moi. Et Stéphanie ?
C'est bizarre, c'est d'une personne à une autre. Tu me surprends que toi tu la ressens. Mais qu'à droite. Vraiment là, je sens comme une main. Tu ressens beaucoup de choses toi. Mais j'ai jamais ressenti un truc comme ça. Ah ouais ? Non, jamais. C'est trop bizarre. Mais l'ambiance est très pesante ici.
En fait, vraiment, c'est comme si on te prenait comme ça par les épaules et qu'on appuyait sur toi. Tu vois ? Tu te sens en pensée physiquement. Tu vois, dans la piscine, quand tu étais petit. On essaie de te couler. Exactement, c'est exactement ça. C'est comme si tu sentais un poids sur toi. Tu sens quelque chose qui t'envahit dans ton corps. Moi, ça passe par le cerveau. Ça monte là et ça me prend. Mais Monique, elle est tout le temps là. Elle est là.
tout le temps elle est là tout le temps donc juste en face de la porte théoriquement c'est la gardienne des lieux c'est ce qu'on appelle moi c'est ce qu'on m'a dit c'était la gardienne des lieux donc la porte astral est là et elle elle est là j'ai un peu j'ai un peu envie de pleurer ah ouais Ouais, je pense que je vais sortir un peu.
¶ Interprétations Divergentes et Verdict Final
À Paris, nous racontons à Damien Karbovnik, le sociologue que vous avez entendu il y a quelques minutes, ce qui nous est arrivé chez Eric et Stéphanie. Nos versions divergent et le sociologue s'en amuse. Lui, il était en train de nous parler et là, d'un coup, son visage a littéralement changé. Je ne saurais pas comment vous expliquer, il a changé de forme. C'est un monsieur qui est très expressif du visage. Et en fait, quand on s'est retrouvés dans le garage...
Son front s'est littéralement allongé. Tout le reste de son visage s'est un peu tassé. C'était très bizarre. Il avait les traits du visage beaucoup plus... Dur ? Non, c'est l'inverse. Beaucoup plus serein. En fait, il avait l'air stone. Mais non, il avait l'air stone. Vraiment ? Ah ouais ? Mais oui. Parce que ce qui s'est passé après, c'est qu'il était dos à la porte astrale. Et là, il a commencé à...
Il a changé de visage et il a commencé à nous dire je la sens là, tout autour de ma tête, sur mon crâne, je la sens descendre dans ma nuque. Et il était vraiment beaucoup plus raide, moi j'ai eu l'impression. Ah ouais ? Ouais. C'est l'inverse. Oui. J'avais l'impression qu'il sortait d'un soin. Il était hyper détendu. Mais même dans sa manière de parler, tu le vois. Parce que ce qu'on a de lui en interview, il est assez dynamique. Et là, il est beaucoup plus posé.
elle est au dessus de ma tête et c'était pareil physiquement tu vois j'ai pas l'impression qu'il soit posé au contraire il a l'air d'être très rigide et de tu vois d'être comme ça d'être crispé en mode ok il se passe un truc là moi j'ai le ressenti comme ça c'est trop dingue moi j'ai pas du tout vu ça
Déjà, moi, ce qui m'amuse ici, c'est que vous n'avez pas la même version du récit. Non, mais parce qu'on n'était pas dans le même cas d'esprit. Exactement. En fait, il y a pu y avoir une modification réelle du visage que vous, vous allez interpréter en fonction de vos vécus. Là, c'est assez intéressant.
Ça veut dire qu'il s'est réellement passé quelque chose, quoi ? Je ne sais pas, c'est peut-être simplement lui-même qui a eu une modification, mais que vous, vous allez avoir tendance à exagérer et à interpréter différemment en fonction de votre conditionnement et de votre vécu. Liso, on passe maintenant au moment de l'échelle para ou normale. Donc sur une échelle de 0 à 10, 0 t'y crois pas du tout, 10 t'y crois à fond, tu te situes où ?
Je me situe à zéro. C'est vrai ? Bien sûr. Mais attends, tu te sentais un peu oppressée dans cette pièce. Tu disais que tu avais un poids sur la cage thoracique. Oui, mais ça, ça peut être dû à tout et n'importe quoi. Je ne sais pas, juste un coup de chaud quand tu rentres dans une pièce. C'est une réaction physique. Il n'y a pas forcément quelque chose de paranormal qui peut se cacher derrière. Mais non, non, je n'y crois pas.
que ce soit l'histoire du petit garçon, l'histoire de la porte astrale, toutes ces choses-là. Enfin non, pas du tout. À la limite, si tu veux, je peux peut-être dire 1 parce qu'il y a ce que tu as vécu et je ne peux pas l'expliquer. Je ne comprends pas trop ce qui a pu se passer. Mais non, je ne suis pas du tout convaincue. Et toi ? Alors moi, je suis à 10. Quoi ? Non mais attends, quoi ? Tu peux pas être à 10. T'y crois à la porte astrale ? Alors.
Je suis à 10 parce que je crois à fond à ce qui s'est passé chez Carole. La pièce où je me sentais mal, où j'ai eu du mal à rentrer, les ressentis là-bas sur place et surtout ce qui s'est passé dans le garage d'Eric. Je suis à 10 pour le moment parce que là, je suis en mode... C'est paranormal à fond, pour moi. Peut-être la porte astrale.
Peut-être la porte astrale. Ok, je suis un petit peu mitigée, puisque j'imagine encore la porte de Stargate. Donc, tu vois, c'est un peu compliqué à visualiser. Mais ouais, là, je suis à 10. Ok. Ah ouais, vraiment, on est aux extrêmes opposés. Sous-titrage Société Radio-Canada Aurélie Rodriguez, Sound Design, Johanna Lalonde. La musique est signée Arnaud Denzler.
