Plastic Queens - podcast episode cover

Plastic Queens

May 29, 202532 minEp. 4
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Summary

Cet épisode explore l'ascension et la chute de Tupperware à travers les récits de Josiane et Josette, deux vendeuses emblématiques. Elles racontent comment la vente à domicile leur a offert émancipation et indépendance financière, malgré les défis et l'opposition de certains maris. Le podcast révèle également le modèle économique de l'entreprise, entre promesses de succès et réalité d'une protection sociale limitée.

Episode description

Boîtes en plastique et émancipation féminine en milieu capitaliste On ne pensait pas associer un jour boîtes en plastique et révolution. Et pourtant : à partir des années 1960, des milliers de Françaises sont sorties du carcan du foyer en devenant représentantes de l’enseigne américaine Tupperware, connue pour ses fameuses « réunions », jusqu’à sa mise en faillite toute récente annoncé à l’automne 2024. Mais comment vendre des petites boîtes en plastique à des gens qui n’en ont pas besoin ? Josette a 82 ans. Josiane, 74. La première vit entre Paris et le plateau lunaire de l’Aubrac, l’autre en pleine campagne picarde. Elles ne se connaissent pas, mais leur histoire est la même : encore très jeunes filles, elles ont conquis leur liberté et amassé un sacré petit pactole en vendant des Tupperware à domicile. Tupperware, c’est la splendeur des arts ménagers sauce après-guerre : simplicité, hygiène, couleurs, pétrole. Mais c’est surtout un système. La marque, lancée en 1946 aux États-Unis par le chimiste Earl Tupper, a révolutionné le monde du commerce en créant un réseau planétaire de vendeuses à domicile. Des femmes qui organisaient chez d’autres femmes des démonstrations dans l’espoir de remplir leur carnets de commandes certes, mais surtout de recruter de nouvelles vendeuses qui leur verseront ensuite un pourcentage sur chacune de leurs recettes. En fait, un modèle de vente sans salariés ni boutiques, redoutablement lucratif pour ses créateurs, auquel des générations entières ont consacré leur vie pour finir, la plupart du temps, sans vraie protection sociale ni retraite. Un monde parallèle néolibéral avec ses rituels et son jargon, dans lequel certaines femmes comme Josiane et Josette ont trouvé une forme d’émancipation… sans jamais être tout à fait dupes du cynisme de cette exploitation. Tupperware, c’est donc l’enfant mutant du féminisme et du capitalisme : selon le point de vue, c’est un rêve ou un cauchemar. Pour Josette et Josiane, c’était les deux. Et après une carrière de plus de 40 ans, elles n’ont pas peur de raconter pourquoi. Décryptage de l’intérieur du modèle Tupperware, qui a libéré des générations de femmes au foyer… tout en posant les bases d’une nouvelle forme d’exploitation. Remerciements : Merci à Josette, Josiane, leurs proches et leurs clientes mais aussi à Delphine Naudier, Catherine Achin et Marie-Pierre Pouly. Enregistrements mai et novembre 2024 Réalisation Charlie Marcelet Illustration Jeanne Guérard Production ARTE Radio

Transcript

Intro / Opening

Vous écoutez Profil sur Arte Radio.

La chute de Tupperware

La fin de l'aventure pour les mythiques boîtes Tupperware. L'entreprise annonce être en faillite. Crée en 1946, elle a révolutionné, on le verra, la vie de millions de foyers. On faisait tout ce qu'on pouvait pour que ça marche. Parce qu'on était tout de même des milliers et maintenant, on a diminué parce que beaucoup de personnes n'ont pas su se relever au moment du confinement. On était très triste parce que...

J'ai donné 30-40 ans, 45 ans de ma vie et je vois que la porte, elle ferme. Les produits sont chers, la concurrence à bas coût et la vente en ligne fragilise son modèle et les consommateurs délaissent le plastique. Quand on faisait des séminaires, on descendait au Carlton Akkad, on descendait à Deauville, au Normandie. D'ailleurs, on a souvent dit que les dames de Peuvoir, c'était des grandes dames.

Après, il commençait à nous mettre dans des ibis, dans des machins et des trucs. Il commençait à y avoir plus de sources. La marque a tenté de se relancer sur Internet, sans succès. En 5 ans, son chiffre d'affaires a baissé de moitié. La société américaine criblée de dettes vient d'être déclarée en faillite. Il faut accepter que la vie n'est plus la même. C'est comme une usine qui ferme. Les gens qui ont travaillé toute leur vie...

Mais moi, maintenant, ça y est, j'en ai fait mon deuil. Franchement, c'est difficile à comprendre quand on a été là-dedans pendant longtemps, mais après, on se fait des raisons. Au bout de quelques temps, on se fait des raisons.

Josiane : Indépendance et succès

J'en suis fière dans mon jardin. Très fière de ma maison que j'ai achetée avec Tupperware. Aussi, il faut bien toujours dire ça. Parce que c'est une maison que j'ai achetée toute seule. en train de venir chez Totower. Comme le carillon, comme la cascade là-bas, c'est quelque chose qui pour moi me repose. Josiane Poquet, j'ai été mariée, divorcée, j'ai eu deux enfants, quatre petits garçons, et je viens d'un petit village à Vis-en-Artois, et donc je suis dans ma 74e année.

Je pense que toute ma carrière, c'était le tiercé gagnant. J'ai toujours été dans les trois premières. Toute ma carrière a été comme ça. Parce que j'aime notre produit, parce que j'aime bien vendre. Et je pense parce qu'à une certaine période, je n'avais pas le choix, il fallait que je vende pour acheter cette maison, pour élever mes enfants et tout ça. Donc il fallait que je fasse mon salaire.

La méthode de vente Tupperware

La méthode de vente, c'est tout simple. On a quelqu'un qui veut bien nous ouvrir sa porte. C'est la personne qui invite ses relations. Nous, on arrive. Cette petite boîte de plastique, vous ne la trouvez pas dans le commerce. Pour l'acheter, il faut participer à des réunions autour d'une tasse de thé en présence d'une hôtesse, c'est son nom. On fait la démonstration du produit et on a vendu à ces 15-20 personnes plutôt que de faire ce qu'on appelle du...

porte-à-porte. J'ai toujours dit, on n'est pas des vendeurs d'aspirateurs. Avant, les aspirateurs, on les vendait aux des vendeurs de tapis. On les vendait en faisant du porte-à-porte. Nous, c'est beaucoup mieux que ça. C'est un procédé de vente direct qui nous vient des Etats-Unis et qui marche très bien en France depuis de nombreuses années. C'est ce que l'on appelle la méthode Tupperware, puisque ce fabricant est le seul à vendre de cette façon. Ça c'est la bande qui arrive !

Ah mais c'est vrai, je crois que c'est très bien. Je vais vous débarrasser. Oui, ça, c'est pour vous et votre maman. Ça se mange pas. C'est pour mettre à votre porte. Si, c'est moi qui l'ai fait. Mon petit cadeau de Noël. Donc, si vous avez des petits échanges à faire de bavardage et tout, là, ils sont faits.

Josette : Une passion pour la vente

Je m'appelle Josette Huken-Dubler. J'ai commencé l'activité Tupperware le 13 juin 1974. Non, mais j'étais une folle. Une malade. Une malade de la vente. Non, mais franchement. C'est des merveilles. Ceux-ci, ce sont des saladiers, voyez-vous. On croirait des diamants. Il faut regarder ça à la lumière. Ce n'est pas du verre, n'est-ce pas ?

Mais c'est quand même une qualité extraordinaire. C'est aussi beau que du verre, même si ça n'est pas, n'est-ce pas ? Ça, c'est du produit que tout le monde a. Les petites, la moyenne et tout. La petite.

Elle tient compagnie à la grande, en plus. Parce qu'il faut avoir un peu les deux, si on peut. Ça, c'est fait pour aller dans les pots de crème, les pots de miel, les pots de confiture. Vous n'êtes peut-être pas au vergnat comme moi, mais nous, on ne jette rien, on ramasse tout. Ça va, le vergnat ! Bon ben voilà. Ça c'est ça le speedy. Le speedy à deux vitesses. C'est là où je fais la chantilly.

J'étais pas une vendeuse, j'étais une démonstratrice. C'est pas pareil. Parce que nous, nous ne sommes pas des vendeuses, nous sommes des conseillères. Nuance. Mais avec l'intention de vendre quand même. Attention, il ne faut pas l'oublier parce qu'après, il faut quand même que le bon de commande soit rempli à tant qu'à faire. Ça, c'est un cuiseur à riz.

Au micro-ondes, vous lavez votre riz, vous le mettez là-dedans, au bout de 10 minutes, vous avez un riz génial. C'est un show. Ah, l'atelier, c'est un show, oui. Allez pas au théâtre, il y a une réunion. Ça coûte peut-être un petit peu plus cher, mais j'avais une pièce de théâtre. Alors on tire la ficelle. Là, chaque fois que je la tire, j'ai 286 couteaux. En 15 secondes. Ici, on met tous les légumes.

quel qu'il soit. L'ail, le persil, les olives, les rayonnes de thon, les rayonnes de chanel. J'en pensais les meilleurs. Là, c'est vitesse grand V. Donc ça, c'est laisser le relâche à ça, ce qu'on appelle chez nous les incontournables. Est-ce qu'il a ce produit là, le nitrographe, que moi je jure que par ça... Personne ne l'a. Que ce soit des asperges, que ce soit des carpes. Non, je l'ai pas. Bon, ça c'est fait. Après, on cuisine même avec.

Recrutement et techniques de vente

On peut mettre un saucisson de morteau avec des pommes de terre, on peut tout mettre dedans. Quand une personne travaille, moi je gagne 3% sur ce qu'elle fait. Pendant les vacances, j'ai une de mes filles qui a vendu 2000 euros. J'ai gagné 3% sur les 2000 euros en vacances. Tous les ans, tous les ans, tous les ans, on doit renouveler notre équipe. Nous, on appelle ça du sang neuf parce que...

Quelqu'un qui démarre, elle a un potentiel de travail beaucoup plus important dans la mesure où elle va démarrer avec sa famille, avec ses amis, avec ses voisines. Ce qui peut être intéressant, quand on en a 5, 10, 15, 20 qui font la même chose, donc du coup, toi, en ne travaillant pas, tu gagnes des sous. J'ai été jusqu'à 30. C'est beaucoup. Fabienne, elle n'est pas belle, celle-là ?

L'envie d'avoir envie. Fabienne, vous avez vu les jolis petits plats que j'ai là ? Vous aimez ces couleurs là non ? C'est pas moderne non ? Moi j'annonçais jamais un prix. Jamais. Parce qu'il y en a toujours une qui va dire « Oh, c'est cher, n'achète pas ça. » Alors que si vous avez bien expliqué votre produit et que vous montriez des tas de choses à faire avec, ça passera mieux. Ça, c'est une technique de Josette.

commerciale, qu'elle n'a jamais apprise, mais j'ai pas fait une école de commerce, moi, attention. Je devrais en faire une, parce que peut-être ça me servirait. Bon.

Émancipation féminine et résistances

La pire des choses, ça a été les maris dans nos débuts de carrière. parce que les marines ne comprenaient pas ce principe de vente. Ils disaient que c'était justement la vente forcée, qu'on obligeait les femmes à acheter tout ça.

C'est un petit truc, mais c'est de la silicone, ma petite dame. Oui, mais je sais. Alors, ça, vous me demandez. C'est moi qui ai pris du prix. C'est-à-dire ? Là, c'était 22, là, c'est 10. Les maris ont été très, très durs à convaincre dans les années où j'ai démarré. 70, 80, 90. C'était galère, les maris. Les femmes ne travaillaient pas, donc là c'était le top du top, parce qu'elles se réunissaient une, deux ou trois fois par mois dans différentes maisons.

C'était pour elle une possibilité de sortir de chez elle, une possibilité de discuter avec les voisines. Oui, ça, c'était très important. Il n'y a que des filles, il n'y a que des dames. Elles sont contentes, elles ont laissé le mari avec les enfants. Elles sont à l'atelier, elles prennent leur temps. Non, non, non. Il y a des endroits, oui, oui. Il ne faut quand même pas exagérer. Je ne voulais quand même pas ruiner l'hôtel.

J'ai une réunion de Power, mais j'aurais fini avant la sortie de l'école. On se retrouve à la maison ? A tout à l'heure, chérie. S'en servir la marine Comme un mini bijou S'enruiner son mari Et à des rendez-vous En plein après-midi Il y a sûrement des hommes qui n'aimaient pas l'émancipation de leur femme, parce que ça existe et ça existe encore. Par contre, j'avais des collègues dont leur mari ne comprenait pas le travail. Ça, c'est sûr, ils n'acceptaient pas.

Un des derniers, c'est une de mes présentatrices, dont son mari était chirurgien, qui a laissé faire ça à femme un petit moment, pensant qu'elle s'amusait. Quand on a commencé à parler de promotion, c'est-à-dire qu'on pouvait la nommer manager ou monitrice, là, il a mis tout de suite Léola et il a embauché sa femme comme secrétaire pour être sûr qu'elle ne puisse pas être nommée.

Et ça, c'est un exemple vraiment flagrant. Il arrivait dans certains foyers que la femme gagnait plus que le mari. Si elle travaillait bien chez Tupperware, elle gagnait plus que le mari. Ça peut porter préjudice. Il y a eu des cas. C'est le mien d'ailleurs. Parce que mon mari avait une situation qui était très élevée. Moi, je réussissais dans le Tupperware. Et là, lui, ça ne lui a pas plu.

Lui, il était secrétaire de mairie, il aurait dû avoir sa notoriété, mais quand on arrivait quelque part, mon mari, c'était M. Tupperware. Du coup, il n'y en avait plus pour moi parce que je devais répondre aux questions des gens. Et ça, j'accepte que ce soit frustrant pour l'autre.

Le côté familial et sectaire

Il est parti parce qu'il ne trouvait pas sa place, mais c'est plus une excuse. Comme ça, c'est un peu familial. Ça m'a plu ? Attention dans les escaliers. Au revoir, merci. Il y a très longtemps, j'ai converti une de mes belles soeurs qui habitait sur Boulogne-sur-Mer, qui est rentrée à Boulogne. Ensuite, j'ai eu une petite nièce et son amie sur Calais. J'ai eu mon petit beau-fils, j'ai eu ma fille, puis j'ai eu mon petit garçon.

qui m'avait toujours promis, en rigolant, quand j'aurai mon permis, je ferai de Tupperware, et il a fait de Tupperware pendant un an. Et alors, est-ce que c'est une secte ou pas ? Non, non, c'est pas une secte. C'est pas une secte, mais c'est quand même une société avec des... Des façons de travailler qui sont bien à eux et où il peut y avoir de la contradiction dans la façon de travailler, mais que personne ne dit rien parce qu'on l'accepte quoi si on veut.

J'ai pas fait l'empreuve. Non mais c'est très bien. C'est royal. C'est très bien. Ça c'est quoi là ? L'air frayeur. C'est un produit qui est à la mode, qui fonctionne à air chaud. Vous mangez beaucoup ? J'en mets un petit peu. C'est une friteuse sans huile en fait. Alors on peut mettre de l'huile, moi je n'en mets jamais. Voilà, donc c'est un produit que j'aime bien, on peut faire des plats mijotés, on peut faire des...

des préparations, des gâteaux aussi à l'intérieur, des terrines et tout ça. Donc là, c'est pour vous le dire, c'est une promotion à partir de la semaine prochaine. Si vous voulez l'acheter, il sera vendu moins cher. Je me suis dit... Si elles veulent aller jusqu'au bout de leur truc, il faut qu'elles fassent upperwear un mois. Toutes seules comme des grandes. Je peux vous recruter d'ailleurs. Est-ce que c'est ça le programme ? Oui. De vous recruter, oui. Toutes les deux.

Ça ne vous engage à rien. Sauf que vous allez gagner plein de pervers gratuitement. Ça, c'est un beau cadeau que je vous fais. Les arguments sont rodés, j'ai l'impression. Très rodés.

Le poids physique du métier

J'avais un mari que s'il avait pu faire passer Métapora par la fenêtre, il l'aurait dit. Et quand j'arrivais ici, j'avais des fois 14 cartons devant ma porte. Tout le palier était emmuré jusqu'au plafond. Et je mettais un drap sur mon lit et je déballais tous mes produits. Et si vous voulez aller se coucher, forcément, les Tupperware étaient sur le lit.

Là-haut, vous voyez, ce sont des cocottes que je vendais à Nord, 24 carats les poignets. Je vous laisserai découvrir le prix tout à l'heure, sinon là vous allez tomber si je vous dénonce.

Le parcours de Josette et l'opportunité Tupperware

J'ai été élevée dans une ferme, en Lozère, et ça s'appelait Cap Combattu, en pleine nature, sans voisins, sans électricité, sans téléphone, sans rien. Mon papa, il était marchand de bestiaux. On n'élevait pas, nous, les animaux, mais il les achetait et il les vendait. On faisait des foins, on tassait des chars de foin, on faisait tout ça, on amenait même les animaux sur le champ de foire.

à 9 kilomètres, donc les amener, les pousser. C'était physique, mais bon, c'est moi qui ai décidé de partir à 15 ans et demi à Paris. J'étais quand même déracinée à 15 ans et demi d'une ferme. à Paris. Je faisais ce qu'on appelle la bonne à tout faire. Il y avait une femme de ménage, il y avait une repasseuse et il y avait moi.

qui faisait peut-être un peu de ménage, qui servait les gens à table, les grands professeurs qui venaient dîner, professeur Bernard, professeur Dossi, avec la petite sonnette là, Madame est servie. Et puis, quand on me disait, qu'est-ce que tu fais ? Bonne à tout faire, ça ne me plaisait pas tellement. Qu'est-ce que j'ai fait avec ce que je gagnais ? Le matin, je me payais les cours l'après-midi. Personne ne m'a rien donné. Donc j'ai fait sténo, j'ai fait dactylo.

Donc je tapais la machine sur une Remington. Maintenant, vous diriez que c'est un tank. Et là, un beau jour, j'ai rencontré une dame. qui m'a proposé Tupperware. Et de fil en aiguille, je suis arrivée à y rester 50 ans. Un petit verre d'eau ? Pas de refus. Merci. Alors là, en principe, je ne mets pas de Tupperware sous la table quand j'ai des invités. Parce que je trouve que c'est pas bien. On les met en cuisine ou autrement. Ça, c'est une bouteille Tupperware, n'est-ce pas ?

Ce n'est pas une bouteille plastique ordinaire. Attention. Vous en avez peut-être une boîte, quand même. Et vous aussi ? Non, vous ne connaissez pas de pervers. Ah, vous aussi ? Vous êtes les clientes type de jeunes qui n'achètent pas les Tupperware parce que c'est trop cher. Je suis d'accord avec vous, ça tout à fait. Ouais, j'en ai eu, je suis ma meilleure. Ou alors vous en avez eu une overdose.

chez votre maman, qui en avait plein les placards, et que vous ne voulez pas en entendre parler. C'était un métier plutôt de fameux...

Voyages et récompenses prestigieuses

aisées. Il y avait des femmes de magistrats, il y avait des femmes de médecins, il y avait des femmes ci, des femmes de là, qui faisaient des rallies et tout. C'était plutôt pour se distraire qu'elles faisaient ça. J'étais toujours en tailleur, jamais de tablier pour faire une recette. Donc j'attachais beaucoup d'importance à la toilette. Donc j'allais chez Nina Ricci, avenue Montaigne. Je passe partout, moi je suis caméléon. Je passe.

Du plus haut au plus bas. J'allais aussi à la mairie de Levallois, chez Balkany. Madame Balkany m'a acheté des Tupperware 350 francs, je crois. Il a choisi beaucoup de choses pour équiper son moulin. On a même été en séminaire au Carlton à Cannes. On était dans des suites à 6 ou 7 000 heures, la suite. Quand on allait à Cannes, on était reçus. C'est qu'il y a le festival de... Comment on monte les marches, là ? Mais Josette, elle les a montées.

J'ai des photos terribles. Alors là, j'avais été aussi chez un grand couturier. C'était une robe que j'avais achetée. Ce jour-là, c'était des soldes aussi. 6 mètres d'envergure, elle fait. Toutes doublées. 6 mètres d'envergure. Tout en soi. Et je m'étais acheté une grande étole rouge et je montais les escaliers de Cannes avec ça. Oui, madame. Je fais partie d'une race qui monte mais qui ne descend pas.

Maintenant, vous m'avez mis là, ben maintenant, débrouillez-vous, je m'en vais pas. Faut pas se vanter dans la vie de ce que l'on fait, mais c'est vrai que je faisais des gros chiffres. J'étais dans les premières de France aussi. J'étais parfois deuxième, troisième, quatrième. En deux réunions, je crois que j'avais fait des fois 4000 euros. C'est pas des francs, là, c'était des euros.

Il faut le faire. Compte tenu que la moyenne de vente d'un atelier était de 400 euros. Moyenne de vente. On pouvait gagner dans les 3-4 000 euros par mois. Il y aura un spectacle, une soirée des stars, il y aura des cadeaux, il y aura des chiffres. C'est merveilleux, quoi. Je suis dans l'attente, je suis impatiente. Ça, c'était ce qu'on appelle le jubilé de concession.

C'était le rassemblement de tous les managers de France. Le Jubilé de concession se faisait fin août et ça a rapatrié tous les gens pour travailler. Pour sa force de vente, la firme américaine aime mettre les petits plats dans les grands, mais elle ne perd pas de vue l'essentiel, les petites boîtes à proposer sur un mode convivial.

Pour aller assister à ce fameux jubilé ou ce training, il fallait avoir fait ou du chiffre ou une recrue. Et il y avait le résultat de tout ce qui avait été fait au préalable et toutes les nouveautés qui allaient sortir. Ah mais là, c'était reçu royalement. On y passait deux jours. On était reçus comme des reines, bien entendu. Celles qui avaient super bien travaillé, qu'on les faisait monter sur le podium pour avoir des cadeaux. Et là, on repartait avec des cadeaux.

C'était le fonctionnement à l'américaine. Les sketchs et tout ça qu'on faisait sur scène, c'est sûr qu'on a été gérés à l'américaine. Quand vous sortez d'un jubilé de trois jours, avec les copines, parfois avec les maris, où on a passé des bons moments ensemble, il est certain que tu vas te dire, je repars au boulot, tu vas volontiers te remettre en route pour trouver des rendez-vous. L'Amérique jubilée.

Parce que j'étais aux Etats-Unis grâce à Tepperware. Rokamadour, Maroc. Maroc, c'est Tepperware aussi. Si vous voulez, on a l'argent, on a les cadeaux. Et on peut gagner aussi certains voyages. Et j'ai fait pas mal de pays. Grâce à Tepor, oui. Et un peu grâce à mes sous aussi. Ce voyage, selon le chiffre d'affaires qui avait été fait, se faisait seul ou pouvait se faire accompagner de notre mari. Là, c'est Monaco. C'était quoi votre plus beau voyage ?

C'est Marrakech en vérité. Parce que c'est mon premier voyage. Ça a été la première fois que j'ai pris l'avion. En 77, j'avais 27 ans. Donc, à cette période-là, nous, on ne voyageait pas quand on était jeunes. Maintenant, mon petit garçon, il va au bout du monde. Nous, ça ne se faisait pas longtemps. Alors là, ça, c'est le plus beau voyage qu'on puisse faire.

C'est Orlando, au quartier généraux de Topperware aux Etats-Unis. Et ça, c'est la fontaine de l'amitié, qui est le symbole d'Orlando. Bon, là, c'est Disney World. Oui, quand on est allé en Floride, Orlando, on a fait Disney World, Universal Studios, et puis il y en a un que j'ai oublié, celui avec les dauphins. Je pourrais vous montrer aussi que j'étais à la Maison Blanche.

Oui, à total. C'est une grande fierté. Moi, j'y suis allée trois fois au quartier Généraux, mais c'est tout à fait un truc parce que... C'est de là que partent tous les Tupperware. Il y a certains produits qui sont créés là-bas à Orlando. Tout arrive là-bas. Ils mènent les sous. Ils arrivent là-bas.

Et vous avez été accueillis par les équipes ? Par les directeurs de là-bas, les grands pontifs. Ils se mouvent, ils se mettent bien à côté de nous. C'est pas d'un côté patron et puis employé, non, non. Ils savent se mêler à nous. Alors tout ça, c'est du gagné à Tupperware, oui. Tout ce que vous voyez, peut-être même les nappes, peut-être même la vaisselle, tout. C'est fou. Quand on va chez les unes et chez les autres, on trouve les mêmes choses.

La soupière, le plateau. À cette pendule, je l'ai gagnée. Tous ces cadres, je les ai gagnés. La lampe en éteint, je les ai gagnés. Tout ce que vous voyez là-bas. Je n'ai jamais acheté de télévision. J'en ai déjà gagné au moins trois ou quatre. Des magnétoscopes ou des machins, je ne les ai jamais achetés. Des draps, des couettes, des appareils ménagers.

Avant, j'étais contente de dire ce que j'avais gagné. Ma famille, je n'allais pas raconter ça sur les places de Paris. Et il me prenait tellement la tête qu'après, je ne le disais même plus. Après, on m'appelait Madame à gagner. Mon mari et mes filles, Madame à gagner.

Après, je ne disais plus rien parce que ça me prenait le chou. On gagnait quand même des beaux cadeaux dans le temps, des beaux cadeaux. J'ai gagné ma première voiture, une 205. Et à ce moment-là, les voitures, on nous les changeait, voiture neuve, tous les deux ans.

J'en ai eu 16. 16 voitures de fonction. Mais si vous voulez gagner les choses, il faut gagner ses objectifs. C'est toujours un système, toujours, je gagne, je gagne, je gagne, je gagne. C'est la carotte. C'est une carotte qui fait avancer l'âne.

Bilan : Exploitation et épanouissement

Est-ce que vous pensez que c'est un bon système ? Oui, oui, oui. Est-ce que c'est un bon système ? Oui, non. Si on avait des sous, ça serait mieux. Les Américains, ils se sont bien servis de nous. Ils nous disaient toujours dans les séminaires. Sans vous, nous ne sommes rien. Oui, d'accord. Mais ça, c'était une façon de nous amadouer. Puis nous, on y croyait comme des imbéciles. C'était quand même nous qui connaissions les personnes qui nous recevaient.

Et c'est ça qui a amené de l'eau au moulin. Donc ils sont gagnants à 100%, si vous voulez, dans ce domaine-là. Parce qu'il fallait les trouver, les poires, et trimballer ça. Il fallait porter aussi tout ça. J'ai eu mal dans le dos quand même une partie de ma vie. Et même à un moment donné, j'avais une sciatique paralysante et j'ai trimballé des tas de trucs toute ma vie.

Tu ne peux pas rouler ? Ça va aller ? Là, tu es costaud, là. Il y a combien de super-wear dans ce sac ? Aucune idée, là. Je ne vais pas le dire. Je vous dirai quand je l'aurai déballé. J'ai énormément l'habitude de rouler. Je suis un peu un fan de jeu d'ailleurs, il faut faire attention. Je roule vite. Parce que je l'ai vécu dans ma voiture tout le temps.

Quand je faisais trois réunions par jour, tout était orchestré. Quand je travaillais beaucoup, c'était tous les jours. Et je vous dis, le samedi, c'était deux, voire trois. Le dimanche, il fallait demander aux filles qu'est-ce que je faisais ? Mon relevé. C'est-à-dire qu'il fallait relever et pointer tout ce que vous aviez fait réunion par réunion. Sans compter de faire mon travail, il y avait aussi les filles, il y avait la maison, il y avait les courses, il y avait tout à faire.

Il faudra toujours vous battre. Ça fait partie de la vie. Dans ma carrière, lorsque je me suis retrouvée toute seule, avec mes deux enfants, doublement après lorsque j'ai acheté la maison. Ça a été lourd parce que j'avais toujours cette appréhension. Je travaillais avec 2-3 mois d'avance, c'est un capital de rendez-vous, de façon à assurer mes arrières pour pouvoir avoir de l'argent. Ça a toujours été mon sujet de ma vie.

Et pendant un certain nombre d'années, d'ailleurs, c'était un peu une obsession. C'est que chaque début de mois, je ne savais pas ce que j'allais gagner à la fin du mois. Et donc, c'était une crainte. Savoir que quand je faisais un salaire de 4 000 euros, je ne le dépensais pas. Je le gardais, je le plaçais. en me disant, le mois où je n'ai pas travaillé beaucoup, je pourrais retrouver de l'argent là.

Quand vous avez compté l'essence, on gagne moins qu'une femme de ménage, si vous allez par là. Mais on ne pensait pas à ça. Si, à la limite, peut-être au début, on aurait voulu à un moment donné qu'il y en ait une augmentation. Je ne sais pas s'il n'y en avait pas une qui avait bougé un peu la situation, mais l'être morte. Je voulais faire peau de terre contre peau de fer. Tupperware c'est du non-stop. J'ai continué après ma retraite.

parce que, voir ce qu'elle était, elle était nulle, ma retraite, pourtant, en ayant fait quand même du chiffre. Parce que la complémentaire aussi, elle est nulle, parce qu'il payera des pâquerettes, donc vous n'avez pas grand-chose. J'avais 690 euros en ayant commencé. En 1973 ou 14. Ah oui. C'est ça, la vie. Elle n'est pas toujours drôle pour tout le monde. Mais moi, encore bien moins. Mais moi, je me suis...

éclatée dans ce que j'ai fait et je n'ai jamais eu l'impression de travailler. Je me suis toujours amusée en travaillant. La Ligo, c'est que donner aux professionnels comme Josette. C'est bien pour ça que j'ai pris votre recette. S'il n'y avait pas eu nos clientes comme on les avait et comme on les aimait, ça n'aurait pas été la même chose. Tout le monde peut la faire. Tu vois, c'est dans le noir.

Ça s'appelle la tartiflette normande. C'est le père Joli que t'aurais dû amener. Le père Joli ? C'est lui de la cuisine. Je le cache. Parce qu'après on va me le prendre. Ah, elle cache son mari. Ah bah oui, c'est vrai, c'est un bon garçon. Je le connais, je le connais. J'ai un fils qui a bien l'état. Je sais pas ça, je sais pas moi ça. Le bouquin là. On arrive chez eux, c'est des clientes, c'est des hôtesses, mais souvent ça devient des amis, même qu'on reçoit chez soi après.

Ma réussite c'est ça. C'est plaisant d'avoir des gens qui vous écoutent. Ça m'a sauvé la vie, ça, de faire ce boulot. Quelque part. Mine de rien. Radio. Mais à refaire, je me demande si je referais ça. Quoi ? Si je ferais l'immobilier. Il y a moins de sacs à traîner, il y a moins de trucs à porter, il y a moins de tout ce que vous voulez.

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