Long Haul 1983, épisode 2 - podcast episode cover

Long Haul 1983, épisode 2

Feb 24, 202351 minEp. 2
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Episode description

Jeff poursuit son périple à travers le Canada, persuadé qu’un envahisseur venu d’ailleurs est à ses trousses. Mais la solitude le ronge lentement et pourrait avoir raison de lui bien avant qu’il ne soit rattrappé…

Seul l’espoir de retrouver Steve sain et sauf le maintient en vie.

L’écoute du premier épisode est fortement recommandée, bien entendu.

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Transcript

Bonjour et bienvenue à tous à ce nouvel épisode de l'Ours Solo, le deuxième épisode de notre série sur l'excellent jeu Long Haul 1983. Alors évidemment il s'agit du second épisode de notre série alors si vous ne l'avez pas déjà écouté, je vous invite fortement à aller écouter le premier épisode de la série. Mais si vous êtes de ces gens bornés qui refusent d'écouter des instructions claires et de les suivre, alors voici en gros ce qui s'est

passé. Lors du premier épisode nous avons rencontré Jeff, Jeff qui est un camionneur qui terminait une livraison en Colombie-Britannique à l'ouest complètement du Canada et suite à une rencontre avec l'armée et des menaces d'invasion, on lui a donné une cargaison spéciale à livrer tout à l'autre bout du pays dans sa province natale où il devait se rendre de toute façon. Et alors qu'il s'en retourne, Jeff se rend compte subitement qu'il est seul,

fin seul, absolument 100% seul, il n'y a pas âme qui vive où que ce soit. Pas âme qui vive, il n'y a même pas un cadavre dans la rue, il n'y a personne. Tous les êtres humains se sont volatilisés ! Et Jeff, Jeff appelle régulièrement son bon ami Steve... peut-être plus que des amis, et essaie de parler à Steve mais jusqu'à maintenant, au bout de deux jours, n'a réussi qu'à parler à

son répondeur, malheureusement. Et d'ailleurs c'est le contexte du jeu dans Long Haul 1983, on appelle constamment notre destination, la personne que l'on souhaite retrouver et elle ne répond jamais. Alors c'est la situation actuelle et nous en sommes au tout début de la troisième journée. Alors c'est maintenant le moment d'une nouvelle journée qui commence. Nous n'avons pas eu de carte de progrès malheureusement à la journée précédente,

alors nous sommes toujours dans un climat d'inondation. Essayons de démarrer le moteur ce matin. Oh, alors on a... moins un. Le moteur se fait prier. Je vous rappelle que je ne suis pas payé pour faire des bruits de manière professionnelle. C'est uniquement pour l'ambiance et pour l'immersion. J'ai besoin d'un autre essai tant que j'en veux. Ah, voilà, on a plus deux. Alors, comme je le disais, le moteur se fait prier mais, fort heureusement, il se remet à tourner comme un

charme. Alors, voyons ce que la journée nous réserve. Carte de trèfle, c'est donc un incident lié au camion. Oh non, non, non, non, s'il vous plaît, brisez pas mon joli camion. Alors, qu'est-ce qu'on a ici ? "Où dormez-vous? Comment vous cachez-vous? Qu'est-ce qui vous réveille le plus souvent?" C'est pas exactement relié au camion mais plus à l'environnement. Ça me paraît plutôt évident où je dors, sur la banque à l'arrière du camion. Ceci étant dit, où vous

cachez-vous? J'essaie autant que possible de me dissimuler dans des endroits, autant que possible sous le couvert des arbres. Parce qu'à ce moment-là, ça donne une couverture naturelle. Je m'imagine encore en Colombie-Britannique, donc, il y a encore beaucoup d'arbres. Donc, je peux facilement me cacher, idéalement. Sinon, je peux toujours essayer de trouver de la place dans un grand garage. Mais là, c'est pas un garage qui est capable d'abriter un camion semi-remarque. C'est plus difficile un

peu. Et qu'est-ce qui vous réveille le plus souvent? Eh bien, le moindre petit bruit extérieur devant ou quoi que ce soit me réveille parce que j'ai l'impression qu'à tout moment, il y a une soucoupe volante qui va passer au-dessus de moi ou qu'il y a un petit bonhomme vert à la E.T. qui va débarquer de nulle part pour essayer de m'emporter ou de me tirer dessus avec un rayon paralysant ou je ne sais quoi. La limite entre le cauchemar et la réalité est plutôt mince. Alors, c'était ça ma

première carte. Ma deuxième carte. Oh, une autre carte de camion. Qu'est-ce qu'on me dit? Ah, tiens donc ! "Vous peignez à la canette un mot, un symbole ou une icône sur le hood de votre camion. À quoi ressemble-t-il? Quel est son message?" Voilà une bonne question. Qu'est-ce que je pourrais peindre à la canette sur le hood de mon camion ?... Dans l'optique où, encore une fois, il n'y a personne, nulle part depuis des jours, j'ai pris la liberté d'entrer dans un magasin de chasse et pêche et

j'y ai trouvé quelque chose pour me réconforter : un fusil. Un fusil avec des munitions, évidemment. Et là, subitement, le simple fait d'avoir une arme à feu en mains me redonne quelque peu confiance en moi-même. Ça m'a coûté une bonne partie des économies qui me restaient en poche, mais c'est un élément très sécurisant. Et là, subitement, en signe de défi à l'envahisseur, je ramasse aussi dans un magasin de rénovation ou de peinture, où quoi que ce soit, une peinture en canette,

en bombe, et j'écris sur mon capot « Essayez de venir me chercher ! ». Et là, cette espèce de défi que je lance à l'envahisseur me redonne quelque peu confiance en moi-même et ma capacité d'affronter ces grotesques et étranges créatures. Voilà. Et une nouvelle carte. Ah, une carte de pique qui va me permettre de faire du progrès ! Oh, c'est un as ! D'habitude, c'est positif, ça. "Vous réussissez à retrouver facilement votre chemin sur les routes. Est-ce par intuition,

par expérience, ou simplement par pur hasard ? Croyez-vous en une puissance supérieure ?" En personne de son époque, je pense que mon personnage a une croyance... modérée envers une puissance supérieure. Je ne crois pas que ce soit quelque chose sur lequel il se soit attardé très longtemps, mais ceci étant dit, j'ai plutôt l'impression qu'il a fini par tomber sur un tronçon de route qu'il a déjà sillonné, et à plusieurs reprises, entre autres avec son

bon ami et possiblement amoureux Steve, à une certaine époque. Et là, subitement, ah !, là il reconnaît la place, il connaît bien les routes, raisonnablement bien du moins, connaît les routes, connaît les raccourcis, connaît aussi bien la géographie, donc sait où passer pour éviter les endroits inondés, ou du moins minimiser les risques. Alors voilà, et ensuite on me dit quoi ? "Avancez immédiatement au prochain lieu." Oh, et "lorsque vous vérifiez

votre progrès à la fin de la journée, avancez comme à la normale." Oh, alors au final, j'avance non pas de un lieu, mais bien de deux ! Donc je passe rapidement au travers de la zone enneigée, et c'était ma troisième carte, donc j'en suis à la fin de ma journée et je peux conclure la journée avec un autre avancement. Oh, j'ai donc presque la moitié de la route qui est maintenant complétée ! C'est bon signe, j'ai un quatrième lieu sur neuf, alors que je n'ai qu'une seule

case de menace qui soit cochée. Évidemment, vous aurez compris que ça peut changer rapidement. C'est déjà la fin de la journée, alors je peux conclure cette nouvelle journée avec l'appel habituel. Le téléphone sonne et fort heureusement, avec un véritable soupir de soulagement, Jeff peut entendre le répondeur se déclencher, alors qu'il avait demandé à Steve de le débrancher si il souhaitait que Jeff ne l'appelle plus jamais. Alors c'est avec un grand soulagement qu'il peut

laisser son message. "Salut Steve, c'est moi. Merci, merci vraiment, ça me touche beaucoup, ok? C'est correct que tu veuilles pas me parler, je comprends. On a eu des événements difficiles, et ... il y a eu un Jacinthe, dans tout ça. Je pense que tu auras compris que c'était une façade, parce que les gens ne doivent pas penser que... enfin, tu comprends ce que je veux dire. Et on est repassé par la vieille route 137, hein, encore en Colombie-Britannique, tu te rappelles, heh !

qu'on l'avait arpenté cette route-là, mais ça m'a donné une chance, vraiment, parce que je connaissais la place, j'ai été capable d'éviter des ondes inondées, tu sais, quand ça devient hyper valonneux, là. J'ai pas repassé par là, mais j'suis persuadé que je me serais enfoncé dans une petite mer. Aïe aïe aïe. Mais c'est difficile, quand même. Je passe mon temps à essayer de me cacher le présentement de mon camion dans un garage, normalement, qui abrite des autobus,

mais j'ai pas trouvé de zone. Normalement, je prends une zone boisée, mais là, je pouvais pas. Il manquait un autobus, j'imagine. Le camion est rentré, là. J'ai pas grand chose à dire, sinon, que je suis juste... vraiment content de pouvoir te parler. C'est quand même étrange : je te parle pas. En tout cas, toi, tu ne me parles pas, mais tu es quand même... Je veux que tu ailles réaliser que présentement, tu es mon seul et unique lien avec l'humanité. Comprends-tu? Tu es la seule

personne à qui je peux m'adresser. Tu es mon seul et unique lien avec l'humanité, avec le monde. Tu comprends? Même si on peut pas se parler directement, le fait que tu puisses m'écouter, ça me soulage énormément. Alors... merci. Merci de ne pas avoir coupé ce lien-là, parce que j'ose même pas imaginer ce que j'aurais fait. Vraiment. Puis, là, je vois des petites lumières à l'horizon. Je pense que je vais arrêter la conversation, parce que j'ai pas envie

d'être surpris par... " Alors, c'est la fin de cette nouvelle journée. Ça s'est bien passé. Quelques détails, quelques petites questions intéressantes, mais surtout, progression fulgurante. C'est bien, c'est bien. Journée suivante ! Alors... on a encore une carte de trèfle pour le camion. Oh! Maintenant, c'est le CB. Alors... "La radio CB se met à crépiter. Des voix incertaines

remplissent la cabine de votre camion. Qu'entendez-vous?" J'imagine, peu de temps après avoir démarré, comme je l'ai dit, beaucoup plus confiant face à sa capacité à affronter la menace, peu importe quelle est la menace. Subitement, alors que le CB faisait un petit crépitement, un petit bruit de fond à peine perceptible, à tel point que le bruit du moteur le cachait complètement. Et subitement, la cabine se remplit d'un son très fort et strident qui le fait

sursauter. Subitement, il se met à entendre, en parallèle, des voix, des voix humaines qui sont en train de visiblement, comme ce qu'on pourrait entendre sur une radio d'un signal policier ou militaire, des gens qui se crient après, qui crient des ordres. On peut sentir la panique dans le monde. Et en même temps, on entend aussi ce qui ressemble à des voix, mais quelque chose de plus nasillard et quelque chose de complètement incompréhensible. Je répète, non, je ne suis pas

payé pour ces effets spéciaux-là. Comptez-vous chanceux ! Ça dure longtemps, plusieurs longues ... cinq, dix minutes et ça s'arrête aussi sec, aussi spontanément que ça a pu commencer. Et la radio retombe à son petit bruit de fond, presque inaudible. Ça laisse une impression très étrange à Jeff. Ça lui donne d'une part l'impression que... ben écoute, il existe encore des gens, il y a encore des gens vivants, ce qui est bon signe, mais qu'il y a autre chose aussi à proximité, chose qu'il savait

déjà, mais ça ne fait que le confirmer. Carte suivante, une carte de cœur. Une carte de cœur, ça a un rapport au corps. "Quelque chose ne colle pas. De quoi s'agit-il? Choisissez une partie de votre corps et décrivez-la en détail." Alors là, on a différentes parties du corps pour qu'on peut sélectionner : les ongles, la langue... Je crois que je vais choisir les aisselles. On ne parle pas

souvent des aisselles, on ne parle pas souvent des aisselles ! Mais ayant repris la route un peu plus tard, par ennui, Jeff se gratte comme ça sous une aisselle et il y a une légère douleur qui provient de là. Il n'y porte pas très attention, mais alors que midi arrive et qu'il s'arrête pour manger, il prend la peine de regarder là et il se rend compte qu'il a sous les aisselles, les aisselles, les deux aisselles, le même genre de plaie qu'il avait déjà sur l'épaule gauche. Plaie moins grave,

moins douloureuse aussi, mais inquiétante tout de même. Donc rien pour causer en termes mécanique une blessure, mais ça ne lui dit rien qui vaille. Dernière carte du jour, une carte d'esprit. Beaucoup de variété, ici ! "Alors que vous conduisez, votre esprit s'égare et vous fait

revivre un moment d'affection entre vous et votre destination." Ici, ça s'applique très bien. "Pourquoi ce souvenir reste-t-il si clair alors que d'autres se sont effacés si rapidement ?" Je crois que la relation entre Jeff et Steve devait être évidemment dans le contexte de 1983, contexte où bon,

l'homosexualité ne pouvait être vécue au grand jour que très difficilement. Je crois que ces voyages en camion-là étaient pour eux des moments vraiment privilégiés parce que eux deux, tout seuls dans un camion, ben voilà, ils étaient seuls donc ne pouvaient pas être jugés, ne pouvaient pas être regardés de travers par qui que ce soit. Alors j'imagine qu'il pourrait revivre dans sa tête,

revivre dans sa tête les premières remarques subtiles. Vous savez, on tâte le terrain pour voir s'il y a un intérêt, puis quand on perçoit qu'il y en a peut-être un, ben on relance notre ligne pour voir s'il y aurait peut-être véritablement quelque chose. Et de fil en aiguille

comme ça, il y a une confiance qui se bâtit. Et j'ai la curieuse impression que cette attraction-là a dû se déclarer officiellement après avoir passé une nuit dans une taverne ou un bar quelconque : on a bu un peu trop, puis là, subitement, vous savez, les inhibitions s'en vont et le lendemain matin on se réveille puis oups, on est tous les deux à poil dans le lit ! Et là, à ce moment-là, alors que l'état des briétés s'est en allé, c'est là que Steve et Jeff ont dû se demander,

bon ben... on est qui, on est quoi, nous, qu'est-ce qu'on est, nous ? Et c'est là qu'ils ont dû officialiser la chose pour le temps que ça a dû durer parce que, comme je l'ai dit, ça ne s'est pas bien terminé malheureusement. Et bien voilà, c'était déjà ma troisième carte du jour. J'ai envie de piger une nouvelle carte, j'ai envie, j'ai envie, j'ai envie ! On a eu quelques petites scènes toutes courtes aujourd'hui, rien de bien grave... Oooooh, une carte de coeur, cette fois-ci,

c'est un roi. Et bien voilà, les cartes de rois dans les yeux-là, ce sont elles qui font avancer la menace. Quelle excellente idée, bravo David. "Vous sentez la menace toute proche, mais vous ne pouvez la voir. Que sentez-vous? Qu'entendez-vous? Avancer la menace et décrivez les sensations." Alors que la nuit s'apprête à tomber, j'ai joué une quatrième carte, donc je présume que Jeff, ce soir-là, a décidé que non, je continue de rouler tant et aussi longtemps que je ne

tomberai pas de sommeil ou que je ne trouverai pas l'abri absolument parfait. Et là, roulant, roulant comme ça, et subitement, sa plaie sur l'épaule se met à démanger terriblement, épouvantablement. Elle se gratte comme ça, c'est désagréable. Et là, en se grattant, il se rend compte que la plaie est devenue, commence à devenir purulente. Et là, lui qui était déjà un peu inquiet devient clairement très inquiet. Et au même moment, il se rend compte,

en regardant l'extérieur, qu'un autre petit vaisseau, pas très loin, est à l'horizon. Et le vaisseau reste comme ça, immobilisé dans le ciel. Il ne bouge pas, aucune lumière dans sa direction, mais il a cette curieuse et furieuse impression d'être épié, là, tout de suite, maintenant. Il n'y a rien qui lui indique qu'on le regarde. Il n'y a pas de faisceau lumineux dans sa direction, il n'y a rien. Mais il le sait, comme si l'ennemi était capable d'aller lire et jouer

dans son esprit. Alors, on avance la menace. Maintenant, nous s'en somme à 2 sur 4. On est à mi-chemin. Si je coche encore deux cases de menaces, c'est terminé pour Jeff. Oh, mais ce n'est pas terminé. "Si la menace ne s'est pas déclarée", si on n'est pas à quatre cases, "faites un jet d'esprit pour tenter de contrôler votre peur." Et voyons voir... alors, je prends mes trois meilleurs dés... Ça me donne heureusement un +2. Probablement mu par cette confiance nouvelle qu'il a, vous savez,

avec cette inscription qu'il a mise sur son capot et cette arme qu'il s'est trouvée... J'ai l'impression que Jeff regarde la secoupe au loin et son cœur bat la chamade, il est complètement terrorisé, mais en même temps, il lui dit « Viens me chercher, si tu l'oses ! Je n'ai plus rien à perdre ! » Et vlan, dans les dents ! Bravo, Jeff. Ça, ça, c'est ce qu'on appelle en bon français un badass, un vrai.

Mais c'était ma quatrième carte, donc c'est la fin de la journée. Alors, je présume que le petit vaisseau finit par disparaître d'où il est venu et Jeff en profite pour se trouver une première cachette valide à proximité. Il s'installe à l'abri autant qu'il le peut et trouve évidemment un téléphone quelque part. Il compose le numéro de Steve. Il appelle. "Steve, c'est Jeff. Ils m'ont vu. Ils m'ont vu, bonhomme. Ils m'ont véritablement vu. Je ne peux pas le prouver. Je ne les ai pas

vu me voir, mais je les ai sentis. Il y avait cette espèce d'étrange soucoupe au loin. Et quand j'ai vu qu'ils me voyaient, je ne peux pas le prouver, mais je les ai sentis comme s'ils étaient en train de tripoter mon cerveau, je ne sais pas quoi. Et voyant ça, j'ai senti ma blessure sur l'épaule qui s'est mise à me gratter et ça démangeait. Ça n'avait pas de sens. Mais j'ai pas peur !... Oui, j'ai peur.

J'ai vraiment la chienne. Mais je les attends ! Je ne te l'ai pas dit hier, mais je me suis acheté, euh je me suis acheté un fusil avec ce qui me restait d'argent. Je me suis pris des munitions en masse et je leur ai même mis un message sur mon capot. Et je leur ai dit, venez me chercher. Essayez-vous ! Ils vont sûrement me tuer ou me torturer. Je ne sais pas ce qu'ils vont me faire, mais s'ils sont pour me tuer, je te garantis que j'en emmène deux ou trois avec moi avant ! Je ne me

laisserai pas faire sans me battre. Je peux te le promettre, Steve. Parce que si jamais on ne se revoit pas, si jamais on retrouve mon cadavre quelque part, puis tu le sais, dis-toi que je vais avoir fait mon effort pour me débarrasser de ces fuckers-là. Je te le garantis. Il a l'air d'avoir beaucoup de circulation dans le ciel avec les petits bonhommes verts. Je ne prendrai pas de chance. Aujourd'hui, j'ai recouvert mon camion de bâches pour que ça passe un peu inaperçu, puis j'ai décidé de me

payer le luxe d'un motel. J'ai presque fini de traverser les Rocheuses. Tu le sais, après ça, quand on arrive dans les Prairies, c'est une belle route, belle ligne droite. Ça devrait aller plus vite, puis mieux. Je m'en viens, Steve. À bientôt." Et fin d'une autre journée ! Journée suivante. On démarre. Démarrons. Oui, tout juste, tout juste, mais le moteur démarre encore une fois comme un charme. Quel appareil fiable ! Ça, on n'a plus ça de nos jours, des appareils aussi fiables. Alors,

ah ben tiens, on parle de camion. Justement, c'est une carte camion. "Vous prenez un virage très serré sur une colline très abrupte et il y a un incendie en plein milieu de la chaussée et vos freins ne réussiront pas à arrêter le camion à temps. Que faites vous?" Ah, "faites évidemment un jet de camion." Alors, j'imagine qu'en plein milieu de la chaussée, encore des tirs aléatoires. Subitement, il y a des arbres qui sont tombés, enflammés en plein milieu de la chaussée. Je dois faire quelque

chose, mais cette fois-ci, les freins ne réussiront pas. Je vais trop vite en plein milieu d'une colline en pente descendante. Ça ne va pas bien. Je donne un coup de roue pour essayer de circuler sur l'accotement qui doit être fait en gravier. Ça va me ralentir un petit peu et puis je me laisse aller dans le petit pré juste à côté en espérant ne pas rester pris dans les herbes hautes. Voyons si ma tactique fonctionne. Heureusement, mon camion, c'est ma meilleure

caractéristique. Je n'ai que à garder deux meilleurs dés. Et heureusement, parce que si j'ai obtenu trois moins et un plus, je ne garde que des deux meilleurs dés. Donc, ça me fait zéro. Je suis sauf, tout juste. Alors, le camion dévale comme ça dans le pré. Ça saute de partout parce que ce n'est pas une route, n'est-ce pas? Ce n'est pas très égal, mais finalement, je réussis tant bien que mal à immobiliser le camion. Ensuite, je passe facilement 45 à 60 minutes à essayer

d'extirper le camion de là. Évidemment, la terre est boueuse, mais je réussis tant bien que mal à conserver le contrôle et remonter doucement sur la chaussée, dépasser évidemment l'incendie en milieu de la voie et je reprends la route. Ouf, j'ai été très chanceux jusqu'à maintenant sur les jets de dés. Et là, je vais regretter ce que je viens de dire, because Murphy nous écoute

toujours. Et maintenant, une nouvelle carte de camion. On n'en a pas eu beaucoup. "Alors que vous grimpez, vous grimpez cette fois-ci une colline très abrupte et mesure plusieurs kilomètres, le moteur commence à se plaindre. Vous le poussez à ses limites et subitement, l'aiguille de la jauge température se met à monter dangereusement. Faites un jet de camion." Ça me donne un +2. Ça se passe très bien. Je vois l'aiguille de température monter et monter

et je vois le chemin qu'il reste à faire pour atteindre la cime de la colline. Et ayant parcouru des dizaines, quelques centaines de milliers de kilomètres avec ce camion-là, je tapote le volant en disant "Hey ma Ginette, t'es capable, je le sais, je te connais, t'es faite plus forte que ça ! Ça va bien, enwèye, lâche pas !" Le moteur continue de forcer, travaille fort, l'aiguille de température

continue de monter. Mais Jeff reste confiant parce qu'il le sait, avec un S majuscule, aussi majuscule que seuls les S peuvent l'être ! Et alors qu'il atteint le point critique, il en atteint le dessus de la colline... et on retombe sur une petite pente descendante. Et là, sans couper le moteur, on met moins l'accélérateur et là, la jauge de température commence à redescendre tout doucement et tout redevient normal. Le moteur se remet à ronronner comme un petit minou. Qu'est-ce qu'on nous dit?

"Si votre partie n'est pas terminée, vous atteignez subitement un point de vue panoramique et vous avez quelques minutes de paix. Décidez d'écrire quelque chose de court, de spécial et formulé très spécifiquement, très précisément. Vous le transporterez jusqu'à votre destination." Et on nous demande justement de jouer l'une des pièces : la pièce numéro 13, Blink de Hiroshi Yoshimura, alors qu'on l'écrit. "Commencez à écrire et arrêtez lorsque la chanson sera terminée."

Alors, je vous épargne les détails, les quelques minutes d'attente sans pouvoir vous faire jouer la musique. Je vous invite à écouter la trame sonore sur Spotify ou autre. La pièce, je le rappelle, se nomme Blink par Hiroshi Yoshimura. Et voilà, alors notre ami Jeff ayant atteint un point où il voit une magnifique vue sur les prairies avec tout le blé canadien ondoyant au vent décide

subitement d'écrire un petit poème. Comprenez-nous bien, Jeff n'est pas un poète, même amateur, mais inspiré par cette musique qu'il entendait à la radio, une cassette qu'il a mise dans le lecteur. Ça lui a permis de réfléchir et d'écrire. Après avoir écrit ce tout petit poème, il le plie délicatement, il l'insère dans sa poche en se disant que ce soir il allait en faire la lecture lorsqu'il allait appeler Steve. Mais il poursuit sa route. Et nous aussi. Troisième et

dernière carte du jour, une carte de cœur, donc de corps. "Vous ressentez quelque chose profondément à l'intérieur de vous. Une pulsation, un battement. Et vous comprenez que cela signifie que la menace est toute près, est toute proche. Qu'est-ce qui vous amène à cette interprétation ?" Heh bien, après avoir vu, c'est très simple, après avoir vu plusieurs, à plusieurs reprises, des appareils volants, après avoir senti leur présence, Jeff a commencé à développer une sorte de sixième

sens pour leur présence. Et cette fois-ci, c'est étrange, à la fois particulièrement puissant et particulièrement loin. Comme si, plutôt que d'avoir un appareil à proximité qui le surveille, qui l'épie, comme c'était le cas la veille, subitement c'était une centaine d'appareils au loin. Trop loin pour pouvoir l'apercevoir, le voir de proche, mais sachant très bien où il se trouve

et qui vont lui tomber dessus dès qu'ils en auront l'occasion. Et il le sait, il le ressent dans sa tête et il le ressent aussi dans ses plaies, qu'il a toujours, je vous rappelle, sur l'épaule et sous les aisselles. Alors c'est tout, il n'y a pas de jet à faire, c'est tout simplement un peu d'introspection ici et c'est le moment de l'appel quotidien. "Salut Steve, c'est Jeff encore. Je suis tombé sur un beau petit coin là, avec une vue

écoeurante. Je voulais juste te lire ce que j'ai écrit. Tu le sais, je ne suis pas un poète, je n'étais pas très bon à l'école, j'étais encore moins bon en français, mais j'ai écrit ça et j'ai travaillé fort là-dessus. lors, ça va comme suit. Tout seul dans mon coin / Je ne me sens pas très serein / Pas un chat à l'horizon /

Pas une âme, je tourne en rond / Coudon, est-ce que je suis mort? / Ça va être quoi mon sort? / Ça doit être l'enfer absolu / Parce que tu n'es nulle part en vue / Vivre toute ma vie pour rater / Une belle occasion en or / Puis moi, je l'ai fait foirer / Alors, je l'a mérité, cette mort. Ciao." Alors voilà, c'était sa composition. Alors, c'est le début d'une nouvelle journée. On n'a toujours pas progressé, mais heureusement pas de progression de la menace non plus. On prend les

choses une à la fois. Je vous répète qu'on est à peu près à mi-chemin, autant pour la menace que pour la progression. À travers le Canada, tentons de démarrer le moteur. Le moteur démarre encore. On a été très chanceux sur les jeux de moteur jusqu'à maintenant. Pigeons. Tiens, il faut en parler. Une carte de pique qui va nous permettre de progresser, à moins qu'encore une fois, on me dise que tu ne peux pas progresser. "Une vieille affiche publicitaire vous rappelle

la vie avant tout ceci. De quelles petites choses insignifiantes fait-elle la publicité et pourquoi vous manque-t-elle ?" Je l'imagine arriver, parce qu'il doit faire encore de petites emplettes à l'occasion, de petites courses pour pouvoir se restaurer, se rafraîchir, et passant à proximité d'un dépanneur, on voit tout simplement une publicité de Kool-Aid. Maintenant, Jeff sait très bien que le Kool-Aid est très mauvais pour sa santé. Mais ça lui

rappelle néanmoins les étés de son enfance. Ça lui rappelle l'innocence et l'insouciance de cette période-là de sa vie et tout simplement jouer dehors avec ses amis dans la cour de la maison familiale. Et ce petit flashback-là lui fait un petit pincement au coeur, sachant très bien que ça ne reviendra plus jamais. Et même au-delà de l'aspect "Je n'ai plus cet âge-là", il a le sentiment que le monde vient de changer pour de bon. Alors c'est peut-être le premier d'une

suite, une très longue suite, de petits deuils. Deux deuils : non seulement de cette enfance perdue, mais aussi d'un monde qui ne reviendra plus. Poursuivons. Une carte de coeur maintenant. Alors on revient au corps. "Un mécanisme de survie malsain ne vous est plus disponible. Qu'est-ce qui vous manque le plus à son sujet ?" Bien, je crois que possiblement que Jeff, en période de stress, en période d'incertitude, Jeff avait probablement l'coutume d'aller passer la soirée

dans une taverne, dans un bar et d'en ressortir complètement paqueté. Et il vient là parce que oui il y avait l'aspect alcool, mais il y avait aussi l'aspect social : pouvoir ventiler, pouvoir s'exprimer devant des amis, des gens qui le comprennent et qui peuvent le supporter. Peut-être qu'il y avait besoin de cet alcool-là pour se délier la langue, quelqu'un qui est peut-être trop renfermé en temps normal. Et bien subitement, même s'il pourrait aller techniquement chercher

une caisse de bière et la boire au complet, il reste qu'il serait bien seul. Alors il ne peut tout simplement plus se contenter de ça. Il se rend compte que ça lui pèse beaucoup. On fait un jet d'esprit. Ok, tout juste, mais c'est réussi. On a été chanceux jusqu'à maintenant. J'en ai une nouvelle carte. L'esprit maintenant. Alors : "Venu de nulle part, le lecteur de cassette de votre camion revient à la vie et vous entendez les voix des Staple Singers. Choisissez une chanson

d'une des pistes numéro 1 à 6 et écoutez-la." Alors je vais écouter la chanson en question. Donc je vous invite à aller écouter la chanson par vous-même. Elle s'appelle Will the circle be unbroken du groupe The Staple Singers. C'est une chanson country avec une mélodie relativement joyeuse mais qui parle d'un homme qui doit aller enterrer sa maman. Donc voilà, le sujet est pas particulièrement joyeux et pourtant cette pièce qui joue, sortie de nulle part, tout ça me rappelle

un moment de paix. Lequel? Je crois que ça rappelle simplement le moment où il a dû enterrer sa propre mère. Ce qui devrait en théorie ramener des souvenirs très douloureux, mais c'est quand même un moment qui est loin derrière lui et c'est la première fois où il avait perçu l'affection de son Steve. Car Steve s'était donné la peine alors que beaucoup, la plupart de ses amis avaient complètement ignoré les funérailles de sa mère et pourtant Steve lui était présent et l'avait

soutenu pendant toute la journée. Je crois que c'est ça que ça lui rappelle. Et ensuite, oh, ce petit moment de repos permet d'avancer ma statistique d'esprit, ce qui verra entre les jets d'esprit plus faciles. Et, fin de la journée, nous avons pigé une carte de pique, ça qui nous fait avancer. Oh, nous arrivons maintenant dans une zone de chaleur torride. Mais avant de passer à la prochaine journée, vous connaissez la routine, petit appel téléphonique. "Salut Steve. Je ne sais

pas trop quoi dire ce soir. Après... ça fait presque une semaine que je suis parti. Je suis encore pris dans les prairies. Je ne sais plus trop si je suis en Alberta ou en Saskatchewan, mais tu te rappelles à quel point c'est long, longtemps, hein? Il n'y a rien qui ressemble. Comment tu m'avais dit ça? Qu'est-ce qui ressemble? Il n'y a rien qui ressemble plus à un champ de blé qu'à un autre champ de blé. Tu avais raison. On est loin ici. Tu sais, ça sort de nulle part, ça sort vraiment de

nulle part. Mais je voulais te remercier. Je sais que ça fait longtemps, mais quand tu étais venu au funérailles de ma mère, tu l'as peut-être pas vu, mais t'étais pas mal le seul de mes amis à t'être pointé là. C'était pas grand-chose pour toi, j'imagine, mais moi, ça m'a mis du baume sur le coeur. La journée aurait été bien pire si j'avais été seul, puis encore pire si ça avait pas été toi. C'est tout. Je voulais juste dire ça. J'espère arriver. Là, il commence à faire terriblement

chaud. Je ne sais pas pourquoi. Dans l'ouest de l'Alberta, c'était glacial et là, j'arrive ici, puis il doit faire facilement 30 degrés. On est le soir, ça ne sera pas drôle demain. J'espère arriver en vie. C'est un étrange commentaire, mais je n'ai vraiment pas la confiance de me rendre, parce que curieusement, les petits bonhommes verts ne me font pas si peur que ça. Ils ne me font pas si peur que ça, mais j'ai vraiment terriblement peur de la

perte d'esprit. J'ai probablement trop de temps pour penser. Souhaite-moi bonne chance, Steve. Bye." Fin de la journée. Comme je le disais, nous arrivons maintenant en zone de chaleur intense. Voyons ce que ça veut dire en termes de carte. Une carte d'esprit. Oh, il fallait en parler. "Vous êtes à nouveau envahi par un sentiment de solitude. Vous imaginez un passager assis juste à côté de vous alors que vous conduisez. Décrivez cette conversation imaginée."

Possiblement parce que Jeff s'ennuie atrocement. Peut-être en partie parce qu'il est en train de perdre l'esprit complètement. Il s'imagine son grand-père assis à côté de lui. Chose étrange parce que son grand-père, il aimait beaucoup son grand-père. Mais son grand-père, malheureusement,

était un tout petit peu trop brillant, intelligent, perspicace. Et c'est lui le premier qui avait compris qu'il se tramait quelque chose entre Jeff et Steve et qui lui avait fait très clairement comprendre que la famille ne tolèrera pas ce genre de relations... dans des mots beaucoup moins civilisés que ceux-là. Et là, imaginant son grand-père assis à côté de lui, qui lui fait des gros yeux, il dit « T'es là, vieux criss ! Ben, écoute-moi bien. Écoute-moi bien mon ostie.

C'est à cause de toi si j'ai rejeté Steve, ok? C'est à cause de toi, c'est à cause de toute la maudite famille qui me poussait dans le dos parce qu'ils voulaient donc que je sois normal. Pourquoi tu sors pas avec la belle Jacinthe, hein? Elle ne demande rien que ça. Ben je l'ai faite, maudite gang de vaches. Je l'ai faite. Et résultat? Ben résultat, Steve n'est pas là. Jacinthe est malheureuse comme les pierres parce qu'elle s'est rendu compte : elle aussi, est pas

conne. Elle a bien vu que ça marchait pas. Mais le problème, c'était pas elle, hein? À cause de gang de vous autres. J'ai craché sur la plus belle occasion de ma vie. J'espère que t'es fier, vieux débris." Et curieusement dans sa tête, le grand-père n'a rien à répondre. Pas de mots à exprimer. Pas de réponses toutes faites à ça. Pas d'insultes non plus. Il disparaît tout simplement. Comme s'il avait jamais été là. Continuons. Carte suivante. Une autre carte

d'esprit. "Vous manquez de sommeil et vous êtes épuisé et vous vous retrouvez à observer des incendies à l'horizon. Pourriez-vous jurer y voir une forme, peut-être même une forme physique à travers la fumée? Que voyez-vous?" Parce que j'y vois, j'y vois une forme humanoïde, mais clairement pas un humain. Et là, là je le vois. Pour la première fois. Avec cette, un peu cette forme qu'on imagine la tête, la tête presque ovoïde. On ne voit pas les yeux évidemment. À cette distance là on voit

qu'il n'y a pas d'oreilles de chaque côté de la tête. Des membres, deux bras, deux jambes mais très longs, presque effilés et pourtant il ne bouge pas. Et même si ce n'est qu'une silhouette contre le feu de l'incendie, on pourrait jurer, Jeff pourrait jurer qu'il l'observait. Faites un jet d'esprit. Heureusement, je viens tout juste de l'avancer. C'est un succès, heureusement, mais cette rencontre là, même très indirecte, doit affecter beaucoup notre protagoniste. Carte suivante,

une autre carte d'esprit. "La prochaine fois que vous échouez un jet d'esprit, vous obtenez une seconde chance et pouvez rebrasser les dés. Conservez cette carte comme un rappel et débarrassez vous en lorsque vous rebrassez." Oh, c'est charmant ! Je ne savais pas qu'on pouvait faire ça. Je n'avais pas eu une pareille carte lors de ma première partie. Ben c'est mignon. Maintenant fin de la journée, on n'a pas progressé. Non, pas de carte de pique, donc pas de progression, malheureusement.

C'est le moment de l'appel quotidien. "Steve, c'est moi. Encore dans les Prairies. Ça n'avance pas très vite... Man, j'en ai vu un. Pas juste les petites soucoupes volantes, les vaisseaux, puis les lumières. Non, non, j'en ai vu un. Il y avait un immense incendie. Je crois que c'était un immeuble qui était en feu. Et je l'ai vu contre le feu. C'est exactement comme dans les vues. C'est exactement comme dans les documentaires qu'on a vu, là ! C'était juste une silhouette, mais ça m'a

vraiment sérieusement donné la chienne. J'ai hâte d'arriver parce que j'ai toujours l'impression qu'ils sont pas loin. J'aurais bien des choses à dire, mais je vais y aller, présentement je suis en plein milieu de la rue, je vais aller cacher mon camion parce que j'ai vraiment pas confiance.

Bye là." Le temps press !. Maintenant, nouvelle journée. Une carte de camion. "Alors que vous dévalez à toute allure une portion vide d'autoroute, vous ralentissez subitement, presque immobilisé, alors que vous devez manoeuvrer pour éviter des débris et une carcasse fumante sur l'autoroute qui pourrait briser gravement votre camion. Que voyez-vous dans ces piles?" Ça me paraît évident. Ce que je vois sur la route, c'est la carcasse en feu d'un jet, d'un avion

à réaction de l'armée canadienne qui s'est écrasé sur l'autoroute. Peut-être qu'ils ont tenté un atterrissage d'urgence qui s'est mal passé ? Je ne prends pas le temps de m'arrêter parce que c'est une carcasse en feu qui pourrait très bien exploser, mais je ne peux pas changer de voie, alors je dois tenter autant que possible d'éviter tous ces beaux débris et d'éviter

les flammes aussi. Ça implique un jet de camion. Zéro. Tout juste. Ça sent un peu le roussi, ça sent la fumée, ça sent le gaz, mais fort heureusement, je réussis à passer au travers de cette carcasse-là sans dommages graves. Ouf, j'ai eu un peu chaud. Et Jeff aussi.

Carte suivante

encore une carte d'esprit. "Vous vous rappelez un horrible cauchemar au sujet de votre blessure. Ça grossit, ça se déplace, ça pulse et se transforme. Décrivez ce rêve. Et ensuite, évidemment, un jet d'esprit." Alors... j'imagine au volant de mon camion en train de scruter l'horizon à la recherche d'un signe que ma destination arrive et là, je sens cette plaie sur mon épaule qui, comme s'il était en train de ramper, commence à

remonter tranquillement l'épaule vers mon cou. Et là, je trouve ça étrange. Je dois rêver, ce qui est le cas, mais ça je ne sais pas encore. Et là, m'observant dans le rétroviseur, je constate qu'effectivement, la plaie remonte rapidement et je la vois progresser en direct,

live et ça remonte mon cou. J'essaie de placer ma main, je prends un vieux torchon qui traîne pour essayer d'arrêter la progression, mais c'est ma peau qui est en train de se gangréner elle-même et ça remonte tranquillement pas vite le cou pour arriver au niveau de mon visage et puis ça remonte l'oreille et subitement, ça s'empare de mon visage complet et là, ça commence à entrer sous la peau pour vouloir s'insérer jusque dans mon cerveau !... Évidemment, c'est le moment où je me

réveille en sursaut et où je dois faire un jet d'esprit. Ok, c'est réussi, mais encore une fois, ça laisse notre héros plutôt ébranlé. Maintenant, une carte de route. On va progresser un peu, peut-être. "Vous voyez les incendies à l'horizon alors qu'ils grandissent puis rapetissent, selon qu'on s'en approche ou qu'on s'en éloigne. Que croyez-vous qui les a démarrés?" Probablement des tirs d'artillerie, ça ou peut-être de vulgaires tirs d'artillerie de l'armée

canadienne, possiblement américaine, des tirs qui ont été perdus. Je veux dire, des feux de forêt au Canada, on en a régulièrement, des feux de broussailles, donc je crois que ce serait probablement ça. Ça laisse entendre que le Canada est devenu une zone de guerre d'un océan à l'autre. Charmant. Mais charmant ou non, résultat de la journée, nous avons une carte de pique, ce qui nous permet de progresser. Nous passons donc de la plaine torride vers la poussière. C'est le moment d'un autre appel.

"Steve? Steve, t'es-tu là? Steve, je suis capote. J'en suis à faire des cauchemars. Ça me hante, bonhomme, ça me hante. Ah, je m'imagine, ma grosse plaie qui remonte mon cou, puis ma face, puis qui... Ah, comme si elle essayait de me bouffer. Je pense que je suis en train de perdre l'esprit, ben comme il me faut, bonhomme ! T'es-tu là ? S'il te plaît, décroche ! Décroche, j'ai

vraiment besoin de parler à quelqu'un, là. Ça fait une semaine, peux-tu croire, ça fait plus qu'une semaine que j'ai pas vu quelqu'un, sinon l'espèce de bébite alien que j'ai vu hier, ça compte pas. Oh non, je suis vraiment en train de perdre l'esprit, je suis en train de perdre les pédales, ben comme faut. Puis tu réponds pas... C'est juste ça que je mérite, au fond. Je devrais pas t'achaler, garde-toi, garde-toi. Tu mérites mieux que ça, ok? Bye, bye, bye."

Pauvre Jeff est en train de perdre la boule. Mais, quoi qu'il en soit pour Jeff, nous devrons le laisser pour le moment. Espérons qu'il sera capable de se reposer un peu et de reprendre des forces. Ça n'arrivera pas. D'ici là, je vous souhaite une bonne fin de journée ou soirée, qu'importe. Merci d'avoir été à l'écoute et soyez des nôtres pour le prochain et dernier épisode, je crois, de cette série sur Long Haul 1983. Comme à l'habitude, vous pouvez nous rejoindre sur

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