¶ Intro / Opening
Hey guys, it's Kumail Nanjiani. My new stand-up special, Night Thoughts, is now streaming on Hulu. I promise you're gonna laugh. I am an immigrant. I am. Are there any other immigrants here? Okay, what you can't do is point at someone else. My Thoughts is now streaming on Hulu and Hulu on Disney Plus for bundle subscribers. Terms apply.
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¶ Démantèlement de l'Aide Américaine
Aujourd'hui, c'est un bouleversement dont les conséquences en cascade se révèlent jour après jour. L'arrêt brutal de l'aide américaine à l'international a été imposé par Donald Trump dès son arrivée au pouvoir le 20 janvier dernier.
Et un mois plus tard, les États-Unis, qui finançaient 42% de l'aide humanitaire mondiale, ont coupé la quasi-totalité des fonds attribués au programme de l'USAID. L'USAID, ou... USID, prononcé à l'américaine, c'est l'agence américaine pour le développement international et c'était le principal bailleur de la solidarité internationale.
Voilà donc l'agence démantelée, ses employés licenciés et les ONG du monde entier plongés dans une crise sans précédent. Alors pourquoi Donald Trump a-t-il décidé de balayer d'un revers de main l'USAID ? Quelles sont les conséquences pour les enfants, les femmes, les hommes qui bénéficiaient jusque-là de l'aide américaine et qui sont les premières victimes de ces coupes drastiques ? Et puis, comment réagissent et s'organisent les ONG face aux risques de résurgence de maladies comme le sida ?
ou le paludisme. Pour répondre à ces questions, nous avons sollicité de nombreuses voix du journal, car le sujet est vaste et ses conséquences mondiales. Garance Munoz, notre productrice, qui a couvert pour l'or du monde la campagne électorale américaine, a interrogé ses journalistes et personnalités d'horizons différents, de Washington à Johannesburg. C'est elle qui va nous guider dans ce récit de la chute de l'USAID.
Les conséquences dévastatrices de la fin de l'Aide américaine, un épisode de Garance Munoz, réalisation Quentin Tonneau et Thomas Zeng.
¶ Impact sur les ONG Sud-Africaines
Au mur, il y a ces briques, caractéristiques des postes de police sud-africains. Deux canapés réchauffent la pièce, et sur chacun d'eux, une main délicate à déposer un ours en peluche. C'est comme ça que Mathilde Boussion, correspondante du Monde à Johannesburg, décrit cette salle, réservée aux victimes de violences sexuelles du commissariat central de la petite ville de Nelsprit, en Afrique du Sud. C'est là où travaille le GRIP.
GRIP, c'est le Greater Rape Intervention Project. C'est la plus grosse association de lutte contre les violences faites aux femmes dans la province du Limpopo, qui est assez rurale, qui est assez minière et qui est pauvre. Et donc cette association... Elle est présente dans les commissariats, dans les hôpitaux, dans les tribunaux pour...
prendre les victimes de violences sexuelles par la main et leur permettre non seulement d'obtenir justice, mais aussi d'obtenir des soins médicaux. Et en fait, la moitié de leur budget dépendait des aides américaines, de l'USAID, donc 400 000 euros.
Derrière le bureau de l'assistante sociale qu'elle a rencontré, une plaque proclame que le projet est fièrement soutenu par le peuple américain. Seulement, il ne l'est plus. Une des phrases que m'a dit la directrice de l'association, qui s'appelle Taryn Lokoc,
C'est, tout le monde me demande, c'est quoi le plan maintenant pour boucher le trou du 8 millions de rangs de 400 000 euros dans les comptes de son association ? Et elle m'explique, il n'y a pas de plan. Il n'y a pas de plan pour trouver 400 000 euros dans le contexte actuel.
Les fonds américains représentaient 17% du programme de lutte contre le VIH dans toute l'Afrique du Sud. Cet argent servait à financer un réseau d'associations, à l'instar du grippe, qui permettent de faire le lien entre les malades... Et les institutions, comme les hôpitaux publics et les commissariats. Un maillon crucial dans ce pays. Il y a toujours une stigmatisation des malades du VIH, donc c'est compliqué quand on est Sud-Africain, qu'on habite dans un temps de chip, qu'on a un doute.
pour une raison ou pour une autre, parce qu'on a eu une relation sexuelle non protégée ou parce qu'on a été victime de violences sexuelles, ce qui est extrêmement courant en Afrique du Sud. C'est un des pays qui a le taux de féminicide parmi les plus élevés au monde. Donc tout ça est en lien avec une véritable épine.
de violences sexuelles envers les femmes. Et donc, quand on est victime de ces violences, ce n'est pas évident, ce n'est pas naturel d'aller dans les cliniques publiques et d'aller dans les commissariats. Et pour faire ce lien, en réalité, il y a tout un maillage d'associations qui vont permettre de connecter les gens.
et les institutions publiques qui vont distribuer les traitements. Et donc, quand le grippe n'est pas là, les victimes font la queue pendant 5 heures, 6 heures au commissariat avant d'être entendues. Et quand elles sont entendues, elles le sont dans une petite pièce à 3 mètres. d'un banc où patientent les suivants, bien évidemment, sans vitre, sans mur entre les deux. Donc imaginez un peu, racontez comment vous avez été violé dans ces conditions.
c'est de l'ordre pratiquement de l'impossible, ce qui explique qu'énormément de violences ne font pas l'objet de plaintes. Donc c'est vraiment un maillon essentiel de la chaîne qui permet bien sûr de déposer plainte. éventuellement, dans le meilleur des cas, d'obtenir justice, mais aussi, de manière plus prosaïque et pratique, d'obtenir un traitement et de ne pas être infecté par le VIH.
¶ Risque d'Augmentation des Contaminations
Et c'est donc ce réseau d'associations qui est mis en péril par la décision de Donald Trump de mettre fin à l'USAID. Mathilde Boussion m'explique comment le GRIP tente de faire face. Ils ont renié sur absolument tous les budgets, le thé, le sucre, que ce soit dans les salles de soins, que ce soit ils ont aussi deux foyers d'urgence pour femmes battues. Donc ils ont vraiment renié partout, pioché dans toutes leurs économies. Et là, ils sont au bout du bout, ils vont pouvoir fonctionner peut-être.
quelques mois, quelques semaines, dans le pire des cas, mais il va falloir trouver des nouveaux financements. Et si ces nouveaux financements n'arrivent pas, ces salles fermeront. Donc, ce que craignent les associations sud-africaines en particulier, c'est de voir une remontée spectaculaire des contaminations. Et le chiffre qui a été avancé, c'est qu'on pourrait voir jusqu'à 500 000 morts supplémentaires dans la décennie qui vient.
My honor and pleasure to introduce to you the 45th and the 47th president of the United States of America, Donald J. Trump.
¶ Les Raisons de la Suppression USAID
Durant toute sa campagne présidentielle, Donald Trump tente d'imposer un narratif. S'il est élu, les États-Unis et le monde connaîtront un immense bouleversement. Mais à ce moment-là, personne n'anticipe que la fin de l'USAID pourrait bien être l'un de ces bouleversements. Le 20 janvier 2025, lorsque Donald Trump est de retour à la Maison-Blanche, il proclame l'avènement d'un nouvel âge d'or. Le jour même de son investiture, il signe 42 décrets présidentiels.
Et parmi ces décrets, il y a celui par lequel cette histoire commence. D'une signature, Donald Trump suspend tous les programmes d'aide américaine à l'international pendant 90 jours. Un choc, mais pas tellement une surprise, m'explique Piotr Smollard, le correspondant du Monde à Washington. Alors, ce n'était pas attendu dans les détails, mais les intentions étaient claires. Donald Trump n'a pas beaucoup d'estime, de considération pour...
l'histoire de ce qu'on appelle le soft power américain, c'est-à-dire tout ce que les États-Unis font à l'extérieur en termes de développement économique pour les autres pays, en termes d'aide humanitaire. Ce sont des choses qui ne l'intéressent absolument pas. Et Donald Trump ne s'arrête pas là. Le 24 janvier, il demande aux employés de l'USA d'arrêter de travailler. Puis le site web est désactivé et le département d'État prend le contrôle de l'agence.
Il est passé ensuite à la vitesse supérieure avec un allié, Elon Musk, et son fameux bureau de l'efficacité gouvernementale, Doge. Ils ont décidé carrément d'éliminer USID, l'agence d'aide au développement, comme entité indépendante. Là, ils y sont allés pas du tout au scalpel, ils y sont allés au bulldozer, démolissant complètement l'intérieur même de l'activité de USID, de cette grande agence, et réduisant son staff, qui à l'origine était d'environ 10 000 personnes, à une poignée.
À une poignée seulement, il n'y a plus personne au sein du SID qui est devenu une sorte de vaisseau fantôme rattaché maintenant de façon organique à l'autorité du secrétaire d'État, c'est-à-dire Marco Rubio. Voilà. Du jour au lendemain, c'est une aide qui s'élève à des dizaines de milliards de dollars qui disparaît. C'est énorme, tellement énorme que le fait de manquer d'estime pour le soft power américain ne me paraît pas une raison suffisante pour expliquer cette politique de la table rase.
Je demande à Piotr de m'expliquer les autres raisons d'une telle hostilité à l'égard de l'aide américaine. Alors, il y a deux sortes de critiques qui ont été formulées par Donald Trump et par Elon Musk à l'encontre de USID. Tout d'abord... que c'était une organisation aux mains de dangereux cinglés gauchistes. L'USAID est dirigée par des fous radicaux que nous sommes en train de virer. Et ensuite, nous verrons bien.
C'est la première chose d'un point de vue idéologique, c'est-à-dire que USID favoriserait... Par exemple, les fameux programmes DEI, c'est-à-dire les programmes de lutte contre les discriminations et en faveur de l'équité. Donc de la même façon que l'administration Trump veut lutter contre ces programmes...
Ici aux États-Unis, que ce soit dans les universités, dans les écoles et ailleurs, ils veulent aussi lutter contre ces programmes dans l'action extérieure des États-Unis. Ils considèrent que ça ne correspond pas à l'idéologie d'America First. à l'idéologie du mouvement Trumpiste, et que par conséquent, il faut tout simplement liquider...
Toutes ces initiatives qui, pour certaines, existent depuis des années et qui ne sont pas du tout extrémistes, gauchistes ou quoi que ce soit. Le deuxième type de reproche qui est fait, c'est le reproche sur la gestion financière. Ils sont devenus complètement fous. Ce qu'ils faisaient, l'argent qu'ils donnaient aux gens qu'ils n'auraient pas dû donner, c'était une honte. Il y a eu énormément de fraude. Mais nous sommes en train de faire un rapport et nous donnerons ce rapport.
Elon Musk comme Donald Trump nous ont littéralement inondé de chiffres dont il est très difficile. de vérifier la crédibilité et la réalité sur soi-disant des dépenses somptuaires qui étaient consenties par USID. C'est un exemple qui était toujours cité et qui est complètement faux, complètement farfelu. Soit disant 60 millions de dollars pour les préservatifs dans la bande de Gaza, ça n'a jamais existé. Voilà, donc ils mettaient en avant un certain nombre de...
d'exemples plus ou moins réels qui sont censés être très caricaturaux pour tout simplement... Décrédibiliser l'action du USAID. Mais si ces attaques à l'encontre de l'USAID sont parfois caricaturales, il ne faut pas les résumer à des obsessions personnelles d'Elon Musk et Donald Trump.
Et ce qui est très important de comprendre, c'est que pour beaucoup d'Américains, il y a vraiment une interrogation sur la nécessité pour les États-Unis, dans une période difficile, de dépenser beaucoup d'argent pour des actions comme ça à l'extérieur qui bénéficient à d'autres sociétés.
¶ Origines et Rôle Historique d'USAID
Cette perte de sens pour les Américains et ce démantèlement opéré par Trump forme une rupture historique et signe la fin d'un outil extrêmement important pour les États-Unis, lancé par John Fitzgerald Kennedy en 1961. La présence des États-Unis en tant que puissance leader dans le monde libre est directement impliquée dans votre travail.
Les gens qui s'opposent à l'aide doivent comprendre que celle-ci constitue pour nous une force très puissante. Cela nous permet d'exercer une influence pour le maintien de la liberté. Alors pourquoi a été créée cette agence ? Les États-Unis sont la première puissance militaire mondiale. Les canons ne font pas tout. Et effectivement, les États-Unis ont compris assez vite tout l'intérêt qu'il y avait, non seulement à promouvoir...
Ces valeurs qui sont celles jusqu'à présent de la liberté, de la démocratie, non seulement ça, mais aussi à agir de façon concrète pour permettre à des sociétés qui sont parfois soit autoritaires, soit... en très faible développement, de mieux se développer. Ça concerne aussi bien l'aide humanitaire d'urgence. Mais ces derniers temps, et en particulier sous l'administration Biden, USID, c'est aussi beaucoup...
ou investi dans le développement économique. C'est très important parce que tu connais ce proverbe que c'est bien de donner du poisson à manger à un nécessiteux, mais c'est mieux de lui apprendre à pêcher. Eh bien, c'est un peu dans cette logique-là aussi que USID s'était développé, c'est-à-dire...
C'est-à-dire qu'il s'agissait aussi de donner les outils, de donner les moyens à certains pays, par exemple en Afrique, de développer leurs propres infrastructures et de donner un peu d'impulsion à des économies qui sont parfois un peu souffreteuses. Ce n'est pas de la pure philanthropie, et ce soft power a souvent permis de favoriser les intérêts économiques américains.
Pour l'ancien président démocrate Joe Biden, cette aide devait permettre de réduire le nombre de personnes migrantes arrivant sur le sol américain en s'attaquant à ce qu'il appelle les causes profondes de l'immigration. C'est-à-dire aider un pays à prospérer en espérant que les personnes de ce pays aient moins de raisons de partir pour aller aux Etats-Unis.
Si vous résolvez les problèmes dans ces pays, tout le monde en profite. Cela nous profite à nous, cela profite à la population et cela fait croître les économies sur place. Cette vision de l'aide américaine a perduré pendant des décennies. C'était un consensus entre démocrates et républicains.
¶ Conséquences pour les Employés et Entreprises
Jusqu'au mouvement MAGA, Make America Great Again, et son slogan, America First, l'Amérique d'abord. Une inversion des valeurs qui a surpris les milliers d'employés américains de l'agence. congédiés par un email, et à qui on a parfois demandé de quitter les lieux en 15 minutes. Ils étaient tous sous le choc parce qu'ils avaient l'impression d'œuvrer à des causes nobles, à des causes justes.
Et tout d'un coup, on leur a dit qu'ils ne servaient à rien et qu'en plus, c'était des extrémistes. On est devant la politique du fait accompli. Les lettres USID ont été retirées devant le fronton du bâtiment occupé à Washington. Et donc, c'est vrai que c'est une forme de... de brutalisation à la fois psychologique et puis d'insécurisation de ces personnes. Mais il faut encore une fois dire que leur mobilisation n'a pas vraiment fait la une des journaux et ne crée pas un élan de sympathie.
La plupart de ses employés de USID sont dans la capitale Washington. Washington est honni par une grande partie des Etats-Unis. C'est vu comme le marais des élites. Et par conséquent, il est très difficile de déclencher une sympathie à l'égard de gens qui travaillent au sein du gouvernement fédéral. Alors même, et c'est un point garance qui, je pense, est important à préciser, qu'il y a pas mal d'entreprises aux États-Unis qui bénéficient du USID parce qu'elles travaillent pour USID.
comme prestataires pour un certain nombre de choses, comme par exemple de la nourriture sous vide qui est ensuite envoyée à l'autre bout des États-Unis ou pour d'autres choses. Ces entreprises aujourd'hui, elles ont un carnet de commandes vides à cause de la disparition du SID.
¶ Crise Mondiale pour l'Aide Humanitaire
La fin de l'USA est un choc aux Etats-Unis. Mais c'est surtout un séisme dans le reste du monde où les victimes se comptent par millions. Qui est le plus touché ? Où et pourquoi ? Je suis allée poser la question à Louise Couvler du service Société qui a enquêté sur le calvaire que vivent les ONG depuis quelques mois. Bonjour Louise. Bonjour Garance.
Avec 42,8 milliards de dollars de budget, l'USA est de représenter 42% de l'aide globale à travers le monde et servait une myriade de causes grâce au travail de 6000 ONG présentes dans 120 pays. Louise m'en énumère rapidement quelques-unes, et déjà, ça donne le tournis.
Alors, ils allaient sur des programmes de santé, de sécurité alimentaire, de prévention du sida, mais aussi de la malaria, de la tuberculose. Donc, par exemple, depuis trois ans, l'Ukraine était l'un des premiers bénéficiaires. Mais il y a aussi la République démocratique du Congo, déchirée par les guerres de... près de 30 ans. Et donc, les premières cibles, par ailleurs, de ces coupes sont les actions dites DEI.
Diversity, Equity and Inclusion. Ce sont tous les programmes liés à la promotion de l'inclusion et à la lutte contre la discrimination envers les groupes historiquement minoritaires ou diminorisés, tels que les femmes, les LGBTQ+, les minorités ethniques, les handicapés. Et donc un beau jour, le 26 février exactement, tout s'arrête. Un choc que m'a raconté Périne Benoît, directrice générale de l'ONG Action contre la faim. On s'est réveillés un matin avec nos emails, nos boîtes.
d'email rempli d'annonces d'arrêt de plus de 30% de nos projets, du jour au lendemain, avec une pause immédiate de 90 jours sous réserve d'évaluation. Donc ça a été un peu d'abord l'inquiétude pour nos projets sur le terrain, pour les enfants qui sont suivis dans nos centres de renutrition. Ensuite un peu la sidération. C'est normal qu'un bailleur change d'orientation, ça arrive, qu'il mette en pause l'intégralité des contrats sans aucun préavis, ça c'était vraiment une première.
Un peu la stupéfaction de la rapidité avec laquelle nos interlocuteurs à Washington ou sur les terrains ont eux-mêmes... étaient bloqués, étaient réaffectés, ne pouvaient pas répondre à nos questions. Et donc un flou qui s'est installé pendant de nombreuses semaines. Avec 30% de budget en moins, l'ONG est obligée de se poser cette question. Qui aidait en priorité ?
On a fait un tableau avec toutes nos modalités d'intervention et on s'est posé deux questions. D'abord, où était le plus grand risque de survie et où étaient les plus vulnérables ? Puisque nous, on est à plus d'un million cinq cent mille personnes qui sont impactées par cette coupe américaine. Et ensuite, la deuxième étape, ça a été de se dire quels sont nos partenaires, qu'est-ce que font les autres... Et donc forcément, ils ont dû renoncer à certaines de leurs missions.
Donc on a dû se séparer déjà de plusieurs centaines de personnels sur le terrain. Action contre la faim a aussi mis des fonds propres, a fait des appels aux dons pour pouvoir continuer les activités où vraiment les enfants étaient à risque de survie immédiate. Dans beaucoup de pays, on a dû arrêter la prise en charge de nouveaux enfants qui nous étaient référés. On sent bien qu'il y a un enjeu de stratégie globale, qu'il y a une politisation de l'aide.
Et aujourd'hui, il faut qu'on arrive à vraiment faire comprendre qu'il y a plus de 733 millions de personnes qui souffrent de la faim dans le monde. C'est quelque chose où il y a énormément de codépendance. On est dans un monde globalisé et que 10% de la population mondiale a faim. On ne peut pas se permettre de répondre dans certains endroits et d'autres non. Faire des choix corneliens, voilà à quoi en sont réduites les ONG.
¶ Défis Éthiques et Avenir de l'Aide
Action contre la faim n'est qu'un exemple parmi d'autres. Et toutes les ONG doivent prouver leur raison d'être auprès de l'administration américaine. C'est pour ça que Périne Benoît parle de politisation de l'aide. Toutes les ONG doivent prouver que leur travail n'est pas idéologiquement contraire aux idées trumpistes. C'est ce que m'explique Louise. Elles ont dû faire la preuve de leur conformité.
avec la nouvelle doxa américaine, Make America Great Again, et leur obsession anti-woke, c'est-à-dire toutes ces politiques visant à défendre le droit des minorités. Donc elles doivent répondre à un questionnaire, elles ont dû répondre à un questionnaire émis par la Maison Blanche, avec des questions. qui les ont plongées dans un grand embarras parce que ça va à l'encontre de tout ce à quoi elles croient et de tout ce qu'elles défendent.
Par exemple, pouvez-vous confirmer que votre projet n'est pas un programme d'EI ? Votre projet a-t-il un impact bénéfique mesurable pour l'industrie américaine, l'emploi ou l'économie américaine ? Comment votre projet permet-il de lutter contre l'immigration illégale aux Etats-Unis ? Enfin, des questions complètement ahurissantes. Là, les ONG se retrouvent dans un véritable dilemme éthique. C'est-à-dire qu'elles sont confrontées à un choix de fond parce que ce qu'elles demandent, les conditions.
auxquelles elles soumettent les ONG sont juste inacceptables pour elles. Donc, ce partenaire historique est devenu instable, pas fiable, qui soumet son aide à des critères incompatibles avec leur éthique. Faut-il tout arrêter ou non ? Et c'est pour elle très compliqué parce qu'en même temps, sauver quelques programmes, c'est sauver quelques vies.
En fait, de ce que je comprends, le gouvernement Trump cherche en priorité à arrêter de financer les programmes qu'il qualifie de woke. Sauf que les conséquences réelles sont bien plus vastes. Selon tous les acteurs du secteur, selon tous les observateurs, sida, paludisme, tubercul...
maculose, rougeole, autant de fronts sur lesquels des décennies de progrès risquent d'être anéantis en l'espace de quelques mois par l'arrêt de ces financements. L'OMS parle de 15 millions de cas de paludisme et de 107 000 décès supplémentaires rien que pour cette année, par exemple.
Des estimations provenant de l'ancien administrateur adjoint pour la santé mondiale de l'USAID placé en congé administratif et obtenu par le New York Times font état de 18 millions de cas de malaria supplémentaire chaque année, causant plus de 160 000 décès. Un million d'enfants sans traitement pour sévère malnutrition. Et ça n'est qu'une première estimation des conséquences qu'aura l'interruption de l'aide américaine au développement.
¶ Conséquences Durables et Réinvention
La suspension de l'aide américaine avait été annoncée pour 90 jours. Les 90 jours se sont écoulés et la suspension a été maintenue. Entre-temps, l'USAID a été totalement démantelée et la majorité de ses programmes supprimés. C'est bien une nouvelle ère qui s'ouvre pour l'aide humanitaire mondiale. L'OMS, l'Organisation mondiale de la santé, a été contrainte de couper 20% de son budget.
Cette évolution est actée au sein même de l'ONU, le 12 mars, par la voix de Tom Fletcher, le chef du Bureau des affaires humanitaires. Ces dernières années, nous avons été trop dépendants du financement américain. Près de la moitié de nos campagnes d'appel ont été financées par le contribuable américain. Il est important de reconnaître que nous ne devrions jamais considérer cela comme acquis. Alors vers qui peuvent se tourner les ONG maintenant ?
Est-ce que face à cet arrêt brutal de la participation des États-Unis à la solidarité internationale, d'autres pays peuvent compenser le manque ? Après quelques années de hausse, l'Europe a revu elle aussi à la baisse ses financements. Alors cette décision précédée est celle des Etats-Unis, mais l'Allemagne avait déjà annoncé une coupe de près de 50%, le Royaume-Uni de près de 40%, la France a prévu une diminution d'un tiers environ, la Belgique...
que de 25%. Et donc, certains observateurs constatent qu'effectivement, ce recul de l'Europe et des États-Unis pourrait profiter aux BRICS, à la Chine, à la Russie, qui voudrait potentiellement occuper le vide laissé par les États-Unis et l'Europe. Mais, a priori, ça ne compensera jamais à la hauteur de ce que finançaient les États-Unis. Donc, les autres États ne peuvent pas compenser.
Et les milliardaires philanthropes non plus. Bill Gates, par exemple, fondateur d'une des plus grandes entreprises philanthropiques au monde, a expliqué que malgré ses 9 milliards d'aides par an, il était bien incapable de combler le trou laissé par Donald Trump.
Il ne reste donc plus qu'une solution, tout réinventer. Donc il va falloir repenser tout le système, les ONG le savent, les observateurs le savent. Il va falloir faire appel à des bailleurs privés, à des entreprises, aux particuliers. Mais ce qui est certain, c'est qu'il va falloir diversifier.
les sources de financement. Le chantier de cette réinvention est immense et le coût humain, considérable, conclut Périne Benoît d'Action contre la faim. Il y a un sentiment d'injustice, surtout quand on est sur des... des thématiques comme ça, d'avoir un sentiment de voir instrumentaliser de la sous-nutrition infantile. On se demande parfois où va le monde.
On essaye de sortir du moment d'incrédulité maintenant et d'injustice. On reste des humanitaires. Notre travail, c'est de gérer des crises. Donc, on la gère. Merci à Garance Munoz, Piotr Smollard, Mathilde Bouchion, Louise Couvler et Périne Benoît pour cet épisode.
Si vous souhaitez en savoir plus sur les conséquences de la fin de l'USA, je vous invite à retrouver tous les articles de nos correspondantes et correspondants sur le site lemonde.fr. L'heure du monde, c'est terminé pour aujourd'hui, mais on revient dès demain avec un nouvel épisode. Merci de votre fidélité et bonne journée.
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