¶ Intro / Opening
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¶ Lady Gaga: Lutte d'Identités
Bonjour à toutes et à tous, je m'appelle Jean-Guillaume Santi et il est l'heure du monde. Ce petit cri que vous venez d'entendre, eh bien c'est le mien. Mardi 18 novembre, je me trouvais à l'Accor Arena à Paris pour l'une des six dates françaises du très attendu Mayhem Tour de Lady Gaga. Dans cet opéra grandiose en quatre actes, la chanteuse protéiforme se lance dans une lutte à mort contre elle-même. Et elle exige...
qu'on coupe la tête de son alter ego, une danseuse vêtue d'une tenue iconique de ses débuts. Dans cette tragédie shakespearienne, Gaga et sa propre antagoniste, comme si son personnage lui avait échappé. Et ce qui est intéressant, c'est que ce double exubérant, c'est aux médias qu'il échappait lorsque la planète a découvert cet ovni-pop.
complètement barré. Est-elle un personnage inventé, soigneusement manufacturé par une maison de disques ? Qui se cache derrière cette poker face médiatique ? Pour bien comprendre comment l'artiste a forgé son propre mythe, mais aussi un double encombrant, je suis allé interroger des fans et des experts du sujet qui vont nous aider à lever le mystère Gaga. Les mille visages de Lady Gaga, un épisode réalisé par Amandine Rebillard.
¶ La Découverte du Phénomène Pop
Pour lancer cette enquête, il me fallait un fan de la première heure et c'est naturellement que je me suis tourné vers Sonia. Je m'appelle Sonia, j'ai 33 ans dans quelques jours et je suis drag queen et prothésiste ongulaire. Lorsque Gaga débarque, Sonia est piquée. Très vite, elle va tous les jours religieusement consulter le forum Gaga Daily. Et puis, vous l'avez entendu, elle est également drag queen. Autant dire que pour parler...
à la fois de Gaga, mais aussi de la création d'un alter ego. C'était l'interlocutrice parfaite. Alors, je commence par lui demander quand elle a découvert Lady Gaga pour la première fois. Moi, j'ai découvert Lady Gaga avec le clip de Poker Face.
J'étais chez ma frangine, donc on est en 2008, je pense. Et sur le coup, je me suis dit, mais qu'est-ce que c'est que ça ? Et puis après, j'avais réécouté la chanson, j'étais genre, mais en fait, c'est génial ce qui est en train de se passer. Et ouais, moi, ça a été mon point d'entrée, ça a été Poker Face.
entendu ces titres précédents, mais sans que ça me marque spécialement. Mais Pokerfeuille, j'en ai un souvenir hyper pressif. Je pourrais te décrire la pièce où j'étais quand je l'ai entendue la première fois. De mon côté, je vous avoue que je n'ai pas de souvenir précis de mon premier contact avec Gaga, mais ça doit dater de cette époque-là également, parce que Gaga passe instantanément d'un quasi-anonymat à une renommée mondiale.
un phénomène météorique qui ne connaît presque pas d'entre-deux. Pokerface est tout simplement la chanson la plus écoutée de l'année 2009. Et pourtant, quand je regarde aujourd'hui le clip sur YouTube, je trouve que ce n'est pas si évident que ça. de deviner à quel point elle se révélera vite, unique et incontournable.
Alors, il y a certes une étrangeté dans ce personnage, tout de latex vêtu, flanqué de deux dogs allemands au bord d'une piscine, avec ce visage dissimulé derrière un masque boule à facettes. Mais pour le reste, on est dans du bon vieux tube avec... Tous les codes du genre, un body bleu, une chorégraphie et quelques placements produits particulièrement voyants. Alors ?
¶ Paparazzi et les Références Artistiques
Pour avoir une meilleure idée du personnage complètement perché de Gaga, il faut s'attarder sur un autre clip, un an plus tard, et c'est Sonia qui nous aiguille. C'est le clip de Paparazzi. Il n'y avait pas beaucoup d'artistes pour moi qui faisaient des espèces de courts-métrages pour venir raconter une histoire et partir d'une musique et en faire vraiment cette espèce de court-métrage avec des versions courtes, des versions longues.
Avec Paparazzi qui sort un an plus tard, Gaga lance ce qui fera sa marque de fabrique. Une très longue introduction façon mini-film de 7 minutes. Dans un égotrip hilarant, elle baigne d'abord dans le luxe. dans des billets de banque à sa propre effigie avec son petit copain du moment. Mais le rêve...
Tourne au cauchemar, son amant la précipite du haut d'un balcon et la voilà au sol, sanguinolente, tandis que les paparazzi mitraillent son corps inerte et que les journaux titrent sur sa chute, au sens propre comme au figuré. Lorsqu'elle chute, justement, la voici le temps d'un plan devant une spirale en noir et blanc directement inspirée du générique.
de Suaire froide, de Alfred Hitchcock. Et là, on touche au cœur de la création gaguesque, la multiplication des références et des clins d'œil à toutes les sauces. Tiens, revoilà Hitchcock, par exemple, dans les paroles... Les paroles disent « Je veux ta psychose, que tu me donnes des sueurs froides ». Je liste des titres de Hitchcock en leur donnant une connotation sexuelle.
Et il n'y a pas Kitchcock, l'univers de Gaga est truffé de références, à commencer par son nom, qui semble directement inspiré d'un célèbre titre du groupe Queen. Mais il y en a bien d'autres. Alors, pour bien comprendre de qui Gaga se revendique à ses débuts, j'ai rencontré Guillaume Auglia. Il est créateur de contenu et vous le connaissez sûrement si vous aimez la musique pop.
¶ Madonna et les Comparaisons Inévitables
sous le pseudonyme de Popslay. À ses débuts, on reproche beaucoup à Lady Gaga de peut-être trop s'inspirer d'autres artistes. Évidemment, le premier nom qui me vient en tête, c'est celui de Madonna. Mais c'est vrai qu'elle a toujours assumé ses références, elle a toujours assumé qui étaient ses idoles. Il suffit de regarder quelques-uns de ses discours. Elle cite Bowie, elle cite Cher, elle cite Madonna, Michael Jackson, évidemment.
Elle a apporté quand même quelque chose de nouveau, je trouve, mais c'est vrai que c'est aussi un art qui est très référencé. Tout ce qui gravite autour de la pop n'est que référence, et je pense qu'elle l'a très bien fait. Guillaume Auglia vient de le dire, de toutes les références, il en est une que Lady Gaga.
assume, mais qui va vite lui coller à la peau, comme si elle n'avait fait que dupliquer une formule déjà existante. Ils l'appellent la nouvelle Madonna, une écolière catholique qui s'est transformée en l'une des plus grandes pop-stars au monde. Certains journaux vont titrer que c'est la nouvelle Madonna.
Elle va être beaucoup présentée de cette manière-là. Au début, elle le prend plutôt comme quelque chose de plaisant parce que ça reste l'une de ses idoles et donc le fait d'être comparé à elle, c'est aussi beau à entendre. Mais quelques temps plus tard, je pense que c'est quelqu'un qui va faire peur. notamment à Madonna. Il y a eu ce sketch, par exemple, au Saturday Night Live où on les voit, elles font mine de se battre.
Hey, tu sais quoi, Madonna ? Je suis plus sexy que toi. Hey, tu sais quoi, Gaga ? Je suis plus grande que toi. C'est quoi d'ailleurs ce nom, Gaga ? On dirait de la bouffe pour bébé. Eh ben, c'est le nom qui est en haut du top 50. Parce que les médias adoraient les opposer.
surtout quand il s'agit de femmes, c'est quelque chose qu'on retrouve encore, malheureusement, aujourd'hui. Mais à cette période-là, c'est vrai qu'elles sont beaucoup comparées, d'autant plus qu'elles sont un peu issues du même monde. L'univers est en effet similaire. Deux jeunes filles new-yorkaises d'origine italienne, catholique, qui ont l'ambition dévorante de devenir la popstar, la plus connue, avec un univers qui multiplie les provocations sexuelles comme religion.
et un public gay fervent. Mais alors, avec tout ça, on n'est pas vraiment avancé. On connaît les multiples références de Gaga, on entrevoit son personnage complètement barré de célébrités en quête d'attention. On entend dire que c'est la nouvelle Madonna, mais que sait-on finalement d'elle ? A l'époque, pas grand-chose.
de son ancienne identité a été soigneusement gommée d'Internet afin qu'elle puisse directement apparaître au monde comme cette pop star complètement formée. La question reste à ce stade entière.
¶ Stefani Germanotta: L'Origine Inconnue
Qui es-tu vraiment Stéphanie Germanotta ? Me voilà donc lancé à la recherche de la Germanotta pré-gaga. Et je commence, très classiquement, par taper son nom au civil sur YouTube. En quelques clics, je suis transporté dans le New York des années 2005-2006, au Bitter End, une petite salle de concert mythique où se produit... le Stephanie Germanota Band. Bien malin est celui qui aurait pu prédire que cette chanteuse de rock indépendant allait devenir cette alien fashion de la dance music.
Stéphanie Germanotta est encore brune, un simple sweatshirt sur les épaules, et elle interprète l'une de ses chansons au piano, accompagnée de son groupe. Mais si Gaga ! Le milieu dans lequel elle a grandi est assez privilégié. Beaucoup parlent de... de Lady Gaga qui viendrait d'un milieu modeste, qui a dû se battre pour se faire une place. Mais en réalité, c'est que sa famille était assez aisée et avait les moyens. Donc, elle grandit à New York. C'est une enfant qui...
C'est une prodige aussi du piano. Dès l'âge de 4 ans, elle joue déjà du piano. Il y a beaucoup de photos, on la voit d'ailleurs sur son piano. Elle est passionnée par l'art, elle l'étudie d'ailleurs. La jeune Stéphanie fréquentera des écoles privées dont le très chic couvent du Sacré-Cœur qui compte parmi ses anciens élèves, la fille de John Fitzgerald Kennedy ou encore l'héritière de la dynastie des hôtels Hilton et Jetsetteuse.
Paris Hilton. Elle a également la chance d'avoir des parents qui croient en son talent. Loin de s'opposer au projet de leur fille, ils vont mobiliser leur réseau pour lui obtenir des rendez-vous. Joe Germanotta, son père, épluchera même ses premiers contrats. Seulement, pour l'heure, Stéphanie se rapproche plutôt d'une Avril Lavigne, avec par exemple son premier single officiel, Red & Blue.
¶ La Naissance d'une Icône Manufacturée
Alors, comment naît Gaga ? D'abord, par un repérage. Wendy Starland est une artiste autrice qui collabore avec le producteur Rob Fusari. Fusari recherche alors un talent, une voix qui pourrait se prêter un son dans le style du groupe Les Strokes. Et Wendy Starland tombe sur Stéphanie. Elle racontera, dans l'une des premières biographies de Gaga, « Poker Face » de Maureen Callahan, avoir à peu près pensé ça dans cet ordre.
La chanson mérite d'être fignolée. Le groupe doit dégager. Sa voix ressemble un peu trop à du Fiona Apple. Qu'est-ce que c'est que ses fringues ? La performance est magnifique. Cette fille a des tripes. Et Wendy Starland présente Stéphanie à Fusari et les choses se mettent peu à peu en place. Seulement, ce son, Teenage Rock, commence à être un peu daté. Fusari... Et Gaga, qui est activement impliqué, décide d'un virage à 180 degrés. Et pour bien le comprendre, j'ai appelé au téléphone...
il est directeur général de Polydor et il a travaillé directement avec Lady Gaga dès 2007. Il me raconte pourquoi il a tout de suite accroché à la nouvelle proposition musicale de la jeune artiste.
Ce que j'ai trouvé extrêmement intéressant, surtout, dans un premier temps, c'était la sonorité. C'était une artiste qui, pour moi, mélangeait des sonorités qui me rappelaient à la fois Abba, avec un côté très pop. Elle remodulait l'eurodance des années 90 qu'on avait eue dans l'Europe, sauf que c'était une musique qui n'avait jamais traversé l'Atlantique et qui n'était pas en tout cas populaire aux Etats-Unis, alors que c'était un carton en Europe.
et récupérer aussi un petit peu quelques codes de l'Urbain. Je trouvais que certains beats me faisaient un peu penser à du Rihanna et ça m'a plu tout de suite. Mais des chanteuses qui ont fait un tube avec un bon son, mais qui ont disparu ensuite, on parle de « one hit wonder » en anglais, eh bien, il y en a un paquet. Alors, qu'est-ce qui est différent ici ?
pour être marqué, il faut être remarquable. Et qu'en étant, malheureusement, dans quelque chose de trop casual, ce n'était pas suffisant pour que les gens s'intéressent à elle et qu'il fallait qu'elle crée un espèce d'avatar. un personnage, qu'elle aille plus loin dans le délire et que ce soit quelque chose qui interpelle pour qu'à un moment donné, on s'intéresse à qui est cette personne et qu'on aille creuser sur quel était le message, quelle est la musique, qu'est-ce qu'elle a à raconter.
Il y a effectivement dans l'industrie musicale des personas. Guillaume Oglia, créateur de la chaîne Popslay. ce qu'on appelle des personnages. Quel est l'artiste que je veux présenter au monde ? Des personnages, c'est aussi parfois des armures. Et je pense qu'elle s'est dit, pour me faire une place, je vais montrer que je suis différente, mais je vais rester moi.
Au fond, beaucoup de personnes lui disaient que pour percer, il allait falloir être sexy, montrer un peu de corps. Et elle, elle s'est dit, je vais vous montrer, je ne vais pas seulement vous montrer que je suis sexy, je vais surtout vous montrer que je suis bizarre. Et elle a aussi montré qu'elle en était fière.
Sa fréquentation des créatures de la nuit de la Lower East Side de New York, DJ, danseur, artiste, achève de rediriger la jeune femme vers la bizarrerie qui sommeillait en elle. Ne manque plus que son nom de scène. Et me voici bien embêté, car comme dans beaucoup de légendes, plusieurs versions invérifiables circulent sur la trouvaille, de la réunion marketing tout à fait ennuyeuse à une erreur d'autocorrect dans un texto.
En tout cas, comme le notait le chercheur Mathieu Deflelme, professeur de sociologie à l'université de Caroline du Sud, qui a consacré une recherche sur Gaga et son identité publique, ce nom suscite immédiatement la curiosité. En invoquant explicitement une notion de folie, d'être gaga, en association avec un terme très formel, lady, le nom correspond parfaitement avec la musique et le style de son art.
La nature à la fois délibérément troublante du nom Lady Gaga fait le lien avec la façon dont l'artiste a cherché la lumière des projecteurs, puisque le nom est conçu pour être déroutant et que l'on se demande de qui il s'agit. I wanna take a ride on your disco stick. Let's have some fun. This beat is sick. I wanna take a ride on your disco stick.
¶ The Fame et l'Ambiguïté Scénique
Alors, de qui s'agit-il ? La persona de Gaga est celle d'une célébrité au sommet de sa gloire, alors même qu'elle n'est pas encore connue. Souvenez-vous du clip de Paparadis dont je vous parlais au début de l'épisode. le nom de son premier album, The Fame, la célébrité. Lorsqu'elle arrive en 2008 avec cet album, The Fame,
On a affaire à une artiste qui a envie d'être célèbre et dit comme ça, ça peut paraître vide de sang, ça peut paraître peut-être superficiel. Et pour autant, ce qui personnellement m'a plus touché, c'est le relief aussi qu'elle a apporté.
à cet esprit de célébrité, parce que certes, elle veut accéder à la célébrité, elle veut aussi montrer les travers de la célébrité. Donc, je trouve qu'il y a aussi plus de profondeur sur ce thème-là lorsqu'on creuse un peu. Et puis, il y a vraiment ce côté méta avec cet album de fame. parce que pour moi, c'est un peu un manifeste de la célébrité. Je chante la célébrité et je vous montre comment je vais y accepter. Et très vite, ce personnage outrancier qui recherche la gloire...
et critiqué dans les médias. Lady Gaga ne le présente d'ailleurs pas comme un personnage et cultive l'ambiguïté tout en livrant quelques détails, ici ou là, sur sa vie, comme son passé de serveuse, son sentiment d'avoir toujours été une misfit, une marginale, ou encore son ancienne addiction à la cocaïne. Mais... Comment distinguer le storytelling de la réalité ? Alors, les médias se mettent à fact-checker Lady Gaga.
Dans la biographie dont je vous parlais, Pokerface, Maureen Callahan rassemble des témoignages d'anciens camarades qui parlent d'une fille pas vraiment bizarre. Quand elle dit dans les interviews « Je vis et je respire la mode au quotidien », elle trompe peut-être tout le monde, mais elle ne me trompe pas. Je ne veux pas être désobligeant, mais elle était tout à fait normale.
Sa tenue la plus barrée, c'était des bretelles sur un jean. L'autrice retrouve même des photos d'époque qui invalideraient, selon elle, le récit de la marginale harcelée. Lady Gaga dit s'être sentie marginale à l'époque du lycée du Sacré-Cœur, qu'elle ne rentrait pas dans le moule. Mais les photos de cette époque montrent une jeune fille au visage frais et naturel, entourée d'autres jeunes femmes souriantes.
Enfin, elle documente son virage vers cette pop teintée de rodents qui aurait été avant tout orchestrée par son producteur Rob Fusari, afin que cela... Mais n'est-ce pas finalement le but ? Gaga veut percer, elle fait tout pour connaître le succès commercial. Alors la question de la fabrication et de l'artificialité...
A-t-elle vraiment un sens lorsque c'est à ce point assumé ? Comment arbitrer de l'authenticité de son univers intérieur à partir de quelques photos et témoignages de camarades sur ses vêtements ? L'intéressée finit elle-même par s'en agacer en 2009 au micro de la journaliste Barbara Walters. Quelle est l'idée la plus fausse que les gens se font de vous ?
que je suis artificielle et que je ne cherche que de l'attention. Alors que la vérité, c'est que chaque fibre en moi est dévouée à l'amour et à l'art. Quelque part, en me replongeant sur tout ce qui a été écrit sur elle à l'époque, je me demande si tout le monde n'est pas tombé dans le piège tendu par Gaga, ou en tout cas si les journalistes n'ont pas pris un peu trop au pied de la lettre une démarche qui relevait... du second degré. C'est la vie.
¶ Fans vs Médias: Authenticité Perçue
de Marie-Katelyn Valentinson. Elle est linguiste, anthropologue spécialisée dans les médias et la pop culture à l'Université d'Arizona et elle a étudié dans une recherche le décalage entre la sincérité ressentie par ses fans et l'artificialité perçue par les médias. Elle nous raconte son point de départ. Je voyais cette contradiction en tant que fan moi-même en regardant son Twitter et sa manière de parler aux fans et dans les interviews. Je me suis dit...
Ça semble tout à fait authentique, ça a l'air sincère, mais c'était aussi une lecture très littérale de sa performance. Dans les interviews qu'elle a données tôt dans sa carrière, 2008, 2009, 2010, elle dit assez clairement... qu'elle joue avec cette idée de célébrité, qu'elle joue avec l'image de ce qu'est une pop star.
Pour moi, c'était assez évident que c'était un commentaire, et c'était délibéré que ce soit lu comme artificiel et fabriqué. C'est là que j'ai commencé à m'intéresser au fait que les médias semblaient la prendre, je ne sais pas, un peu plus. un peu trop sérieux. Les fans ne le voyaient pas comme ça. Mais il reste une question. Au quotidien, existait-il un schisme entre Stéphanie et Gaga ? Pour en avoir le cœur net, je pose la question à GenaLG. Souvenez-vous, il a travaillé...
directement avec elle à ses débuts pour sa maison de disques. C'est donc le mieux placé pour nous répondre. Alors non, pas du tout. C'est ça que je trouvais génial, c'est que... À la ville ou en studio, c'était le même personnage. C'est-à-dire que Gaga, une fois la promo terminée, ça restait Gaga. On allait au resto quand on sortait au début et sur les menus promos qu'elle faisait en France.
J'avais la même personne à 8h le matin au petit déjeuner que j'avais sur 14h sur un plateau télé. C'était exactement la même fille. De toute manière, elle n'a jamais été sapée de manière casual, on va dire. En tout cas, il y avait toujours le... sens du détail, l'idée de provoquer avec les tenues, d'amener quelque chose de différent et de nouveau et de travailler ses looks.
Il n'y avait pas de dissociation. Il n'y avait pas Stéphanie Germanotta jusqu'à 10h le matin. Et puis à partir de 10h, ça se transforme en Lady Gaga jusqu'à 22h. Et à 22h, on retourne en Stéphanie Germanotta. Pas du tout. Il existe en revanche quelque chose de parfaitement pensé dans l'esprit de Lady Gaga, c'est la stratégie qu'elle emploie pour se faire connaître.
Elle est la première star de l'époque Internet, dont elle comprend vite les codes en faisant de chacune de ses apparitions publiques un événement avec une nouvelle tenue, plus folle encore que la précédente. Gaga était une des premières artistes, et je me rappellerai toujours de cette conversation, à être extrêmement radio-socio-friendly et à me dire que c'était les fans maintenant qui décidaient.
de la timeline des sorties de titres et que le rythme était en train de complètement changer. Et quand elle est arrivée au début et qu'elle me disait... Je veux changer de tenue entre chaque interview. Tu sais, c'est peut-être un peu beaucoup. Si on fait une tenue par jour, c'est déjà énorme. L'autre chose que je trouve intéressante, c'est cette relation avec les fans où on est à peine de sortir The Fame.
Et elle me dit, je suis déjà en studio pour bosser sur la suite. Je dis, mais pourquoi tu te rushes ? Je lui dis, l'album, il est excellent. On peut bosser 5, 6, 7 singles dedans. Elle me dit, non, non, t'as pas compris. En fait, aujourd'hui, les gens veulent très rapidement de la nouvelle musique. Si j'ai pas sorti quelque chose dans 6 mois, je suis morte. Et ça a été la première avec qui j'ai vraiment eu cette discussion et très longtemps avant les autres.
Et sur les réseaux sociaux, elle interagit directement avec ses fans. Sonia, notre drag queen, fan de la première heure, trouvait d'ailleurs ça complètement fou. Moi, j'étais beaucoup sur le forum Gaga Daily.
Et ce que je trouvais assez fou dans le rapport qu'elle avait dans ce forum-là, c'est que quand elle faisait des grosses annonces, des gros trucs, elle pouvait les faire elle-même sur le forum. Ou alors en se créant des faux comptes pour aller dropper des leaks de chansons. Et ça, elle l'a fait plein de fois. Mais ouais, c'était un peu... la première fois qu'il y avait aussi ce truc-là d'artistes qui viennent délivrer directement eux-mêmes les infos, là où avant, tu les avais...
via des magazines et des médias très mainstream, tandis que là, il y avait un peu un contre-pied du « j'ai plus besoin des médias parce que c'est moi le média directement ». Et le fait qu'elle leakait ses propres chansons, je trouve ça un peu hilarant, parce qu'elle kiffait ça, en fait. Et donc, si She's Milia, ce n'est pas entre Stéphanie et Gaga, mais entre sa façon d'être dans les médias traditionnels et son style de communication sur les réseaux sociaux.
sont très chaleureux et créent du lien. Ils expriment presque de l'amour et cette idée de partager ses succès avec la fanbase. Elle utilise beaucoup le mot « nous ». Nous avons accompli ça ensemble. Nous avons réussi. Et non, merci d'avoir voté pour moi. J'ai gagné.
Tandis qu'avec les médias classiques et ses journalistes célèbres, elle était vraiment une mauvaise interviewée. Elle leur manifestait une grande hostilité, qui répondait que leurs questions étaient stupides. Il y a cette interview avec Anderson Cooper où ils lui parlent de la rue. Et sa réponse est très directe. Elle dit... Et alors ? Et ça fait quoi si c'est le cas ? Est-ce que ce serait si terrible ?
¶ Born This Way: Message d'Acceptation
À travers ce rapport direct avec les fans et cette défiance envers les médias, Gaga crée comme un lien familial. Elle surnomme ses fans les Little Monsters, les petits monstres, et se proclame Mother Monster, la reine-mère des monstres. Et avec cette mise en valeur de la différence, elle soutient ouvertement la communauté LGBT avec un titre comme Born This Way, né comme ça. C'est clair que Born This Way, en termes d'identité queer, moi, ça m'a forcément parlé. Il y avait ce truc très libérateur.
J'ai l'impression que c'était la première fois qu'on disait aussi clairement dans une chanson, et de façon célébrante, et pas pour entrer dans des histoires larmoyantes et tout ça, genre c'est ok d'être qui tu veux être. Et ce faisant, elle encourage ses fans à trouver qui ils veulent être, à trouver l'étrangeté au fond d'eux-mêmes, le petit monstre. Elle est queer au sens premier du terme, une vieille insulte homophobe qui signifiait bizarre.
Little Monster, c'est ça, c'est tous les outcasts de la société, tous les gens qui ont été mis de côté. Elle disait, justement, les mondes sont les bienvenus chez moi. Et la réussite derrière, grâce à ça, à s'accepter elle-même. En fait, c'est ça qui est assez drôle. C'est que le message que tu as véhiculé, au final, est devenu ta propre thérapie. Et c'est assez marrant de voir que la transformation l'a aidée à s'accepter aujourd'hui comme elle est et qu'en fait, c'est un retour en boucle.
En somme, une double identité qui permet de se révéler et dont Sonia est familière. Pour moi, Lady Gaga, c'est une drag queen. Même si elle ne s'identifie pas, qu'elle ne se présente pas comme étant drag queen, mais pour moi, ce qu'elle fait, c'est du drag. Déjà, elle le fait de...
d'utiliser un pseudo pour son nom de scène. Ça montre qu'elle a sûrement voulu pendant un temps mettre un peu une séparation entre son identité civile et son identité d'artiste, etc. et c'est sûr que moi en faisant du drag je me rends bien compte qu'au bout d'un moment la frontière entre les deux elle est très poreuse et je peux pas parler pour elle mais je serais pas étonnée que ça soit un peu un truc comme ça qui se passe
Just be a queen don't be a drag just be a queen don't be a drag just be a queen
¶ L'Héritage d'une Artiste Évolutive
15 ans plus tard, Lady Gaga n'a en tout cas plus rien à prouver. Lorsque son encombrant personnage a commencé à l'étouffer, elle l'a rangé au placard le temps d'explorer d'autres sonorités avant de le réinvestir le moment venu. Ce mardi 18 novembre à Bercy, je constate que non, il ne s'agissait pas d'un feu de paille manufacturé par une maison de disques. capacité vocale en live et son énergie pendant 2h30 de show, scotch la salle de concert.
Dernier acte de son opéra Shakespearean, après avoir lutté contre son alter ego jusque dans les ténèbres, elle l'embrasse enfin tendrement comme une partie d'elle-même, comme un point final à l'histoire de son chaos personnel. Du moins, jusqu'à la prochaine incarnation.
Si vous voulez en savoir plus, je vous renvoie vers notre rubrique culture où vous retrouverez notamment la critique de ce concert par Bruno Lesprit. Et quant à moi, je vous dis à très vite pour un nouvel épisode de l'heure du monde. Bonne journée. Did you know Tide has been upgraded to provide an even better clean and cold water? Tide is specifically designed to fight any stain you throw at it, even in cold. Butter? Yep. Chocolate ice cream? Sure thing.
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