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La méthode Lecornu est-elle un succès ?

Dec 17, 202521 min
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Summary

Cet épisode explore la réussite surprenante de Sébastien Lecornu dans l'adoption du Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) en abandonnant l'article 49.3. Il détaille sa méthode de recherche de compromis, en s'appuyant sur les Socialistes et une coordination gouvernementale forte, tout en évitant le Rassemblement National. La discussion révèle les fractures politiques internes, l'impact de l'opinion publique et la fin du Nouveau Front Populaire, questionnant la pérennité de cette approche pour le futur budget de l'État.

Episode description

Sébastien Lecornu semblait être le seul à l’avoir envisagé, mais le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) a bel et bien été voté, mardi 16 décembre, dans une Assemblée nationale pourtant loin de lui être acquise. Dépourvu de majorité absolue, le premier ministre comptait sur une « majorité de compromis » rassemblant des élus préférant voter un texte qu’ils jugent insatisfaisant plutôt que d’être tenus pour responsables d’une nouvelle impasse dans l’Hémicycle.


Pour le locataire de Matignon, c’est inespéré : il a réussi là où, précisément, Michel Barnier et François Bayrou, ses prédécesseurs, ont échoué. D’autant qu’il a choisi de ne pas recourir à l’article 49.3 de la Constitution, grâce auquel le gouvernement peut faire adopter un texte en engageant sa responsabilité. Cela a favorisé les débats, lui permettant de parvenir à un compromis sur le PLFSS.


Pour autant, est-il plus solidement installé à Matignon ? Le compromis à propos de ce texte peut-il exister sur d’autres, notamment sur le projet de loi de finances, dans les prochains jours ? Journaliste au service Politique du Monde, chargée de l’exécutif, Nathalie Segaunes analyse, dans cet épisode de « L’Heure du Monde », les ressorts de cette séquence politique.


Un épisode de Marion Bothorel. Réalisation : Quentin Tenaud. Présentation et rédaction en chef : Thomas Baumgartner. Dans cet épisode : extraits d’une allocution de Sébastien Lecornu, le 24 novembre 2025, et d’une interview accordée par Edouard Philippe à LCI, le 8 décembre 2025.


Cet épisode a été publié le 17 décembre 2025.


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Transcript

Intro / Opening

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La victoire inattendue de Sébastien Lecornu

Aujourd'hui, la méthode de Sébastien Lecornu fait-elle ses preuves ? Le Premier ministre a obtenu une victoire hier mardi avec le vote solennel de l'Assemblée nationale et l'adoption définitive du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, le fameux PLFSS. Voici le résultat du scrutin. Votant 569, exprimé 479, majorité 240. Pour 247, contre 232, l'Assemblée nationale a adopté. C'est une confirmation.

Puisque déjà la semaine passée, le mardi 9 décembre, une majorité de députés avaient validé le PLFSS en seconde lecture. Une victoire remportée alors à 13 voix près. Sébastien Lecornu a donc réussi à dégager une majorité de compromis.

Pourtant, le Premier ministre semblait être le seul à identifier cette majorité de compromis il y a encore quelques semaines. Le vote solennel d'hier représente donc, pour lui, pour sa méthode, une réussite. Précisément là où ses prédécesseurs, Michel Barnier et François Béroud, avaient échoué.

Mais ce qui s'est passé sur ce texte peut-il se répéter ? Les députés parviendront-ils de nouveau à s'accorder pour doter la France d'un budget ? Sébastien Lecornu est-il plus solidement installé ? Ou bien son siège de Premier ministre est-il toujours aussi éjectable ?

Pour répondre à toutes ces questions, je reçois aujourd'hui Nathalie Segonde, journaliste au service politique du Monde, en charge de l'exécutif. La méthode Le Cornu peut-elle durer ? Un épisode de Marion Bottorelle, réalisation Quentin Tenot. Bonjour Nathalie. Bonjour Thomas.

Avant de revenir sur les conditions qui ont permis à ce projet de loi de financement de la Sécurité sociale, le PLFSS, de passer à l'Assemblée, peux-tu nous rafraîchir la mémoire et nous rappeler à quel point Sébastien Lecornu semblait mal parti ? La tâche s'annonçait particulièrement ardue pour le Premier ministre. Oui, Sébastien Lecornu s'est défini lui-même dès le départ comme le Premier ministre le plus faible de la Ve République.

Pour une première raison, c'est qu'il a été nommé par Emmanuel Macron. Un Emmanuel Macron lui-même très affaibli depuis la dissolution de juin 2024 et dont il est très proche. Pour une autre raison, encore évidemment, c'est qu'il n'a pas de majorité à l'Assemblée nationale. Elisabeth Borne avait une majorité relative. La dissolution de 2024 a encore davantage fracturé l'Assemblée. a été censurée dès le premier vote sur le PLFSS et François Bayrou n'a pas obtenu la confiance qu'il demandait.

Un signe de cette faiblesse, c'est qu'il a fallu à Sébastien Lecornu un mois pour nommer son premier gouvernement. Et il a dû démissionner 14 heures plus tard, après l'annonce de ce gouvernement, sur fond de crise avec le ministre de l'Intérieur Bruno Rotaillot. Oui, c'est le lecornu 2 auquel on a affaire en ce moment. Est-ce que tu peux nous rappeler sur quelle voie finalement ?

Construire une majorité de compromis

Pour ce vote du PLFSS, Sébastien Lecornu a pu compter pour faire passer le texte. Alors, on pourrait classer les 11 groupes à l'Assemblée nationale en trois catégories ce jour-là. Ceux qui ont voté pour le PLFSS, ceux qui ont voté contre et ceux qui se sont divisés entre pour, contre ou abstention. Dans les pour, ce sont les députés Renaissance, Modem et Lyot, Liberté indépendant, Outre-mer et territoire, et le Parti socialiste, à l'exception de six députés qui se sont abstenus.

Il y a eu ceux qui ont voté contre à l'unanimité, le Rassemblement national et ses alliés ciotistes, et la France insoumise. Et puis il y a eu ceux qui se sont divisés, les Républicains, Horizon, mais aussi les écologistes. Dans ces trois groupes, des députés ont voté pour, 18 chez LR, 9 chez Horizon, 3 chez les Verts et même chez les communistes. Donc c'est une cartographie des votes qui est totalement inédite à l'Assemblée nationale depuis 2017.

Nathalie, est-ce que tu peux nous rappeler ce qu'ont été les étapes suivantes après ce vote du 9 décembre ? Sans surprise, évidemment, le Sénat a rejeté ce texte, mais le dernier mot revient à l'Assemblée nationale pour l'adoption définitive. Et c'est ce qui s'est produit mardi où le budget de la Sécu a été définitivement adopté.

Concernant le vote du 9 décembre, on peut souligner les différences de Sébastien Lecornu par rapport à ses prédécesseurs, Michel Barnier et François Béroux. Notamment, il était mieux coordonné, dit-on. Ça signifie quoi, Nathalie ? Première chose avant la coordination, il a d'emblée exclu toute main tendue au Rassemblement national. C'est la méthode qu'avait choisie Michel Barnier. Lui, il a compris en observant son prédécesseur.

que le RN ne peut pas être un partenaire fiable. Vous savez qu'il avait été souvent épinglé pour avoir dîné à plusieurs reprises à l'hôtel de Brienne avec Marine Le Pen. Il n'empêche, il a vu dans l'hémicycle qu'on ne pouvait pas leur faire confiance. et que le RN peut très bien voter la censure après avoir fait croire qu'il est ouvert à la négociation. Ensuite, il a surtout pu compter sur un partenaire qu'on n'avait pas vu venir, c'est Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti Socialiste.

Les deux hommes ont beaucoup de points communs. Ils sont tous les deux entrés dans le militantisme à l'adolescence. Ils sont tous les deux d'anciens assistants parlementaires, grandis dans l'ombre de leurs aînés. Aucun des deux n'a fait l'ENA, mais ils ont une expérience. d'élus, ils parlent la même langue et ils ont très vite su se comprendre et tomber d'accord sur le fait que c'était leur intérêt commun de réussir à trouver un compromis.

Sébastien Lecornu a aussi bénéficié d'une meilleure coordination gouvernementale, sans doute que ses prédécesseurs. Amélie de Montchalin, au compte public, a mené les débats dans l'hémicycle jour et nuit. Elle a été, de l'avis général, y compris du Rassemblement national, remarquable. Maude Brejon, la porte-parole du gouvernement. Nifus, le ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement, ont complété cette équipe.

La méthode Lecornu : sans 49.3

Donc, elle est là, la coordination dont on parlait. Sur quelle méthode a-t-il misé pour rassembler les différents partis, Sébastien Lecornu ? Quel changement ça a signifié par rapport à ses prédécesseurs ? Pour revenir sur la question de la méthode, Nathalie. Alors, il a déverrouillé totalement le jeu en décidant d'abandonner le 49-3, comme lui demandait Olivier Faure. C'est ce geste-là qui est capital, qui lui a permis d'enclencher les discussions avec les socialistes. C'était le préalable.

Et c'est un geste qui oblige les parlementaires, ceux dont ils n'avaient plus l'habitude, à travailler et à prendre leurs responsabilités. Lorsqu'ils savent à l'avance que le gouvernement dégainera le 49-3, comme c'était le cas par exemple sous Elisabeth Borne, les députés, toutes tendances confondues, ont tendance à voter des amendements démagogiques ou parfois on dit clientélistes. C'est-à-dire qu'ils ont pour but de satisfaire tel ou tel groupe d'intérêts ou partie de la population ?

Ça devient un moment d'affichage en quelque sorte. Exactement, c'est une vitrine. On défend dans l'hémicycle avec des belles tirades quelque chose qu'on fait voter et dont on sait qu'il ne pourra pas être conservé. Et le texte final... grâce au 49-3 sera nettoyé de toutes ses horreurs. En l'absence de 49-3, rien de tout ça. Les députés doivent être plus responsables, ne pas proposer des amendements par pure démagogie, parce que ça se verra.

Donc ils ont tous, c'est assez remarquable, joué le jeu. Ensuite, se priver du 49-3 a un autre avantage pour Sébastien Lecornu, c'est que le 49-3, mine de rien, il ouvre la voie à la motion de censure. L'absence de 49.3 évite donc de tendre l'épée pour se faire censurer. Et d'ailleurs, Olivier Faure dit aujourd'hui que si Sébastien Lecornu utilise le 49.3 pour faire passer le PLF, le budget de l'État,

Les socialistes le censureront. Donc la pression du 49-3 est encore là. La deuxième caractéristique de sa méthode, c'est qu'il a convenu d'un commun accord avec Olivier Faure dès quasiment le premier jour. qu'ils ne chercheraient pas à bâtir ensemble un contrat de coalition avant l'examen du budget. Le PS ne voulait pas rentrer au gouvernement, Sébastien Lecornu s'est engagé à ne pas faire de débauchage et...

Pas question de contrat de coalition, vous savez, un peu comme en Allemagne, comme dans d'autres parlements. européens. Les questions ne sont pas posées au large. On fait les choses les unes après les autres. On ne fait pas un accord global d'entrée de jeu. C'est la méthode des petits pas, comme l'a expliqué Sébastien Lecornu. C'est-à-dire qu'on fait des concessions en accord des... concessions au fil de l'eau, au fil de la discussion budgétaire.

Sa méthode, ça a aussi quand même été de dire que le déficit pourrait aller jusqu'à 5% du PIB, ce qui n'était pas le cas notamment de François Bayrou. Et il a eu une communication minimaliste. Dernier point sur la méthode, Nathalie. Sébastien Lecornu avait dit qu'une coalition de non-dissolution était bien réelle. Il l'a prouvé.

Exactement. Si la stratégie a fonctionné, c'est aussi parce que les partis du socle commun et le parti socialiste ont un point commun, c'est qu'ils auraient beaucoup à perdre les uns et les autres. à de nouvelles élections législatives. Ils ne sont pas prêts non plus pour une élection présidentielle anticipée, à part peut-être Horizon.

Pour cela qu'on peut parler, pour décrire la coalition qui s'est formée, d'une coalition anti-dissolution. Tout le monde a peur de la dissolution que pourrait déclencher une nouvelle fois Emmanuel Macron. Sébastien Lecornu n'a pas trouvé de majorité dans cette Assemblée. Si ce n'est ce qu'il a appelé une majorité de responsabilité, c'est-à-dire celle qui souhaite éviter une nouvelle crise politique d'ici 2027 et qui va de LR au Parti Socialiste. Il y a toujours une majorité.

Le coût du compromis politique

Sous-titrage Société Radio-Canada ont trouvé des chemins de compromis sur certaines thématiques, sur certains objets, qui étaient pourtant très difficiles de travailler. Il y a de cela maintenant encore quelques semaines. Un des éléments caractéristiques de cette méthode Le Cornu, elle prend du temps.

Elle engage des discussions longues, parfois houleuses, peut donner l'impression que le Premier ministre peut céder sur certaines questions, donner des gages à l'opposition. Quel bilan faire de cette question du compromis au-delà même du vote du PLFSS ? Le but, c'est que le texte qui a été adopté est le texte de personne. Personne ne l'endosse complètement. Pour certains députés, il a même été...

et qui l'ont voté, qui ont voté pour. Ça a été très, très difficile. Marc Ferracci dit que ce n'est pas un compromis, c'est un chapelet de concessions faites à la gauche. Et lui-même, jusqu'au dernier moment, ne voulait pas le voter, voulait s'abstenir et a fini par craquer, si on ose dire. Il est député Renaissance. Il est député Renaissance et surtout, c'est un très proche d'Emmanuel Macron, partisan de la politique de l'offre, témoin de mariage de Macron.

Pour lui, c'était quasiment une trahison. La plus importante de ces concessions, celle qui a été la plus difficile à avaler, c'est la réforme des retraites. Mais il y a eu aussi d'autres concessions, comme le doublement des franchises médicales. Souvenez-vous que Boris Vallaud, le président du groupe socialiste, avait dit qu'il faut que ça leur fasse mal. Et ça leur a fait mal.

Ça a duré longtemps. Ça a duré 106 heures de débat. C'était un record, ces débats autour du but de la sécurité sociale. Ça a duré longtemps, mais la discussion prend du temps. Les députés ont travaillé comme jamais. Et contrairement à ce que certains médias audiovisuels, notamment, ont tenté de faire croire, ce n'était pas le chaos à l'Assemblée. C'était simplement le travail parlementaire normal dont on n'a plus l'habitude, avec ces suspensions de séances, ces discussions de couloirs.

qui n'existait plus depuis quasiment 2017 en fait, puisque avant il y avait une majorité absolue qui répondait, qui était alignée au cordeau, et ensuite une majorité relative avec le 49-3, donc pas de discussion. Alors après, à l'arrivée, ce texte ne satisfait personne, ni le Premier ministre, ni le socle commun. On nous dit que ça a été un texte imparfait, mais nécessaire, et que dans un contexte pareil, le budget idéal est un budget impossible.

Fractures politiques et pression publique

C'est effectivement les analyses après le vote. On peut aussi faire l'analyse des traces qui sont laissées par cette stratégie du compromis à l'intérieur de l'Assemblée nationale, à l'intérieur des différents groupes. Alors les principales traces, ce sont les fractures béantes au sein du socle commun. Edouard Philippe n'est pas député, mais il est candidat à l'élection présidentielle. Il a refusé d'endosser la suspension de la réforme des retraites.

et donc d'avaliser le budget de la Sécu pour cause de dérives budgétaires. La conséquence, c'est que... Après avoir envisagé pour certains de voter contre les députés philippistes, ils se sont abstenus en majorité, 25 d'entre eux, mais neuf ont voté pour, ce qui est un résultat sévère pour Edouard Philippe qui avait appelé à l'abstention.

Un texte qui prévoit une augmentation de la fiscalité et qui ne transforme pas radicalement notre système avec des réformes profondes. Ce texte ne nous satisfait pas et nous ne pouvons pas le voter. Il a été accusé par nombre d'élus du socle commun d'être un ingénieur du chaos, alors qu'il veut incarner le sérieux et la responsabilité. Oui, c'est le paradoxe. Alors, à droite aussi, il y a des conséquences, il y a des traces.

Bruno Rotaillot, lui, l'a appelé carrément la veille du vote à rejeter le texte, alors que Laurent Wauquiez, lui, président du groupe, œuvrait dans l'hémicycle avec succès pour l'acceptation du texte. Il y a eu 18 voix pour le PLFSS chez LR, 28 abstentions et seulement 3 contre. Ce qui est un cinglant désaveu pour l'ancien ministre de l'Intérieur. Et donc une petite victoire pour Laurent Wauquiez, qui a montré qu'il tenait ses troupes.

Du côté des socialistes et des écologistes, le prix à payer n'a pas été finalement trop élevé parce qu'ils ont été... soumis, comme d'ailleurs tous les autres députés, comme ceux d'Horizon, ça peut expliquer aussi les votes pour du groupe Horizon, à une pression de l'opinion publique le week-end précédant le vote sur les marchés, les Français ont dit. à tous les députés de cet espace hors LFI et hors RN, arrêtez, mettez-vous d'accord, on en a marre, on ne veut plus entendre parler du budget.

Et Sébastien Lecornu, on peut imaginer qu'il a beaucoup misé sur ce ras-le-bol des Français, cette exaspération et cette pression de l'opinion qui apparaissait partout pour obtenir les quelques voix nécessaires.

Fin du nouveau Front Populaire

et notamment pour peser sur les partis de gouvernement que sont les socialistes, les écologistes et LR. Est-ce que Nathalie, ce vote a signé la fin officielle du nouveau Front populaire ? Oui Thomas, c'est la fin du nouveau front populaire qui était quand même déjà un peu flageolant. Mais les socialistes qui ont été accusés par LFI d'avoir conclu un deal caché avec le cornu...

Ce sont cette fois totalement autonomisés des insoumis. Et ils peuvent apparaître pour leur électorat comme des députés responsables et qui ne sont plus à la remorque des insoumis. On peut prévoir que les Insoumis leur mèneront la guerre aux élections municipales en présentant des candidats contre eux. C'est déjà ce qu'ils annoncent. Et on verra à ce moment-là si la stratégie d'autonomisation et de responsabilité a été payante électoralement pour le Parti socialiste.

Mais je voudrais encore souligner une fois que la majorité de Français souhaitent toujours l'adoption du budget et réclament l'arrêt du bazar à l'Assemblée. Les écologistes... Eux étaient tiraillés, on l'a vu, pendant les discussions budgétaires entre le PS et LFI. Ils étaient, eux aussi, accusés de traîtrise, si jamais ils ne votaient pas contre, par LFI, s'ils ne votaient pas contre le budget.

et ils se sont ralliés in extremis, en contrepartie d'une augmentation significative du budget des hôpitaux par un amendement du gouvernement. Donc on peut conclure que le nouveau Fonds populaire n'existe plus.

Défis pour le budget de l'État

Alors l'Assemblée nationale va se pencher dans les prochains jours sur d'autres textes, et notamment sur le budget, le budget 2026. Est-ce que tu penses, Nathalie, que cette situation, celle du compromis, de la discussion d'une Assemblée nationale... où on prend son temps pour élaborer un vote, est-ce que cette situation peut se renouveler ? Est-ce que cette séquence qu'on vient de vivre marque le début d'une culture du compromis inédite en France, mais pas chez nos voisins ?

Alors, ça sera beaucoup plus difficile de reproduire l'exploit, comme on dit, sur le budget de l'État, sur le PLF. Parce que les deux textes, PLFSS et PLF, ne sont pas du tout de même nature. Le PLFSS, c'est une loi ordinaire qui fait ses allers-retours entre l'Assemblée et le Sénat, etc. La loi de finances, elle, elle est prévue dans la Constitution.

avec tout ce que ça comporte de contraintes, notamment de calendrier. On a 70 jours pour l'adopter. Elle doit être adoptée impérativement avant le 31 décembre. Et Lecornu, lui, il dit que le PLF, c'est une vieille dame un peu rigide. Et par ailleurs, voter le budget, c'est...

marquer son appartenance à la majorité et son soutien au gouvernement. Donc, il y a très peu de chances que la gauche, même la gauche socialiste, le vote. Voter le budget, ça veut dire qu'on n'est plus dans l'opposition. Ça veut dire qu'on est dans la majorité. C'est interprété comme ça. Alors aujourd'hui, on est dans une circonstance exceptionnelle. Donc ça peut se justifier de voter le budget, mais enfin...

Dans les règles de l'art, c'est ça, c'est être dans la majorité. Donc c'est compliqué psychologiquement pour un parti d'opposition de voter le PLF. D'ailleurs, dès le premier passage le 21 novembre à l'Assemblée... Sur la partie recettes, le texte a été rejeté par tous les députés, à l'exception d'un seul. Le texte a ensuite été largement corrigé par le Sénat. Une CMP, c'est-à-dire une commission mixte paritaire.

composée de sept députés, sept sénateurs, et en l'absence du gouvernement, doit se réunir vendredi. Elle pourrait être conclusive, car la droite domine dans cette petite assemblée, mais ensuite, il faut que ce soit validé.

dans l'hémicycle par l'ensemble des députés. Et là, ça sera beaucoup plus ardu pour les raisons qu'on a exprimées un peu plus haut. Et si ce budget de l'État n'est pas adopté dans les prochains jours, avant la fin de l'année, est-ce que ce serait un échec pour Sébastien Lecoeur ? rendu un échec pour sa méthode dont on vient de parler ? Alors évidemment, ça serait un échec, mais la vie ne s'arrête pas là. Il y a des solutions.

Si le PLF n'est pas adopté avant le 31 décembre, une loi spéciale, ce qu'on appelle une loi spéciale, permettra, comme il y a un an, de faire le pont. entre 2025 et 2026. Mais cette loi spéciale, elle ne permet pas d'engager, par exemple, des nouvelles dépenses. Ça permet d'assurer des dépenses courantes ? Voilà, exactement. Sur la base de ce qui a été dépensé l'année précédente. ce qui a été fait début 2025 par François Bayrou en attendant de faire voter le budget en février.

Ce n'est pas anodin, c'est pour les collectivités locales, les entreprises, les armées par exemple, c'est des crédits qui ne sont pas engagés. Donc ça ralentit l'économie, ça ralentit l'emploi, ce n'est pas la bonne solution, mais c'est un pisalet.

Si ça permet en tout cas de faire adopter le budget au bout de six semaines, le gouvernement considère que ce n'est pas très grave. Ça ne signifierait pas la chute de Sébastien Lecornu ? Pas du tout. Il y a une seule chose qui peut faire chuter Sébastien Lecornu, c'est une censure. L'absence de budget ne fait pas chuter en soi Sébastien Lecornu. Quant à la censure, il y a un problème, c'est que quel autre Premier ministre réussirait là où lui a échoué ?

Évidemment que le RN et LFI souhaitent la censure, mais les autres parties ne la souhaitent pas. Et ils ont fait la démonstration qu'ils étaient majoritaires et qu'il y avait une majorité pour la stabilité dans l'Assemblée. Merci beaucoup Nathalie. Merci Thomas.

Pour suivre toutes les prochaines échéances politiques de la fin de l'année, il y a bien entendu la rubrique politique du monde que je vous conseille de suivre, mais aussi le live du monde pour être informé en temps réel de la tournure des débats. L'heure du monde revient demain avec un nouvel épisode. Merci de votre fidélité et bonne journée.

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