Voir l'avenir - podcast episode cover

Voir l'avenir

Jun 05, 202539 minEp. 10
--:--
--:--
Download Metacast podcast app
Listen to this episode in Metacast mobile app
Don't just listen to podcasts. Learn from them with transcripts, summaries, and chapters for every episode. Skim, search, and bookmark insights. Learn more

Episode description

Et si une prédiction reçue à 16 ans bouleversait toute une vie adulte?

En 2003, une voyante prédit à Vanessa Landry qu’elle mourra dans un accident avant ses 40 ans. Depuis, cette prédiction la suit. Pour briser l’emprise de ce souvenir flou, elle confronte sa mère et cherche la médium d’Amqui. Prophétie ou invention?

· Animation : Julien Morissette
· Invitée et scénarisation : Vanessa Landry
· Réalisation : François DesRochers
· Production au contenu : Audrey Blackburn
· Indicatif musical : P’tit Belliveau
· Réalisation sonore, enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois
· Musique originale : Simon Coovi-Sirois et Alexis Elina
· Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski
· Recherche : Emmanuelle Gauvreau et Maude Petel-Légaré
· Script-édition : François DesRochers
· Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger
· Coordination : Clara Gauthier-Morrison
· Communications : Louis-Philippe Roy
· Visuel : bureau60a
· Remerciements de l’épisode : Eve Aubert (Eva loup), Ginette, Charline Boulianne, Marcel Landry, Marie-Caroline Ouelette et Hôtel Sélectôtel Amqui
· Remerciements de la série : Steven Boivin, Clara Lagacé, Marysol Foucault et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média

L’heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.

Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de la Ville de Gatineau (via l'Entente de développement culturel avec le gouvernement du Québec).
/
Transistor Média, basée à Gatineau (Québec), est un studio de création, de production et de diffusion d'œuvres audios. En plus de ses balados, l’organisme tient annuellement le Festival Transistor et le Kino-radio.

Site Web de Transistor : https://transistor.media
Pour découvrir le catalogue de balados : https://transistor.media/balados
Pour vous inscrire à l’infolettre mensuelle : https://bit.ly/infolettre-Transistor

Suivez Transistor Média
· Facebook : https://www.facebook.com/transistormedia
· Instagram : https://www.instagram.com/transistormedia/
· Tik Tok : https://www.tiktok.com/@transistor_media
· YouTube : https://www.youtube.com/@transistor_media

Suivez Télé-Québec
· Site Web : https://video.telequebec.tv/
· Facebook : https://www.facebook.com/TeleQc
· Instagram : https://www.instagram.com/telequebec/
· Tik Tok : https://www.tiktok.com/@teleqc
· YouTube : https://www.youtube.com/@Tele-Quebec

Transcript

Récemment, je suis tombé sur un article de journal assez inusité, publié le 30 avril 1942. Je ne sais pas ce que je cherchais exactement, mais mon regard a été attiré par le titre accrocheur : « Hitler embouteillé ». On y apprend que la police de Montréal a arrêté 19 personnes qui pratiquaient la magie noire, dans une vaste opération qui ciblait 16 salons clandestins. On y a saisi 50 bouteilles qui contenaient, selon les rumeurs, les âmes de Hitler et Mussolini.

Dans des écrits journalistiques et historiques sur ces pratiques occultes, on découvre que Montréal était le point névralgique de sorciers et de voyantes, qui avait un réseau de plus de 10 000 clients à travers le Canada, les États-Unis et l'Amérique du Sud. On utilisait notamment les bouteilles contenant les âmes des dictateurs pour faire du chantage aux clients superstitieux.

Les pratiquants de magie noire avaient des systèmes et des tactiques frauduleuses en inventant des sorts, et ensuite des potions pouvant guérir les victimes à prix fort. C'était comme une dîme pour sauver leur âme des forces occultes. Historiquement, on associe la montée du spiritisme à l'époque victorienne, mais les voyantes ont connu un essor avec les deux Guerres Mondiales. Les familles des combattants et les populations décimées cherchaient des façons de surmonter leurs traumatismes.

Même si le 20e siècle est derrière nous, l'ésotérisme est encore pratiqué sous diverses formes ; le tarot, l'astrologie, les recherches paranormales, l'occultisme. Les voyantes peuvent encore exercer une certaine influence sur leur clientèle, peut-être pas avec des âmes embouteillées, mais avec des prédictions. Aujourd'hui, Vanessa Landry, une actrice avec un intérêt marqué pour les récits et la scénarisation, nous fait découvrir comment la rencontre d'une voyante a changé le cours de sa vie.

Bienvenue à L'heure de grande écoute, le balado qui vous fait entendre les histoires vraies et les personnages surprenants qui façonnent le Québec. L'épisode d'aujourd'hui : « Voir l'avenir » -Vanessa, bienvenue en studio. -Salut Julien, merci ! -On va se parler aujourd'hui d'un moment qui a été déterminant dans ta vie, mais pas nécessairement dans le meilleur sens... C'est la fois où ta mère t'a emmené consulter une voyante quand t'étais ado. -Oui, oui, ma mère a fait ça.

-Est-ce que c'est quelque chose qui est courant dans ton coin de pays de faire ça? -Oui, puis je réalise que ça peut avoir l'air un peu bizarre, là, une mère qui amène son ado consulter une voyante comme ça, pour le fun. Mais c'est quand même commun par chez nous de consulter des voyantes, des guérisseurs. Moi, dans le fond, j'ai grandi dans la vallée de la Matapédia,

à Amqui plus précisément. Je pense que je pourrais dire qu'on a un rapport un peu particulier avec les forces invisibles ou les croyances. Mettons, quand j'étais enfant, j'ai vu des apparitions d'entités à quelques reprises. Puis mes parents, ils ont fait venir quelqu'un pour les chasser. Puis pour moi, c'était tout à fait normal. -Est-ce que tu te souviens de la rencontre avec la médium? -Oui, j'avais 16 ou 17 ans, mais je dirais probablement plus 16, parce que j'étais encore à la polyvalente.

Puis je veux quand même préciser que c'est une voyante qui est très réputée dans le Bas-Saint-Laurent. C'est pas genre « Annie-Claude qui a commencé à lire le tarot l'année passée » là, tu sais? Elle est vraiment reconnue pour avoir prédit l'avenir à beaucoup de personnes puis avec une justesse impressionnante. -Oh, OK. Et toi, dans ton cas, qu'est-ce qu'elle t'a dit qui était si marquant?

-Au début de la séance, ce n'était pas « si marquant. » Elle me parlait, admettons, en général, du chemin de vie que j'allais prendre, que moi, j'allais avoir une vie « un peu plus semblable à celle de mon père que celle de ma mère », puis tu sais, « que mon père allait vivre à l'extérieur du pays, beaucoup », puis des affaires de même, là, tu sais. Puis à un moment donné, bien là, elle me demande si je veux tout savoir. -Tout? -Ouais. Donc là, sans savoir

ce que ça veut dire « tout savoir », moi, je dis, « bien, oui? » Donc là, elle me dit, avec comme curiosité, « Ok, bien, on va regarder si tu vas vivre vieille. » Fait que là, elle commence... Elle voit genre, « Ok, on commence 100 ans. » Puis là, elle continue ; « Est-ce que tu vas vivre jusqu'à 90 ans? » Elle continue en décroissant puis en faisant défiler les décennies. « 70 ans ? Non, je te vois pas 70. 60 ? Non plus. 50 ? Hé, coudonc, tu vas pas

vivre vieille, ma fille. 40 ? On dirait que tu te rends pas à 40, toi. » -Ben voyons. -Ouais. -OK, mais là, est-ce qu'elle te dit comment ça arriverait ? Ou elle t'a juste donné comme ça un chiffre sans donner trop de détails? -Ouais, elle a dit justement, « bien on va regarder comment ça va arriver. » Puis là, elle dit « Ah, c'est dans un accident d'auto, puis là, je vois que t'auras vraiment pas de chance. » -OK, puis là, au moment où on se parle, t'as quel âge?

-37. -Est-ce que c'est quelque chose qui t'habite, ça? Parce que là, il te reste du temps à vivre, selon la prédiction de la voyante, mais ça, c'est arrivé à 16 ans, ça fait un petit peu plus que 20 ans. Ça doit être quelque chose que tu as porté en toi. -Oui, tu me fait réaliser; deux décennies. Ça veut dire que là, il me resterait comme trois ans, gros top.

Ça fait que c'est sûr que oui, ça m'habite. Puis en plus, ça m'habite d'autant plus parce qu'il y a eu plusieurs événements issus de cette séance-là qui se sont produits dans ma vie. Juste comme, tu sais, vraiment des descriptions très précises de chums que j'allais avoir, de type, de relations, d'événements, de choses quand même précises qui sont arrivées. Ça renforcit le fait que peut-être que ça va vraiment arriver pour vrai.

Donc là, bref, j'osais pas trop parler de cette prédiction-là, puis de cet accident mortel-là, parce que j'avais peur de faire peur à ma famille, tu sais, puis au monde qui embarquait avec moi en char. -OK, ça veut dire que t'as quand même décidé de conduire puis de faire face à cette prédiction-là, peut-être, en allant derrière le volant dans ta vie. -Oui, mais ça a vraiment pas été facile.

Ça m'angoissait. Comme tout le monde, tous les jeunes en région, ils passent leur permis à 16 ans, le plus vite possible. Ils veulent leur permis. Moi, j'ai quand même attendu un bon 3-4 ans avant de trouver le courage de compléter le processus. J'ai fini par avoir mon permis à environ 19 ans, je pense, mais là, ça m'a pris quand même une dizaine d'années avant de me sentir en confiance

pour conduire et dire « j'ai une voiture et je conduis régulièrement. » J'ai fait beaucoup de travail pour ne pas que ça m'empêche de vivre ma vie, mais c'est quand même tout le temps là quelque part dans ma tête. J'en ai parlé un peu avec des gens, puis les gens, en général, ils vont dire, « Non, mais tu sais, ne crois pas à ça. Il ne faut pas que tu crois à ça, ben non, c'est stupide. » Mais qu'est-ce que tu fais quand tu y crois?

Quand la graine de la croyance a déjà commencé à germer dans ta tête depuis longtemps, en plus, tu fais comment pour arracher ça? C'est comme une mauvaise herbe, tu sais ? -Oui, puis ça prend toujours de plus en plus de place. -Oui, puis en tout cas, tout ça pour dire que moi, j'ai de la misère à me voir plus loin que 40 ans dans ma vie. -OK, là, on arrive aussi à la fin de ça, vu que tu as 37 ans. Puis je comprends que tu essaies de décortiquer, de mieux comprendre ce qu'il s'est passé

chez la voyante. Par où on commence pour faire ça? -Oui. La première étape, ça a été de... c'est de valider mon souvenir. Parce que des fois, ça m'arrive de me questionner sur mon expérience en tant que telle. Je me demande si ce n'est pas mon imagination qui m'a joué un tour. Donc j'ai contacté des personnes qui vivent dans la Matapédia, qui ont eu des séances avec la même femme, pour voir si nos expériences concordaient.

Je me dis, si c'est arrivé à quelqu'un d'autre, ça va me donner un élément de preuve que c'est effectivement une méthode qu'elle a déjà employée, et que je n'ai pas inventé ça, le compte à rebours, de 100 à 40 ans, tu sais, ouais. (Valérie) -Allô, Vanessa! Bon, j'aurais bien aimé ça participer à ton projet, pour vrai, mais ça fait vraiment longtemps qu'elle m'a tirée aux cartes, vraiment longtemps. La seule chose que je me rappelle, c'est qu'elle me faisait boire du thé ou je sais pas quoi,

puis il fallait que je brasse ma tête. C'est la seule affaire que je me souviens. Je me souviens même pas de ce qu'elle m'a dit, pantoute. Pantoute, pantoute, pantoute -OK, première tentative. T'as une amie qui t'a répondu, mais ça a pas apporté beaucoup d'éléments, à part l'infusion. Mais ça ne t'a pas fait avancer tant que ça non plus dans tes recherches. -Non, non, en effet. Mais ça m'a fait voir à quel point, elle, ça ne l'a pas marqué. Ça nourrit mon questionnement par rapport aux croyances

et à l'importance qu'on leur donne. -Ça t'a donné peut-être un peu de jus pour aller vers d'autres témoignages qui seraient peut-être plus encourageants. -Oui, c'est ça. Je me suis dit, on va continuer. Fait que j'ai continué mes recherches. Puis les circonstances ont fait que j'ai repris contact avec ma prof de théâtre du secondaire, Marie-Caroline.

Puis en passant, je fais une petite parenthèse là, c'est la seule prof qui m'a permis d'avoir un peu d'espoir que je ferais quelque chose dans l'avenir, parce que l'école, je ne m'y retrouvais pas pantoute. -Ok donc tu as comme une relation de confiance avec elle. -Oui, vraiment. Puis par là, je veux en profiter pour sensibiliser les gens à l'importance de la culture des cours d'art dans les écoles, parce que moi, sans ce cours de théâtre à la polyvalente d'Amqui, je ne sais pas

si je serai là aujourd'hui. -On remercie dans ce cas-là Marie-Caroline d'avoir été importante dans ta vie. -Ouais, fin de la parenthèse. Donc Marie-Caroline là, elle m'apprend, elle, qu'elle a eu une séance avec la même voyante que moi. Puis elle, elle l'a trouvée vraiment « hot ». Ça, ça veut dire que ses prédictions sont arrivées.

(Marie-Caroline) Oui. Quand je suis allée me faire tirer aux cartes par Ginette, je ne la connaissais pas, mais elle m'avait été recommandée par une amie qui m'accompagnait, qui prenait des notes. Je ne peux pas dire qu'est-ce que j'ai pensé sur le coup, c'est plus après, que mon opinion s'est forgée, parce qu'il y a des choses qu'elle m'a annoncé qui sont arrivées. Moi, je te crois, Vanessa, OK?

Mais comme t'étais très jeune, je me questionne, je me demande, est-ce que c'est possible que Vanessa, en sortant de là, se soit construit un souvenir? J'ai comme toujours entendu ou eu en tête qu'il y a une espèce de code éthique des tireuses de cartes qui fait qu'on dit pas à quelqu'un si on voit sa mort. Je me dis, il me semble, ça se peut quasiment pas qu'elle lui ait dit ça.

-Marie-Caroline, c'est comme une présence rassurante. Je comprends à quel point elle a pu être marquante dans ta vie, ta prof de théâtre au secondaire. Et elle vient appuyer l'idée que c'est peut-être ton imaginaire qui t'aurait joué des tours, qui aurait une forme de subjectivité dans la façon dont tu te souviens de l'événement. -Oui, c'est ça. À ce stade-là, moi, je me dis que je n'ai pas pu créer ce souvenir-là de toute pièces. Il y a certainement des éléments là-dedans qui sont vrais.

Je suis d'accord que j'ai peut-être été transportée par mon imaginaire, puis été inspirée, mais comme... « c'est quoi la partie qui est vraie d'abord? » Tu sais, comme dans les légendes urbaines, il y a une partie qui s'est réellement passée, puis il y a une autre partie que c'est inventé, tu sais. Puis là, il y a quand même une personne qui peut m'aider à départager ça, puis c'est ma mère. Parce que ma mère était là à côté de moi pour prendre les notes pendant la séance.

-J'imagine que si notre mère nous emmène voir une voyante, c'est qu'elle a un certain rapport déjà aux pratiques occultes. C'était le cas avec ta mère aussi? -Oui, oui, oui. Ma mère, elle croit aux entités. Mais je dirais que c'est surtout une personne qui est spirituelle, catholique. Puis elle a déjà vu des voyantes plusieurs fois, mais elle me disait que les voyantes prédisaient souvent des choses négatives,

donc elle a comme arrêté ça. Tu sais, comme elle dit : « Tu sais, quand tu te fais dire que la personne avec qui tu es en couple, ce n'est pas la bonne, ce n'est pas très encourageant. » Quand j'étais petite, mon activité préférée avec ma mère, c'était d'aller au magasin « Dame Nature », où on vendait des encens et des pierres précieuses. J'avais vraiment une belle collection. Je les regardais tellement

que je me rappelle la forme puis la couleur de chacune. En tout cas, on avait comme ce petit rituel-là avec ma mère. (Vanessa et Charline) -Toi, tu te souviens-tu quand était allées se faire tirer aux cartes ensemble? -Une fois, oui, à Saint-Léon, ouais? -C'était comment? As-tu des détails que tu te souviens, des choses qu'elle m'a dit? -Non, je ne me souviens pas de ça, moi. Je ne me souviens pas.

Je sais qu'elle nous faisait tirer aux cartes, après ça, elle nous faisait boire du thé, puis elle lisait dans les graines de thé, là. Mais c'était des cartes ou du tarot? Je ne me souviens plus. Je ne sais pas si c'est la même chose, là. Ouin, non, je ne me souviens pas de ça, ce tirage de cartes-là, honnêtement. -Tu te souviens-tu qu'elle nous disait quand est-ce qu'on allait mourir? -Non! Je ne me souviens pas de ça, moi. -Tu te souviens pas qu'elle faisait comme...

« Ok, on va regarder si tu vas mourir vieille? » Non, je me souviens pas de ça. Peut-être que j'ai pas voulu le... ou que ça m'a pas comme resté dans la tête, là. Mais j'ai pas... Non, je ne me souviens pas de ça. De toute façon, j'aurais pas voulu le savoir. -On a sensiblement le même âge, Vanessa, toi et moi, donc j'imagine que nos mères aussi ont pas mal le même âge. Hier, je soupais avec la mienne, et je lui demandais si elle se souvenait d'une fois où on était allés faire du ski de fond.

Quand j'avais 6 ans, elle ne s'en souvenait pas. Ce n'est pas plus grave, mais si on avait été voir une voyante qui avait prédit ma mort, j'aurais espéré qu'elle s'en souvienne? On dirait que ça me surprend que la tienne ait aucun souvenir, aucune trace de souvenir de ça. -Oui, puis je peux te dire que je suis quand même passée par plusieurs émotions. -J'imagine. -Oui, oui, puis... Mais tu sais, comme elle dit, elle aurait pas voulu le savoir.

Donc en même temps, c'est un peu possible qu'elle se soit fermée ou qu'elle ait arrêté d'écouter pour se protéger d'une certaine façon en se disant que moi, j'oublierais ça un jour de toute façon. -Je comprends, mais là, si toi et ta mère n'avez pas des souvenirs très précis ou même des souvenirs existants, ça laisse une seule personne dans l'équation, c'est-à-dire la voyante, qui pourrait peut-être s'en souvenir? -Oui, c'est ça que je me suis dit; j'ai pris la décision d'appeler la voyante

pour lui demander de la revoir. -Tu ne l'avais jamais revue depuis? -Non, puis je voulais vraiment pas reprendre contact avec elle... -Je comprends. -Ouais, ouais, mais je voulais lui demander directement si c'est une méthode qu'elle a déjà pratiqué, mais comme... c'est ça, quand je repense à reparler à cette femme-là, j'ai comme peur, je me sens un peu... pas bien. -C'est quoi qui te fait peur?

-Bien, tu sais, c'est petit, par chez nous, tout le monde se connaît, fait que d'un côté, je ne veux pas causer du tort à sa réputation, je ne veux pas comme... Insinuer que la personne ne respecte pas le genre de « code d'éthique de voyante », mais par code d'éthique, je veux dire, comme Marie-Caroline, elle disait, que si elles voient la mort de leur client, elles ne peuvent pas le dire directement, de ce que j'ai compris, fait que...

Puis évidemment, bien, j'ai peur aussi qu'elle me fasse comprendre que... Ce n'est pas mon imagination, puis qu'elle a bien vu cette mort accidentelle fait qu'il va donc arriver dans les deux/trois prochaines années. -Ça pourrait le confirmer... -C'est ça, fait que... Tu sais, en même temps je pourrais juste aussi attendre que le temps passe, puis essayer d'oublier ça, mais j'ai essayé, ça fait 20 ans que j'essaie,

ça ne fonctionne pas. J'ai aussi envisagé d'autres méthodes, mais ça revient toujours au même. Je sens que c'est avec elle que je dois régler ça. Elle a un élément dans ma réponse. -Donc tu l'appelles pour avoir des réponses. -Exactement. Appel Ginette. On est vendredi 15h07. Mon Dieu. C'est parti. (Sonnerie de téléphone) -Oui, allô? -Oui, allô, est-ce que je parle bien à Ginette? -Oui, c'est moi-même. -Oui, bonjour. Moi, je suis Vanessa Landry. En fait je vous appelle parce que...

C'est un peu particulier; c'est que je m'étais fait tirer aux cartes quand j'étais jeune, par vous. -Eh mon dieu! J'avais 17 ans, puis maintenant, je vis à Montréal, je suis comédienne, puis j'écris aussi. Puis, il y a des choses que vous m'aviez dit à l'époque, qui comme... Me sont restés dans la tête depuis ce temps là, puis tellement,

que je me suis dit

« Ok, je vais faire un projet d'écriture avec ça. » Puis j'avais envie de vous revoir. -...Ok? Tu restes pas par ici, hein? -Hein? -Vous êtes pas par ici, là. -Non, je suis à Montréal, mais je vais descendre voir mon père en fin de semaine de toute façon, donc que je m'étais dit si vous êtes disponible dimanche, j'aurais aimé ça qu'on se reparle, parce que peut-être qu'il y a des choses que moi, j'étais jeune puis je n'ai pas tout bien compris. Peut-être qu'il y a des choses que vous

...tu pourrais m'aider à clarifier. -Vous descendez quand pour voir votre père? -Moi, je vais partir demain matin. -Ah, ok. -Donc je pourrais être là dimanche ou lundi. -Moi, lundi, je travaille! -Ouin, hein ? -Oui, mais ça peut être dimanche matin, de bonne heure. Bien... de bonne heure... 9h30, mettons? -Ok! Moi, ça fonctionnerait pour moi. -Fait que vous me rappelez? -Si ça vous va, moi, 9h30 dimanche, ce serait un rendez-vous, si c'est correct.

-Oui, mais appelez-moi pareil. -Oui. Oui, oui, oui. -Je vais vous appeler quand même pour avoir l'adresse. -Oui, ok. -J'ai hâte à ces retrouvailles! -Bah, pas de trouble! -Merci! -Bienvenue, bonne journée! -Bonne journée, bye! Oh mon dieu, je pensais que ce serait le répondeur! -Ce n'était pas le répondeur, c'était Ginette en personne à qui tu as parlé,

Vanessa! Donc là, vu que tu lui as parlé de vive voix, tu n'as pas le choix de partir de Montréal pour te rendre à Amqui, pour rencontrer Ginette la voyante. -J'ai pas le choix. Là, dans ma tête à ce moment-là, je me dis que c'est possible que ce soit celui-là, mon dernier voyage à Amqui. Ce n'est pas la première fois que je jongle avec cette pensée-là. Depuis les quatre dernières années, ça s'est quand même accentué. À chaque fois que je sors de Montréal, je me bats avec cette pensée-là.

Surtout quand je pars en direction d'Amqui, ça empire. J'ai envoyé des messages vocaux à certaines personnes pour leur faire des adieux. J'ai fait des adieux à Sourdine, ma chatte, vraiment trop souvent. À voir sa petite face. -Ah, Sourdine! -Mais là, cette fois-là, j'ai encore plus peur que les autres fois. -Pourquoi cette fois-là, t'as plus peur? Parce qu'en cherchant à contacter des clientes de Ginette, j'ai été mise en contact avec une de ses fidèles clientes.

-Ok, intéressant. -Cette femme-là, appelons-la mettons, Nathalie, elle m'a dit que tout, tout ce que Ginette avait prédit à elle, à ses amis, à ses soeurs, tout était arrivé. Elle croit en son don dur comme fer. -C'est pas très rassurant pour quelqu'un qui s'apprête à prendre la route et à qui on a prédit la mort dans un accident de voiture. -Non. Puis en même temps, je ne sais pas à quoi je m'attendais. C'est une personne qui l'adore.

Je vais te lire juste une petite partie de notre discussion, là, pendant mon « pré-bad trip ». Le moment où j'ai vraiment commencé à paniquer gravement, c'est quand elle m'a dit : « tu sais, on peut changer les choses, certaines choses, mais pas les décès. -Ah ben voyons! -Ouais, fait que là, j'ai répondu : « Ok, tu penses que comme... les décès sont destinés pour arriver ? » Donc là, elle m'a dit : « Oui, mais c'est mon opinion. Comme...

« C'est écrit et tu ne pourras jamais changer ça. » Ça m'a mis dans un état de désarroi vraiment intense. Je tremblais, j'étais en panique totale. Dans ma tête, je suis comme : « Ok, là, je me dirige vers la mort. C'est la mort, c'est mon dernier voyage. » -Je ne pense pas que tu aurais dû parler à Nathalie avant de partir, Vanessa. Là, j'espère que tu n'es pas partie seule à Amqui. Il fallait que tu sois bien entourée accompagnée pour faire la route, parce que c'est combien de temps,

Montréal-Amqui ? -6h30, mais ça c'est d'une traite. On s'entend qu'on arrête un peu, mettre du gaz, puis faire un petit besoin... 7h. -Ok, ok. Donc tu es partie avec qui? Donc je suis partie avec le réalisateur, François Desrochers, qui réalisait le balado, puis qui documentait l'histoire avec moi. Puis avec Evaloup, une de mes amies, avec qui j'ai un lien très fort,

très particulier. Puis Evaloup, c'est qu'elle a vraiment un intérêt aussi pour la médiumité, la clairvoyance, la voyance, les rêves prémonitoires. Elle a 22 tarots à la maison, sa mère, c'est une voyante... -Donc c'était comme un équilibre intéressant avec François Desrochers, que moi je connais bien, qui a peut-être moins de croyances, et Evaloup, qui en a pas mal plus. -Oui, exactement. (François, Evaloup, Vanessa) Ok, c'est un départ!

-C'est un départ, là on est vraiment parti. On est rendu à Brossard! Il est tard, il est 13 h, 13 h, puis on décolle, mais... -On a combien d'heures de route à faire? Là, il nous reste 6h19. 6h19. Je vais mettre des herbes naturelles autochtones, de protection, puis de purification les amis. -OK. Ouf, ça sent le pipi! -Il y a comme une drôle d'odeur dans cette... En tout cas, si ça purifie, on va le prendre! On va aérer, on va aérer!

Je vais regarder beaucoup, beaucoup mes rétroviseurs, genre non-stop. Je suis en hyper-vigilance, comme on dit. Il y a des moments où ça se calme, mais surtout quand je suis seule, souvent, je suis un peu plus calme, parce que dans sa prédiction, j'étais pas seule dans l'auto. Donc quand je suis avec des gens dans l'auto, ça augmente mon stress. -C'est vrai dans la prédiction, là, comme là on est deux passagers. Dans la prédiction, est-ce qu'on meurt tous,

en s'en allant à Amqui ? -Non, dans la prédiction il y a juste moi qui disparaît. -Ouais mais ça dit pas nous autres si on va être paralysé à vie... -Vous vous en sortez. Je me souviens qu'elle disait... -Ouais, on s'en sort-tu à 100 % ? -À ce moment-ci, Vanessa, on est sur l'autoroute 20, en direction Est vers Amqui. On est avec Evaloup, François. Toi, t'es dans la voiture, évidemment. Peux-tu nous dire, t'es dans quel état d'esprit à ce moment-là?

-À ce moment-là, dans mon souvenir, j'essaie de vraiment focusser sur le fait que je suis contente de faire un road trip. Puis j'aime vraiment beaucoup conduire. Donc je focus là-dessus, mais j'ai quand même un stress à l'intérieur. Tu le remarques, là, dans l'écoute, je refuse de prononcer le mot « mort » et « accident ». C'est des superstitions, là. Je sens que je dois m'éloigner le plus possible, psychologiquement, de toute forme d'expérience dramatique.

C'est vraiment superstitieux. Mais j'aime ça, tu sais, être sur la route. -C'est toi qui conduis à ce moment-là. -Oui, oui, oui, oui, oui. Puis aussi, c'est ça, c'est que je ne sais jamais quand est-ce que je vais me faire envahir par la maudite prophétie, tu sais. -Oui. Donc c'est ça qui me stresse. Puis Evaloup, elle a eu trois gros accidents de char dans sa vie, ça fait qu'elle est stressée aussi. (François) Là, il nous reste quoi, deux, trois heures de route?

-Là, l'heure bleue est pas mal passée. Ça commence à être l'heure bleue foncée. Là, il commence à faire noir. On est encore sur la 20, donc ça va, mais je sais que le bout qui est le plus stressant s'en vient. La nuit, on voit pas super bien, puis il peut y avoir des animaux qui sortent du bois. C'est la 132, puis c'est quand même assez sinueux. Là, je stresse parce que

je me dis « ah, je suis partie trop tard, puis je vais rouler dans le noir. » Je te dirais que je vis pas mal le moment que je redoutais le plus, qui est... que j'avais beaucoup imaginé dans mes souvenirs. Je me disais que ça allait arriver. C'était vraiment tout le temps, genre, le soir, l'automne, en m'en allant à Amqui,

dans ce coin-ci à peu près. Je sens que ma respiration est vraiment plus haute, je me sens plus oppressée, puis je commence à avoir vraiment beaucoup de de flashs, de choses, de malheurs qui pourraient arriver. Puis là, je veux pas vous... je ne veux pas donner ça à mes passagers, mais je le ressens full à l'intérieur. Donc je combats ça, je combats ça, je me dis que... Ah, esti que c'est tough! Comme si j'ai des flashs, puis je suis genre...

Est-ce que je suis encore là? Est-ce que je suis encore là? -Qu'est-ce que tu veux dire des petits moments de flash? De perte de con... J'ai peur de vous faire peur! -Non, tu peux pas me faire peur. -De perte de contact avec la réalité. Mais je suis encore là, je suis super concentrée, mais j'ai tellement peur de me déconcentrer que je suis tout le temps en train de me demander si je suis là. Ça fait qu'à un moment donné, je suis comme plus là, tellement je me demande

si je suis là, tu sais. -Ah, bien là, ça commence à me faire rusher tout ça. -C'est ça, je n'ose pas en parler. -Non, mais t'es capable d'en parler, t'en parles, mais moi, je vais te dire que je ferais pas trois heures de même. Calvaire! Là t'as l'autre derrière, François, qui est comme « c'est correct, c'est pas grave. Peux-tu parler plus en profondeur? L'explosion, elle se passe comment? Les feux d'artifice, ils vont-tu être gros ? »

-Je n'étais pas stressée tantôt en partant. J'étais donc bien pas stressée. Puis là, on dirait que tout mon stress vient de réembarquer, comme si... c'est ça ; ça pourrait encore arriver. Mais ça n'arrivera pas parce que je le vois, mon père, il nous a préparé à souper, il nous attend, il est en train de faire ses patates pilées, il nous a acheté un petit poulet barbecue il est assis à la table avec la nappe jaune avec des fleurs, il est là et il écoute

son LCN. Tout est « chill ». Les animaux sont partis se coucher. Je vais être très, très, très attentive et il n'y a rien qui va arriver. -Peux-tu croire, Julien, que je suis à veille d'arriver à Amqui, et que je vais encore une fois avoir défié la prophétie? -Mais j'ai tellement d'empathie pour l'état dans lequel tu trouves ; les pensées intrusives et la façon dont tu pars en vrille.

Pour quiconque a déjà fait une attaque de panique ou qui a ressenti de l'anxiété, je pense qu'on peut très très bien se projeter dans ta situation, mais honnêtement, chapeau d'être arrivé à bon port, d'être à Amqui et de passer à la prochaine étape, parce qu'elle est assez cruciale. Tu t'es rendue là-bas, pour rencontrer Ginette la voyante, alors comment tu te sens, à quelques heures de finalement lui faire face, et lui parler? -Je ne me sens pas très solide,

honnêtement, avant de la rencontrer. Je me sens complètement débalancée.

Je suis comme

« c'est-tu la bonne affaire, c'est-tu pas la bonne affaire? » J'ai préparé des questions, mais tu sais, ça dépend un peu de la connexion qu'on va avoir ensemble, comment... ça va être quoi la chimie? -Ça fait 20 ans que tu l'as pas vue, donc tu te souviens d'elle mais elle,

elle ne te replaçait pas tant que ça... -C'est ça, mais non vraiment pas, donc tu sais, je ne sais pas si ça va bien se passer, et en même temps, je me dis ça se peut que ça fasse juste comme... renforcer mes peurs, donc je ne sais pas si c'est vraiment une bonne affaire, si c'est la bonne personne pour désamorcer. Donc jusqu'au matin même, j'ai hésité. (Vanessa et François) -Là, il est 9h. On est à Amqui, on est à l'hôtel. Puis ben, j'avais un rendez-vous avec Ginette à 9h30.

Puis, finalement, bien, elle a décidé... Bien, je sais pas, si je peux dire « elle a décidé de ne plus me voir », mais elle ne peut plus. Elle n'est plus disponible. -En fait, elle a dit que c'est parce qu'elle s'occupait de sa petite-fille. C'est ça que j'allais dire. Oui, c'est ça. -Est-ce qu'elle semblait ouverte à reporter? -Hmm, non, moi, je n'ai pas senti vraiment d'ouverture. J'ai l'impression que son attitude a changé depuis la dernière fois que j'y ai parlé.

-Bien je l'ai entendue, c'était un peu sec comme ton. -Ouais, plus... Oh! Ma pierre de collier vient de se décrocher! -C'est un signe. -Ça c'est... Un oeil de je sais plus quoi... En pierre, pis c'est fait pour éloigner les mauvais esprits, puis les énergies négatives. François rit de moi là. Je capote! Ça vient de se décoller là, là. Ça fait des années, c'était à ma mère ça. Ça fait vraiment des années et des années qu'il est collé, là.

La pierre s'est enlevée je capote! Tu t'imagines ce que ça veut dire pour moi? -Ben qu'il y a comme... une genre de présence négative, que mon collier a essayé de combattre! C'est genre « Oh mon dieu ça veut dire quelque chose! » François, tu ris de moi. -Je ne ris pas de toi... Je ne ris pas de toi, mais je suis juste content que je n'aille pas toutes ces superstitions. -Ah.... Je vais passer pour une folle dans ce podcast. -Vanessa, je suis tellement désolé pour toi.

La déception que tu dois ressentir à ce moment-là. -Oui, quand même, mais je me dis, « les choses arrivent comme ça dans la vie, puis ce n'est pas pour rien, là ». -T'es plus sage que moi. J'aurais ressenti un peu plus de frustration, mais, tu sais, tu fais quoi? T'es rendue à Amqui. Tu peux pas voir Ginette. Alors, on fait quoi à partir de ce moment-là? -Puis aussi, j'ai emmené des gens avec moi dans ce voyage-là. Je leur ai fait vivre plein d'affaires.

Donc je me dis, bon, je vais au moins essayer d'aller lui parler, tu sais, à son travail. Mon père m'a dit qu'elle travaillait à l'épicerie. Donc je me dis, comme, derrière le comptoir de poulet frit, genre « Bonjour, c'est moi, Vanessa, on devait se rencontrer hier. Finalement, vous n'étiez plus disponible, mais tu sais, c'est correct, il n'y a pas de problème, on se reprendra une autre fois. » -Je vais prendre une cuisse, une poitrine, puis on se reprend.

-C'est ça, on se reprendra une autre fois. Mais j'avoue que j'aurais vraiment aimé ça quand même pouvoir y parler de tout ça. Mais bon, elle m'avait dit qu'elle travaillait lundi, et on est lundi. (Vanessa) Bon, j'ai fait pas mal tout le tour du Metro, tout ce qui était possible de trouver comme endroit, où est-ce qu'elle pourrait être. Elle n'est pas là, ni au comptoir de la boulangerie, ni au poissons. Est-ce que je devrais aller voir quelqu'un et demander si...

Si Ginette est là... Ça fait trop harcelante. Je vais laisser faire. Je vais prendre une bière. (« Article inattendu dans la zone de mise en sac ») -Vous avez vraiment des beaux cheveux, madame. (« Merci d'avoir magasiné chez Metro ») Bon, bien, je ressors et je n'ai pas trouvé Ginette. Elle n'est pas rentrée travailler aujourd'hui, je ne sais pas, je ne sais pas qu'est-ce qu'il se passe. Je ne sais pas qu'est-ce qu'il se passe. Ahh.. -On dirait que Ginette n'existe pas.

Tu n'as pas pu la voir le dimanche, le lundi, elle n'est pas au travail. À ce stade-là, qu'est-ce que tu fais? Est-ce que tu repars, parce que tu es un peu dans un cul-de-sac? -C'est ça... Dans le fond, je me suis comme rendue compte que... c'était sûrement mieux que je ne la revois pas. J'ai acheté de la colle au Dollorama, puis j'ai recollé mon collier « œil de tigre », que je porte actuellement. -Ouais, il est beau.

Puis le fait d'avoir actualisé cette rencontre-là, d'avoir essayé pour de vrai de trouver une clé à mon problème, puis de ne pas avoir réussi, ça m'a poussé à m'adapter, à trouver d'autres solutions qui reposent que sur moi-même. -Ok? -C'est moi, dans le fond, qui a le contrôle sur ce qui reste dans ma tête et ce qui ne reste pas dans ma tête. C'est ça que j'ai compris. J'aime conduire, j'aime ça aller dans ma région natale.

Je travaille fort sur mon mental pour que cette histoire-là devienne comme un filigrane et que, tranquillement, ça disparaisse pour que mon présent soit au premier plan dans ma tête. Honnêtement, c'est comme... À ce moment-là, je veux même plus y penser. Puis à partir de maintenant, si j'y repense, ça va être comme une histoire que j'ai entendue à L'heure de grande écoute, tu sais, comme une histoire à la troisième personne.

(Vanessa) C'est les dernières outardes qui sont en train de se préparer à partir pour leur grand voyage. Je regarde, je suis devant la rivière, à l'hôtel. Je peux les voir de la fenêtre. Il y en avait plus d'une centaine hier. Là, il reste juste une petite volée de... Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix... Une dizaine d'outardes qui restent à partir. Evaloup dort encore. François écoute de la musique, dans notre petit salon. Ça y est, ils viennent de partir.

La première neige est tombée hier. Il y en reste juste un petit peu sur l'asphalte. On va avoir une belle route pour le retour. -Ça fait trois mois que t'es revenue de ce voyage-là, Vanessa. Je suis curieux de savoir comment tu te sens après. Est-ce que la prophétie s'est vraiment effacée de ton esprit? -Faut que j'accepte qu'elle sera jamais complètement effacée. À chaque fois que je reviens de la Matapédia,

je me dis

« Ok, c'est réglé. Ça, c'était le dernier voyage avec ça dans ma tête. » Mais à chaque fois que j'y retourne, que je projette d'y retourner, j'ai toujours un doute qui revient au moment de partir. Mais je développe à chaque fois des nouveaux outils pour gérer ma peur de la mort accidentelle. Mais là, j'ai comme un peu peur de devoir attendre mes 40 ans pour être libérée entièrement de ma peur de mourir dans un accident de char.

Puis en même temps, je me dis, le fait de faire un projet là-dessus, puis d'en parler, ça fait que ça ne pourra pas arriver. Ça annule la prophétie, tu sais. Mais tranquillement, j'arrive à me voir dans l'avenir. Puis genre, je suis capable de m'imaginer peut-être à 42 ans, peut-être avec un enfant, peut-être. Il y a quelque chose qui se dessine. -Bien, j'ai hâte qu'on en reparle. Quand tu auras 40 ans et un jour, Vanessa.

Et je suis sûr que ce voyage à Amqui qu'on a fait avec toi, ne sera pas le dernier. -Merci Julien. -Merci, Vanessa. L'heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec. Écoutez tous nos épisodes sur les plateformes de Télé-Québec, sur Apple Podcast ou l'application de votre choix. Cet épisode est une réalisation de François Desrochers. Enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois.

Musique originale : Alexi Élina et Simon Coovi-Sirois. Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski. Productrice au contenu : Audrey Blackburn. Coordonnatrice : Clara Gauthier-Morrison. Communications : Louis-Philippe Roy.

Visuel

Simon Guibord. L'indicatif musical est de P'tit Béliveau. À la recherche : Maude Petel-Légaré et Emmanuelle Gauvreau. Merci à Steven Boivin, Marysol Foucault et Clara Lagacé de Transistor Média, à la Ville de Gatineau et au ministère de la Culture et des Communications du Québec, qui a rendu ce projet possible. Je m'appelle Julien Morissette. Merci d'avoir été à l'écoute.

Transcript source: Provided by creator in RSS feed: download file
For the best experience, listen in Metacast app for iOS or Android