Il y a quelque chose qui fascine pas mal tout le monde quand on parle de polyamour. En 2025, c'est plus un sujet tabou, mais ça suscite toujours des réactions variées selon les individus, les contextes, les relations, les personnalités. Maintenant, on parle plus de non-monogamie éthique, question de ne pas tomber dans les clichés de l'infidélité ou de la manipulation. Les partenaires amoureux sont consentants et conscients de la situation.
Ce que les plus jeunes générations se font dire, quand elles parlent de leur exploration de la non-monogamie éthique, c'est qu'elles n'ont rien inventé. L'amour libre dans les années '70, avait déjà été une époque d'expérimentation du polyamour. On vous raconte donc une histoire de polyamour, qui se passe à la fin des années '70, avec la petite-fille de la protagoniste, la réalisatrice et autrice Éloïse Demers-Pinard, et son amoureux, le réalisateur et auteur Nicolas Lachapelle.
Bienvenue à l'Heure de grande écoute, le balado qui vous fait entendre les histoires vraies et les personnages surprenants qui façonnent le Québec. L'épisode d'aujourd'hui : « Poly-peines d'amour ». En studio donc, Nicolas Lachapelle, salut Nico! -Allô! – Éloïse Demers-Pinard, salut Élo! -Salut! -On parle aujourd'hui de polyamour, une histoire qui est très proche de toi en fait, qui vient Éloïse, de ton folklore et ton patrimoine familial.
-Exactement, de mon histoire familiale. Mais ce n'est pas juste une histoire de polyamour : c'est une histoire qui s'est passée à la fin des années 70, quand ma grand-mère avait 40 ans, et mon grand-père aussi. Puis dans le fond, c'est une histoire d'échange de couple, de polyamour un peu différent. Mais c'est ça, c'est pas exactement l'histoire d'échange de couple traditionnel, dans un party, le pot avec les clés de tout le monde, puis tout le monde repart.
Tu sais, ce n'était pas « une affaire de foufoune. » C'était une vraie histoire d'amour, à quatre, vécue pendant... Trois ans, presque quatre? -Ouais, trois ans. Puis même si ça s'est passé il y a longtemps, ma grand-mère en a jamais vraiment parlé de vive voix. J'ai jamais eu de conversation avec elle à propos de ça. Puis moi, je me disais, après autant d'années, Elle aurait passé par-dessus. Mais pas vraiment. Puis, c'est malheureux, parce que je trouve que c'est une histoire extraordinaire.
Puis j'ai comme l'impression que c'est mon histoire aussi, c'est l'histoire familiale, puis qu'il y a eu un peu une rupture dans cette transmission-là. Oui, puis comme une forme, je ne sais pas, d'histoire du Québec là-dedans aussi, d'intérêt, pour « comment ça se passait socialement dans les années '70, début '80, dans notre province. » -Oui, exactement. J'ai quand même l'impression que depuis quelques années, quand on parle de polyamour, de couple ouvert, c'est un peu comme si
notre génération avait tout inventé. Mais en fait, nos grands-parents aussi, vivaient des expériences humaines, une révolution sexuelle et relationnelle, pendant la Révolution tranquille. Puis, je pense qu'on a beaucoup de choses à apprendre d'eux, quand même. -Puis au-delà de la sphère amoureuse, intime, sexuelle, tu sais, je pense qu'il y a des grandes leçons de vie, potentiellement, à tirer de leurs histoires.
-Ouais, puis c'est un peu comme ça que j'ai approché ma grand-mère, en essayant de la convaincre, je lui ai dit : «ben tu es une pionnière des relations humaines, tu devrais vraiment me parler... » -Tu sais comment lui parler, hein? -Exactement! -C'est convaincant, j'imagine qu'elle a accepté ; tu l'as flattée dans le sens du poil! -Oui, elle a accepté, mais avant, quand même, j'étais un peu stressée,
donc j'ai demandé à ma grand mère... Avant, dans le fond, de lui demander, j'ai demandé à ma mère qui, elle, connaît l'histoire. -Ouais, puis c'est là qu'on réalisé, en fait, à quel point c'était une grande entreprise, dans laquelle on se lançait, tu sais, c'est pas une mince affaire cette histoire-là, dans la famille d'Éloïse... ouin.
-Ouais, quand j'ai dit que je voulais faire ce projet là, tu sais, mon père, tout de suite, était comme : « Oh mon dieu, peut être qu'il va avoir des poursuites pour diffamation... » Ma mère, elle, était comme : « ça va avoir des répercussions sur la famille », vraiment des grosses conséquences... -Dramatiques. -Dramatiques, là, oui. (Manon) C'est bizarre parce que quand tu m'as parlé de ce projet-là,
je me suis dit ; « oh, ça va faire... ça va faire des flammèches, ça. » Je me disais ; « voyons, ça a pas de mosus d'allure cette histoire-là C'est comme d'ouvrir « la boîte de Pandore », là, c'est ça. C'est pour ça que je me suis dit ; « bon bien... est-ce que... est-ce qu'ils vont être choqués, déçus, qu'on en reparle et tout. Puis que même moi, je ne veux pas en parler. C'est comme « j'en parle, mais... on dirait que je marche sur des oeufs, j'ai l'impression de marcher sur des oeufs.
-Éloïse, est-ce que tu penses comme ta mère, que ça va créer des flammèches, de parler de ça? -Je pense qu'il peut y avoir des répercussions sur la famille, parce qu'il faut quand même savoir que c'est une gang de « drama queens ». -Ouais! La famille d'Élo, vraiment, c'est des « drama queens », puis la grand-mère d'Élo, c'est la « queen des drama queens ». -Très, très à propos, comme note ; merci Simon. -Ok, Simon Coovi-Sirois qu'on salue, qui est notre concepteur sonore
à L'heure de grande écoute. Puis là bon tu connais, on t'entend Nicolas, en parler, parce que tu connais bien la famille d'Éloïse, étant donné que vous êtes des collaboratrices, collaborateurs de travail, mais aussi un couple, dans la vie. -Ouais, des amoureux. -Ouais, des amoureux, en plus de travailler ensemble. Ça fait quand même huit ans qu'on est ensemble. Donc, huit ans que Nicolas connaît ma famille, connaît ma grand-mère. -Que la grand-mère d'Élo fait partie de ma famille, finalement.
Puis, ce qu'il faut savoir, c'est que moi, je suis un fan fini de Rose. Je suis en amour avec, dans les « party », je vais être assis à côté d'elle. C'est la personne, à part Élo, évidemment, la plus divertissante de cette famille-là. Désolé, mes beaux-parents, tout le monde. Mais vraiment, c'est comme... Rose, c'est une diva. Tout simplement, c'est la vie dans les party de famille, Quand elle sent qu'elle n'a pas assez d'attention...
Quand elle sent qu'elle n'a pas assez d'attention dans un party de famille, elle va se lever, puis elle va se mettre à chanter de l'opéra, vraiment, pour vrai, là. Elle se lève puis vraiment, elle se met à vocaliser jusqu'à temps que tous les yeux se tournent vers elle, c'est comme... -Puis elle est consciente de ça, du fait que... Puis elle vit bien avec... Elle veut de l'attention. -Je pense que c'est inconscient. Je pense qu'elle se voit pas aller. -Ok, c'est encore plus attachant!
Elle aime ça, elle veut qu'on lui parle, -Puis ça marche, là, vous, vous embarquez dans ce jeu-là? -Bien sûr -Ah je suis fan, je suis fan! Tu sais, elle est tellement fière, elle fait ses propres vêtements, tu sais, c'est quelqu'un quand même, qui a pas tant d'argent que ça dans la vie, puis elle aime vraiment ça, tu sais, bien paraître... Elle travaille en friperie un petit peu, puis elle tout le temps en train de nous dire, quand on la complimente sur
ses manteaux de fourrure, tu sais, comme ; « ça, ça vaut tant. » On rentre chez elle, « ça, ça vaut tant, ça, ça vaut tant », tu sais. -Elle aime ça avoir l'air... -Vraiment une madame... un diva. -C'est la Castafiore. -Tu sais, l'apparence, avoir l'air bien habillée, ouais. Puis tu sais, j'ai quand même une belle relation avec ma grand-mère, parce qu'elle me donnait mes cours de piano quand j'étais enfant. Elle habitait à cinq minutes de chez moi, de chez mes parents.
Tu sais, je la voyais une fois par semaine, puis je pense que c'est un peu pour ça aussi, que j'avais vraiment envie de ne pas la froisser, de la prendre bien, de vraiment lui demander si c'était correct avec elle de raconter l'histoire. -Ça t'a pris beaucoup de courage, quand même, de te lancer dans cette aventure-là. -Oui, c'est ça. Ça m'a pris beaucoup de courage. -De le faire avec respect et avec délicatesse aussi, parce que c'est quand même des sujets sensibles.
Et quand on avance dans la vie, j'imagine qu'on veut raconter ces éléments-là, mais il n'y a peut-être pas que du bon qui en est ressorti de tout ça. J'ai l'impression qu'on va le découvrir quand tu vas nous raconter l'histoire. Donc, elle a accepté de te parler? -Elle a accepté de me parler. Puis d'ailleurs, on va comprendre un peu plus tard, les noms ont été... Modifiés. On a décidé de garder l'anonymat pour protéger tout le monde, donc on a changé les noms.
Mais elle a accepté quand même de me parler. C'est ce qui est quand même agréable ; J'étais contente. -Je comprends! Donc là, où commence l'histoire? À quel moment? -L'histoire commence, on est sur la rive nord de Montréal. On est dans les années '50. C'est un milieu... on est dans un milieu très agricole, traditionnel, religieux. Ma grand-mère a grandi là-dedans. Rose, comme on va l'appeler, Rose a 16 ans.
Elle fait partie d'une organisation qui s'appelle « Les Jeunesses étudiantes catholiques ». Et un soir, à une des réunions qu'ils font quelques fois par année, il y a un nouveau venu dans le village. (Rose) Il y avait des gens d'un autre rang, puis on était peut-être une dizaine. Réjean ne connaissait pas personne, tandis que tout le monde se connaissait entre eux. Donc il était un petit peu... Seul. Il prenait un crayon puis il dessinait, puis il dessinait. Il a toujours fait ça toute sa vie.
La réunion a fini, puis là, je vois le dessin de... Réjean. Je le prends, parce que j'avais eu de l'attrait pour lui, tout de suite, tout de suite. Mais je l'avais vu, j'étais au pensionnaire, puis on allait au chapelet le soir. Sa mère, puis lui, ils venaient au chapelet. C'était un beau grand jeune homme, puis il était droit, puis il était à mon goût. Il était avec sa mère, ça m'inspirait confiance, le chapelet, tout ça. Puis déjà, je l'avais vu, c'est pour ça que déjà j'avais un oeil dessus.
Écoute, c'était clair, je l'avais dans la tête. Puis ce dessin-là, je l'ai gardé, je l'ai encore aujourd'hui. Je l'ai porté sur mon cœur pendant des années. Je l'avais toujours, toujours dans mon soutien-gorge, près du cœur. -C'est bien touchant. -Quelle femme, hein? Extraordinaire. Rose... S'il y a quelqu'un qui fait ça pour moi, là, Garder un dessin près de son soutien-gorge... Est-ce que ça vous rappelle vos premières années ensemble, Nico, Élo? -Moi, j'ai gardé un petit mot dans
mes bobettes! -Franchement. Je l'ai encore! -Il y a quelque chose de vraiment intense dans sa personnalité, à Rose. -Oui, vraiment intense. Je pense que c'est le meilleur mot pour la décrire. -Là, qu'est-ce qu'elle a fait après ce moment-là, après la rencontre? -Elle trippe dessus bien raide. Je veux dire, elle se promène pendant quelques temps avec ce dessin-là dans son soutien-gorge. Puis un jour, elle le croise, ce garçon-là, au patin, en train de patiner. Il l'invite à patiner avec elle.
Et de séance de patinage, en séance de patinage, ils tombent tranquillement en amour. -Ils vont se fréquenter pendant trois ans. Puis au bout de ces trois ans-là, ils vont décider de se marier. Ils vont déménager ensemble à Montréal, et ils vont avoir des enfants et justement, la mère d'Éloïse va naître à ce moment-là. Oui, puis c'est une période qui dure à peu près 15 ans de grand bonheur. (Rose) Moi, c'était l'amour, le ciel sur terre. Qu'est-ce que t'aimais, chez lui?
Il marchait, c'était pas un « traineux de pieds ». Pour moi, ça dénotait du caractère chez un homme. J'aimais beaucoup aussi sa figure, j'aimais ça, il avait l'air franc. En fait, j'aimais tout. J'aimais tout. Il y a rien que j'aimais pas. Puis c'est là que c'était pas correct. Je l'ai trop idolâtré. C'était comme si je tombais en amour avec un dieu. J'exagère pas. Il y avait trop... Il y avait trop une grosse responsabilité face à... à cet amour-là. Moi, ça a été une dépendance morbide.
Pauvre homme. Il y avait aussi de la jalousie, mais je peux dire que j'avais raison d'être jalouse. (Manon) Il y avait un déclin. Je pense qu'il n'avaient plus d'atomes crochus. Quand tu dis à ta mère ; « sépares-toi donc, ça n'a pas l'air de marcher votre affaire. » Puis pourtant, je me souviens plus jeune, c'était un couple qui avait du plaisir, qui riaient ensemble, et tout, mais c'est comme si tout était écrit dans le ciel,
de toute façon. Tout était écrit dans le ciel là, que c'était pour débouler de cette façon-là. -Wow! OK. Puis un déclin, là, c'est ça qu'on dit. C'est assez fort. Qu'est-ce qui va se passer? -Mon grand-père commence à travailler à Radio-Canada, qui est un peu, quand même, le miroir de l'époque. -Oui, on est dans les années '70, donc c'est la Révolution tranquille, l'avant-garde culturelle, la libération sexuelle. Les femmes qui gravitent autour de Radio-Canada commencent à voir...
Enfin... les femmes commencent à avoir la pilule contraceptive, forcément, à Radio-Canada... -Pas juste à Radio-Canada! « Un privilège radio-canadien »! -Pardon, pardon, ouais exactement! Mais donc évidemment, ça se ressent à Radio-Canada, qui est à l'avant-garde, et donc on voit peut-être l'éclatement là, un peu de la tradition vers un monde peut-être un petit peu plus libéré, entre grosses guillemets. Oui, mon grand-père, en plus de ça, vient quand même d'une famille particulièrement
libérale et avant-gardiste. Même pour l'époque, mon arrière-grand-père avait des caméras, il était chauffeur de train, mais il avait des caméras, il filmait mon grand-père. Il avait vraiment quelque chose de... d'une curiosité. Donc, lui, il adhère à ce monde-là automatiquement et il prend part, de plus en plus souvent, en tournage, partout dans le monde, avec des grosses équipes. Donc je pense que ma grand-mère, elle se sent un petit peu insécure.
-Ouais, qu'est-ce qui se passe avec Rose qu'on veut suivre, pendant ce temps-là? Elle est à la maison, elle ne travaille pas, elle s'occupe des enfants. Et elle est encore beaucoup dans ses valeurs traditionnelles ; la religion, l'institution du mariage. -Donc déjà, on sent comme une espèce d'éloignement au niveau des valeurs qui va se passer entre Rose et Réjean. Il y a peut-être un nouveau cycle dans leur vie, qui s'amorce à ce moment-là.
-Oui, puis ça paraît particulièrement quand ils font la fête. Oui, puis justement, c'est dans un de ces party-là, un soir d'été, que cet éloignement-là va se concrétiser entre Rose et Réjean. On avait beaucoup de soirées. On s'en allait au party à 11h du soir, puis c'était de bonne heure, ça, 11 h, parce qu'on finissait à 4 h, 3-4 h. Souvent, souvent, souvent, souvent. Un soir, on était allés dans un party à Sainte-Adèle, dans un beau chalet. Le party a tourné mal parce que, après le souper,
Réjean dit « quelqu'un veux-tu venir faire du pédalo avec moi? » J'ai dit « moi! » J'ai eu la surprise de ma vie que c'était pas moi qu'il voulait. Il est allé puis il est revenu à peu près une heure et demie plus tard, je me suis saoulée. Je voulais avoir de l'attention. J'étais comme une petite fille. Puis là, quand il est arrivé, j'ai commencé à crier. J'ai dit ; « c'est indécent ce que tu fais! On a deux enfants! Viens pas me dire que tu vas réciter ton chapelet. »
Mais il dit ; « fais comme moi! » J'ai dit, où est-ce qu'on va se ramasser avec ça? Puis là, moi, j'ai commencé à coller les hommes aussi. -OK. Tournure intéressante, quand même. -Ouais, c'est rough. -C'est pas de même qu'on aurait cette discussion-là sur l'ouverture du couple aujourd'hui, mettons. -Non vraiment pas! Mais ça reflète l'époque. -Ouais, ouais c'est ça, puis tu sais, surtout que ça fait 20 ans qu'ils sont ensemble, là, c'est pas un nouveau couple, tu sais?
Donc je pense qu'il y a des choses... Chargées. -Ok, mais là, qu'est-ce qu'elle va faire, Rose, à ce moment là? Est-ce qu'elle se met « à coller les hommes »? -Euh ouais, elle commence tranquillement à accepter de se faire « taponner » entre guillemets, par d'autres hommes... -Ça c'est ses mots, pas les nôtres! -Mais rapidement, elle a quand même un cas de conscience, donc elle décide de débarquer de la chorale dont elle fait partie, et de plus aller aux partys avec ses ami.es, pendant un an.
Ok, puis après un an, qu'est-ce qu'il se passe? -Bien, Rose revient sur sa décision, et décide de retourner dans un party, et ce party-là va va tout changer. -Parce que dans ce party-là, il y a un nouveau couple qui débarque. Rose ne les a jamais vus, mais ils vont lui faire une grande impression, parce que quand elle aperçoit l'homme de ce couple, qu'on va appeler « Gordon », le monde de Rose va vaciller complètement.
(Rose) Mon dieu, quand je vois cet homme- là, je me dis, « mon doux, il est beau! » Avocat en plus! Ah, mon dieu, c'est encore plus beau! Tu sais, moi les titres, hein? Tout me plaisait, ses traits, puis tout ça là. J'avais jamais vu un autre homme qui m'avait frappé de même. La première fois, c'était lui. Il était grand, il était mince, il était intelligent, il parlait bien, une belle gestuelle, un charmeur. Bien, il s'est en venu à côté de moi puis on a jasé toute la soirée.
Puis là, j'ai senti qu'il y avait l'attrait sur moi aussi, beaucoup. -OK, l'attrait, ça veut dire que, si tu me permets, Rose, elle décide de... « se laisser faire taponner? » C'est tu ça? -Elle va même accepter d'aller sur des dates avec lui. -Ah ok. -Oui, oui. -C'est sûr qu'au début, elle se bat encore contre ses valeurs religieuses, mais graduellement, elle va faire son chemin. -Oui, ça va arriver. (Rose) Il venait me chercher. On allait au jardin botanique ensemble,
tout seul. Par la main, puis on s'embrassait. Tu sais, il y avait un début, là. Puis il voulait... Non, j'ai dit non, non, non. On peut s'embrasser un peu, mais non. Je disais, « parle-moi en anglais. » J'aime ça que tu me parles en anglais. Je savais pas parler en anglais. « Ah, you are beautiful », puis tout ça. Ah, j'étais contente qu'il me parles en anglais! Puis là, ça a été la déclaration d'amour, vraiment. Tu sais, j'étais naïve, même à 37 ans, 38 ans.
-Donc en attendant ça, je suis content que Rose vive quelque chose à son tour, mais est-ce que ton grand-père, Élo, il est au courant, à ce moment-là? -Bien, au début, Rose fait ça en secret. -Oui. Éventuellement, elle va sentir le besoin d'en parler à son mari quand même. Je pense parce qu'elle se sentait un peu mal, mais oui, ça se passe quand même. (Rose) Je vais en bas dans le sous-sol puis j'ai dit, « j'ai de quoi à te dire. »
J'ai dit, après-midi, on s'est rencontrés. Gordon et moi, tout seuls. Puis on s'est embrassés plus que d'habitude. Puis j'ai dit, ça commence à me faire peur. Ça me fait peur beaucoup, beaucoup. Puis j'ai dit, il y a eu des rapprochements pas mal. Je dis, il n'est pas question d'autre chose. Bien, il dit, « du moment que ça casse pas notre couple. » Je le regarde, je lui ai dit, « tu penses pas que le couple, il est pas déjà cassé?
Juste d'entendre ça, tu penses pas? » -OK, ça, ça fait que les choses brassent, j'imagine. Puis ça me fait penser à des discussions sur le polyamour qu'on peut avoir maintenant en 2025. C'est quand même... On voit déjà des rapprochements dans les histoires. Ça fait que c'est pas « smooth ». -Non. Puis il y a une chose que la grand-mère d'Élo ignore.
En fait, c'est que son conjoint, le grand-père d'Élo, Réjean, lui, de son côté, a commencé à fréquenter une femme qu'on va appeler Danielle pour les besoins de l'histoire. Et c'est la femme de Gordon, justement. -OK, attends. Donc là, on a Danielle et Gordon qui sont un couple, Rose fréquente Réjean, et puis là... OK! -C'est là que les choses commencent à se passer. c'est plus qu'un triangle amoureux, là c'est comme un carré avec un X au milieu...
-C'est comme un échange comme symétrique. C'est un échange parfait. C'est comme un miroir. -Puis tu sais, tu parlais des discussions comme on en a aujourd'hui. Je pense que c'est pas si clair que ça pour ma grand-mère, le côté « Réjean et Danielle. » Je pense qu'elle s'en doute, mais là, elle en a la confirmation. Juste quelques semaines plus tard, quand elle va dans un party pour le travail de Gordon. (Rose) Quand on s'en va, il y avait une grosse réception.
On avait tous réservé des chambres là-bas. On partait pour deux soirs, une fin de semaine. Le premier soir, on avait pris du vin, puis on avait bien du fun. Je me prépare à me coucher. Gordon prend la place de Réjean. Puis il se couche à côté de moi. Puis il ferme les lumières. Réjen s'en va avec Danielle, Puis c'est de même que ça a commencé. Là, j'ai compris que ça s'appelle l'échange de couples. C'était commencé.
J'avais de l'attention, j'avais de l'attention. On allait dans un restaurant, Il payait, donnait des pourpoires pour qu'on ait toujours la première place. Puis jamais ça m'était arrivée dans la vie. T'es tellement belle, puis t'es tellement... Tu me reposes, je sens un calme chez toi. Écoute, j'avais jamais eu d'importance de même dans ma vie. Oh, mon Dieu Seigneur! J'étais au ciel. J'étais au ciel. C'était l'euphorie. -T'étais en amour.
-J'étais en amour. C'est bien sûr. -Est-ce que t'aimais encore papi? -Je l'aimais, mais il y avait eu beaucoup de blessures. Il y avait eu beaucoup de blessures, de déceptions. Mais je l'aimais. Mais là, c'est sûr que je ne peux pas te mentir que là, j'avais une préférence. Ça a duré trois ans et demi. Tout, tout, tout, tout était organisé pour qu'on soit à quatre. Je cancellais les parties de famille, je cancellais tout. C'était prioritaire. J'étais au ciel.
-J'aime tellement ça, entendre ta grand-mère parler d'amour et de passion. Et quand elle parlait au début de Réjean, de la rencontre, elle a utilisé le terme être au ciel, le ciel sur terre. Puis là, c'est la même chose pour Gordon à ce moment-ci. Pour elle, c'est comme synonyme du grand amour. C'est toute une traversée pour elle, une évolution pour une femme qui voulait rien savoir au début.
-Oui, puis surtout qu'elle voulait rien savoir, puis là, ça devient... -Ça prend toute la place, comme elle dit. -Tout est organisé autour de ça, les vacances, Noël, tout. -Ils louent des chalets à quatre. -Ils partent en vacances à quatre. -Ils sont tout le temps ensemble, c'est vraiment... On le disait tantôt, quand ils sont ensemble, ils s'échangent vraiment.
-Oui. Dans le fond, pour récapituler un petit peu, ce qu'il se passe, c'est que les fins de semaine puis les vacances, dans le fond, Rose, ma grand-mère, Réjean, c'est mon grand-père, donc Rose va sortir avec Gordon. Gordon, c'est comme son amoureux durant les vacances. Et Réjean, mon grand-père, va sortir avec Danielle, qui est la femme de Gordon, pendant les vacances. Mais la semaine, ils redeviennent mari et femme. Chacun de leur côté. -Ils reviennent dans la routine.
Et vivent leur vie de famille parce qu'il ne faut pas oublier que ta mère est dans le portrait, qu'ils ont des enfants. -Exact. -Donc ça, est-ce que c'est tabou? Est-ce que c'est caché ou c'est l'image qu'on a des années 70, l'amour libre, on vit ça, non? -Ils vivent ça encore en secret. Ils essaient de le cacher, en tout cas. Oui, parce que oui, on est à la fin des années 70, début 80. Je pense que tout ce qui est comme libération sexuelle, c'est peut-être plus les jeunes, j'ai l'impression.
Peut-être que c'est pas vrai de dire ça, mais tu sais, mes grands-parents, ils ont presque 40 ans, ils sont mariés, ils ont des enfants. Je pense qu'à l'époque, c'est quand même rare. Il y avait des divorces. Mais de là à ouvrir le couple et à s'échanger de même, je pense pas que c'était si commun que ça. -Il y avait encore du conformisme, dans l'image qu'on a de la famille. -Oui, je pense. -C'était des gens pour qui les apparences étaient super importantes.
Ils essayaient quand même de préserver cette espèce de façade-là de couple traditionnel, de part et d'autre. -Ils vont essayer de le cacher, mais je pense qu'ils sont pas si subtils que ça. -Même pas subtils pantoute, je pense. -Parce que ma mère a 16 ans. Elle est quand même vieille. Je pense qu'elle, elle s'en rend compte. Je lui en ai parlé justement un petit peu, lui demander comment toi, tu vivais ça?
(Manon) Il y avait beaucoup, beaucoup, beaucoup de rencontres, toujours, toujours en couple. C'était des amateurs de patin artistique. Puis ils pouvaient écouter des semaines et des semaines, le patin artistique. Fait que moi j'arrivais à n'importe quelle heure. Quand j'arrivais, Gordon, il tenait ma mère par l'épaule, ma mère, elle s'avançait, elle prenait son drink. Puis là, Gordon enlevait sa main. Fait que moi automatiquement, je me disais, ben, coudonc, pensez-vous que j'ai rien vu, là?
C'était toujours le même stratège, à chaque fois. Tu te dis, voyons, c'est quoi cette histoire-là? Il me semble que c'est bizarre, là, que tes parents ne soient pas en couple ensemble. Tu as l'impression que mon père, c'était... ma mère c'était Danielle, puis ma mère, mon père, c'était Gordon. Fait que moi, je le voyait, j'avais 16 ans. -Ça, ça a duré combien de temps ce petit... Cette dynamique-là? Trois ans à peu près? Mais déjà, au bout de deux ans et demi
ça commence à s'effriter là... -Ouais ben ça commence à s'effriter parce que Gordon, dans le fond, va commencer à délaisser ma grand-mère parce qu'il rencontre une autre femme. -Ok donc Gordon lui, garde ses options ouvertes et lui n'est vraiment pas monogame, c'est ce que je comprends. -Faudrait lui demander, mais ouais, non. -Je vois un peu la dynamique. Et là, comment ta grand-mère réagit?
-Bien, elle est dévastée, tu sais. Elle, elle se disait qu'elle pouvait quand même compter sur son mari, parce que là, Gordon part, mais son mari est encore là, fait qu'elle se retourne vers son mari. -Là, Gordon part, c'est fini? -Oui, c'est fini. Puis là, elle dit, bon, bien, je pense que c'est la fin du trip, tu sais. Qu'est-ce que toi, tu penses de ça, tu sais? Mais lui, il était pas vraiment prêt, je pense, à mettre fin à l'expérience.
-Pas prêt pantoute : il était tombé en amour, vraiment complètement en amour, avec la femme de Gordon, avec Danielle. -Lui, il était bien dans cette situation-là. Il avait trouvé son « beat » à lui, là-dedans. -Oui, puis il a invité ma grand-mère à poursuivre à trois, mais elle, ça l'intéressait pas tant que ça, donc elle l'a mis un peu devant un ultimatum. -Puis il a choisi l'autre femme.
(Rose) Donc, j'ai dit, c'est la fin avec Gordon, c'est la fin avec Réjean, Donc un soir, j'ai pris de la vodka, avec une pilule pour dormir. Gordon est arrivé, là, j'ai dit, « Gordon, on se sépare. » Puis je dis, là, c'est vrai. Puis j'ai dit, il y a un petit papier, là. J'ai marqué, ce soir, nous nous séparons. 10 avril 1981. Puis je lui ai dit, signe en bas. Il a signé. Là, dans le condo, il a tourné, il a crié, il a crié «Qu'est-ce que j'ai fait? Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça?
Que c'est que j'ai fait pour mériter ça? » Je le regarde, j'ai dit, dans mon fort intérieur. Maman m'avait dit, « t'as couru après. » Dans ma tête, je me suis dit, « J'ai couru après. Toi, bien, t'as couru après. » Là, il est parti avec Danielle. Puis là, le ciel est tombé en enfer. Écoute, quand quelqu'un qui me dit, « Moi, je ne crois pas à l'enfer. » Moi, j'y crois. J'ai voulu mourir, mais j'ai voulu mourir. J'ai eu un deuil, il n'y a pas personne qui le sait, ça a été un deuil de 20 ans.
C'était épouvantable. Je ne peux pas le décrire. C'est que chaque minute, chaque seconde que tu vis, « comment je vais faire pour faire ma minute? » Le soir, j'avais mon oreiller, je me mettais ça dans la face. Je pleurais, je pleurais, je voulais faire un tour d'auto. Je criais, je frappais sur mon volant, puis je criais, je criais, je criais, je revenais, j'avais plus de voix. Je n'avais pas d'identité. Je n'étais plus personne.
Personne ne me regardait. Ça s'est fait dans une semaine, même pas. Tout était parti en fumée. Plus d'amis, plus d'amis. Un deuil par-dessus l'autre. -C'est beaucoup de deuils et elle a de la suite dans les idées, Rose, le ciel, encore une fois, qui est tombé en enfer. On la suit là-dedans. C'est une épreuve pour ta grand-mère, j'ai l'impression. -Bien, tu sais, la majorité d'entre nous, en tout cas, je parle pour moi,
une peine d'amour, c'est difficile. Mais j'en ai jamais vécu deux en même temps. -Ça doit être rough en maudit. -Oui, ça doit être vraiment difficile. Hé là là! J'ai beaucoup d'empathie pour ta grand-mère. Puis je me demande qu'est-ce qu'elle a fait, à partir de ce moment-là. Elle a fait comme tout le monde finalement fait.
Elle a pris son courage, puis elle a essayé de survivre un jour à la fois, une minute à la fois, comme elle dit là, ça a été... elle s'est reconstruite mais ça été long, tu sais, quand même ; ça a duré plusieurs années, je pense qu'elle a été seule à peu près 12 ans. 12 ans avant qu'elle rencontre un autre homme. C'était vraiment une grosse épreuve pour elle. -Mais là, cet homme là, elle est encore avec lui aujourd'hui. -Ok, ça donne d'espoir quand même, et ton grand-père là dedans?
-Mon grand-père, Réjean et Danielle, sont encore ensemble aujourd'hui. -Ça fait 43 ans. -Une histoire d'amour, ça aussi. Et Gordon, lui, de son côté, s'est éventuellement remarié aussi. -Bon, mais là, tout le monde s'est placé. C'est la fin du film, les crédits. Ils se sont mariés, ils restent ensemble 43 ans. Tout est bien qui finit bien, c'est ça? -C'est sûr que oui, je pense qu'avec du temps, tout est bien qui finit bien, mais tu sais,
j'ai quand même l'impression que, comme dans toute rupture... Bien pas dans toutes ruptures, mais dans certaines ruptures, je pense que ça, ça a été une rupture difficile. Il y a quand même des dommages collatéraux, il y a des enfants qui sont là, tu sais, je pense qu'il y a des gens, quand même, qui ont souffert de la séparation.
-Ouais puis tu sais, la preuve de tout ça, c'est que quand on est allés, enfin, quand Élo est allée demander à son grand-père et sa nouvelle conjointe s'ils voulaient nous parler cette histoire-là... -Ouais, on ne les a pas entendus... -Ouais, c'est ça, ils ont refusé. Je pense que c'était trop pour eux, c'était comme une histoire qui était vieille, aussi, je pense qu'ils voulaient laisser ça du côté du passé. -Ouais, ok, puis est-ce que toi, est-ce que tu t'es remise en question,
à ce moment-là, tu sais, je sais pas... -Oui, c'est sûr que j'ai eu des questionnements sur le projet; « est ce que je continue à raconter cette histoire-là malgré tout? » mais je pense que... Tu sais, j'ai pensé abandonner le projet, mais en même temps, je pense que j'avais comme envie de continuer à parler de cette histoire-là, puis je trouvais qu'elle était intéressante pour plusieurs personnes aussi, -Donc c'est quoi qui a fait que tu a continué finalement?
C'est quoi qui t'as convaincu? -Je pense que c'est ce que ma grand mère m'a dit pendant l'entrevue puis... Oui, c'est ça, ça m'a comme inspirée, je pense. (Rose) Mon Dieu, c'est beau ce que j'ai appris, par exemple. Tu sais, avec les années, j'ai vécu la solitude. Dans ce temps-là, tu réfléchis, tu penses, puis tu trouves des réponses. Bien oui, j'en ai trouvées. Je voulais pas un amour trop fort. Plus c'est fort, plus c'est dangereux pour moi.
Aussitôt que j'avais quelqu'un trop fort, j'avais comme des barrières, quand j'aimais trop. -C'est pas triste un peu? -C'est triste. -C'est pas s'empêcher de vivre des trucs? -Oui, c'est triste, mais ça me tiédit. Il y avait trop d'écarts entre la joie puis la peine. C'était... C'était trop. Je me suis reconstruite à partir quasiment de zéro. J'ai vécu 12 ans toute seule. -Si t'avais à le refaire, est-ce que tu le referais? -Jamais. -Non? -Jamais.
(Manon) Moi, je pense que ma mère, elle est ce qu'elle est aujourd'hui à cause de ça. Aujourd'hui, c'est une femme qui est épanouie, ouverte d'esprit. Mais je pense qu'à l'époque, elle était peut-être plus naïve. Il fallait peut-être qu'elle passe par là. C'est dur parce qu'elle a, comme on dit, elle en a mangé des chars, là, tu sais. C'est pas le fun, tu souhaites pas ça à personne, mais moi, je pense qu'elle est sortie grandie de cette histoire-là.
(Rose) Moi, c'est mon lit de mort, je vais pouvoir dire, mission accomplie. J'ai touché à tout. Ça me fait peur de dire ça. J'ai touché à tout, tout, tout, tout ce que je voulais. Tout ce que j'aimais. J'ai touché à tout. Quand je pense à ma vie, brûlée au fer rouge deux fois, Tu ne peux pas être brûlée au fer rouge plus que ça. Ce n'était pas le ciel tant que ça. Le ciel, c'est tu sais quand? -Maintenant? -Oui, oui, c'est mon ciel. C'est vrai. J'ai la paix. J'ai la paix. Guy est là.
Je m'adonne très, très bien avec lui. On est bien ensemble. Très bien. Le calme, la paix, la sagesse. Jamais, il va parler contre quelqu'un. Jamais, jamais, jamais. C'est-tu mon ciel? -On entend Éloïse, Manon, qui est ta mère, qui parle de la naïveté de ta grand-mère là-dedans. Et c'est touchant. Elle est tellement passionnée aussi, quand elle dit qu'elle est brûlée au fer rouge deux fois. On sent cette cicatrice-là encore. -C'est une toune d'Éric Lapointe! -C'est ça.
-Oui, puis tu sais, ça m'a fait quand même de quoi, quand... C'est ça, j'y pose la question de... C'est pas triste un peu, de voir un peu, justement, qu'elle soit autant passionnée puis devoir se restreindre parce que c'est trop fort, ça nous touche trop puis on a trop de peine quand on vit des grosses émotions. Puis oui, c'est ça, ça m'a comme un peu troublée, mais en même temps, je la comprends. -Mais tu sens que, j'imagine, elle a vécu pleinement.
C'est quelqu'un qui a mordu dans la vie à pleines dents. -Oui, c'est ça, tu sais, même si c'est un peu paradoxal parce qu'elle a dit qu'elle a tout vécu, mais qu'en même temps, elle ne le referait pas. Je pense parce que, justement, personne ne veut vivre deux peines d'amour en même temps. Je pense que c'est difficile à vivre et personne ne mérite ça.
Mais je pense que ce qu'elle essaie de dire et peut-être qu'elle l'avoue à demi-mot, c'est que justement, malgré tout, elle a goûté à tout, pleinement, vraiment. -Ça crée des discussions inter- générationnelles qui sont passionnantes. Moi, ça me donne envie d'en parler plus avec les grands-parents qui me restent. Est-ce que vous sentez qu'il y a eu cette transmission-là, finalement, parce que c'était un peu l'objectif de raconter cette histoire-là et de tendre le micro à un membre de ta famille?
Est-ce qu'il y a quelque chose qui s'est transmis dans l'exercice? -Bien oui, parce que je pense que ça en dit long sur elle, et donc nécessairement sur moi, même si ce n'est pas la même histoire. Je pense qu'il y a quand même quelque chose qui s'est transmis. Mais je pense aussi que ce n'est pas si... que la transmission comme ça intergénérationnelle, c'est vraiment un travail à long terme.
Je donne un exemple; on est allés voir, Nicolas et moi récemment, ma grand-mère, puis on est allés jouer aux quilles avec elle! -Le patin, les quilles, je vois une petite tendance... -Puis, on a découvert qu'elle était vraiment bonne! -Genre vraiment bonne. Genre des abats à chaque coups, là, je te jure! Elle nous pète toute la gang, c'est sûr. -Pour vrai! C'est comme professionnel, -Niveau compétition! -Elle a tout fait, des abats -Les petites ou les grosses? -Les petites boules.
-C'est important aussi. -Vous auriez dû me dire ça avant dans l'histoire, il me semble qu'il est tard pour que vous me révéliez des détails importants comme ça! -Des détails, c'est vrai, ça en dit long. -Ben on va apprendre des trucs comme ça nous, graduellement -C'est ça, c'est comme «ah, je continue à en apprendre sur ma grand-mère. » Tu sais, je ne la connais pas au complet, quand même, il y a encore des choses que j'apprend sur elle, donc je pense que ça en dit long sur l'espèce
de travail qu'on a à faire avec... Tu sais, d'avoir des vraies relations avec des personnes de plusieurs générations; des enfants, des grands-parents, ou des aînés, si on n'a plus de grands- parents. Mais je pense que c'est là qu'il y a une transmission qui se fait quand on les côtoie pour vrai. -En jouant aux quilles. -On va aller traîner dans les allées de quilles pour créer des liens signifiants. -Se faire des amis!
À part tous ces apprentissages sur les quilles, vous retenez quoi de l'histoire? Si je peux me permettre d'en parler, moi, ce qui m'inspire de Rose et de toute cette gang-là, finalement, c'est un peu la manière dont ils ont mené leurs vies. Ils n'ont pas eu peur. Ils n'ont pas eu peur d'avoir de la peine. Ils n'ont pas eu peur de se faire mal. Ils n'ont pas eu peur de se péter la gueule. Ils sont juste allés.
-Oui, puis tu sais, je disais au début que j'avais essayé de... pas manipuler, mais un petit peu, essayer de convaincre ma grand-mère de parler, en lui disant que c'était une pionnière des relations humaines. Mais je pense que c'est vrai. -C'est vrai. Oui, oui, oui. Tu sais, pensez à ça, ils se sont quand même affranchis des normes sociales, pour essayer de trouver, de se patenter, de se gosser un modèle relationnel qui leur convenait mieux à eux à ce moment-là.
-Oui, puis même s'ils se sont pétés la gueule peut-être un peu en chemin et qu'il y a eu des blessures, ils sont quand même allés, ils l'ont fait quand même. -Ça, c'est inspirant. -OK, bon, je reconnais le côté auteur, autrice en vous, et documentariste, parce que je vous pose une question sur les apprentissages et vous ne me parlez pas exactement de... Je ne veux pas aller dans le comérage, mais je ne peux pas passer sous silence le fait que vous êtes un couple aussi.
Vous travaillez ensemble, on l'a dit tout à l'heure. Vous l'avez fait pour cette histoire-là, mais, est-ce que je peux aller là et vous poser la question? -Je savais que tu t'en venais avec ça, mon maudit! -Je ne veux pas être maladroit, mais je suis curieux de savoir est-ce que ça a suscité pour vous des conversations sur... Pas nécessairement le polyamour directement, mais je ne sais pas... la non-monogamie éthique, le type de relation, ce qu'on peut en faire ressortir.
-Oui, c'est sûr. C'est une discussion qu'on a, qu'on continue à avoir, qu'on va avoir encore dans le futur. -Dans quelques minutes après l'épisode. -Oui, c'est ça. Ça se passe maintenant. Mais je pense qu'on a surtout été inspirés par cette histoire-là. Enfin, on voit peut-être les autres manières dont on essaie de s'affranchir, nous aussi, des normes sociales, au-delà de la sphère juste de l'intime, amoureuse, sexuelle aussi.
-Oui, puis je pense que... C'est ça, de s'affranchir des normes, mais de se permettre de se tricoter une vie qui nous ressemble, de se parler, de s'écouter dans nos besoins, puis dans nos libertés. Pour ça, oui, absolument. -On n'est pas capable de vivre ça comme ça, libres à tous les jours. -Non, bien sûr. -On essaie. Puis on se dit qu'au pire, bien, comme ma grand-mère, on se pètera la gueule, mais on préfère vivre des expériences puis essayer des choses, tu sais.
-Oui, puis si on continue à faire le parallèle entre les années 70 et l'époque à laquelle on vit en ce moment, j'ai l'impression qu'il y a beaucoup de choses qui se sont perdues dans le manque de communication. Si on prend l'exemple précis de l'histoire de Rose, il y a eu des déceptions, il y a eu peut-être moins de communication, d'acceptabilité par rapport à la non-monogamie éthique.
Je me dis, en vous entendant, qu'on peut apprendre de ces... pas de ces échecs-là, parce que ce qu'elle a vécu, ta grand-mère, c'est absolument inspirant. Moi, en tout cas, je souhaite que les gens vivent des passions comme ça, mais au moins, on dirait d'en parler entre générations, ça fait en sorte qu'on ne va pas répéter certaines erreurs et qu'il y aura peut-être un peu moins de douleurs en cours de route. En tout cas, je le souhaite aux gens qui sont en couple comme vous. Absolument.
Nico, Élo, merci infiniment pour ce témoignage et cette histoire aujourd'hui. -Merci. L'heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec. Écoutez tous nos épisodes sur les plateformes de Télé-Québec, sur Apple Podcast, ou l'application de votre choix. Enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois.
Alexis Élina et Simon Coovi-Sirois. Caméra et montage : Patrick Lozinski. Productrice au contenu : Audrey Blackburn. Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger.
Clara Gauthier-Morrison. Communications : Louis-Philippe Roy.
Simon Guibord. L'indicatif musical est de P'tit Béliveau. À la recherche : Maude Petel-Légaré et Emmanuelle Gauvreau. Merci à Steven Boivin et Clara Lagacé de Transistor Média, et au Ministère de la Culture et des Communications du Québec, qui a rendu ce projet possible. Je m'appelle Julien Morissette, merci d'avoir été à l'écoute.
