L’histoire de la musique et de la chanson est encore trop peu documentée au Québec. Si on parle d’une perspective de recherche universitaire et même d’accès aux archives, il y a beaucoup de chemin à faire encore. C’est ce qui m’a toujours donné envie de raconter l’histoire d’albums ou de groupes mythiques à travers des séries documentaires. Mais il y a un artiste que je n’ai pas réussi à asseoir en studio. Un musicien dont je n’ai pas réussi à obtenir l’accord pour lui consacrer une série.
« Jean Leloup, ma baleine blanche. » Les raisons qui m’ont été données par son agente sont totalement légitimes. Il ne voulait tout simplement pas que d’autres personnes que lui capitalisent sur son image. Quand on est une icône culturelle, je sais pas à quel point on peut contrôler ça. Je dois avouer que ça m’a challengé en tant que réalisateur. Oui, je veux lui rendre hommage, parler de sa discographie, de son œuvre, mais est-ce que je le fais même s’il refuse ?
À travers mes recherches pour comprendre la place qu’il occupe dans la culture populaire, il y a un élément qui ressortait toujours et qui ressort encore en 2025. Les gens veulent savoir où est Jean Leloup. C’est vrai que c’est un artiste qui disparaît constamment, sans crier gare et souvent pour de longues périodes de temps allant de quelques mois à plusieurs années.
Aujourd’hui, avec la réalisatrice Élodie Gagnon, on va se pencher sur la figure de Jean Leloup et sur cette petite obsession de savoir où se trouve le cow-boy qui se balade avec son étui de guitare. Parce que là, justement, ça fait un petit bout qu’on ne l’a pas vu. Bienvenue à L’heure de grande écoute, le balado qui vous fait entendre les histoires vraies et les personnages surprenants qui façonnent le Québec. L’épisode d’aujourd’hui, Où est Jean Leloup ?
On accueille en studio Élodie Gagnon. Salut Élodie. Salut Julien. On t’a mandaté pour cet épisode-là, quand même une grosse mission, nous retrouver Jean Leloup. Rien de moins. J’ai pensé à toi parce que tu as réalisé l’excellente série « Pourquoi Julie ? » Un balado dans lequel tu partais à la recherche de Julie Masse, icône des années 90, avec la journaliste Émilie Perrault. Je veux juste spécifier un petit quelque chose pour ceux qui n’ont pas entendu la série. Julie Masse n’est pas disparue.
On sait où elle est. Elle est aux Bahamas avec ses quatre enfants, son chum Corey Hart. Tout va bien. C’est bon, c’est bien de le spécifier. Parce que contrairement à Jean Leloup, on le sait où elle est, Julie Masse. Mais vous avez quand même essayé de lui parler. Oui, tout à fait. Et ça n’avait pas été simple.
Émilie avait sondé beaucoup de contacts, de gens autour d’elle pour essayer de trouver le meilleur chemin pour lui remettre une magnifique lettre qu’elle lui avait écrite, dans laquelle elle expliquait sa démarche et surtout, évidemment, dans laquelle elle lui demandait une entrevue. Et pour les gens qui n’ont pas écouté la série, qu’est-ce qu’elle vous a dit ? En fait, on a eu une belle réponse, tout à fait à l’image de Julie, très polie.
Mais dans laquelle elle déclinait malheureusement à notre demande d’entrevue. Ça fait partie des risques du métier qu’on fait, mais quand c’est l’objet principal de ta quête, ce n’était pas une simple invitée, c’était au cœur de votre projet, c’est quand même dur à encaisser. Bien oui, mais je te dirais que le pire dans tout ça, ce n’était
même pas ça. Et ça, je vais te donner un scoop parce qu’on ne l’a pas dit dans la série, mais c’est que lorsqu’elle nous a répondu qu’elle ne voulait pas nous donner d’entrevue. Elle a aussi ajouté qu’elle ne voulait pas que le balado se fasse. Oh, ça, je ne savais pas. Est-ce que vous avez eu peur de recevoir une mise en demeure en lisant ça ? Non, parce que c’était à l’image de Julie. C’était très « soft ». C’était plus subjectif. Bienveillant. Ce n’était pas une menace, clairement.
Mais on a quand même senti qu’on avait franchi une limite qu’elle-même avait posée. Ça nous a un petit peu ébranlés, même remis en question, parce que, comme tu le dis, c’était quand même l’objet de notre balado. Alors, c’est pour ça qu’avant de partir pour retrouver Jean Leloup, je voulais justement parler avec Émilie, parce que ça fait six ans que « Pourquoi Julie ? » est sortie. Donc, je voulais avoir un peu son avis sur cette nouvelle quête-là, avec le
recul sur « Pourquoi Julie ? » Mais aussi, Émilie, elle a, je pense, interviewé à peu près tous les artistes du Québec à son émission « Il restera toujours la culture » à Radio-Canada. Et en plus, la cerise sur le sundae, c’est l’amoureuse de Tire le coyote. Je ne vole pas de punch, tout le monde le sait. Donc, en termes de personnalité connue, elle se connaît. Est-ce qu'on a le droit de partir à la recherche de ces artistes-là sous prétexte qu’on les aime, qu’on a un lien d’attachement ?
C’est une bonne question. Moi, je pense qu’ils ne nous doivent rien. Les artistes nous donnent déjà beaucoup. Ils nous donnent accès à leur psyché, à leur créativité. Ils nous laissent des chansons qu’on peut réécouter. Quand ils sont en spectacle, on peut aller les voir. Mais pour moi, le contrat, il s’arrête là. Ils nous doivent rien de plus. Ils ont droit à leur vie privée. Ils ont droit de changer d’idée, de changer de carrière.
Je ne sais pas, effectivement, si cette quête-là… Si tu découvres l’endroit où il est... Qu’est-ce que tu fais une fois que tu as cette information-là ? En même temps, il fut un temps où on se demandait il était où Karim Ouellet. Puis, on disait « ça fait longtemps qu’on a entendu parler de Karim ». Puis, ça passait. Puis, c’est quand même triste de penser que pendant quelques semaines, il n'était plus là. Puis, personne ne le savait.
Je pense qu’il ne faut pas trop culpabiliser les gens qui se demandent « il où est Jean-Leloup ? » Il y a aussi une part d’inquiétude là-dedans. J’aime beaucoup la réponse d’Émilie Perreault, parce que j’ai l’impression de me refaire remettre à ma place, un tout petit peu, mais avec beaucoup de bienveillance et de sensibilité. Parce que bon, d’un côté, Émilie nous dit que les artistes ont droit à leur vie privée, même s’ils sont dans la sphère publique.
Mais en même temps, l’exemple de Karim Ouellet, que je ne voyais pas venir, très honnêtement, ça m’a un peu surpris et saisi quand elle a dit ça. Le corps de Karim Ouellet a été retrouvé quelques semaines après sa mort. Et ça nous prouve que des fois, on a peut-être raison de s’inquiéter, je ne sais pas. Oui, s’inquiéter, oui, mais justement, Émilie nous dit que ce n’est pas notre rôle de partir à leur recherche. Ça ne va pas légitimer à tout coup une recherche.
Exact. Elle, ce qu’elle dit, c’est qu’on ne devrait pas être trop dur envers nous-mêmes de s’inquiéter, de notre curiosité. Parce que, tu sais, Jean Leloup, on n’est certainement pas les seuls à le chercher. On n’est pas les seuls à l’aimer. Non, je te le confirme. On n’est pas les seuls à se demander « il est où ? » Exact. Comme il y avait quand même plusieurs personnes qui cherchaient Karim Ouellet, et malgré tout, ça n’a pas empêché, malheureusement, le triste sort qui lui est arrivé.
Puis, Émilie l’a soulevé, autre point important, qu’est-ce qu’on ferait avec cette information-là si on pouvait localiser exactement Jean Leloup ? Moi, je ne voudrais pas, je pense, troubler sa paix en dévoilant ici, à L’heure de grande écoute, qu'on peut voir Jean Leloup du lundi au vendredi au coin de telle rue, où, je sais pas, il gratte la guitare, à tel parc, à tel moment. Tu la garderais pour toi, mais tu ferais quoi avec ?
Je ne sais pas... J’aimerais ça que Jean Leloup sache au moins qu’on a ce désir de le voir et de l’entendre à nouveau. Parce qu’en tant que public on est très attaché à sa musique, puis je pense que c’est légitime de se poser la question
« Est-ce qu’il va revenir un jour, Jean Leloup ? » Parce que ça fait quelques années déjà qu’il nous a proposé un album, « L’étrange pays ». Puis, je me souviens, au début de cette année-ci, début 2025, dans une émission culturelle à ICI Radio-Canada première, l’animatrice Rebecca Makonnen émettait le souhait d’entendre parler ou d’avoir des nouvelles de Jean Leloup en 2025, donc je pense qu’on est quand même une bonne gang de gens
à se demander « où il est, Jean Leloup ? » Je vais te raconter une petite anecdote qui va peut-être t’aider dans ta réflexion. Alors, quand j’étais petite, j’habitais à l’île d’Orléans. Et puis, un jour, j’étais avec mon père sur la rue. Il y a un touriste qui nous arrête et qui demande à mon père, « Est-ce que vous savez où habite Félix Leclerc ? » À l'époque où il était vivant. Félix a fini la fin de sa vie et a habité une longue partie de sa vie à l’Île d’Orléans.
Et donc, mon père répond oui. Je sais où il habite. Le touriste, tout content, lui demande « Pouvez-vous me donner son adresse ? » Mon père répond... non. Il n’a pas besoin d’être dérangé. Il est chez lui. Il est bien. Le touriste, tout énervé, dit « Je ne veux pas le déranger. Je veux juste aller le rencontrer pour lui dire à quel point j’aime ce qu’il fait. » Ton père est-ce qu'il lui a donné l’adresse, finalement ? Non. Jamais. Jamais. Le touriste est reparti frustrer.
Sauf que ça m’a appris très petit qu’il y avait une distinction très claire entre la vie privée et la vie publique. Et que c’est pas parce que t’es connu que t’as pas le droit d’avoir quand même une vie intime, une vie personnelle. Vraiment. Puis tu vois, moi je pense que ça nous amène à reconsidérer la question de base. Parce que je pense qu’on se pose pas la bonne question. Ce n’est pas « où est Jean Leloup » qu’on devrait se poser, c’est « pourquoi on le cherche » ? Tu as vraiment raison.
Ça, je te l’accorde. Mais moi, je te reviens avec une autre question. Donc, elle vient d’où cette obsession-là, à ton avis, à chercher ou à vouloir retrouver des vedettes qui s’éloignent de la sphère publique ? C’est une bonne question, puis je pense que la meilleure personne, encore une fois, pour y répondre, c’est Émilie Perreault, parce qu’elle, elle a écrit un livre « Faire œuvre utile ». Oui, qui est devenue une série aussi.
Exactement, qui justement met en contact des gens qui ont été hyper touchés par une œuvre avec l’artiste qui l’a créée. Donc, voici ce qu’elle avait à dire sur la question. Il y a quelque chose d’intime dans la création. Donc, souvent, quand on écoute une chanson d’un artiste qu’on aime, ce qui fait qu’on va « bonder », si je peux utiliser l’expression. C’est qu’on a l’impression que tout à coup, il y a quelqu’un qui nous comprend. On n’est pas tout seul.
Ah, il y a quelqu’un qui a mis des mots sur ce que je suis en train de vivre. Donc, c’est sûr qu’il y a une connexion qui se crée à ce moment-là. Puis là, ça peut nous donner l’impression qu’on est proche de cette personne-là. J’ai l’impression que ce que dit Émilie, de manière générale, s'applique encore plus dans le cas de Jean Leloup. Je ne sais pas si tu es d’accord, mais… Pourquoi ? Parce que pendant longtemps, il a été tellement accessible.
Tout le monde le croisait à Montréal, dans des cafés. On le voyait à Québec aussi. J’ai entendu des anecdotes de gens qui se sont retrouvés dans des partys avec lui à jouer de la guitare, à presque devenir collaborateurs avec lui juste comme ça parce qu’ils l’ont croisé. Ça, c’est ce que le photographe Christophe Chat-verre appelle l’aura amicale de Jean Leloup. C’est d’ailleurs ce qui l’avait le plus marqué la première fois qu’il l’a rencontré.
Donc, je te raconte vite, vite sa rencontre avec Jean parce que c’est assez démonstratif. Alors, Christophe, à l’époque, on parle du début des années 90, il est étudiant à Montpellier. Il revient d’une soirée où il est allé de jammer avec un ami. Donc, il a sa basse sur l’épaule. Il traverse la place publique et là, il voit deux gars, Jean Leloup et son comparse d’alors, Michel Dagenais. Un excellent guitariste québécois. Tout à fait. Et Jean interpelle Christophe en disant « Hey, t’as une
basse, tu fais de la musique ? » Et là, ils se mettent à parler. Christophe les invite chez lui et à partir de ce moment-là, ils deviennent des potes inséparables. Puis, quelques jours après, ils vont même partir à Barcelone pour aller recruter des membres du groupe qui s’appellera « Jean Leloup et La sale affaire ». C'est l’anecdote la plus
Jean Leloup de toutes les anecdotes. Ça me surprend vraiment pas, Puis, ça démontre à quel point, des rencontres comme ça, ça peut changer la trajectoire d’une vie. Bien oui, parce que... écoute Christophe n’était pas photographe à l’époque. C’est grâce à Jean Leloup qu’il est devenu un photographe professionnel. Ça, je ne savais pas. Non, ben écoute, très simple, je te raconte l’anecdote. C’est qu’en fait, Christophe, je t’ai dit qu’il jouait de la basse.
Quand Jean Leloup a vu sa basse, il lui a demandé qu’il lui fasse quelques morceaux. Et très vite, les deux se sont rendu compte que Christophe n’était pas au niveau de Jean Leloup. Pauvre Christophe ! Ben oui. Oui, mais quand même. Christophe l’a aidé à trouver les autres membres du groupe qui, eux, étaient à la hauteur de Jean Leloup. Sauf qu’un jour, Jean Leloup était chez Christophe et il a vu un appareil photo sur la table de Christophe.
Il a pointé l’appareil et il lui a dit « Prends des photos, ça va servir ». Et c’est comme ça que Christophe est devenu le photographe attitré du groupe. C’est un des dons de Jean Leloup de voir le talent chez d’autres personnes. On peut le voir comme ça. Oui, et évidemment, tu as déjà vu les pochettes de « L’amour et sans pitié ». Oui, puis « Le Dôme ». Oui, l’iconique photo de Jean Leloup. Complètement. Ce sont des photos que Christophe, justement, a prises.
Je pense que tu l’as bien dit, mais Jean Leloup, c’est un de ses pouvoirs. C’est qu’il est vraiment capable de réunir n’importe qui pour créer, mais aussi, surtout, de convaincre les gens de partir à l’aventure avec lui. Puis, avec l’aura amicale qu’il dégage, il est capable de rassembler des gens et de faire collaborer du monde. Il y a plein de personnes talentueuses qui se retrouvent, qui se greffent à ses projets.
Oui, sauf que, des fois, ça vient avec pas mal de pression comme l’explique Christophe. Donc « Le Dôme », en fait... je sais pas combien de musiciens ont participé, mais peut-être il y a 40 musiciens ou 50 ou 60 musiciens qui ont participé au « Dôme ». Donc, imagine entre ceux qui ont participé directement plus les amis de ces gens-là. Dans le milieu musical, entre 92 et 95, déjà, il y avait cette fascination d'expériences possibles. Et déjà dans le milieu musical, c’est... ça se répand.
Tu sais, Jean Leloup devient comme un... quelque chose de possible, un initiateur éventuel ou quelqu’un qui accepte d’accueillir des gens dans ses projets. Et ensuite, les gens qui écrivaient éventuellement des paroles aussi. Donc ce n'est pas des musiciens, et qui se rapprochaient. Après, t’as des gens qui faisaient de la vidéo et souvent, Jean entamait des discussions et les gens étaient tellement demandeurs que Jean il savait pas dire non.
Donc, il disait parfois « Ouais peut-être, ah ouais ça serait cool si on faisait ça un jour », par exemple. Donc, après, ça restait suspendu dans la tête de pas mal de personnes. Et après, il y a beaucoup de monde aussi qui espérait… Je parle du milieu artistique qui voulait faire des choses avec lui parce qu’il savait qu’en même temps, il y avait une ouverture et qu’il faisait plein de choses.
De tous les artistes québécois, honnêtement, dans les musiciens, j’ai l’impression que c’est probablement la personne qui a collaboré avec le plus de gens de plein d’horizons différents, de styles musicaux, de pays différents aussi. Il a collaboré avec plein de gens d’un peu partout. Moi, je rajouterais de générations différentes parce que tu me racontais qu’il y a plusieurs jeunes artistes que tu as rencontrés dont c’était l’idole. Exactement.
Tu sais, quand je faisais… J’ai fait une série sur Daniel Bélanger et l’importance de l’album « Rêver mieux ». J’ai eu des témoignages vraiment inspirés de la part d’Hubert Lenoir, qui a vu Jean Leloup au Colisée Pepsi à Québec, et ça a vraiment changé sa perception de ce qu’une vedette ou une figure mainstream pouvait représenter dans une culture comme celle du Québec. Klô Pelgag qui a témoigné de son rapport, de la sensibilité de Jean Leloup aux questions de santé mentale.
Des artistes comme Philippe Brach, Dumas, qui ont vraiment, vraiment été influencés directement par Jean Leloup. Donc, ça touche beaucoup de gens de beaucoup de générations. Tu vois, c’est drôle parce que Christophe parle de lui comme un peu d’un chaman. Je sais que le terme est un peu fort, mais un chaman parce qu’il a cette vision très ouverte sur le monde, qui a probablement été façonnée, entre autres, par son enfance au Togo et son adolescence en Algérie.
Mais tu vas voir, il l'explique bien pourquoi il prend pour un chaman. Il est un peu un chaman du monde urbain, de Montréal aussi, je pense, inconsciemment. Et parfois, les gens aussi sont attirés vers ça, en fait, vers cette énergie. C’est-à-dire qu’au départ, c’est un chanteur qui a du succès, c’est le jeune premier qui va vers la gloire, mais en fait, lui, il prend des chemins de traverse, c’est l’instinct.
Il y a une espèce d’instinct. Et en fait, quand il est sur un plateau télé et qu’on commence à lui poser des questions trop sérieuses, puis là, tout d’un coup, il part complètement sur un délire. Et je crois que ça aussi, ça fait qu’il fascine beaucoup. Et qu’il attire et que les gens veulent en savoir plus. Tu sais, la fascination qu’on a pour un artiste, c’est certain que ça crée son statut de vedette. Je pense que ça répond à la question que tu posais tout à l’heure Élodie.
« Pourquoi on le cherche, Jean Leloup ? » Honnêtement, je pense que j’ai trouvé peut-être une piste de réponse. Je ne sais pas si tu vas être d’accord, mais... Je t'écoute. L’unicité de Jean Leloup, je pense qu’au Québec, on pourrait dire qu’il n’y a personne qui se rapproche de ce qu’il représente. Moi, j’irais plus loin. Je dirais, je pense que dans le monde, il est unique, Jean Leloup. Il y a peut-être Bob Dylan, je ne sais pas si tu es d’accord, mais qui pourrait peut-être s’en rapprocher.
Pourquoi ? Qu’est-ce qu’ils partagent, tu trouves ? Bien, je ne sais pas, c’est comme deux conteurs qui arrivent à nous accrocher avec des histoires tellement bien ficelées. Un peu comme dans le film très librement inspiré de la vie de Dylan, « I'm Not There ». J’ai l’impression que Jean Leloup, lui aussi, il a eu plusieurs vies, puis c’est ce qui fait qu’il y a autant d’histoires à raconter. Oui, et autant d’histoires à raconter, mais autant de personnages à incarner aussi, surtout.
Moi, l’authenticité de Jean Leloup, je la vois pas tant dans sa capacité à confier ce que lui vit. Mais plutôt à dire dans ses chansons ce que l’humain peut vivre. Moi, je dirais ça comme ça. Je trouve que son côté authentique, c’est d’être capable de s’imprégner de tous ces états d’âme, d’esprit qu’un individu peut avoir sans que ce soit nécessairement les siennes à ce moment-là. Je le trouve un peu caméléon.
Des fois, quand il joue, mettons le rôle de quelqu’un comme dans « L’antiquaire », qui est un vandale, on a l’impression vraiment, dans sa manière d’interpréter, qu’il va voler quelque chose. Quand il va interpréter sur « Paradis City » les bateaux, la voix dans la cabine téléphonique, on a vraiment l’impression que c'est lui le criminel qui essaie de renouer les ponts avec la personne à qui il s’adresse. Fait que l’authenticité, je pense pas que c’est juste le fait de se confier soit.
C'est aussi d’être capable d’incarner l’authenticité des sentiments, des émotions de ce que peut vivre finalement n’importe quel être humain. Moi, je le vois comme ça. Celle qu'on vient d'entendre, tu la connais. Oui ! C’est Nadia Murray. Oui, celle qui a écrit le livre « Le principe de la mygale » aux éditions L'instant même. Puis ça, pour les fans, les fans de Jean Leloup, c’est vraiment un livre à lire parce que ça décortique de manière tellement intelligente
son œuvre. Puis moi, c’est vraiment en parlant avec elle que ça m’a fait comprendre en fait toute la fascination qu’on entretient pour Jean Leloup. Parce que, tu sais, on parle souvent du personnage excentrique, bon, assez spécial, différent, mais on oublie des fois que c’est vraiment un formidable esprit créatif d’abord et avant tout. Comme il s’est refait un peu d’un album à l’autre, c’est hyper diversifié, tu sais.
C’est une espèce d’insaisissable, c’est tellement difficile de le cadrer dans un seul imaginaire. Des fois, c’est ça qui arrive aussi avec la chanson populaire, quand on écoute un artiste, il est très bon. Mais d’un texte à l’autre, il va nous ramener souvent le même genre d’imaginaire, un peu le même style. Chez Leloup, d’un album à l’autre, c’est vraiment très différent.
Quand par exemple, il est arrivé avec « Paradis City », quand il amène cette idée-là de mettre dans la musique des sections de cordes, des violons, violoncelles et autres, puis qu’il va faire la chanson entre autres « Le Roi se meurt », on est proche de quelque chose de très classique. Puis en plus, le propos de la chanson, c’est aussi le titre d’une pièce d’Eugène Ionesco, une pièce absurde.
Puis en même temps, je pourrais prendre une chanson sur les fourmis, où là, on est dans un univers hyper décadent. Bertha, c’est l’incarnation, elle est très gargantuesque elle est haute, elle mange énormément, ça fait sourire. Fait qu’il y a beaucoup de fables, de personnages animaux chez Leloup. Des fois, il va nous parler de ces personnages un peu marginaux, comme Cookie dans « L’amour est sans pitié ». Fait que résumer Leloup à quelques thématiques, c’est à peu près impossible.
C’est tellement riche, c’est fou. J’aime ça quand Nadia parle des univers de Jean Leloup, parce que c’est vrai que les artistes, parfois, se limitent à un univers ou à des thèmes très connexes, mais Jean Leloup, chaque fois qu’il sort un nouvel album, un nouveau projet, c’est un univers en soi, une nouvelle proposition. Oui, puis à chaque fois, c’est complètement différent. Puis, c’est ce que Nadia me disait, qu’elle, c’est ce qu’elle préfère chez Leloup.
Tu sais que Nadia a jamais rencontré Jean Leloup ? Vraiment ? Vraiment. Je savais pas. Non, puis justement, je lui ai demandé qu’est-ce qu’elle pensait de notre quête de le retrouver. J’aimerais pas qu’on le trouve... parce que je… il me semble que c’est tellement... ce qu’il y a de plus beau dans cet artiste-là.
Puis à la rigueur, je blaguais, je disais qu’en décortiquant un peu la pochette du dernier album « L’étrange pays », puis en regardant les textes, pour moi, il y avait suffisamment de signaux qui laissaient penser voici mon dernier album. Mais s'il y a un album qui sort l’année prochaine génial. Génial, je me serais trompé. Puis, ça va juste me dire « ben voilà, tu t’es encore fait avoir ma grande ». Puis, il y a cette idée-là aussi de berner un peu tout le monde.
Se faire berner par Jean Leloup. On dirait que j’aime ça comme idée parce que... on s’entend que lui il aime ça jouer avec nous en tant que public. Oui, mais en même temps s'il y a une chose que Jean Leloup ne me semble pas être, c’est calculateur. Ah c’est vrai, il n’est pas malicieux. Non, puis c’est pas, je ne l'imagine pas en train d’élaborer des stratégies pour berner son public. Moi, en fait, Jean, je trouve que c’est même complètement l’inverse de ça.
Pour moi, Jean, il incarne la liberté. La liberté, c’est être sans contraintes. Évidemment, c’est un idéal qui n’est jamais atteint, parce qu’il y a toujours des contraintes. Il faut manger, il faut s’occuper de ses enfants, on a diverses contraintes qu’on accepte, qu’on accueille. Puis là, bon, les philosophes disent la liberté c’est choisir ses contraintes, OK. Mais... on est élevés d’une telle façon que...
On ne les choisit plus tellement les contraintes parce que... ils deviennent comme une part de nous-mêmes, ils deviennent naturels, c’est ça être formaté, tu sais, c’est comme on prend une forme qui n’est pas la nôtre, qui n’est pas tout à fait, en majorité, pas faite par nous-mêmes. Fait que, juste commencer à se poser la question, est-ce bien la forme dans laquelle moi je me sens bien ? Est-ce bien une forme que je valorise, qui a du sens pour moi ?
Juste commencer à se poser la question, puis dire, hum, pas tout à fait, à tel et tel moment et tout, ou vraiment pas. Puis, commencer à essayer de regagner du territoire sur le formatage. Pour moi, ça, c’est tendre vers la liberté. Pour moi, c’est quelque chose qui se fait depuis toujours, puis c’est effectivement une valeur fondamentale.
C’est une des choses principales qui me guide dans ma vie, qui me donne un sens, qui fait que je ne suis pas complètement perdue sans boussole au milieu de l’océan, sans trop savoir qu’est-ce que je fais. C’était bien Catherine Dorion, ça. Oui, écoute, je voulais tellement l’interviewer pour qu’elle nous parle de ce concept-là.
Parce que, pour moi, s’il y a une personne qui a vraiment incarné la liberté dans les dernières années, c’est elle quand elle a quitté la politique pour justement regagner sa liberté artistique. Alors, je l’ai attrapée, je l’ai contactée en fait, elle est en résidence d’artiste en Slovénie, mais elle m’a accordé… Est-ce qu’elle cherchait Jean Leloup ou non ? Elle ne cherchait pas Jean Leloup, mais j’ai découvert que c’est une fan finie de Jean Leloup.
J’aime Jean Leloup parce qu’il est un peu fou. Bien, il est fou. Je ne sais pas si c’est « politiquement correct » de dire ça, mais sa façon d’être et d’être à l’extérieur, en tout cas, comme il est à l’intérieur, probablement qu’il essaye, malgré tout, de ressembler un peu plus à un gars normal, ce qui est difficile pour lui, mais on sent sa différence, on sent sa folie, carrément.
Puis, je trouve que c’est un signe de… C’est quelque chose qui peut guérir dans une société très conformiste, où tout le monde est pareil, où en fait, tout le monde est très, très, très différent à l’intérieur. Moi, je dis souvent, vu de près, tout le monde est fou, tu sais, mais que... on se fait violence, chacun d’entre nous, pour correspondre à quelque chose qui soit rien.
Le conformisme, c’est un lissage complet pour pas apparaître, pour pas se faire remarquer, pour pas être victime de... du conformisme qui peut être aussi intense et violent que n’importe quel autre « isme ». Quand on voit quelqu’un comme Jean Leloup qui est soit totalement fidèle à sa folie intérieure, soit incapable de le cacher, c’est une bouffée d’air pour tout le monde.
C’est une « Ah ! On a le droit d’être comme ça ! » Dans ses textes, on sent la même folie, dans sa façon de chanter, sa façon d’être sur scène, sa façon d’être en entrevue. On sent qu’il y a soit une irrévérence complète pour la tentative d’être normale ou une incapacité de l’être qui, vraiment, pour moi, c’est un effet guérisseur, complètement.
Ça donne une bouffée d’air à la personne qui se promène dans le monde en disant « Je me sens étrangère à ce monde » ou « Je me sens étranger à ce monde ». On est nombreux à se sentir comme ça par moments ou tout le temps. Ça fait que… C’est ça... c'est pour ça que je l’aime.
Jean le guérisseur, ça, c’est une image que j’aime beaucoup parce que de penser qu’il pourrait, en tant qu’artiste, nous aider collectivement à assumer qui nous sommes, un genre d’objecteur de conscience face au dictat de la société. Bien, un peu ce que Catherine, d’ailleurs, a essayé de faire lorsqu’elle était députée à Québec solidaire. Tellement. Entre 2018 et 2022. Puis, c’est d’ailleurs cette expérience-là qu’elle raconte dans son livre « Les Têtes brûlées ». Oui.
Puis, tu sais, c’est un rôle super important d’être objecteur de conscience. Qui est noble, mais ça peut être ingrat. Complètement. Puis des fois, même, ça peut se faire au détriment de la créativité. Une des raisons principales, je m’en suis rendu compte après, mais une des raisons principales qui ont fait que j’ai dit « ah je veux plus être là »,
c’est que j’étais plus capable d’écrire un texte que je trouvais bon. Je n'étais plus capable de donner une performance, mettons, sur scène que je trouvais... habitée. Tu sais, j'étais comme complètement siphonné, mais vraiment. À force d’être trop vu, trop, trop en représentation tout le temps, il y en a plus de sources, de ressources, d’inspiration. Tu sais, pour être inspiré, tu as besoin de calme, que personne te sollicite, d’être en dialogue
avec toi même. Même chez nous avec les seuls échanges avec mes enfants, puis ma famille rapprochés, des fois, c'est trop. Je suis trop vidée juste de ça pour pouvoir créer. Être avec le monde tout le temps, avec des caméras, avec du monde qui disent « mais qu’en pensez-vous, qu’en pensez-vous ? » « Qu’avez-vous à dire ? » ou je ne sais pas quoi. Même si c’est full du monde positif, puis clairement, ce n’est pas toujours positif.
Dans le cas de Jean Leloup, il y a eu du monde qui ont ri de lui, il y a eu de la méchanceté. C’est dur quand quelqu’un comme Jean Leloup arrive avec toute sa vulnérabilité pour... Oui, on voit les affaires bizarres, mais on voit... les belles affaires. C’est un don quelque part. C’est comme j’accepte de me mettre nu. Tu vas tout voir, mais je te le donne. Puis là, il ya une partie de la réaction parce que les choses sont ainsi faites, qui va être méchante. Carrément. C’est l’humanité,
qu’est ce que tu veux... Fait que ça, ça te vole aussi de l'énergie. Que ce soit positif, négatif, à un moment donné, je pense que ça te… ça te déconnecte de ton esprit créateur, disons. Puis, ça fait que « oups », la chose qui t’a amené en avant, tu l’as pu. Tu fais quoi ? Tu restes-tu en avant à occuper ça comme une espèce de parasite, genre ? Parce que tu veux pas quitter le rapport avec le public parce que… mais tu te sens pas bien. Fait que, ça serait ridicule.
Je pense… J’ai l’impression, ça serait mon hypothèse sur comment peut-être Jean Leloup a vécu les choses à travers l’expérience que moi j’ai eue. Il me semble qu'ils sont rares les artistes comme Jean Leloup qui arrive à s’extirper du carcan de la célébrité pour mieux reconnecter avec qui ils sont personnellement, artistiquement aussi. Me semble que ça prend beaucoup de courage. Ça prend beaucoup de courage, mais je dirais que dans son cas à lui, il le fait de manière très radicale.
Puis ça, moi, ça force beaucoup mon respect parce que c’est rare de se rendre jusque-là. Exactement. Mais justement, parlant de respect, Julien, je te relance sur la quête de départ. Ah oui, oui. Parce que là, on a dit plein de choses, on a fait le tour un petit peu, mais est-ce qu’après tout ça, t’as encore le goût de retrouver Jean Leloup ? Bien, concrètement, je pense pas. Je pense que si j’ai le goût de le retrouver, c’est pour lui témoigner de l’admiration, c’est sûr. On l’entend
depuis tout à l’heure. C’est quelqu’un, c’est un artiste qu’on aime beaucoup, mais... On dirait que je voudrais qu’il ait conscience de l’effet qu’il a eu sur tant de gens dans la culture, dans notre rapport à la musique. J’aimerais surtout aussi qu’il me donne sa bénédiction pour faire une série complète pour souligner tout ça, mais ça,
c’est un autre dossier. Mais je réalise peut-être aussi qu’il y a une peur que je camoufle depuis tantôt de ne plus avoir l’occasion de le voir ou de l’entendre. Tu sais, je ne voudrais pas que sa carrière s’arrête là, que « L’étrange pays » soit son ultime album et qu’on n’en entende plus parler après ça. J’ai comme… Oui, peut-être qu’en te lançant à sa recherche, c’était pour répondre à cette peur-là de ne plus le recroiser dans une rue ou un parc.
Sais-tu ce que Catherine Dorion aimerait faire, elle, si elle rencontrait Jean Leloup ? Qu’est-ce qu’elle ferait ? Rien. Il n'y a pas beaucoup de monde que j’admire, là, vraiment. Il y a beaucoup d’artistes que j’aime, j’apprécie, mais admirer, il y en a pas beaucoup. Puis lui, c’en est un. Puis, quand j’admire du monde de même, je me mets à développer des fantasmes, pas sexuels, mais des fantasmes de
« Qu’est-ce qui se passerait si j’étais avec lui ? » Depuis que je suis enfant, j’ai ces genres de réflexion-là. Fait que mon fantasme de rencontrer Jean Leloup, je serai genre dans un endroit n’importe où avec lui, mais je parlerai pas. On serrait en train de regarder la même affaire, puis on jaserait pas, mais je le laisserais peut-être parler. Je veux dire... le fantasme c’est que, il y a pas de conventions sociales. On sent qu’avec lui il y en
a pas. Faut toujours qu’ils se... dans les entrevues, il valse entre sa façon d’être tout à fait non conventionnelle et les conventions du média. Tu sais, tu sens qu'il ne contrôle pas trop non plus cette valse-là, ce qui est merveilleux. Donc, j’imagine, dans mon fantasme, qu’il n’y aurait pas de convention sociale, qu’il n’y aurait rien. Fait qu’on serait enfin libres d’être comme des enfants, genre, attendre que quelque chose…
Rien. Je voudrais juste être assis sur un banc à côté, puis un bout de temps. Rien faire et voir ce qui émerge. Ça me plaît beaucoup comme idée, ça. Et n’avoir aucune attente. Oui, c’est vrai. Parce que rappelle-toi ce que Nadia Murray disait tout à l’heure. Une des plus belles choses chez Jean Leloup, c’est justement qu’il est insaisissable. Fait que le jour qu’on va aller à l’encontre de ça, on va détruire ce qu’il y a de plus beau en lui. C’est vrai.
Puis, tu sais, en même temps, on l’a tellement idéalisé, Jean Leloup, en tant qu’artiste, mais aussi dans ce qu’il représente. Puis j’avoue, je plaide coupable d’avoir participé à ça. Ces disparitions font partie du mythe. Ça alimente ça. D’où la question « Où est Jean Leloup ? » que je me posais au tout début. Ce mystère-là alimente notre envie de le revoir, ses absences. Ça devient comme un cercle vicieux.
C’est drôle parce qu’une très belle chose que Nadia Murray me disait, c’est que chacun cherche un Jean Leloup différent. Tu as des gens qui vont chercher le Jean Leloup festif de 1990. T’en as d’autres qui vont chercher le Jean Leloup qui faisait dérailler les entrevues. T’en as d’autres qui vont chercher le Jean Leloup des chapeaux haut-de-forme. Excentrique. Exact. Mais toi, Julien, quel Jean Leloup cherches-tu ? Je pense que c’est le Jean Leloup cow-boy,
vagabond, solitaire. T’sais, celui qu’on peut voir sur la pochette de « La Vallée des réputations ». Se promener dans « L’étrange pays », son dernier album aussi. J’aime beaucoup ce côté-là du chanteur seul avec sa « guit » qui se promène en voyage avec son équipement de cinéma pour s’enregistrer un peu n’importe où. « Lonesome cowboy ». Exactement, sur une plage du Costa Rica ou dans le fond d’un rang à Baie St-Paul. J’ai beaucoup d’attachement à cette figure-là de Jean Leloup. Toi, Élodie ?
Moi, je ne cherche aucun Jean Leloup. Ah non ? Non. Moi, je suis très bien avec un super beau souvenir que j’ai de lui. Puis, quand je m’ennuie trop, j'y repense, puis ça me fait sourire à chaque fois. Raconte-moi ça. Bien, j’étais enceinte, ça fait plusieurs années. Je marche sur la rue Laurier à Montréal. Et je suis en retard, comme d’habitude, pour aller à un rendez-vous. Donc, j’essaie de courir, mais évidemment, je ne suis pas capable. Avec la bedaine. Bien oui, ça va mal.
Donc, j’essaie de marcher le plus vite que je peux. En plus, c’est l’été, ça fait qu’il fait très chaud. Je sue, je souffle, je marche en canard. Je ne suis vraiment pas à mon meilleur. Et tout d’un coup, j’entends surgir de nulle part « Ah ! Comme les femmes enceintes sont belles ! » Puis là, je me retourne pour savoir d’où ça vient. Et là, je le vois, Jean Leloup qui fait le plus beau des sourires en continuant à marcher. Et tout d’un coup, je me suis sentie comme la reine du monde.
J'ai ralenti le pas. Je me suis mise à regarder partout autour de moi et je me suis trouvée belle. Puis pour moi, c’est ça, Jean Leloup. C’est quelque chose de précieux, de rare, que tu accueilles comme le plus beau des cadeaux, quand il se manifeste, s’il se manifeste, mais que tu essaies surtout pas de provoquer. Faut que ça vienne vers toi. Faut pas partir à sa recherche. T’as bien raison, ça m’a convaincu.
Je pense que j’aime mieux garder l’image de mystère dont je te parlais, de pas savoir où il se trouve, sur quelle rue, dans quel quartier, dans quelle ville, dans quel pays. Et s’il va revenir, ouais. Peut-être qu’il ne reviendra pas. Peut-être. Il faut être en paix avec cette idée-là. Voilà. Merci, Élodie. Merci à toi, Julien. L’heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.
Écoutez tous nos épisodes sur les plateformes de Télé-Québec, sur Apple Podcasts ou l’application de votre choix. Enregistrement, montage et mixage audio, Simon Coovi-Sirois. Musique originale, Alexis Elina et Simon Coovi-Sirois. Caméra et montage vidéo, Patrick Lozinski. Productrice au contenu, Audrey Blackburn. Script-édition, François Desrochers. Coordonnatrice, Clara Gauthier-Morrison. Communication, Louis-Philippe Roy. Visuel, Bureau 60A. L’indicatif musical est de P’tit Béliveau.
À la recherche, Maude Petel-Légaré et Emmanuelle Gauvreau. Merci à Steven Boivin, Clara Lagacé et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média, à la Ville de Gatineau et au ministère de la Culture et des Communications du Québec qui a rendu ce projet possible. Je m’appelle Julien Morissette. Merci d’avoir été à l’écoute.
