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Le Spécialiste

Aug 07, 202530 minEp. 19
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Episode description

Le microdosage fait de nombreux adeptes, mais qu’en est-il vraiment?

Confrontée à des épisodes anxieux, Annie s’interroge sur son rapport à la médication et sur le phénomène des microdoses, dont plusieurs vantent les mérites. Au fil de sa quête, elle fait la rencontre d’un dealer, « spécialiste » des psychédéliques.

· Animation : Julien Morissette
· Invitée et scénarisation : Annie Cloutier
· Réalisation : Xavier Kronström Richard
· Collaboration : Jim et Saïd Kourrich
· Production au contenu : Audrey Blackburn
· Indicatif musical : P’tit Belliveau
· Réalisation sonore, enregistrement, montage et mixage audio : Simon Coovi-Sirois
· Musique originale : Simon Coovi-Sirois et Alexis Elina
· Caméra et montage vidéo : Patrick Lozinski
· Recherche : Emmanuelle Gauvreau et Maude Petel-Légaré
· Script-édition : François DesRochers
· Cheffe de contenu pour Télé-Québec : Sophie Bélanger
· Coordination : Clara Gauthier-Morrison
· Communications : Louis-Philippe Roy
· Visuel : bureau60a
· Remerciements de l’épisode : Jim et Saïd Kourrich
· Remerciements de la série : Steven Boivin, Clara Lagacé et Sophie Lacelle-Bastien de Transistor Média

L’heure de grande écoute est une série de Transistor Média, produite en collaboration avec Télé-Québec.

Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de la Ville de Gatineau (via l'Entente de développement culturel avec le gouvernement du Québec).
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Transistor Média, basée à Gatineau (Québec), est un studio de création, de production et de diffusion d'œuvres audios. En plus de ses balados, l’organisme tient annuellement le Festival Transistor et le Kino-radio.

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Transcript

Mes personnages préférés sont pleins de nuances. Des protagonistes avec des zones d'ombre, des antagonistes attachants. Ceux qui sont faits de multitude, comme le disait le poète Walt Whitman au 19e siècle. En fiction, c'est un autre Walt, Walter White, dans la série Breaking Bad, qui détient la palme du meilleur personnage de tous les temps.

Walter est un prof de chimie de la classe moyenne, qui enseigne dans une école secondaire au Nouveau-Mexique, qui devient un cerveau important de la confection et du trafic de méthamphétamines. Il se lance dans cette entreprise, quand il reçoit un diagnostic de cancer, question de laisser de l'argent en héritage à sa famille. On pourrait dire en toute confiance que Walter White ne passait pas grand temps à réfléchir au bien-être des consommateurs de drogues dures.

Et en ce sens-là, l'histoire qu'on vous raconte aujourd'hui met en scène un personnage très différent. En compagnie de l'autrice et comédienne Annie Cloutier, on va marcher sur une fine ligne entre la curiosité et l'apprentissage. L'idée n'est pas de vous encourager à consommer des substances qui sont pour l'instant illégales, mais de nourrir une réflexion et d'ouvrir un dialogue sur le microdosage.

Bienvenue à L'heure de grande écoute, le balado qui vous fait entendre les histoires vraies et les personnages surprenants qui façonnent le Québec. L'épisode d'aujourd'hui, le spécialiste. On est en studio avec Annie Cloutier. Salut Annie. Salut Julien. Tu es ici pour nous raconter ta rencontre avec un dealer pas ordinaire avec qui tu as exploré l'idée du microdosage. Bien oui, la vie nous réserve parfois des petits détours surprenants.

Donc oui, toute cette histoire-là, ça a commencé il y a quelques semaines, quelques mois, le soir de mon anniversaire. Je ne sais pas si c'est le choc des 40 ans ou le petit verre de vin de trop, mais en rentrant chez moi ce soir-là, j'ai vécu l'expérience de ma première vraie grosse crise d'anxiété. Oh là là, bienvenue dans le club. J'ai beaucoup de compassion pour toi parce que, bon, j'en ai parlé souvent à ce micro et aussi dans d'autres séries. Je connais ça, l'anxiété.

C'était donc nouveau pour toi, si je comprends bien, les attaques de panique. Oui, oui, absolument. Jusqu'à maintenant, j'arrivais à bien me gérer, mais ce soir-là, vraiment, il y a une brèche qui s'est ouverte, puis je suis tombée dans une spirale pour quelques semaines où je n'arrivais même pas à fonctionner. Puis, j'étais vraiment paralysée par l'anxiété. Donc, je me suis dit, ça ne va pas continuer comme ça. Appelle le docteur, va dans le bureau du médecin.

Puis, je sors de là avec une prescription d'antidépresseur. OK. Est-ce que ça a fonctionné, la médication ? Bien oui, assez bien. OK. Good. Oui, oui, assez bien. Effets secondaires minimes, symptômes largement atténués. Donc, oui, tout a bien été. Mais ce qui s'est passé, par contre, c'est que l'anxiété et la santé mentale, c'est devenu mon unique sujet de conversation, une espèce d'obsession. Je ne faisais que parler de ça. Je comprends tellement.

Mais quand on ouvre sur ces sujets-là, quand on s'ouvre à ça aussi, des fois, ça devient comme une boîte de Pandore parce que ça peut être, c'est ça, comme tu le dis, central, mais ça... Ça nous affecte de tellement de façons différentes. Complètement, c'est vrai. Puis, plus on en parle avec les gens de notre entourage, plus on se rend compte qu'on est vraiment loin d'être tout seul. Ça touche beaucoup de gens, effectivement. Oui, oui, oui, tout à fait.

Puis, ce qui m'est apparu évident, à force de parler de ces sujets-là, c'est qu'on n'a vraiment pas tous les mêmes réflexes quand vient le temps de gérer ces situations-là, quand vient le temps de prendre en main notre santé mentale. Moi, j'avais accepté la médication sans poser de questions, d'une façon très naturelle, mais c'est vraiment pas tout le monde qui réagit comme ça, vraiment. Donc, il y a des gens qui me disaient,

« Ah, moi, c'est le sport, d'autres, la thérapie, ça change tout. » Et là, chose surprenante, il y a beaucoup de personnes qui m'ont dit que la microdose ou le microdosage avait changé leur vie complètement. Ça, je ne l'avais pas vu venir. Non, c'est vrai. Quand on parle de microdosage, qu'est-ce qu'on veut dire par là ? C'est quoi le terme ? On parle en fait d'une petite dose de drogue qui est vraiment minime, 10 à 20 fois plus petite que celle qu'on prendrait normalement pour avoir un buzz.

On parle surtout des substances hallucinogènes, les psychédéliques, comme le LSD ou les champignons magiques souvent. Donc, ça donnerait, semblerait-il, des effets semblables à ceux des antidépresseurs. Sans nous empêcher de fonctionner au quotidien, sans qu'on soit buzzé. J'avoue que moi non plus, ça n'aurait pas été mon premier réflexe de me tourner vers la drogue pour régler mes enjeux de santé mentale.

Peux-tu me dire, c'est quoi les bénéfices, les effets du microdosage quand on commence à en prendre ? Oui, c'est ça. En fait, ceux qui m'en ont parlé ont surtout soulevé le fait qu'avec le microdosage, il se sentait plus ouvert, plus créatif, plus heureux globalement. Donc, voilà. Puis, il y a suffisamment de personnes qui m'ont parlé de ça pour que je me pose la question, mais voyons, comment ça, j'en ai pas entendu parler.

Avant ce moment-ci, pourquoi tu penses que ça ne s'est pas rendu à toi ? Mon hypothèse, c'est qu'à la base, je ne suis pas une personne qui consomme vraiment de drogue. Un peu de cannabis ici et là, mais vraiment pas beaucoup. Je suis un peu chicken, donc je n'ai pas trop exploré cette veine-là dans ma vie. Puis aussi, je ne suis pas quelqu'un qui remet beaucoup en question le discours officiel en matière de soins de santé.

Je suis plutôt classique dans mon approche, mais c'est sûr qu'au fil de ces conversations-là, à force de parler de microdose, je me suis rendu compte que c'est vraiment différent pour chaque personne. Oui. Et dans les conversations, c'est là que ça devient intéressant, c'est qu'il y a quelqu'un, un personnage, qui est revenu vraiment souvent dans ces conversations-là. On me disait, il y a un dealer, que quelqu'un que je connais, connaît, qui s'intéresse à la microdose, puis je

pense que tu devrais lui parler. Qu'est ce qui était aussi spécial par rapport à ce dealer-là pour que tout le monde t'en parle constamment. C'est ça, ce qu'on disait c'est qu'il se spécialise dans la microdose et les psychédéliques, qui a développé toute une vision... Une vision vraiment unique de son travail. Et qui a bâti une entreprise, réellement. Puis que, il y a tellement de personne qui m'en ont parlé que c'était

devenu clair. Fallait que je lui parles. Mais comment on fait pour contacter un dealer comme ça pour lui dire « Heille veux-tu venir à mon micro discuter de ta profession, de ta philosophie. » En plus, ta pas l'air d'avoir un contact direct avec lui, donc ça pas dû être simple. Non, pas tout à fait simple, on ne peut pas vraiment le contacter sur LinkedIn. Il y a quelques étapes à franchir. Avec Xavier, le réalisateur de l'épisode et moi, on s'est mis sur le dossier.

Ça a pris un peu de temps, mais on a réussi à obtenir son contact sur Signal. On lui a envoyé un petit message. Ça, c'est comme une application de messages encryptés. Exactement, exactement, exactement. Donc, on a réussi à lui envoyer un message, à le retrouver-là. Mais bon, les semaines passaient, on n'avait pas de réponse. C'était long, c'était compliqué. On était sur le point de, bon, on va abandonner le projet. On va se tourner vers autre chose.

Puis finalement, alors qu'on avait perdu espoir, un petit salut est arrivé, puis il est entré en contact avec nous. Puis est-ce qu'il a accepté de vous accorder une entrevue ? Bien, là, pas tout de suite, comme ça. Oh mon Dieu, si seulement ça pouvait être simple. Il faut comprendre que ce n'est pas des tartes aux pommes qu'il vend. C'est illégal ce qu'il fait. Donc, il a fallu prendre des précautions pour protéger son identité.

Donc, pour qu'il accepte de nous parler premièrement, puis d'être enregistré deuxièmement, on a dû s'engager à changer son nom. OK. Puis aussi, on a modifié quelques détails de son histoire et de ses opérations pour le rendre moins facilement identifiable. OK. Donc, c'est ça. Mais une fois que tout a été mis sur la table et qu'on s'est entendu sur les contraintes, il s'est livré à nous avec beaucoup de transparence et beaucoup de générosité.

OK. J'ai hâte de l'entendre parce que ce n'est pas une décision qu'on prend à la légère comme ça de parler, pas nécessairement à visage découvert, mais de parler de son expérience de vie. Comment ça s'est passé, cette première rencontre ? Ah, bien, c'était quand même intéressant. On avait déterminé de se rencontrer, de faire l'entrevue chez moi dans un contexte intime. Quand il est arrivé, l'homme que je retrouve devant moi, c'est un homme fin cinquantaine, vêtu d'un long manteau noir.

Je dirais un homme avec beaucoup de charisme, mais un homme nerveux. Un homme... paranoïaque un peu... Un peu de paranoïa... Nécessaire, j'imagine, quand tu es un dealer puis un peu survolté. Ça fait deux jours qu'il n'a pas dormi. Il parle vite, il bouge vite. Il pose beaucoup de questions. Il est inquiet quand même. Puis, pas le choix. Ça tourne dans ma tête. Je me demande... Jim. C'est le nom qu'on va lui donner. T'es qui, toi ? Quel titre ou quel nom je dois me donner ?

Conseiller, on n'a pas le droit au Québec. Docteur non plus. Alors, je pense que... J'aime pas le mot spécialiste, mais spécialiste, ça a l'air qu'on peut utiliser lui. Mais je l'aime pas comme mot, personnellement. Boss non plus, mais ça a l'air que... Moi, je préfère me voir comme une personne de confiance, que le monde de la famille des festivals ici au Québec, tout le monde me connaît. Je donne des conseils aux autres depuis, quoi, au moins cinq ans. Et de plus en plus, le monde confirme.

Puis, si t'avais à définir ta spécialité ? Un drogue en microdosage ? Non, j'ai dit microdosage de drogue. Au mieux, je dirais même, maintenant, je commence à dire plutôt, mieux contrôler la consommation des drogues. Comment mieux les consommer, plus responsable et avec plus de sécurité. Il y a de la sagesse dans ce que Jim nous raconte. Je trouve ça surprenant. On pourrait dire ça, oui. Il faut dire que sa vision des choses, c'est raffiné et a évolué avec le temps.

Ça fait quand même 40 ans qu'il vend de la drogue-là. C'est pas rien. Puis, au fil des années, il a vraiment beaucoup étudié les drogues, leur impact sur le corps puis sur le cerveau. Puis, il prétend même que, dans une certaine mesure, la drogue peut améliorer la vie. OK, je veux pas être rabat-joie, mais il me semble qu'on peut pas ignorer les ravages que fait la drogue, que ce soit, je sais pas, surdose, troubles de dépendance.

On peut pas juste dire... il y a des bénéfices et c'est bien le fun. Non, absolument, absolument. Mais c'est là que son approche se distingue et qu'elle détonne. Il se décrit comme un dealer avec une conscience. Donc lui, ce qu'il veut faire en fait, c'est de permettre aux gens de consommer, oui, mais de le faire avec un contrôle des produits qui consomment. Donc, avec des dosages contrôlés, puis des produits clairement identifiés. Donc on trouvera pas de fentanyl dans la drogue qu'il vend.

Puis lui, il a été particulièrement inspiré dans le développement de sa démarche par les travaux de James Fadiman qui est un docteur en psychologie qui s'intéresse puis qui est un grand défenseur des psychédéliques depuis les années 60. Puis lui, c'est un peu le... il est considéré comme le père du microdosage. Donc, il a emprunté beaucoup de sa philosophie, puis de...

Il s'est beaucoup basé sur ses écrits pour développer son approche à lui, puis pour favoriser un meilleur contrôle au consommateur. La clientèle qui veut des microdoses, ça c'est nouveau ? C'est nouveau parce que c'est inconnue pour la plupart du monde. C'est quelque chose qui n'était même pas disponible avant. Parce que moi, au début, mon idée, au début, mon idée avec ça, la compagnie, c'était comme mieux consommer les drogues.

Parce que moi, je voyais mes mondes, même moi, combien de fois que j'étais sur le Plaines d'Abraham à Saint-Jean-Baptiste, et a ouvrir un sac de champignons secs, et les manger. Dégueulasse, mais on les mange quand même. Mais on les mange encore. Et je voyais le monde autour de moi qui faisait ça. Même la MDMA, avant, on achète un gramme de MDMA, on l'écrase, on lèche le doigt, on crisse le doigt là-dedans.

On peut pas prendre plus que 150 mg de MDMA dans une période de 24 h. On sait pas combien de MDMA qu'on a au fond du doigt. Combien de fois qu'on a pris une drop de LSD sur le dance floor ! Tu veux du LSD ? Ouais, on le met dans la main ou directement dans la bouche. Combien de microgrammes tu viens de consommé ? Tu ne sais pas. Alors moi j'ai vu tout ça et j'ai dit non, il doit y avoir une meilleure façon de consommer les drogues.

Et j'ai voulu trouver ça. Au début, au début, début, mon idée avec ma compagnie c'était ça. Après ça, c'est rendu les champignons. Comme les champignons, j'ai trouvé... OK. On les mélange au chocolat. Est-ce qu'on peut mettre, on peut faire ça avec d'autres drogues ? Et j'ai commencé à mélanger.

Ok, quand tu disais Annie que c'est un dealer avec une conscience, c'est que lui, il veut permettre aux consommateurs d'être un peu plus en contrôle des quantités, de la provenance des produits qu'il vend. Donc, c'est quand même une bonne affaire. Oui, c'est tout à fait pertinent. Puis c'est ça qui fait en sorte que sa réputation le précède. Les gens, ils sentent bien qu'ils peuvent, dans une certaine mesure, lui faire confiance. Toi, est-ce que tu lui fais assez confiance pour expérimenter ?

Parce que, je le rappelle, au départ, tu voulais savoir si la microdose pouvait être une option à considérer pour gérer tes enjeux de santé mentale. Oui, mais évidemment, c'est ça la question que j'avais en arrière de la tête pendant tout notre entretien. Est-ce que la microdose pourrait avoir pour moi aussi des effets positifs comme les gens à qui j'avais parlé ? Puis, je me doutais bien que Jim avait réfléchi à la question. Je pense qu'on a tous notre relation avec la dépression.

Moi, je me rappelle, ça venait au boutte. J'avais des crises d'anxiété depuis que j'étais très, très jeune. J'ai été prescrit Xanax très longtemps aussi. Personnellement, ça m'a pris plusieurs années avant que j'aille voir un docteur pour demander de l'aide avec ma dépression. Comme je me rappelle, la fois que je suis allé voir mon docteur, j'ai juste demandé, « Monsieur, est-ce que vous êtes capable de me donner quelque chose qui arrête les vagues ? » Je veux que ma vie soit une ligne.

Je ne veux pas une vie qui est pleine de vagues haut et bas. Et quand je l'ai reçue, comme en 2014, 2015 peut-être, j'avais reçu du Concerta et du Effexor. Et j'ai vu les deux avoir des effets secondaires sur le corps. Et j'ai voulu trouver une façon de consommer des champignons en petite dose. Parce que j'ai appris dans les papiers, et ça c'est des papiers scientifiques, je parle des années 70.

Ce ne sont pas des nouveaux, ce sont des papiers qui sont sortis il y a 50 ans, qui disaient « des microdosages, des micro de 10% d'un gramme de champignons régulièrement pour aider la dépression. » J'ai trouvé une façon de faire une extraction de champignons, c'est une recette de 1976 que j'utilise. Et d'une semaine à l'autre, j'ai arrêté mes pharmaceutiques, je ne les ai jamais revus, je ne les ai jamais repris. Et c'est quelque chose que je consomme, je le consomme encore.

C'est souvent comme ça que le microdosage est présenté, comme une alternative aux antidépresseurs. OK. Mais là, toi, dans ton cas, tu disais tout à l'heure que tu n'avais pas d'effet secondaire, puis que ça t'allait. Pourquoi tu as exploré cette voie-là ? Bien, premièrement, au sommet des raisons, c'est la curiosité. À force de creuser dans ce sujet-là, j'ai pas eu le choix de me demander si je passais pas à côté de quelque chose qui pourrait potentiellement être une alternative

intéressante à explorer. La curiosité. Pourquoi je me lève à chaque matin ? Je me lève à chaque matin parce que je reçois des commentaires et je reçois des commentaires une couple de fois par semaine du monde qui me texte, qui m'envoient des messages qui me remercient. Mais aussi, quand je reçois ce petit message, c'est comme un couple de mots qui disent, « tu ne peux pas imaginer comment tes produits ont changer la vie. Je suis capable de mieux dormir. J'ai dormi

très, très bien hier soir à cause de toi. » Des petits détails comme ça, à chaque fois, c'est pour ça que ça me fait lever le matin. Ça, je pleure encore. Quand je les reçois, ça me fait pleurer encore. Et ça fait des années que je fais ça. Ça me touche encore très, très profondément quand je reçois n'importe quel commentaire. Mon psychothérapeute me disait toujours que j'avais la misère pour accepter les compliments et ça reste encore le même cas.

Je reste quand même étonnée des émotions que ça provoque quand on trouve une clé pour aller mieux, pour apaiser une souffrance. Ah oui, c'est ce qu'on souhaite aux gens qui ont des enjeux de santé psychologique. C'est ce qu'on souhaite. Oui, mais là, je reviens à toi, Annie. Est-ce que ça t'a convaincu ce discours-là, ces échanges-là, à plonger, à expérimenter ? Ben oui, quand même. Oh yes !

Quand même, oui. C'est sûr que j'étais un peu sceptique, mais la curiosité et la volonté de comprendre un peu mieux ce qui se cache derrière ce phénomène-là, ça l'a emporté. Oui, tout à fait. Bon, c'est sûr que je trouve ça un peu questionnable d'aller chercher des conseils de santé mentale chez un dealer. Vu de même, je comprends.

Donc, avant de me lancer, j'ai pris la peine d'appeler Saïd Kourish, qui est professeur en neuropsychiatrie à l'UQAM, au département des sciences biologiques, et qui est aussi spécialisé en traitement des dépendances. Tu as trouvé ton candidat idéal pour réfléchir à ça. Ben oui, quand même. Puis, à mon grand étonnement, il nous a corroboré la majorité des informations avancées par Jim, quand même, oui.

Puis, il a ajouté quelque chose qui m'a surpris, c'est qu'il semblerait que 40 à 60% des gens réagissent pas bien aux antidépresseurs. Et donc, la grande question, en fait, dans notre domaine, en neuropsychiatrie, c'est qu'est-ce qu'on fait pour ces gens-là ? Que va-t-on faire ? Et c'est là qu'il y a des nouvelles voies, c'est là qu'on en arrive justement au psychédélique, la psilocybie, le LSD, le MDMA, donc l'ecstasy, etc. Donc remplacer, je dirais non.

Cependant, pour de la complémentarité, moi je trouve que c'est une excellente idée. Et cette solution, on a ces psychédéliques qui ont sait depuis très longtemps, depuis les années 50, 60, 70, qui avaient déjà beaucoup d'effets prometteurs, mais ça a été interdit, ça a été stigmatisé, et les raisons à cet époque-là, c'était purement social et politique.

Vous savez, c'est les années 60, c'est les années 70, il y a le contre-courant culturel, il y a le mouvement hippi, etc. Et beaucoup de leaders mondiaux pensaient, surtout aux États-Unis, que la société était sur le point de se désagréger. C'est vrai que les images qu'on a des années 60-70 ont laissé des traces assez fortes dans l'imaginaire collectif. Je pense à Richard Nixon qui parle de la drogue comme l'ennemi public numéro un en 71, au début de la guerre contre la drogue, la War on Drugs.

Là, ce que je comprends, c'est qu'il faut peut-être changer de perspective par rapport aux psychédéliques. Oui, tout à fait. Puis aussi, la perspective est en train de changer sur les psychédéliques. C'est un sujet d'intérêt de plus en plus présent en recherche. Ce que Saïd Kourish nous dit par rapport à l'exploration en laboratoire avec certaines drogues, c'est que lorsque les effets sont des effets sur le bien-être, bien, c'est des effets qui sont subjectifs.

Donc, il faut prendre en compte l'effet placebo, puis ça fait en sorte que c'est quand même difficile à prouver tout ça. Ça pose un défi. Ceci dit, ce défi-là, il est présent aussi quand on teste les molécules des antidépresseurs. On rencontre le même type de défi.

Pour ce qui est de la microdose, c'est sûr qu'on peut être inquiet de ces substances-là, mais la littérature scientifique nous dit qu'étant donné que les quantités sont vraiment infimes, il n'y a pas d'effet négatif qui ont été démontrés jusqu'à maintenant. On se rend compte que la communauté de consommateurs, de microdoseurs, sont en fait des microdoseuses.

Ce sont les mamans, parce que voilà, entre le travail, entre les enfants, le stress qui est associé avec, le piano, le sport, etc., etc., c'est un stress énorme qui est vraiment émotionnellement difficile. Et beaucoup de mamans, justement, commencent à troquer le verre de vin en fin de journée pour une microdose de psilocybine ou autre chose. Et la raison, c'est parce qu'il y a aussi cette image de nos jours que l'alcool est très nocif.

Ça, ce n'est pas une image, c'est la vérité. Et donc, il y a des gens qui se disent, si maman se dit, au moins la psilocybine c'est plus naturel. Donc ce que je veux dire c'est que on s'en rend même pas compte, mais il suffit d'aller à un bac à sable, je suis persuadé que certaines mamans sont sous psilocybine.

En bref, la littérature scientifique elle dit que « aucun effet secondaire sévère n'a été observé, aucune overdose n'a été observée, que la plupart des effets en fait en microdosage, les gens sont habituellement extrêmement satisfaits, 90% d'entre eux par exemple, voit là une élévation de l'humeur, 60% disent que leur anxiété a diminué, mais que tous ces pourcentages sont à prendre avec des pincettes parce que voilà il y a

l'effet potentiel placebo. Donc moi ma philosophie, ça a toujours été très simple même ce que la façon dont je conseille un peu les gens autour de moi, ça existe, c'est là les gens ils en prennent, il serait temps de mettre cartes sur table d'expliquer les risques et surtout, surtout promouvoir la recherche sans stigmatisation parce que c'est vers là qu'on s'en va.

Honnêtement, en entendant ça je tombe un peu en bas de ma chaise. Oui, j'en connais des mères de jeunes enfants qui expérimentent avec le microdosage, mais je ne pensais pas que c'était répertorié, documenté comme ça. Oui, c'est quand même épatant. Mais là, je veux revenir à toi. Annie, est-ce que cet échange-là avec Saïd t'a un peu rassurée ? Oui, absolument. Absolument. Assez pour que je me lance.

Visiblement, les risques étaient assez minces pour que je me sente confortable de tenter l'expérience. Donc, maintenant, ça fait un peu plus de deux semaines que je prends des microdoses de psilocybine, l'ingrédient psychoactif du champignon. OK. Donc, je prends 100 mg par jour pendant trois jours consécutifs. Puis après, une petite pause de deux jours parce que ce n'est pas recommandé de prendre des champignons à tous les jours. En continu, là. Oui, c'est ça.

Exactement, il faut prendre des pauses. Puis, je tiens mon petit journal, je note les effets, puis j'observe dans le fond ce que ça fait sur ma santé mentale, mon niveau d'énergie, ma créativité, tout ça. J'aurais aimé ça que tu l'apportes en studio pour qu'on voit ton petit journal, mais je veux savoir... T'aurais été déçue parce que c'est plate. C'est pas à la hauteur de tes attentes. C'est pas spectaculaire, disons, comme effet. Donc, bon, mon niveau de bonheur est resté le même.

Ma créativité aussi. J'ai peut-être, je dis bien peut-être, observé une petite amélioration au niveau de ma concentration. Mais c'est une impression assez diffuse pour que je puisse douter. Donc, est-ce que c'est... C'est pas une preuve tangible. Ben non, c'est pas un changement assez clair pour que je puisse dire, oh my God, ça a tout changé. Ça revient à l'aspect subjectif dont nous parlait Saïd.

Malgré ça, malgré que ce ne soit pas extravagant dans ton petit cahier, est-ce que tu considères quand même intégrer le microdosage dans ta vie, je ne sais pas, garder ça à plus long terme ? Je ne sais pas trop pour l'instant. Je n'y vois pas ni avantage ni inconvénient. Je suis encore en train de départager tout ça. Mais ceci dit, même avec les antidépresseurs, j'avais ce même sentiment-là, ce doute qui planait. Est-ce que c'est l'effet placebo ou c'est la molécule qui fait sa job ?

Donc, je ne sais pas trop. Pour l'instant, je pense que je vais poursuivre le microdosage pour quelques semaines, question de me faire une tête de façon plus claire, puis on verra pour la suite. Tu l'a dis, l'expérimentation que tu fais en ce moment, c'est avec la psilocybine, mais ça, ce n'est toujours pas légal au moment où on se parle. En effet, la psilocybine micro, macro dose peu importe toujours illégal. Tu es une vraie hors la loi Annie. Oui ça me donne un petit... un petit air !

Oui. Par contre là, tout porte à croire que c'est une question de temps. Certains disent que ça serait potentiellement la prochaine drogue à être légalisée. C'est quoi les indices qui te porte à croire... Ben l'accès, la tolérance. Les champignons sont partout. Micro, macro dose, c'est super facile d'en trouver. Pas besoin d'aller chercher bien loin. Il y a des dispensaires qui ouvrent, qui ferment. Oui, c'est vrai. Il y en a à Montréal, il y en a à Ottawa. On les voit émerger, disparaître.

C'est ça. Donc, les autorités sont assez tolérantes. Donc, on va les accepter pendant un petit bout, puis on va les démanteler par la suite. Mais aussi, un autre élément à prendre en compte, c'est qu'au niveau de la santé, il y a de plus en plus de projets de recherche assez prometteurs pour des projets de recherche sur les thérapies assistées par la psilocybine, pour les patients atteints de cancer notamment. Donc, ça nous donne des petits indices que ça bouge.

Oui, dans le fond, c'est comme notre perception du cannabis qui évolue au fil du temps jusqu'à sa légalisation. Exactement. Les parallèles sont assez évidents. Puis, le Canada pourrait aussi être un pionnier dans la légalisation des champignons, comme il l'a été dans la légalisation du cannabis. On n'est pas rendu là, mais il y a des signes qui laissent croire que ça avance. Ah oui, ça avance, ça avance tout à fait.

Puis, en ce qui concerne la microdose de la psilocybine, les conclusions scientifiques ne sont peut-être pas claires et nettes. Par contre, la multiplication des témoignages, tellement de gens qui témoignent en bénéficier, que ça les aide et tout ça. Je pense qu'il y en a suffisamment pour qu'on puisse ne pas écarter d'emblée cette option-là.

Oui, tu le disais tantôt, c'est de savoir qu'il y a de l'espoir, qu'il y a, je ne sais pas, une solution qui est accessible parce que si les antidépresseurs, ça ne marche pas, si on n'a pas accès à de la thérapie, on frappe un mur assez rapidement. Donc ça, ça peut être une piste de solution. Absolument. Ça, c'est le constat majeur qui me reste au bout de tout ça. On est une maudite grosse gang à pédaler en dessous de l'eau comme des petits canards. Puis il n'y en a pas des tonnes d'options.

Donc, le retour des psychédéliques dans la mire des chercheurs, c'est quand même une bonne nouvelle, porteuse d'espoir. C'est une piste qui mérite sans doute d'être explorée. Est-ce que tu dirais que ton point de vue a évolué au fil de cette démarche-là par rapport au microdosage ? Bien oui, je dirais que ça a été une leçon d'humilité. Au départ, bien honnêtement, je ne suis pas fière de ça, j'avais... j'avais quelques préjugés. Ah oui ?

Bien oui, j'avais en tête que les microdoses, c'était comme une excuse pour les gens, les utilisateurs réguliers de drogue, une façon de justifier une consommation quotidienne. C'était un point de vue très, très, très mal informé. C'est là que tu me l'apprends, en fin d'épisode. Oui, je te dévoile tous mes billets, conscient et inconscient. Mais c'est sûr, c'est ça. C'était très mal informé.

Puis aussi, ça manquait un peu de sensibilité par rapport à celles et ceux pour qui les chemins traditionnels fonctionnent pas, puis qui veulent juste, au final, trouver une façon d'aller mieux. J'ai tellement appris de choses dans ta quête, Annie. Merci infiniment de t'être prêté au jeu, d'être allée jusqu'à essayer le microdosage, puis je te souhaite de trouver des pistes de solutions pour aller mieux, sincèrement. Bien, merci. On se le souhaite à tous. Merci beaucoup.

L'heure de grande écoute est une série de Transistor Média produite en collaboration avec Télé-Québec. Écoutez tous nos épisodes sur les plateformes de Télé-Québec, sur Apple Podcast ou l'application de votre choix. La réalisation de cet épisode est signée Xavier Kronstrom Richard. Enregistrement, montage et mixage audio, Simon Coovi-Sirois. Musique originale, Alexis Elina et Simon Coovi-Sirois. Caméra et montage vidéo, Patrick Lozinski. Productrice au contenu, Audrey Blackburn.

Coordonnatrice, Clara Gauthier-Morrison. Communication, Louis-Philippe Roy. Visuel, Bureau 60A. Indicatif musical, P'tit Béliveau. À la recherche : Maude Petel-Légaré et Emmanuelle Gauvreau Merci à Steven Boivin, Clara Lagacé et Sophie Labelle-Bastien de Transistor Média. Et au Ministère de la Culture et des Communications du Québec qui a rendu ce projet possible. Je m’appelle Julien Morissette, merci d’avoir été à l’écoute.

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